dimanche 30 novembre 2014

L'incomprise d'Asia Argento


"L'incomprise " est un film fourre-tout dans lequel le spectateur va pouvoir y puiser ce qu'il voudra ou ce qui résonnera en lui.
Le spectateur people regardera cela comme une chronique à peine déguisée de l'enfance de la réalisatrice (même si cette dernière s'en défend à longueur d'interview). Il est certain qu'Asia Argento brosse un portrait des parents de la petite Aria (une lettre de différence qui en dit long je trouve) loin d'être flatteur. Entre une mère fantasque, plus intéressée par ses amants que par ses enfants et un père total égocentrique et superstitieux, la pauvre Aria sera ballotée chez l'un ou chez l'autre et même chez personne, condamnée à dormir dehors avec des marginaux. La mère est interprétée par une autre enfant de stars, Charlotte Gainsbourg, surprenante, à mille lieues de ses derniers rôles, pourvue d'une perruque brune qui la fait parfois ressembler à sa demi-soeur Lou Doillon. On peut donc penser que ces deux femmes, réunies sur un même film traitant de l'enfance malheureuse d'une enfant de célébrités, n'est pas anodin et que l'on peut y puiser au passage un témoignage par vraiment glamour sur la vie auprès d'artistes.
Le spectateur épris de drame psychologique ou amateur de regard sur l'enfance, sera peut être moins bien servi. Si la charge psychologique est forte, l'écriture du scénario, n'est guère fouillée. Ok Aria est malheureuse, de plus en plus rejetée, se débat comme elle peut mais tout cela n'est pas follement original et même pas mal répétitif malgré quelques incursions dans le monde des enfants portés à faire les 400 coups.
Le spectateur cinéphile sera caressé dans le sens du poil mais trop ostensiblement peut être. Le clin d'oeil très appuyé au film de Comencini commence avec l'affiche et son "e " rajouté, continue avec le thème évidemment mais aussi un bout de "L'incompris", regardé un soir de déprime par la jeune Aria. On y trouvera également un univers ultra coloré à l'Almodovar (décidément de plus en plus cité en ce moment), mais intrinsèque à la période des années 80 dans lequel ce déroule l'histoire. Pour ma part, je garderai présent le regard de la formidable Giulia Salerno, impeccable Aria,  qui m'a parfois évoqué Giulietta Masina dans "La strada"...
Au bout du compte, sans être une merveille, le film reste une jolie curiosité avec ses longueurs, son hystérie maîtrisée mais surtout son portrait sans concession d'une enfance que l'on pourrait penser dorée... On peut commencer à comprendre pourquoi les fils et les filles de, avec leur enfance névrotique, ont du matériel pour nourrir toute une carrière, si la nature les a dotés d'une force psychologique importante (et d'un peu de talent aussi).


vendredi 28 novembre 2014

Bois II d'Hélène Filhol


Nous en juillet, il fait une chaleur méditerranéenne et pourtant nous sommes en Bretagne. Sur le site de la Stecma, une ancienne usine d'échafaudages en aluminium transformée en plateforme de stockage pour panneaux solaires suite au rachat par un consortium canadien, des ouvriers attendent la venue de leur patron dont l'unique but est de liquider l'entreprise dans le mois. Après une assemblée générale menée par les représentants du personnel, ils ont projeté de séquestrer Mr Mangin, leur seul interlocuteur depuis deux ans, afin d'obtenir la sauvegarde de leur outil de travail. "Bois II" est le récit détaillé de cette journée intense de lutte, où malgré le déséquilibre des forces en présence, celui qui gagnera n'aura aucunement besoin de supériorité numérique.
Joseph E Stiglitz, prix Nobel d'économie, a écrit que le capitalisme est un système pervers qui ne tient pas ses promesses mais qui en plus apporte "l'inégalité, la pollution, le chômage et, c'est le plus important, la dégradation des valeurs (morales) jusqu'au niveau où tout est acceptable et où personne n'est responsable."
Ce roman en est l'illustration parfaite. Il pénètre dans le coeur du système, l'analyse, le dissèque dans le prisme des pensées d'une ouvrière militante. Il rend compte de l'impact que subit la masse des salariés qui se débat comme elle peut face au blog glacial de leur dirigeant où l'accumulation des profits à remplacer le coeur.
Hélène Filhol parle "d'état de guerre" : " On est en guerre sans avoir connu l'autre, la vraie, dans la honte de l'inaction puisqu'on nous affirme vivre en paix et dans la libre circulation des biens et des personnes. Des vies détruites et le territoire ravagé pourtant, avant même d'avoir eu le temps de prendre les armes...". Elle montre très bien le travail de sape, le lent effritement de la classe ouvrière cantonnée à survivre dans les marges d'un système qui les utilise selon son bon vouloir, un système qui ne valorise plus ni le travail, ni l'esprit d'entreprendre mais uniquement la rentabilité et le profit de quelques investisseurs. Elle nous emmène dans la tête de tous ces ouvriers que la machine va rejeter aux abords sinistres des friches industrielles, ne leur restant que leur yeux pour contempler les vestiges d'un passé pourtant pas si glorieux qui leur apparaît malgré tout plus simple, plus solidaire voire plus humain.
Le roman n'est pas un reportage mais la transcription très littéraire de cet état de fait. La phrase, travaillée à l'extrême, fouille dans les moindres recoins de ces femmes et de ces hommes sans jamais oublier qu'ils ne sont que le fruit d'un long passé historico/social. "Bois II" adopte un peu la structure du roman à suspens, le sujet et l'unité de temps s'y prêtant à merveille, mais préfère au final éviter tout romanesque pour rester au plus près de la réalité, voire de l'étude sociologique. La lecture en est certes plus exigeante mais beaucoup moins anodine et au final vibrante d'émotion.


jeudi 27 novembre 2014

Tiens toi droite de Katia Lewkowicz


Quand on est spectateur de cinéma, on doit être prêt à tout lorsque la lumière s'éteint dans la salle, le meilleur comme le pire. Prenez l'exemple de ce film "Tiens-toi droite ", le second long-métrage de Katia Lewkowicz qui sort cette semaine. Marina Foïs, Noémie Lvovsky et Laura Smet en têtes d'affiche sur un thème féministe en diable (la création d'une poupée alternative sensée tailler des croupières à Barbie) avaient de quoi allécher le chaland...
Hier soir, seul dans la grande salle de mon cinéma art et essai, j'ai bien senti que j'étais le seul à ne pas avoir flairer l'entourloupe.
Il m'est difficile de définir exactement le film. Une comédie ? Probablement même si l'on ne sait jamais si ce que l'on voir à l'écran est drôle ou tragique. Un brûlot féministe ? Un film politiquement incorrect ? Une compil autour du sexisme actuel ? Oui, assurément...et c'est peut être la seule prouesse du film, ce muesli de concepts, de remarques, d'annotations, d'observations fourrés jusqu'à l'overdose dans le scénario.
Parlons en d'ailleurs du scénario ! Une succession de scénettes décousues, que l'on a du mal à rattacher l'une à l'autre. Au début la réalisatrice s'aide d'une voix off, abandonnée par la suite. ( Et là arrive le petit proverbe ; film avec voix off, résultat bof. Au cinéma ,il faut que l'image parle d'elle même...).On s'en aperçoit à peine tellement la mise en scène, comme atteinte par la vache folle, hystérise l'ensemble, en demandant aux acteurs de se déplacer de manière aberrante, fonçant sans raison en tout sens pour aller nulle part. La caméra tournicote autour d'eux, sans doute pour capter au mieux leur intérieur si profond sauf qu'il n'en ont pas. Noémie Lvovsky, la bouche toujours ouverte, l'oeil morne, erre au milieu de ses filles obèses et hypersexuées ( et même essayant de violer un petit Kevin). Elle semble se demander ce qu'elle fait là et pense que finalement le cachet servira à refaire son salon. Il est impossible à Marina Foïs de faire exister son personnage de dirigeante de la création. Elle a beau être une formidable comédienne, elle ne peut pas faire des miracles à partir de dialogues abscons et de situations improbables. Quant à Laura Smet, elle arrive parfois à être pathétique mais je ne suis pas parvenu à savoir  si cela était dû à son talent ou aux ridicules des scènes qu'elle devait jouer.
On peut se demander comment Katia Lewkowicz a pu trouver un financement et des comédiennes de renom pour tourner une telle catastrophe. Je pense que sur le papier, ce propos ouvertement féministe, pas inintéressant du tout, pouvait faire illusion. Mais au final, à vouloir se donner un genre anarcho-intello de la pellicule, elle a sabordé son film, ne créant qu'ennui et perplexité.
Ceci dit, tel qu'il est, ce film est une curiosité ! Avis aux amateurs de navets !


samedi 22 novembre 2014

Le singe au chapeau de Chris Haughton


Jusqu'à présent, je n'ai été guère convaincu par les livres numériques pour enfant. Si pour adultes, le livre numérique reste semblable à la version papier, la possibilité d'agrandir les caractères en plus (et quelques petits gadgets comme le marque page, les fonds de couleurs, ...), pour enfant la similitude est moins évidente. Pour eux, les éditeurs traditionnels n'offrent guère de leurs titres au format numérique. Cependant pointent quelques créations (j'ai parlé de "Mon voisin " de Marie Dorléans l'an passé) qui hésitent entre l'animation et le le livre disque (pour la voix qui accompagne le texte, la clochette de notre enfance étant dorénavant remplacée par une bête flèche qui clignote).
Quand j'ai vu que le génialissime Chris Haughton  ( "Oh non Georges! " ) se lançait dans l'aventure, j'ai voulu aller voir de plus près.
Selon les endroits où vous le trouvez, cela s'appelle livre numérique ( normal, c'est un auteur classique à la base) mais aussi application. Vu le prix (2.99 euros), c'est donc une application ! Et après lecture (?) visionnage (?)  c'est bien une application !
Il est temps d'aller à la rencontre de ce primate à couvre chef avec quelques enfants de trois ans.
Il y a bien une couverture ...heu....dans une appli cela doit s'appeler...écran de présentation. D'emblée on retrouve les couleurs si particulières utilisées par Chris Haughton. Nous sommes bien en terrain connu. Sans vouloir pinailler, le singe à chapeau porte plutôt un bonnet, mais passons. Au commencement,  nous sommes accueillis par une petite musiquette, pas aussi sautillante que ce singe montrant une flèche le laissait présager, mais de très bon aloi, car aux sonorités jazzy très chics. D'un doigt agile, l'adulte appuie sur la flèche ( l'enfant de 18 mois jusqu'à 3 ans pas encore habitué aux applis, mettra un peu de temps à saisir ce que ce gentil animal veut lui faire faire ). Zut un texte apparaît , comme dans un livre ! Il faut donc un adulte pour lire mais surtout pour expliquer que l'on ne tape pas comme précédemment sur toutes les flèches qui accompagnent l'image. On lit : "Le singe arrive. Peux-tu lui ouvrir la porte ? " Oui, ok, mais avant faut trouver la bonne flèche pour accéder à la page suivante ! (Qui a dit que les enfants qui m'accompagnent dans cette découverte sont débiles ? Oui, madame ! oui, monsieur, ces enfants n'ont pas de tablettes. Je rappelle qu'ils ont trois ans et que Noël c'est dans trente et quelques jours! Patience donc plus qu'un bon mois pour qu'ils apprennent à devenir de vrais geeks !) Après quelques coups de doigts malheureux nous faisant revenir inexorablement au sommaire, nous arrivons à une nouvelle page. Le singe est derrière une fenêtre, il veut entrer. Il faut poser le doigt sur la porte et, c'est magique, elle s'ouvre, le singe fait "bip ! bip! "...et ...ben c'est tout , il faut passer à la page suivante (ok si l'on pose son doigt sur le singe il bouge différemment trois fois, mais pas plus). S'ensuivent une petite dizaine de pages, enfin d'activités avec le singe, variées, agréables à l'oeil mais très rapides. Nous sommes plus dans le jeu que dans le livre...
Alors intéressant ou pas ? Les enfants que j'avais avec moi ont pris plaisir à jouer avec le singe. Mais ce fut un peu frustrant car pas très long. Comme on en fait rapidement le tour, la lassitude gagne assez vite malgré le talent graphique de l'auteur. Un jeu n'a pas l'impact d'une bonne histoire, surtout quand il n'y a aucune possibilité de variantes. Mais dans le flot d'applications hideuses, aux couleurs criardes et aux personnages stéréotypés, "Le singe au chapeau " fait figure de petit bijou. Alors pourquoi priver votre bambin d'un petit moment ludique et créatif ? 2.99 euros, c'est moins cher qu'un Happy-meal !


mercredi 19 novembre 2014

Un illustre inconnu de Matthieu Delaporte


"Un illustre inconnu " peut faire figure de film ambitieux. Son réalisateur, après une comédie à succès, "Le prénom ", s'attaque à un genre plus sérieux, le thriller psychologique. Il colle en tête d'affiche Mathieu Kassovitz, acteur impeccable et dont on peut penser qu'il ne s'engage que dans des projets qui en valent la peine.
A l'écran, le film démarre par des plans gris d'une banlieue parisienne sinistre, suivis par l'explosion d'un petit pavillon dont l'occupant semble être le héros principal. Nous sommes dans l'ambiance, réveillés...mais pas pour longtemps car s'ensuivent de longues scènes tout aussi grises qui nous montrent un homme ordinaire, agent immobilier, qui s'empare de la physionomie de certains de ses clients, pour vivre leur vie par procuration. C'est intriguant, joliment filmé, jouant avec la géométrie des lieux  et les tons allant du gris au gris kaki en passant par le marron, mais tellement pesant que l'ennui commence à pointer,surtout que l'on ne voit pas trop l'intérêt de s'installer dans l'appartement de quelqu'un, en ayant totalement son apparence, pour y manger dans sa cuisine. Et qui dit ennui, dit cerveau en balade, pas captivé par l'intrigue et donc apte à s'apercevoir des incohérences du scénario. Comment un petit agent immobilier si terne, peut-il être un tel spécialiste du maquillage, du moulage en latex ? Aurait-il un CAP maquillage/prothésiste ? Et puis, sa cave, aménagée comme Fort Knox, rendrait euphorique une palette de maquilleurs made in Hollywood tellement le lieu est vaste et bien équipé.
Je rassure cependant les allergiques au travestissement si à la mode ces temps-ci, le héros du film ne se déguise qu'en homme. On ne voit pas bien son intérêt car il ne vole rien, seulement leur look et leur façon de vivre... C'est une perversion comme une autre, singulière sans doute, mais à l'écran moyennement crédible, car pas expliquée. Il est comme ça un point c'est tout ! Et comme ça prend trois plombes, on se demande quand le film va démarrer.
L'histoire démarre réellement ...avec presque la moitié de la salle en moins ( OK, j'exagère, on était 5 et deux sont sortis au bout de 45 minutes) lorsque notre héros croise un ancien virtuose du violon accidenté... Mais chut, je n'en dirai pas plus pour ne pas gâcher le suspens ! Déjà entraîné à repérer les incohérences, le spectateur se régale dans la deuxième partie, certes un peu plus punchy, mais encore plus invraisemblable. Le héros reste toujours aussi opaque quant à ses intentions mais confronté à plus de personnages, voire un semblant d'histoire d'amour, il nage dans la fiction improbable. On s'ennuie moins, mais on continue de ricaner. De rebondissements prévisibles en scènes psychologisantes lourdement démonstratives, le film s'enlise irrémédiablement.
On ne sauvera de ce ratage qu'une interprétation impeccable de Mathieu Kassovitz qui semble se faire une spécialité des rôles d'hommes ordinaires (cf le film d'Audiard ) et une science des cadrages mornes du plus bel effet. Je ferai cependant une  petite remarque de spectateur : pour qu'un thriller fonctionne, il vaut mieux éviter les lenteurs, le rythme camoufle bien les grosses ficelles  et peut emporter le spectateur. Ici, on a préféré les mettre en avant... Il doit y avoir des amateurs...


mardi 18 novembre 2014

A bouche que veux-tu de Brigitte



Le premier album des "Brigitte" se présentait comme un petit objet rigolo, bien fichu, proche du pied de nez décomplexé. Elles jouaient de leur féminité tout en chantant des propos acidulés, un peu décalés voire drôles. La tournée qui suivit, confirma les deux chanteuses comme un duo aux voix impeccables mais pas encore capables d'assumer leur soudain succès en enflammant une salle par une prestation scénique à la hauteur de leurs textes. Glamours, oui, drôles et pleines d'humour, beaucoup moins.
En écoutant leur deuxième album qui sort ces jours-ci, il semblerait qu'elles aient réfléchi à la question et que leurs nouveaux titres correspondent finalement à leurs personnalités. Exit l'humour, le cocasse, la drôlerie, place à une féminité plus proche de Biba que de Causette. Les pétroleuses du premier album laissent la place à deux nanas qui craquent pour les mecs. Elles sont prêtes à tout pour les séduire, être faibles, très faibles, lascives, offertes, aimantes,.... de véritables cruches asservies au désir animal ( de l'homme bien sûr). Ainsi le refrain de "Oh, Charlie chéri " clame : " Comme toutes les jupes du quartier , je passe le plus clair de mes nuits à prier, qu'un jour tu fasses de moi ta poupée, ton indifférence est si sexy...." laisse dubitatif et confirme que le féminisme, et tous les droits acquis durement, à du mouron à se faire. Surtout que plus loin dans " Hier encore" elles entonnent en choeur : "Trésor tes désirs sont mes lois.... Tes bras sont les plus forts.... Aujourd'hui ma maison c'est toi !"
Mais cette impression première est contrée par une réécoute plus attentive de l'album. Des morceaux plus incisifs arrivent à nos oreilles. "Embrassez-vous", "Le perchoir", "Plurielle" nous rassurent sur l'état d'esprit des deux dames. On peut donc se demander pourquoi deux ou trois titres ont des paroles qui ressemblent si maladroitement à des chansons de la variétoche des années 70. Peut être parce que ce sont les plus dansants, comme si pour se trémousser, il fallait du plus léger... Cela laisse dubitatif car finalement ils nuisent un peu à la cohérence de l'album. (Oui, je sais, vous allez me ressortir le vieux poncif que la femme est multiple, un jour mère, un jour pute, un jour militante , ...)
Cependant, et malgré ce bémol du début, la production d'"A bouche que veux-tu" est vraiment hyper soignée. Il ne manque rien, tout est impeccablement verni, blushé, brushé. C'est hyper dansant, clinquant comme une boule à facettes. Les voix des deux dames sont toujours, non, encore plus belles, et vraiment sensuelles. L'habillage disco de pas mal de titres est pétillant et quand le rythme se pose pour nous offrir des slows, nous prend irrémédiablement l'envie de se blottir dans des bras doux ou vigoureux (selon partenaire). Oui c'est de la belle ouvrage !
Retour réussi pour les Brigitte, peut être pas dans le registre attendu, mais il est très agréable de se faire surprendre ainsi. Un deuxième album qui accompagnera vos soirées, discos ou pas, sensuelles sans aucun doute.


dimanche 16 novembre 2014

Citrons de Corinne Dreyfuss


C'est sûr, cent sourires seront suscités chez ces chérubins chanceux à l'audition de "Citrons".
Certes cette succession de scies, de souches sèches qui gisent et de chaises à sieste pour Lucie n'accrochera ps forcément de suite. Mais un gentil majeur énonçant si difficilement six locutions semées d'embûches, saura chasser sans chichi ce léger danger, générant une jouissance charmante chez le gentil choupinou.
Sachez aussi, chers cicérones, si chuter en chuchotant "Sacha chasse son chien si sage" charme sans façon six chambrées, discerner cette succession chuintante si sifflante, chatouille sans souci chez Cécile son cerveau mais chez Moussa aussi.
C'est certain, "Citrons', piège à élocution, cherche à jouir sagement avec sens et sons. Ajoutez à cela de chics dessins gentiment charmants et la chose se choisit chez son marchand sans rechigner.
PS : Proposer au prof de Prosper de présenter cette publication au troupeau de petits potaches peut être un plaisir pervers, une punition pestouille pour pédagogue puant.

Album lu dans le cadre de "Masse critique " du site Babelio.

samedi 15 novembre 2014

Respire de Mélanie Laurent


J'ai un problème avec le deuxième film de Mélanie Laurent ! Je n'avais pas vraiment aimé le premier mais le second me laisse dans l'expectative. Je suis incapable de donner un avis.J'y vois des qualités, des défauts aussi, par moments j'ai été intéressé, à d'autres beaucoup moins, Et au final, ce positif et ce négatif s'annulent. Cela pourrait faire zéro mais ce n'est pas vrai ! C'est meilleur que " Les adoptés" quand même ! En progrès dirait un prof sans toutefois être enthousiasmé.
Le film a été vendu, à la fois comme un portrait trouble de jeunes lycéennes mais aussi comme un thriller psychologique autour du harcèlement psychologique. Pour le côté "portrait de jeunes ", c'est pas mal fichu, joli, vivant, assez bien vu. On notera toutefois que Mélanie Laurent n'a pas intégré les nouvelles technologies. La jeunesse de son film boit, fume, drague mais n'utilise son portable qu'avec parcimonie comme si papa et maman avait pris un forfait 10 minutes sans sms illimités. Pas un ordinateur, pas une tablette non plus, pas de Facebook  ou autres applications de réseaux sociaux n'apparaissent à l'écran... Peut être que cette nouvelle façon d'appréhender le monde n'est pas facile à filmer surtout quand on veut faire des plans jolis comme tout, bien léchés. Du coup "Respire" a un petit côté factice, pas très actuel qui lui donne un petit parfum irréel (mais c'était peut être voulu pour rester centré sur l'action).
Le côté "Thriller", malgré ce qu'en dit la critique (pis que pendre le plus souvent) ne m'a, par contre, pas paru aussi faiblard que ça. Certes, il y a des scènes un peu trop appuyées tant au niveau du scénario que dans la réalisation comme ce travelling latéral, lorsque l'héroïne harcelée découvre la réalité de la vie de son amie, qui surprend  par son ton en décalage avec le reste du film et étant, en plus, extrêmement démonstratif. Mais la tension monte quand même crescendo surtout grâce aux deux jeunes comédiennes, Joséphine Japy et Lou de Laâge,  absolument épatantes l'une et l'autre. La première , avec sa photogénie fragile et un jeu précis, rend palpable l'approche de la folie. La seconde, belle plante à la voix grave, passe avec un naturel confondant de la douceur amicale au sadisme assumé. Elles sont à elles deux, le vraie bonne raison d'aller voir "Respire".
Mélanie Laurent, très concernée par cette histoire puisqu'elle raconte souvent qu'elle même a été la proie de quelques pervers narcissiques, fait son possible pour rendre son film convaincant. Trop, sans doute... Du coup, le film avance, ballotté de scènes réussies en scènes un peu lourdes, rendant le tout assez bancal.... à l'image du dernier plan où Josephine Japy nous fend le coeur. Hélas le moment est gâché par une exclamation de la mère en fond, redondante, un peu too-much... Tout est un peu comme cela dans le film...trop explicatif sans doute, ne faisant pas encore confiance au spectateur...


jeudi 13 novembre 2014

Christine and the Queens , chaleur humaine en concert



Ce printemps est sorti le premier album d'une nouvelle chanteuse qui a tout de suite eu les faveurs de la presse spécialisée. "Chaleur humaine", titre fédérateur s'il en est, se révéla à l'écoute extrêmement intéressant. On sentait déjà une personnalité affranchie derrière cette voix au timbre original, appelé à être reconnue entre mille. L'album, très maîtrisé, pouvait dégager une certaine froideur mais donnait à penser que l'on tenait là une chanteuse que l'on avait intérêt à garder à l'oeil (heu...à l'oreille plutôt!)  Les clips que l'on trouvait sur internet, montraient que Christine savait bouger son corps (et encore plus ses mains) avec grâce . Aidée par le succès critique (puis public), la jeune chanteuse a aussi répondu à de nombreuses interviews qui laissaient apparaître une belle personne qui avait oublié d'être sotte, dévoilant au passage une femme de tête, aux idées modernes et engagées et dont le projet musical, voire scénique, ne ressemblait en rien à de l'amateurisme.
Le disque ayant été la bande son de mon été, il était évident que je me ruerai à l'un de ses concerts, histoire de voir si sur scène la magie serait accentuée ou renverrait Christine vers ses boîtes de nuit Londoniennes obscures qu'elle a un temps fréquentées. Et ce fut fait hier soir, Dans petite salle juin (400 personnes) qui affichait complet depuis un bon mois, un public, en majorité composé de trentenaires, attendait gentiment que les lumières s'éteignent.


Et le concert démarre! Dans le fond de la scène deux musiciens et à l'avant un grand espace où évoluera Christine, souvent accompagnée de deux danseurs. Dès le premier titre, avec cette danse syncopée, hommage digéré à Michaël Jackson, on sent que la dame a un sacré tempérament. . Petit gabarit mais grande présence, Christine s'arroge la scène avec une aisance inouïe. Les chansons de l'album prennent de l'ampleur, la voix est précise, puissante, belle. Elle enchaîne les titres de son jeune répertoire sans faillir, insérant par ci par là quelques reprises dont une version d'"Amazoniaque" d'Yves Simon, presque tube un peu oublié, que cette nouvelle version électro n'est pas arrivée à réveiller (et qui sera pour moi le seul instant un peu plus faible de la soirée). Hormis ce léger bémol, le spectacle est plus que réjouissant, il est enthousiasmant ! Le public, totalement séduit, sut lui faire un joli triomphe. 
 Christine, en un spectacle, démode tout un grand pan de la chanson française et s'impose déjà comme LA découverte de la décennie. Son répertoire, peut être pas des plus de de populaires mais diablement captivant, auquel s'ajoutent une grande maîtrise vocale ainsi qu'une aisance à se mouvoir, danser, apostropher le public, font que Christine devient à la fois la nouvelle queen et le nouveau king de la chanson française! Et Pourvu que cela dure ... longtemps! 


mercredi 12 novembre 2014

Joseph de Marie-Hélène Lafon


J'avais énormément apprécié le précédent roman de Marie-Hélène Lafon "Les pays", paru l'an passé. C'est donc avec envie que je me suis plongé dans "Joseph" son petit dernier. 
Joseph est un vieux gars, ouvrier agricole d'une cinquantaine d'année. Il est l'employé taiseux d'un couple d'agriculteur en train de passer la main à leur fils aîné. Plus bête de somme qu'être humain, Joseph travaille, mange avec ses patrons, le bout des fesses posé sur une chaise, pour vite rejoindre sa chambre meublée du strict nécessaire. Là, il trouvera un repos bien mérité. Allongé sur le dos, les mains de chaque côté du corps, il dort pour se réveiller le lendemain et recommencer son travail.
Avec un tel personnage, il ne faut pas chercher le grand romanesque. Nous sommes dans l'infiniment petit où quelques objets rangés dans le tiroir d'un buffet de cuisine font figure d'éléments fictionnels sensés nous plonger au plus près de l'âme des personnages. C'est le but de Marie-Hélène Lafon, accrocher son lecteur avec une multitude de petits détails que l'on perçoit sans jamais réellement les formuler mais qui sont l'essence même de la vie. Dans ce genre là, elle est une grande observatrice doublée d'une formidable technicienne de la phrase longue et enveloppante. 
Avec " Les pays ", l'an dernier, j'employais le terme de "délicate" et "subtile" pour son écriture, alors qu'aujourd'hui je parle de "technicienne", avec tout ce que ce mot évoque de froideur. J'ai eu l'impression cette fois-ci que les longues et belles phrases admirablement construites n'étaient pas en adéquation avec Joseph, tellement humble. Sa simplicité apparente, cette vie de peine et de peu dans un monde agricole vieillissant, n'ont que faire des méandres de cette belle écriture descriptive. Du coup, Joseph se fait facilement la malle ou tout du moins se fond dans le paysage décrit, comme il a sans doute presque toujours fait. Marie-Héléne Lafon, essaie de nourrir ce personnage en décrivant longuement le monde qui l'entoure, rapportant des faits divers et variés dont il est sensé se souvenir, les petites habitudes de la campagne. Il n'y a pas de chronologie, les événements se présentant au gré du moment ou de son humeur. Cette construction un poil sophistiquée n'apporte pas énormément d'éléments pour densifier Joseph et lui donner un vrai caractère, lui proposant seulement un cadre. D'ailleurs Joseph est-il vraiment le personnage central de ce livre ? N'est-ce pas plutôt la vie à la campagne ? Et quand dans la dernière partie du roman, l'auteure finit par s'intéresser enfin à lui, à son passé, c'est soudain un peu trop rapide et laisse un sentiment de flou. Oui Joseph est sûrement plus complexe et plus vivant dans sa tête que ne le laissait supposer la morne vie décrite au début. 
Si le portrait de Joseph m'a paru un peu raté, il me faut quand même reconnaître qu'il reste de très belles choses dans ce roman. Marie-Hélène Lafon est surement la romancière la plus pertinente pour décrire ce monde paysan appelé à disparaître, faisant presque figure d'ethnologue tellement son regard est juste et précieux. Joseph a peut être encore une fois évité le regard des autres mais le roman arrive tout de même à toucher en nous le descendant, même éloigné, d'un paysan. 

lundi 10 novembre 2014

Mon imagier après la tempête d'Eric Veillé


Ce qui est formidable en littérature jeunesse, c'est que la création et l'inventivité ne s'arrêtent jamais. Prenez, un genre des plus basiques, l'imagier. Quoi de plus banal que ces petits albums qui apprennent aux enfants le nom des choses qui l'entourent ? On croyait avoir vraiment fait le tour de la question. Chaque grand auteur s'y étant frotté avec plus ou moins de bonheur. Chaque éditeur ayant proposé des imagiers de toutes sortes, toutes formes. Les plus créatifs ayant également joué et détourné le genre à l'infini, du plus rigolo au plus pointu voire au plus abstrait. Mais on n'en avait pas encore eu un aussi drôle, aussi créatif que celui que nous propose Eric Veillé cet automne.
La formule est simple. Sur une double page, vous avez sur la page de gauche un imagier normal autour d'un thème, sur la page de droite vous avez les mêmes images mais après quelque chose. Et là, tout change forcément.Vous ne comprenez pas bien ? Regardez cette double page hilarante sur le thème de la piscine :

Ce sont les mêmes mais ils ont pris un autre nom et une bonne grosse dose d'humour au passage. 
Je ne voudrai pas faire mon pédagogue, mais cet imagier est une mine, un concentré de notions à apprendre sans peine, avec humour et surtout avec un grand plaisir. Hormis le vocabulaire, votre enfant apprendra  mieux  que 50 exercices formatés de fichiers pédagogiques vendues à prix d'or dans le rayon parascolaire (rayon qui sert plus à arrondir le chiffre d'affaire des librairies qu'à rendre votre enfant intelligent), à appréhender la notion d'après, ainsi que de pouvoir exercer son imaginaire tout en comprenant la notion d'ellipse ... Quoi de plus drôle que d'imaginer ce qu'il a bien pu se passer entre les deux pages ? Surtout qu'Eric Veillé, loin d'être sage, nous propose des situations délirantes ou décalées et déjà drôlissimes dès le départ. 
Aussi rigolo pour les enfants que pour les parents, cet "imagier après la tempête " est du genre à ne jamais être abandonné. Il est certain qu'il ne se retrouvera jamais dans le carton d'objets divers dont vous ferez don à l'école de votre quartier lorsque votre petit dernier sera déjà au bord d'acheter (en cachette)  sa première bouteille de vodka pour son goûter d'anniversaire. En effet, je l'ai testé, quelque soit l'âge du lecteur (oui même un ado ingrat !!!), tout le monde prend plaisir à feuilleter ce livre cartonné. Son joli dessin à la ligne claire passera sans nul doute le temps et son humour plein de deuxième degré est un régal ! 
Cette petite merveille drôle et créative est à conseiller à partir de 3 ans et est éditée par cette excellente maison qu'est Actes Sud au prix de 12.50 euros!



samedi 8 novembre 2014

Un océan d'amour de Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione


Il est un fait certain que j'adore les sardines. Un autre fait tout aussi certain est que Wilfrid Lupano peut sans conteste être classé parmi les meilleurs scénaristes au monde. Donc, si vous suivez bien, un album scénarisé par ce dernier et présenté comme s'il s'agissait d'une énorme boîte de sardines de 900 g (poids indiqué sur l'emballage), ne pouvait que m'intéresser. 
Quand on ouvre la boîte, il fait nuit. C'est le petit matin. Un pauvre petit pêcheur se réveille dans les effluves d'une bonne galette de sarrazin que son imposante épouse bigoudenne lui prépare dans leur petite cuisine. Il grimpe ensuite à bord d'un petit rafiot dont le produit de la pêche ne doit guère enrichir grand monde. Le décor est posé, nous sommes avec des petites gens qui vivent petitement une petite existence faite de petits rien. Et soudain, l'immensité du monde va leur être imposé. Un gigantesque navire de pêche va prendre dans ses gigantesques filets le petit chalutier et ce sera le début d'une aventure extraordinaire. Pendant que le petit pêcheur se retrouvera seul, perdu au milieu de l'océan, affrontant tous les dangers maritimes, des pirates jusqu'aux tankers qui dégazent, son épouse, dorénavant considérée comme veuve, partira contre vents et marées à la recherche de son mari. Elle affrontera le monde moderne des loisirs et de la futilité fashion, croisera Fidel Castro et connaîtra son quart d'heure de célébrité...
Cet album est de toute évidence une boîte de sardines de grand luxe. Tous les ingrédients sont de grandes qualités et le plaisir éprouvé lors de la dégustation intense. J'entends déjà certains dire que 24,95 euros pour une boîte de petits poissons c'est un peu cher surtout pour une histoire sans texte ! 
Que nenni ! Cet "océan d'amour" est une boîte magique car, une fois dégustée, elle peut toujours et encore nous nourrir car, elle ne se vide jamais. Merveilleusement mise en images par Grégory Panaccione, l'histoire supporte sans problème de multiples relectures, permettant de découvrir chaque fois, au coin d'une case, un détail savoureux ou tendre, qui avait échappé à notre attention, tellement on était embarqué par l'histoire. La mise en images, très cinématographique, alternant les doubles pages époustouflantes avec un découpage qui parfois prend son temps pour magnifier des moments tendres ou drôles mais qui sait aussi s'emballer quand l'action est là, tire cette histoire vers le sublime.
224 pages de pur bonheur et, c'est une prouesse, elles peuvent être lues de 7 à 107 ans (oui, l'espérance de vie s'est prolongée depuis les années 50/60, époque de ce slogan ) !
PS : Si vous avez aimé la mouette de Gaston Lagaffe, je vous mets au défi de ne pas adorer celle qui accompagne le héros de cet album... Je n'en dis pas plus, lisez "Un océan d'amour" !






vendredi 7 novembre 2014

Une nouvelle amie de François Ozon


Beaucoup de bruit autour du nouveau film de François Ozon.... à cause du sujet bien sûr, un poil sulfureux, voguant dans les zones sensibles d'un débat sociétal actuel. On y aborde donc le travestissement, le genre, on flirte avec des questionnements sur la sexualité bref, " Une nouvelle amie " semble souffler sur les braises de la discorde du moment.
Ça, c'est ce qui transparaît dans les médias depuis une semaine.  La critique, de plus en plus bienveillante avec le réalisateur, applaudit des deux mains. Il faut l'avouer, il y a dans ce film un des ingrédients principal qui fait monter les critiques aux rideaux : les références !  Là, Ozon n'a pas lésiné. On le savait grand fan de Douglas Sirk et de ses mélos, il y est abondamment cité. Mais on peut aussi y trouver, en vrac, des clins d'œil à Truffaut, Éd Wood, Todd Haynes, Almodovar. même à Xavier Dolan ( c'est fun non ? ) mais également à lui même, certaines scènes rappelant furieusement pas mal de ses films ( Potiche, 8 femmes, Ricky, entre autres) . Alors avec tous ceux là ( et d'autres sans doute),  il est facile d'écrire tout un tas de fariboles toutes plus pointues et intelligentes les unes que les autres, mais qui ont pour fâcheuse tendance de camoufler parfois quelque peu la réalité du film.  Ce genre de propos s'adresse en premier lieu au public cinéphile qui, pense-t-on, adore jouer à rechercher les hommages .... C'est un jeu comme un autre, cela ne faisant pas pour autant les bons films.
Donc au milieu de ce dispositif de références, il y a une histoire, dont le point de départ est connu de tout le monde. Un jeune veuf, afin de rassurer son bébé désormais orphelin, revêt les vêtements de son épouse au moment de le nourrir. Surpris par la  meilleure amie de la défunte, il finira par avouer avoir toujours aimé se déguiser en femme et profiter de cette occasion pour assouvir ses désirs. Entre ces deux personnages, une relation ambiguë va naître. L'un assumera de plus en plus son goût pour le travestissement et l'autre accentuera sa féminité pour le moins mise en quarantaine depuis sa naissance. Répulsion, incompréhension, attirance, ambivalence, l'histoire va explorer ce territoire de l'intime, par petites touches, sans jamais vraiment approfondir, en finesse mais aussi en gommant systématiquement le côté militant et surtout réaliste de la chose. On est clairement dans le mélodrame. C'est d'ailleurs annoncé dès les premières minutes  dans une longue scène tellement dégoulinante de clichés et de guimauve autour des années d'enfance et d'adolescence des deux amies, que la suite pourrait paraître presque sobre.
Je dis presque car, en plus d'un décor à la " Desperate housewives" , l'image est particulièrement travaillée et surtout composée avec grand soin , passant d'une douceur angélique à une esthétisante froideur glacée, nous signifiant sans détour que nous sommes dans une fiction hautement romanesque. A mi chemin entre le drame et la comédie, le film hésite constamment à verser dans un genre ou dans l'autre, contrairement aux personnages qui eux vont accepter toutes leurs ambiguités. Et si le film arrive à être intéressant, c'est qu'au milieu de ce dispositif hésitant (pour ratisser plus large ? ) il y a Romain Duris et Anaïs Demoustier tout simplement extraordinaires. A eux seul ils donnent à cette histoire une épaisseur que le traitement mélodramatique rabote constamment. Lui, est totalement crédible et émouvant en père qui aime se travestir et ce, malgré l'outrance de certaines tenues. L'interprétation exceptionnelle de Romain Duris aussi sobre que ses tenues sont extravagantes, évite l'obstacle de la caricature et est au diapason de celle d'Anaïs Demoustier qui enfonce encore une fois le clou pour prouver qu'elle est surement l'une de nos grandes jeunes comédiennes actuelles.
Pour eux et aussi pour la petite provocation du projet (ainsi que la scène finale, joli pied de nez aux rétrogrades), "Une nouvelle amie " peut être vu. Cependant son traitement kitchissime, un peu facile et assez mièvre, en plus de diminuer la portée du propos, aura certainement un côté agaçant pour certains spectateurs.
   

mercredi 5 novembre 2014

Pars avec lui d'Agnès Ledig


De manière tout à fait inattendue, j'avais bien aimé le précédent ouvrage d'Agnès Ledig " Juste avant le bonheur ". C'est donc avec un bon à priori, et passant outre cette couverture fleurant l'eau de rose et ce titre très Marc Lévy, que je me suis plongé dans "Pars avec lui".
Je ne sais pas si c'est une question de moment ou de pensée positive, mais, je l'avoue les cents premières pages m'ont emporté. Je me suis laissé embarquer dans cette rencontre hautement improbable de Roméo, pompier ayant fait une chute du haut de sa grande échelle avec Juliette, l'infirmière qui va s'occuper de lui dans le service de réanimation. Il fallait oser. Agnès Ledig l'a fait et ça passe. En quelques chapitres courts, elle plante le décor, présente ses personnages, les enveloppe dans une réalité teintée d'entraide et de bons sentiments, flirte avec les grosses ficelles mais sans jamais être lourde, car mêlées avec un regard assez pointu sur le quotidien. C'est léger mais finalement tellement plein de bon sens et d'humanité que l'on a envie de poursuivre la lecture. J'ai été touché car c'est écrit avec sincérité et avec la verve des conteurs de talent.
Et puis, petit à petit, la magie opère de moins en moins. Les personnages, taillés d'un seul bloc, finissent par aller là où l'on pense. Ils sont tous bourrés de bons sentiments. Ils peuvent avoir un peu fautés, ici s'être tapé tous les gars du collège pour le personnage de la soeur adolescente de Roméo, la vie les redirigera vers un chemin plus calme, parfois faussement provocateur. Ils ont tellement d'amour et de tendresse en eux qu'il est évident que, malgré quelques embûches ( c'est normal, on est dans un roman), la vie finira par être bonne fille. Au milieu de cet océan de bons sentiments, il y a un peu de noirceur, un compagnon ignoble, la perte d'un enfant, le suicide d'un aïeul, mais cela ne suffit pas à rendre le livre vraiment profond. On est dans un parcours balisé et un peu trop convenu, contrairement à son précédent roman où, justement, les mêmes bons sentiments irriguaient les pages mais où  les personnages ne se dirigeant jamais là où l'on pensait...
Je peux toutefois reconnaître qu'Agnès Ledig n'a pas son pareil pour noter une foule de détails du quotidien qui rend cette lecture un peu moins anodine voire très attachante par moments. De plus, elle sait mener une intrigue, faire entrer en empathie le lecteur avec ses héros. Cependant, pour moi, cette fois-ci cela n'a pas fonctionné, trop de rose sans doute et surtout des personnages sans autres sentiments que les bons ( un rêve d'humains ) qui auraient gagné à être un poil moins monolithiques.
Lecture agréable au final, un peu trop légère et convenue à mon goût mais qui saura plaire à un lectorat recherchant un roman détendant, bien mené et sans prétention, et dans ce registre là, "Pars avec lui" est sûrement le plus sincère du moment.


samedi 1 novembre 2014

Ce n'est pas très compliqué de Samuel Ribeyron



Expliquer à un enfant de quatre ans qu'il recèle en lui des trésors d'imagination, c'est compliqué, surtout en peu de temps. Lui faire découvrir que l'amitié est une sentiment formidable et profondément ancrée au fond de soi, c'est aussi très compliqué. Quand on est parent ou éducateur, on rame parfois à faire passer ces notions subtiles, cherchant les mots, les exemples...
La littérature jeunesse propose souvent des solutions en essayant d'être un passeur, un activateur de neurones, avec des albums plus ou moins réussis, quelquefois un peu lourdauds ou trop obscurs, d'autres fois abusant inutilement de jolis lapins ou d'une symbolique manquant de finesse... ou alors tapant en plein dans le mille, de façon tout à fait simple et parlante. C'est le cas avec ce magnifique (oui, le terme est tout simplement exact ) album de Samuel Ribeyron.
Un petit garçon et une petite fille sont amis. Ils jouent dans une rue triste et l'égayent de leurs rires mais aussi de leurs dessins à la craie. Un jour, la petite fille demande au petit garçon ce qu'il a dans sa tête. Il ne sait quoi répondre à cette remarque un peu étrange pour lui. Une fois dans sa maison, pour répondre à cette question qui le turlupine un peu, il va aller y voir de plus près ( je ne dis pas comment) et il découvrira qu'il possède un trésor formidable. Il attendra la prochaine rencontre pour lui en parler. Mais il ne la reverra pas, un déménagement soudain ayant emporté son amie loin de la petite rue. Le petit garçon s'étonne de ne pas pleurer et se demande s'il a un coeur...
C'est album est un délice, une caresse d'intelligence et de beauté. D'une simplicité tellement évidente, il propose au jeune enfant de réfléchir sur lui même de la plus belle des façons, celle de l'intelligence du coeur. Sans jamais rien imposer, il s'adresse à lui avec respect et finesse et réussit à lui faire ressentir et à exprimer des sentiments que son âge ne lui permet pas souvent. Et pour couronner le tout, les illustrations sont de toute beauté, admirablement bien mises en valeur par un  grand format qui nous immerge dans le monde tout en tendresse de l'auteur.
Une véritable réussite à faire profiter aux enfants à partir de 4 ans.





Bécassine ! de Bruno Podalydès