mercredi 25 mars 2015

A trois on y va de Jérôme Bonnell


Micha vit avec Charlotte. Ils s'aiment. Mélodie est l'amie de Charlotte, une amitié globale puisqu'elles font l'amour ensemble de temps en temps. Micha aime bien Mélodie jusqu'à ce qu'ils fassent aussi l'amour. Si vous avez bien suivi, Micha aime Mélodie et Charlotte, Charlotte aime Micha et Mélodie et Mélodie aime Charlotte et Micha. Si vous ne suivez pas, tout le même aime tout le monde mais tous ne le savent pas encore. De rendez-vous impromptus en rencontres inopinées, ces trois jeunes personnes vont jouer à un jeu de l'amour et de l'amour avec fraîcheur, grâce et un brin d'insolence.
Cette comédie romantique, flirtant avec le marivaudage, le comique de portes qui claquent et même un peu le burlesque, a la mérite d'être vraiment rafraîchissante. Légère comme le tissu soyeux des robes courtes d'été des deux héroïnes, l'histoire avance doucement, sans aucune vulgarité, creusant un sillon fin et sensible.
J'aime faire l'amour dit Mélodie... et prouve que l'amour se fiche du sexe, l'important étant que l'on soit en harmonie avec la personne désirée et aimée. Cependant, Jérôme Bonnell, en s'attachant plus à ce personnage, jeune avocate dans la vie, insère dans son film une once de réflexion, un questionnement du genre : "Est-ce que l'amour a besoin de lois? " La réponse du film pourrait être : "Non!" si l'on en reste sur le point de vue de Mélodie, qui si elle gère sa vie avec une totale liberté, se retrouve plus perdue face à son métier qui lui se réfugie derrière des codes bien précis.
Et le film, dans un dernier tiers faisant la part belle à cette trouple ( nouveau terme qui apparaît peu à peu dans les magazines branchés depuis quelques mois) que forment les trois personnages, paraît prendre le pari légèrement audacieux de l'amour à trois en toute quiétude. Hélas, l'audace va finir par retomber pour prendre une route plus conventionnelle, empêchant peut être "A trois on y va" d'aller vraiment jusqu'au bout de ses promesses, comme s'il y avait une loi non écrite qu'un discours un peu marginal soit encore trop dérangeant (pour les spectateurs de télévision, car France3 coproducteur de l'oeuvre, dont on pense sans doute qu'un esprit trop libertaire les perturberait).
Même si l'on peut regretter cette reculade finale, empêchant le film de marquer vraiment les esprits, il reste cependant un joli trio de jeunes comédiens convaincants. Félix Moati subit avec charme les assauts de ces deux dames, Sophie Verbeeck est très agréablement mystérieuse et Anaïs Demoustier est tout simplement épatante de liberté et de spontanéité. Je ne dirai jamais assez combien cette comédienne est tout bonnement la jeune perle du cinéma français actuel. Rien que pour eux mais aussi pour ce marivaudage charmant, on peut aller voir "A trois on y va", seul ou en groupe !


dimanche 22 mars 2015

Big eyes de Tim Burton


"Big eyes " le nouveau de ....de qui d'ailleurs?...je cherche ... ah oui, Tim Burton ...TIM BURTON !!! Non c'est impossible ! Impossible de pondre un tel téléfilm qui, si je n'avais pas été au cinéma, aurait été la victime impitoyable de la touche off de la télécommande.
Pour faire court, c'est un biopic autour du couple Keane dont le mari s'arroge la paternité des toiles peintes par sa femme. Comme ces enfants tristes aux yeux immenses et charbonneux rencontrent un succès phénoménal, bien entendu, la femme va finir par se réveiller et vouloir être reconnue.
On voit bien ce qui a pu intéresser Tim Burton là-dedans. Comme il avait défendu voici quelques années Ed Wood et ses nanars, les oeuvres kitchissimes de cette américaine encore vivante sont dans la droite ligne de cette obsession à défendre ces marginaux qui sont en butte contre les valeurs bourgeoises dominantes. Seulement le film manque sérieusement de peps , de mordant et d'inventivité. Le scénario, prévisible, se traîne, enfilant les scènes convenues comme l'artiste enchaînait les tableaux. Sans aucune surprise, on voit à l'écran s'agitait un Christoph Waltz insupportable de cabotinage et une Amy Adams choucroutée comme dans "Mad men", mais elle, dirigée comme dans une tragédie. Du coup, on a l'impression qu'ils ne jouent pas dans le même film. Une apparition de Terence Stamp, toujours aussi magnétique, réveille un peu le spectateur mais c'est de très courte durée. Alors, on s'ennuie ferme. On est tenté de regarder si on n'a pas des messages sur son téléphone, on risque un coup d'oeil à sa voisine pour voir si elle n'est pas endormie (oui, printemps du cinéma oblige, la salle était pleine) . On se dit qu'on a loupé quelque chose. Je me suis creusé l'esprit me demandant s'il pouvait y avoir un signifiant pour toutes ces scènes d'intérieur aux reflets aquatiques mais je n'en ai point trouvé. On en arrive même au point de se dire qu'il y a de jolies couleurs comme un spectateur des années 30 après des décennies de noir et blanc.
C'est donc joli. Il y a un plan au début qui évoque "Edward aux mains d'argent" avec sa banlieue bien rangée et la voiture qui file vers les collines, mais ici, aucun château enfermant un être extraordinaire, juste un couple d'américain ayant inventé une factory du pauvre. On pourrait y voir une critique de l'idée du beau dans l'art, mais Tim Burton l'évacue en deux scènes tristounettes. Des féministes y trouveront peut être un portrait de la femme américaine des années 50 essayant de se libérer du joug d'un mâle dominant, mais elles n'ont pas du voir "Mad men"... Alors que reste-t-il ? Rien ou pas grand chose.
Peut être gêné par son personnage principal encore vivante, le réalisateur de "Beetlejuice" ne réussit pas encore à nous proposer un film digne de sa maturité. Trop sage, trop lisse, il ne réussit que la mise en images d'une histoire proche d'une hagiographie. Mais, pour ce "Big eyes", j'ai un sérieux handicap : je trouve les tableaux du personnage principal horribles et cuculs. Par contre, il est sans doute certain que les amateurs de ces peintures forts nombreux aux States ont du se ruer en masse dans leur ciné... (Là je sens poindre les commentaires haineux fustigeant ma suffisance et mon manque d'empathie face à cet art populaire ...)




mercredi 18 mars 2015

Un homme idéal de Yann Gozlan


Mathieu, physique de déménageur est aussi écrivain... heu non...je me trompe ! Mathieu écrivain raté aux nombreux manuscrits refusés, a le physique de Pierre Niney et fait des déménagements pour pouvoir manger. Un peu feignasse sur les bords (on comprend qu'il soit fatigable...), ses collègues le relèguent aux basses besognes du genre porter un carton avec un transpalette ou remplir des sacs poubelles. C'est lors d'un de ces déménagements qu'il tombe sur un manuscrit tout enveloppé de cuir poussiéreux.
 Là, je fais une petite pause pour expliquer le pouvoir de la poussière au cinéma qui rend automatiquement un objet mystérieux voire sulfureux. Qu'importe l'endroit où la chose a été stockée, ici sous un tas de couvertures, la poussière, cette ignoble garce ou cette amie complice des scénaristes, réussit toujours à poser sa pellicule sur l'objet qui lancera une intrigue alambiquée. Oui, un dicton venue de la nuit des temps cinématographiques dit : Poussière à l'écran, scénario pas regardant. Certains ont parfois vaincu la maxime, mais ils sont peu nombreux. Yann Gozlan et ses complices n'ont hélas pas su passer le bon coup de plumeau...
Donc le jeune et frêle déménageur découvre un journal écrit magnifiquement par un soldat durant la guerre d'Algérie. Ayant appris que celui-ci n'avait aucune famille, et bien qu'hésitant, il décide de recopier le texte sur son ordi (Tiens pour une fois ce n'est pas un Mac, c'est rare au cinéma ! La firme à la pomme n'est plus ce qu'elle était, elle ne place plus du produit partout ? ) et l'envoie aux éditions du Cercle. Engouement immédiat pour ce roman intitulé "Sable noir", prix Renaudot, succès public, Mathieu devient la nouvelle coqueluche des lettres françaises.
Nous le retrouvons trois ans plus tard dans une somptueuse villa de la Côte d'Azur appartenant aux parents de sa ravissante fiancée (ça existe encore ce terme ?... Oui, fiancée, vu le milieu bourge/conservateur dans lequel il va évoluer.). Très amoureux, parfait en gendre écrivain reconnu, il cache cependant quelques désarrois, pas encore de la culpabilité pour son vol littéraire, mais plutôt quelques ennuis financiers. Mener une vie de star coûte cher surtout quand on n'est pas productif et que les à-valoir pour son deuxième roman, qui n'est toujours pas écrit, n'arrivent plus à payer les nombreuses dépenses. Pris à la gorge par son éditeur, tourmenté par son manque d'inspiration, il sera en plus la cible d'un maître chanteur à la mine patibulaire qui a malheureusement bien connu le soldat dont il a endossé les écrits... L'engrenage du thriller à rebondissements est parti !
On va oublier bien vite Patricia Highsmith et son "Mr Ripley" dont les références ont paru évidentes à une presse guère inspirée. Ce n'est pas parce qu'il y a un corps qui réapparaît sur la plage ou un jeune acteur torse nu de temps en temps avec un chino slim, que c'est tout suite "Plein soleil 2015"!
Nous en sommes loin. On assiste plutôt à un enchaînement de scènes sensées être de plus en plus angoissantes. Les ennuis ayant le don de s'accumuler à jet continu, le pauvre Mathieu n'a guère le temps de souffler, s'angoissant, suant, courant, nageant des kilomètres, volant, se mutilant, faisant un enfant et j'en passe et des plus rudes.
A l'écran tout cela est joliment filmé, un peu mollement parfois. Les seconds rôles existent peu, les situations, parfois invraisemblables, sont une compil du genre thriller psychologique et donc sans grande invention. Mais cependant le film arrive à nous intéresser grâce à une chose : Pierre Niney ! Oui, l'acteur fraîchement césarisé fait du bon boulot. Il est constamment à l'écran et est parfaitement crédible. Si on s'angoisse un peu, si l'on sursaute ou frémit de temps en temps, c'est uniquement pour lui tellement il vampirise le rôle. Ce n'est pas Mathieu l'écrivain qu'on voit à l'écran, c'est Niney et on a vraiment envie qu'il s'en sorte, bien qu'au fond il soit un salaud ! C'est assez troublant. N'est-ce pas le signe que nous détenons là une acteur d'une grande trempe, d'un grand talent et possédant une aura comme il y en a peu  ? Pierre Niney sera-t-il le Depardieu des années 2000 ? C'est drôle que je les compare, car physiquement, tout les sépare mais, comme son aîné, le jeune acteur a une présence très singulière qui, magnifiée par une caméra très bienveillante comme ici, lui confère instantanément un statut de star incontournable. Le public ne semble pas s'y tromper car il était fort nombreux à une séance de 18 h et de tout âge !
Faut-il aller voir "Un homme idéal " ? Si vous êtes uniquement amateur de polar, on peut faire l'impasse, mais si vous voulez admirer un acteur idéal , oui, courez-y !



lundi 16 mars 2015

Un an après d'Anne Wiazemsky



Evacuons de suite ce qui pourrait gêner certains lecteurs tatillons, un peu grincheux devant cet étalage de nantis. Oui, nous sommes dans la grande bourgeoisie qui allie culture et argent, celle qui ne touche presque pas le sol, qui ne fréquente que les élites et qui lorsqu'elle a envie de quelques jours sur la Méditerranée se fait prêter une villa immense avec domestiques par les Lazareff. Pour les plus jeunes rappelons que Pierre Lazareff dirigeait France Soir, sa femme le magazine Elle et comme l'action du livre se situe en 1968, vous pouvez bien imaginer le pouvoir sur la vie parisienne de ce couple. Il serait toutefois dommage de ne pas aller au delà de cette apparence car "Un an après " est un récit assez troublant.
Nous pénétrons donc un monde qui a pignon sur rue en littérature et dans le cinéma puisque Anne Wiazemski, l'auteure, est la petite fille de François Mauriac, à l'époque grand auteur nobellisé , académicien et dent dure du Figaro. Elle a vingt ans, débute une carrière au cinéma après un tournage avec Robert Bresson (raconté dans "Jeune fille") et une présence dans "Théorème" de Pasolini mais est surtout l'épouse de Jean Luc Godard, de 17 ans son aîné. Sa rencontre avec le cinéaste culte a été racontée dans "Une année studieuse" son précédent roman.
Dans ce nouvel ouvrage, Anne Wiazemsky se penche sur sa vie de couple et de jeune vedette dans cette année 68 si passionnante mais aussi sur  ces événements qui ont marqué un tournant certain dans la vie française. Habitant en plein coeur du quartier latin, elle se trouvera tout à la fois impliquée et témoin de la révolte. Ces deux thèmes du livre se côtoient avec bonheur et semblent suivre le même chemin. L'exaltation du début va petit à petit se voir ternie par les doutes ou comment un couple et une révolution vont sombrer et perdre toutes leurs illusions.
Je l'avoue, j'ai été épaté par l'écriture de ce roman. Les événements datent  d'il y a presque cinquante ans et pourtant, sous la plume d'Anne Wiazemsky, j'ai eu l'impression qu'ils dataient d'hier. Tout est tellement précis, tout semble tellement vrai que jamais on n'imagine le travail de tisseuse qui a dû avoir lieu pour arriver à ce résultat. C'est en cela que le livre n'est pas un simple recueil de souvenirs mais une recréation romanesque, un mélange sans doute de ce qui reste en mémoire et d'éléments recomposés.
Le résultat est passionnant. Mine de rien, on tourne les pages avec passion. On croise la fine fleur de l'intelligentsia, de ce qui composait l'élite pensante et d'avant garde de l'époque. On parle beaucoup de cinéma aussi (et comme j'aime ça, je buvais du petit lait). Et puis surtout, il y a un portrait inénarrable de Jean Luc Godard, boudeur, sentencieux, prêt à se fourvoyer dans les mouvements les plus utopiques pour rester dans le tempo de la révolution, tendre parfois, coléreux, chiant, imbuvable,  amoureux aussi. Il est à lui seul un vrai personnage de roman.
J'avais été plus réservé  pour "Une année studieuse", agacé peut être par un ton "jeune fille de bonne famille". Dans "Un an après", on le retrouve toujours mais il est tellement nuancé par un recul certain de l'auteur sur la jeune femme qu'elle a été, qu'au final, c'est l'histoire qui l'emporte haut la main.... pour notre plus grand plaisir. 

samedi 14 mars 2015

Crosswind, la croisée des vents de Martti Helde



Sûrement l'originalité de la semaine, voire du mois. Un film estonien, tourné dans un magnifique noir et blanc (mais y'a-t-il un film en noir et blanc sortant de nos jours qui ne soit pas qualifié de somptueux ? ) et utilisant un procédé jamais utilisé au cinéma. Une curiosité donc, formellement belle, émotionnelle, réparant un pan de l'histoire un peu oublié qu'est la déportation par Staline de milliers d'estoniens dans des camps en Sibérie.
L'histoire est de celles qui émeuvent ; un couple et leur fillette sont déportés par Staline dans un kolkhose.  Erna se trouvera séparée de son mari dont elle n'aura aucune nouvelle. Elle passera les maigres temps libres que lui laissent ses travaux de bûcheronnage, pour écrire des lettres racontant sa terrible existence de déportée.
Le film est de ceux qui étonnent. Tous les moments passés en Sibérie, sont des tableaux reconstitués avec des acteurs(?) figés et parmi lesquels une caméra se promène, illustrant avec force une voix off lisant les lettres. C'est beau, un peu lent. L'oeil a le temps de regarder qui tremblote dans le plan, qui cille des yeux. Les différents tableaux sont par ailleurs hyper bien construits, donnant à voir ou à apercevoir ce qu'Erna n'ose écrire, jamais redondants.
Le film est aussi de ceux qui peuvent lasser. Même si le propos est fort, même si cette mise en image est épatante d'insolite, le procédé a ses limites.  Cette caméra se déplaçant toujours à la même vitesse a des vertus soporifiques intenses. On a beau découvrir avec elle des plans tous plus beaux les uns que les autres, une heure vingt minutes de ce traitement peuvent avoir raison de l'état d'éveil d'un spectateur en petite forme. Et si l'éveil est de mise, au bout d'un moment l'esprit devient plus critique. Parfois on est ébahi par certaines postures de statues à la limite de l'équilibre qu'ont du tenir les figurants mais on est aussi dérangé par d'autres, plus forcées ou peu naturelles.  Le procédé montre alors son caractère trop systématique, gommant au final un peu de l'émotion que l'on devrait ressentir.
 Même si cette mise en scène, semblable à un Mme Tussaud chic et arty, peut lasser, elle surligne et rend un vibrant hommage à tous ces déportés que le film nomme "holocauste estonien". En leur mémoire mais aussi pour soutenir la création d'un jeune cinéaste qui arrive à transcender son manque de moyen en acte filmique inventif, "Crosswind, la croisée des vents" mérite d'être vu.



jeudi 12 mars 2015

The voices de Marjane Satrapi



Très loin de "Persépolis", Marjane Satrapi nous offre un film soit disant terrifiant et à mourir de rire. Il va falloir être honnête, "The voices", en voulant mélanger l'horreur et la comédie,  n'atteint jamais aucune des deux promesses sans toutefois démériter en terme d'originalité.
Dans une fabrique de baignoires, au logo rose flashy, travaille Jerry, un grand benêt pas mal de sa personne,  à l'air un peu niais. Il est gentil, heureux de vivre et apprécié par ses supérieurs. Jerry, c'est Kevin Reynolds, dont je me suis demandé (comme dans certains de ses précédents films) si niais était vraiment pour lui un rôle de composition.... Si c'est le cas, bravo ! Il est parfaitement crédible en ravi de la crèche. Très vite on va comprendre que Jerry est en réinsertion, que son cerveau est une sorte de bouillie infâme. Chez lui, il dialogue avec son gentil chien et son méchant chat.  Lorsqu'il va prendre un verre avec sa pimpante collègue de bureau dans un bar perdu, c'est pour la tuer sauvagement dans les bois puis pour l'empaqueter dans des Tupperwares. Comme la tête ne rentre pas dans les boîtes plastiques de petites dimensions, il la pose dans son réfrigérateur ce qui a  pour avantage de pouvoir continuer à faire la causette avec elle. Et la vie continue pour Jerry, toujours dragué par les minettes de la compta qui ne rêvent que prendre un verre avec lui...
Ca peut sembler un peu gore raconté comme cela mais pas trop. La caméra reste  pudique lorsque la violence s'invite, le regard vide de Jerry /Kevin Reynolds dédramatisant énormément les scènes. D'ailleurs, ce Jerry, tout psychopathe qu'il soit, on le trouve tout à fait sympathique au début et même après avoir transformé ses conquêtes en puzzles sanguinolants. On ne lui en veut presque pas, il est tellement malade ! C'est peut être une des limites du film. Il est trop gentil Jerry, trop beau aussi. On a l'impression que Marjane craque un peu pour lui. Et du coup, s'il fait sourire quand même, malgré ses couteaux et ses accès de violence, il ne fait jamais peur. Pour le film d'horreur, il faudra donc aller voir autre chose. Pour la comédie aussi car, hélas, tout est un peu poussif. Les scènes durent un poil trop longtemps, les dialogues peuvent parfois être savoureux, surtout ceux avec les animaux, mais comme le scénario avance de façon prévisible, l'intérêt n'est pas au maximum.
Alors on regarde cela sans trop de déplaisir, appréciant l'originalité de la production, les seconds rôles bien campés et peut être la performance de Kevin Reynolds en bellâtre à deux neurones. Ce n'est pas du tout déshonorant, juste un petit film assez sympa et un peu mal fichu mais qui a les capacités pour devenir culte, car il possède ce je ne sais quoi de barré qui peut au bout du compte faire toute la différence.



mercredi 11 mars 2015

La graine d'arc-en-ciel de Benoît Charlat


Le printemps arrive et les travaux de jardinage qui vont avec aussi. Votre petit bout va vous suivre, vouloir jouer avec tous vos outils (surtout ceux qui coupent ou qui peuvent piquer),  participer à la taille des rosiers, vous imiter quand vous traitez vos arbustes , poser mille questions. Pour satisfaire sa curiosité et son envie de jardiner (et peut être l'éloigner un peu) il va bien falloir qu'il s'adonne aux joies des plantations.
Il existe une millier d'albums plus ou moins réussis, plus ou moins pratiques, drôles ou pas, sur l'art de planter, semer. Avec "la graine d'arc-en-ciel" , Benoît Charlat offre un album original alliant pratique et poésie. Si ma mémoire est bonne, rien de semblable n'avait été proposé aux enfants dans ce genre depuis  "L'histoire du bonbon" d'Anaïs Vaugelade en 1995 qui s'adresse à des enfants plus âgés. Avec ce délicieux album, ce sont les enfants à partir de deux ans qui sont ciblés, âge de tous les émerveillements.
Nous avons donc ci-devant une sorte d'oiseau, coiffé d'un chapeau, chaussé de bottes et désirant faire pousser un arc-en-ciel ! Il a bien tous les instruments, la bonne technique et même, semble-t-il ou c'est le fruit de notre imagination,  une graine d'arc-en-ciel ! Cet oiseau est un brin naïf mais ses talents seront récompensés de la plus naturelle et poétique des manières...
Un album étonnamment simple, alliant premiers pas dans le jardinage et une poésie de l'imaginaire parfaitement perceptible pour les enfants à partir de deux ans. Et pour que que vous fassiez mettre en terre une graine semblable à celle du petit oiseau, que subtilement vous suggériez de bien observer ce qu'il se passe... vous pourrez vaquer à vos plantations en toute quiétude et commencer par ailleurs l'apprentissage du temps qui passe et la patience à votre bambin qui est peut être habitué à avoir tout tout de suite... (et éventuellement abordé la problématique de la chance, mais là, c'est peut être ambitieux !).