lundi 18 février 2013

Une fille, qui danse de Julian Barnes


Le Man Booker Prize est un prix littéraire anglais qui, contrairement à son homologue français le Goncourt, s'est rarement trompé pour décerner son prix. Ainsi en 2011, nous avons couronné un premier roman indigeste alors que nos voisins grands bretons ont accordé leurs faveurs à "The sense of an ending" de Julian Barnes , qui paraît aujourd'hui en France sous le titre "Une fille, qui danse", et qui est un roman vraiment emballant d'un auteur au sommet de son art.
A priori, si je vous raconte l'intrigue, vous aurez l'impression de vous retrouver dans un de ces romans au charme suranné dont les britanniques ont le secret, souvent écrits par des femmes (Anita Brookner, Barbara Pym, ...), mettant en scène des soixantenaires poussiéreux et ennuyeux, menant une vie sans charme et sans éclat.
Tony, le héros et narrateur de ce roman, est divorcé. Vivant seul, menant une existence tranquille et organisée, il verra sa quiétude bousculée par l'arrivée d'une lettre de notaire. La mère de sa première petite amie lui lègue une petite somme d'argent mais surtout le journal intime d'un de ses amis suicidé à 22 ans. Ce legs mystérieux va amener Tony à questionner le passé et revoir sérieusement l'histoire de sa vie, façonnée par une mémoire trop gentiment sélective.
Construit comme un polar ( pas noir, mais à l'anglaise évidemment), Julian Barnes attrape le lecteur par la main pour ne plus le lâcher. En grand romancier, il déroule son histoire, doucement et surement, nous conduisant de petits rebondissements en petites révélations vers un dénouement bouleversant lorsque la vérité finira par éclater. Nous entrons dans l'intimité de Tony qui se révélera moins attendu que prévu et surtout le vecteur d'une réflexion passionnante et stimulante sur la mémoire, la fabrication de l'Histoire (même sans h majuscule). Erudit mais avec humour, philosophe mais sans jargon, psychologue mais avec finesse, ce roman m'a enchanté avec ses notations parfois perfides, souvent tendres sur la vie simple d'un sexagénaire. Et comme la mélancolie de cette sonate d'automne affleure tout le long des pages, le lecteur est touché car Tony, c'est un peu nous. Nous qui arrangeons nos souvenirs pour cacher les remords, les regrets, nous qui oublions quelques moments peu glorieux mais prêts à resurgir à la moindre sollicitation, nous qui espérons toujours secrètement que le cours des choses puisse s'inverser, comme ce mascaret que le héros et ses amis ont observé une nuit à l'âge de tous les possibles.
"Une fille, qui danse" allie avec un talent inouï profonde réflexion et intensité romanesque. Formidable !

15 commentaires:

  1. je suis perplexe... la fin peut s(entendre de différentes façons... Adrian a-t-il fait un enfant à Véronica et sa mère s'en serait occupé? Ou a-t-il quitté V pour sa mère? ou...??
    Qui peut m'aider à y voir plus clair??

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La réponse se trouve p. 191 : "Mary n'est pas sa mère. C'est sa soeur. la mère d'Adrian est morte il y a environ six mois."
      Et en p. 192, pour souligner : "Un enfant que sa mère avait eu à un âge dangereusement tardif : un être diminué en conséquence. Qui était maintenant un homme de quarante ans (...) qui appelait sa soeur Mary."
      Autrement dit la mère d'Adrian (fils de l'Adrian suicidé) n'est autre que Mrs. Sarah Ford, la mère de Veronica.
      Je sais bien que c'est une fiction, mais je suis d'autant plus énervé par le comportement de Veronica qui ne l'avoue jamais clairement au narrateur Tony tout en lui reprochant de n'avoir rien "pigé" ! Même si sa lettre à Adrian et Veronica était assez indigne de lui, on ne peut pas lui faire reproche de la façon dont la vie a tourné, du moins en ce qui concerne Adrian et la mère de Veronica. Sa responsabilité est hors de cause, même si sa lettre peut paraître "prémonitoire"

      Supprimer
    2. mais alors, qui est Mary? Est-ce Véronica ? si c'est le cas, pourquoi ce changement de prénom?

      à mon tour d'être perplexe et affreusement déçue par cette fin qui n'en est pas une.
      Je suis comme Tony, je n'ai rien compris.

      Supprimer
    3. Mary est le second prénom de Veronica.
      p. 36"Ma petite amie s'appelait Veronica Mary Elizabeth Ford".

      Supprimer
  2. Pour moi Adrian a fait un enfant à la mère d'Angélica, version la plus plausible si l'on se réfère au comportement un peu sensuel de la maman, voire de son legs. Mais vous avez raison, ce n'est pas formulé de façon très nette et laisse le lecteur imaginer ce qu'il veut.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai acheté ce livre les yeux fermés après avoir lu votre critique dithyrambique et ne le regrette pas.
      je n'ai pas pu m'endormir avant d'être sûre d'avoir compris la fin. je suis rapidement arrivée à la même conclusion que vous mais ne comprend pas la changement de prénom de Véronica en Mary.
      Merci de m'avoir fait découvrir Julian Barnes.

      Supprimer
  3. Mais si, c'est on ne peut plus clair qu'Adrian est allé voir la mère de V. (sur le conseil de Tony)et lui a fait un enfant. Le changement de prénom de V. en Mary reste énigmatique en effet et je trouve que cela n'apporte rien à l'histoire.
    Il est vrai que Tony n'est pas responsable de cette situation mais je pense que V. lui en veut quand-même pour avoir provoqué la rencontre entre Adrian et Sara et pour avoir lancé un genre de malédiction sur un éventuel enfant d'Adrian qui sera son petit frère.

    RépondreSupprimer
  4. pour ajouter au mystère:Pourquoi??? La mère de Véronika laisse t'elle un petit héritage en argent à Tony.
    Inexplicable.Intrigant.
    pour le reste, c'est excellent.

    RépondreSupprimer
  5. Moi aussi déçu. La fin tout d'abord. Si c'est la mère qui a eu cet enfant, quel est l'intérêt pour le narrateur et en quoi cela change sa vision du passé. Car le gros problème est là pour moi. On nous promet un livre sur les déformations de la mémoire, une histoire est racontée, et je croyais qu'on allait voir que ce premier récit n'était pas le bon, le narrateur retravaillant sa mémoire, etc. Il y a un peu de cela, mais si peu. Au lieu de ça, on nous fait attendre une révélation qui tarde trop, et qui est très obscure et quelque soit son interprétation, sans grand intérêt car elle n'a rien à voir avec les souvenirs du narrateurs. Et puis je croyais que Julian Barnes était un "homme de lettre". Sans plus à mon avis, ce n'est pas d'un niveau littéraire extraordinaire...

    RépondreSupprimer
  6. Tout a fait d'accord avec ce dernier avis. Oui c'est un livre intéressant (mais pas un chef d'oeuvre, loin de là), comme une longue digression sur la vie mais la fin - obscure - n'apporte rien, bien au contraire (on ne peut pas s'empêcher de penser, tout pour ça. Y compris pour les noeuds que ce pauvre Tony se fait au cerveau tout au long du livre).

    RépondreSupprimer
  7. OUF : je croyais être le seul à ne pas avoir compris la fin de l'histoire... Ok Mister Barnes, ce n'était donc que ça (et en fait, j'avais compris !) : l'étudiant qui engrosse la mère de son pote ! Bon. Bof. Et sinon : un peu de philosophie d'une noirceur insondable : la vie vous met des baffes plein la gueule et à la fin, il ne vous reste que des souvenirs tellement pourris qu'il vous faudra les maquiller !
    Je serai le seul sur cette Terre à ne pas avoir aimé le dernier roman de Barnes. Et j'assume ! Oyé !

    RépondreSupprimer
  8. Bonjour. Je vois que je ne suis pas le seul à n’avoir rien compris ! Et j’ai eu tellement de peine à arriver au bout de ce livre que finalement, pour moi, ce n’est pas si grave ! Si la narration de la première partie est ‘normale’ (rien de bien transcendant non plus, j’ai bien aimé les réflexions au sujet du suicide), la deuxième partie avec toutes ces suppositions continues et inintéressantes n’en finissait pas. J’ai trouvé que la vie ennuyeuse de cet homme est ennuyeuse à lire. Dans la deuxième partie, la « quête » du journal du suicidé (qui aurait pu donner là un vrai sens au livre ?) passe au second plan pour un méli-mélo de comportements saugrenus de la part des différents personnages et des réflexions interminables avec des « si … ». Je n’ai rien vu d’anglais là-dedans (je suis en train de relire « Les puissances des ténèbres » de Burgess, là, oui, l’humour et le raffinement anglais débordent des lignes), je n’ai pas vu grand-chose du tout d’ailleurs. Bref, je pense qu’il y a plein de livres à lire avant celui-là.

    RépondreSupprimer
  9. bjr
    et pourquoi Adrian s'est suicidé???

    RépondreSupprimer
  10. bjr
    et Adrian se suicide pourquoi???

    RépondreSupprimer

Woman at war de Benedikt Erlingsson