jeudi 23 mai 2013

Only god forgives de Nicolas Winding Refn



Vous êtes allé voir "Only god forgives" parce que vous aviez apprécié la virtuosité de "Drive"
 ou simplement titillé par une critique à genou. Lorsque la salle s'est rallumée au bout d'une heure trente d'une projection à la fois irritante et pénible, et que vous vous apercevez qu'il ne reste plus que dix personnes sur la quarantaine du départ, l'incompréhension vous gagne, surtout que les quelques restants sont, soit endormis, soit K O assis. Serai-je passé à côté d'un chef-d'oeuvre vous demandez-vous ? N'aurai-je encore une fois rien compris au cinéma exigeant cannois ? Rassurez-vous, le blog "Sans connivence" va vous expliquer ce que vous devrez dire dans les dîners en ville, pour ne pas passer pour un(e) demeuré(e) aux yeux de tous les faiseurs d'opinion.
Premièrement, faites un sort au réalisateur. "Drive" était un bon film certes, mais son nouvel opus (bien plus chic que "dernier film") est à ranger dans la case "Pusher", trilogie sortie entre 1996 et 2005, à l'esthétique proche de celui-ci. Vous n'avez pas vu les "Pusher , 2 et 3" ? Pas grave, personne ou presque ne les a vus, donc pas de crainte là-dessus, il serait étonnant que vous vous trouviez face à l'un des rares fans de Nicolas Winding Refn.
Il sera plus difficile de défendre le scénario basique, à l'intrigue minimale et dont les dialogues tiennent sur deux feuilles A4. Cette histoire de vengeance aveugle entre truands pour une histoire de prostituée sadiquement massacrée, est assez banale dans le polar. Et ce n'est pas la sauce mythologique rajoutée avec une horrible maman, méchante comme tout et qui veut venger son fils, qui arrange les choses. On pourra tout simplement glisser "Jocaste" pour ce clone de Donettella Versace habillée en solde sur le marché de Nevers, histoire de montrer que les héros de la Grèce antique n'ont aucun secret pour nous et que vraiment "Only god forgives" joue dans une autre catégorie que le commun des polars.
Pour vraiment faire amateur de cinéma éclairé, il faudra par contre s'étaler sur la réalisation. Les choix esthétiques sont nombreux et assurément signifiants. On peut parler de construction labyrinthique (mais labyrinthe mental est très bien aussi) à la David Lynch. On évoquera aussi Quentin Tarantino (époque Kill Bill) pour le côté sanguinolent et l'utilisation du sabre. Pour le filmage au ralenti, il sera de bon aloi d'éviter de citer Sergio Leone (trop cliché et trop plouc) mais d'élever le débat en signalant un vibrant hommage à Wong Kar Waï, surtout que le film se situe en Asie. Et si l'on veut vraiment porter l'estocade finale, glisser aussi Bunuel, auquel le réalisateur adresse un clin d'oeil en tranchant les yeux comme dans "Le chien andalou" mais, et c'est là où le génie pointe, la référence est digérée et revisitée façon 21ème siècle puisque nous passons d'un tranchage horizontal chez le cinéaste espagnol à un  vertical chez Winding Refn, ce qui change tout.
Pour achever votre auditoire, il sera nécessaire de parler de l'interprétation et surtout de la composition (toujours impeccable) de Kristin Scott Thomas qui joue une affreuse mère. Vous vous extasierez sur les données psychanalytiques de sa relation avec ses fils, vous vous étalerez sur le côté très très très méchante de cette maman. (Entre nous, quand on lit ou écoute les médias, on a l'impression que c'est la première fois que l'on voit une maman méchante au cinéma. Beaucoup ont été offusqués par la verdeur de ses propos, par les horreurs proférées. Perso, les quatre lignes de dialogues où elle dit qu'elle n'aime pas son deuxième fils sont banales....à moins que l'on ne soit choqué par le fait qu'elle dise que Ryan Gosling, enfin son personnage dans le film, ait une petite bite...)
Ryan Gosling, parlons-en ! Dans un dîner, il faut dire, au choix, qu'il électrise le cinéma mondial, que c'est LE rôle de sa vie, que c'est un sommet de glamour, que c'est devenu une icône à la Brando. En réalité, on peut douter un peu. Quasi muet pendant le film, il traîne son habituel regard bovin et inexpressif dans d'interminables couloirs savamment éclairés en rouge ou avec des néons (très chic le néon, très urbain et très labyrinthe mental, ne l'oublions pas ),  un peu comme un mannequin pour les pages mode de Vogue Homme mais surtout comme un acteur qui se demande ce qu'il fait là et pourquoi il doit plonger sa main dans la plaie béante de sa maman. Certains le trouvent sexy. Ici, la touche glamour est sérieusement écornée, il est tabassé et enlaidi pendant toute la deuxième partie, mais il se bat avec ses petits poings, rate tous ses coups et devient un looser même pas tragique parce qu'à ce niveau de non interprétation, on a déjà renvoyé le beau Ryan au concours de Mister camping.
On évitera par contre de parler de la violence gratuite de ce film où les méchants, après avoir percé des tympans, tranché des gorges, des yeux, des mains, des nez, roucoulent des chansons d'amour niaises dans des karaokés thaïlandais bourrés de flics.
Vous l'aurez compris, le blog sans connivence n'a rien , mais alors absolument rien compris à la portée de ce chef d'oeuvre, préférant se moquer de cette énorme daube plutôt que d'y voir le renouveau du film de genre.  Et il en vient à se poser une question rituelle au mois de mai : Pourquoi cette sélection à Cannes ? (et éventuellement pourquoi cette déferlante médiatique autour de ce film, et de Ryan Gosling qui risque de perdre sérieusement de son aura après sa minimale prestation dans un film douteux. )
La réponse est peut être dans le générique. Coproduction franco-danoise, "Only god forgives" a été en partie financé par Vincent Malaval, vous savez ce producteur qui a provoqué cette polémique cet hiver autour du salaire des stars qui ruinaient le cinéma français. Je pense quand même, qu'il lui faut récupérer le pont d'or qu'il a du faire à Ryan Gosling (et peut être à Winding Refn). Toute la presse qui compte lui a emboîté le pas, et a décidé de faire plaisir à ce producteur certes talentueux mais surtout très influent, en sacrant Ryan, mâle le plus sexy et le plus talentueux du cinéma ainsi qu'en cherchant tout un tas de références vaseuses pour essayer de faire croire au chef d'oeuvre. Pour les nombreuses personnes qui n'avaient pas encore enregistré le nom de l'acteur canadien, ni vraiment photographié sa belle gueule, le choc sera rude si d'aventure ils entrent dans une salle projetant ce qui est, à mon avis, l'une des grosses déception de ce festival.



dimanche 19 mai 2013

Le passé d'Asghar Farhadi


Bizarrement le thriller intimiste d'Asghar Farhadi, au lieu de me plonger dans les abymes d'une réflexion psychologisante intense, m'a plutôt porté à me questionner sur l'économie du cinéma.
Comment un tel film, jouant sur la vérité d'une relation, où chaque scène, chaque ligne de dialogue a été jugée, jaugée, calibrée pour s'ajouter telle une petite pièce d'un immense puzzle, peut pousser vers des considérations bassement financières ?
Tout simplement, parce que chaque année, au moment de Cannes, sortent des films dont le sort semble scellé au festival. Leur exposition médiatique est proportionnelle aux investissements des producteurs et seul le rouleau compresseur d'une promotion omniprésente peut leur faire espérer une certaine rentabilité quelle que soit la valeur du produit fini. "Le passé", tout assez réussi soit-il, en est le parfait prototype.
Asghar Farhadi, après l'énorme succès surprise d"Une séparation", s'est vu proposer de réaliser son nouveau long-métrage avec des moyens plus conséquents, des acteurs bankables ( en visant l'international, Bérénice Bejo ayant remplacé Marion Cotillard initialement prévue) et un temps de répétition et de tournage assez long. Tout cela à un coût et les financiers entendent bien sûr récupérer leur mise (si ce n'est déjà fait avec les ventes à l'étranger et autres préventes ).
Toutefois, je me mets à leur place quand ils ont découvert qu'il allait falloir faire venir le million de spectateurs français en salle pour encore une longue histoire flirtant avec la séparation et filmée dans une maison miteuse de banlieue. C'était pas gagné !
Une sélection officielle cannoise, une critique à genoux (sauf Libération qui fait vraiment la fine bouche) et Bérénice Bejo dans toute la presse qui compte et hop, le film est lancé, on n'a plus qu'à attendre les spectateurs et espérer un bon bouche à oreille.
Le hic, c'est qu'au mois de mai, on n'a pas vraiment envie de se cogner les affres de la vie de couple même magnifiquement filmés, éclairés et joués. Soit il fait beau et l'on préfère profiter des journées ensoleillées, soit il pleut et dans ce cas là on va au cinéma... mais pour retrouver un drame intimiste, long, très long, se déroulant dans un automne finissant, on hésite quand même.
Je ne sais pas quel sera le sort réservé à "Le passé" mais la salle était plutôt bien remplie ce matin. Surement que les pubs pleines pages des grands quotidiens nationaux, véritables cascades d'éloges y sont pour quelque chose. Personnellement, je serai un poil en dessous. Si formellement et techniquement, le film est parfait, même si l'on retrouve une histoire précise, bien fichue, sachant prendre le spectateur par la main, distillant au compte goutte les indices menant vers une possible vérité, le film n'est pas exempt de défauts. En premier lieu, c'est le scénario qui à force de vouloir aller toujours plus loin, en devient, sur la fin, un peu lourd et artificiel. Et puis, pour une histoire d'amour, même si le doute est instillé dans les personnages, on ne ressent entre eux pas la moindre attirance physique. Rien n'est charnel ici, tout est problème, prise de tête ou soigneusement camouflé dans leurs têtes. C'est sombre et finalement pas trop crédible. Si le futur ex mari iranien, en homme posé est parfaitement à sa place, on comprend nettement moins bien ce que font ensemble Bérénice Bejo et Tahar Rahim, tellement ils ont l'air éloigné l'un de l'autre. Cependant, grâce à une mise en scène soignée et inspirée, des acteurs impeccablement dirigés, une décor signifiant (trop ? la maison en bazar du début se range et s'embellit au fur et à mesure que l'on approche de la vérité), on marche tout de même, se laissant porter par cette succession de petits rebondissements intimes qui semblent être désormais la marque de fabrique du réalisateur.
C'est un bon film d'auteur mais saura-t-il faire revenir tous ceux qui ont aimé "Une séparation" ? Le côté élitiste et grande foire du cinéma que représente Cannes ne va-t-il pas nuire à ce film fragile et sensible ? Reconnaissons aux producteurs de ce long métrage leur courage et leur détermination à vouloir produire des oeuvres ambitieuses, pas vraiment grand public et même pas totalement abouties. Heureusement, qu'il en existe encore qui, malgré le contexte ambiant, pensent que le cinéma ce n'est pas que des histoires de teen-agers ou de super héros... et que, une fois dans l'année, ces productions sont mises en lumière par ce qui reste le plus grand festival de cinéma du monde.



samedi 18 mai 2013

Villa mauresque de Floc'h et Rivière


Continuant leur exploration du milieu littéraire anglais d'avant, pendant et après guerre, l'illustrateur Jean Claude Floc'h et le romancier François Rivière nous proposent un objet assez original, difficilement classable. L'éditeur annonce un roman graphique, le lecteur se trouve plutôt devant un texte illustré.
"Villa mauresque" est sensé être une biographie de l'auteur, aujourd'hui pas mal passé de mode, Somerset Maugham, mais n'est en vérité qu'une courte évocation de cet auteur dont la vie a été à la fois intellectuelle et aventureuse. L'écrivain fut également médecin, homme de théâtre et même agent de renseignement. Grand observateur de l'humanité,  il a ramené de ses nombreux voyages des nouvelles célèbres en leur temps ainsi qu'une kyrielle de romans qui ont fait sa fortune.
Dans cette évocation rapide de sa vie, les auteurs se sont surtout intéressés à deux aspects de sa personnalité : sa sexualité et son amour pour une splendide villa dur la Côte d'Azur, la villa mauresque.
Somerset était bisexuel avec une préférence plus marquée pour des hommes, plus jeunes que lui, qui durant sa vie, lui ont fait office de secrétaires. En faisait parler tout à tour l'auteur et quelques amis, amants ou proches, le livre nous présente un Somerset Maugham moche, bègue, à l'esprit affuté et aux répliques vachardes, pas réellement attachant.
Ce condensé de vie m'a laissé un peu sur ma faim, car derrière son masque acariâtre, on devine la personnalité originale, voire fascinante, qu'il a du exercer à son époque. Même si l'on a une idée jolie idée sur ce que fut cet auteur richissime, même si on ressent la souffrance cachée de cet homme qui toute sa vie porta le deuil d'une mère trop tôt disparue, c'est un peu trop résumé pour emporter l'adhésion. Toujours aussi minutieusement illustré par Floc'h, "Villa mauresque" reste quand même un joli bijou nostalgique et chic autour de cet auteur, autrefois célébré par Alain Souchon. Il faut toutefois noter une couverture assez percutante, avec un homme nu de face, symbole de ce que fut Somerset Maugham à son époque : un talentueux romancier à la vie hors norme.


jeudi 16 mai 2013

Love songs de Vanessa Paradis

Vanessa Paradis a une double actualité cette année. Elle a 40 ans et sort un double album. Sous une jaquette étrange où on la reconnaît à peine, se cachent une vingtaine de titres minutieusement arrangés par Benjamin Biolay.  Evidemment, malgré un écrin violoneux et pop tout n'est pas de la même eau.
Vanessa Paradis, depuis quelques années, surfe sur une image d'hippie de luxe et son album est un peu pareil. "Love songs" ressemble à une couverture patchwork, confortable et guilleret, mais si l'on regarde un à un les morceaux qui le composent, on trouve ici ou là une chanson moins évidente, un morceau qui n'accroche guère. Le tout forme un ensemble très plaisant même si, associer un carré de soie avec un carré au crochet n'est pas du goût de tout le monde.
Difficile d'aimer vingt et une  chansons d'un même élan, même pour moi, qui, je l'avoue, suis extrêmement sensible au charme de la dame mais également de sa voix, qui, sur cet album, a pris une ampleur indéniable et une souplesse étonnante. Elle peut passer du grave à l'aigüe avec aisance, mélangeant les deux de façon troublante, comme sur "Les espaces et les sentiments" où l'on a l'impression qu'elle chante en duo avec ...elle même. Mais cette gravité est surtout prétexte à l'un des meilleurs titres de cet album : "L'au-delà" signé Mickaël Furnon de Mickey 3D.
Gravité dans le chant mais également dans les textes. Certains essaient d'y voir une projection de la vie privée de l'artiste mais cela donne surtout l'occasion d'entendre "Plus d'amour" , un très beau texte magnifiquement orchestré et interprété par une Vanessa à la sensibilité palpable et émouvante.
Bien sûr, tout n'est pas grave, beaucoup de morceaux balancent bien, rythmes ensoleillés et latinos, sans pourtant convaincre totalement comme si la légèreté ne convenait plus trop à la chanteuse (quoique "Mi amor" d'Adrien Gallo des BB Brunes, avec ces clappings et ses guitares, est vraiment dansant). Et c'est vrai, que personnellement, après de nombreuses écoutes , ce sont les chansons tendres ou mélancoliques qui retiennent mon attention, avec comme point d'orgue "La  Chanson des vieux cons"de Benjamin Biolay, piano/voix qui lorgne vers la grande chanson avec un petit trop d'ostentation mais qui en jette et "Le rempart" de Mathieu Boogaerts avec son mélange de cordes et de rythmes savamment arrangé.
L'avantage dans cet album, c'est qu'il y en a pour tous les gouts et pour tout le monde, les fans et ceux qui par curiosité ou par le bouche à oreille iront y jeter une oreille. Et même si certains titres sont plus faibles que d'autres (notamment ceux interprétés en anglais), "Love songs" a de la tenue,  du caractère et du charme, ce charme indéfinissable et si original que dégage la chanteuse à qui la maturité va vraiment très bien.




Ci dessous, 
"La chanson des vieux cons"


L'au-delà







lundi 13 mai 2013

La preuve du paradis d'Eben Alexander

S'il n'y avait pas eu Entrée livre, le site communautaire de lecteurs, je n'aurai jamais posé un regard sur "La preuve du paradis" du Dr Eben Alexander, la littérature ésotérico-mystico-religieuse n'est absolument pas ma tasse de thé. C'est comme faire lire un roman érotique gay à monseigneur XXIII (et encore, peut être y prendrait-il du plaisir...). Donc, j'ai lu, en entier ce témoignage qui est censé nous prouver l'existence du paradis. pas moins !
Avant de vous donner mon humble avis, sachez que le doc Eben Alexander, neurochirurgien émérite étatsunien,  tombe dans le coma suite à une méningite bactérienne. Normalement, on ne ressort pas sans séquelles de ce genre de maladie...lui oui ! Et en plus, durant sa semaine comateuse, il a vu le paradis et donc rencontré une entité faite d'amour et de bonté : Dieu !
Les siècles passent, le charlatanisme lui ne change pas. Toujours prêt à exploiter la crédulité humaine, surtout par temps de crise, et désireux de se faire de l'argent sur le dos des indigents, les prédicateurs en tous genres font feu de tout bois. Hélas pour eux, ils usent, abusent toujours des mêmes procédés grossiers, le bon doc Alexander, malgré sa science, n'innove guère.
Tout d'abord, il met en avant deux mots souvent utilisés par tous les mouvements sectaires : famille et amour. Rien de plus beau, de plus simple que la famille et son amour qui est, c'est bien connu et prouvé, le remède à tout, le seul lieu protégé sur terre. Durant le coma de Mr Eben, la sienne priera beaucoup, ses amis allant même jusqu'à constituer partout aux Etats-Unis des groupes de prières qui lui permettront de quasi ressusciter. Je vous fais grâce du tableau ultra sympa de l'épouse et de ses deux fils aimants comme c'est pas possible, une version de la famille américaine comme il n'en existe même pas dans les séries les plus neuneux.
Autre moyen de faire gober l'impossible aux gogos, le crédit scientifique. Ici, le doc noie ses lecteurs dans des termes scientifiques, techniques et des démonstrations médicales trop complexes pour le commun des mortels, qui peuvent épater le sot, mais dont on devine que leur présence n'est là que pour asseoir une autorité qui n'admettra aucune remarque des personnes incultes à la prose médicale.
Autre technique pour emballer les futurs donateurs à une fondation à but soi-disant non lucratif créée pour l'occase : le repentir.  Oui, moi, doc Alexander, j'étais incroyant avant mon coma ! (Entendons-nous bien, il ne pratiquait qu'à Noël et à Pâques mais cela suffit aux states pour faire de lui un incroyant!). Mais depuis que j'ai vu et ressenti la lumière divine, Dieu est partout en moi...
Dernier moyen pour emporter l'adhésion des imbéciles, fourguer dans son verbiage une dose de romanesque à deux balles pour faire larmoyer les foules. Le bon doc Alexander est un enfant adopté. Heureusement pour lui, sa famille adoptive a été aimante (Ah bon, elle pouvait ne pas l'être ? ). Comme elle ne lui avait rien caché de son adoption, il a cherché sa famille biologique. Et, ouf, en la retrouvant, il apprendra qu'avant d'être abandonné, il a été aimé très très fort et qu'il a eu par la suite une soeur, Betsy, hélas morte aujourd'hui....
Je range un instant mon mouchoir pour revenir à la  question essentielle. Et le paradis dans tout ça ? Il l'a vu, il y est allé. C'est comment ?
Là, c'est un peu décevant. Sur plus de 200 pages, on tourne autour du pot, on touille les concepts fumeux. En cherchant bien, on en trouve tout de même une courte description à la page 62. Je ne résiste pas au plaisir  de vous la livrer :
"....je n'étais pas seul là-haut. 
Quelqu'un était à côté de moi: une belle jeune femme avec des pommettes hautes et les yeux d'un bleu profond. Elle portait le même type de vêtements de fermiers que les gens du village d'en dessous. Des tresses mordorées encadraient son joli visage. Nous volions tous deux, posés sur une surface aux motifs intriqués, vivante et pleine de couleurs indescriptibles et éclatantes -l'aile d'un papillon. En fait des millions de papillons étaient autour de nous - de grandes vagues ondulantes de papillons plongeant dans la verdure et revenant voleter auprès de nous. Ce n'était pas un seul papillon distinct qui était apparu, mais tous ensemble en même temps, comme s'ils formaient une rivière de vie et de couleur en se déplaçant dans l'air. Nous volions en formation libre au-dessus des fleurs et des bourgeons chatoyants sur les arbres, qui s'ouvraient alors que nous passions près d'eux."
Je ne rajouterai rien. Il a dû fumer des Polly-Pocket ou des My  little poney... mais il n'est pas fort sur l'imagination le bon doc Eben. Rien de nouveau sous le soleil... Ah au fait, la fille qui vole avec lui, c'est sa soeur morte dont il a retrouvé une photo après son coma... C'est pas beau la vie ?
En conclusion, je ne nie pas le coma de ce brave (!???) doc Eben Alexander. Je pense seulement que sa méningite bactérienne, contrairement à ce qu'il dit, lui a laissé des séquelles nombreuses et irrémédiables dont beaucoup à but lucratif. La médecine rapporterait-elle moins que le charlatanisme ?

Si, malgré tout, vous désirez jeter un oeil sur ce truc, vous pouvez l'acheter en ligne sur www.decitre.fr 



dimanche 12 mai 2013

Une belle saloperie de Robert Littell


De Robert Littell, je ne connaissais que ses romans d'espionnage dans lesquels je ne m'étais jamais plongé, le genre me tombant systématiquement des mains, mon cerveau ayant du mal à s'impliquer dans ces rouages trop tordus. C'est avec un peu d'appréhension que j'ai ouvert cette "Belle saloperie" à la couverture aux couleurs criardes et dont on disait que c'était un vibrant hommage au roman noir et à Raymond Chandler en particulier. J'ai très vite remisé mes doutes pour me laisser embarquer dans une histoire bien menée dont le Nouveau-Mexique et le désert de Mojave servent de décor. Tout y est pour retrouver l'atmosphère des romans noirs des années cinquante, le privé solitaire au passé trouble mais au coeur encore un peu tendre, une créature sensuelle dans le pétrin, des méchants mafieux dans le monde du jeu et de vieilles voitures aux carrosseries rutilantes. Il y a même la caravane en aluminium de Douglas Fairbanks Jr...Tous les éléments du genre sont en place et comme Robert Littell est un sacré romancier, il tricote une intrigue où rien n'est laissé au hasard, même les éléments de ses sujets de prédilections comme les affaires moyen-orientales qu'il ne peut s'empêcher d'intégrer à son récit. Tout cela est mené tambour battant, sur plus de 300 pages, sans jamais faiblir. Avec une dose d'histoire contemporaine, quelques petites touches perfides sur les moeurs américaines actuelles, mais surtout un style goguenard et humoristique qui emballe le tout de manière réjouissante, cette lecture est un plaisir.
Cependant, une chose m'interpelle. J'ai l'âge d'avoir connu l'époque où la Série Noire  et les romans des éditions du Masque livraient chaque mois une dizaine de titres inédits et pas des plus nuls.  Ces romans étaient accessibles au plus grand nombre car assimilés à des livres de poche. Aujourd'hui, pour lire un roman noir dès sa sortie, il faut débourser au moins vingt euros. Le genre ayant gagné ses lettres de noblesse, le lecteur doit en payer le prix ! Le roman de Robert Littell, aussi bon soit-il, n'est qu'un roman de genre qui, il y a trente ans, aurait tout à fait eu sa place dans la collection noire de  chez Gallimard. Cette constatation m'amène à penser que lorsque l'on est amateur du genre et pas forcément fortuné, on doit apprendre la patience et se résigner à attendre la sortie en poche. Qu'importe le flacon me direz-vous, faisons fi du temps et de la nouveauté, pourvu que vienne l'ivresse... C'est vrai, là est l'essentiel. Et pour cette "Belle saloperie", aujourd'hui, ou dans un an, le plaisir sera le même, un bon polar, reste un bon polar...

samedi 11 mai 2013

Madie de Paul Filipi, Mathias Mercier et Damien Raymond


Voici un roman graphique qui me laisse sans voix. Je ne sais pas quoi en dire. C'est rare mais ça arrive. C'est d'autant plus troublant qu'il y a dans "Madie" tous les ingrédients qui font que d'habitude j'aime les histoires psychologisantes.
Madie est médecin dans l'est de la France. Elle vit avec Edouard, prof sympa à lunettes. Elle a des amis, des parents chiants. Mais la crise de la septième année de vie commune va la saisir de plein fouet  quand elle va apprendre qu'un ancien amant, Frédéric, n'est en fait pas mort. En partant à sa recherche, elle va s'interroger sur sa vie, son couple...
Tout y est dans "Madie", tout ce qui habituellement me ravit. Une écriture douce et intelligemment elliptique, qui ne force jamais le trait, laissant au lecteur le soin d'y mettre ses propres sensations. Il y a une toile de fond sociétale ( un rien forcée peut être, mais bien vue), des idées narratives poétiques ou fortes (les chats sur les toits, les flash-backs ), un graphisme comme je les aime pas trop réaliste, à la Berberian, un travail subtil sur les couleurs épousant judicieusement les états d'âme de l'héroïne. Et malgré tout ce joli travail, j'ai refermé l'album en me disant : "Et alors ? "
Je n'ai pas été touché par cette histoire pourtant bien menée. Madie ne m'a pas été particulièrement sympathique. Bref je n'ai pas cru à sa crise, à son démon de midi précoce. Je ne me suis pas ennuyé, j'ai juste lu cet album sans déplaisir mais sans passion aucune. C'était comme dans certains restaurants. L'assiette dressée devant soi est magnifique, impeccablement agencée pour mettre les papilles en émoi mais quand on goûte, rien ne se passe vraiment parce qu'il y manque quelque chose, la touche infime qui aurait fait envoler le plat. Ici, c'est peut être l'héroïne qui manque de caractère, un tantinet trop renfermée peut être...
Alors, me voilà embêté, car je reconnais que les auteurs ont mis beaucoup de choses dans ce projet et je n'ai pas envie de décourager d'éventuels lecteurs. Je n'ai pas adhéré mais je pense que cet album mérite une certaine attention et que, surement, plein de monde y trouvera un intérêt. Moi, je suis passé à côté. Dommage....