jeudi 30 octobre 2014

Vie sauvage de Cédric Kahn


Une femme fuit une sorte de campement nomade avec ses trois garçons et se réfugie dans le pavillon coquet chez ses parents. Un homme, son compagnon,vient négocier le retour de sa compagne pour finalement repartir avec deux des trois enfants qui l'accompagneront durant une dizaine d'années dans une vie faite de cavale, de campements rudimentaires et de maisons en ruine isolées. Refusant les normes d'une société qu'il exècre, Paco fera vivre une enfance hors cadre à ses fils pendant qu'au loin la mère se bat pour les récupérer.
Basé sur une histoire vraie, "Vie sauvage" m'a fait penser à un sandwich et plus précisément à un de ces double big machin de chez MacTruc...vous savez, ceux qui, dès que vous y mordez dedans, laissent échapper de leur garniture pour vous saloper votre pantalon. Drôle d'idée me direz-vous pour un film naturaliste, dont le héros refuse tous ces produits immondes d'une société de consommation pourrie. En fait, en y regardant bien, tout dans le film induit à cela ! Sa structure tout d'abord. Le film débute par une scène haletante, filmée à l'épaule, où la caméra suit Céline Sallette affublée de dreadlocks fuyant un campement boueux. C'est nerveux, brut, comme dans un film des Dardennes...(Ah mais ce sont eux les producteurs du film !.. ) Et il finit pareillement avec le retour de la comédienne dans des scènes intenses. Entre ces deux moments, ce qui fait figure de garniture sont les 10 ans des enfants passés avec ce père aux idées radicales. La caméra se fait moins nerveuse, plus douce en fait, jouant avec la nature et le soleil. Ca dégouline un peu, dans le sens où malgré la dureté de cette vie de parias volontaires, le réalisateur semble y trouver une certaine poésie, s'attardant notamment à filmer longuement des soirées musicales et festives autour d'un feu. Entre le folklore hippie et les problèmes du père pris en sandwich (on y revient) entre ses pensées utopistes et une réalité qui n'hésite pas à se rappeler à lui, le film s'attache à garder une certaine distance. Epousant tour à tour les points de vue de chacun des protagonistes, Cédric Kahn ne juge jamais, livrant au fur et à mesure des éléments étayant notre réflexion. En bon cinéaste gourmet, il ajoute dans son sandwich de bons ingrédients mais, hélas, la garniture n'arrive pas à avoir la saveur qui donnerait à l'ensemble un goût fantastique.
Je suis resté un peu sur ma faim. Bien joué certes, agréable à l'oeil, la distance voulue et assumée du réalisateur empêche peut être le film de décoller vraiment. C'est très bien filmé façon Dardennes mais sans pour autant devenir inconfortable pour le spectateur ( sauf un peu dans les dernières scènes). Si l'on veut jouer le cinéphile, "Vie sauvage" en traitant encore une fois du thème de la rupture et amoureuse et sociale, s'insère parfaitement dans la filmo de Cédric Kahn qui a souvent traité des histoires dont les personnages se retrouvaient un peu en marge. Mais malgré tout cela, je suis resté sur ma faim. Il manque, me semble-t-il,  un soupçon de folie ou d'irrévérence qui donnerait un caractère plus mordant à l'ensemble.


mardi 28 octobre 2014

Robot de Léo Timmers


Attention, Léo Timmers a encore frappé ! Planquez tous les objets métalliques de votre maison avant de mettre entre les mains de votre fille ou de votre garçon cet album tonique et stimulant, l'envie de jouer au petit inventeur ou la grande créatrice risque de sérieusement de démanger les mains de vos enfants ( ce sera toujours ça de gagné sur les écrans ).
Sam aime les robots et décide en cachette d'en fabriquer un. Un vieil aspirateur, un morceau articulé de lampe de bureau, un râteau et une vieille radio et le tour est joué, Franky est naît. Sam jubile, il a enfin un robot, un vrai, rien que pour lui. En plus Franky parle. Ok, c'est un sabir difficilement compréhensible mais on se comprend toujours quand on est de très bons copains. Mais Sam sait au fond de lui que cette amitié ne durera pas. Un vaisseau spatial viendra inévitablement chercher Franky pour l'emmener sur la planète robot. En attendant, ils jouent, ils s'amusent jusqu'à ce que...
Emballé, je suis emballé par cet album, vraisemblablement parce que j'y retrouve cet esprit un peu vintage des années 50/60 où l'on pensait que l'avenir grâce, à la science et aux robots, serait meilleur. Mais il y a aussi les illustrations de Léo Timmers, toujours aussi drôles et pimpantes. On est vraiment dans un univers enfantin, rempli de détails légers et incongrus qui donnent à cette histoire un caractère tout à la fois décalé et merveilleux. Et si l'on voulait pousser plus loin, on y trouverait sans doute un plaidoyer pour la liberté, voire un parfait exemple que l'attachement c'est bien, à la seule condition qu'il n'empiète pas sur le libre arbitre de l'autre.
Mais foin de théories, "Robot" est aussi un régal pour les yeux des enfants qui sauront y repérer tout un tas de détails rigolos ainsi qu'une invitation on ne peut plus malicieuse à être ce petit génie créatif, hors norme, hors mode qu'hélas on ne lui  laisse pas le temps d'être.
Album à partir de 4 ans.


lundi 27 octobre 2014

Charivari A l'envers et en concert



Pour mes lecteurs de France et d'ailleurs, Charivari est un groupe de mon coin, la Sarthe. Pour les bobos parisiens et d'ailleurs, sachez que la Sarthe est le berceau de talents aussi variés que Béatrice Dalle, Emmanuel Moire, Steevie et maintenant le groupe Charivari, car ce dernier, en plus d'un talent évident, a le bonheur d'enflammer toutes les salles où il se produit.
Mon aventure Charivari a commencé ce printemps avec l'écoute de leur nouvel album :"A l'envers", Après un premier opus aux morceaux un peu fragiles et à la production hésitante, lorgnant du côté de cette chanson française où l'accordéon voisine avec du reggae, leur nouvelle production prend une ampleur certaine. Arrangements plus soignés, chansons plus travaillées et plus profondes, il est certain que cette nouvelle production est beaucoup plus intéressante et fait même figure de petit bijou dans le catalogue itunes. Tout d'abord, la voix du chanteur, Yohann, qui peut chanter et donc enchanter le bottin, est judicieusement mise en avant. Contrairement à beaucoup de ces confrères quelquefois bien plus médiatisé, il a une voix, une vraie, juste et pouvant chanter n'importe quoi. Ecoutez-le dans la reprise " Les filles c'est fait pour faire l'amour" twist/rock endiablé puis dans la version acoustique du titre phare "A l'envers" et vous verrez que passer du rythme à l"émotion est facile pour lui mais surtout est crédible dans les deux genres.
Mais que serait la voix d'un chanteur, aussi bon soit-il, s'il n'avait pas de bonnes chansons à défendre ? Même si l'on peut trouver quelques textes pas assez fouillés, la plupart des titres, joliment orchestrés, accrochent l'oreille et donnent envie d'être réécoutés illico.
Il me restait pour me faire une idée complète du groupe, d'aller les écouter en concert, car les artistes, c'est sur scène qu'il faut les voir. Ce fut fait samedi soir, puisqu'après une tournée de quarante dates dans toute la France, ils étaient de retour dans leurs terres natales. J'en suis revenu, la voix cassée, les mains douloureuses d'avoir applaudi mais aussi accompagné le groupe et les jambes en bouillie après 20 minutes d'un twist endiablé. Les titres de l'album prennent une force inouïe sur scéne. Les six musiciens, un batteur, deux guitaristes, un trompettiste, un pianiste et le chanteur qui joue aussi du saxo (avec également  l'apparition d'un violoniste par moment ) ont littéralement enflammé la salle. Beaucoup de morceaux deviennent immédiatement festifs et dansants. Et lorsque le groupe propose des chansons plus douces ou mélancoliques, la voix du chanteur sait se faire tendre, émouvante, remarquablement accompagnée par ses acolytes qui savent lui offrir un très bel écrin. Ils osent même faire une reprise de "20 ans" de Léo Ferré  en version rock totalement bluffante.
Vous l'aurez compris, je suis conquis.  Si par bonheur, le groupe passe pas loin de chez vous, abandonnez The voice ou la nouvelle star et allez prendre un bon bain de musique et de chanson avec Charivari, vous ne le regretterez pas. Vous passerez à coup sûr une excellente soirée, même si vous ne connaissez aucune chanson, l'énergie et la bonne humeur du groupe vous emportera !


Les filles c'est fait pour faire l'amour 


Le temps de te revoir (avec Anaïs Delva)
Clip acoustique enregistré dans mon salon ... Mais n'y voyez aucune connivence. Je ne connaissais pas le groupe avant ce tournage ...Et si Tal ou Joyce Jonathan avaient tourné un clip chez moi, pas sur du tout que je vous en aurai parlé !

dimanche 26 octobre 2014

Magic in the moonlight de Woody Allen


La question de la semaine en matière de cinéma est habituelle : Il est comment le nouveau Woody Allen ? Puisque sont passées les vendanges et les foires aux vins, et que beaucoup parlent de cuvée, que peut-on dire de cette dernière récolte du célèbre cinéaste?
"Magic in the moonlight" a été élevé sous le soleil ardent des côtes méditerranéennes. Il est léger en bouche, le maître n'ayant eu guère d'imagination pour truffer ses dialogues de bons mots ou de phrases bien senties qui donnaient du corps à ses précédentes cuvées. Cependant, il reste fidèle à ses procédés de vinification, n'hésitant à réutiliser des recettes éprouvées comme la magie ou le marivaudage entre une jeune ingénue et un homme vieillissant. Après une accroche un peu ordinaire, le corps révèle une certaine âpreté en s'interrogeant sur les croyances voire la présence d'un dieu créateur. Mais la fantaisie du cinéaste finit par l'emporter au final, pour laisser en bouche un goût léger de rose, agréable mais pas bien original.
On s'apercevra que le maître sait s'entourer de personnes charmantes (Emma Watson), nouvelles ( Colin Firth ou délicieuses ( Eileen Atkins dans le rôle de tante Vanessa ), s'intégrant toutes parfaitement dans ce marivaudage au charme un peu désuet. L'habillage de ce cru 2014 est élégant, très années 20/30 et les couleurs joyeuses et tendres adoptées très flatteuses. La dégustation est bien sûr agréable et la légèreté de l'ensemble fait passer un bon moment mais n'arrivera pas à surpasser quelques crus précédents.


samedi 25 octobre 2014

The pale fox de Camille Henrot



Un peu à l'affût des nouveautés, je me suis rendu à l'espace Bétonsalon situé dans le quartier Bercy à Paris pour admirer la dernière installation d'une jeune artiste française prometteuse ( primée lors de la biennale de Venise en 2013), Camille Henrot.
A l'entrée on vous fournit un descriptif/ mode d'emploi de la visite, utile pour s'orienter ainsi que la revue du lieu, spécialement consacrée à l'événement, sorte d'opuscule très fifty et guère attrayant. Arrêt technique donc avant d'entrer dans l'exposition, intimé gentiment par le regard imprégné de l'hôtesse d'accueil. Si le descriptif se borne à énumérer une liste d'oeuvres, l'opuscule, parcouru en diagonale (parce que bon, 24 pages bilingues en petits caractères, ...) donne le vertige. Sont cités les Dogons et Bataille et mon oeil lit cette phrase : "Mise en scène d'une tentative impossible et fétichiste d'ordonner les idées et les objets, l'exposition n'offre pas moins un univers clos au potentiel libératoire d'un renard insatiable. " Tout de suite, je me suis senti concerné. JE suis le renard insatiable, assez tenté par les nouveautés ou les idées nouvelles (certains voient en moi un fennec, mais je ne vois pas pourquoi et en plus cette parenthèse est un clin d'oeil totalement personnel ). Cependant, avant de poser le pied dans cet univers de Mme Henrot, l'expression de doute ou d'échec de " tentative impossible" m'assaille et me fait présumer le pire. Et comme, cette installation est sensée être libératoire, je ne vous ferai donc pas grâce de tout mon ressenti de visiteur amateur.
On pénètre donc dans une grande pièce toute peinte en bleu, pas un bleu Klein mais un bleu pas vraiment flamboyant, sûrement le bleu Henrot. Une musique atonale nous enveloppe.( pauvres hôtesses qui ont ça dans les oreilles toute la journée !) Tout commence sur le mur Est avec un grand poster de bébé, quelques oeufs de manchot ( non je ne suis pas spécialiste en ornithologie, je sais simplement lire l'opuscule.... manchot? manchot...? y'a-t-il un signifiant jeunesse= manchot, maladresse...? humm je sens le concept entrer en moi) joliment disposés sur une sorte de présentoir en forme de vague, vague qu'on retrouve un peu partout sous forme dessinée, moulée, sculptée ou induite par la position des nombreux objets entassés ça et là.
D'autres moulages, une étagère en alu... Pas loin un store vénitien peint par l'artiste dont on se demande s'il fait partie de ce mur ou pas...( Un visiteur se débattant avec les feuillets de l'endroit murmure entre ses dents : " S'il faut toute cette paperasse pour faire comprendre au public le concept, c'est que c'est raté, une oeuvre est évidente, parle au visiteur ou pas !" ) 
Ne me laissant nullement influencé par ces propos acides, j'avise le mur Sud, celui où tout est sensé "se développer". Encore une étagère en alu ondulant sur un mur,( Elle l'a acheté chez Habitat ? me demandais-je. Et c'est alors que la douce voix de l'hôtesse qui doit savoir lire les pensées ou plus simplement habituée depuis deux mois à entendre les mêmes réflexions, me signifia que les présentoirs ont été conçus par l'artiste. Voilà une question évacuée rapidement. Si l'art ne marche pas pour Mme Henrot, la production d'objets designs chics et pas trop chers l'accueillera surement). Sur cette création murale des petites sculptures dogons ou pas, pointues ou ondulantes rappellent les salons chics d'appartements parisiens cossus. Honnêtement le développement m'a échappé et ce ne sont pas les feuilles blanches sur lesquelles étaient dessinées des formes asiatiques simples qui m'ont éclairé.
Il était donc temps de s'intéresser à cet amoncellement d'objets dans l'angle Sud/est. Au mur une photo de requin, une autre de tigre, un présentoir de posters comme à Auchan. Au sol, des tas d'objets divers, vaguement obsolètes, paraît-il achetés sur ebay, sont mélangés avec des petites sculptures ou moulages. Ce chaos semble vouloir être un signifiant zonant entre l'abus de biens inutiles accumulés par un humain consommateur et la dénonciation de cette méchante société de consommation qui nous abrutit tous. Ma réflexion fut troublée par l'arrivée insidieuse de la gardienne du lieu qui me précisa d'un air investi que si l'on ne pouvait rien toucher de l'oeuvre, les posters du présentoir étaient eux bel et bien consultables... ( Pour une meilleure compréhension de l'ensemble sans doute.... je pense que mon air de plus en plus dubitatif a du inspirer cette remarque dans le secret espoir de me remettre vite fait dans les rails de l'extase). C'est avec précaution que j'ai parcouru les photos de l'artiste présentées comme des posters pour chambre d'ados. Personnages sans tête, ils dévoilent un peu leur corps, car en tenue de sport ou maillot de bain. ????  Je me tourne alors vers le mur suivant, ayant déjà perdu tout sens de l'orientation, ne pouvant à la fois faire l'amateur d'art conceptuel et la boussole. ( Et non, je n'ai pas cette possibilité .... Je sens bien que c'est un handicap pour admirer de l'art contemporain) 
Le mur suivant est celui qui est sur la photo là haut... Un peu d'ondulation, un genre de collection présentée sur un support d'alu, Ce doit être ce que l'artiste appelle : " là où sont les limites..." Je m'interroge, reste perplexe... Ok, je suis limité, ce doit être ça la limite... ( Le grincheux de tout à l'heure passe rapidement en crachant : que du concept ! Rien à dire !) Je le regarde, regarde l'oeuvre et poursuit ma route.
Le dernier mur est plus sobre. Une longue étagère toute droite (avec une petite torsion en son milieu) sert de présentoir à quelques objets et à des photos ou cartes postales. Et soudain on bute sur une espèce d'objet roulant sur pied, mix entre un séchoir à cheveux de coiffeur et un projecteur de dentiste. En fait, c'est une loupe. En visiteur joueur, je mets mon oeil qui se bute sur un gigantesque sexe masculin en érection, la loupe étant réglée pour se diriger sur ce détail d'une photo érotique posée au mur. ( Le visiteur grincheux passa derrière moi en faisant la moue et en se moquant du concept, genre " vous êtes tous des voyeurs, voyez, je vous ai bien eu !" . Eculé !  rajouta-t-il à haute voix. )
Mon oeil survole un peu  ce dernier mur puis, je prends le temps de me positionner de façon à avoir une vue d'ensemble de l'oeuvre et m'en imprégner. Tout en ne perdant pas de vue le serpent mécanique qui ondule dans la salle, j'ai laissé entrer moi la couleur bleue, les vagues,... Pas d'extase, rien ne vint. Le monsieur grincheux avait surement raison : "du concept, rien que du concept". Pour ma part tout cela m'a paru, non pas vide de sens, mais ne répondant à aucune nécessité absolue, surfant dans une zone de faible turbulence. Aucune force ne se dégage de cette installation pédante et un peu prétentieuse, juste l'illustration banale de notre société de consommation... Et si c'était cela le concept, mettre en avant la vacuité de toute une partie de l'art d'aujourd'hui ? Dans ce cas là, je dis bravo, c'est bien réussi !
Pour vous rendre compte par vous même, cette installation est visible jusqu'au 20 décembre prochain et l'entrée est gratuite !

vendredi 24 octobre 2014

Bande de filles de Céline Sciamma


Vouloir réduire "Bande de filles" à une version de  "La haine", qui semble être le positionnement de pas mal de médias en ce moment, n'est pas rendre service à ce film. Certes une énorme énergie se dégage de l'ensemble, mais le projet est assez loin d'être un constat sur la vie des filles en banlieue. Le propos de Céline Sciamma est autre ou tout du moins bien moins réducteur. Le titre joue déjà  l'ambiguïté ."Bande de filles" peut également sonner comme une insulte proférée par une bande de cons ou une bande de ploucs. C'est sur cette notion de minorité sexuelle cherchant à s'émanciper que la réalisatrice développe son histoire. C'était la thématique de ces deux précédents films (les excellents "Naissance des pieuvres " et "Tomboy" ) mais ici, cela prend une dimension supplémentaire tant son choix des personnages et son immersion en banlieue donnent un caractère éminemment plus politique. Cette bande de filles, existe bien dans  l'histoire mais n'en est pas l'élément principal. Dès la deuxième scène du film, magnifique, nous en sommes avertis. Les filles enjouées et bavardes après une partie de football américain, rentrent chez elle, s'imposant sous les regards de quelques garçons qui traînent,  un silence de plus en plus grand au fur et à mesure de leur avancée dans la cité. Le constat ainsi posé, la réalisatrice va s'intéresser à Marieme (plus tard Vic). Elle a 16 ans, pas très bonne élève. Lorsque la proviseure du lycée l'oriente un CAP, elle sent bien que sa jeune vie prend des  rails guère emballants. Une rage toute intérieure naît dans la tête de cette jeune fille aux apparences très sages. C'est le moment où tout se joue pour elle. Elle refuse les codes que l'on veut lui imposer et va choisir la voie difficile de l'émancipation donc du combat. Elle fera avec les moyens du bord, s'engageant dans des impasses  dont elle saura au final en retirer le meilleur pour mieux avancer. Elle s'intégrera dans une bande de filles lookées, bling bling, à la supposée liberté. Elle y trouvera une forme de solidarité, d'amitié fraternelle mais en  sentira bien vite les limites. Son incursion dans un monde plus sombre, celui des trafics de banlieue, sera tout aussi vain mais aussi un creuset pour mettre son corps à l'épreuve, puisque afin d'éviter la prostitution, elle gommera sa féminité.
Pour mieux se concentrer sur le sujet, Céline Sciamma a éliminé des éléments trop clivants ou clichés, même si elle en joue parfois pour mieux les tordre. Ainsi pas religion, pas de police, pas de pères, peu d'hommes en fait, même si on sent leur regard et leur présence . Elle filme également la banlieue sans tags, comme un ensemble architectural aux formes sinon harmonieuses tout du moins esthétiques mais tout cela avec une énergie farouche et stimulante. D'ailleurs, pour son troisième film, la réalisatrice a particulièrement soigné l'image, ici de toute beauté, balayant d'un revers de caméra ce cliché de banlieues grisouilles, préférant les couleurs vives et claquantes à l'images de ses héroïnes. Certes on peut reprocher au film quelques scènes un peu trop longues ou à la crédibilité moyenne, mais que de talent et de culot réunis ! En filmant des filles blacks de banlieue, elle arrive à faire oublier leur origine, leur couleur de peau. Le spectateur ne voit plus que le portrait intime d'une fille d'aujourd'hui qui, dans un monde toujours aussi macho et peu accueillant pour les femmes, se bat pour obtenir la place qui lui revient, celle d'un être humain comme tous les autres, libre de vivre et d'agir selon sa conscience. En banlieue ou dans les quartiers bourgeois, blanches, noires, beurs, le combat est sensiblement le même, les moyens pour y arriver peuvent différer. Heureusement qu'il existe des films comme celui-ci pour faire passer le message et galvaniser les bandes de filles !
PS : C'est vrai que le film attire dans les salles un public de filles blacks. Lorsque je l'ai vu, elles étaient une dizaine par bande de deux. Hélas, toutes n'ont pas adhéré au film. Certaines sont sorties avant la fin. D'autres ont préféré ricaner en envoyant des textos. Le distributeur doit être content, les filles viennent... mais sans vouloir faire mon raisonneur bobo, je ne suis pas certain que le film leur parle réellement. Trop lent sans doute, pas monté comme un clip de Rihanna (malgré la jolie scène d'amitié au son de "Diamonds"), formaté quand même cinéphile, il ne s'adresse pas vraiment à tout le monde. Espérons qu'elles en retiennent l'essentiel et que la force et la beauté de certaines scènes (et notamment la dernière) s'impriment fort en elles. 

jeudi 23 octobre 2014

Deux de Stanislas Wails



Sous cette jolie couverture qui n'aurait pas dépareillé dans le salon de ma grand tante, se cache un roman d'aujourd'hui. Comme l'indiquent ces deux oiseaux, cette fleur et le titre, nous sommes dans un roman sentimental. On sent avant la lecture, la fraîcheur et la légèreté et, pour une fois, on aura raison, la lecture ne sera pas prise de tête.
Clorinde, malgré ce prénom un rien chichiteux, est une jeune fille d'aujourd'hui, un peu frondeuse, indéniablement joueuse. Le hasard la pose dans un bar aux côtés deux trentenaires assez séduisants qu'elle décide de suivre dans la rue une fois leurs cafés avalés. Et lorsqu'elle s'assoit face à eux dans le métro, elle décide d'aborder celui qui restera le dernier dans la rame. Ca tombe sur Simon, scénariste, qu'elle va séduire en deux coups de cuillère à pot et avec qui elle va entamer une liaison où, malgré les désirs de chacun, une certaine indépendance dominera. S'ensuivra une rencontre avec Nathan, l'ami du début, avec une incursion dans le tournage d'un film.
C'est un roman qui, une fois refermé, laisse une impression light déroutante. Facile à lire, le démarrage sentimental à la source moderne possède le goût agréable d'avoir une héroïne pas nunuche  sans pour autant casser le genre. L'histoire d'amour devient assez vite un poil rasoir, le bonheur et la plénitude est difficile à faire partager surtout quand celle ci se joue dans des deux pièces parisiens entre une couette Ikéa et un bol de café. Le texte essaie cependant un humour tantôt poétique, tantôt faussement décalé pour donner du relief à tout cela sans y parvenir réellement. Heureusement, et c'est peut être le petite force du livre, la deuxième partie, qui chez beaucoup après un départ tonitruant patine souvent, m'a semblé réussie. En plongeant les personnages dans le milieu de la production et la réalisation d'un film et lui adjoignant quelques second rôles gratinés, une énergie presque vaudevillesque court au travers du texte. C'est soudain plus plaisant, plus drôle. On sent bien que l'histoire d'amour passe un peu à la trappe ... et c'est tant mieux. Mais du coup, on se demande le pourquoi du comment de ce livre. Histoire d'amour soi-disant moderne ou envie de montrer l'envers du décor du tournage d'un film ? Un peu des deux sans doute et c'est peut être pour cela que l'ensemble apparaît un peu bancal.
Au final un livre pas déplaisant du tout, à la plume fine et légère qui doit se lire facilement dans le métro mais qui n'apportera  au lecteur qu'un moment agréable de lecture. C'est mieux que rien me direz-vous ... Perso, j'attends un tout petit peu plus d'un roman, mais chacun ses goûts !

Lu dans le cadre " La voie des indés", opération à l'initiative du site LIBFLY que je remercie quand même pour cette lecture.