vendredi 28 novembre 2014

Bois II d'Hélène Filhol


Nous en juillet, il fait une chaleur méditerranéenne et pourtant nous sommes en Bretagne. Sur le site de la Stecma, une ancienne usine d'échafaudages en aluminium transformée en plateforme de stockage pour panneaux solaires suite au rachat par un consortium canadien, des ouvriers attendent la venue de leur patron dont l'unique but est de liquider l'entreprise dans le mois. Après une assemblée générale menée par les représentants du personnel, ils ont projeté de séquestrer Mr Mangin, leur seul interlocuteur depuis deux ans, afin d'obtenir la sauvegarde de leur outil de travail. "Bois II" est le récit détaillé de cette journée intense de lutte, où malgré le déséquilibre des forces en présence, celui qui gagnera n'aura aucunement besoin de supériorité numérique.
Joseph E Stiglitz, prix Nobel d'économie, a écrit que le capitalisme est un système pervers qui ne tient pas ses promesses mais qui en plus apporte "l'inégalité, la pollution, le chômage et, c'est le plus important, la dégradation des valeurs (morales) jusqu'au niveau où tout est acceptable et où personne n'est responsable."
Ce roman en est l'illustration parfaite. Il pénètre dans le coeur du système, l'analyse, le dissèque dans le prisme des pensées d'une ouvrière militante. Il rend compte de l'impact que subit la masse des salariés qui se débat comme elle peut face au blog glacial de leur dirigeant où l'accumulation des profits à remplacer le coeur.
Hélène Filhol parle "d'état de guerre" : " On est en guerre sans avoir connu l'autre, la vraie, dans la honte de l'inaction puisqu'on nous affirme vivre en paix et dans la libre circulation des biens et des personnes. Des vies détruites et le territoire ravagé pourtant, avant même d'avoir eu le temps de prendre les armes...". Elle montre très bien le travail de sape, le lent effritement de la classe ouvrière cantonnée à survivre dans les marges d'un système qui les utilise selon son bon vouloir, un système qui ne valorise plus ni le travail, ni l'esprit d'entreprendre mais uniquement la rentabilité et le profit de quelques investisseurs. Elle nous emmène dans la tête de tous ces ouvriers que la machine va rejeter aux abords sinistres des friches industrielles, ne leur restant que leur yeux pour contempler les vestiges d'un passé pourtant pas si glorieux qui leur apparaît malgré tout plus simple, plus solidaire voire plus humain.
Le roman n'est pas un reportage mais la transcription très littéraire de cet état de fait. La phrase, travaillée à l'extrême, fouille dans les moindres recoins de ces femmes et de ces hommes sans jamais oublier qu'ils ne sont que le fruit d'un long passé historico/social. "Bois II" adopte un peu la structure du roman à suspens, le sujet et l'unité de temps s'y prêtant à merveille, mais préfère au final éviter tout romanesque pour rester au plus près de la réalité, voire de l'étude sociologique. La lecture en est certes plus exigeante mais beaucoup moins anodine et au final vibrante d'émotion.


jeudi 27 novembre 2014

Tiens toi droite de Katia Lewkowicz


Quand on est spectateur de cinéma, on doit être prêt à tout lorsque la lumière s'éteint dans la salle, le meilleur comme le pire. Prenez l'exemple de ce film "Tiens-toi droite ", le second long-métrage de Katia Lewkowicz qui sort cette semaine. Marina Foïs, Noémie Lvovsky et Laura Smet en têtes d'affiche sur un thème féministe en diable (la création d'une poupée alternative sensée tailler des croupières à Barbie) avaient de quoi allécher le chaland...
Hier soir, seul dans la grande salle de mon cinéma art et essai, j'ai bien senti que j'étais le seul à ne pas avoir flairer l'entourloupe.
Il m'est difficile de définir exactement le film. Une comédie ? Probablement même si l'on ne sait jamais si ce que l'on voir à l'écran est drôle ou tragique. Un brûlot féministe ? Un film politiquement incorrect ? Une compil autour du sexisme actuel ? Oui, assurément...et c'est peut être la seule prouesse du film, ce muesli de concepts, de remarques, d'annotations, d'observations fourrés jusqu'à l'overdose dans le scénario.
Parlons en d'ailleurs du scénario ! Une succession de scénettes décousues, que l'on a du mal à rattacher l'une à l'autre. Au début la réalisatrice s'aide d'une voix off, abandonnée par la suite. ( Et là arrive le petit proverbe ; film avec voix off, résultat bof. Au cinéma ,il faut que l'image parle d'elle même...).On s'en aperçoit à peine tellement la mise en scène, comme atteinte par la vache folle, hystérise l'ensemble, en demandant aux acteurs de se déplacer de manière aberrante, fonçant sans raison en tout sens pour aller nulle part. La caméra tournicote autour d'eux, sans doute pour capter au mieux leur intérieur si profond sauf qu'il n'en ont pas. Noémie Lvovsky, la bouche toujours ouverte, l'oeil morne, erre au milieu de ses filles obèses et hypersexuées ( et même essayant de violer un petit Kevin). Elle semble se demander ce qu'elle fait là et pense que finalement le cachet servira à refaire son salon. Il est impossible à Marina Foïs de faire exister son personnage de dirigeante de la création. Elle a beau être une formidable comédienne, elle ne peut pas faire des miracles à partir de dialogues abscons et de situations improbables. Quant à Laura Smet, elle arrive parfois à être pathétique mais je ne suis pas parvenu à savoir  si cela était dû à son talent ou aux ridicules des scènes qu'elle devait jouer.
On peut se demander comment Katia Lewkowicz a pu trouver un financement et des comédiennes de renom pour tourner une telle catastrophe. Je pense que sur le papier, ce propos ouvertement féministe, pas inintéressant du tout, pouvait faire illusion. Mais au final, à vouloir se donner un genre anarcho-intello de la pellicule, elle a sabordé son film, ne créant qu'ennui et perplexité.
Ceci dit, tel qu'il est, ce film est une curiosité ! Avis aux amateurs de navets !


samedi 22 novembre 2014

Le singe au chapeau de Chris Haughton


Jusqu'à présent, je n'ai été guère convaincu par les livres numériques pour enfant. Si pour adultes, le livre numérique reste semblable à la version papier, la possibilité d'agrandir les caractères en plus (et quelques petits gadgets comme le marque page, les fonds de couleurs, ...), pour enfant la similitude est moins évidente. Pour eux, les éditeurs traditionnels n'offrent guère de leurs titres au format numérique. Cependant pointent quelques créations (j'ai parlé de "Mon voisin " de Marie Dorléans l'an passé) qui hésitent entre l'animation et le le livre disque (pour la voix qui accompagne le texte, la clochette de notre enfance étant dorénavant remplacée par une bête flèche qui clignote).
Quand j'ai vu que le génialissime Chris Haughton  ( "Oh non Georges! " ) se lançait dans l'aventure, j'ai voulu aller voir de plus près.
Selon les endroits où vous le trouvez, cela s'appelle livre numérique ( normal, c'est un auteur classique à la base) mais aussi application. Vu le prix (2.99 euros), c'est donc une application ! Et après lecture (?) visionnage (?)  c'est bien une application !
Il est temps d'aller à la rencontre de ce primate à couvre chef avec quelques enfants de trois ans.
Il y a bien une couverture ...heu....dans une appli cela doit s'appeler...écran de présentation. D'emblée on retrouve les couleurs si particulières utilisées par Chris Haughton. Nous sommes bien en terrain connu. Sans vouloir pinailler, le singe à chapeau porte plutôt un bonnet, mais passons. Au commencement,  nous sommes accueillis par une petite musiquette, pas aussi sautillante que ce singe montrant une flèche le laissait présager, mais de très bon aloi, car aux sonorités jazzy très chics. D'un doigt agile, l'adulte appuie sur la flèche ( l'enfant de 18 mois jusqu'à 3 ans pas encore habitué aux applis, mettra un peu de temps à saisir ce que ce gentil animal veut lui faire faire ). Zut un texte apparaît , comme dans un livre ! Il faut donc un adulte pour lire mais surtout pour expliquer que l'on ne tape pas comme précédemment sur toutes les flèches qui accompagnent l'image. On lit : "Le singe arrive. Peux-tu lui ouvrir la porte ? " Oui, ok, mais avant faut trouver la bonne flèche pour accéder à la page suivante ! (Qui a dit que les enfants qui m'accompagnent dans cette découverte sont débiles ? Oui, madame ! oui, monsieur, ces enfants n'ont pas de tablettes. Je rappelle qu'ils ont trois ans et que Noël c'est dans trente et quelques jours! Patience donc plus qu'un bon mois pour qu'ils apprennent à devenir de vrais geeks !) Après quelques coups de doigts malheureux nous faisant revenir inexorablement au sommaire, nous arrivons à une nouvelle page. Le singe est derrière une fenêtre, il veut entrer. Il faut poser le doigt sur la porte et, c'est magique, elle s'ouvre, le singe fait "bip ! bip! "...et ...ben c'est tout , il faut passer à la page suivante (ok si l'on pose son doigt sur le singe il bouge différemment trois fois, mais pas plus). S'ensuivent une petite dizaine de pages, enfin d'activités avec le singe, variées, agréables à l'oeil mais très rapides. Nous sommes plus dans le jeu que dans le livre...
Alors intéressant ou pas ? Les enfants que j'avais avec moi ont pris plaisir à jouer avec le singe. Mais ce fut un peu frustrant car pas très long. Comme on en fait rapidement le tour, la lassitude gagne assez vite malgré le talent graphique de l'auteur. Un jeu n'a pas l'impact d'une bonne histoire, surtout quand il n'y a aucune possibilité de variantes. Mais dans le flot d'applications hideuses, aux couleurs criardes et aux personnages stéréotypés, "Le singe au chapeau " fait figure de petit bijou. Alors pourquoi priver votre bambin d'un petit moment ludique et créatif ? 2.99 euros, c'est moins cher qu'un Happy-meal !


mercredi 19 novembre 2014

Un illustre inconnu de Matthieu Delaporte


"Un illustre inconnu " peut faire figure de film ambitieux. Son réalisateur, après une comédie à succès, "Le prénom ", s'attaque à un genre plus sérieux, le thriller psychologique. Il colle en tête d'affiche Mathieu Kassovitz, acteur impeccable et dont on peut penser qu'il ne s'engage que dans des projets qui en valent la peine.
A l'écran, le film démarre par des plans gris d'une banlieue parisienne sinistre, suivis par l'explosion d'un petit pavillon dont l'occupant semble être le héros principal. Nous sommes dans l'ambiance, réveillés...mais pas pour longtemps car s'ensuivent de longues scènes tout aussi grises qui nous montrent un homme ordinaire, agent immobilier, qui s'empare de la physionomie de certains de ses clients, pour vivre leur vie par procuration. C'est intriguant, joliment filmé, jouant avec la géométrie des lieux  et les tons allant du gris au gris kaki en passant par le marron, mais tellement pesant que l'ennui commence à pointer,surtout que l'on ne voit pas trop l'intérêt de s'installer dans l'appartement de quelqu'un, en ayant totalement son apparence, pour y manger dans sa cuisine. Et qui dit ennui, dit cerveau en balade, pas captivé par l'intrigue et donc apte à s'apercevoir des incohérences du scénario. Comment un petit agent immobilier si terne, peut-il être un tel spécialiste du maquillage, du moulage en latex ? Aurait-il un CAP maquillage/prothésiste ? Et puis, sa cave, aménagée comme Fort Knox, rendrait euphorique une palette de maquilleurs made in Hollywood tellement le lieu est vaste et bien équipé.
Je rassure cependant les allergiques au travestissement si à la mode ces temps-ci, le héros du film ne se déguise qu'en homme. On ne voit pas bien son intérêt car il ne vole rien, seulement leur look et leur façon de vivre... C'est une perversion comme une autre, singulière sans doute, mais à l'écran moyennement crédible, car pas expliquée. Il est comme ça un point c'est tout ! Et comme ça prend trois plombes, on se demande quand le film va démarrer.
L'histoire démarre réellement ...avec presque la moitié de la salle en moins ( OK, j'exagère, on était 5 et deux sont sortis au bout de 45 minutes) lorsque notre héros croise un ancien virtuose du violon accidenté... Mais chut, je n'en dirai pas plus pour ne pas gâcher le suspens ! Déjà entraîné à repérer les incohérences, le spectateur se régale dans la deuxième partie, certes un peu plus punchy, mais encore plus invraisemblable. Le héros reste toujours aussi opaque quant à ses intentions mais confronté à plus de personnages, voire un semblant d'histoire d'amour, il nage dans la fiction improbable. On s'ennuie moins, mais on continue de ricaner. De rebondissements prévisibles en scènes psychologisantes lourdement démonstratives, le film s'enlise irrémédiablement.
On ne sauvera de ce ratage qu'une interprétation impeccable de Mathieu Kassovitz qui semble se faire une spécialité des rôles d'hommes ordinaires (cf le film d'Audiard ) et une science des cadrages mornes du plus bel effet. Je ferai cependant une  petite remarque de spectateur : pour qu'un thriller fonctionne, il vaut mieux éviter les lenteurs, le rythme camoufle bien les grosses ficelles  et peut emporter le spectateur. Ici, on a préféré les mettre en avant... Il doit y avoir des amateurs...


mardi 18 novembre 2014

A bouche que veux-tu de Brigitte



Le premier album des "Brigitte" se présentait comme un petit objet rigolo, bien fichu, proche du pied de nez décomplexé. Elles jouaient de leur féminité tout en chantant des propos acidulés, un peu décalés voire drôles. La tournée qui suivit, confirma les deux chanteuses comme un duo aux voix impeccables mais pas encore capables d'assumer leur soudain succès en enflammant une salle par une prestation scénique à la hauteur de leurs textes. Glamours, oui, drôles et pleines d'humour, beaucoup moins.
En écoutant leur deuxième album qui sort ces jours-ci, il semblerait qu'elles aient réfléchi à la question et que leurs nouveaux titres correspondent finalement à leurs personnalités. Exit l'humour, le cocasse, la drôlerie, place à une féminité plus proche de Biba que de Causette. Les pétroleuses du premier album laissent la place à deux nanas qui craquent pour les mecs. Elles sont prêtes à tout pour les séduire, être faibles, très faibles, lascives, offertes, aimantes,.... de véritables cruches asservies au désir animal ( de l'homme bien sûr). Ainsi le refrain de "Oh, Charlie chéri " clame : " Comme toutes les jupes du quartier , je passe le plus clair de mes nuits à prier, qu'un jour tu fasses de moi ta poupée, ton indifférence est si sexy...." laisse dubitatif et confirme que le féminisme, et tous les droits acquis durement, à du mouron à se faire. Surtout que plus loin dans " Hier encore" elles entonnent en choeur : "Trésor tes désirs sont mes lois.... Tes bras sont les plus forts.... Aujourd'hui ma maison c'est toi !"
Mais cette impression première est contrée par une réécoute plus attentive de l'album. Des morceaux plus incisifs arrivent à nos oreilles. "Embrassez-vous", "Le perchoir", "Plurielle" nous rassurent sur l'état d'esprit des deux dames. On peut donc se demander pourquoi deux ou trois titres ont des paroles qui ressemblent si maladroitement à des chansons de la variétoche des années 70. Peut être parce que ce sont les plus dansants, comme si pour se trémousser, il fallait du plus léger... Cela laisse dubitatif car finalement ils nuisent un peu à la cohérence de l'album. (Oui, je sais, vous allez me ressortir le vieux poncif que la femme est multiple, un jour mère, un jour pute, un jour militante , ...)
Cependant, et malgré ce bémol du début, la production d'"A bouche que veux-tu" est vraiment hyper soignée. Il ne manque rien, tout est impeccablement verni, blushé, brushé. C'est hyper dansant, clinquant comme une boule à facettes. Les voix des deux dames sont toujours, non, encore plus belles, et vraiment sensuelles. L'habillage disco de pas mal de titres est pétillant et quand le rythme se pose pour nous offrir des slows, nous prend irrémédiablement l'envie de se blottir dans des bras doux ou vigoureux (selon partenaire). Oui c'est de la belle ouvrage !
Retour réussi pour les Brigitte, peut être pas dans le registre attendu, mais il est très agréable de se faire surprendre ainsi. Un deuxième album qui accompagnera vos soirées, discos ou pas, sensuelles sans aucun doute.


dimanche 16 novembre 2014

Citrons de Corinne Dreyfuss


C'est sûr, cent sourires seront suscités chez ces chérubins chanceux à l'audition de "Citrons".
Certes cette succession de scies, de souches sèches qui gisent et de chaises à sieste pour Lucie n'accrochera ps forcément de suite. Mais un gentil majeur énonçant si difficilement six locutions semées d'embûches, saura chasser sans chichi ce léger danger, générant une jouissance charmante chez le gentil choupinou.
Sachez aussi, chers cicérones, si chuter en chuchotant "Sacha chasse son chien si sage" charme sans façon six chambrées, discerner cette succession chuintante si sifflante, chatouille sans souci chez Cécile son cerveau mais chez Moussa aussi.
C'est certain, "Citrons', piège à élocution, cherche à jouir sagement avec sens et sons. Ajoutez à cela de chics dessins gentiment charmants et la chose se choisit chez son marchand sans rechigner.
PS : Proposer au prof de Prosper de présenter cette publication au troupeau de petits potaches peut être un plaisir pervers, une punition pestouille pour pédagogue puant.

Album lu dans le cadre de "Masse critique " du site Babelio.

samedi 15 novembre 2014

Respire de Mélanie Laurent


J'ai un problème avec le deuxième film de Mélanie Laurent ! Je n'avais pas vraiment aimé le premier mais le second me laisse dans l'expectative. Je suis incapable de donner un avis.J'y vois des qualités, des défauts aussi, par moments j'ai été intéressé, à d'autres beaucoup moins, Et au final, ce positif et ce négatif s'annulent. Cela pourrait faire zéro mais ce n'est pas vrai ! C'est meilleur que " Les adoptés" quand même ! En progrès dirait un prof sans toutefois être enthousiasmé.
Le film a été vendu, à la fois comme un portrait trouble de jeunes lycéennes mais aussi comme un thriller psychologique autour du harcèlement psychologique. Pour le côté "portrait de jeunes ", c'est pas mal fichu, joli, vivant, assez bien vu. On notera toutefois que Mélanie Laurent n'a pas intégré les nouvelles technologies. La jeunesse de son film boit, fume, drague mais n'utilise son portable qu'avec parcimonie comme si papa et maman avait pris un forfait 10 minutes sans sms illimités. Pas un ordinateur, pas une tablette non plus, pas de Facebook  ou autres applications de réseaux sociaux n'apparaissent à l'écran... Peut être que cette nouvelle façon d'appréhender le monde n'est pas facile à filmer surtout quand on veut faire des plans jolis comme tout, bien léchés. Du coup "Respire" a un petit côté factice, pas très actuel qui lui donne un petit parfum irréel (mais c'était peut être voulu pour rester centré sur l'action).
Le côté "Thriller", malgré ce qu'en dit la critique (pis que pendre le plus souvent) ne m'a, par contre, pas paru aussi faiblard que ça. Certes, il y a des scènes un peu trop appuyées tant au niveau du scénario que dans la réalisation comme ce travelling latéral, lorsque l'héroïne harcelée découvre la réalité de la vie de son amie, qui surprend  par son ton en décalage avec le reste du film et étant, en plus, extrêmement démonstratif. Mais la tension monte quand même crescendo surtout grâce aux deux jeunes comédiennes, Joséphine Japy et Lou de Laâge,  absolument épatantes l'une et l'autre. La première , avec sa photogénie fragile et un jeu précis, rend palpable l'approche de la folie. La seconde, belle plante à la voix grave, passe avec un naturel confondant de la douceur amicale au sadisme assumé. Elles sont à elles deux, le vraie bonne raison d'aller voir "Respire".
Mélanie Laurent, très concernée par cette histoire puisqu'elle raconte souvent qu'elle même a été la proie de quelques pervers narcissiques, fait son possible pour rendre son film convaincant. Trop, sans doute... Du coup, le film avance, ballotté de scènes réussies en scènes un peu lourdes, rendant le tout assez bancal.... à l'image du dernier plan où Josephine Japy nous fend le coeur. Hélas le moment est gâché par une exclamation de la mère en fond, redondante, un peu too-much... Tout est un peu comme cela dans le film...trop explicatif sans doute, ne faisant pas encore confiance au spectateur...