lundi 8 février 2016

L'été diabolik de Thierry Smolderen et Alexandre Clerisse

Je me suis vraiment régalé en lisant le nouvel opus du duo Smolderen/Clérisse. Autant le précédent, magnifique graphiquement, nous perdait dans une intrigue emberlificotée à l'extrême ( Souvenirs de l'empire de l'atome ), autant celui-ci possède un scénario mieux charpenté qui ne nous perd pas en route. Et comme Alexandre Clérisse s'est encore une fois surpassé au dessin, cet " été diabolik" est sans doute la première vraie bonne surprise de cette année en BD.
On sent que les auteurs aiment cette période fin 50 début 60, où le monde vivait entre deux pôles bien séparés et aux ennemis facilement identifiables. C'était une époque où l'on croyait au futur. Les corps se libéraient, la technologie promettait monts et merveilles. On voyait la vie en technicolor. Les 160 planches de cet album, éclatantes de couleurs, de dynamisme, dont le graphique vintage revisité en sont le premier hommage. Elles illustrent à merveille une histoire, au départ  teen movie puis virant au polar pour finir en mode espionnage. Tous les codes de l'époque y sont, (nous sommes dans la première partie en été 67) de l'Aston Martin sortie tout droit de James Bond, aux espions russes de la guerre froide en passant même par la robe Mondrian d'Yves Saint-Laurent ou l'évocation d'Andy Warhol. Au milieu des couleurs flashies que la culture pop commençait alors à adopter, l'histoire se déroule sans l'ombre d'un temps mort. De l'aventure, du suspens, des morts violentes, de l'érotisme, sont les ingrédients imparables de cette aventure, à laquelle s'ajoute une figure masquée rappelant les fumetti, petits fascicules de BD d'origine italienne, et donc ce dénommé Diabolik. Bien sûr, il ne faut pas être trop regardant sur les enchaînements des événements assez téléphonés et dont on peut aisément deviner la suite. Mais l'ensemble est, il faut bien le reconnaître, autant par le dessin que par l'histoire, une formidable évocation de cette époque, où tout pouvait être possible alors que tout semblait l'interdire.
Et une fois finie la lecture, on pose l'album sur la table du salon, comme un livre d'art que l'on aime exposer et que l'on prend plaisir à feuilleter ou à faire découvrir à nos amis, car, c'est encore une fois une pure merveille graphique. Je me répète sans doute ( je disais quasi la même chose lors de la sortie du précédent) mais, je suis vraiment accro au dessin d'Alexandre Clérisse, plein de références digérées, mais tellement inventif !







dimanche 7 février 2016

Martin de Bertrand Schefer


Martin est une petite pastille d'émotion mélancolique où le fantôme d'un vivant hante la vie du narrateur,.
Martin a accompagné l'enfance puis l'adolescence de, on peut le supposer, Bertrand Schefer. Voisins, amis, camarades de classe, ils ne se sont guère quitter durant une quinzaine d'années, partageant loisirs et découvertes. Cette amitié, aucunement sexuelle, s'est arrêtée avec l'âge adulte. Les routes ont divergé avec le passage aux études supérieures.
Martin va pourtant hanter la vie de Bertrand.
Martin a quelque chose d'Arthur Rimbaud mais sans sa production littéraire. Il semble zoner, poursuivant un idéal un peu anarcho révolutionnaire. Les deux hommes se croisent parfois au fil des années.
Martin survit, sdf illuminé, sombrant dans une solitude à rendre fou. Les lieux déserts mais aussi les asiles psychiatriques marquent autant l'homme que son physique. A chaque nouvelle rencontre, le délabrement s'accentue. Pour Bertrand, et quelques autres connaissances, l'impuissance à aider Martin commencent à les hanter, mélange de culpabilité et de pitié.
Martin devient donc au fil des années la figure fantomatique d'une chute inéluctable, l'innocence déchue d'un passé de plus en plus morcelé, le héros de productions cinématographiques où la sincérité n'a pourtant aucun effet pour apaiser le remord.
Martin devient de pages en pages le témoin d'un passé qui s'estompe.
Et l'émotion est tangible au fil de ce que l'on peut considérer comme une longue nouvelle. Le temps passe, pas la culpabilité, pas cette sensation de trouble qui font retrouver au narrateur les endroits de son adolescence. Tandis que l'un chute encore et toujours, l'autre arrive à progresser sans tomber dans le piège tentant d'un dédoublement possible de personnalité.
Martin est un petit roman délicat et fragile qui séduit surtout par ce qu'il laisse deviner.


jeudi 4 février 2016

Trois amis en quête de sagesse de Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard


Pour un lecteur comme moi, non versé dans la spiritualité et encore moins dans la religion, lire "Trois amis en quête de sagesse" fut un voyage en terre quasi inconnue dont le séjour fut très plaisant car ces trois hommes là sont de commerce agréable. 
Christophe André, psychiatre et  Alexandre Jollien, philosophe m'étaient inconnus avant d'entamer ma lecture. Le troisième, Matthieu Ricard, moine bouddhiste, beaucoup plus médiatique, n'avait pas échappé à ma curiosité mais sans jamais avoir réellement  parcouru un de ses ouvrages. 
Tous trois, alors que le monde marchand envoie son armada de vendeurs aux dents longues, que des milliards d'humains souffrent de la guerre, de la famine, de conditions climatiques extrêmes, de maladies et de mille autres maux, se sont retrouvés au coeur de la Dordogne pour philosopher autour de l'existence humaine, de sa trajectoire et de la possibilité de l'améliorer via la méditation. 
En 12 chapitres d'échanges cordiaux et amicaux, où la tolérance et la vraie écoute sont de mise, ces trois hommes vont essayer de trouver des réponses à des questions aussi fondamentales que notre capacité au bonheur ou à vivre libre. Ils vont s'interroger sur nos aspirations les plus profondes, sur cet ego qui nous habite et qu'il va falloir apprivoiser pour mieux vivre, sur nos émotions qui nous brouillent la vie et les autres, sur ses souffrances qu'il va falloir canaliser, accepter tout comme celles des autres pour lesquelles nous devrions prendre en compte, sur la liberté et sa subtile utilisation, sur les moyens de donner de la cohérence à notre vie. Bref, beaucoup de concepts philosophiques seront traités et passer au filtre des expériences de ces trois personnes. On trouvera beaucoup les mots : altruisme, bonté, compassion, bienveillance, répétés tels des mantras au fil des pages, car rien n'est possible pour rendre la vie meilleure que ces sentiments là. Il est bien évident que l'on ne peut qu'être en accord avec eux tant le monde actuel regorge de malveillance et d'ignominie. 
Toutefois, je n'ai pu m'empêcher d'adhérer beaucoup plus aux propos du psychiatre, essentiellement basés sur sa pratique clinique donc scientifique. J'avoue que le bouddhisme de l'un, même si la philosophie qui l'anime peut avoir des côtés intéressants et le catholicisme forcené de l'autre mâtiné de bouddhisme me laissent froid, voire ont tendance à m'agacer. (Alexandre Jollien se "jette en Dieu"!  ). Je reste sceptique ( plus que ça même) quant à l'intérêt de mêler la religion à la pratique de la méditation, voyage intérieur personnel. Demander à entrer dans ce rituel, tout en adhérant à une histoire biblique ou religieuse, est pour moi une forme d'aliénation que je pense inutile à l'humain. 
Les trois sages nous disent de nous alléger la tête, d'aller à l'essentiel...Alors pourquoi s'encombrer d'histoires fumeuses, sans doute inventées ? Certes, les religions sont porteuses de messages de bonté, d'altruisme ...mais pas que .... on le voit depuis des siècles et des siècles. 
Mais l'essentiel du livre est de proposer des moyens de libérer l'homme de l'emprise de ses émotions, de son égo surdimensionné, de ses nombreuses souffrances. Sur cette thématique là, le livre se suit avec intérêt, les échanges sont agréables et les conseils donnés ( oui, à la fin de chaque chapitre, chacun y va de ses conseils, résumant ainsi sa pensée, c'est pratique,) sont judicieux ou simplement frappés de bon sens. Si je devais résumer : consommons moins, écoutons l'autre, soyons empathiques, altruistes, cohérents et planifions au moins une demi-heure de méditation par jour.  J'adhère, bien sûr, le monde tournerait sans doute un peu mieux. Mais avouons que pour 3 sages comme eux, combien de petits despotes, d'indigents que le manque d'éducation et la rudesse du monde ne portent  pas à méditer mais à essayer de survivre ? 
Pour terminer, je voudrai, pour illustrer de façon pratique ce qu'est la méditation, vous proposer un exercice, donné par Matthieu Ricard. ( Je sais, je vais y glisser quelques réflexions personnelles qui passeront au pire pour de la mauvaise foi, au mieux pour de la bêtise). C'est important puisqu'il va s'agir de pratiquer la compassion (page 344). C'est une pratique bouddhiste où lorsque l'on souffre, on doit prendre conscience que d'autres souffrent aussi. Jusque là, c'est normal et plutôt intéressant. Le bouddhisme nous propose donc d'embrasser la souffrance des autres avec amour et compassion, et là je cite : " Quand on prend sur soi la souffrance des autres, puis quand on la transforme et qu'on la dissout mentalement par le pouvoir de la compassion, non seulement ça n'accroît pas nos tourments, mais ça les rend plus légers."
Certes... mais je l'avoue, les secrets de la dissolution et de la transformation de la souffrance en compassion me sont un peu inconnus. Qu'à cela ne tienne, Matthieu Ricard nous explique comment y arriver ; " On commence par ressentir un amour profond envers quelqu'un qui souffre, d'abord un être cher, puis on lui offre notre bonheur ( Facile !? ) et l'on prend sur nous sa souffrance en se servant du va-et-vient de notre souffle. Au moment de l'expiration, on lui envoie en même temps que l'air qu'on expulse notre joie, notre bonheur et toutes nos qualités sous la forme d'un nectar blanc, rafraîchissant et lumineux. (....) Au moment où on inspire à nouveau, on imagine qu'on prend sur soi tous les maux physiques et mentaux de ces êtres, y compris leurs émotions négatives, sous l'aspect d'un nuage sombre. Ce nuage pénètre en nous par nos narines et se dissout sans laisser de traces dans notre coeur, qu'on visualise comme une masse de lumière. " Je reste coi. Je ne comprends pas la manip, trop fumeuse pour moi. Mais peut être que ce soir là, lors des échanges, quelques substances pour faire planer étaient de sortie.... L'image du bouddhisme s'en trouve bien obscurci ( si ça ne l'était pas déjà).
Je me moque, mais, je l'avoue c'est un des rares moments où ça vire total mystique. Le reste des propos est plus consensuels et pro méditation. Pour ma part, je reste convaincu, comme l'explique si bien Christophe André, de la puissance néfaste de l'esprit humain sur lui même comme de la possibilité de s'auto guérir en faisant un travail intérieur pouvant passer par la méditation. Mais beaucoup de chemin reste à faire et il me semblerait plus pertinent qu'il ne croise pas les religions, toujours promptes au prosélytisme en s'emparant de certains concepts et en les dévoyant quelque peu. "Les trois amis en quête de sagesse " ne m'a, ni convaincu de poursuivre ma vie dans un ermitage face à l'Himalaya, ni de m'inspirer des bontés des divers maîtres bouddhistes évoqués ni de Jésus. Par contre, j'ai grandement apprécié ce débat philosophique, simple, à la portée de tous, éclairant et vraiment empreint de bonté, d'altruisme et d'écoute.

mercredi 3 février 2016

Chocolat de Roschdy Zem


Le nouveau film de Roschdy Zem me fait irrésistiblement penser aux vignettes que l'on trouvait autrefois dans les plaquettes de chocolat et que l'on collait amoureusement dans un album. Didactiques, pédagogiques, ces images d'Epinal faisaient autant rêver qu'elles nous donnaient une image du monde correspondant souvent aux rêves ou aux exigences de l'époque.
En retraçant la vie de la première star noire de France, le clown Chocolat, on replonge instantanément dans une France qui découvrait l'existence de peuples autres grâce au colonialisme... Grâce, n'est peut être pas le mot. Le regard de la population française sur ces hommes et femmes était tout de même exempt d'humanité puisqu'ils étaient présentés comme des animaux, dans des cirques ou autre exposition coloniale. Le film, pour cela  ne nous épargne rien, brossant très justement  un climat raciste décomplexé. Le parcours de ce clown en est d'autant plus exemplaire qu'il rencontre bien évidemment  un écho dans notre France d'aujourd'hui ô combien prompte à se vautrer dans un racisme toujours présent. En ce sens "Chocolat" tombe à point nommé et est presque irréprochable sur ce thème. Je dis presque car le regard qui est porté sur l'homosexualité du partenaire de Chocolat m'a paru traitée de façon un peu clichetonne, limite moqueuse  ( notamment ce plan inutile des restes de vernis à ongles sur le petit doigt du partenaire en est l'illustration) ?
Avec sa reconstitution assez carton-pâte d'un petit cirque puis le Paris fin XIX ème, le film avance avec des jolies vignettes bien proprettes. On retrouve donc dans cette narration chronologique toute une imagerie populaire datée mais pimpante. Les directeurs des différents endroits où le couple de clowns seront employés, nous apparaissent comme de cupides ou usuriers ou revanchards ou les trois à la fois, les collègues jaloux et racistes, l'infirmière tolérante et empathique. Ils ne sont que les faire-valoir  du duo vedette dont l'ascension vers la gloire est bien entendu un chemin semé d'embûches.
Dans le rôle titre, il est difficile de ne pas le savoir, c'est Omar Sy, figure emblématique noire du cinéma français et personnalité éminemment sympathique. Le rôle est de toute évidence écrit pour lui et le film une rampe de lancement pour le propulser au firmament. C'est joliment essayé et jamais on ne doute de la sincérité de l'interprétation ni du propos. Cependant, il m'a semblé bien empesé dans toute cette lourde imagerie et se fait voler la vedette par son partenaire, James Thierrée, absolument impeccable. Même si la figure grand-paternelle de Charlie Chaplin plane sur l'écran dès qu'il apparaît, l'acteur enflamme l'écran, donnant à son personnage complexe de Footit une présence lumineuse et poétique enthousiasmante.
S'il fallait une seule bonne raison pour aller voir "Chocolat", film assez banal au final, ce serait pour l'explosion à l'écran de James Thierrée. Le reste, manque sérieusement de peps ...


mardi 2 février 2016

La marcheuse de Naël Marandin


Lin marche fièrement dans la vie. C'est une battante. Elle avance dans sa difficile vie de sans papier avec détermination. Logée gratuitement  chez un riche vieux monsieur grabataire, chez qui elle fait fonction d'aide à domicile, elle arpente cependant les trottoirs pour monnayer son corps. Une partie de cet argent durement récolté sera envoyé à ses parents restés en Chine, le reste servant à vivre et surtout à  l'éducation de sa fille de 14 ans.
Raconté comme cela, il n'est pas certain que ce joli premier film fasse envie. Pourtant, il s'agit d'un formidable portrait de femme, suivie par un vrai regard empathique et surtout sans jugement, d'un cinéaste parfaitement en prise avec son époque. Situé dans un Paris ni magnifié ni assombri, juste on ne peut plus réel, le film n'a aucun mal à happer le spectateur car il utilise habilement en toile de fond cette triste réalité d'une étrangère qui survit comme elle peut, pour dérouler une intrigue prenante façon thriller. Apparaît ainsi, dans un huis clos assez oppressant, un homme en fuite assez inquiétant qui, se réfugiant dans l'appartement du vieil homme, essaie de manipuler mère et fille.
C'est dans le déroulement de son histoire que Naël Marandin se révèle aussi habile que vraiment fin observateur de l'humain. Alors que l'on pensait s'engager dans un déroulé binaire, les bons contre les méchants, les personnages évoluent, se défendent comme ils peuvent et deviennent plus complexes, dévoilant certaines facettes qui rendent le récit d'autant plus réaliste. Sans jamais se départir de son regard objectif, l'histoire prend de la profondeur, oscillant constamment entre réalisme et fiction, nouant les protagoniste dans une histoire plus complexe qu'il n'y paraît et prenant des directions inattendues.
On appréciera la première apparition de Qui Lan, inconnue du public mais à la quarantaine aussi belle que convaincante. Elle porte le film avec détermination et ambiguïté. Sa virginité cinématographique alliée à une évidente présence apportent une crédibilité au film qui n'en manque nullement, notamment dans la description de la prostitution asiatique à Paris et de la solidarité de ces marcheuses.
Très belle entrée de Naël Marandin dans le cercle des réalisateurs que l'on prendra plaisir à suivre dans les années à venir. "La marcheuse " intéresse car, au-delà d'une histoire bien construite, on trouve un regard de cinéaste porteur de belles promesses.







dimanche 31 janvier 2016

Encore heureux de Benoît Graffin

Si vous avez vu la bande annonce d'"Encore heureux", le meilleur y est dedans ( et en mieux monté que dans le film....). Et comme je ne dérogerai pas à la règle, elle sera à la fin de mon avis, libre à vous d'aller y jeter un oeil.
Si vous aimez Sandrine Kiberlain (comme moi), nul doute que vous serez impressionnés par son jeu dans un film qui ne vaut pas tripette. Elle le porte de bout en bout, vaillante soldate d'une comédie par ailleurs mal fichue et improbable.
Si vous aimez Edouard Baer, vous ne serez pas non plus déçus, il fait du Edouard Baer avec brio mais sans surprise, jetant répliques et regards lunaires dans une histoire  qu'on voudrait nous présenter comme mordante et déchaînée.
Sans nul doute, hormis ces deux acteurs, le film n'a aucun intérêt, la faute à un scénario parsemé de détails discordants qui se contredisent et qui n'arrive jamais à obtenir un mélange probant entre méchanceté, drôlerie et chronique sociale, Les premières minutes d'exposition sont bizarrement montées comme si on avait pioché dans de multiples prises d'une même scène que pour ne garder que des bouts de chacune. Cela donne à l'écran un déroulé saccadé et heurté assez désagréable, comme un clip qu'on voudrait un peu hystérique mais qui n'est au final qu'un pudding mal amalgamé. La suite hésite constamment en la satyre et le lancer de répliques qui doivent faire mouche. Les deux acteurs principaux y parviennent parfois mais comme autour d'eux on s'agite façon téléfilm pas terrible de M6, le spectateur passe en mode sceptique et du coup compte les nombreuses incohérences du scénario.
Inutile donc d'aller passer une heure et demie pour voir Bulle Ogier, charmante mais dans le rôle mille fois vu  de la mamie aux répliques vulgaires, ni pour les apparitions totalement inutiles de Benjamin Biolay en séducteur richissime, draguant la ménagère de presque 50 ans. Les enfants sont comme souvent ou inexistants ou insupportables. Bref, une comédie qui pourra être vu un de ces jours prochains à la télévision  ou plus tard dans une rétrospective Sandrine Kiberlain, comme témoignage de son parfait savoir-faire de comédienne pouvant donner du nerf et un semblant de rythme à n'importe quelle production, même les plus mal construites.


dimanche 24 janvier 2016

Mon maître d'école d'Emilie Thérond


Emilie Thérond n'a pas été une élève modèle, tout du moins à l'école élémentaire, comme on peut en  juger lors d'une séquence de son film qu'elle consacre à son instituteur de l'époque, Mr Burel. Pourtant elle est devenue réalisatrice et consacre un très beau documentaire à une profession qui est en train de disparaître. "Comment ça disparaître ?!!! L'Education recrute à tour de bras ! " (là, ce sont les réflexions que tout lecteur se fait en lisant la phrase précédente.). Non, des comme cet instits, ils ne doivent pas en trouver des masses au ministère ! Imaginez quelqu'un qui aura passé toute sa carrière dans un même village du Gard, en classe unique et créant une école ouverte sur la vie et le monde, comme une deuxième maison pour les enfants. Loin d'être un pédagogue à la pointe de la  modernité, faisant fi des préparations toutes prêtes et sans grand intérêt dénichées sur internet, tout comme des tablettes et autres gadget numérique, Mr Burel apprend les règles d'orthographe, les mathématiques et tout ce qu'un jeune enfant doit savoir pour en faire une personne responsable et autonome. Ayant la chance d'habiter à la campagne, ses élèves sont à l'école de la vie et de la nature, écoutent leur maître  sous un grand chêne aux beaux jours, font des cabanes et grimpent même très haut dans les arbres, ce qui ferait frémir le moindre instit actuel (et parent) car à l'école, tout est devenu dangereux et interdit.  Cependant, cela ne l'empêche pas d'amener sa classe en visite à Paris. Dispensant son savoir avec humour, bonhommie et rigueur, ce maître comme on n'en fera plus beaucoup, vit sous le regard de la caméra de son ancienne élève, sa dernière année scolaire avant sa retraite.  Rythmée par les saisons,  cette ultime classe vivra comme d'habitude avec ses élèves en manque de confiance, les bagarreurs, les querelleurs, mais toujours sous le regard bienveillant de Jean-Michel Burel. 
Bien sûr, le film fait penser au fameux "Etre et avoir", mais là où tout semblait factice et fabriqué chez Nicolas Philibert, Emilie Thérond attrape des moments de vérité sur le vif. Pas d'élève craquant mise en avant et en scène, juste une vraie réalité de classe, rien ne semble reconstitué, rejoué, tout est naturel. Sa proximité avec Mr Burel, jamais cachée,  lui permet de capter des moments de confession sur son métier qu'il faudrait montrer à tous les futurs enseignants. Evoquant son début de carrière, où il reconnaît avoir été moins cool par peur de se faire déborder, il rajoute aussi qu'un enseignant qui ne fait pas rire ses élèves, ne fait pas un peu le couillon devant eux, ne doit pas être bien rigolo et offre une classe pas marrante aux jeunes qui doivent s'ennuyer à mourir auprès de lui (et du coup doute de l'efficacité de son travail qui pour lui, ne peut se faire que dans une bienveillance). 
Je ne m'appesantirai pas sur la dernière partie du film, celle où la fin de la classe approche pour les élèves mais surtout pour le maître. C'est une succession de scènes à l'émotion diffuse mais bien présente et lorsque les élèves, quittent une dernière fois sa classe sous le regard embué de larmes de Mr Burel, la salle hoquetait d'émotion, les mouchoirs étaient de sortie, car Emilie Thérond a su placé sa caméra à la distance idéale. Le plan où les enfants partent en vacances un par un, filmé depuis depuis le seuil de la porte est un modèle du genre....
"Mon maître d'école " est un très joli et tendre documentaire, un hommage à une profession, qui sous la forme présentée dans le film, n'existera bientôt plus. Raison de plus pour aller la redécouvrir. Le film est de ceux qui font du bien au coeur et à l'âme et nous montre que sur terre, il y a encore des hommes de bonne volonté qui oeuvrent dans leur coin avec humilité.