jeudi 25 août 2016

Rester vertical de Alain Guiraudie




L'événement cinématographique de la semaine, selon les médias, n'est pas un film facile. Je ne suis pas certain qu'attirer les spectateurs en mettant l'accent sur certaines scènes assez frontales voire radicales, soit un bon plan.
"Rester vertical" propose vraiment un film art et essai qui tente de faire bouger les lignes d'un cinéma français bourgeois et ronronnant. Alain Guiraudie, après le succès surprise ( mais assez relatif) de "L'inconnu du lac", fait table rase et s'éloigne de ce thriller métaphysique assez classique pour revenir vers l'univers de ses débuts. Avec une narration qui se moque des notions d'espace ( le personnage principal peut être à Brest puis en Lozère dans le plan suivant et ce, dans la même journée) et donc de temps, en y posant certains éléments oniriques ( Le docteur Mirande et son cabinet  dans une cabane de consultation en plein marais), le réalisateur explose la narration. Son héros se trouve donc embarqué dans une sorte de road-movie d'une totale liberté. Et cette liberté est déroutante car elle ne se cantonne pas qu'à la structure du récit, elle s'applique aussi aux comportements de ses personnages qui cassent les codes sociaux que l'on nous balance par tombereaux à longueur de films. Ici, aucun cliché, aucune convenance, mais une vraie envie de montrer la vie comme elle existe, avec ses dérapages, ses errances et ses appétits bien moins conformistes qu'on veut bien le penser. Du coup surgissent à la queue leu leu, des thèmes très actuels, les sans abris, la misère affective et la pauvreté du monde rural, la théorie du genre, la sexualité, la mort, la vie et la peur de l'autre ( symbolisée ici par le loup), tous passés au filtre de ce regard radical. Rien n'est vraiment aimable là dedans, mais tout est filmé avec beaucoup de douceur.
On trouve dans ce film de nombreuses scènes rarement ou jamais vues dans un cinéma commercial traditionnel. des plans de sexe féminins ou masculins que l'on excite, un accouchement en gros plan, et je ne parlerai pas de la scène d'euthanasie, qui filmée par n'importe qui d'autre aurait été d'une vulgarité insoutenable et qui ici prend les allures d'un tableau classique d'une grande force et d'une beauté, peut être dérangeante, mais qui porte la patte des grandes oeuvres. Cependant le film ne se résume nullement à ces plans extrêmes, il draine  tout un questionnement sur la place de l'humain dans une société qui élague plus qu'elle accueille et sans doute, plus globalement sur les rapports que ces mêmes humains peuvent avoir entre eux, lorsque les stéréotypes sociaux peuvent être évacués.
Bien sûr parfois on peut être un peu dérouté par ces bricolages scénaristiques ou par la banalité de certaines scènes, mais la proposition faite par Alain Guiraudie d'un cinéma libre et posant un regard décalé sur la vie est vraiment généreuse et surtout à recevoir comme telle, comme un moment unique de cinéma.
"Rester vertical" est un film totalement original dans le paysage et pour cela, il faut y aller. Vous serez peut être intrigué, dérouté. Laissez-vous porter  par cette proposition audacieuse et rare et vous serez récompensé, car, au bout du film, se trouve la plus belle scène de cinéma de l'année, aussi somptueuse plastiquement qu'émotionnellement, dont la symbolique, tout à fait dans l'air du temps, a le pouvoir de parler à tout le monde. Et résonne dans nos têtes, l'ultime phrase du film : " Il faut qu'on reste bien droit."A ce niveau là, du grand art !


mardi 23 août 2016

Beaux rivages de Nina Bouraoui


Le thème du chagrin d'amour en littérature a été ausculté sous toutes les coutures depuis des siècles par une multitude d'auteurs et non des moindres. Qu'est-ce qui a poussé Nina Bouraoui à tenter le pari un peu fou d'écrire une nouvelle fois dessus ? Une histoire personnelle, qui, couchée sur le papier peut faire figure de thérapie voire de passage d'expérience, et  permet sans doute de poser son regard,  prendre du recul ? Mais intéresser une nouvelle fois le lecteur avec un matériau aussi peu original, est-ce possible ?  La lecture de "Beaux rivages" me force à répondre par l'affirmative tant le la plume ( sans doute trempée dans un réel récent personnel) cisèle un texte fébrile et puissant. Mais au-delà de cette plongée clinique dans les affres de la séparation de son héroïne, l'auteure donne une puissance supplémentaire à son texte en analysant en filigrane l'impact du virtuel dans notre quotidien et ici dans la perte d'un amour.
Se quitter en 2015 ou en 1981, cela n'a rien à voir. Quand Adrian annonce à A. qu'il désire mettre de la distance dans leur relation, c'est par SMS qu'il le fait, manière lâche mais froide et contemporaine de larguer quelqu'un. Le coup est rude surtout après huit d'un amour plein, aux apparences parfaites et sans avoir ressenti le moindre délitement de cette relation pourtant un peu épisodique. L'incompréhension, l'envie de savoir, le secret espoir de récupérer cet homme traverse A. Mais en  fouinant dans les réseaux sociaux, elle apprendra qu'elle a une rivale. Un petit tour sur Google earth lui permettra de visualiser sa maison et la découverte que cette femme tient un blog, augmentera son ressentiment. La consultation régulière de ses publications nourrira sa jalousie jusqu'au fantasme.
Autrefois on pouvait soigner un chagrin d'amour sur le divan d'un psy.Aujourd'hui, on y a toujours recourt mais ces derniers, en plus d'essayer de calmer le mal être intérieur doivent aussi se battre contre les addictions aux technologies qui exacerbent le sentiment de perte et d'abandon ( tout comme ils accélèrent artificielles le sentiment d'amour réciproque).
Nina Bouraoui, tout en restant intensément littéraire, cerne magistralement toutes ces emprises qui engluent son héroïne dans cette dépression. Pas question pour l'auteure de restituer in extenso tous ces messages envoyés comme pourrait le faire des textes pseudos modernes et branchés,ils s'intègrent parfaitement dans son récit. Mais tous ces mots compressés, agglomérés dans cet espace restreint des smartphones n'expriment pas complètement le moi profond des protagonistes. Le roman alors invite ses personnages à des face-à-face où la parole, la vraie, se libère, incandescente. Ces moments d'une grande intensité, comme des monologues crachés d'un seul souffle, jaillissent dans des paragraphes nerveux, qui par leur universalité ne peuvent que  toucher encore plus le lecteur.
J'ai été happé dès les premières lignes par l'énergie de cette écriture. Malgré l'apparent pathos du sujet, le regard aigu et précis de Nina Bouraoui sur A. mais aussi sur tout ce qui l'entoure, nous transforme en tourneur de pages. Et même si les deux dernières parties, qui correspondent à la possible renaissance de cette femme, m'ont paru moins convaincantes, le roman reste une remarquable plongée dans la psyché d'une quarantenaire d'aujourd'hui, dont l'abandon lui fait sans doute miroiter de nouveaux rivages.

Et pour mieux illustrer ce roman, voici sa bande son composée principalement de deux chansons souvent écoutées et citées par l'héroïne :  On attendra l'hiver par Julien Doré et Les hautes lumières par Fauve.




lundi 22 août 2016

Sous la vague d'Anne Percin

 Le roman est empreint de Japon. La vague du titre ne fait pas référence à Hokusaï mais au tsunami qui soudain inquiète Bertrand Berger-Lafitte, pas vraiment par rapport à la catastrophe humanitaire mais à celle plus personnelle qui risque de limiter l'écoulement de sa production de cognac dans l'île du Soleil Levant. Un gros égoïste de patron me direz-vous ? Un peu, sauf que soudain, une nuit, sa Mercedes que conduit Eddy son chauffeur, percute un faon sur une route de Charente. De cet accident assez banal, une certaine prise de conscience va germer dans la tête du négociant, lui faire regarder sa vie d'une façon nouvelle.
Avec des inspirations prises chez Murakami pour ces moments un peu oniriques et d'autres chez des auteurs anglais genre P G Woodehouse, pour les relations maître/valet, mais en nettement moins sautillant, le tout dans un décor à la Mauriac, Anne Percin m'a au départ pas mal intrigué. Avec son écriture classique, sans emphase, mais en parsemant cette histoire de beaucoup d'animaux ( faon, chien, corneille, chevaux, ... tiennent une place importante dans le récit) mêlés à tout un éventail d'odeurs, ce récit aux apparences banales et bourgeoises s'engageait dans les chemins d'un naturalisme un peu décalé, intrigant voire poétique. En plus la relation qu'entretiennent l'héritier des cognacs Berger-Lafitte et son chauffeur, toute empreinte de distance me paraissait aussi contenir une légère ambiguïté. Cet ensemble d'éléments donne à la première moitié du livre une atmosphère particulière qui laisse à penser que le roman va prendre une tournure vraiment originale.
Hélas, la suite préfère se diriger dans un développement de téléfilm pour soirée pépère devant France3. La fille du magnat des spiritueux tombe enceinte d'un jeune syndicaliste de l'usine, une sombre histoire peu convaincante de vente de parts de l'entreprise et un chauffeur passé un peu à trappe détruisent toute la subtile construction du début. Cela se lit de façon agréable mais sans grand intérêt. On en vient même à penser que c'est le résultat d'une résidence sponsorisée par une marque de cognac qui a permis la publication du livre. ( Impression étrangement confirmée par un remerciement de la fin ).
C'est avec beaucoup de regrets que j'ai refermé "Sous la vague" car si je me suis précipité dès le jour de la sortie sur ce roman, c'est parce que, pour moi, "Le premier été" du même auteur, paru en 2011 fut un énorme coup de coeur que j'ai beaucoup offert et fait apprécier... Là, à part les amateurs de faon et de cognac, je ne vois pas à qui je pourrai le conseiller...



dimanche 21 août 2016

Toni Erdmann de Maren Ade



Et si vous rentriez du bon pied avec une comédie allemande douce amère de 2h45 ? Pas tentés par ce qui a été la sensation non palmée du dernier festival de Cannes ? Vous auriez tort, la vision du troisième film de la réalisatrice Maren Ade vous comblera émotionnellement ( en plus de votre soirée ou après-midi ).
Film sans générique, le long premier plan d'une porte de maison banale alors qu'on entend en fond une voiture se garer, laisse augurer un film lent, un poil contemplatif et pour certain habitués au montage survolté de productions testostéronées (mais vides de sens) un film rasoir. La suite prouvera qu'il n'en est rien, même si la réalisatrice prend le temps de filmer ses personnages, de laisser la vie, les regards, le trouble traverser les scènes, la richesse du propos, l'originalité de la plupart des situations font que les presque trois heures passent sans que l'on s'en rende compte.
Sans trop déflorer l'intrigue, je dirai, pour ce que j'ai perçu dans ce film simple mais bien plus foisonnant qu'il n'y paraît, que c'est un geste d'amour d'un père pour sa fille. Winfried est divorcé, son chien vient de mourir et sa fille, Inès, cadre très supérieur froide et glaciale, vit loin de lui, en Roumanie. Le lien est presque coupé entre eux, ne restent que quelques obligations familiales que la société impose. On ne saura jamais ce qui a pu effilocher leur relation. Pourtant, ce père blagueur pour prouver qu'il est encore en vie, en s'apercevant de l'impasse existentielle dans laquelle sa fille s'englue, va venir dynamiter son existence en arrivant à l'improviste à Bucarest. Avec des fausses dents et une perruque improbable, il créera le personnage de Toni Erdmann et s'incrustera dans l'entreprise et la vie sociale de son executive woman de fille, la forçant à ouvrir les yeux sur sa vie.
La prise de conscience sera longue et le scénario s'emploie à déployer des scènes où l'absurde et le burlesque s'accouplent avec la gêne, la colère, la tendresse rentrée, le malaise. Sans jamais faillir, le film avance en exploitant avec brio ses situations franchement originales où jamais on n'arrive à rire réellement malgré le comique de situation évident car toujours mâtinées d'un once de tristesse et de sérieux. C'est constamment sur le fil, le rire est là, l'émotion aussi. Le spectateur navigue dans cet entre deux avec bonheur car, il faut le dire, c'est un sacré pari que d'arriver à faire cohabiter ces deux genres avec autant de brio. En plus d'une critique cinglante de notre société matérialiste vouée à l'argent, aux rapports sociaux (ou sexuels) aussi calculés que désespérants, nous assistons à un numéro d'acteur absolument extraordinaire. Peter Simonischek et Sandra Huller sont d'une justesse mais aussi d'une drôlerie absolues. Ils apportent à ce film formidablement bien écrit et filmé, une émotion et une crédibilité comme en voit rarement.
Je suis ressorti de "Toni Erdmann" avec la douce impression d'avoir vu un film original et décalé qui ne fait pas l'impasse de nous enrichir et de nous émouvoir. A l'instar de ses personnages, "Toni Erdmann" nous force à ouvrir les yeux sur nos vies et le monde qui nous entoure. Quand le cinéma arrive à cela, à nous faire rire et pleurer et réfléchir, moi je dis : Bravo !





jeudi 18 août 2016

La mésange et l'ogresse d'Harold Cobert

Je retrouve Harold Cobert après avoir " surfé avec Dieu au Pays-Basque " précédent roman au sujet pas facile : la fausse couche. ".  La mésange et l'ogresse " prend un thème pas plus aguichant : l'affaire Fourniret !
Guère plus renseigné que ce que les gros titres de l'époque en disaient, je me suis plongé dans le roman avec autant d'envie que d'entrer dans un commissariat. J'en suis ressorti bien plus retourné que je ne m'y attendais, le montage adopté par l'auteur ne pouvant laisser indifférent.
Avec une telle histoire ( et de tels personnages),  relater les événements de cette sordide affaire aurait pu  ouvrir la voie à une sorte de thriller malsain et voyeur. Mais, même  si le roman se lit comme un polar haletant, l'enjeu du livre se révèle plus subtil. Harold Cobert s'efface astucieusement derrière les faits, laissant de côté les effets de manche stylistiques pour choisir un diabolique montage. Tissu entrecroisé de l'enquête des opiniâtres policiers belges avec les pensées de Monique Fourniret mais aussi quelques extraits de ses interrogatoires  qu'assombrissent les flash-backs des jeunes filles abordées par le couple, il laisse Michel Fourniret     en filigrane, mais enferme son lecteur dans une plongée de plus en plus profonde dans l'horreur la plus absolue.
Sans forcer le trait, suggérant beaucoup et laissant donc au lecteur la rude tâche de combler les interstices ignobles manquants, le récit devient de plus en plus saisissant. On mesure à la fois l'abjection de ces deux êtres malades mais aussi la ténacité, l'abnégation et la patience qu'il a fallu aux policiers pour obtenir des aveux.
Le récit est passionnant, ne se lâche pas. La folie humaine, dans sa version pourriture, nous est montrée sans fard. Nos sociétés produisent des êtres abjects qu'heureusement quelques personnes arrivent à stopper leurs élans infernaux. " La marge, c'est ce qui fait tenir les pages ensemble." Cette citation de Jean Luc Godard ouvre le livre. Je ne suis pas bien certain que le cinéaste ait imaginé que ses propos puissent être mis en relation avec ces deux ogres modernes, leur donnant du coup une résonance beaucoup plus discutable.
Je sens bien que mes commentaires donnent une impression d'un livre absolument pas aimable, peu confortable. Et alors ? N'est-ce pas le rôle de la littérature de nous faire frémir non pas avec des propos malsains mais en nous faisant réfléchir, en nous bousculant un peu sans jamais flatter nos bas instincts ? C'est la marque d'un bon écrivain que de creuser là où l'on a pas envie d'aller, de nous projeter dans les méandres hallucinants des pensées d'êtres que l'on voudrait bien n'avoir jamais à croiser. Pour cela et pour le côté totalement haletant du récit, " La mésange et l'ogresse" est vraiment réussi et dans un tel contexte, cela force le respect. 

mercredi 17 août 2016

La danse des vivants d'Antoine Rault

Quelques derniers combats dans les tranchées, un armistice qui arrive enfin et voici venu le temps d'une après-guerre trouble, le tout édité chez Albin-Michel...Ca ne vous rappelle rien ? "Au-revoir là-haut " de Pierre Lemaître peut être ?  Vous avez sans doute raison, les similitudes peuvent apparaître nombreuses surtout que les deux romans adoptent une trame résolument romanesque. Antoine Rault se singularise toutefois de son glorieux prédécesseur en adjoignant à son intrigue un fond historique beaucoup plus précis.
"La danse des vivants " se présente comme un véritable tourne pages.Quoi de plus attrayant et de mystérieux qu'un personnage amnésique ? Je sais que c'est un vieux ressort d'écrivain, souvent employé au siècle dernier et dont on a l'impression de connaître depuis longtemps les rouages narratifs, mais balayons de suite ce supposé écueil, l'auteur arrive à surprendre encore.
Charles, soldat français, blessé, a peut être, suite à un combat, perdu une grande partie de sa mémoire, mais pas ses connaissances acquises dans une grande école de la République.A la fin de la guerre, sa prestance, sa culture, son bilinguisme (français/allemand) et sa remarquable intelligence le font remarquer par les services secrets français. Profitant de son amnésie comme d'une aubaine, on le rendra allemand. Il prendra le patronyme d'un lieutenant dont la mort ne fut jamais déclarée. Pourvu de cette nouvelle identité, il va intégrer l'armée allemande, pourtant vaincue mais qui combat encore sur le front de l'Est contre les russes, et exercer en parallèle sa mission d'espion.
Tout le potentiel romanesque de cette situation sera exploité par le roman. Le désarroi de Charles face à cette vie brisée qu'il n'arrive pas à reconstituer et qu'un autre recréé pour lui. Cette envie de revoir sa mère, peut être une fiancée, une soeur qui le taraude alors que petit à petit il doit se glisser dans la peau d'un autre. Et cet nouvelle personnalité qu'il a du mal à maîtriser et qui lui offre une nouvelle famille. On se passionne pour cet homme dont les sensations à fleur de peau lui font ressentir chaque événement avec intensité. Fort et fragile à la fois, il sera ballotté dans un monde qu'il comprend de moins en moins, où la paix a essentiellement un désir de revanche, où son humanité va se heurter à cette soif de vengeance mais surtout à cette violence qui naît lors des conflits.
Si le roman ne prend jamais vraiment les directions que l'on pense, il nous perd par contre un peu dans une accumulation de détails politico/historiques. Bien qu'Antoine Rault, documenté comme une encyclopédie, arrive à rendre légers ces réunions et conciliabules entre représentants des états qui effectueront une nouvelle partition de l'Europe, et nous montre de façon très pédagogique les multiples résonances qu'auront ces décisions, parfois on se surprend à regretter de ne plus entendre parler de ce pauvre Charles qui se débat dans les affres de la reconquête de sa vie.
Ce personnage très attachant, entouré de quelques seconds rôles passionnants ont rendu la lecture de ce livre passionnante. Le petit précis d'histoire qui nous est donné à lire en alternance à ses tribulations ne manque pas de piquant ni d'informations voire d'anecdotes, mais a parfois un peu tendance à freiner le rythme du récit. Toutefois, le livre se dévore jusqu'à la fin ...qui m'a laissé sur ma faim... ( mais, là aussi, comme dans "Au revoir, là-haut"). Je n'en dis pas plus, Si le romanesque vous attire, si la période vous fascine ou si les beaux et jeunes militaires vous font frémir, n'hésitez pas ! Foncez lire "la danse des vivants" , à coup sûr, un roman ambitieux qui n'a pas peur d'un peu de légèreté. 

lundi 8 août 2016

Promenades photographiques de Vendôme


Les promenades photographiques de Vendôme jouent sur le même terrain que sa hautaine et talentueuse cousine d'Arles et ses rencontres de la photographie, mais visiblement pas avec les mêmes moyens mais avec un bel enthousiasme. Une balade dans cette ville vous fera découvrir son riche patrimoine et les nombreuses expositions toutes GRATUITES.
Pour cette douzième édition, une question est posée : Qui est photographe ? C'est à nous, visiteur plus ou moins éclairé d'en donner une réponse. Pour les organisateurs, la réponse est claire : tout le monde est photographe, surtout de nos jours... On peut le constater en regardant les nombreux clichés des différents ateliers menés dans la ville tout au long de l'année et dont l'exposition est sans doute sympathique mais pas forcément renversante.
Le festival par contre propose d'autres expos et d'autres regards sans doute plus pertinents. Ainsi Weegee, photographe new yorkais, nous donne une vision très sombre de la grande pomme dans les années 30 à 50. Putes, meurtriers, déclassés, gens de peu évoquent plus la survie qu'un capitalisme triomphant que l'univers de polar noir sans doute trop magnifié par la littérature ou le cinéma . Son regard impitoyable fera écho avec beaucoup d'autres collègues actuels dont on peut admirer le travail à Vendôme. De Jonas Wresh et son reportage dans les campagnes colombiennes d'après les FARC à Philippe Rochot dont les magnifiques et terribles photos étalées sur quarante années de voyages, nous font défiler des décennies de conflits, de haine, implacable livre d'histoire qui fait froid dans le dos, en passant par le remarquable travail autour de vieux tirages de Louis Lafond durant la grande guerre, tout nous rappelle que le monde allait mal et que ça continue de plus belle.
C'est vrai que l'époque n'est pas gaie et les artistes présents à Vendôme l'évoquent tous d'une façon ou d'une autre. Patric Marin avec l'incongruité de ses animaux sauvages perdus dans les villes  nous rappelle la destruction par l'homme de leur habitat naturel. Eric Bouvet s'intéresse au sort des migrants, coincés à la frontière gréco-macédonienne dans une forêt de barbelés et gardés par des véhicules blindés de l'armée pour que surtout ils ne viennent pas envahir la riche Europe. Même Manon Rénier, prix de la ville de Vendôme, peut nous glacer le sang avec ses somptueux nus, fragiles et tellement humains dans une imposante forêt  de mousse.
Alors la promenade est donc sinistre à Vendôme ? Un peu sans doute car les créateurs font état du monde et comme le monde va mal... Mais rassurez-vous, on trouve aussi de l'esthétique ( chez Matthieu Ricard et ses beautés bouddhistes), de l'humour ( joli travail clin d'oeil de Jehan de Dubajoux, élève d'une école internationale de photographies dont les clichés se démarquent nettement de ses collègues, tous portés sur un mal être narcissique), des songes questionneurs  ( Yann Datessen et sa série "Le Léthé", histoire d'un couple ou tout ce que l'on a envie de mettre dans ces clichés qui se parlent l'un à l'autre), du joli ( "Le monde par tous les moyens" du Figaro Magazine qui lui n'est pas là pour faire réfléchir), du poétique à la Lewis Carroll ( intrigant travail de Madelaine Gamondés) et plein d'autres choses.
On pourra reprocher à ces promenades un manque flagrant de moyens. A part une ou deux expos, bien mises en scène ( coup de bol pour Manon Rénier ! ) , combien de tirages à même le mur ( presque collés à la Patafix...non j'exagère!) , pas encadrés, bizarrement exposés très bas ou aux cartels frisant le foutage de gueule ( Weegee). Mais qu'importe, la beauté et la pertinence de pas mal d'artistes nous font oublier cela et se dégage de tout cela une véritable envie de partage et d'échange, symbolisée par la gratuité de tout cela, comme une vraie ouverture à tous, pour prouver que la photographie est un art qui peut toucher, nourrir, émerveiller, faire réfléchir. Et pour cela, le pari est gagné !