lundi 29 juin 2015

Une seconde mère de Anna Muylaert


Regardez l'affiche de ce film et que voyons nous ? Des mots "comédie jubilatoire", "Euphorisant", "Splendide" et puis un titre, fleurant bon le mélo, avec en plus la tendresse infinie d'une mère que nous renvoie la photo. Si l'on regarde bien, une colonne de lauriers glanés dans divers festivals à travers le monde, donne à penser que nous avons là une pépite exotique qu'il ne faut pas rater.
Vous pensez bien, c'est tout à fait un film qui emballe le spectateur, mais, étrangement, je n'y ai pas vu ce que le distributeur veut nous faire croire. Ce n'est pas vraiment une comédie, c'est euphorisant uniquement parce que le film est réussi et rarement mélo (je reviendrai sur le "rarement " plus loin).
Nous sommes au Brésil, dans une riche famille branchouille. La mère est une sorte d'égérie modeuse, une Inès de la Fressange locale en version enrobée. Le père, plus âgé, moins clinquant, vit des royalties de tubes interplanétaires  composés jadis. Ils ont un fils, adolescent sans trop de problème, profitant la vie dorée et facile que lui offrent ses parents aisés. Et il y a aussi le personnel de maison, un chauffeur, une bonne et surtout Val, cuisinière, servante, nounou de la famille depuis la nuit des temps. Dotée d'un tempérament explosif mais tempéré par son absolue servilité et une conscience extrême de sa place dans la société, Val, en retrouvant sa fille après plus de dix ans de seuls contacts téléphoniques, va voir basculer son univers bien réglé.
Le film commence doucement, prenant le temps de poser le lieu et quelques petits détails dont l'importance apparaîtra au fil du récit. Ca  monte crescendo, happant le spectateur dans une histoire admirablement tissée, mêlant avec délicatesse et justesse les thèmes de la maternité et des rapports de classe. En ne quittant presque jamais cette villa moderne, Anna Muylaert emprisonne ses personnages pour je jamais les lâcher. Sa caméra capte la moindre hésitation, le plus petit froncement de sourcil, créant une tension dramatique de plus en plus oppressante. Nous aussi on épie, on frémit de se faire surprendre à manger la glace du fils de famille, on est gêné lorsque nous occupons illégitimement la cuisine de ces bourgeois et nous jubilons lorsque Val, ose enfin se glisser dans la piscine. Il y a dans ce film tous les enjeux d'une société brésilienne en plein boom économique mais aussi un discours plus universel sur la place de chacun dans un monde qui aime les soumis et les forts. Et quand la force est distribuée du côté des soi-disant faibles, les équilibres deviennent précaires, instables et les consciences sont secouées et mises à rude épreuve. Nous devenons les spectateurs attentifs et empathiques de ces luttes de pouvoir, de ces jalousies qui nous renvoient forcément à quelques uns de nos combats personnels ou idéaux. C'est prenant de bout en bout même si je regrette que la fin un peu mélo, dépareille un tantinet avec l'intensité assez vénéneuse donnée à tout le récit.

Mais là où je rejoindrai le distributeur et son affiche tonitruante, oui, ce film est une jolie surprise, de celles qui donnent envie de retourner au cinéma et surtout de conseiller d'aller s'enfermer deux heures dans une salle fraîche mais sous le soleil un rien militant de ce film brésilien. Ce sera mon conseil de la semaine !

La contagion de Walter Siti


Contrairement à ce que peut laisser penser le nom de cet auteur, ce roman nous vient d'Italie. Roman ? Pas bien certain que "La contagion" en soit vraiment un. Le montage qui nous est proposé assemble de la fiction, de la sociologie, des lettres et de nouvelles, tournant toutes autour d'un même thème : Les borgate, qui sont des banlieues romaines, édifiées durant la période fasciste pour loger les plus pauvres que l'on ne voulait pas au centre d'une ville que l'on désirait belle et bourgeoise ! En posant son regard sur ces zones, déjà décrites il y a bientôt 50 ans par Pasolini notamment, Walter Siti, dresse un portrait sérieusement grinçant d'une société glissant vers une déliquescence morale que rien ne pourra arrêter.
Au départ, un peu comme dans "La vie mode d'emploi" de Perec, le livre nous fait entrer dans le quotidien des habitants d'un immeuble. On y vit en couple, très loin des diktats d'une pseudo morale chrétienne, oubliée depuis longtemps. Les hommes, loin du cliché du bellâtre italien, sont quasiment tous bisexuels, mais toujours aussi machos, les femmes étant toujours cantonnées à rester à la maison à faire des enfants, râler ou faire la pute. On y consomme de la cocaïne, présentée ici comme seule nourriture pour laquelle il vaut encore le coup de vaguement travailler, la pizza calzone ayant été retirée de la carte des menus de ces italiens nouveau genre. Comme c'est un article qui coûte quand même un peu cher (la coke pas la pizza !) tous les moyens sont bons pour se la procurer ; les coups tordus, les montages financiers douteux, la rapine, faire usage de son corps en le vendant sous différentes formes, du cinéma à se faire sodomiser. Au milieu d'une galerie de portraits sans équivoque, Walter Siti prend de la hauteur pour poser un constat d'abord historique sur cette vie dans ces banlieues où le bien et le mal peinent à se différencier, puis plus sociologique, analysant comment ce mode de vie  tourné vers un plaisir facile contamine toute la société, y compris les franges les plus nanties.
Dire que j'ai été passionné par ce roman serait faux. J'ai comme eu l'impression que tout cela tournait en rond. Les personnages apparaissent ou disparaissent au gré des divers déménagements mais ont tous quasiment le même comportement, à savoir, je me  fais une ligne et je cherche à baiser. Au bout d'un moment on a bien compris que Walter Siti, spectateur attentif des moeurs actuelles, a bien pris note que de nouveaux comportements s'étaient emparés de la société, aveuglée par une vie simpliste de plaisirs faciles. Accompagné par une belle écriture (merci Françoise Antoine la traductrice), tout cela n'évite pas la répétition et laisse les personnages présentés peu à même d'évoluer dans un sens ou dans l'autre. Le constat dressé est effrayant, tristement réel sans doute, mais le regard de l'auteur reste ambiguë, oscillant entre fascination et renonciation. Le roman propose  le rêve d'un gay qui aimerait que tous les hommes soient opens et le cauchemar d'un érudit qui voit s'effondrer tous les remparts moraux d'une société gangrenée par la cocaïne. Cela a le mérite de nous secouer un petit peu, mais je ne suis pas totalement convaincu par le résultat. Reste un texte fort et alambiqué, érudit et foisonnant, percutant et dérangeant. C'est assez notable pour que les lecteurs curieux aillent faire un tour du côté de cette littérature italienne n'ayant pas vraiment pignon sur rue.



Roman lu dans le cadre de "Masse critique " du site Babelio que je remercie. 
  


jeudi 25 juin 2015

Les mille et une nuits Volume 1 : L'inquiet de Miguel Gomes


Ne cherchez pas dans le dernier Miguel Gomes une adaptation moderne des mille et une nuits, vous risquerez de remiser bien vite vos parfums d'Arabie. Si le réalisateur emprunte le titre et vaguement la trame du célèbre conte oriental, c'est uniquement parce que,dépassé par son manque d'inspiration pour filmer le combat des ouvriers licenciés des chantiers navals et l'invasion de guêpes asiatiques, il décide de fuir le tournage et de laisser aller son imagination pour raconter en histoires, la dureté d'un Portugal mis à genoux par les institutions européennes et le FMI.
Dès le début, le film s'annonce libre et foutraque, laissant de côté le documentaire politique et militant pour emprunter les sentiers d'une narration décousue et inventive. Son maître mot semble être : Au Portugal, on n'a pas de thunes mais on a des idées! Et effectivement, pour pallier à ce manque de moyens évident, assez visible à l'écran, tout sera bon au réalisateur pour essayer de le contourner. Les soi-disant contes seront décalés, Grivois pour le premier avec ses financiers atteints de priapisme pour leur grand bonheur d'impuissants notoires. Fantastico/fantaisiste pour ce coq au chant énervant dont le dialogue avec un juge parlant "poulet" permettra de prévenir d'une malédiction. Généreux et proche du documentaire pour ces " magnifiques", les mêmes ouvriers du début qui bravent le froid d'un premier janvier pour une baignade solidaire et médiatique dans un océan aussi gris que l'espoir d'un population mise à l'écart du système libéral. A ces histoires, viendront se rajouter des idées rigolotes ou agaçantes, c'est selon. Des enfants joueront des adultes, on parlera de multiples langues, on verra s'inscrire en français des SMS bourrés de fautes ou d'abréviations, une baleine échouée explosera, ... tout cela jouant métaphoriquement avec la situation de ce pays lors du tournage.
Ce bric à brac cinématographique est sympathique, généreux même ...mais dire que j'ai été passionné serait mentir. Un peu lourdingue, un peu étiré aussi, l'ennui s'invite par moment, donnant au spectateur l'impression d'un projet proche de l'amateurisme. Mais il est quand même difficile de faire un sort à ses mille et une nuits, tellement la ferveur et l'ambition du projet force la sympathie. Boursouflé, empesé , pesant, le film parvient pourtant à étonner et à émouvoir, surtout dans la simplicité d'un long plan fixe sur un couple parlant de son quotidien de crise, moment finalement paradoxal dans un long métrage cherchant à fuir la tentation du documentaire. Je me suis pris à penser que la simplicité avait parfois du bon, qu'une narration explosée et déjantée, utilisée comme un jeune chien tout fou, n"arrivait pas toujours à transcender un discours pourtant militant.
J'aime cette idée de cinéma libre de toute convention, j'aime cette ténacité et cette audace à essayer de présenter un sujet très sérieux de façon ludique. Et même si l'ennui guette, même si quelquefois l"amphigourisme pointe le bout de son nez, reconnaissons encore une fois à Miguel Gomes son originalité  et son goût pour les paris audacieux. On ne peut avoir que de la sympathie pour tous ces magnifiques résistants de par l'Europe et le monde. Alors aidons-les en visionnant leurs oeuvres, on en retire toujours quelque chose même quand ce n'est pas complètement réussi.


lundi 22 juin 2015

Vice-versa de Pete Docter


Riley, onze ans vit heureuse dans le Minnesota entourée des parents aimants. Foin de poupées, de couleur rose bonbon , de yeux de biches langoureux, la petite fille voue une passion pour le hockey. a le regard malicieux et une bouille lambda. Tellement banale, que les studios Pixar oublient de la rendre attachante car, au final, ce n'est pas elle l'héroïne, mais Joie, celle qui régit dans sa tête ses émotions, en compagnie de ses acolytes Tristesse, Peur, Colère et Dégoût. Joie, jusqu'à présent, était l'émotion la plus importante, la figure centrale d'une vie heureuse et sans histoire. Mais déménager au sortir de l'enfance, arriver dans une ville inconnue et dans un logement assez minable, vont bouleverser la petite fille. Et comme dans son cerveau Tristesse va malencontreusement contaminer les souvenirs heureux conservés dans des boules soigneusement rangées dans la mémoire, Joie va devoir multiplier les sauvetages périlleux pour arriver à ce que la petite puisse franchir cette épreuve sans trop de dommages et pouvoir avancer dans la vie. Un long périple va s'engager dans des zones inconnues du cerveau...
Je dis long, car, mais oui, le film m'a semblé un peu poussif malgré l'habituelle offre de loopings et de cascades en tous genres inhérente aux films d'animation actuels. Si, comme souvent chez Pixar, l'idée de départ flirte avec le génie, le développement de l'histoire ne sort pas des sentiers battus et pêche par un manque de surprises. Bien sûr, la mise en images du cerveau avec ses boules multicolores, son organisation en île de la personnalité sont de vraies trouvailles visuelles. Mais tout cela n'est que la toile de fond d'un récit sans surprise, un peu répétitif,  parfois électrisé comme le passage délirant dans la zone de la pensée abstraite, mais plombé par des personnages très originaux hélas exploités au minimum syndical. Le pouvoir comique, voire corrosif, des représentants des émotions n'est que rarement mis en valeur, préférant laisser la place à une Joie, mignonne, pétillante mais pas très drôle et à une Tristesse, pas franchement hilarante non plus et au final assez conventionnelles dans leur personnalité.
Si le thème des émotions enfantines et du passage difficile vers l'adolescence est un sujet gonflé dans ce genre de production, si la mise en images du cerveau de la petite est une trouvaille réellement bluffante, le développement de l'intrigue ne suit pas vraiment, préférant prendre les sentiers bien balisés de rebondissements banals et d'un moralisme de bon aloi. Tout cela manque sérieusement du mordant d'un Shrek2 ou d'un Toy Story 2.
"Vice-versa" reste cependant un bon film. L'animation est au top. C'est coloré, ça grimpe, ça chute, ça crie, ça essaie de nous faire rire et même pleurer. Et je me dis que comme la petite fille du film peine à passer au stade adolescent, les studios Pixar, en misant sur un sujet somme toute adulte, éprouvent aussi une certaine difficulté à proposer un long métrage pour tous publics vraiment original. En conservant une structure moult fois éprouvée lors de leurs précédentes productions (la route semée d'embûches auquel le  héros (ou l'héroïne) arrive toujours in extremis à être sauvée d'une situation vertigineuse), et malgré idée de départ et décorum d'une originalité folle, "Vice-versa" trop formaté dans sa conception, ne surprend que peu.
Ceci n'est qu'un avis totalement personnel. La critique est unanime et les deux personnes qui m'accompagnaient aussi... Aurai-je perdu encore un peu plus cette part d'enfance et d'émerveillement qui me restait ? Cela s'appelle peut être le passage de l'âge adulte au stade vieux grincheux ? (pour pas dire autre chose ) Dites, les mecs de chez Pixar, ça pourrait faire un super sujet, non ?  La population occidentale vieillissante est nombreuse et pourrait claquer un peu de sa retraite pour regarder une telle production. Et ça pourrait être drôle et grinçant les débuts de la sénilité et le passage à l'âge du vieux con...


jeudi 18 juin 2015

Valley of love de Guillaume Nicloux

"Valley of love" est un film singulier, aux multiples entrées, fait sans doute pour titiller la curiosité du spectateur et ses goûts cachés pour les rubriques peoples, écrit pour passionner les cinéphiles qui y retrouveront toutes les marques d'un cinéma de bon goût et peut être interroger aussi sur la mort, le deuil, le couple, la séparation.... Bref du cinéma français jouant sur tant de tableaux, qu'il pourrait friser l'indigeste et qui, pour moi, rate sa cible.
Le pitch, cent fois rabâché  dans les médias, est simple . La lettre posthume d'un fils suicidé, fait retrouver ses parents, séparés depuis fort longtemps, dans un motel proche de la Vallée de la Mort. Il leur promet une apparition s'il respectent bien les rendez-vous donnés dans la lettre....
Le problème pour moi, (mais est-ce un problème?) c'est que je n'ai pas vu Isabelle Huppert et Gérard Depardieu... Certes, ils sont bien tous les deux dans le film, l'un aussi massif que l'autre est gracile, mais ils me sont apparus comme deux personnages romanesques, vivant une histoire lente et confinant au mystique. Ils ont beau s'appeler Gérard et Isabelle, balancer des dialogues bourrés de sous-entendus, ils sont complètement des personnages de fiction, réunis dans un film que l'on pourrait penser réalisé par Gus Van Sant. Leur couple improbable (on peut comprendre qu'il n'ait pas fonctionné) et pourtant attachant, repose bien sûr sur l'interprétation impeccable des deux comédiens avec une prime pour Depardieu qui, avec une sobriété étonnante fait passer beaucoup de douceur et d'émotion dans cet homme peinant et suant sous le soleil, métaphore de sa vie finissante. Toutes les allusions sur leur carrière ou leur vie personnelle, sont savoureuses pour qui veut jouer aux clins d'oeil, mais deviennent vite agaçantes, rendant cette histoire trop joueuse pour être au final prise au sérieux.
 A jouer plusieurs tableaux, le film rate finalement sa cible. Est-ce un hommage aux deux grands acteurs du cinéma français depuis plusieurs décennies ? Ou à Guillaume Depardieu, dont l'ombre plane sans cesse ? Est-ce également une envie de  l'éclectique réalisateur de tenter un film art et essai, inspiré par Gus Van Sant, déjà cité mais dont les longs travellings des héros déambulant rappellent sa période "Gerry" et " Elephant" ou  Antonioni pour le thème de la disparation ? Ou est-ce un joli coup de producteur réussissant à réunir deux monstres sacrés qui ne s'étaient jamais croisés à l'écran depuis plus de 30 ans ? Un peu tout cela à la fois sans doute... mais du coup, on se perd un peu dans cette oeuvre hybride. Le Nevada est très photogénique, Isabelle Huppert a peut être une toute petite valise mais contenait au final un une collection fort printanière et fleurie mais on s'ennuie quand même pas mal sous le soleil. La présence de deux grands acteurs formidables, envoie talentueusement valser le supposé jeu réalité/fiction tant attendu mais ne suffit pas à rendre passionnante cette rencontre, émaillée de quelques scènes longuettes ou pas convaincantes (la lecture à haute voix de la lettre du fils par Huppert est un peu forcée).
"Valley of love" sous ses allures de grand film mythique restera sans doute comme une curiosité, un essai intéressant mais trop disparate pour former un oeuvre totalement convaincante.




dimanche 14 juin 2015

Comme un avion de Bruno Podalydès


Ce film est un PUR BONHEUR ! Voilà, c'est dit ! J'ai été complètement happé par le charme poétique du film...alors que j'y suis allé en traînant les pieds, le précédent du réalisateur, "Adieu Berthe", ne m'ayant pas du tout convaincu. En plus, je savais  les critiques enthousiastes comme pour le dernier Desplechin (de sinistre mémoire pour moi) et je pensais bien que cette fois-ci encore, on passait la brosse à reluire pour tenter d'amortir au maximum une de nos productions nationales réalisée par une personne possédant le fameux ticket qui ouvre toutes les portes du papier dithyrambique. 
L'histoire d'un premier abord n'est guère affriolante. Un jeune quinquagénaire, bossant dans une entreprise branchouille parisienne, est passionné par l'aéropostale. Et puis, suite à une remarque de son boss autour des palindromes (mots qui se lisent dans les deux sens comme "sexes" ou 'Laval"), il découvre le kayak. Soudain, sa vie va prendre un autre cours. Il va se rêver pagayant sur des rivières aussi verdoyantes que limpides, une envie de liberté, de casser le quotidien, de s'offrir une échappée belle le prend aux tripes. Et c'est ainsi qu'adoubé par une femme aimante et compréhensive et après avoir dévalisé Le Vieux Campeur et Décathlon de leurs produits les plus pointus, il se posera sur une jolie rivière. A lui l'aventure ! Il n'ira pas bien loin, sa première halte, vers laquelle il reviendra toujours,  lui fait découvrir un endroit chaleureux, rempli de doux farfelus et dirigé par une maîtresse-femme bien accorte.  
Pas de suspens ici, ni de rebondissements, ni de scénario qui s'emballe. Nous sommes dans un cinéma empreint d'une douce poésie. Si comme moi vous vous laissez emporter au gré du courant d'un film complètement rêveur, vous croiserez aussi bien une poule peinte en bleu que de savoureux dialogues jouant sur les mots. Le bonheur est sur la rivière et sur ses berges. C'est un pur délice de tendresse, de drôlerie, de bien être. Le film est tout en rondeur comme son acteur/ réalisateur, pulpeux comme sait l'être Agnès Jaoui en restauratrice sensuelle, pétillant et mélancolique comme Vimala Pons, qui pleure ses amours envolés quand il pleut. La réalisation épouse à merveille cette randonnée, avec une caméra caressant une nature préservée et des personnages dont elle ne voit que les doux côtés. 
Tout cela aurait pu être vaguement cucul la praline mais le regard de Bruno Podalydès est si tendre que tout passe en finesse. Et derrière ce propos hautement  hédoniste transparaît délicatement tout d'abord une petite critique de nos conforts urbains et de nos petites habitudes bourgeoises. Puis, cela évolue vers un discours plus profond, mais toujours bienveillant, sur nos libertés. Liberté de vivre quelques rêves sans les oripeaux d'une société formatée, liberté du couple où chacun est une unité qui n'appartient à personne, liberté de mettre entre parenthèses des moments de nos vies pour pouvoir par la suite continuer à aimer partenaire habituel ou amis. 
Sous des airs suaves et naïfs, "Comme un avion" est en fait un film poil à gratter, prouvant par le bonheur et la douceur, que la vie peut vous surprendre et vous enrichir, vous cajoler et vous émerveiller, à la seule condition d'ouvrir grand les écoutilles et de se laisser de temps en temps porter, de, pour employer une expression à la mode, lâcher prise. J'ai eu la chance de pouvoir le faire en regardant ce film. J'espère que beaucoup se laisseront aller comme moi et éprouveront l'immense plaisir de partager ce fort beau moment cinématographique qui nous invite à nous ouvrir aux autres, à la nature, à la bienveillance, à la vie !




samedi 13 juin 2015

Histoires de famille de Pelle Forshed


Difficile de parler de la richesse de ces nouvelles graphiques venues de Suède. L'éditeur évoque la fin de vie de gens ordinaires et la  solitude des proches qui accompagnent ces personnes âgées. C'est cela bien sûr, mais pas que. Je dirai que c'est aussi une pertinente description du travail de tous ces auxiliaires de vie, qui par leur présence, leur plus ou moins grande humanité, font que les plus anciens ont encore un semblant de vie décente. Mais on trouve aussi, en creux, une réflexion sur la disparition, sur cette fin qui guette tout un chacun et que certains appréhendent au jour le jour alors que d'autres la fuient. En suivant le travail de Pelle, jeune auxiliaire de vie , pas plus courageux ni empathique qu'un autre, jonglant entre les taches ménagères et la toilette d'anciens au bout du rouleau. on pénètre dans un quotidien rarement évoqué en bande dessinée. L'ingratitude du travail, le regard méfiant des proches se tenant pourtant à distance mais exigeant un service sans faille, les manies, les lubies de tous ces êtres dont le lien à la vie est vraiment ténu, sont évoqués sans fard. 
On peut éprouver, je le sens bien, une petite réticence à aller ouvrir ces "histoires de famille". Tout cela apparaît un peu plombant, pas glamour pour deux sous. Malgré un dessin simple, aux couleurs pastels (aux tonalités automnales quand même ) nous sommes très loin effectivement d'un album youp la boum. Ce n'est pas souvent que des grabataires et la mort qui va avec sont conviés au pays du 9 ème art. Cependant, au delà de ce thème peu porteur, Pelle Forshed nous propose, en plus de cette plongée au pays de l'ultime solitude, une véritable fresque  extrêmement virtuose, tant au niveau du soin apporté à la restitution de ces tranches de vie qu'à la construction enchâssée tout en finesse de ces nouvelles. Avec ces airs de simplicité, le dessin regorge pourtant de petits détails pas si anodins que ça, apportant une force inouïe à ses récits, tous plus ambitieux les uns que les autres. Car, oui, il faut le dire, l'auteur ne se contente pas comme beaucoup d'autres, d'aligner des anecdotes, mais construit son récit de façon très littéraire, maniant diverses intrigues dans des tonalités différentes, du suspens genre Patricia Highsmith  (La famille)  au récit psychologique perturbant (Eau bouillante) en passant par un fulgurant et impressionnant récit de dernier souffle (Noir et blanc). Et si je vous dis, que les personnages ont des agissements tout à fait personnels mais humains mais aussi un peu dérangeants, la tentation du suicide pour Liisa ou celle de l'échangisme pour Ake, vous aurez compris que ce roman graphique est une petite pépite comme on en trouve peu sur les rayons.  
Pas très drôle, "Histoires de famille" est vraiment un album qu'il serait dommage de snober tellement sa parfaite composition et sa tonalité vraiment originale en font un véritable incontournable, le tout dans une édition papier de toute beauté.