samedi 23 mai 2015

Trois souvenirs de ma jeunesse d'Arnaud Desplechin


"Trois souvenirs de ma jeunesse " ou comment je me suis disputé ...(ma vie cinéphile) avec le dernier Desplechin.
Je pose d'abord le cadre. Les films du cinéaste ont toujours eu le don de m'agacer avec cette narration faussement alambiquée cachant un vide bobo (Quoique "Jimmy P" ne m'a pas déplu). La mise à l'écart de la sélection officielle de Cannes ne m'a bien sur pas fait crier au scandale contrairement à la presse qui a ressorti son haut parleur 80 000 watts pour hurler au chef d'oeuvre. Ayant peur de louper quelque chose d'essentiel, je me suis donc rendu en salle, séance tenante, pour admirer l'oeuvre....en compagnie d'un seul autre spectateur ! La presse deviendrait-elle de moins en moins prescriptrice ? Les pigeons se font-ils plus rares?  Je ne saurai dire, l'autre personne ayant quitté la salle avant moi.
Dans la cacophonie de l'avant séance, entre la bande annonce tonitruante d'un "Mission impossible 8" et les  mastodontes baveux de "Jurassic world" (à croire que les spectateurs de Desplechin sont une cible à blockbusters US), je songeais à l'ahurissante interview donnée il y a peu par le réalisateur à une radio de service public. Un sommet de vanité et de suffisance qui faillit coûter la vie à mon ipad, mais vue le prix de la chose, j'ai préféré ricaner un bon coup.
La lumière s'éteint. Je me cale dans mon siège et je m'offre au film, prêt à recevoir un coup de génie dans la figure. Las ! (comme dirait un poète du 16ème) Voyez comme en peu de scènes, mignonne, elle a dessus l'écran, las, las ! ses beautés laissé choir... Faisons un sort tout de suite au titre. Les trois souvenirs sont bien là, pas de tromperie sur la marchandise, mais d'un intérêt assez inégal. Si le premier sur l'enfance, duraille évidemment, est balancé en quelques scènes, le deuxième, plus romanesque, est par contre un peu plus développé, restant sans doute la partie la plus intrigante. mais, mauvaise pioche, Arnaud a choisi de nous conter par le menu, un troisième souvenir tournant autour d'une romance entre deux ados. Et là les choses se gâtent énormément. Paul (vraisemblablement le réalisateur ) drague Esther. Paul a la voix de Jean Pierre Léaud débitant un texte ampoulé et prétentieux me donnant envie de lui balancer une claque direct pour qu'il se la ferme. La donzelle, héritant des  mêmes dialogues amphigouriques, devient tout de suite antipathique et l'on espère très vite qu'ils utilisent des préservatifs pour nous éviter une tripotée d'enfants leur ressemblant. Ils ont beau s'aimer d'un amour paraît-il intense, la jeune fille changera de bras au bout d'un moment... Comme on la comprend...et comme on s'étonne que 30 ans plus tard, Paul n'ait toujours pas digéré cette incartade, offrant ainsi au film une scène totalement hystérique et ridicule, surlignant l'aspect totalement nombriliste de l'affaire.
On m'objectera que je  suis insensible aux tourments amoureux ainsi qu'à cette narration labyrinthique faite pour le travail intellect du spectateur. Je rétorquerai à ceux là, que la narration s'amusant à sauter les époques, donne quand même un vague peps à l'ensemble et nous éloigne un temps, hélas trop court, des amours inintéressants des deux freluquets. Et Desplechin a beau semer des indices psychologiques sensés donner du lustre à l'ensemble (la mère lesbienne, le père violent puis réduit aux utilités, les soupçons des russes, ...) ils ne sont jamais réellement exploités et tombent vite dans l'oubli.
Je peux reconnaître de jolis idées de plans à ce film. Le seul défaut c'est qu'ils parlent et sont filmés comme s'ils étaient uniques. Accolés les uns aux autres, ils ne forment qu'un patchwork bancal, éclairage et point de vue changeant à tout instant. Il paraît qu'avec les comportements parfois étranges des personnages, c'est ça le style Desplechin, repoussant tout naturalisme, inventant son propre monde. Permettez-moi alors de ne pas avoir envie d'y pénétrer tellement l'artiste de démène pour être bien clivant, réservant cela à quelques privilégiés. On est dans un cinéma nombriliste et non partageur.
N'étant pas vraiment invité,  je me suis trouvé devant un long métrage vaniteux et prétentieux, l'expression contemporaine d'un boboïtude déplaisante. Desplechin a beau hystériser les sentiments et proposer une risible intellectualisation des dialogues, il n'arrive jamais à camoufler le vide sidéral de l'ensemble.


mercredi 20 mai 2015

La loi du marché de Stéphane Brizé



Thierry, 51 ans, au chômage,  râle. Pourquoi le pôle emploi lui a fait faire une formation de grutier alors que le créneau est bouché et que le matériel sur lequel il a officié est obsolète ? Thierry continue de râler face à ses anciens de collègues licenciés, il vaut tourner la page, un point c'est tout ! Thierry courbe le dos, souvent, de plus en plus, lors d'un entretien d'embauche via Skype où l'on fait la fine bouche devant son CV trouvé peu vendeur, lors d'une critique d'un entretien filmé par Pôle emploi où d'autres exclus du monde du travail comme lui le jugent sans complexes. Le peu de dignité qui lui reste est brisé lorsque une banquière sans scrupule lui propose des projets qui vont l'emmener tout doucement vers la précarisation.  Mais Thierry lutte encore un peu pour vendre à un prix raisonnable le seul bien qu'il possède, un mobil-home vieillissant. La vente lui permettrait de financer les études de son fils handicapé. Seulement, face à lui, des gens aisés tentent de profiter de sa situation pour l'acheter à très bas prix. Et puis, Thierry trouve un emploi, dans un supermarché, comme vigile. Thierry alors courbe l'échine, se tait, encaisse. Son emploi, c'est  sa bouée de survie dans un monde sans pitié pour les affaiblis...
"La loi du marché" est fondamentalement un film irréprochable. Il pointe les mécanismes vicieux d'un système ultra libéral où tout le monde est prêt à écraser tout le monde, comme des naufragés trop nombreux pour grimper dans le même et unique canot. Jamais démonstratif et grâce à des dialogues souvent hallucinants de vérité et une mise en scène proche du documentaire, il plonge le spectateur au coeur de cette violence insidieuse qui anéantit le travailleur contemporain. Composé d'une succession de scènes montrant rarement des moments de bonheur, le film touche intimement sans être didactique. 
Vincent Lindon se fond totalement dans le personnage de Thierry et ne jure jamais au milieu d'acteurs non professionnels. Il renfile encore une fois sa veste de taiseux bouillonnant intérieurement mais ne surprend pas pour autant. Il est bien évidemment un atout supplémentaire pour le film qui, par ailleurs, pêche un petit peu côté rythme. Quelques scènes auraient mérité d'être raccourcies, s'enferrant quelquefois dans une redite lassante, comme si le réalisateur n'avait pas une totale confiance en ses images et en la compréhension du spectateur. C'est filmé à l'os mais monté plus lâche et du coup le film patine par moment, annihilant un peu la tension du dispositif mis en place. 
Il semblerait que cette saison, les cinéastes français soient inspirés par les hypermarchés ( Discount ou Jamais de la vie ) devenus les symboles de notre système libéral, microcosmes exemplaires pour décrire les errances d'un système implacable et pas forcément à bout de souffle. Le porte-voix cannois a mis très justement en avant cette loi du marché pas joyeuse pour deux sous, prouvant ainsi que derrière les paillettes, il existe un écosystème qui propose des oeuvres militantes de qualité. Si nous voulons préserver cette diversité, ces points de vue essentiels pour une pluralité des regards et des sensations, même si le film possède à mon avis quelques défauts, il mérite amplement sa vision en salle, ne serait-ce que pour prouver que la loi du marché, la vraie,  ne passera pas par les amateurs de cinéma.





dimanche 17 mai 2015

Le dos rouge d'Antoine Barraud


Si je tente de résumer "Le dos rouge", je dirai que c'est l'histoire d'un réalisateur dont le prochain film, déjà sur les rails, a besoin d'une figure monstrueuse pour une raison obscure, même pas claire dans sa tête. Pour cela il va se faire aider par une spécialiste qui, de tableaux en tableaux, ne va pas vraiment lui donner des solutions mais va tout de même le faire s'interroger sur lui même, son corps, sur lequel apparaît une tache rouge qui grossit, son rapport aux autres, à l'art, à l'idée que l'on se fait de son travail de cinéaste. 
Avec un tel scénario, je sens venir les grimaces, j'entends les ricanements, les commentaires grinçants sur un cinéma masturbatoire, intello, pour initiés exclusivement. Oui, il y a de ça sans doute, mais, alors que je suis le premier à m'insurger sur cet entre soi d'un cinéma français de la marge branchée, contre toute attente, c'est, à ce jour, le film qui m'a le plus transporté en 2015. Alors curieux, je suis allé lire les déclarations du réalisateur dans le dossier de presse et.... comment dire, je ne suis pas sur d'avoir vu le film qu'il a voulu faire. J'y ai lu des intentions très louables et intelligentes, morceaux de réflexions propres à intéresser un public plus qu'avisé, cinéphile en diable. Alors, sans honte, sans gêne, je vais vous dire pourquoi ce film m'a transporté même si aucun des raisons (ou presque ) n'apparaissent dans les propos du réalisateur. Mais je crois profondément que c'est le but non avoué de son film, offrir un champ tellement vaste d'interrogations et d'interprétations qu'il pourrait convenir à tout le monde. Heu...à tout le monde, je ne pense pas, hélas, que les fans de "Connasse princesse des coeurs" arrêtent de bouffer leurs pop-corns, la mâchoire béante devant autant de créativité.  
Il faut bien le dire, ce dos rouge contient apparemment tous les poncifs d'un cinéma intello qui attise les conversations chez des bobos cinéphiles. Jeanne Balibar et Joanna Preiss sont deux égéries incontournables du cinéma d'auteur, Bertrand Bonello le grand réalisateur de ce milieu qui en passant comédien devient du coup totalement iconique. Il y a une certaine lenteur, des scènes étranges, des moments décalés, un montage patchwork, et pourtant ce qui peut apparaître comme des trucs déjà vus, déjà utilisés, relevant d'une écriture auteuriste poseuse, se révèle au final totalement jouissive. 
Au milieu de tout ce barnum cinéphile tendance "cahiers du cinéma", il y a un auteur qui nous propose de jouer avec lui. J'ai trouvé Antoine Barraud extraordinairement ludique. Tout pour lui est terrain de jeu. L'art, tout d'abord, dans lequel tout le monde se perd à l'infini. Ainsi Célia qui glose sans fin devant n'importe quelle toile, l'animatrice de ciné-club et le journaliste  devant les films de Bertrand, sont les parfaits exemples d'intellos dont les circonvolutions laissent le réalisateur un peu perplexe. Il faut voir la tête de Bertrand Bonello, totalement ahuri en entendant les propos pourtant construits et intelligents tenus par ses différents interlocuteurs, les rendant du coup totalement hilarants. Toutes les scènes avec Jeanne Balibar (excellentissime) sont d'une drôlerie imparable, ouvrant en même temps une critique mordante sur tous les ratiocineurs qui se triturent l'esprit à longueur de colonnes dans des revues confidentielles mais pointues. 
Mais en même temps l'art nous est montré comme un vecteur de séduction possible, comme un élément de réflexion sur soi-même, sur les autres. Il est beaucoup question de corps dans ce film. Le corps monstrueux tout d'abord, dont les apparences peuvent être totalement évidentes mais aussi tout à fait subjectives. Le corps désiré, le corps qui cherche à jouir, le corps que l'on transforme, le corps malade aussi. La caméra s'attarde sur des statues, des tableaux, des vrais corps également, objets de contemplation mais d'interrogations. Du coup, on y parle de couple aussi, de fidélité, des liens qui unissent les êtres. Et puis, il y a également le cinéma qui court dans tout le film, discrets hommages à toute une mythologie personnelle du cinéaste : La comédie musicale américaine (petite scène de claquettes) ou française à la Demy (une scène chantée), Hitchcock (dans la scène incluse dans le film d'après un scénario non tourné de Bonello ), Bunuel peut être pour la spécialiste en art jouée par deux comédiennes ... Et puis, il y aussi... mais stop, j'arrête car ce film est plein comme un oeuf, plein de références, plein de regards sur la vie intellectuelle, sur la vie tout court. Et tout cela m'a énormément parlé parce que, aussi étonnant  que cela puisse paraître, cela ne m'a jamais paru prétentieux. Antoine Barraud irrigue son film avec  une mise en scène inventive, décalée mais qui ne tombe jamais dans le clipesque tarte, le poseur ennuyeux ou le "regardez comme je filme bien !". Il a trouvé la distance parfaite qui lui permet de faire des propositions originales aussi bien que de soumettre un discours ouvert et curieux aux spectateurs. 
"Le dos rouge" est le genre de film dont on peut parler des heures car il y a tellement de portes d'entrées, tellement de chemins à prendre, que si l'on se laisse aller à sa musique fantasque, on s'enfonce dans un monde infini de possibles. Le film nous parle, nous regarde, nous offre son miroir magique pour mieux se rencontrer, se connaître. Pour moi une merveille, avec une deux longueurs j'en conviens, mais qu'importe, j'ai eu un plaisir de cinéma comme rarement, un plaisir que j'ai envie de partager.


vendredi 15 mai 2015

Evariste de François-Henri Désérable

Le bandeau du livre (qui n'apparaît pas sur l'image) claironnait : "Le Rimbaud des mathématiques". Autant vous dire que c'était très loin d'être attirant pour moi, qui ne suis ni un gourmand des vers (quoique les libres...), ni quelqu'un pour qui les mathématiques éclairent l'existence, elles auraient même plombé ma scolarité par leur capacité à rendre tout compliqué.
Malgré cela, je me suis plongé dans cette ...évocation d'Evariste Galois, mathématicien de génie mort à 20 ans. Sa vie fut courte, on n'en sait quasiment rien. Il ne reste que sa brillante démonstration pour " qu'une équation irréductible de degré premier soit soluble par radicaux, il suffit que deux quelconques des racines étant connues, les autres s'en déduisent rationnellement". Je vous entends souffler et déjà rayer ce livre de votre future PAL (Plie à lire)... et vous aurez presque tort parce que ce sont le seules lignes sur les mathématiques que compte le livre, l'auteur étant une bille en algèbre pourtant révolutionnée par le truc recopié avant...
Nous avons donc devant nos yeux une biographie de 164 pages sur quelqu'un de certes brillant mais très abstrait pour des millions de lecteurs et dont les traces de son passage sur terre se tiennent sur 4 feuillets même pas recto/verso. Mais, alors me direz-vous, il fait quoi François-Henri Désérable pour meubler ? C'est simple, il brode, dépeint l'époque, imagine des moments, s'adresse au lecteur qu'il appelle Mademoiselle (un peu dragueur François-Henri....), joue avec les mots, mélange le langage soutenu avec le familier, donne des avis sur tout, brille à cause de son érudition, trop parfois, donnant envie de lui donner des claques. C'est surtout totalement virevoltant, drôle, pétri d'humour, et sur la fin, quand Evariste mourra bêtement dans un duel, rempli d'émotion. Totalement ému par ce destin brisé, Mr Désérable (j'aime beaucoup ce nom) abat son masque d'amuseur goguenard pour devenir plus dramatique et d'une très jolie manière, démontrant que l'on peut être cavalier et érudit mais néanmoins pétri d'humanité. Sans tomber dans le mélodrame facile , il fait basculer son roman juste au bon moment, lorsque le lecteur que j'ai été, commençait à éprouver une légère lassitude à toutes ces digressions encyclopédico/historiques.
Je peux comprendre que certaines personnes aient eu un peu de mal à digérer toute cette avalanche de détails, assénés parfois avec un peu de fatuité, mais j'ai vraiment apprécié cette évocation aussi étonnamment débridée. Je ne sais pas si le roman résulte d'un pari ou d'une réelle passion pour ce pauvre mathématicien, en tous les cas, Mr Désérable ( ça fait canadien ... pourtant il est d'Amiens dixit Wiki....ah il joue au Hockey.... un pseudo peut être ? ) m'a fait passer un joli moment de lecture aussi enrichissant que drôle. Je cours donc à la recherche du précédent...

jeudi 14 mai 2015

La tête haute d'Emmanuelle Bercot


Les délinquants, le travail de fourmi des juges pour enfants, des éducateurs divers et variés sont au coeur  de cette sorte de  huis-clos social qui s'essaie par ailleurs à lui donner une densité romanesque pas toujours convaincante. 
Ca débute sec, avec une énergie proche de "Polisse". Une juge un peu débonnaire, ( Catherine Deneuve s'essayant à l'autorité ) se trouve face à  une jeune mère immature (Sara Forestier au jeu aussi épais que son fard à paupières bleu-brillant étalé à la truelle). Une mesure éducative va être mise en place. La mère hurle, invective et se barre en abandonnant Malony , 5/6 ans dans le bureau de la juge. En route pour un placement, premier d'une longue série que le film va nous égrener durant deux heures, s'attardant plus volontiers sur l'adolescence, période bien plus sensible et porteuse. 
Je suis un peu mitigé sur le film. On est tout de suite emporté par cette mise en scène énergique, accompagnant les pulsions violentes comme les colères rentrées du jeune Malony ( bluffant Rod Paradot). Les portes claquent, les tables volent, les dents se serrent à cadence régulière, éloignant le personnage d'une réelle réinsertion mais aussi d'un certain apitoiement de la part du spectateur. Il n'y a bien que la juge pour avoir un attachement pour ce jeune, mais c'est paraît-il son devoir. Le film roulant pour un hymne aux personnels judiciaires rattachés à l'enfance dont la bienveillance et la  patience finissent par apparaître miraculeuses. Comme Emmanuelle Bercot croit en son personnage principal,  elle va essayer de l'adoucir, on ne peut pas être une boule de violence en permanence. Il va rencontrer une jeune fille (Diane Rouxel à la présence étonnante) et esquisser difficilement quelques gestes tendres. Si ces scènes d'amour sont très convaincantes et humanisent le jeune Malony, ce sont bien les seules. Comme pour la description des adultes, notre délinquant va prendre un chemin de plus en plus romanesque voire improbable. La compassion de la juge, tout comme l'attachement que l'ado éprouve pour elle, frisent le gnangnan pour s'achever par une improbable rédemption via la non utilisation de préservatifs. Et cette fin un peu too-much fait basculer le spectateur dans une  interrogation négative sur les scènes vues précédemment, s'interrogeant soudain sur le côté peut être un peu chargé de l'ensemble. 
Emmanuelle Bercot arrive à capter le spectateur, à la façon de Maïwenn dans "Polisse", en jouant sur les scènes chocs, mais elle perd de la crédibilité sur la dernière partie avec cette tentation d'un possible happy-end peu crédible. "La tête haute" reste tout de même de bonne facture et remplit bien ses fonctions de cache richesse en ouverture du festival de Cannes ( ou comment  donner bonne conscience aux festivaliers décorés de marques prestigieuses avec un film social ). 


mercredi 13 mai 2015

Goodnight mommy de Veronika Franz et Séverin Fiala



Attention avertissement ! L'affiche du film est certes vaguement inquiétante mais si vous êtes une âme sensible, attendez-vous à quelque chose d'inconfortable et exigez la présence d'un pompier à la sortie de la salle pour vous porter secours. Lorsque j'ai vu le film au festival Premiers Plans d'Angers, la personne à côté de moi a du sortir tellement elle ne supportait pas ce qu'elle voyait à l'écran et nous l'avons retrouvée dans les bras d'un charmant pompier.... Cependant le film n'est quand même pas un film d'horreur à la "Saw 6" ou à la "Vendredi 13". C'est plus chic, plus esthétique, plus violent psychologiquement.
Les deux adorables garçons de l'affiche habitent dans une splendide villa contemporaine au milieu de nulle part, dans une campagne autrichienne où pousse beaucoup de maïs. On notera au passage le côté horrifique et à suspens des champs de maïs dans le cinéma au 21 ème siècle ("Tom à la ferme" de Xavier Dolan pour ne citer qu'un exemple à la mode). Pas du tout agricultrice, mais actrice connue, la mère de ces enfants revient après avoir subi une révision totale du visage avec réparation de la carrosserie et regonflage des lèvres, le cinéma n'aimant que les peaux retendues sous peine de chômage. Pour l'instant la star n'est guère présentable et cache ses lésions sous un énorme bandage qui ne manque pas d'intriguer sa progéniture. Assez nerveuse sous les bandes Velpo, l'actrice ne ménage ses garçons, l'un surtout, un peu plus récalcitrant. On peut être souriante à l'écran, on ne l'est pas forcément à la maison, les mouflets ça vous gâche quand même la vie ! Mais dans cet intérieur froid et glacé, l'imagination des enfants va aller bon train. Ils vont se mettre en tête que cette femme n'est pas leur mère....
En sortant de "Goodnight mummy" on se dit que le cinéma autrichien c'est rude ! Après le " Funny game" Hanneke ou les films Ulrich Seidl (d'ailleurs ici producteur), on pensait avoir eu notre dose d'images mettant mal à l'aise. C'était sans compter sur ces deux cinéastes qui réussissent à plonger le spectateur dans un état de répulsion total avec un final éprouvant. Sans dévoiler la fin, disons que les futures mamans qui attendent avec impatience la venue au monde de la plus belle chose que la vie leur ait offerte risquent de demander d'avorter illico, même délai légal passé !
Collé au dossier de son siège au milieu d'une salle ayant du mal à retenir quelques cris de dégoût, les mains pas loin des yeux qui préfèrent regarder ailleurs, cette conclusion éprouvante rend du coup le film moins réussi. Après avoir fait monter avec un certain brio une sauce psychologique qui utilise habilement un décor frigorifiant en soignant l'image à l'extrême, la deuxième partie m'a paru plus lourdingue, préférant une violence esthétiquement moche, peut être pour mieux souligner les agissements de certains personnages. Mais était-ce bien utile ?  Et la conclusion, guère surprenante pour qui a fréquenté certains films connus, rajoute un peu plus à la déception finale.
Je suis ressorti de "Goodnight mommy" pas totalement convaincu.  Une chose est certaine, pour moi qui fréquente peu le cinéma qui fait frémir, je m'en souviendrai ! Alors, n'est-ce pas aussi le but du 7ème art graver quelques images à tout jamais ? Peut être, mais les moyens employés pour y arriver peuvent déplaire. Ici, j'ai du mal à me faire une opinion. Facilité, voyeurisme gratuit ? Sans doute pas, mais une petite tendance à appuyer un peu trop les effets, choquant le spectateur, le dérangeant, sans grande subtilité. C'est cette dichotomie qui empêche une adhésion plus franche à un film qui par ailleurs tient un discours assez radical sur l'enfance.





mardi 12 mai 2015

Un été de Vincent Almendros



Quand on dîne en ville, on doit paraître détendu/intelligent/équilibré, heureux en amour, s'éclatant dans son job qui rapporte un max et avoir tout lu, tout vu , tout entendu.... heu...plutôt avoir un avis sur le dernier Houellebecq et le Despentes et le Jafar Panahi et Christine and the queens.  C'est facile de gloser sur tous ceux là, la presse s'est tellement répandue en critiques et interviews qu'exposer son opinion relève finalement d'un bon esprit de synthèse. Pas besoin de perdre son temps à fréquenter les oeuvres, quelques lectures bien ciblées en attendant son tour chez le kinésiologue et l'affaire dans le sac.
Lors d'un de ces dîners, même avec des gens du milieu de l'édition, vous aurez du mal à trouver un interlocuteur ayant dévoré les 800 pages du "Chardonneret" de Donna Tartt. Par contre, et c'est tendance, il se pourrait que vous entendiez quelqu'un s'extasier sur ...par exemple ... "un délicieux roman d'un jeune auteur français vraiment prometteur" ou "Le dernier Bataille ( Christophe pas Georges et encore moins Julie) est une pure merveille". Et là, impossible d'arrêter la personne qui part dans un exposé énamouré.
Ainsi, quelqu'un ayant avalé la prose de Vincent Almendros s'étalera sur le style si merveilleux de ce jeune auteur qui a en plus la pertinence de courir sous la casaque des chiquissimes éditions de Minuit. Il évoquera ce huis clos qui lui a tant rappeler " Plein soleil". Il s'emballera sur ces quatre personnages confinés dans un bateau à voile et qui semblent tous avoir des choses à cacher. Il s'esbaudira sur cette écriture qui rend chaque objet aussi présent qu'un personnage et sur ces sublimes descriptions d'animaux marins qui souligne en finesse la possible tragédie qui se noue. Il se déchaînera sur la fin si inattendue qui éclaire le roman d'une nouvelle lumière encore plus lourde. Son auditoire verra bien que là on tient un vrai lecteur et l'admirera en se demandant comment il fait pour trouver le temps de se plonger ainsi dans la vraie littérature....
Si l'un des convives se rend par hasard dans une librairies et trouve "Un été" de Vincent Almendros, il s'apercevra très vite que la performance est minime. Le livre compte 96 pages, titre, dédicace et autres falbalas compris et fait partie de ces petites choses qui peuvent combler intelligemment un parcours en RER. Nous sommes devant ce que j'appellerai un nouvelle de bonne longueur. Ce que j'ai dit plus haut est vrai. il y a une belle  écriture qui rend les nombreuses descriptions parfaitement passionnantes et enserre ses personnages dans une atmosphère oppressante et orageuse.
Cela a l'allure d'un roman, a le mérite de se lire rapidement mais reste au niveau d'une nouvelle bien tournée, à la chute étonnante. Oui cela rappelle Patricia Highsmith (l'auteure dont est tiré le film de René Clément) mais sans toutefois parvenir à atteindre le niveau d'ambiguïté de la romancière. On peut regretter que les personnages soient un peu délaissés au profit de l'environnement marin ou utilitaire du bateau. Et l'on peut aussi s'imaginer ce qu'avec cette histoire, un auteur plus prolixe aurait pu nous offrir.
Si "Un été" a toutes les qualités pour emballer un lecteur pressé, j'avoue que pour ma part je suis un peu resté sur ma faim. Bien écrit, avec une chute inattendue, ce roman/nouvelle n'est au final qu'une jolie petite pastille estivale un poil trop empesée. On retiendra surtout que ce petit livre s'inscrit dans un mouvement naissant : la revanche de la nouvelle. Elle en avait marre d'être considérée comme  la parente pauvre de la littérature. Publiée à l'unité sous la jaquette d'un éditeur de prestige, pour peu qu'elle soit pas mal troussée, elle trouve désormais sa place dans les endroits qui pétillent. N'est-elle pas ce mois-ci doublement présente dans la short-list des finalistes du prix Orange du livre ? (L'autre est "L'expérience de Christophe Bataille) . Tendance je vous dis....
PS : Un autre avantage pour ces nouvelles par paquet de un .... on peut en parler facilement, c'est si vite lu et permet donc d'alimenter sans trop d'effort les pages d'un blog....