vendredi 17 février 2017

Les deux vies de Baudouin de Fabien Toulmé


Si je vous dis que c'est l'histoire de deux frères dont l'un est cool, séducteur et plein d'entrain tandis que l'autre est coincé, sérieux et mal dans sa peau, je ne vous sens pas plus emballés que ça. Si je rajoute que le juriste à la vie morne va découvrir qu'il a un cancer métastasé, vous fuyez déjà. STOP ! Ceci est juste le point de départ d'un récit tout simplement formidable, qui sur plus de 270 pages prend le temps de s'intéresser à ses personnages et d'accrocher le lecteur. Ici, il n'est pas réellement question de maladie mais de vie. Placé sous une exergue de Confucius qui parle à tout le monde : " On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu'on en a qu'une. " le récit va nous parler de nous, de notre quotidien trop souvent fait de concessions diverses et de vrais désirs engloutis par trop de matérialisme, de nos peurs de bousculer une routine rassurante. Quand Baudouin apprend sa maladie, il sombre évidemment. Son état de  célibataire, avec juste un gentil minou comme seule présence vivante dans un appartement peut être bien situé mais aux traites qui courent encore pour dix ans, cette petite vie lui apparaissent soudain vraiment dérisoires face à sa mort prochaine. Aidé par Luc, son frère autrement plus débrouillard, il va tout liquider, régler quelques petits comptes personnels et partir avec lui dans une ONG en Afrique. Et là, loin de tous ses repères, et grâce à la présence bienveillante de son aîné, Baudoin va découvrir enfin la liberté de vivre ses envies les plus profondes, loin de regards inquisiteurs. 
Je sais, tout cela peut apparaître très classique, ayant des airs de déjà lu ailleurs mais ce serait ignorer la formidable empathie qui se dégage de ces planches. Avec un dessin aux lignes claires, simple, ultra lisible, Fabien Toulmé cerne ses personnages avec sensibilité, légèreté et parvient sans peine à nous coller à leurs basques. Sans aucun didactisme ni aucun maniérisme et surtout sans aucun temps mort, l'histoire avance rondement, dressant avec finesse les portraits de ces deux frangins si différents. Et la cerise sur le gâteau reste le final de cette histoire dont je ne dirai rien, mais qui en plus de surprendre, émouvra le plus insensible des lecteurs, redonnant l'envie de tout reprendre et de reconsidérer ce récit sacrément bien fichu. 
Il me fallait un coup de coeur BD en ce début d'année 2017,  je l'ai trouvé ! " Les deux vies de Baudouin", excellent roman graphique alliant un scénario astucieux et chaleureux avec un dessin qui passe avec brio de la presque grisaille de nos modernes solitudes citadines aux riches couleurs de l'Afrique, saura parler au cœur de tout un chacun. Stimulant et généreux, c'est l'album qu'il faut lire toute affaire cessante.  















jeudi 16 février 2017

Rock'n Roll de Guillaume Canet


Que c'est long une comédie ratée, surtout quand elle dure plus de deux heures ! Interminable ! Pourtant le sujet pouvait prétendre à être drôle ( voire original) en traitant de la crise d'image d'un comédien à succès quarantenaire. A ce thème là, vient se greffer une soi-disant...mise en abyme... du couple que forme à la ville l'acteur/réalisateur Guillaume Canet avec Marion Cotillard.
A l'écran, rien de fonctionne vraiment. Que le comédien Guillaume Canet ait envie de rajeunir son image, alors que, franchement, il a encore un visage assez juvénile, plus proche de l'adolescent que du quadra vieillissant, pour moi, ça coince. Parfois en tant que spectateur, on peut avaler n'importe quoi si le comédien est bien casté... Sauf qu'ici, je ne suis pas certain que Guillaume Canet soit l'interprète idéal de ce soi-disant lui-même. Il a beau se démener dans tous les sens, très vite, il en devient pathétique, puis navrant puis insignifiant. C'est dommage car parfois, dans quelques scènes, il peut tout de même emporter le morceau. Gilles Lellouche, présent dans le film, aurait sans doute été plus crédible et sans doute plus drôle.
La partie "people", celle montrant la vie du couple de stars traitée par la dérision, concept sous lequel a été survendu le film, passe aussi à côté de la finesse. Entre un Guillaume Canet, faisant les courses après sa journée de tournage et remontant des packs d'eau, retrouvant une Marion Cotillard faisant la popote en jogging devant le rêve de sa vie ( un vague jardin bio dans son salon !) puis partant au lit avec une bouillotte (!?!?) , c'est porter la dérision au niveau d'un comique d'un autre âge, alors que visiblement on lorgnait vers quelque chose de plus moderne, post  "Absolutely Fabulous". Cette parodie trop mignonnette sent le fabriqué, le mercantile à plein nez. Mais ce montage de deux thèmes peu crédibles, aurait peut être pu donner quelque chose de drôle si le scénario n'était pas constitué d'une succession de petites scènes à faire et si surtout on avait donné un vrai rythme à tout cela. Il ne suffit pas de crier, hurler, faire des singeries somme toute très ringardes ( mais qui veut être rock'n roll en 2017 ? ),  faire parler une star oscarisée avec un accent québécois à couper au couteau sous prétexte qu'elle va tourner avec Xavier Dolan, péter au lit, pour réussir une comédie.
Avec une dernière demi-heure franchement pénible et longuette, qui certes essaie de pousser le bouchon dans le plus pur délire mais qui finalement ne fait que s'étirer paresseusement, le film se conclut de la pire des façons. Du coup les quelques indulgences que je pouvais avoir parce que j'avais souri ici ou là, sont réduites à néant. Il ne restera que quelques passages improbables, dignes des pires nanars mais qui pourraient devenir, grâce à leur décalage outrancier, de purs moments de bonheur lorsque l'on fera dans x années une rétrospective Marion Cotillard. Voir l'égérie Dior, chanter en play-back, cheveux blondis, dans le vent, du Céline Dion, restera une vision grotesque presque inoubliable...


mercredi 15 février 2017

Dans la forêt de Gilles Marchand


Beaucoup de promesses dans ce long-métrage. Un sujet angoissant, des enfants, une forêt suédoise bien touffue et bien isolée, des peurs enfantines autour desquelles un scénario va jouer, tout est réuni pour livrer un film intéressant ou tout du moins qui ne nous fera pas regretter de passer deux heures au cinéma. Force m'est de constater que, chez moi, ce cocktail alléchant a moyennement fonctionné.
Le film débute par une retrouvaille agréable : Mireille Perrier et sa voix aux notes graves qui enchante toujours. Elle incarne une psychologue empathique et pose des questions à un enfant qui a un pressentiment : le séjour avec son frère et son père en Suède va mal se passer. Voilà, nous sommes  informés, cet enfant nous met en éveil et lorsqu'il se retrouve dans la Volvo paternelle, on regarde attentivement ce fringant trentenaire. A priori, il a l'air cool, surtout que c'est Jérémie Elkaïm qui l'interprète. Le scénario va bien glisser quelques indices pour nous faire changer un peu d'avis ( des médicaments par kilos dans un tiroir, ...) quand soudain il décide d'emmener ses enfants dans une cabane au fin fond d'une forêt sombre. Normalement l'angoisse devrait commencer à nous gagner. Ils habitent vraiment loin de tout et surtout, surtout, y'a plus de réseau ! Entre deux réhydratations de nourriture lyophilisée et trois coups de torche électrique dans la nuit, le séjour ne se déroule pas trop mal, même si l'aîné des deux garçons ( pas celui qui va voir la psy) commence à flipper sérieusement et se met à douter de ce père, qui, passe plus pour un écolo prônant le retour à la nature que pour un fou dangereux. Pour faire bonne figure et sans doute respecter un cahier des charges indiquant que le film flirte avec le fantastique, un vague soupçon de médiumnité va planer autour du plus jeune, piste qui sera abandonnée un peu plus tard au profit de visions cauchemardesques. Tout cela avance très doucement, sans que l'on sache réellement pourquoi, sans doute parce que la forêt éclabousse sa verdeur  et que le lac voisin renvoie de beaux reflets.
C'est vrai l'image caresse l'œil, les acteurs sont bons ( surtout le jeune Thimothé Vom Dorp), la forêt remplit son rôle, à la fois belle et vaguement inquiétante, mais tout cela ne suffit pas à faire un film attrayant. "Dans la forêt" pâtit d'un scénario hésitant entre angoisse pure, thriller psychanalytique pour finalement sombrer dans une sorte d'irréalité sursignifiante ( voire absconse selon l'état d'ennui du spectateur). La mise en scène, trop lisse et surtout sans rythme amplifie cette sorte d'ennui distingué qui nous happe dès le premier quart d'heure pour ne jamais nous quitter. C'est dommage, pour une fois que le cinéma français empruntait les rives peu fréquentées du thriller tendance psy....



mardi 14 février 2017

Trop de lumière de Marinette Lévy



J'ai eu beau chercher sur le net, je n'ai rien trouvé, mais il serait étonnant que Marinette Lévy soit la soeur, l'épouse, la cousine de Marc. Rien dans le texte sans concession de son premier roman ne peut évoquer l'écrivain guimauve aux phrases sujet/verbe/complément taillées pour plaire au maximum. Dans "Trop de lumière", nous sommes plongés dans la tête de Léo Rivière, chanteuse à succès sur le point d'entamer une méga tournée après la sortie de son énième album. La star, la quarantaine bien entamée, connaît ses premières rides mais surtout une dépression qui va s'incruster au fil des jours. Toutes les aberrations de son métier, fait de concessions et de faux semblants, vont lui sauter au visage et l'amener à s'interroger. Ce sentiment trouble va être exacerbé par la mort tragique et violente de Mathias, ami d'enfance en totale rupture avec le monde qui l'entoure. De son passage dans une émission télé célèbre ( celle avec un animateur obséquieux assis sur un canapé rouge sur lequel se vautre un roquet à son pépère) à ses concerts dans les Zénith de province, tous les passages obligés d'une vedette de la chanson seront passés au crible de l'humeur particulièrement sombre et grinçante de la chanteuse. Cette lucidité lui laissera-t-elle l'envie de continuer à sautiller sur scène tout en susurrant quelques fadaises écrites au kilomètre ?
Il faut le reconnaître, ce premier roman est une prouesse qui a réussi à me faire tourner les pages avec avidité alors que son héroïne est loin d'être attachante, voire, par moment, imbuvable. Mais sans doute, l'envie de lire ce que j'ai envie de lire, à savoir cette description passablement méchante du show bizz, m'a complètement passionné. J'aime que l'on me raconte l'envers d'un décor qui joue beaucoup sur l'artifice, et dont la fabrication et les nombreuses compromissions sont décrites par le menu. La plume de Marinette Lévy court sans faillir, maniant le chaud et le froid avec habileté. De son personnage assez imbuvable, voire odieuse avec Brigitte sa fidèle secrétaire, dame de compagnie, esclave, elle arrive au fil des pages à lui donner un peu d'humanité, sans pour cela nous la rendre vraiment sympathique. C'est sans doute ce qui fait l'intérêt de ce premier roman qui séduit grâce justement à cette intransigeance narrative, jamais dans la réelle séduction ( et donc dans la facilité).
Bien sûr, l'histoire n'est pas exempte de quelques petits clichés romanesques, Léo Rivière étant un peu un archétype. Cependant, cela adoucit cette lecture rugueuse dans un contexte de jeu de massacre et permet une lecture facile, façon tourne-pages.
Malgré son côté mal aimable, ce premier roman séduit au final par une réelle maîtrise narrative, un talent évident pour le portrait de quelques uns de nos contemporains et par ce savant dosage d'humour grinçant et de réalité brute et sans fard. Belle entrée en littérature pour cette scénariste dont je suivrai avec intérêt les prochaines productions.

lundi 13 février 2017

Le concours de Claire Simon


Le concours du titre est celui de l'entrée à la FEMIS, sorte de polytechnique pour les métiers du cinéma. En 2014, plus d'un millier de candidats vont caresser le rêve d'entrer dans cette école prestigieuse de renommée mondiale. Le concours  se déroule en trois parties étalées de février à juin, périodes, qu'hormis les vêtements des jeunes gens ou du jury, rien ne sera baliser dans le film. Qui dit concours dit sélection et aussitôt dans la tête du spectateur lambda apparaît le déroulé classique, façon "Nouvelle star" à la télé, consistant à suivre quelques postulants du moment où ils passent la première fois le grand portail de l'école jusqu'à leur éviction ( et donc leur déception) ou l'apparition de leur nom sur la liste finale. Sauf que nous sommes au cinéma et que Claire Simon est une grande documentariste. Bien sûr elle va s'intéresser à certaines ces jeunes personnes dans les différentes phases de ce concours, mais sans s'attacher à une en particulier,  cherchant surtout à mettre en relief la tache ardue des différents professionnels composant les jurys. La FEMIS n'est pas une école comme les autres. Ce ne sont pas des savoirs qu'elle cherche, sanctionne, mais des personnalités en devenir dont les jurys devront détecter les potentialités, le talent. Alors, entre notations, études de dossiers, mise en situation et finalement un grand oral, ces cinéastes ou techniciens chevronnés vont questionner, s'interroger, débattre, pour choisir les heureux élus. En observant, écoutant avec empathie, assez bienveillants, ils détecter les possibles, choisissent ceux qui seront peut être les incontournables de demain. Bien que pourvus de grilles de sélection fournies par l'école, de conseils prodigués par la direction, la tâche s'avère complexe. Comment arriver à faire ressortir la vraie personnalité à ces jeunes adultes parfois stressés, parfois arrogants, parfois un peu exaltés ? Comment être certain qu'ils s'épanouiront dans l'école, que la voie choisie correspond bien à leurs désirs profonds et aux desiderata de l'école ? Entre remarques perfides sur la diversité souhaitée par tous ces hauts lieux du savoir ( Il nous en faut  15, 7 garçons et 8 filles, dont un black, un beur et aussi un pauvre !) ou petite joute oratoire sur la peur de passer à côté d'un génie lorsqu'un candidat semble malgré tout totalement asocial, nous assistons, passionnés à ces délibérations, quasiment transformés en membre supplémentaire du jury. Je ne vous raconte pas les discussions à la sortie du film ! "Le concours" nous est livré sans commentaires, la cinéaste ayant juste monté son film en plaçant nombre de moments signifiants, kaléidoscope d'éléments bien choisis, rendant parfaitement compte de la grande difficulté qui incombe au jury pour choisir les reçus.
Il  est évident que le film sera vu, revu, disséquer par tous les futurs postulants au fameux concours mais ne donnera sans doute pas les clefs pour la réussite, une personnalité et un désir des métiers du cinéma ne se fabriquant pas dans les livres ou les officines de bachotage. Pour le spectateur banal comme moi, on passe deux heures trop courtes à découvrir les coulisses d'un moment particulier que l'on a tous connus à un moment ou un autre : le passage d'un examen ou d'un concours, le tout filmé avec une grande maîtrise.


samedi 11 février 2017

Rose 1 de Emilie Albert, Denis Lapière et Valérie Vernay



Je l'avoue les histoires ésotériques, un peu fantastiques ont beaucoup de mal à m'intéresser. Trop terre à terre, les fantômes, les esprits, les médiums et autres spirites font fuir mon intérêt. Alors quand j'ai pris cet album et que j'ai découvert que l'héroïne, la Rose du titre, se dédoublait, mes sourcils ont froncé... Incrédule, j'ai toutefois continué ma lecture, emporté par la très mystérieuse ambiance que dégage le dessin délicat de Valérie Vernay...
Rose, tristounette, erre dans une station balnéaire, Biarritz hors saison, si l'on en juge par la fréquentation rare ou presque fantomatique de la cité. Elle vient d'enterrer son père que l'on a retrouvé assassiné sur la plage. L'homme parlait peu et était devenu détective privé après la mort de sa femme. Désireuse de connaître la vérité, Rose va mener l'enquête et faire d'étranges découvertes. Grâce à sa faculté de se dédoubler, elle rencontrera des esprits enfermés dans l'immeuble où travaillait son père...
Polar, fantastique et psychologique, malgré ses éléments à faire fuir les trop concrets comme moi, je l'avoue, "Rose" m'a emporté dans son imaginaire. Le scénario bien fichu, distillant avec maîtrise indices et rebondissements, est accompagné par un dessin aux teintes nostalgiques, élément qui fut déterminant pour moi et qui m'a permis de m'intéresser à cette histoire. Il se dégage de cet album une véritable atmosphère, à la fois mystérieuse et douce. Le singulier pouvoir  de Rose, qui pourrait en faire une super héroïne, est ici traité presque comme un handicap, l'enfonçant encore plus dans la solitude car atteinte par cette différence. Les tristes événements qui surviennent dans sa vie vont l'amener sans doute à affronter et accepter sa particularité, ainsi qu'à mieux comprendre le mystère de sa naissance. Je dis sans doute, car cet album est le premier opus d'une trilogie qui s'annonce vraiment passionnante. En tous les cas ce premier tome pose avec talent les débuts d'une histoire dont on a hâte de connaître la suite.



jeudi 9 février 2017

Toscan ! de Jean-Marc Le Scouarnec


De Daniel Toscan Du Plantier, j'avais l'image d'un homme de pouvoir, hâbleur, grande figure du cinéma français côté coulisse, producteur vaguement mégalo durant ses années Gaumont, amateur de musique classique et aux nombreux mariages comme souvent lorsque l'on est un homme public brassant de l'argent. Curieux du monde du cinéma, c'est avec une certaine curiosité que je me suis plongé dans cette biographie .... que j'ai dévoré.
Mon image n'était pas fausse mais bien incomplète. Daniel Toscan Du Plantier fut bien un beau parleur plein de verve et d'humour, agaçant pour certains, totalement indispensable dans les dîners parisiens pour d'autres tellement il animait avec brio les conversations. Il a bien dilapidé l'argent de la Gaumont en faisant tourner les grands maîtres du cinéma qu'il admirait ( Losey, Comencini, Fellini, ...) et à qui il ne refusait rien, même leurs pires caprices. Il a bien été un grand séducteur, grand amoureux des femmes dont quatre furent épousées. Il a été dans la dernière partie de sa vie le grand promoteur de tout le cinéma français, pouvant défendre en Ouzbékistan le pire nanar hexagonal.
La biographie de Jean-Marc Le Scouarnec nous raconte tout cela par le détail mais dépeint aussi un Toscan plus intime. Du jeune provincial arrivant de Chambéry, un poil arriviste et sachant utiliser au mieux son voisinage assez chic du XVIème arrondissement ainsi que ses camarades fortunés de Sciences Po au producteur au bord de la faillite, épuisé physiquement et se ressourçant vraiment simplement dans un hameau aux confins du Gers, le livre cherche à portraiturer au mieux ce personnage haut en couleurs. Grâce à de nombreux témoignages de ses amis, de ses maîtresses ou femmes, de ses collaborateurs voire de quelques détracteurs, le portrait se complète en relevant les failles et les ombres que toute personne volubile et à l'aspect brillant camoufle forcément. Le regard du biographe n'est jamais celui d'un hagiographe même si l'on perçoit un certain respect pour ce Don Juan d'un autre temps, voire une pointe d'admiration. Les pages se tournent rapidement, le style léger et rapide de l'auteur s'adapte parfaitement à la frénésie du personnage. Et lorsque arrive la dernière partie de sa vie où la mort rôde de façon inquiétante ( assassinat de sa troisième épouse, mort des parents, de son grand ami Maurice Pialat, ...),  j'ai même été pris d'une certaine émotion. Le beau parleur, sûr de son goût et de son intelligence, se fait soudain plus pathétique sous la plume décidément inspiré de l'auteur, et termine sa vie de façon théâtrale au milieu de tout un aréopage de stars. Une mort semblable à une scène finale d'opéra, art qu'il adorait autant que le cinéma.
Bien sûr, je pense que l'on prendra beaucoup plus de plaisir à lire cette biographie, si l'on est fan de cinéma, et si l'on a connu toutes les productions parfois hasardeuses de ce producteur esthète. Cependant, si l'on n'a qu'une connaissance très lacunaire de la personne, si l'on voit juste une crinière blanche, une bouche presque lippue à force de saillies drolatiques et un nœud pap, on trouvera sans nul doute un certain intérêt à découvrir ce parcours étonnant d'un homme qui a marqué de sa flamboyance le cinéma français de la fin du 20 ème siècle.

Merci aux éditions SEGUIER et au site BABELIO pour la lecture de cet ouvrage.