lundi 24 avril 2017

# bonnet de Eliane Girard


" # Bonnet " se glisse sans problème dans une poche et a l'avantage de se lire quasiment d'une traite. Menée tambour battant, l'intrigue, qui allie une intrigue propre à satisfaire les curiosités contemporaines et une petite réflexion sur notre univers numérique et la circulation des informations, se révèle tellement efficace que le roman se lit d'une traite.
Tristan, vendeur dans une maison de la presse passe tous les matins devant une radio célèbre où, tous les matins, au même moment, Lina Darius la star de l'info fume une cigarette après son émission. Et, allez savoir pourquoi, un matin, Tristan s'arrête pour lui demander une cigarette. Lointaine et pourtant assez inaccessible, la journaliste accepte. Pour la remercier, Tristan veut lui faire un bisou sur la joue qui, par le hasard des mouvements, se conclue en un  bisou dans le cou. Moment anodin et sans importance pour les deux personnes qui retournent à leurs occupations respectives...sauf qu'un paparazzi les a shootés et que la photo apparaît sur le net, titrant " Le fiancé de Lina Darius !".... s'ensuit un emballement de la machine médiatique qui vient fracasser le couple que forme Tristan avec Clotilde ainsi qu'anéantir la stratégie de communication sans faille de la journaliste, intraitable sur sa vie privée.
Peinture du monde des médias et de la presse people ( avec ces quelques clés qui font reconnaître au passage quelques célébrités) et petite réflexion sur les réseaux sociaux et l'exploitation possible des informations qui y sont publiées, le roman, petite comédie de moeurs écrite avec vivacité, comble parfaitement un moment de plage ou de voyage. Pas prise de tête pour deux sous, mais pas niais non plus, "# Bonnet" possède cette qualité pas si commune de faire passer un bon moment. On sent que l'auteure connaît parfaitement le milieu qu'elle décrit et n'a qu'un seul but, faire plaisir au lecteur en lui proposant une petite fantaisie, sucrée sans excès, acidulée juste comme il faut et qui se déguste comme une glace un jour de chaleur.
Pas le roman de l'année, ni du mois, juste un petit roman sans prétention, bien fait, que l'on lit avec plaisir. 

samedi 22 avril 2017

Dans la forêt lointaine de Marie-Pierre Burtin


Dans la forêt lointaine ...
On entend le coucou... (Air connu)
Et il s'agit bien d'un coucou dans ce premier roman. Il n'est pas un oiseau même si sa taille fine et son allure un peu hésitante lui donnent l'apparence fragile d'un grand oisillon venu se poser là, dans cette impasse d'un village alpin. Au début du roman, le coucou n'a pas de nom, il est juste une silhouette immobile qui se dresse toute la journée bien en vue des quelques maisons qui se côtoient dans cette impasse. Qui est-il ? Que veut-il ? On finit par savoir qu'il recherche sa mère dont il possède un vague Polaroïd la représentant de dos, vêtue d'un manteau bleu électrique et pris apparemment dans cet endroit. Les coucous cherchent un nid, c'est bien connu, en trouvent toujours un, même si l'on doit déloger quelqu'un...
Roman de terroir avec un sujet tirant sur le polar psychologique, "Dans la forêt lointaine" essaie d'installer une petite musique provinciale, loin des drames bourgeois des grandes villes. Marie-Pierre Burtin s'efforce de restituer cette ambiance villageoise, amalgame de petites choses banales et de légère perfidie due à l'observation, l'épiage constant de ses voisins. Petit à petit, on flaire des dessous bien peu reluisants de ces habitants, les secrets bien gardés réapparaissent soudain, le drame couve...
Mais hélas, le choix d'une construction vaguement alambiquée ( à savoir des narrateurs différents à l'intérieur d'un même chapitre) n'apparaît pas ici convaincante. Les divers habitants de cette impasse qui prennent tour à tour la parole, sont insuffisamment caractérisés pour que les lecteurs se les approprie. La lecture perd en intérêt et en rythme. On se demande qui parle et on ne situe pas toujours  très bien les nombreux protagonistes assez facilement interchangeables. On suit quand même cette histoire pas trop compliquée qui, sur la fin, lorgne vers un célèbre roman de Sébastien Japrisot  ( je ne dis pas lequel... pour ne pas gâcher le suspens).
"Dans la forêt lointaine" permet de passer un agréable moment mais souffre sans doute d'un choix  narratif trop confus pour lui donner une vraie puissance.

vendredi 21 avril 2017

Sous le même toit de Dominique Faruggia


Dans le flot ininterrompu, semaine après semaine, de comédies françaises cherchant le succès comme certaines consoeurs récentes, "Sous le même toit" arrivera-t-elle à se hisser au sommet du box-office ? J'en doute ... car voyez-vous, j'ai vu ce film en avant-première il y a un bon mois et je dois faire appel à ma mémoire pour arriver à tracer quelques lignes dessus. L'exercice apparaît donc intéressant : que reste-t-il d'une comédie française dans le cerveau d'un spectateur de cinéma lambda un mois après sa vision ? 
Je me souviens ne pas m'être vraiment ennuyé, ce qui est déjà un bon point, signe qu'il devait y avoir quelques atouts. Alors je réfléchis et je revois le couple de comédiens vedettes, Gilles Lellouche et Louise Bourgoin, lui, jouant parfaitement le beauf un peu lourdingue et elle tout aussi impeccable dans la nana qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Oui, je me rappelle que le tandem fonctionne très bien à l'écran. 
Après, de cette histoire de cohabitation entre divorcés au pitch de départ attrayant, il ne me reste rien de plus. Il faut que je retourne voir le générique pour me rappeler que Manu Payet et Marilou Berry jouent des seconds rôles dont je suis incapable de parler. Seul reste dans mon souvenir, Julien Boisselier en nouvel amant un peu coincé qui réussit à s'imposer face aux deux monstres sacrés. 
Il faut que je relise le scénario pour que soudain vienne se rappeler à ma petite tête qu'il y a aussi une sombre histoire de joueur de foot qui ralentit sérieusement l'intrigue et n'offre aucun intérêt, ni comique, ni même dramatique sauf, je crois, pour une sorte de happy-end vaguement larmoyant qui déçoit pas mal. ( Non, ne cherchez pas un quelconque comique grinçant !)
"Sous le même toit" se range donc dans la catégorie comédie pour alimenter les chaînes de télévision dans quelques mois, , sans doute, comme souvent,  avec une bonne idée de départ mais mal exploitée. Reste le duo de comédiens principaux qui fait un joli boulot et qui peut faire passer la pilule. Alors, si vous êtes fans, vous pouvez y aller ....




jeudi 20 avril 2017

Cessez-le-feu de Emmanuel Courcol




L'après-guerre 14/18, le traumatisme d'après combat et deux frères qui vont vivre ces années de façon différentes. L'un Marcel,( Grégory Gadebois) devenu sourd reste terré dans la maison familiale auprès de se mère. L'autre, Georges ( Romain Duris), apparemment moins atteint par les suites du conflit, préfère voir du pays et file en Haute-Volta. Lorsque ce dernier reviendra au pays, il retrouvera une certaine paix, canalisée par l'envie de guérir son frère mais aussi par un fort sentiment amoureux envers la professeure de langue des signes de son frère ( Céline Sallette, toujours aussi juste)...
Pour un premier film, "Cessez-le-feu" épate par l'ampleur de la reconstitution historique et par une magnifique photographie. Cependant, au-delà de cette apparence parfaite, le scénario et l'intrigue n'ont pas un intérêt énorme comme si décors et costumes passaient  avant une bonne histoire. Du coup, ce bel emballage apparaît un peu vide. Les comédiens sont bien sûr impeccables, rendant leurs personnages attachants mais ne parviennent pas à sortir de l'ornière un film dont les enjeux ne vont guère plus loin qu'un banal téléfilm. Alors, le spectateur regarde comme un joli album d'images d'Epinal, savourant au passage l'agréable présence de bons comédiens caressés amoureusement par la caméra. C'est joli, pas désagréable mais tout cela manque sérieusement de piquant, de sel, de passion, de cinéma


mardi 18 avril 2017

La société du mystère de Dominique Fernandez


Par quel bout aborder cette passionnant psychobiographie de Dominique Fernandez ? Peut être déjà, en précisant que ce concept de "psychobiographie" dont il est l'un des principaux utilisateurs, voire, dit-on, l'inventeur, se définit comme une " biographie alliée à une étude psychique" ( selon le dictionnaire). J'en vois quelques uns froncer le sourcil. Le procédé est simple. En partant des archives d'un artiste et de sa production, de ce que l'on a écrit sur lui, de ses courriers aussi, un écrivain créé une vie, remplissant les zones d'ombres, les pensées, les dialogues supposés voire même, comme dans ce roman, des pans entiers de sa vie.
En prenant comme personnage principal, Agnolo Bronzino, peintre florentin du 16ème siècle, le jeu littéraire s'avère passionnant pour un romancier à l'imagination débordante et ...militante.
Le Bronzino, qualifié de maniériste, a été l'élève de Jacopo Pontormo, artiste qui a mieux traversé l'histoire picturale. De sa vie, on ne connaît pas grand chose à part ses oeuvres. En débutant le roman par une prétendue découverte de ses mémoires chez un antiquaire, Dominique Fernandez ouvre une large porte pour retracer, à sa façon, la vie de cet homme qui fut quand même le peintre officiel des Médicis pendant plus de trente ans.
L'érudition, la verve de l'auteur de "Porporino ou les mystères de Naples" nous emportent dans un romanesque flamboyant. En plus du fond historique précis ( la puissance de l'église romaine, l'arrivée d'Espagne de l'inquisition, la rivalité Florence /Venise), d'une galerie de portraits d'artistes mythiques ( Michel-Ange en tête), nous plongeons dans la vie intime de Bronzino et donc au coeur de la création. Nous assistons à l'élaboration de ses tableaux, aux codes qui régissent le genre mais aussi aux influences diverses qui président à leurs créations. C'est une véritable balade dans l'art florentin à laquelle nous sommes invités. Grâce au roman mais aussi à internet qui nous permet d'admirer les oeuvres en simultané, nous découvrons comment, dans un univers ultra formaté où l'église a regard sur tout, les artistes souvent hérétiques, glissent leurs pensées, leurs fantasmes, leur regard critique.
Pour Bronzino, et c'est là où l'on retrouve le militantisme de Dominique Fernandez, en plus d'être incroyant, il était homosexuel ( selon l'auteur). C'est aussi par ce prisme que l'on regarde sa peinture. Bien que d'une discrétion énorme, le peintre glisse dans ses tableaux, un peu comme l'a aussi fait Michel-Ange, qui un enfant nu aux jambes franchement écartées, qui un corps nu masculin incroyablement dévoilé, qui un infime détail dans un coin obscur  rendant un banal portrait un poil plus intéressant.
Je ne sais comment a procédé l'auteur pour écrire sa passionnante psychobiographie, si les oeuvres lui ont inspiré une vie intime ( la vie publique étant plus connue) ou si cette homosexualité était un fait réel, mais le résultat est passionnant même si l'on sent parfois une certaine gourmandise  de l'auteur à mettre dans le lit du peintre de très jeunes hommes. Je suis ressorti de cette "société du mystère" encore plus riche, nourri de la joyeuse et motivante érudition de l'auteur et de sa profonde réflexion sur l'art, et prêt à filer revoir toute cette peinture bien plus iconoclaste qu'il n'y paraît au premier abord.
Pour la fine bouche, voici le portrait du duc de Cosimo en Orphée par Bronzino.
Cette commande par le duc lui-même, fut offerte à son épouse le jour de son mariage en gage de sa fidélité conjugale. Celui-ci fut fort satisfait du résultat. Bronzino lui, eut quelques regrets et pense avoir laissé filer son pinceau, se reprochant, une cuisse trop sexy au premier plan, le téton trop en érection, la naissance des fesses trop visible. ( dixit Dominique Fernandez). Et vous qu'y voyez-vous ?



lundi 17 avril 2017

Petite amie de Juliette Armanet


J'ai testé pour vous le premier album de la nouvelle princesse de la chanson française, la fort médiatisée Juliette Armanet.
Nouvelle coqueluche des médias qui font l'opinion, elle a eu droit à un long article élogieux dans les Inrocks, a été la cible des douceâtres questions évaporées d'Augustin Trapenard ( en voie de druckérisation) sur Inter,  obtenu trois 3 F (seulement ) chez Télérama et même emballé Le Figaro ( moins branchouille quand même).
Alors, en amateur de chanson francophone, je n'allais pas passer à côté de l'événement. Je connaissais vaguement la dame, car, elle chantonne avec Julien Doré dans un duo sur son dernier album, signe d'une déjà bonne pénétration du milieu de la variété chic.
Dès le premier morceau, le déjà petit tube " L'amour en solitaire", la voix haut perchée, pas loin de rappeler celle de Véronique Sanson sans le vibrato, les subtils arrangements classieux et la présence en premier plan du piano nous renvoient plus de quarante ans en arrière, dans ces années 70 où William Sheller, Michel Berger, Gérard Manset, Christophe, imprimaient une trace indélébile dans la chanson française. On sent leur influence dans tout l'album de Juliette Armanet ( et même dans "Sous la pluie" un clin d'oeil à Danielle Licari et Saint Preux ...mais qui s'en souvient ?) Et je dois l'avouer, c'est loin, très loin d'être désagréable, de retrouver une variété classieuse qui caresse l'oreille dans le sens du poil. Certes on n'est pas étonné, c'est même confortable comme un bon vieux fauteuil et ce ne sont pas les quelques accords discos, signe d'un léger décalage moderne qui gâchent le plaisir. Les mélodies sont impeccables, imparables, les chansons piano/voix ont une vraie grâce ( "Alexandre"), les slows chaloupent agréablement ( " A la folie" ), l'album coule magnifiquement. Plus on avance et plus on se dit à l'écoute de chaque titre que ça  rappelle quelque chose, comme un air de déjà entendu, sensation confirmée avec le très beau dernier titre "L'accident", morceau lent au piano dont quelques accords rappellent énormément "Mi-maître, mi-esclave  " de Véronique Sanson.
Juliette Armanet nous offre un premier album dont l'écoute et la réécoute sont un réel plaisir. Tout est propre, hyper bien léché, et un formidable hommage aux aînés que l'on a tant aimés. Peut être manque-t-il un léger lâcher prise, une pointe de vraie originalité qui ferait que la chanteuse pourrait, en plus de sa belle voix et de sa capacité à aligner des mélodies imparables, imposer un univers bien personnel.




dimanche 16 avril 2017

Je danserai si je veux de Maysaloun Hamoud



"Je danserai si je veux ", produit en Israël par Shlomi Elkabetz, le frère de Ronit, ne peut qu'attirer la sympathie...du spectateur occidental. Ce portrait sans fard de trois jeunes femmes palestiniennes vivant à Tel Aviv, a valu à sa réalisatrice, palestinienne elle aussi, rien moins qu'une fatwa de la part des Tartuffe religieux du secteur ! Si l'on regarde bien le film, il est certain qu'il a de quoi ébranler sérieusement les mâles barbus amateurs de femmes soumises et/ou voilées.
Laïla et Salma, ont déjà fait un grand pas dans leur émancipation. L'une est avocate, l'autre DJ et la vie semble libre et facile en regard de leur troisième colocataire, Nour, tombée par hasard chez elles et qui, bien qu'étudiante en informatique, est empreinte de religion et de timidité. Autant cette dernière est empâtée, voilée et fiancée à un dénommé Wissam qui porte le coran en bandoulière, autant les deux autres fument, boivent, draguent et consomment quelques expédients qui donnent de l'énergie ou qui font rire. Le choc de cette cohabitation semble indubitable sauf que le film se révèle plus malin. Si l'oppression d'un système religieux forcément archaïque semble surtout se porter sur Nour, les apparences sont trompeuses. Bien sûr Nour va rencontrer un chemin bien plus abrupt que ses copines mais les deux autres, sous des airs affranchis, vont connaître aussi de sérieux déboires. La franche liberté de Laïla va se trouver confrontée à des hommes pas encore bien au fait avec l'indépendance féminine. Quant à Salma, libre certes, mais lesbienne, et là, c'est bingo pour l'incompréhension totale et la violence familiale.
Ce portrait, filmé avec honnêteté et une grande énergie, baigné d'une musique galvanisante plaide un militantisme politique net et sans fioriture. Il capte très bien l'hypocrisie de la religion, son refus de l'égalité des sexes qui arrange bien les hommes et son incapacité au respect des libertés individuelles. Film courageux, essentiel, engendré par l'espoir qu'ont porté les printemps arabes, il donne l'occasion de rencontrer  trois femmes fortes ( quatre avec la réalisatrice) qui, je l'espère, sèmeront espoir et changement dans les régions où il a été produit ( et ailleurs aussi...suivez mon regard ).