lundi 18 juin 2018

Mon autre famille de Armistead Maupin


Maman a profité que Dad aille à son congrès annuel de la NRA au Texas pour inviter mon grand tonton Armistead. Je ne l'avais encore jamais rencontré mais j'en avais entendu parler, surtout au moment où mon grand frère Bobby a quitté la maison et que daddy lui criait " C'est ça ! Va rejoindre la Maupin à Tataland !". Moi, j'ai regardé dans le dictionnaire, je n'ai pas trouvé cette ville...
Maman n'en parlait pas trop de son oncle, mais comme il est célèbre avec ses romans " Les chroniques de San Francisco", elle avait quand même envie de le voir car la famille c'est sacré...
Il est gentil tonton Armistead, un peu rasoir parfois, mais gentil. Il nous a parlé de son enfance en Caroline du Nord. J'ai trouvé que son papa ressemblait au mien mais en plus méchant quand même. Comme mon papa, il n'aimait pas les noirs, ni les gais ( pourtant ça doit être rigolo, un gai...). Comme papa, il adorait aller à la messe, à la chasse et je suis sûr qu'il aurait voter Donald !
Là où j'ai été épaté c'est quand Tonton Armistead a dit qu'il avait fait la guerre !WOAW ! Ca avait l'air super la guerre, là où il était ! Il s'est bien marré, a passé son temps à se baigner, à se promener dans la jungle. Ca ressemblait à une colo le Viêt Nam ! Et pis, grâce à la guerre, hé ben il a rencontré le Président ! ( Nikon ...je crois... ou quelque chose comme ça !).
Après, tonton, il a été journaliste puis écrivain. Il n'arrêtait pas de dire à tout le monde qu'il était gai. C'était même un des seuls à l'époque... C'était fou quand même ce que les gens devaient être tristes quand tonton était jeune ! Et comme il était très très gai, hé ben, tout le monde le connaissait et il croisait plein de messieurs qui l'aimaient pour ça. Moi j'ai dit que j'allais faire pareil pour avoir plein de copains mais maman m'a dit d'arrêter de dire des bêtises et d'écouter tonton qui justement parlait d'un monsieur qui faisait du cinéma et qui avait un très très gros zizi. Maman a craché un peu de thé et a dit que de toutes les façons ce monsieur était mort à cause de cette maladie que Dieu avait envoyé pour punir les gais.... Quelle drôle d'idée il a ce Dieu d'être méchant avec des gens drôles, je crois que je ne vais plus que le prier en play-bac le  dimanche à l'église.
Il est gentil tonton Armistead, mais à la longue ses histoires ne sont quand même pas bien rigolotes. Parfois j'ai pas bien compris pourquoi il disait que quand on aimait chiner dans les brocantes ou être bronzé, c'est qu'on était gai. Daddy aime ça les brics à bracs et bronzer au bord de la piscine, mais moi, je ne le trouve pas toujours très drôle...
Une fois parti, j'ai discuté sur skype ( en cachette) avec mon frère Bobby et je lui ai raconté la visite de tonton. Il m'a dit : " Tu sais il a écrit ses souvenirs ...mais ses chroniques c'est ça vie et c'est beaucoup, beaucoup mieux !"
Mais comme j'ai encore un peu de mal avec la lecture pour me faire une idée, j'ai préféré regarder ( en cachette, car Dad dit que c'est pas bien pour les petits garçons) Bob l'éponge...J'ai trouvé ça gai !


samedi 16 juin 2018

Une fille comme elle de Marc Lévy


Parfois cité dans mes chroniques histoire de bien situer un roman évoqué, je l'avoue humblement, je n'avais en fait jamais lu une seule ligne de Marc Lévy qui pourtant publie annuellement avec une régularité de métronome depuis l'an 2000. Il était grand temps que je me plonge dans cette littérature qui se vend par millions d'exemplaires et de savoir enfin ce qui plaît tant ( ou que l'on arrive à faire lire et aimer ) à nos contemporains. Il y quelques semaines, j'avais testé une œuvrette de Mme Martin-Lugand... et il faut que je sois honnête, après cette expérience qui m'avait fait  côtoyer le vide, une plongée dans un roman du king de la détente absolue me tentait autant qu'un emploi et surtout le salaire d'une caissière pour le PDG de Carrefour.
"Une fille comme elle" se présente sous une jolie jaquette au lettrage gaufré d'un bel effet. La typographie large et aérée facilite la lecture et chaque chapitre débute par un joli dessin à la plume de Pauline Lévêque qui rend l'ouvrage vraiment sympa...à feuilleter. L'histoire quant à elle se résume ainsi : Chloé, comédienne cul de jatte rencontre Sanji, geek indien. Ils vont se croiser, se toiser, s'apprécier malgré quelques incompréhensions et finalement s'aimer. Oui, je sais, "cul de jatte" vous irrite l'œil... Marc Lévy ne l'emploie jamais mais comment appeler quelqu'un que l'on à qui on a amputé les deux jambes ? Assurément cette romance, franchement incongrue dans l'univers du roman sentimental, relève du défi. Il faut bien l'avouer, l'auteur s'en sort rudement bien, arrivant à faire exister joliment cette jeune femme handicapée sans l'ombre d'un regard condescendant, ni même faussement militant, posant sur elle juste de la normalité et de l'humanité et glissant subrepticement quelques remarques bien senties sur nos réactions idiotes ou blessantes en présence de personnes en fauteuil roulant. Face à cette jeune femme que l'on sait évidemment " resplendissante" , Marc Lévy écorne un peu plus le schéma classique du roman sentimental, en lui offrant comme objet de désir un indien ( d'Inde). On joue sur la mixité mais rassurez-vous Sanji ressemble à un mannequin et jouit d'un compte en banque à faire pâlir les enfants Bolloré ! ( C'est dingue, dans les romans populaires, les mecs magnifiques et à carte Platinum vivent seuls et attendent comme des rosières le grand amour romantique).
Nous retombons donc malgré ces détours sur la romance bien calibrée et nous allons pouvoir, avec les deux jeunes héros et leurs acolytes, sauter les obstacles qu'immanquablement on aura poser sur leur route. Dans le cadre d'un bel immeuble New-yorkais avec entrée en marbre et ascenseur non automatique ( avec liftier), les futurs amoureux devront vaincre le modernisme inéluctable, les traditions familiales et quelques coups du sort. Si le roman se lit sans trop de déplaisir, le dernier quart s'enlise pas mal avec une pseudo intrigue policière très mal ficelée. Franchement Marc, un peu plus de temps et de réflexion aurait été nécessaires. Pensez à vos lecteurs qui pourraient vous quitter un poil déçus et du coup peut être snober votre prochain ouvrage.
Au final, "Une fille comme elle" , dans son genre, reste tout à fait honnête. Marc Lévy sait planter, un décor, y placer des personnages un peu décalés,  trousser quelques dialogues sympas et même délivrer quelques messages. J'ai connu de bien pires romans... Et même si la fin déçoit, je peux tout à fait comprendre l'engouement des lecteurs. Marc Lévy est un conteur simple et bienveillant. Pas de quoi se moquer, ni crier au scandale...ni au génie non plus...

jeudi 14 juin 2018

Le sexe du ministre d'Olivier Bordaçarre


Avec un titre pareil, la facilité serait d'imaginer un récit gaillard mettant en scène un ministre  occupant le moindre quart d'heure de temps libre à réviser le kamasutra dans quelques alcôves dorées d'un palais que notre République met à la disposition de nos gouvernants. Les friands de littérature leste bavent déjà d'envie, les aficionados de la chose ...politique augurent d'un récit à tiroirs, où l'on reconnaîtra peut être, entre les lignes, quelques politiciens connus.
Si je ne peux affirmer qu'Olivier Bordaçarre a totalement inventé son personnage principal, je peux, par contre d'ors et déjà calmer les amateurs de gaudrioles. Ils ne trouveront pas une compilation de scènes chaudes dans ce roman qui ressemble plus à un conte moderne dont l'inspiration n'est pas à chercher du côté de chez Emmanuelle Arsan mais plus chez Gogol ou Kafka.
A l'annonce de ces deux noms célèbres, nul doute que les lecteurs de " Mais qui soulève donc l'édredon? " ont fuit mais que les curieux et peut être les amateurs de fantastiques, sont prêts à tenter l'aventure. En lâchant trop vite le mot " fantastique", peut être que certains pragmatiques froncent les sourcils et détournent le regard d'un roman que je qualifierai quand même de jouissif.
Avec une plume franchement malicieuse, grinçante, ironique, Olivier Bordaçarre brosse le portrait particulièrement haut en couleurs d'un politicien de gauche encore plus arriviste que .... là on peut mettre une quantité de noms qui se bousculent au portillon. La cinquantaine bedonnante, le cheveu artistiquement entretenu, ministre de la santé et donc idéalement placé dans  les starting-blocks pour devenir président de la République ( l'ambition de toute sa vie), Claude Phalène, sautant avec la même aisance d'un plateau télé au lit de sa sculpturale maîtresse comédienne de deuxième zone, jouit de cette certitude que sa route est toute tracée et le mènera sans GPS vers le saint Graal élyséen. Sauf que, malgré une armada de technocrates dévoués à sa cause, le destin se montrera plus capricieux voire franchement malin.
Pour des raisons de confort de votre future lecture, je ne dévoilerai rien de l'intrigue, totalement barrée mais ô combien réjouissante. Il faudra vous laisser porter par un récit qui mélangera avec talent le décapage de nos mœurs politiciennes et le verbiage ad hoc avec une très très originale situation personnelle de ce pauvre homme malmené par des événements qui le dépassent complètement. Rater ce roman très réussi serait une faute de goût. L'humour y est roi, l'écriture soignée et malicieuse, le sens du récit parfait. De la première à la dernière ligne on ne le lâche pas et, pour vous appâter un peu plus ...oui il y est question de sexe... Mais je n'en dis pas plus, à vous de découvrir quel sens donner au mot... 

dimanche 10 juin 2018

Trois visages de Jafar Panahi


Difficile de regarder un film de Jafar Panahi sans penser évidemment à son état d'assigné à résidence et à son interdiction de filmer. On imagine bien que dans de telles conditions, la ruse et le camouflage doivent entrer en ligne de compte lors de la réalisation voire de l'élaboration du scénario. Alors que l'on pourrait penser que tourner en intérieur serait vraiment plus discret, c'est en pleine cambrousse iranienne  que nous transporte le réalisateur et franchement. Exit les insupportables bourgeois à l'iphone greffé à l'oreille de "Taxi Téhéran" ( il ne reste ici que les deux acteurs principaux à la teinture parfaite, jouant leur propre rôle de cinéaste et de comédienne populaire ) et bonjour à une population rurale confite dans la tradition. Le réalisateur et coscénariste nous convie donc à un voyage au cœur de son pays qu'il regarde avec une certaine tendresse mais aussi avec une certaine ironie. Evidemment, on se doutait bien que les fins fonds de l'Iran ne regorgeaient pas de campings naturistes. Donc le patriarcat entretenu par la religion, les croyances autour de la virilité ou la place de la femme ( qui compte moins qu'une vache) constituent un des angles de ce voyage prétexte, l'autre étant un constat en filigrane autour du cinéma iranien et de la création en général.
Le propos, hautement recevable, emprunte les chemins ( je devrai dire les routes étroites et sinueuses) du maître Abbas Kiarostami dont " Trois visages" s'avère un joli hommage. Cependant, et malgré quelques scènes drôles ou bien vues, l'ensemble pâtit d'un scénario pas bien ambitieux ni particulièrement original.... Quoi ?!! ...Mais il a justement eu le prix du scénario à Cannes !!! Je répondrai que c'est une façon de soutenir depuis la Riviéra un confrère entravé. On ne pouvait lui donner autre chose, ni prix d'interprétation, ni palme, ni grand prix ( nous sommes loin du chef d'œuvre), ni prix de la mise en scène ( pas franchement inspirée ). Il ne restait que le scénario... ( et tant pis si d'autres films le méritaient plus !) .
Souffrant de quelques longueurs et d'une mise en scène platounette ( mais peut être induite par l'état d'urgence et de clandestinité du tournage), "Trois visages" nous donne quelques nouvelles de l'Iran ( comme on dit dans les festivals et permet ainsi au monde du cinéma de faire la fête en bonne conscience), nouvelles qui n'indiquent en rien une possible amélioration. Ce constat, même un peu bancal, arrive toutefois à capter notre attention car amer, lucide et empreint d'une douce malice.



samedi 9 juin 2018

Volontaire d'Hélène Fillières



On peut être comme Josiane Balasko campant la mère de l'héroïne du deuxième film d'Hélène Fillères, un peu rétif à l'armée et par extension à s'embarquer en salle devant une histoire d'apprentissage de la vie au sein d'une école d'officiers de la marine ( un reste des années d'après 1968 ? ). L'ordre, la discipline, la camaraderie, l'effort, tout un éventail de valeurs qui semblent resurgir par-ci par-là au cinéma, en littérature comme pour interroger sur une époque qui se cherche, irriguent le film mais accompagnées d'un vague regard autour de la féminité. Malgré tout, rien de nouveau dans "Volontaire" , film un poil militariste. Même écrit et mis en scène par une femme, il emprunte les voies ultra balisées et assez habituelles d'un personnage principal, qui malgré l'adversité ( ici sa famille, son physique frêle et un chef dur mais ambiguë ), triomphera de tout. Et ce n'est pas la touche féministe qui  rendra l'ensemble plus intéressant, ni même les rapports tendus et que l'on essaie de rendre troubles entre le commandant et la jeune aspirante.  Tout roule banalement dans un univers qui hésite entre le clip vachement mignon pour école militaire sévère mais juste et le film psychologique ( assez raté). Lambert Wilson, le regard dur, soupire mécaniquement, regarde l'horizon avec fermeté et en rajoute pas mal dans le genre psycho rigide mais, malgré tout, on pressent très vite qu'il ne se passera rien ( non, nous ne sommes pas dans "Portier de nuit", ni dans "GI Jane " et encore moins dans " Les bidasses en folie", on a les références qu'on peut!).  On se dit qu'il porte bien le costume de commandant ( même si à son âge, les vrais sont tous en retraite ) et on  comprend le trouble de l'héroïne. Alors, on pourrait prendre son mal en patience, admirer le rectiligne qu'induit cet univers dans la mise en scène et attendre gentiment et sagement que la fragile jeune fille ait fait ses preuves...Sauf que... Oui, il y a un sauf ... un élément qui rend ce film visible et peut être moins anodin qu'il y paraît: sa comédienne principale Diane Rouxel. Il est évident que pour elle, il y aura un avant et un après "Volontaire". Certes on avait apprécié sa prestation dans "La tête haute" d'Emmanuelle Bercot mais aussi dans "Les garçons sauvages" de Bertrand Mandico ( bien moins identifiable puisque jouant un garçon), mais là, au naturel, elle explose littéralement! Belle, vraiment très belle, sensible, juste, déterminée, elle irradie le film de sa présence et le sauve du néant.
A défaut d'une officier de la marine qui luttera vaillamment pour notre pays nous découvrons une future star du cinéma français et donc la seule bonne raison pour foncer enfiler ses rangers et son treillis et voir ce "Volontaire" par ailleurs bien fade.


mardi 5 juin 2018

Que ferais-tu ? Guido Van Guenechten


Et encore un album pour enfant sur la différence ! Un ! A une époque où les discours se gorgent des mots "tolérance" ou "bienveillance"  pour masquer une réalité bien plus sombre et bien plus dure, ne faisons pas les difficiles, un album de plus sur le thème ne peut pas faire de mal.
Celui-ci, écrit et illustré par GuidoVan Genechten, que les plus petits connaissent  pour les mignonnes aventures de "Petit poisson blanc", s'adresse à un public un peu plus grand, disons à partir de 4 ans, un âge où les messages peuvent atteindre sinon leur but mais un certain degré de compréhension.
Le point de départ peut paraître étrange puisqu'un petit garçon se réveille avec des bois de cerf sur la tête. Rarissime en effet et donc possiblement ouvert à de multiples interprétations et interrogations.
Pour ce qui est du questionnement, et c'est la grande originalité de cet album, le texte se compose quasi uniquement de questions. On s'adresse directement à l'enfant. "Que ferais-tu si tu te réveillais en pleine nuit avec des bois sur la tête ? ". L'illustration simple et douce invite à la réflexion sans induire une réponse ... De ce petit problème qui va rendre l'enfant différent, on va creuser un peu, questionner les sentiments qui en découlent, la colère, la honte, puis éliminer les quelques solutions qui lui permettrait de redevenir comme avant avec notamment l'impuissance de la médecine... Derrière ces images aux apparences rassurantes se créent soudain  un petit sentiment d'angoisse, heureusement rapidement écarté car, bien évident la deuxième partie de l'album va permettre l'accoutumance. Ok, j'ai des bois...Et si j'en tirai le meilleur parti ?
L'histoire va devenir un peu plus drôle, l'humour permet de vivre mieux, c'est bien connu. Et toujours sous forme de questions, l'album va tenter d'amener le jeune lecteur, doucement, vers l'acceptation de cette différence. Je dis " tenter" car la dernière illustration va reposer la question de départ, en insistant un peu plus, peut être pour sentir s'il y a un début de cheminement intérieur après la lecture, mais plus sûrement parce que l'auteur sait bien que l'idée des différences qui enrichissent le monde relève parfois plus du joli concept que de la réalité.
"Que ferais-tu ?" , joli album bien plus finaud que l'on croit, sait parfaitement parler aux enfants autour d'un thème important et leur apprendra en plus,  par imprégnation, à bien inverser sujet et verbe lorsqu'ils poseront des questions.  

Merci au site BABELIO et aux éditions Samir pour la découverte de cet album !

lundi 4 juin 2018

A Juliette de Fabienne Le Clauze


"A Juliette" est le journal d'une mère dont la fille s'est suicidée à 14 ans.
Que rajouter sur cette terrible épreuve de la vie ? A priori rien. On lit...
Sauf que ce récit va rencontrer des lecteurs qui, pour certains, chercheront une voix en rapport avec les épreuves qu'ils traversent, d'autres un peu par hasard. Evidemment, le lecteur compatira, suivra cette mère passant de l'incompréhension à l'effroi, se débattant dans les filets noirs du deuil et de la lente reconstruction. Mais ce lecteur va se poser inévitablement des questions, essayer de comprendre ce geste qui défie la raison.
Le texte, nullement littéraire ( sur le même thème, il vaudra mieux  se plonger dans le formidable roman de Sophie Daull "Camille mon envolée"  ), se présente comme le récit brut sur plus d'une année de ce deuil si difficile à faire. Le ton adopté, nullement pleurnichard, tombe par contre facilement dans le rose bonbon, peuplant le récit que de gens bons, généreux, attentionnés, formidables, présents, chaleureux, ...
Et soudain, quasi dès les premières pages, derrière ce malheur, apparaît en filigrane une autre triste histoire, parfaite illustration de la chanson "Foule sentimentale"  d'Alain Souchon ( 1995).
"Oh là, là , la vie en rose
La vie qu'on nous propose
Des quantités de choses
qui donnent envie d'autre chose..."
Oui, Juliette, 14 ans, s'est jetée sous un train. Ses parents, aisés et aimants, répondant à la perfection aux injonctions sociétales du moment, semblaient avoir tout bon depuis le début : Psychologue dès les 3 ans pour éradiquer les moindres petits problèmes, mise en évidence d'un très fort potentiel intellectuel ( il a suffi à un psy de voir une photo de Juliette pour repérer un QI hors norme), puis scolarité dans un collège privé ( payer, consommer pour la réussite et un futur réseau), piano, gymnastique, cours particuliers de math, vêtements de marque, Iphone à 12/13 ans, voyages, ...
" Le rose qu'on nous propose
D'avoir des quantités de choses
Qui donnent envie d'autres choses..."
Et puis une maman présente, aimante, bichonnante, plateau du petit déjeuner apporté au lit, chouettes SMS de Juliette depuis sa chambre pour qu'on vienne lui donner un bisou avant de s'endormir, ...
"Aïe, on nous fait croire
Que le bonheur c'est d'avoir,
De l'avoir plein nos armoires
Dérisions de nous dérisoires
Car..."
...Oui, Juliette était sentimentale, follement sentimentale, jusqu'à en mourir...
"Foule sentimentale
On a soif d'idéal
Attirée par les étoiles, les voiles, 
Que des choses pas commerciales..."
Malgré tout ce bonheur apparent, la vie lui était insupportable. Soudain, dans cette jeune fille aussi belle qu'intelligente, surgit le poids de ce que nous impose insidieusement nos sociétés occidentales depuis des années.
"Il se dégage 
De ces cartons d'emballage
Des gens lavés, hors d'usage..."
Juliette, inconsciemment, rejetait ce monde factice, médiocre, commercial, qui est désormais à l'intérieur de chacun de nous puisqu'il arrive même à s'insinuer dans les textes écrits et lus à l'église lors de ses obsèques, qui parleront d'Iphone, de connexion WIFI, ...
"On nous Claudia Schieffer
On nous Paul-Loup Sulitzer"
Pour ce témoignage, on changera les paroles et on chantera :
" On nous Patrick Poivre D'Arvor"
Oui, l'ancien présentateur TV, en plus d'une petite préface, hante le livre. Le soir de la mort de sa fille, l'auteure a écrit un petit mail à la star. Elle ne le connaissait pas, mais se souvenait qu'il avait vécu un malheur similaire. Une correspondance suivie en découlera...
On peut me sentir un brin circonspect face à ce témoignage, surtout par rapport à un texte encombré de cette guimauve narrative très contemporaine. Mais le récit, parce que sans trop de filtres, laisse apparaître en filigrane le portrait éclairant d'une famille d'aujourd'hui.
Et puis, il y a Juliette qui est au centre de l'ouvrage. Comment ne pas avoir une pensée pour elle, innocente victime de nos sociétés de vitrines et de bonheur standardisé ?