lundi 26 janvier 2015

Dans son propre rôle de Fanny Chiarello


Deux personnages féminins, deux solitudes. On les retrouve au début du roman enfermées dans un rôle de femme de chambre, l'une au service d'une riche famille anglaise, l'autre dans un grand hôtel de Brighton. Fenella et Jeannette ne se connaissent pas. Elles enchaînent des tâches répétitives et silencieuses à quelques kilomètres l'une de l'autre. La première est muette suite à un traumatisme durant la guerre, la deuxième est veuve et vit sans illusion. Mais ces deux femmes, que le déterminisme social d'après-guerre semble avoir enchaîné à leur condition, vont voir le peu  d'espoir qui vit en elle, se trouver ravivée par le plus grand des hasards. Eprises toutes d'eux d'opéra, Jeannette va écrire une lettre d'admiration à la contralto Kathleen Ferrier qui arrivera par erreur dans le manoir où travaille Fenella. Cette dernière lira puis donnera réponse à ce courrier et, portée par une imagination un peu romanesque, provoquera une rencontre qui se révélera déterminante.
Roman autour de l'émancipation de deux femmes dans l'immédiate après-guerre, "Dans son propre rôle" démontre avec sensibilité que le destin tient à peu de chose. Les deux héroïnes, bien que rangées dans des cases que rien ne semblait pouvoir ouvrir, sauront, par instinct de survie autant que mues par la passion, saisir la singularité d'une rencontre pour donner une autre direction à leur vie. La force de cette histoire tient à ce champ du possible que tout être croise ou provoque une ou plusieurs fois dans sa vie. Encore faut-il avoir l'intuition, l'énergie de s'en saisir d'une façon ou d'une autre. Dans cette Angleterre de 1947, Jeannette et Fenella sont à l'image du dancing de la jetée de Brighton dans lequel elles se rencontrent, au dessus du vide, l'eau miroitant entre les interstices d'un plancher un peu usé. Si elles ne fuient pas, le bois usé de ce vénérable établissement pourrait céder et les engloutir à jamais dans une vie morne et austère. Mais, dans cette période de reconstruction et d'élan vers des lendemains qui chantent, la passion pour l'opéra comme cette force de croire à tous les possibles de l'une arrivera à ranimer la flamme pourtant éteinte de l'autre et toutes deux, sans s'en rendre vraiment compte, feront de cette semaine à Brighton le point de départ d'une nouvelle vie.
Si j'ai aimé cette description intense de la confrontation, j'ai par contre un tout petit moins apprécié la construction du livre. Quelques descriptions ou scènes un peu trop appuyées, quelques petites digressions ralentissent l'intrigue sans pour autant apporter un supplément d'âme à ses héroïnes. J'ai parfois ressenti comme une envie de l'auteure de ne rien laisser de côté des nombreux éléments d'une vie de domestique ou de l'actualité des récitals d'opéra de l'époque. Mais peut être n'ai-je pas été totalement sensible à cette écriture minutieuse autant dans le phrasé que dans sa volonté à être précise en tout (et peut être aussi une façon de donner à ce livre une tonalité proche de la voix de  Kathleen Ferrier, belle et grave).
Mais il restera de cette lecture un sentiment agréable de grâce qui est un discret hommage à cette littérature anglaise de la raideur et des sentiments.

Et parce qu'elle est le lien entre les deux personnages du livre, je ne résiste à l'envie de compléter ce billet avec la voix de Kathleen Ferrier.


vendredi 23 janvier 2015

Foxcatcher de Bennett Miller


En janvier, un film américain à l'affiche ornée de statuettes des Golden Globes ou de l'Oscar, possède inévitablement un certain nombre de paramètres qui finissent, années après années par lasser le spectateur. Malgré son prix de la mise en scène à Cannes, "Foxcatcher" n'échappe pas à la règle. Tiré d'un fait divers qui a du faire de bonnes audiences sur les chaînes judico-policières, il offre l'inévitable performance d'acteur qui mène au prix d'interprétation, une image tirant sur le vert bronze pour donner une impression de densité dramatique, un rythme plus lent que la moyenne de la production habituelle, signifiant par là que la vente de pop corn ne sera pas au rendez-vous pour les exploitants, le public gavé de films au montage clipesque risquant de bouder ce genre de production. Pour pallier à ce manque à gagner, la critique d'une seule et même voix de poulailler en folie parce qu'ayant pondu son oeuf en même temps, donne du chef d'oeuvre à qui veut l'entendre, histoire de ramener un public plus âgé et intello. Il faut au moins cela pour appâter les spectateurs pour un film avec la lutte gréco-romaine en toile de fond, sport pas vraiment bankable dans nos contrées. Et à l'arrivée, après 2h14 de projection, un énorme soupir d'ennui ...
Bennett Miller, le réalisateur n'a pas démérité . Son film visuellement parlant est bien fichu, mais , hélas il n'arrive jamais à intéresser vraiment. De cette histoire de champion olympique de lutte, pris en main par un riche célibataire pour lui faire gagner une seconde olympiade, il n'en fait qu'une espèce de soupe consistante mais sans saveur. Et ce n'est pas faute d'y avoir injecté des épices, seulement elles sont sérieusement éventées !
Tout d'abord, la performance de Steve Carell, grimé de manière outrancière, à la diction lente, un peu décalée peut plaire . C'est payant pour un acteur de comédie de jouer les méchants pas drôles. Seulement, ici, son personnage de vieux garçon entraîneur se traîne des clichés qui n'impressionnent plus personne depuis 40 ans. Oui c'est un homosexuel refoulé  car il a une mère castratrice. Oui, il est attiré par la lutte pour pouvoir toucher quelques corps musclés mâles et les combats sont plus filmés comme une jolie chorégraphie sensuelle que comme un vrai match intense. Oui le fait qu'il soit avare de paroles le rend inquiétant. Le problème est que cette accumulation de poncifs psychologiques nous rase très vite. On cherche d'autres points d'accroche.  La lutte des classes ? Un peu lourdingue également si l'on s'en réfère au sport présenté et là aussi traitée avec de gros sabots (mais très gros voyez-vous, de ceux qui ralentissent l'action à force de contemplation ).  Un opéra fratricide et funèbre ? Pourquoi pas ! La lumière glauque y est, l'énergie aussi mais les personnages sont tellement renfermés que l'on oublie vite cette possible dimension. Alors on cherche du côté de la mise en scène puisque qu'il y a prix cannois... C'est un grand amateur de champs contre champs, pas des plus originaux, mais les cadres sont emplis des muscles de Channing Tatum, aussi fort physiquement que faible psychologiquement. Il y a donc une certaine force visuelle qui ne compense pas le manque d'intérêt de tout ça, ni l'obtention de ce prix que d'autres auraient plus mérité.
Ni daube, ni chef d'oeuvre, "Foxcatcher" est l'essence même du film à Oscars. Vaguement intello, un poil plus maniéré aussi mais certainement pas une oeuvre profonde ni moderne, plutôt un recyclage sans originalité de vieilles recettes autour d'un sujet dont les enjeux sous-jacents nous barbent par leur conformisme.




mercredi 21 janvier 2015

Discount de Louis-Julien Petit


Solidaires sont les personnages de "Discount" face à la désagrégation de leur emploi, pourtant peu considéré, d'employés de grande surface à bas prix. Solidaire, j'espère, sera le public face à cette petite production qui a la bonne idée de traiter un sujet social avec un ton de comédie.
Ils sont cinq à trimer dans une de ces supérettes vendant des produits à bas prix. Cinq à vivoter avec un salaire de misère gagné à coup d'horaires décalés, de brimades continuelles, de chronométrages de leur vélocité en caisse et de petites humiliations quotidiennes. Alors quand le spectre du licenciement pointe le bout de son nez avec l'installation prochaine de caisses automatiques, ils décident de réagir. Avisant la quantité énorme de produits jetée quotidiennement (et javellisée) dans les bennes, germe l'idée de les récupérer (ainsi que d'autres sensés être amochés ou peu présentables ) pour les revendre à encore plus bas prix. Et c'est ainsi qu'entre récupération et détournement de marchandises  ("On prend à des voleurs !), va se créer un commerce solidaire et clandestin qui va connaître un bel engouement auprès d'une population tirant le diable par la queue.
Ces Robin des Bois d'un nouveau genre sont d'emblée sympathiques. Forçats silencieux de nos temples de la consommation, ils incarnent à l'écran l'esprit de résistance face au rouleau compresseur de notre économie libérale. Leur solidarité fait plaisir à voir même si nous grinçons souvent des dents devant la description impitoyable des coulisses de ces magasins. Magnifiquement interprétés par des comédiens qui se fondent avec talent dans la peau de ces employés, le film évite le manichéisme ou le misérabilisme grâce à ce ton humoristique qui prouve encore une fois qu'avec la drôlerie, on peut faire passer un bien joli discours sans ennuyer.
L'affiche et la promo du film tourne autour de l'esprit "Ken Loach" qui illumine ce film. C'est en partie vrai car le cinéma français ne s'empare que peu souvent d'un sujet aussi social. Cependant, nous ne sommes quand même pas à ce niveau. La mise en scène se disperse un peu, rapide comme une pub par moment, plus calme à d'autres, elle casse parfois la dimension humaniste du film. J'ai regretté aussi un final ambiguë  qui laisse sur sa faim.
Mais tel qu'il est, le film me plaît. Il est vraiment réconfortant que le cinéma français s'attelle à de tels sujets. Ce mélange extrêmement chaleureux de drame social et d'humour bienfaisant est une belle proposition solidaire dans un monde qui en a bien besoin. Flirtant avec un mauvais esprit revigorant, le film enchantera le public qui, j'espère s'y rendra en masse, histoire de prouver que, si un film ne peut pas changer grand chose dans nos sociétés, il peut néanmoins contribuer à semer des petites graines de révolte qui ne demandent qu'à germer...
PS : Au générique, il est précisé que Zabou Breitman, qui joue la méchante du film, c'est à dire la patronne de ce supermarché, est la seule à avoir bénéficié d'une coiffeuse et d'une maquilleuse personnelles. Etait-ce pour se mettre mieux dans la peau du personnage ? Ou bien, se considérait-elle comme la seule vraie star du film au milieu des comédiens moins bankables , plus "discounts" ?




mardi 20 janvier 2015

Elle s'appelait Tomoji de Jirô Taniguchi


Ah Jirô Taniguchi, le mangaka qui réconcilie le public adulte avec un genre tant apprécié des ados! Avec lui pas d'yeux de poupées hallucinées aux héroïnes, peu d'onomatopées surgissant dans chaque case, seulement des intrigues fleurant bon la psychologie de bon aloi, la vraie aventure humaine, le tout servi par un dessin classique d'une grande finesse, tout simplement magnifique. La sortie d'un nouvel album de ce maître incontesté (tout du moins en France) est toujours un événement.
Sous cette couverture bucolique d'une grande douceur se cache la biographie d'une certaine Tomoji, créatrice d'un temple bouddhiste que Taniguchi et son épouse fréquentent régulièrement. L'auteur s'intéresse surtout à sa jeunesse jusqu'à son mariage. Sa naissance dans une région agricole du Japon, la mort de son père, puis de sa soeur, le départ de sa mère, la plongeront dans une enfance difficile. Mais la jeune Tomoji vaincra l'adversité grâce à son tempérament optimiste, mélange de bonté, de sagesse, de labeur et de dévouement...
Sollicité par les propriétaires de ce temple pour le valoriser, Taniguchi nous propose un récit totalement hagiographe. La vie de Bernadette Soubirous par soeur Marie du Carmel des anges fait pâle figure à côté de cette Tomoji. Nous sommes dans un récit douceâtre, gnangnan comme je pensais que l'on en produisait plus depuis la fin des années cinquante. Tout y est pour faire pleurer Margot (de nos jours Kevin ou Madison), les décès successifs du bon papa dans d'atroces souffrances, de la gentille soeur, de la bonne grand-mère. D'ailleurs tout le monde est bon au pays de Tomoji, gentil, humble, travailleur...sauf la mère qui abandonne ses enfants, l'ingrate, pour retourner dans sa famille nous dit-on... C'est la seule méchante du livre mais elle passe vite à la trappe dès fois que l'on puisse la soupçonner d'avoir pris un nouveau mari...Je ne suis pas contre les bons sentiments mais là, trop c'est trop ! En plus la nature s'en mêle ! Cette Tomoji aurait pu cultiver son riz dans une région campagnarde quelconque mais point du tout, elle vit au pied du mont Fuji et d'autres montagnes magnifiques japonaises !
Un sentiment de fausseté envahit le lecteur au fur et à mesure de sa lecture doublé d'un ennui grandissant. Tout y est trop beau, trop bon. Et ce n'est pas le dessin, au demeurant magnifique qui va donner du relief à tout ça, bien au contraire. Il contribue à empeser cette histoire en la rendant encore plus académique.
Avec "Elle s'appelait Tomoji" nous sommes très loin des albums qui ont fait la réputation de Jirô Taniguchi ( "Quartier lointain" ou " Le journal de mon père"). Cette oeuvre de commande pour ce temple bouddhiste, n'en possède pas la force évocatrice. En se contentant de résumer une enfance en gommant toute aspérité  hormis les clichés mélodramatiques, il ne rend qu'un hommage involontaire à un genre désuet : la biographie totalement bien pensante des saints. Reste le dessin qui, a lui tout seul peut justifier la lecture de cet album. C'est magnifique de simplicité, de finesse, de douceur et de tendresse .... et l'on en a bien besoin dans ce monde de brutes !


samedi 17 janvier 2015

Les nouveaux sauvages de Damiàn Szifron



A Cannes, quand un film comique ou tout du moins humoristique ou drôle arrive en compétition, il est certain qu'il sera irrémédiablement snobé par la critique, même produit par Almodovar, Passé donc à la trappe au mois de mai dernier, vraisemblablement par le manque de notoriété de ce jeune réalisateur argentin qui représentait à lui tout seul le continent Sud-américain, "Les nouveaux sauvages" apparaît finalement comme un film emballant doublé d'une radiographie sans concession de nos sociétés libérales actuelles.
Quand vous vous rendrez au cinéma pour découvrir ce film.... oui vous irez mais vite, car malgré un soutien de la maison Pathé, il ne devrait hélas pas s'éterniser à l'affiche, vous vous embarquerez pour une séance de deux heures sur les chapeaux de roue. Cela à beau être un film à sketches, le passage de l'une à l'autre des histoires se fait simplement, l'envie de découvrir encore et encore d'autres histoires étant la plus forte. Sur les six histoires proposées, une ou deux vous paraîtront un peu plus faibles mais toutes possèdent un élément rare de nos jours : une envie forcenée de donner du plaisir au spectateur.
Sur une thématique qui pourrait se résumer à :"Regardez un peu ce que produit cette société où le fric est roi, où tout le monde est en représentation, où certains seront impitoyablement mis de côté", Damiàn Szifron nous balance sans sourciller son humour noir (Pulp fiction n'est pas loin), celui qui gratte sur la verrue, pourtant soigneusement camouflée par un maquillage de pro, d'une société qui engendre une sauvagerie proche du désespoir. Les personnages présentés sont des monstres ou des perdants ou les deux à la fois. Pourquoi schématiser, pourquoi ne pas dire que quelque soit l'endroit du manche où l'on est, nos âmes sont noircies ou pourries ? Mais comme nous sommes dans une comédie revendiquée, ce regard cynique, cinglant, est au service de récits admirablement écrits tant au niveau des dialogues percutants que de l'enchaînement incessant des rebondissements qui nous amènent à une chute chaque fois surprenante.
Oui je me suis régalé au milieu de ces nouveaux sauvages! Non je n'ai pas vu passer les deux heures que dure la projection ! Bien sûr la mise en scène n'est pas toujours de toute finesse ( le réalisateur abuse un peu trop des travellings à 150 à l'heure) mais quel régal ! Quelle joie de découvrir un film profond mais pas tout à fait sérieux.... un film comme un hommage argentin à notre Charlie Hebdo. Oui, c'est un peu ça...l'anti-religieux en moins.... Alors si la semaine dernière vous avez été Charlie ...prolongez le combat , allez voir "Les nouveaux sauvages", vous ne serez pas déçus !


mercredi 14 janvier 2015

Loin des hommes de David Oelhoffen


Ce film possède un petit handicap qui fera que les spectateurs risquent de le bouder : il est question de la guerre d'Algérie, sujet qui ne fait pas courir les foules. Nous sommes au début des hostilités, en 1954 et elle servent uniquement de toile de fond à l'histoire qui nous est racontée. L'enjeu de ce film se situe bien au-delà d'un énième témoignage sur la barbarie des hommes durant cette période sinistre. C'est avant tout une très belle histoire de fraternité.
Daru est un instituteur français mais d'origine espagnole qui enseigne dans un coin perdu de l'Atlas. Un gendarme d'un village voisin lui amène Mohamed  pour le conduire à la gendarmerie de la grande ville. Ce dernier a assassiné son cousin pour une sombre histoire de troupeau. Pas du tout emballé pour accomplir cette mission qui conduira Mohamed vers une mort certaine,  Daru finira par l'escorter suite à une attaque de la famille du prisonnier qui voulait lui faire la peau. Ces deux hommes aux cultures différentes, aux idées assez opposées vont parcourir des kilomètres au travers des caillasses et de multiples danger d'une région qui commençait à être à feu et à sang. Petit à petit, ces deux hommes vont cheminer vers un destin risque bien de vaciller au bout de la route.
Inspirés d'une nouvelle d'Albert Camus que les puristes considèrent comme un petit chef d'oeuvre, les auteurs du scénario ont pris quelques libertés pour l'aérer sérieusement et lui donner quelques péripéties. Il semblerait que cela déplaise aux fans de l'auteur. Personnellement je n'avais lu en son temps que la bande dessinée qu'en avait tiré Jacques Ferrandez ( L'hôte chez Gallimard, on a la culture que l'on peut) qui était fidèle au texte original.
Si le film nous propose une version plus nerveuse, avec beaucoup de codes empruntés au western,  les auteurs n'en n'ont pas enlevé pour autant le sens profond. Ces deux personnages principaux vont s'apercevoir que malgré leurs différences, ils sont étrangers au monde qui se construit autour d'eux. Cela va leur permettre de réfléchir à leur condition d'Homme, de remettre en cause certaines valeurs de leurs cultures respectives et de prendre une direction à laquelle ils n'avaient pas forcément pensé. Le film évite les antagonismes traditionnels comme la religion ou la culture pour ne s'attacher qu'à leur propre libre arbitre et à la façon dont leur confrontation va les emmener à réfléchir autrement. En cela, et malgré quelques péripéties un peu plaquées, le film fonctionne admirablement bien, servi de plus par une image en scope magnifique qui fait ressentir au spectateur toute l'aridité de ces reliefs montagneux et de la situation.
Et je n'ai rien dit des acteurs ... Viggo Mortensen jouant en français un instit d'origine espagnole avec un accent mi danois mi américain, aurait pu passer pour peu crédible mais très vite le magnétisme et le talent de l'acteur l'emporte sans conteste. Il habite l'écran de façon incroyable et donne à son personnage de Daru une sensibilité, une finesse mais aussi une force incroyable. Face à lui Reda Kateb, plus en retenu, est un parfait contrepoint, magistral, lui aussi.
Alors pour illustrer de la plus belle des façons le mot fraternité qui est très en avant depuis quelques jours, "Loin des hommes" en est le film qu'il faut aller voir. Il saura vous attraper, vous éblouir par ses paysages incroyables et vous émouvoir autant que " La famille Bélier" mais dans un registre autrement plus philosophique sans jamais être didactique !





lundi 12 janvier 2015

Je suis Charlie ...oui...mais après ?



Passé le moment de l'horreur, de l'incompréhension, de la colère, de la compassion. Passé le moment du rassemblement pour rendre hommage à quelques innocents qui ne songeaient qu'à faire rire avec humanité, ou qui protégeaient ces dealers d'humour talentueux ou qui tout simplement se trouvaient là par un malheureux hasard. Passé le moment de l'union de toute une nation contre les extrémismes, la barbarie. Passé le moment de l'affirmation unanime (ou presque) pour la liberté de la presse et de la  pensée pour que vive encore et toujours une démocratie digne de ce nom. Passé ce moment intense de regroupement autour d'un même idéal, d'une même envie de préserver un esprit des lumières qui commençait à faiblir... combien des millions de personnes qui ont battu le pavé ce week-end pourront affirmer "je suis Charlie" dans les semaines ou les mois qui viennent ? A une époque où un événement chasse l'autre, où toutes les récupérations possibles et même inimaginables vont déferler de partout dès le dernier marcheur de  la place de la République parti, combien seront encore Charlie ?
Combien serons-nous pour défendre cet esprit libertaire, irrévérencieux, profondément laïque qui était l'ADN de cette rédaction aujourd'hui partiellement décimée ?
Depuis mercredi  nous étions tous Charlie...vraiment ? C'est sûr ? Si cela pouvait être vrai !

Combien serons-nous à rire d'un dessin comme celui-ci ? (Charb)

Combien serons-nous à être d'accord avec ça ? ( Cabu )


Combien serons-nous à se gondoler devant cette vérité ? (Wolinski )


Combien serons-nous à s'esclaffer ?  ( Honoré )


Combien serons-nous à rire (peut être jaune) de ce dessin ? ( Tignous )



Parce qu'être Charlie en plus de vouloir préserver la liberté d'expression et de lutter contre la bêtise et la barbarie de tous les extrémistes, c'est aussi n'avoir pas peur d'aucun prétendu blasphème, ne pas se soumettre, rester debout face aux vendeurs d'opium du peuple qu'ils soient religieux, patrons de presse ou de télévision, politiques ou industriels. 
Parce qu'être Charlie , c'est jouir de la vie, du sexe, du rire  et de tout ce qui peut donner du plaisir en toute amitié et humanité. 
Parce qu'être Charlie c'est ne reculer devant aucune menace ou pouvoir contrairement à une majorité de la presse anglo-saxonne qui se déclare "être Charlie " mais qui diffuse de cette façon les oeuvres des dessinateurs :




Parce qu' être Charlie c'est avoir l'idéal de rester debout d'où que viennent les vents, s'y tenir et se battre, non pas pour imposer mais pour essayer de préserver encore et toujours cette devise hélas un peu oubliée : Liberté, Egalité, Fraternité;

Liberté : Ce soir, on peut penser qu'elle a été renforcée vue la démonstration sans précédent des français pour conserver celle concernant la presse et la pensée. C'est réjouissant mais restons aux aguets, rien n'est jamais acquis et cela ne reste cantonné qu'à quelques pays !
Egalité : On la cherche  dans un monde libéral qui n'a que faire des individus, où l'argent prime, où un esclavage moderne insidieux de presque toutes les classes de la société divise les individus pour mieux les faire taire, engendrant précarité, racisme et enfermement. On la cherche aussi dans ces effarantes pensées, souvent religieuses, qui écartent d'office une moitié de l'humanité, souvent des femmes, mais pas que. 
Fraternité : On l'a sentie passer ces jours-ci, à cause de cette barbarie qui nous a explosé à la gueule. On a retrouvé ce sentiment si agréable du "être ensemble" pour défendre une bonne cause. On a mis de côté nos doutes, nos petits racismes ordinaires, nos mesquineries et on s'est mélangé, tous, dans un moment de ferveur comme on ne pensait pas qu'il pourrait en arriver dans cette société si individuelle. 
Mais demain ? Serons-nous Charlie encore longtemps ? Saurons-nous utiliser cet élan nouveau pour se poser les bonnes questions, soigner cette gangrène qui nous ronge petit à petit depuis des décennies ? Saurons-nous pouvoir honorer vraiment ces dessinateurs en leur prouvant, qu'en plus de leurs dessins pertinents et impertinents qui devraient nous porter, ils n'auront pas péri pour rien sous les balles de deux crétins ? 
La route est ouverte. C'est à nous tous d'en faire un chemin non pavé de seules bonnes intentions, mais d'un projet fait pour réenchanter le monde. Alors, je dis : CHICHE !