mercredi 27 juillet 2016

Marianne est déchaînée de Marlène Schiappa


Petite mise au point : 
Marlène Schiappa est adjointe au maire de la ville où j'habite et blogueuse ( en version nettement plus clinquante que moi). Deux points communs qui pourraient amener à penser qu'une certaine connivence me pousse à parler de son dernier livre ou même un certain parti-pris politique. Je mets les choses au clair tout de suite. Je n'ai jamais rencontré Mme Schiappa ni même croisé  ( contrairement à sa rivale de droite " la femme du garagiste" ). Aux dernières élections départementales, électeur de sa circonscription, j'ai voté pour elle sur la base de son programme sans réellement connaître son action d'élue municipale ( je ne lis que très peu  la presse locale). Son livre m'a été prêté par une amie et c'est avec un regard sans préjugé et sans connivence que je l'ai lu. 

Marianne, prénom très républicain de l'héroïne, fraîchement débarquée dans la préfecture de la Sarthe avec mari, enfants en bas âge et une certaine notoriété ( créatrice de MQT, Mères Qui Travaillent, fondation agréée par l'ONU), se retrouve en bonne place sur la liste du maire sortant aux dernières élections municipales. Encartée nulle part, représentante flamboyante de la société civile, son physique avenant la fait tout de suite détester par la quasi totalité de ses colistiers. Une fois élue, petite protégée du maire très satisfait d'avoir dans son conseil municipal une personnalité un peu médiatique, elle deviendra adjointe déléguée à l'égalité. Le récit dévoile les rouages d'une mairie d'une ville importante, ses crispations, ses jalousies mais aussi ses combats, ses valeurs, le travail acharné fourni. 
En femme pressée qui travaille dur, Marlène Schiappa doit être une pro du maquillage rapide, technique qu'elle applique à son livre, mélange hybride d'anecdotes de ses premières années de mandat, de conseils pratiques et d'ouvrage politique. Alors, je te change quelques noms ici, je te malaxe quelques situations là et hop, ça fera bien un roman ( à clés bien sûr). Hélas, ce relooking de souvenirs à chaud, trop souvent proposés sous forme de listes ou de conseils, sa grande spécialité...littéraire, ne fait nullement une oeuvre romanesque. Un travail éditorial hasardeux essaie d'y glisser une vague intrigue : Tout le monde déteste Marianne au début, mais son courage, son travail, ses valeurs vont, petit à petit, la faire aimer de tous à la fin. Un peu Harlequin donc. et bien que rehaussé par une petite louchée d'humour chick-lit, le livre s'essaie à la légèreté sans y parvenir vraiment. Marlène Schiappa n'a sans doute pas le recul nécessaire pour bien  digérer l'expérience et les anecdotes acquises et les transformer en réel matériel romanesque. 
Cependant, tous les efforts de l'auteur ne sont pas vains. Hormis le fait qu'il est totalement évident que Marianne est Marlène, que tout le reste est loin d'être de la fiction, donnant ainsi un côté roman à clé à l'ensemble et qui contribue localement à lui donner un côté sulfureux, le récit est tout de même une immersion  convaincante dans les coulisses d'une municipalité.  Que vous habitiez Saugnac et Cambran ou Boulet les Ifs, vous apprendrez beaucoup sur le fonctionnement d'une mairie importante, ses commissions, ses délibérations, sans lourdeur pédagogique  descriptive.  
Et quand on habite comme moi la ville où se déroule l'action, on apprend que nous avons des élus formidables et bosseurs, qui gèrent efficacement une ville dont le maire est un énarque bonhomme, courtois et dont l'expérience et l'amour pour la vraie démocratie participative en fait un vieux sage comme on en fait plus. Bien sûr, une pensée mauvaise m'a effleuré. Et si tout cela n'avait été écrit que pour raffermir un peu plus l'image de son auteur ? Car elle est formidable Marianne/Marlène! Bosseuse, dynamique, souriante, totalement investie dans les affaires de la cité, défendant la femme battue, l'IVG, les minorités, la cause LGBT, ses défauts apparaissent comme anodins. Oui, elle arrive parfois en retard à la crèche mais qui l'en blâmera vu le travail abattu ? Elle regarde des films érotiques sur internet ? Qui ne le fait pas surtout quand la politique prend énormément de place dans son couple ? Ce livre est certes un témoignage mais également une autobiographie  politique comme il en existe beaucoup, une présentation glorieuse et publicitaire pour parfaire une image. Est-ce mal dans un monde de vitrine, d'image et d'ambition ? Peut être... Peut être pas. Mais en tant qu'électeur, savoir que mon vote peut aller à une personne qui défend vaillamment et courageusement la solidarité, la fraternité, l'égalité, pour qui la laïcité n'est pas un vain mot, qui ose affronter avec brio le Front National, reste quelque chose d'éminemment rassurant. Car voyez-vous, au-delà du petit côté rigolo et léger de "Marianne est déchaînée", et même s'il l'on perçoit la personne ambitieuse, on ressent aussi fortement que de grandes, belles et vraies valeurs lui sont chevillées au corps et ça, dans un monde devenu déboussolé, c'est quand même une excellente nouvelle.  

mardi 26 juillet 2016

Lorette de Laurence Nobécourt


Attention exercice périlleux. "Lorette" est le témoignage de la renaissance d'une femme, un cri littéraire rare, voire inédit, la description précise, viscérale, d'un passage de la noirceur à la lumière. "Lorette", court récit, dense, ardu, exhale de toute part une vérité non camouflée, réelle. "Lorette" m'a prodigieusement rasé. 
Difficile donc d'être négatif devant l'absolue sincérité de ce texte sans passer pour un (au choix) connard, idiot, inculte, insensible, péteux. Pourtant je vais assumer cette non-rencontre avec ce texte qui dès les premières pages m'a agacé par son côté " je me prends la tête avec pas grand-chose". 
Au départ, nous avions une auteure, Lorette Nobécourt ( que je ne connaissais que de nom). A 45 ans elle retrouve son vrai prénom donné à sa naissance, Laurence. Lorette lui a été donné par ses parents vers ses trois ans pour ne jamais la quitter (sauf à l'école). Beaucoup auraient vu dans cette nouvelle appellation, un joli diminutif, plus doux, plus sautillant. L'auteure, non ! Elle y voit le symbole de la putain et c'est par esprit bravache, qu'à l'adolescence elle l'adoptera complètement jusqu'à aujourd'hui, où, soudain, Laurence qui était " l'eau rance"  devient "l'or en soi". Vous suivez ? Pas trop ? Pourtant je vous fait grâce des étymologies diverses et lointaines, ainsi que ce discours autour des vibrations et des couleurs de chaque lettre du fameux prénom qui rendent ce changement encore plus obscur à mes yeux de mâle mauvais lecteur. Sont convoqués aussi pour justifier ce passage, Deleuze, Debord, Foucault, Delpech ( non pas lui, évidemment ! Ce que je suis bas de gamme, même si on pense très fort que ses parents se sont peut être connus sur ce tube... ) 
Tenez, les parents parlons-en, car ces derniers semblent au coeur du problème ( et avoir inspiré pas mal des romans précédents de Laurence Nobécourt). Non contente d'avoir eu de l'eczéma durant toute la durée de son appellation Lorette, elle s'est coltinée des parents pas aimants, surtout une affreuse mère, mais aussi, caché derrière l'alcôve, un tonton avec qui elle a eu des rapports sexuels à 18 ans. Ca n'aide pas, j'en conviens, même si elle est loin d'être la seule. S'en suit une émouvante lettre à sa génitrice pour tenter une ultime conversation pour remettre tout à plat. L'émotion affleure mais, coeur sec, sans doute, je me disais dans ma tête de mâle : " Mais bon sang, Laurence, coupe définitivement les ponts, surtout avec des personnes toxiques ! En général, leur fond mauvais les rend imperméables à toute remise en question." Je ne suis ni femme, ni Lorette/ Laurence, je ne comprends pas cet acharnement à vouloir qu'une Folcoche la regarde et qui du coup la maintient, c'est évident, dans une nuit personnelle intense. 
Heureusement pour Lorette, elle va attraper une pneumonie qui va solutionner tout cela ! Je ne plaisante pas, vous ne connaissez pas les pouvoirs bienfaisants de cette maladie ! D'ailleurs, elle résume cela très bien en écrivant : " Parce que l'on n'assimile réellement une connaissance qu'en l'intégrant avec son corps, j'intègre, par la pneunomie , la vibration lumineuse  des lettres de mon nom." Certes, elle a de la fièvre, elle est affaiblie, mais c'est à ce moment là que tout devient amour pour elle. Après la trituration psychologique, voici venir la guérison par le mysticisme. La lumière entre en elle; " Me voilà avec la sensation d'être comblée à un endroit de moi-même dont j'ignorais qu'il fut troué." écrit-elle,  et un peu plus loin : " La pneumonie c'est le chemin du "je" au "tu", ou comment passer au Toi manifesté en toute chose qui est Lui." Lumineux pour l'auteur, pour moi, nettement moins... 
Bon je l'ai dit, l'ouvrage m'est passé à côté. J'ai pensé que la dame manquait de simplicité et qu'elle se triturait un peu trop le cerveau pour solutionner son mal de vivre qui est évident. Reste, un texte halluciné, hallucinant de franchise embrumée, qui correspond évidemment à la réalité de l'auteure. Pour cela, je ne peux que m'incliner et m'excuser d'avoir été un peu mordant plus haut, résultat d'une grande incompréhension, d'un désarroi face à un récit trop complexe et sans doute, très éloigné de mon appréhension du monde. Cependant, et c'est pour cela que la littérature est importante, elle nous permet justement de pénétrer dans des lieux inconnus. Mais la lumière n'apparaît pas à tous les coups et pour "Lorette", je cherche toujours l'interrupteur !  




lundi 25 juillet 2016

Comics retournés de Gabriela Manzoni


Deux jours de suite un ouvrage des éditions Séguier ? Y aurait-il de la connivence dans l'air ? Un envoi aimable et groupé ? Un partenariat juteux ? Pas du tout, pas de mauvais esprit s'il vous plaît ! Ces deux livres, je les a achetés chez mon libraire ! Si c'est la curiosité qui a poussé l'achat du Bettina Ballard, chroniqué hier, c'est en me rendant sur le site de l'éditeur que mon oeil a été attiré par cette publication un peu décalée au milieu de leur catalogue. Ce matin, dès l'aube, c'est à dire 10 heures, il ne faut pas pousser, je suis en vacances ... j'ai réussi à trouver chez mon libraire ( qui lui non plus n'ouvre pas boutique au lever du soleil !) l'ouvrage que je me suis empressé de lire. Verdict : c'est un coup de coeur énorme !
Gabriela Manzoni ( dont une recherche sur le net, proche de l'idôlatrie,  m'a fait découvrir un compte Facebook où elle publie tous ses retournements ) n'est ni auteure, ni dessinatrice, simplement elle détourne des vignettes de comics gnangnans des années 50 par amusement. Au premier abord, cette sympathique activité, pas réellement originale, attire par sa promesse de passer un petit moment drôle et récréatif.
Drôle, ça l'est assurément ! La collusion entre ces nouvelles répliques totalement décalées et ces images figées, stéréotypées, qui dans leur version originale plongeaient dans la mièvrerie sentimentale, réjouit sans limite. Mais où la surprise fut de taille, c'est que cette accumulation de textes cyniques, mordants, philosophico/cruels, fait apparaître la pensée d'une auteure qui vise fort et juste. Complètement en phase avec la société actuelle, malaxant l'actualité la plus récente ( la suspicion terroriste évoquée dans une pastille hilarante et glaçante à la fois), se moquant de tous nos travers contemporains, Gabriela Manzoni déroule un humour décapant, portant un regard acide sur toutes nos faiblesses, nos compromis dans un monde qu'elle perçoit de moins en moins capable de penser. Rien n'échappe à sa sagacité. L'avortement, le suicide, Facebook, la famille, l'amour, la construction du soi commercial, passent dans son broyeur à empêcher de tourner en rond .
Je ne résiste au plaisir de citer deux vignettes, prises au hasard, mais hélas sans les images qui accentuent le percutant des nouveaux textes :
Un bellâtre, cigarette en main, déclare :
" On ne comprendra rien à la société marchande si on ne voit pas qu'elle vise avant tout à détruire toute forme de vie intérieure."
Ou, plus loin, une belle blonde inexpressive se laisse murmurer à l'oreille par un fiancé tout aussi fade :
"Je suis contre l'avortement... Tuer un être humain avant sa naissance ? Quelle impatience ! "
Sur la couverture, une petite pastille genre " article en promo" nous avertit : " 200 pages de mauvais esprit...et du bon !" Pour une fois ce n'est nullement trompeur !
Certains ont pu trouver que pour un petit format genre manga ( avec un plus beau papier tout de même !), cette publication n'avait qu'un seul défaut : son prix ( 12,90 euros) ! Je rétorquerai de façon banale que la qualité a un prix et qu'à ce tarif, ce n'est pas du tout prohibitif, en faisant même pou moi, le cadeau idéal à apporter lors d'un de mes futurs dîner en ville. Moins onéreux qu'un bouquet de fleurs qui fanera sans laisser la moindre trace dans les cerveaux ou qu'une soi-disant bonne bouteille de vin qui de toutes les façons ne plaira pas à tout le monde , "Comics retournés", qui allie pensée décapante et humour ravageur, est le cadeau idéal pour permettre à nos amis et à notre entourage de rester vivant et en alerte. Je dirai même plus : INDISPENSABLE pour lutter contre la médiocrité ambiante.





dimanche 24 juillet 2016

In my fashion de Bettina Ballard



Pour resituer Bettina Ballard, nom inconnu dans nos contrées, surtout soixante ans après la fin de sa carrière, disons qu'elle pourrait être la  grand-mère ( la mère ?) d'Anna Wintour, la prêtresse figée du magazine Vogue, tout du moins une de ses prédécesseures dans la fonction de rédactrice de mode estimée, adulée et crainte.
Les éditions Séguier, toujours très pointues pour redonner vie à des manuscrits de personnes ayant brillé ( parfois sans trop d'éclat) dans les milieux artistiques, publient "In my fashion", souvenirs jamais traduits chez nous depuis leur parution au USA en 1960. Le livre est introduit par une préface enthousiaste de Frédéric Mitterrand qui ne dit pas moins que c'est " l'un des plus beaux livres écrit sur le Paris du XXe siècle, à l'instar de "Paris est une fête" de Hemingway " et que Bettina raconte tout cela avec précision, humour et charme.
Frédéric, on va se calmer un peu ( mais je vous comprends, une préface ça se paye, pas un lecteur même blogueur), redescendre sur terre, ranger l'argenterie et se poser deux minutes sur votre chaise longue Charlotte Perriand. On ne pourra pas enlever à ce livre son témoignage gentillet sur le monde de l'élégance parisienne dans les années 30 et 50, un monde définitivement disparu, où la vicomtesse de Machin Chose passait sa journée à être élégante, courant de manucure en bottier, de salon d'essayage ( haute couture) en soirée chez le Baron Bidule de Truc. Un univers de très grand luxe où une poignée quelques personnalités, triées sur le volet, se pavanait coupe de champagne à la main droite et la main gauche qui explorait des dessous... Ho là.... que rapporte-je là ? Non, non, rien de tout cela dans le bouquin de Bettina ! On ne couche pas chez Bettina ! On est élégant que diable !  On mange de l'omelette au caviar arrosée au champagne Lançon, on pose son séant moulé dans une robe Balenciaga, on est invité à passer le week-end dans la splendide demeure du baron de Truc Muche, on rit d'une bonne blague de la délicieuse épouse de l'ambassadeur des Etats-Unis, vous savez Betsy Rockmachin, la fille du grand industriel, une très grosse fortune, on s'extasie sur la dernière robe Schiaparelli que porte la divine Mrs Mac Michu qui a épousé Lord Mac Michu ( évidemment..) et qui a un si joli pied à terre de 256 m2 donnant sur la Concorde... Voilà, le livre c'est essentiellement une liste ininterrompue d'amis que Bettina Ballard s'est faite à Paris avec l'étiquette Vogue collée sur le front, tous plus beaux, sympathiques, brillants, drôles les uns que les autres. Un monde de luxe que la rédactrice du célèbre magazine américain adore et qu'elle ne quittera jamais même pendant la guerre. Car voyez-vous, Bettina a contribué à l'effort de guerre en s'engageant trois ans à la Croix Rouge . Cela nous vaut les pages les plus drôles du livre. Il faut la voir faire ses valises, refusant la tenue réglementaire, la troquant pour des tailleurs Chanel et prévoyant d'emporter sa cape en opossum par crainte de chambre non chauffée. Humour ? Pas sûr ... Mais rassurez-vous, à la croix- Rouge, elle officiera chez les hauts gradés, se créant comme à son habitude un carnet d'adresse rempli de généraux et autres colonels qui lui fourniront le minimum vital  ( entendre, vol gratos sur us air force, dîners dignes de son rang, ...). Je rappelle que Bettina est toujours célibataire et donc, si on se remet dans le contexte de l'époque, toujours vierge ( elle a une petite quarantaine à l'époque !). Peu importe, Bettina ne parle pas de sa vie privée ( on saura tout au plus qu'elle se mariera après guerre avec un architecte ) et encore moins de celles des élégants et des couturiers qu'elle rencontre.
En bonne amie bienveillante et, quand même, en grande spécialiste de la mode, elle tresse des nombreux créateurs qu'elle rencontre ( et dont elle sera, bien évidemment, une amie intime) des portraits à rendre jaloux Frédéric Mitterrand. Tout le monde est plus que talentueux, gentil, bon, travailleur acharné, visionnaire, amoureux de la femme (élégante donc qui a du fric ). Ca dégouline de sucre ( raffiné ), de mièvrerie, de condescendance. Elle minaude, roucoule, flatte, ... Elle s'extasie sur les coupes sublimes, les tissus luxueux, n'oublie jamais de noter les modèles qu'elle commande pour elle. On lit des propos d'une autre époque assurément, où on avait l'élégance de ne rien dévoiler qui puisse écorner une image savamment agencée durant des années. L'univers de la mode, c'est luxe, calme et volonté. La volupté ?  Quelle horreur, c'est pour les vulgaires ! Moi, monsieur, j'emporte dans mon wagon-lit mes draps en soie fuchsia et je dors sur un oreiller de la teinte de mes cheveux ! Je ne parle pas de ...Oh quelle horreur !
L'arrivée du prêt à porter mettra fin à la carrière de Bettina. La vulgarité de l'élégance pour tous, elle ne le supportera...
"In my fashion" est une plongée très sucrée dans un univers de luxe où l'élégance était synonyme de gens bien nés ou, à la limite très riche. Ecrit sur mesure, surtout pour ne pas déplaire, c'est donc élégant. Mais est-ce si élégant d'avancer dans la vie sans jeter le moindre regard à ceux qui triment pour que quelques uns puissent jouir jusqu'à l'outrance de la vie ? ( Et loin de moi, l'idée de dénigrer le monde de la mode et de la haute couture que je considère comme de l'art...)

samedi 23 juillet 2016

Vis ma vie de Florent Marchet


La compil de l'été 2016 (n° 3)

Ce clip est annonciateur d'un album concept qui sortira en octobre prochain. Il semblerait que Florent Marchet ait abandonné les voyages galactiques ( avec un zeste de Raël) de son précédent opus, pour écrire avec ses complices de toujours ( notamment Arnaud Cathrine et Valérie Leulliot ) un livre disque autour de la France avant nos prochaines élections présidentielles. On parle d'un objet militant où le monde ouvrier prendrait toute sa place. D'ailleurs, l'ex métalleux stéphanois Bernard Lavilliers aurait posé sa voix sur un des titres, 
En écoutant " Vis ma vie", très prometteur, parfaitement dans la lignée des précédents titres de Florent Marchet au niveau du style, une chose est frappante : l'esprit d'Alain Souchon hante ce titre tant au niveau des paroles assez percutantes, empruntant les sonorités de langage de ce talentueux aîné mais aussi au niveau du chant, où la voix du chanteur prend sur la fin du morceau les mêmes accents un peu éraillés. 
Le clip, joli ralenti rouge et bleu, original par sa lenteur dans un univers vantant les plans d'un quart de seconde, propose sans doute une autre lecture des mots entendus. " chômeur", " attentat", "martyre" "bruit de bottes", "crise", "méprise" "se barrer", "pavé", vocabulaire rare dans les chansons actuelles, parsèment un texte fort et sautillent pourtant sur une mélodie qui accroche. Voilà un titre qui ne dépareille pas dans ma compil d'été ( qui va ressembler de plus en plus à une bande annonce pour l'automne qui vient !), on a sérieusement besoin d'avoir quelques morceaux pour nous secouer un peu ! 

vendredi 22 juillet 2016

Chantier interdit au public de Claire Braud d'après l'enquête de Nicolas Jounin

Une BD sur le BTP, ça vous fait envie ? Non ? Vous avez raison, y'a rien à voir derrière les palissades métalliques qui camouflent les nombreux chantiers qui fleurissent dans toutes les villes de France qui construisent d'imposants édifices à but social ou pas. Ou plutôt, il s'y passe tellement de choses, que parfois il vaudrait mieux ne pas savoir. Sauf, que certains sont allés y mettre le bout de leur nez, à l'instar du sociologue Nicolas Jounin, qui s'est fait embaucher sur des chantiers comme manoeuvre puis comme ferrailleur ( ceux qui fabriquent ces grilles métalliques qui consolident les piliers ou les  murs une fois le béton coulé). De son étude très précise sur cet univers, il en a tiré un livre paru en 2009 que Claire Braud a adapté façon BD en le scénarisant de façon plus empathique puisqu'il nous permet de suivre Hassan et Sekou ( en fait Soleymane), esclaves d'un nouveau genre dans la France d'aujourd'hui.
Si l'actualité nous parle beaucoup en ce moment de ces travailleurs venus de l'Est, exploités eux aussi par le BTP, mais dans le domaine de la finition ( plomberie, peinture, électricité, ...), elle s'intéresse nettement moins de ceux qui s'occupent du gros oeuvre. Et là, croyez-moi, la lecture de "Chantier interdit au public" vous fera entrer de plain-pied dans une réalité encore plus sordide qu'on pouvait l'imaginer. Des agences d'intérim, aux allures fringantes mais aux techniques d'embauches servant à accompagner un système pas loin d'être mafieux, aux entreprises de BTP, qui de sous-traitant en sous traitant, estiment avoir les mains plus blanches que blanches, le parcours de nos deux héros va ressembler à celui d'un serf construisant une cathédrale au Moyen-Age. Rien n'a réellement bougé depuis cette époque, que ce soit les cadences infernales voulues par les commanditaires, les règles de sécurité ( nombreuses sur le papier ) totalement absentes dans la réalité et les salaires indécents et aléatoires jetés comme une aumône à une main d'oeuvre étrangère et sans-papier ! Et comme l'humain aime la domination, ces forçats du boulot créent, sous l'oeil complice de leurs patrons, à l'intérieur même de leur catégorie inférieure, un autre système de castes qui ajoute en pénibilité, en misère.
Ce roman petit format, malgré un dessin que, perso, je trouve un peu fragile, ne laisse absolument pas indifférent et joue parfaitement son rôle d'observateur concerné sur notre terrible monde. Il fait partie d'une nouvelle collection intitulée " Sociorama" et que les éditions Casterman ont décidé de lancer dans la perspective de décrypter notre société. Si j'avais été moyennement emballé par un autre titre ( "La fabrique pornographique " sur les us set les coutumes de l'industrie du cinéma porno) de la pertinente Lisa Mandel, par ailleurs directrice de cette collection, il est certain que ce "chantier interdit au public" porte fièrement et bien haut le concept de ce projet éditorial. ( En est-il de même pour les autres titres de la collection : un sur les dragueurs de rue (?!) et un autre assurément moins léger mais peut être plus pertinent sur les conditions de travail des personnels navigants de nos bus aériens ? )






jeudi 21 juillet 2016

Un jeune homme superflu de Romain Monnery


Ecrire sur "Un jeune homme superflu" se révèle être un exercice intimidant. Comment rivaliser avec un tant soit peu de talent ou de virtuosité à ce roman qui manie l'humour et la phrase qui fait rire avec une telle maestria ? Mieux qu'une sitcom de M6 ( vous me direz, ce n'est pas difficile), largement aussi drôle qu'un troupeau de blogueuses trentenaires à la recherche du grand amour, Romain Monnery frappe fort ! 380 pages de remarques acerbes, drôles, acides, marrantes, sur la vie d'un pauvre mec ( sans doute trentenaire), pas fana du boulot et en coloc avec un rustre et une nymphomane spécialisée dans les Quasimodo. Y'a pire comme point de départ même si la colocation et ses aléas reste un sujet déjà fort labouré dans le genre " Qu'est-ce que c'est marrant des gars qui rotent de la bière en matant du porno à la télé ! ". Le montage du roman rappelle d'ailleurs le format des sitcoms télé d'avant film de la soirée qui avancent à coups de petites pastilles. En faisant fonctionner sa cervelle deux secondes, ça ressemble pas mal à "Bloqués" quand même ! Mais nous ne sommes pas affalés devant notre écran, croyant regarder un programme pseudo subversif donc branché, mais dans un roman. Et ses petites pastilles qui se succédant donnent tout de même un champ plus vaste  au personnage principal que la ( ex?) série du Petit Journal.
Creusant un thème déjà abordé lors de son premier roman, " Libre, seul et assoupi"....( Oh ça fait beaucoup de recyclés ça !), Romain Monnery continue ses petites attaques sympatoches sur ce mal contemporain, l'absolue obligation de travailler. Cette résistance au boulot dans un monde de petites fourmis laborieuses ou qui essaient de l'être, est réjouissante surtout qu'elle est incarnée par un pauvre gars qui n'a envie de rien et pour qui la vie est un long fleuve tranquille sans l'ombre d'un clapotis. Pas d'emploi, pas de fric, pas d'envies, pas de filles, pas de gars, juste la télé, la masturbation et le temps qui passe. Quelques relations tout de même le font sortir de son appartement crasseux, d'aérer le récit ( à défaut de la coloc) et permettent ainsi à l'auteur de poser son regard acéré sur les petits travers de nos vies urbaines.
Même si ce n'est finalement pas d'une grande originalité, les deux premières parties sont franchement hilarantes. On se demande parfois si une part autobiographique ne s'est pas glisser entre les lignes mais il est certain que  Mr Monnery est loin d'être fainéant sur le comique de situation et la phrase qui pétille et fait tordre de rire le lecteur. Exemples, pris au hasard. Pour évoquer l'ennui : " Je fixe mon araignée au plafond dans l'attente qu'elle m'invite à me faire une toile." ou en parlant de la voix de sa collègue de bureau : " Insupportable comme une version de La Marseillaise interprétée par des ongles crissant sur un tableau noir."  ...Ah oui, je ne vous avais pas précisé que dans une troisième partie, il filait au boulot le héros ! Et là, je ne sais pas pourquoi, peut être parce que j'ai bien apprécié glandouiller, ce dernier tiers a pris des allures de fin de marathon. L'humour est toujours là, l'observation parfois assez fine voire tendre aussi, mais, comme le personnage principal, le coeur n'y était plus. La vie de bureau, ça ne l'a pas vraiment fait.... Peut être n'aurai-je pas dû tout lire d'une traite. Je le sais bien pourtant qu'il ne faut jamais manger le troisième paquet de fraise Tagada ( celui offert pour l'achat de deux !) dans la foulée !
Quoiqu'il en soit, si vous voulez une lecture d'été détendante, qui fasse oublier souci et travail , ce "jeune homme superflu" est un bon choix. Certes pas de la grande littérature ....mais un roman bien troussé, bien écrit dans son genre, avec une once de subtilité et un soupçon de poésie de Michel Houellebecq... Alors tentés ?