dimanche 21 septembre 2014

Identique de Scott Turow


On retrouve sous cette couverture scientifique mais classieuse beaucoup d'ingrédients de ce qui fait un bon polar à la mode d'aujourd'hui. Prenez le duo d'enquêteurs. Il est dans un genre improbable, comme on aime : un vieil homme de plus de quatre-vingts ans, ancien de la Criminelle qu'accompagne une cinquantenaire, ex du FBI et un peu perturbée par sa rupture avec une jeune mannequin. Attachants et bien cernés, nous allons les suivre dans leur enquête autour d'un meurtre vieux de 25 ans,  une jeune fille tuée dans sa chambre après une grande fête de famille.
L'affaire ressort car l'un des protagonistes, Paul Gianis, est candidat à une élection et voit sa route barrée par les clips médisants du frère de la défunte, gros industriel rancunier, qui est intimement persuadé de sa culpabilité. Cette campagne de dénigrement accompagne la sortie de prison du prétendu coupable, le frère jumeau de l'homme politique.
En 25 ans les techniques d'investigations ayant énormément changé et nous allons donc avoir une dose de recherche scientifique très en vogue en ce moment. L'ADN, pour notre doublette de détective au service du riche businessman, va évidemment révéler des secrets bien enfouis sans toutefois apporter la solution. Les investigations iront bon train, s'accélérant comme de coutume dans la dernière partie.
Comme ce roman policier est américain, et qu'un des héros est avocat, il y a aussi une toile de fond judiciaire, complétée par une plongée au coeur du QG d'une campagne électorale. C'est dense mais bien mené , et si parfois je me suis un peu perdu avec quelques personnages secondaires, l'histoire tient agréablement ses promesses. On lit avec intérêt, surtout que l'écriture (et donc la traduction) est soignée. On est un peu mené en bateau, pensant imprudemment avoir trouvé la solution avant la fin.
Plus près d'Agatha Christie que d'Hannibal Lecter, plus porté sur l'intrigue que sur des rebondissements ahurissants et sanguinolents, "Identique" est le polar que l'on peut acheter les yeux fermés. Bien sûr, il ne révolutionne pas le genre ni ne stupéfie par son originalité, mais une écriture solide, alliée à une intrigue soignée sont l'assurance de passer un bon moment. Et pour peu que l'on soit féru de mythologie grecque, on prendra en plus, un petit plaisir à relier cette histoire de gémellité avec celle de Castor et Pollux. De quoi bien meubler quelques soirées d'automne ! 

samedi 20 septembre 2014

3 coeurs de Benoît Jacquot



Le dernier film de Benoît Jacquot, un homme aime successivement deux femmes sans savoir qu'elles sont soeurs, vise le mélodrame. La bande annonce, fort bien faite, met l'accent sur le quatuor d'acteurs haut de gamme (Deneuve, Gainsbourg, Poelvoorde, Mastroianni ), gage de qualité. Mais le passage à la vision, durant 1h46, de cette romance mâtinée de thriller psychologique tient-elle vraiment la rampe comme semble le dire une presse, toujours bienveillante envers le réalisateur ?
Avant de vous donner mes impressions, je tiens à vous signaler que j'ai assisté par hasard à une projection pour sourds et malentendants. Non, il n'y a pas la petite dame ou le petit monsieur qui gesticule et grimace en bas de l'écran, juste des sous-titrages pour les dialogues mais aussi pour les sons du film. Pas réellement gênants, les indications autour des bruits et de la musique ont peut être un peu trop surligné certains aspects de l'oeuvre....
"Musique intrigante" apparaît sur l'écran alors que surgit Marc (Benoît Poelvoorde), sur un quai de gare et rate son train. Il erre sur le boulevard de la gare d'une ville de province et croise Sylvie ( Charlotte Gainsbourg), en chemisier beige transparent, laissant deviner une brassière noire,  la mine chiffonnée et tristouille. Les deux solitudes vont s'accoster, se parler, s'attirer et passer la nuit à déambuler jusqu'au petit matin. Après un rendez-vous arraché de justesse, pour dans quelques jours à Paris, ils se quittent certains d'avoir trouver l'âme soeur. La caméra glisse sur eux, magnifiant le jeu des deux comédiens pourtant pas gâtés au niveau des dialogues.
Sylvie/Charlotte avant d'aller rejoindre Benoît, quitte tout et retourne chez maman (Deneuve) qui pourtant avait la paix depuis que ses deux grandes dadettes étaient enfin casées! Hélas,Benoît est fragile du coeur et à cause de foutus chinois jouant les niais afin d'éviter un redressement fiscal, il rate le rendez-vous suite à un malaise cardiaque. Charlotte est dépitée, retourne la mine triste en province, reprend son mari et file aux states. Ah j'oubliais, "Musique intrigante " est déjà apparu au moins huit fois depuis le début, lorsque des violons sourds et sinistres accompagnent les images de Charlotte, au diapason ( sinistre pas sourde, je précise quand même, on n'allait en plus l'affubler d'un autre handicap que celui d'être habillée comme un sac et de traîner un air dépressif durant tout le film).
Quelques années passent me semble-t-il. Benoît travaille à nouveau dans cette ville de province, rencontre Sophie/Chiara et lui ressert ses phrases de vieux dragueur qui font une nouvelle fois mouche. (Pour les celibs, allez voir le film avec un calepin, notez les répliques et essayez de les appliquer dans la vie, si ça marche, je vous offre des vacances au bord de la mer ...) Le voilà, fiancé puis futur marié sans le savoir de la soeur de Charlotte ! Mais,en tant que futur gendre modèle, il enchante future belle-maman Deneuve qui sert inlassablement de la charlotte aux fraises durant tout le film. La "musique intrigante" résonne de plus en plus souvent puisque Benoît ne sait pas encore que Sophie est la soeur de l'autre.... Alors vous pensez bien que dès qu'il approche d'une photo ou d'un ordinateur branché sur skype alors que les deux soeurs papotent, les cordes violoneuses grincent à qui mieux mieux au cas où on n'aurait pas compris que le drame est là ! Mais Benoît, bien que commençant à flairer qu'il y a un truc bizarre qui se passe, n'a toujours pas vu la tête de sa future belle-soeur, même si la cage d'escalier est tapissée de photos d'elle.
Pour ceux qui pourraient avoir mauvais esprit et trouver incroyable que lorsque l'on passe tous ses week-ends dans une maison sans jamais grimper à l'étage, je fais une petite mise au point. Lorsque l'on est un futur gendre, on est poli, on ne fouine pas dans les étages, endroits où sont situées les  chambres, lieux de l'intime. On ne les utilise pas, on se réserve pour le mariage.... Et pour les pointilleux, les toilettes sont au rez-de-chaussée !
Je ne raconterai pas la suite sinon, plus personne n'ira voir le film . Le suspens, grâce à la "musique intrigante" est à son comble.  Benoît épousera-t-il Chiara ? Ou alors finalement Charlotte ? Ou peut être se  rendra-t-il compte que belle maman, grande spécialiste des desserts à base se boudoirs, est finalement très désirable ? Mais d'autres questions peuvent surgir aussi . Mais pourquoi donc cette intrigue politico/judiciaire avec les malversations du maire de la jolie ville de province ? Et d'où sort cette voix off qui de temps en temps vient ponctuer le récit comme si un spectateur du 21ème siècle n'était pas encore capable de comprendre les ellipses ? Comment se fait-il que Charlotte soit habillée de la même façon 6 ans après ? Elle l'aime tant que ça ce chemisier et cette brassière noire ?
Vous comprenez bien que si le spectateur en vient à se poser toutes ces questions, c'est que l'ennui à commencer à le gagner. Le dicton, spectateur cherchant la faille, film qui déraille, est une fois encore vérifié! Malgré quelques scènes intenses entre Benoît Poelvoorde et Charlotte Gainsbourg, le film a du mal à passionner. Chiara Mastroianni y rejoue la soeur ingrate comme dans "Non, ma fille, tu n'iras pas danser" mais en version sacrifiée, le réalisateur ne s'intéressant guère à elle. Catherine Deneuve joue les utilités avec bonhommie et la "musique intrigante" devient au final ultra agaçante.
" 3 coeurs" est censé faire battre le notre.  Il n'y réussit pas souvent,faute à un scénario un peu tiré par les cheveux et surtout des dialogues succincts qu'une mise en scène, pourtant assez fluide, n'arrive pas à sublimer. Reste le plaisir de voir de bons acteurs....


jeudi 18 septembre 2014

Dans la peau de Camélia Jordana


Cela faisait un bon moment que j'attendais le nouvel album de celle qui faillit gagner cette émission de télécrochet sur M6. Son premier opus  comportait quelques titres vraiment intéressants qui ont longtemps accompagné mes balades solitaires en voiture. Depuis, j'ai eu la chance de croiser la jeune chanteuse (et maintenant comédienne) lors d'un jury littéraire et, sans connivence aucune je le jure, j'ai pu constater que c'est une bien belle personne dans tous les sens du terme. 
C'est avec gourmandise que j'ai posé mon casque sur les oreilles  et écouté ces 14 titres. Dès le premier morceau on sent que Camélia Jordana  n'a pas choisi la facilité. On est accueilli par quelques cordes vibrantes, rejointes par un orgue très années 70, sur une rythmique souple et lente, un soupçon jazzy, très chic. La voix, peut être moins rauque que sur son premier album, se promène agréablement au milieu d'arrangements aussi gracieux que peaufinés par une production soignée. Si le deuxième morceau, plus rythmé et plus classique, semble pouvoir être capable de se faufiler dans la programmation musicale des radios, la suite se révèle moins évidente. Empreints de mélancolie, les titres se succèdent, tous finement orchestrés, narguant avec culot l'image faussement formatée d'une chanteuse vouée par la télé à un avenir de gracieuse potiche chantante. Aucune chanson ne se déroule de façon classique, on est très loin du couplet/refrain/couplet emballé avec une rythmique boum boum à la mode. Ainsi, le titre Madi, démarrant comme une possible chanson ensoleillée mâtinée de biguine se révèle au final un mix entre une fanfare semi triste et un hommage aux Beatles. Quelques titres aux accompagnements minimaux, "J'aime l'orage" avec un fond de pluie et de clapping,  et surtout "Berlin" où la guitare sèche épouse avec douceur la voix ici étonnamment mature, surprennent par leur minimalisme.
C'est cette quête de maturité et sans doute  de reconnaissance qui finalement ressort de cet album. Il est certain que Camélia Jordana pose ici une pierre qui affirme haut et fort que l'on peut compter sur elle et pour longtemps. Cependant je n'ai pas été totalement enthousiasmé par l'ensemble, peut être à cause d'un déséquilibre entre les textes un peu lambdas et les musiques et arrangements si sophistiqués. Mais tel qu'il est, "Dans la peau " est un bel objet qui diffuse avec talent un parfum subtil. Il accompagnera en douceur les mois qui viennent, véritable bande sonore d'un air du temps un peu mélancolique. 


mercredi 17 septembre 2014

Mon petit zoo numérique de Norio Nakamura


Imaginez un album sans texte, uniquement composé de petits carrés. Chaque illustration d'un double page représente un animal d'un zoo totalement pixelisé. Au départ, on peut penser que ça fait mal aux yeux. En feuilletant gentiment, c'est tout de suite ludique et l'on se prend au jeu. Rigolo de reconnaître ces animaux représentés d'une façon aussi minimaliste. 
Il faut cependant que j'avoue que certains peuvent être difficiles à identifier (le panda notamment, s'il s'agit bien du panda). Mais prendre un peu de recul et regarder de loin l'illustration apporte souvent la solution. C'est bien le premier album avec lequel on doit mettre de la distance pour l'apprécier. 
Les enfants se prennent au jeu tout de suite. Et si vous pensez qu'une fois lu, ils laissent tomber l'affaire puisqu'il n'y a plus rien à découvrir, détrompez-vous. Ils reprennent inlassablement l'album, le regardent et finissent par s'interroger, inconsciemment je vous l'accorde, mais l'esprit est titillé par ce moyen simplissime de représentation et les plus créatifs iront jusqu'à s'essayer eux aussi à tâter de l'animal minimal à base de carrés colorés. L'imitation s'avère plus complexe qu'il n'y paraît. Ce jeu proche du pointillisme, nécessite des compétences analytiques supérieures mais que l'on peut détourner avant la crise de nerf ( J'Y AAAARRRIIIIVE PAAAAS !!!!!!) en proposant de se représenter papa ou maman uniquement avec des carrés. Ok, on arrive le plus souvent à un robot et du coup cela nous éloigne de ce joli album, parfaitement réussi, qui plaira aux enfants à partir de 3 ans. 
Ludique, moderne et étonnant, ce petit zoo numérique est plus ardu et plus incitateur qu'un feuilletage rapide pourrait le laisser penser. Il ne faut pas du tout être geek pour l'apprécier, juste un peu artiste, un peu curieux, un peu joueur. Ce que sont les enfants non ? 


Une petite idée des illustrations... Vous avez bien sûr trouvé l'animal...

Et celui-ci ? Plus difficile ... Reculez et fermez un peu les yeux .... la réponse est dans le billet (enfin, j'espère...)



jeudi 11 septembre 2014

Gemma Bovery d'Anne Fontaine



Au départ, "Gemma Bovery" est un formidable roman graphique dont je suis fan et que j'ai beaucoup offert à des personnes hermétiques aux bande dessinées. J'ai souvent de bons retours de lecture car en plus de mélanger habilement littérature et bande dessinée, il se dégageait de cette histoire une bonne dose d'humour et de dérision. 
Adapter ce chef d'oeuvre de subtilité et d'écriture me semblait impossible, jusqu'à ce que Stephen Frears s'attaque à un autre roman graphique de Posy Simmonds ( l'auteur de Gemma) et réussisse pas si mal son adaptation de "Tamara Drewe". Il est devenu alors tentant pour les producteurs de s'emparer de celui-ci. Cette histoire d'une nouvelle Mme Bovary d'aujourd'hui a vraiment tout pour contenter à la fois un public un peu exigeant et un peu plus populaire. 
Seulement  le résultat sur les écrans est, pour moi, assez raté. Si l'originalité du sujet peut faire bonne impression sur un spectateur découvrant l'histoire, il n'en est pas de même pour l'admirateur du roman. Vous me direz que c'est le lot de toute adaptation, de décevoir le fan. En choisissant l'option de l'illustration la plus proche possible du roman, l'objet filmique devient totalement académique sans grâce et sans relief. 
Bien sur Gemma Arterton est sublimement belle et troublante et sa présence illumine un peu ce film. Mais que dire du reste ? Fabrice Luchini est totalement improbable en boulanger. Ici il ressemble à un gentleman farmer en goguette, toujours à se balader et on a du mal à croire qu'il puisse pétrir autant de délicieuses spécialités boulangères. Il roule bien des yeux devant sa voisine si gironde, il a les lèvres qui frémissent très bien de désir devant les rondeurs de la belle, mais tout cela reste très artificiel, un poil trop démonstratif car le spectateur n'a pas besoin de tout cela pour comprendre. Et puis, c'est filmé par Anne Fontaine, donc c'est joli, beau, sublime comme une carte postale mais hélas totalement vide par manque de point de vue réel. C'est filmé comme un téléfilm, ce qu'il sera dans quelques mois de toutes les façons, ça ne fait aucune vague, un zeste de sexe, un soupçon de vaudeville, Elsa Zylberstein plus vraie que nature en bourgeoise piquée de déco, et une aura de film un poil intello sous prétexte que Flaubert hante le scénario. Ce n'est pas désagréable à regarder, c'est juste très surfait et totalement plat. Je ne dirai rien de la fin, que certains trouvent surprenante, qui l'est sans doute, mais autant dans le roman c'était amené avec subtilité, autant ici, la lourdeur de la mise en scène donne une impression de grand n'importe quoi ! 
Vous l'aurez compris, je suis déçu par cette adaptation qui n'a pas su trouver son regard cinématographique en voulant coller au plus près du livre. Cet académisme enlève toute la force de cette histoire, ne livrant en fait qu'un film "qualité française" vieillot et beaucoup trop sage . 

mardi 9 septembre 2014

Une feuille verte d'Anne Cortey et Candice Hayat


D'habitude, j'aime les albums un peu originaux, qui sortent des jolis sentiers un peu trop balisés de la littérature jeunesse. Et quelquefois je craque pour une histoire classique et mignonne. C'est le cas avec cette "feuille verte " qui est heureuse sur son arbre mais qui décide de résister à l'automne en décidant de découvrir les mois qu'elle n'a jamais vu. Elle est courageuse la petite feuille, elle va réussir son rêve, subir le froid, la neige, seule sur sa branche. Quand le printemps reviendra  et que de nouvelles amies, sorties des petits bourgeons voisins, voisineront et copineront, elle leur insufflera un vent de liberté qui engendrera une petite révolution dans l'arbre....
C'est classique mais pourtant j'ai craqué. J'ai aimé ces graphismes aux aplats pleins de couleurs. J'ai adoré le look de la petite feuille coiffée comme un petit génie de la forêt. Et puis surtout, j'ai été très sensible à ce vent de ténacité , de résistance qui court tout le long de cette histoire. Ca fait du bien par les temps qui courent de la résistance ... Je ne sais pas si les enfants percevront bien l'obstination combative de cette feuille mais j'y mettrai tout mon coeur et lors de la lecture pour qu'ils la ressentent un peu.
Est-ce l'envie que j'ai de vouloir garder encore un peu la chaleur de l'été et ne rentrer dans l'hiver que le plus tard possible ? Non, c'est simplement la fraîcheur et la tendresse de cet album qui me sont allées droit au coeur, comme si cette feuille, si petite et fragile, symbolisait l'envie que les choses changent un peu !
C'est édité chez les excellentes éditions Sarbacane et je le recommande pour les enfants à partir de 4 ans. 




lundi 8 septembre 2014

Agatha, la vraie vie d'Agatha Christie d'Anne Martinetti, Guillaume Lebeau et Alexandre Franc


Ecrire une biographie réussie n'est pas une affaire facile. Maintenant que la BD, occupant vraiment sa place de 9ème art, devient de plus en plus incontournable,tous les genres y sont abordés. Cet ainsi que depuis quelque temps on a vu fleurir de nombreuses biographies qui n'ont rien à envier à celles parues en littérature générale.
S'attaquer à la vie d'Agatha Christie, la reine du polar à énigme qui a vendu des millions d'exemplaires de ses ouvrages à travers le monde, s'avère ardu, car la dame n'a guère eu une vie exaltante. Enfance bourgeoise, certes deux mariages et beaucoup de voyages mais surtout une vie de négrière du polar, passée derrière une machine à écrire à produire le plus souvent deux romans par an. Le seul événement un peu croustillant est sa mystérieuse disparition de quelques jours qui a mis en émoi la presse anglaise durant la fin de l'automne 1926. C'est à partir de ce fait divers jamais vraiment élucidé que les scénaristes de cette biographie nous font entrer dans la vie de cette romancière illustre.
Le procédé n'est pas original et à sans doute servi de nombreuses fois. Son utilisation dans cet album est tout de même plaisamment amenée grâce à une alternance de courts chapitres, mêlant l'enquête avec l'enfance et les débuts de la romancière. C'est nerveux, rapide, pas spécifiquement BD.
Ce qui est plus original par contre, et qui est malicieusement réussi, c'est la présence des héros récurrents d'Agatha Christie qui dialoguent avec elle tout au long de sa vie. Ca, c'est là que réside la  force de la bande dessinée qui peut se permettre cette légèreté sans nuire au récit. C'est très bien vu car Hercule Poirot autant que Miss Marple sont indissociables de leur créatrice que l'on imagine bien dialoguer avec pour ensoleiller sa vie d'ermite de la littérature ou éprouver la construction d'un roman. Cela apporte un peu de peps aux dialogues et donne un relief certain à cette biographie. Les illustrations d'Alexandre Franc ont une élégance très anglaise sans la raideur de celles de Floc'h, grand spécialiste des ladies et autres personnages d'outre Manche.
Le pari est gagné pour les auteurs d'Agatha, ils arrivent à rendre intéressante une vie qui ne l'était pas forcément. Exhaustif, léger, cet album est une jolie surprise !