mercredi 25 mai 2022

Festival de Cannes 2022, vu par un spectateur lambda

 


La fête du cinéma ( en version grande famille du cinéma sauf les exploitants, les spectateurs et quelques soutiers du métier) bat son plein avec son tapis rouge sur lequel se pavanent acteurs mais aussi influenceur(se)s de toutes sortes, politiques et autres invités des nombreux sponsors de la manifestation. Cannes, selon la presse, permet de se réunir pour réfléchir à l'avenir d'un art (?), d'un marché qui se voit tailler de sérieuses croupières par les plateformes de streaming. Donc on peut penser, qu'entre deux coupes de champagne la profession s'inquiète vaguement. On peut en douter quand on lit ici que les banques qui fournissent le nerf de la guerre à cet art coûteux sont très confiantes dans l'avenir et là que partout dans le monde ( ou presque) un nombre toujours plus important de productions vont essayer de se frayer une place sur les écrans ( lesquels?). Et l'on en doute encore plus, quand, simple spectateur, un peu cinéphile, on continue à aller découvrir en salle les nombreuses nouveautés qui se succèdent à grande vitesse, que l'on voit bien que les salles ne sont guère remplies et qu'après quelques mois de découvertes assez enthousiasmantes , nous sommes revenus à regarder des oeuvres dont on se demande si elles n'ont pas été produites histoire afin de blanchir quelque fortunes ou truster quelques subventions. 
Heureusement, Cannes arrive enfin avec son lot de films tous plus emballants les uns que les autres qui hélas, ne seront visibles qu'en automne/hiver prochain. Heureusement, quelques uns tentent la sortie en simultanée profitant ainsi du mégaphone offert par le festival, croisant les doigts pour que les spectateurs se ruent dans les salles ( et chantant pour faire pleuvoir et espérant que Roland-Garros ne fasse pas trop concurrence). Cette année, avec ces premiers arrivages cannois, il est quasi certain que ce n'est pas grâce à eux que le fréquentation va exploser ( Mais il y a Tom Cruise aussi...)
Tout en restant loin des sunlights, on peut donc se faire son petit festival à soi. On a donc commencé par aller découvrir le film d'ouverture, qui, on le sentait bien, avait, comme d'habitude besoin du tremplin du festival pour attirer quelques curieux. Cette fois-ci, ce n'était pas un long-métrage coûteux et un peu raté, mais un film un peu clivant, pas gagnant/gagnant, le "Coupez" de Serge Hazanavicius. 

Pour nous vendre le film ( nous faire décoller de notre canapé et de Netflix), on a employé la grosse artillerie, rappelant ce bon vieux OSS 117  à la rescousse ( pas celui de Bedos, mais les 2 bons), la promesse que ça ne faisait pas peur ( le gore n'est pas la tasse de thé de tout le monde) et que l'on allait vraiment beaucoup beaucoup rire ( ce qui ne se refuse pas dans cette époque assez sombre). Les acteurs ont trusté toutes les émissions du PAF ( trop peut être), la presse a bien embrayé en publiant de jolies critiques ( il faut redonner du punch aux entrées!). Las, le public a quand même boudé la chose .... se rappelant peut être avoir souvent été échaudé avec d'autres films d'ouverture ( souvent choses coûteuses et clinquantes ne valant pas tripette). Il faut dire quand même que c'est loin d'être le meilleur film du réalisateur. L'entreprise de faire le remake d'un film japonais à base  de tournage de film et de morts vivants, sur le papier, était casse-gueule. Et si à l'écran, on voit bien que le réalisateur prend plaisir à relever le défi du film dans le film, hommage au travail de groupe qu'est le cinéma, force est de constater que tout cela traîne pas mal en longueur, que l'on rit peu et que, malgré, une certaine finesse dans la mise en scène, on sent un petit côté laborieux qui nuit au rythme de l'ensemble. 



Le film suivant offert à notre curiosité est celui de ce que la critique considère comme un maître du cinéma français actuel : Arnaud Desplechin. Présenté en compétition, lui aussi essaie de truster le public avec une sortie immédiate. Marion Cotillard, la star du film a beaucoup donné dans la promo, la critique, comme d'habitude, est au garde à vous ( c'est qu'il est génialissime notre Arnaud). Petit handicap toutefois pour le film .... les précédentes oeuvres du réalisateur, souvent sorties dans la foulée de Cannes, n'ont pas fait exploser le box office ( et pour cause, les spectateurs étant sortis de salle, parfois avant la fin, mais souvent déconfits). Reconnaissons à Arnaud Desplechin d'avoir une oeuvre joliment mise en scène, de creuser souvent une thématique familiale fiévreuse et de faire deviner une grande intelligence dans son cinéma... sans pour autant toujours convaincre. Le spectateur des films de Desplechin sont souvent pris en porte-à-faux et " Frère et soeur" n'échappe pas à la règle. Très vite, une fois passées les scènes d'introduction, on se heurte à des dialogues sonnant faux ou hors sol, le scénario part dans des directions étranges, pas logiques, pas crédibles, les personnages réagissent bizarrement. C'est peut être son style, il faut peut être se laisser aller à cette narration divagante... Mais cette accumulation, du moins pour moi, a plutôt un effet ( selon l'humeur du jour) à m'agacer, me mettre en colère voire à trouver cela comique par tant de situations ridicules. C'est peut être l'effet escompté... dans ce cas là, je serai donc un aficionado du maître,  contrairement aux quelques spectateurs sortis avant la fin qui n'ont donc pas pu constater que même la bande son se mettait au diapason du récit, avec cette séquence d'enterrement où les pétales de rose lancées sur un cercueil faisaient "ploc, ploc, ploc " en tombant. Le résultat pour "Frère et soeur" est que l'on se fiche très vite de leurs petits problèmes familiaux dont on a du mal à percevoir d'où ils proviennent réellement et dont la résolution laisse pantois, entre fin mièvre de roman enfantin ou foutage de gueule d'un scénario mal fichu. 


Dans la foulée, est sorti "Don Juan" nouvelle oeuvre d'un cinéaste incompris du grand public : Serge Bozon. Pour rappel, ces deux dernières productions, choses assez bancales lorgnant vers la production un peu fauchée ( mais avec un vernis prétentieux) avaient quand même l'originalité de nous offrir les plus mauvaises prestations d'Isabelle Huppert ( jouant vraiment mal ) ( "Tip Top" et "Madame Hyde") ou rendant Sandrine Kiberlain inexistante ( le même "Madame Hyde" ). Cette fois-ci, la seule curiosité qui pouvait nous pousser à aller découvrir ce film, était de savoir s'il allait réussir à rendre Virginie Efira nulle  ( curiosité étrange, je vous le concède), qui, je spoile, a heureusement réussi à passer au travers de ce piège  et reste parfaite ( avec Alain Chamfort). Pour ceux qui aiment un cinéma où les acteurs donnent le plus mauvais d'eux-même, rappelons que l'on trouve au générique Tahir Rahim, qui, comme d'hab, avec sa seule expression, fournit ici une prestation admirablement mauvaise. Nous sommes donc bien dans un film de Serge Bozon, qui, avec un scénario pas vraiment inspiré, essaie de revisiter le mythe de Don Juan en convoquant Molière, Mozart ( c'est plus chic) et en déconstruisant vaguement le processus .... Honnêtement, on s'en contrefout ( surtout avec Tahar Rahim en Don Juan) car à l'écran on ne ressent qu'un vide certain avec quelques ficelles négligemment tendues pour que les critiques puissent produire quelques phrases creuses mais à l'allure intelligente, pas forcément dans la dithyrambe, juste ce qu'il faut pour essayer de faire croire que le film est un peu intéressant.  Si vous avez vu ( et pas aimé) les précédents longs-métrages du réalisateur, restez chez vous, rien de nouveau sous le soleil. 







jeudi 21 avril 2022

Ogre de Arnaud Malherbe


On aime que le cinéma français aille enfin hors des sentiers rebattus de la comédie et ose s'attaquer au film de genre. Manuel Chiche, producteur et distributeur, déjà à l'initiative des très bons  "La nuée" ou " Teddy" nous propose cette semaine cet "Ogre" qui aura du mal à entrer dans les annales ( ou peut être pour de mauvaises raisons). 
L'idée de départ est plutôt bonne. Une institutrice qui fuit un passé douloureux à base de mari violent, prend un poste dans un village un peu perdu du Morvan. Avec son fils, elle s'installe tranquillement... Seulement, le village jouxte une forêt dans laquelle rôde une bête féroce qui s'attaque aux troupeaux. 
La bonne idée du film, est que l'histoire est vécue quasi totalement au travers des yeux de l'enfant qui emmagasine toutes ces informations. Elles passent au filtre de ses peurs enfantines que des contes connus ont façonné. Hélas, le film hésite constamment entre plusieurs pistes jamais complètement explorées, faire monter le sentiment de peur à partir de ce qu'il se passe dans ce bled en essayant de trouver des éléments effrayants ( la nuit, les tronches de chasseurs belliqueux), faire ressentir les peurs imaginaires de l'enfant mais aussi brosser le portrait d'un village qui n'est peut être pas aussi accueillant qu'il veut bien le paraître. Cahin-caha , le film avance gentiment, se prenant assez au sérieux sauf dans le décor qu'il plante, un peu trop cinéma. En effet, entre autre, ce trou du Morvan, n'est pas victime de désert médical, puisqu'y officie un beau et célibataire médecin .... qui, je vous le donne en mille vivra une histoire avec...  Chut, faut pas dire, c'est tellement surprenant... A courir trop de monstres à la fois, le film finit par s'éparpiller, ne provoquant plus la moindre peur malgré de nombreux plans se voulant angoissant pour s'achever  par une scène hautement symbolique mais plus grotesque que flippante. 
On oubliera bien vite cet "Ogre" mal fichu et dont les tentatives d'effrayer le chaland n'empêcheront personne de dormir. 




 

mardi 19 avril 2022

Plus on est de fous plus on s'aime de Jacky Durand



Comme le titre l'indique, ce roman de Jacky Durand est à classer dans la feel good littérature. Donc pas question de s'attarder sur le style ( il n'y en a pas vraiment sauf si l'on considère qu'assembler des phrases simples pour que l'histoire se lise sans peine tout en ayant une folle envie de tourner les pages en soit un) mais plutôt sur le plaisir de lecture que l'on peut ressentir. 
"Plus on est de fous plus on rit", pour en donner l'atmosphère, essaie le mariage entre, en gros, " 3 hommes et un couffin" et " Les vieux fourneaux". On y trouve des personnages un peu en marge, bourrés d'humour, une situation inhabituelle avec un bébé trouvé sur une aire d'autoroute, un méchant mais surtout malgré le passé pas toujours légal de beaucoup de protagonistes, une avalanche de bonté, de camaraderie et, pour le côté moderne, une image de la paternité un poil décalée. On nage donc dans un océan de jolies choses, d'amitié virile, de prisons pas loin d'un club de vacances, d'une franche et éternelle fraternité entre anciens détenus débordant d'humanité. Comme Jacky Durand est critique gastronomique au journal Libération, le texte est émaillé de savoureux plats, produits du terroir plus goûteux les uns que les autres puisque cuisinés dans un grand naturel loin de labos aseptisés. 
Tout est pensé pour que la lecture soit facile, agréable. On peut donc se laisser tenter, même si trop de bons sentiments finissent par émousser l'intérêt de lecture avec des péripéties qui se devinent quelques chapitres à l'avance. 

 

lundi 18 avril 2022

La Delector de François Vallejo


Cela pourrait être la biographie de Lydia Delectorskaya qui fut de 1932 et jusqu'à la fin de la vie du grand Matisse, son modèle, sa muse, sa secrétaire et sur la fin le cerbère, mais c'est bien plus que ça.  Jusqu'à présent, tout du moins en France, son rôle, sa présence, malgré les nombreux tableaux, dessins, croquis sur lesquels elle figure est restée dans l'ombre, seuls quelques biographes américains, et bien après la mort du grand peintre,  ont osé se poser des questions sur elle et surtout la relation exacte qu'elle a pu entretenir avec lui. En gros, pour être prosaïque, ont-ils été amants ?
Cette question hante évidemment le roman de François Vallejo et malheureusement ( pour qui ? ) il n'apportera pas de réponse. Cependant, en écrivain curieux, il ne manque pas de se questionner, à l'affût du moindre indice. Chaque tableau, chaque lettre, chaque témoignage sera passé au filtre de cette question sans que pour autant il passe pour un obsédé. Parce c'est bien d'un roman qu'il s'agit, un roman à trois personnages, Matisse , Lydia Delectorskaya et François Vallejo, lui essayant de se glisser dans l'atelier, derrière les toiles, sous le pinceau du peintre, dans sa tête, essayant d'analyser le comportement de ce Matisse vieillissant devant sa jeune modèle posant nue dans son atelier. 
Evidemment l'auteur n'échappe pas au tropisme de : "Je suis belle, je pose nue devant un homme, donc il me désire, me prend,  abuse de moi" ou, plus romanesque, cherche à déceler une histoire d'amour que cette proximité aurait pu engendrer. Le roman tourne donc toujours autour de cette question : Ont-ils été amants? Evidemment, la question d'un amour platonique effleure parfois le propos mais l'idée de sexe reste presque une obligation dans l'esprit de l'écrivain, alors que, sans doute, décidément très modernes, ces deux êtres, indubitablement très liés, pratiquaient peut être une certaine asexualité, aujourd'hui plutôt en vogue ou tout du moins visible et assumée par certains. 
L'intérêt de ce roman permet au lecteur de s'interroger beaucoup sur ces notions de sexualité mais pas que, loin de là. C'est également une formidable plongée dans l'univers créatif d'un des grands maîtres de la peinture du 20 ème siècle où l'intime, le personnel, les événements politiques ou familiaux viennent, non pas nourrir l'imaginaire, mais contrecarrer la création d'un génie qui ne vivait que pour la forme, la couleur et l'harmonie millimétrée d'un tableau. C'est également l'émouvant portrait de cette femme de l'ombre, dont le mystère et la beauté, infiniment romanesques, méritaient cette splendide mise en valeur par un auteur vraiment inspiré. 


 

jeudi 14 avril 2022

Dans la forêt glacée de Frédérique Clémençon

 


Délicat pour être le mot qui qualifie ce roman. 
Délicat le traitement qu'en fait son auteur entre récit par une adolescente d'un court séjour en famille au bord de la mer et flash-back sur un passé familial isolé en montagne. 
Délicate l'écriture de Frédérique Clémençon qui ne cherche jamais à durcir le ton ni l'intrigue pourtant sur un sujet bien costaud : l'inceste intra familial ( comme le plus souvent). 
Délicate également l'attention qu'elle porte à ses personnages, les effleurant plus que les personnalisant intensément, leur donnant ainsi une fausse légèreté qui colle bien avec l'ambiance de tous ces cousins, cousines, grands-parents, oncles et tantes réunis au coeur de l'été et qui permet une très jolie description d'une bande d'ados assez lambda et sans cliché. 
Tout aussi délicate, mais sacrément bien vue, est la description de l'aveuglement d'une famille sur ce qui peut se jouer pour deux d'entre eux ou comment on n'ose jamais penser à un irréparable impossible chez soi. 
Cette délicatesse, qui permet de sonder en douceur les coeurs et les âmes joue cependant un petit mauvais tour à ce roman bâtit sur une sorte de petit suspens que l'on ne sent pas vraiment monter, à l'image de l'héroïne Chloé, certes torturée de l'intérieur, mais dont on ne perçoit pas vraiment ce qui peut la faire basculer à l'aveu. 
Il restera un joli roman délicat ( évidemment!), à l'agréable atmosphère ensoleillée mais avec ce petit nuage qui empêche d'avoir un réel beau temps et qui finira par assombrir à jamais une famille. Nous sommes ici au sujet de l'inceste à l'exact opposé de Christine Angot. 


mercredi 13 avril 2022

A l'ombre des filles de Etienne Comar


Vous voulez voir un film confortable, énième variation autour d'une personne ayant un certain savoir et le faisant partager avec des exclus de la société ( ou des ados rebelles ou des élèves que l'on qualifie de sauvageons) ? Le nouveau long-métrage  d'Etienne Comar est fait pour vous ( ainsi vous aurez votre dose mensuelle de sollicitude, de bienveillance cinématographique puisque il en sort sur nos écrans, au moins un par mois avec le même canevas). 
Ici, nous avons donc un chanteur lyrique face à des femmes en prison. C'est l'homme que nous suivons surtout car il renferme quelques petits secrets et problèmes personnels. Les personnages féminins n'existent, comme d'habitude, que par leur présence face à leur éducateur provisoire ( juste quelques plans rapides de leur solitude en cellule) et répondent évidemment à des archétypes dont elles ne sortiront au fil de l'histoire qu'à la marge. Vu et revu, le film ne mérite guère d'attention s'il n'y avait encore une fois une réelle performance d'Alex Lutz, totalement immergé dans son rôle. Cet acteur est absolument capable de tout jouer en étant parfaitement crédible, du vieux chanteur ringard au champion de tennis et ici en chanteur lyrique  délicat au bord du gouffre existentiel. Rien que pour lui, le film peut être vu. Certes il y a aussi  Agnès Jaoui, évidemment parfaite en femme taciturne mais sans filtre et  Hafsia Herzi qui par contre n'a rien à jouer dans un film qui ne fait au final que la part belle au héros masculin. 


  

 

mardi 12 avril 2022

Dans la tanière du tigre de Nicolas Idier


C'est marqué roman, mais le ranger au rayon journal ou récit ou document serait peut être plus juste. En tous les cas, quand vous plongerez dans "La tanière du tigre" vous ferez un voyage au coeur de l'Inde d'aujourd'hui sur les pas d'un diplomate français ( l'auteur )  chargé des relations culturelles et tout fraîchement nommé à Delhi. 
Evidemment quand on représente la France à l'étranger, cela n'a pas grand chose à voir avec celui qui va dans ce pays pour des raisons  spirituelles, s'initier au vrai yoga ou rechercher la paix intérieure dans un ashram voire juste parcourir simplement le pays comme un parfait touriste. Nicolas Idier lui se trouve être au croisement de la culture et de la politique. Son regard est donc celui d'un spécialiste qui très vite constate en réel que cet immense pays, tant par sa population, sa superficie et sa puissance économique, continue à rester, voire amplifie, son système hautement inégalitaire. Il met en évidence que son premier ministre actuel, Narendra Modi rejoint sans problème la longue liste des dirigeants qui se disputent la première place dans  l'horreur et l'abomination ( en plus de conserver l'odieux système raciste des castes, extermine sans sourciller les musulmans ou ferme les yeux pour mieux approuver le triste sort fait aux femmes). 
Courageusement, et peut être faisant fi de quelques recommandations de sa hiérarchie, Nicolas Idier approche de très près les quelques  mouvements  qui essaient de lutter contre ce fascisme rampant qui gangrène un peu plus chaque jour une société déjà pas bien portante. Il a, de par sa position, la possibilité de discuter puis de devenir ami avec Arundhati Roy ( écrivaine et militante célébrée partout dans le monde) et d'ausculter de l'intérieur les tensions qui agitent une certaine population ( aisée et cultivée ) luttant contre le pouvoir en place. 
Tous ces aspects politiques sont parfaitement développés dans ce ...roman... qui parfois, hélas, s'attarde un peu trop sur certaines discussions littéraires ( sur l'oeuvre d'Arundhati Roy ou de V.S. Naipaul notamment), certains flash-backs chinois n'apportent pas grand chose au propos général, donnant seulement un côté plus intime au récit qui se révèle au final tellement hybride que l'on peut passer du grand intérêt à un ennui poli. 
Il restera au final, une photographie actuelle de l'Inde fort intéressante, documentée de l'intérieur par quelqu'un qui n'a aucun parti pris, juste celui de l'écrivain prompt à raconter des faits que cette phrase pourrait parfaitement résumer : "Aujourd'hui le lien éclate entre les excès de l'économie, les ravages économiques et le repli nationaliste généralisé."
 

vendredi 8 avril 2022

Reims Polar 2022, 4ème journée

 


Après les nuits chinoises et leurs lumières si esthétiques, retour à la dure réalité espagnole et un village triste de la région de Lérida , perdu dans une brume hivernale et dont les agriculteurs du coin ont créé une milice pour surveiller leurs terres et combattre le vol généralisé de leur matériel. "Tros" est le premier long-métrage de Pau Calpe Rufat dont on sent à la fois sa venue de la télévision par une mise en scène ultra classique voire banale et un manque évident de moyens. On perçoit aussi une volonté de rajouter de la complexité à une histoire qui, au départ en manque un peu avec l'apparition de quelques flash-backs qui n'apportent pas grand chose au final. En partant d'un fait local bien réel, le film avance très doucement vers une sorte de tragédie classique peu originale à base de filiation et de remontées de secrets du passé.  Réalisé avec plein de bonne volonté, mais cela ne suffit pas à passionner. 
Retour à l'Est avec le deuxième film en compétition aujourd'hui "The Generation of Evil" du lituanien Emilis Velyvis qui montre encore le caractère très violent de ses protagonistes. Une série de meurtres particulièrement tordus décime les élites d'une ville. Une enquête est menée sur fond d'une vengeance et d'ex du KGB. Dans une esthétique de mise en scène  qui lorgne sur le cinéma coréen, le film n'évite pas une certaine surenchère musicale ni un final pas trop crédible ( avec un personnage dont on se demande, entre autre,  comment il a pu arriver là...) mais parvient à tenir le spectateur en haleine durant presque deux heures, donc mission accomplie !
"Reims Polar" c'est certes une compétion officielle, des hommages mais aussi une deuxième compétition  appelée " Sang neuf" avec des films sortant un peu des sentiers battus. Et qui dit sentiers battus, dit spectateurs un peu divisés à la sortie des salles. Toutefois, il semblerait que l'enthousiasmant "Le bruit des moteurs" du canadien Philippe Grégoire, véritable polar déjanté et drôle  ait trouvé un sérieux écho auprès du public... En tous les cas, un film à découvrir quand il sortira en salle !





jeudi 7 avril 2022

Reims Polar 2022, troisième journée

 


Ce matin, public rajeuni pour la projection du film "Midnight Silence". L'habituelle cohorte de têtes grisonnantes ou de personnes ayant un peu de mal à se hisser jusqu'à la salle de projection située tout en haut de l'Opéraims s'est trouvée mélangée avec une jeune génération attirée par la projection du premier long-métrage du réalisateur coréen  Kwon Oh-seung. Allait-on assister à la naissance d'un nouveau Park Chan-wook ( réalisateur de "Parasite") ? Dès les premières minutes, la salle a été happée par l'intrigue à base d'un serial-killer bien sadique et futé s'attaquant ( entre autre) à une sourde-muette. Tous les ingrédients pour faire peur ont été convoqués, des rues désertes sombres arpentées par d'innocentes jeunes femmes sans défense quand elles ne se risquent pas à essayer également les parkings souterrains. On a retrouvé une esthétique toute coréenne, avec un jeu sur les cadrages, sur les lumières et sur les sons ( au final pas si bien exploités que ça).  Mais, hélas, le film veut trop rouler des mécaniques et essayer aussi de jouer au chat et à la souris avec le spectateur. Alors il joue la surenchère, le scénario s'enfonce dans les rebondissements peu crédibles qui, involontairement arrache des rires désamorçant tout suspens. D'efficace, on passe à too-much, faisant même passer Séoul ( 10 millions d'habitants) pour un gros bourg de province tant il est facile de croiser ou de retrouver une personne qui fuit. 
Changement de continent avec le deuxième film en compétition du jour, qui se déroule en Espagne au fin fond d'une Andalousie montagneuse. Avec un point de départ un poil tiré par les cheveux, ou comment un fonctionnaire de l'administration judiciaire va jouer gros pour assouvir le désir d'enfant de sa compagne. "The Daughter" ( "La Hija" pour son titre original, le festival se pique d'être très anglophone) de Manuel Martin Cuenca va lentement installer un quasi huis-clos dont le suspens psychologique va monter crescendo, allant au bout du bout de ses possibilités scénaristiques. Classique dans sa forme et sa réalisation, le film, sans surjouer les situations, installe une vraie tension qui n'a pas laissé indifférents les spectateurs. 
Le dernier film  en compétition ce soir nous a fait repartir en Asie. "Are You Lonesome Tonight ?" premier long-métrage de Wen Shipei ne déroge nullement avec l'esthétique asiatique actuelle jouant sur les éclairages urbains ou intérieurs, où une bande son amplifie le moindre bruit tandis qu'une musique extrêmement travaillée accompagne l'ensemble. Sur le thème de la culpabilité d'un jeune réparateur de climatisation qui pense avoir tué accidentellement un homme et va tisser un lien ambiguë avec sa veuve, le film repose sur un scénario dont les ressorts dramatiques jouent avec une vérité qui n'est jamais tout à fait celle que l'on pense. A la fois très esthétique et adoptant un rythme lent ( un vrai film de festival!), il réussit à intriguer et à affirmer déjà un très efficace savoir-faire. 

mercredi 6 avril 2022

Reims polar 2022, deuxième journée

 


3 films en compétition aujourd'hui à Reims, trois films noirs, sombres aux intérêts plutôt divers mais qui montrent bien la diversité que ce genre inspire. 
Nous avons débuté après le petit-déjeuner avec un film allemand de Martin Hawie et Laura Harwarth "Future is a Lonely Place" . Bizarrement il débutait par un plan quasi similaire à celui d'hier ( un homme barbu, seul mais avec des traces de sang) et continuait avec la même idée de scénario qui laisse patauger le spectateur dans une histoire où il ne pige pas encore les tenants et les aboutissants. Très vite on comprend que nous serons dans un film en milieu carcéral, genre dans le genre, beaucoup labouré et qui donc exige désormais un sacré talent pour faire décoller le spectateur. Si le premier tiers laisse encore une place à l'espoir, on déchante assez vite l'histoire à base de vengeance pâtine pas mal malgré quelques rebondissement finaux pas vraiment magnifiés par une mise en scène platounette. 
Est-ce que l'on attendait d'être étonné par le film kazakh qui suivait ? Pas vraiment ...et pourtant... Réalisé avec trois bouts de ficelles et quelques grosses cordes dans le scénario, "Assault" de Adilkhan Yerzhanov réussit l'exploit de nous faire oublier certaines facilités pour nous plonger dans une délivrance d'otages par un paquet de mâles locaux presque tous machos à la russe qui s'avère être en creux, un petite radiographie de l'état du mâle kazhak. On retiendra notamment une scène de souvenirs d'un personnage ex jeune guerrier sans préparation balancé  en Afghanistan qui résonne de façon très forte en ce moment. L'autre point positif de ce film tourné dans le froid et la neige, est de ne pas trop se prendre au sérieux et de tirer le récit vers une sorte de tragicomédie qui a permis d'entendre des rires dans la salle mais de constater également qu'il fut bien plus applaudi que les précédents concurrents. 
Nous avons terminé la journée avec un film très attendu "Rhino" de Oleh Sentsov. Le réalisateur n'était pas présent et pour cause, il est ukrainien et évidemment soldat ( commandant adjoint nous dit le programme du festival)  pour défendre son pays. Nous avons eu un petit message vidéo ...très combatif. 
Le film quant à lui, se déroulant dans une Ukraine des années 90, a pris le public à rebrousse poil. Le récit, cultivant l'ellipse temporelle à foison, sautant d'une scène de violence à une autre tout aussi violente, nous met dans les pas d'un jeune enfant déjà pas mal perturbé. En grandissant sa force physique lui vaudra une place de plus en plus importante au sein d'une mafia locale qui bute, trucide, viole comme d'autres arrachent des radis. Pas aimable, très brutal, "Rhino" n'a rien d'attachant, ne cherche d'ailleurs pas à l'être, montrant un pays où il ne fait pas bon vivre entre la corruption quasi généralisée et des gangs faisant la pluie et le beau temps. Le public est ressorti un peu groggy... espérant qu'en tant que commandant des armées Oleh Sentsov ne met pas en pratique la violence sadique qui jalonne son film. 






mardi 5 avril 2022

Reims polar 2022 ( festival du film policier)


Vous ne le saviez peut être pas , mais désormais, la ville du polar au cinéma, c'est Reims. On reste dans des lieux producteurs de liquides alcoolisés, les nombreux peoples invités boiront donc du champagne à la place du Cognac ( quand c'était à Cognac) ou du très bon vin quand il se déroulait à Beaune ( mais chut, ne plus citer cette ville comme l'a donné à penser Bruno Barbe le directeur du festival lors de son discours à la cérémonie d'ouverture). Heureusement que les lieux de productions viticoles sont nombreux en France... Nous voilà donc à Reims qui se réjouit d'accueillir le festival car cela fera super élégant dans son dossier de candidature pour être capitale française de de la culture ( dixit le maire de la ville qui, comme toute ville un peu importante se lance dans ce concours). 
Avant de découvrir le premier film de la compétition, il y a eu, après quelques  inévitables discours et la présentation des 3 jurys, (un mix, cinéma/littérature : Camille Laurens, Santiago Amigorena, Géraldine Pailhas, Niels Arestrup, ...), un hommage au réalisateur américain Walter Hill ( Driver, 48 heures, les guerriers de la nuit, ...) que l'on peut qualifier d'enflammé. Philippe Rouyer, avec son emphase habituelle, n'a pas lésiné sur les compliments ni sur l'admiration du moindre coup de feu anodin, lui trouvant une dimension évidemment génialement cinématographique. Comme le réalisateur était là, l'octogénaire un peu claudiquant a dû apprécier. Les images de son prochain film présentées en exclusivité laissent cependant penser qu'il encore beaucoup d'énergie...
Et puis le premier film de la compétition fut projeté : "Entre la vie et la mort" du réalisateur franco-chilien Giordano Gederlini, production belgo/hispano/française avec  pour l'Espagne Antonio de la Torre, pour la Belgique Olivier Gourmet et pour la France Marine Vacth. Ce film européen s'il en est, a visiblement bien plu au public, sans doute resté sur la plutôt bonne idée d'un scénario qui ne dit pas tout au départ mais qui s'enfonce hélas vers quelques facilités scénaristiques ( notamment dans les scènes d'action) et s'essouffle dans une deuxième partie qui peine à remettre d'aplomb les nombreuses pistes abordées. 
Pour la suite, la sélection s'annonce alléchante ... Alors laissons les peoples se rincer au champagne et vive le cinéma !




 

Festival de Cannes 2022, vu par un spectateur lambda

  La fête du cinéma ( en version grande famille du cinéma sauf les exploitants, les spectateurs et quelques soutiers du métier) bat son plei...