samedi 16 septembre 2017

Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain



Avoir un avis tranché sur le dernier roman de Marc Dugain va m'être difficile tant ses objectifs politico/romanesques jouent avec le lecteur un drôle de jeu ambiguë.
Comme son titre l'indique " Ils vont tuer Robert Kennedy" met en scène le frère cadet de John Fitzgerald Kennedy, assassiné lui aussi alors qu'il briguait avec une grande chance de succès le poste suprême à la Maison Blanche. Marc Dugain fait de Bob ( soyons cool, utilisons les diminutifs de Robert) un vrai personnage romanesque, dont les agissements laissent à penser qu'il était intimement persuadé de son impitoyable destin. Cependant l'auteur, avant de jeter un vrai coup de projecteur sur Bobby, revient sur le clan Kennedy, son esprit de conquête que rien n'arrête, et surtout sur son frère John, beau gosse priapique dont l'assassinat marquera les esprits. Evacuant la thèse du tueur unique pour celle du complot fomenté par un pouvoir invisible composé des forces réactionnaires du secteur, de la mafia, des lobbys industriels et de la CIA, l'évocation apparaît documentée, extrêmement plausible, tout en brossant un portrait au vitriol de nos chers "alliés" US ( dont nous européens, sommes uniquement les "vassaux").
En plus de ce récit hautement historique et documentaire, Marc Dugain, parallèlement, plaque un deuxième récit ayant pour héros un certain Marc O' Dugain ( ?!), professeur d'histoire dans une université et enquêtant sur la mort de ses parents ( mère suicidée, père décédé dans un accident de la route). Mené par une forte conviction intime, ses recherches vont finir par le conduire là où il le voulait, à savoir au plus près des deux frères Kennedy, son père ayant été mêlé d'assez près aux deux assassinats. Le lecteur suit alternativement les deux histoires  qui paraissent se répondre, se compléter.
Je suis d'un naturel sceptique mais j'adore que l'on me montre l'envers du décor, que l'on me mette sous les yeux les vilaines choses que l'on veut nous cacher. Là, j'ai été servi ! Le propos, sans être vraiment nouveau, est étayé par une documentation apparemment très précise qui multiplie les preuves, les recoupements. Trop parfois... En revenant sans cesse sur certains points, presque de façon obsessionnelle, un petit clignotant s'est allumé dans ma tête. Tous ces propos revenant en boucle, m'ont petit à petit mis en retrait de cette histoire. Je me suis demandé si Marc Dugain ne cherchait à m'hypnotiser ( il est beaucoup question d'hypnose dans le livre). Cette méfiance fut lourdement corroborée par l'autre histoire, qui, au premier degré tire très fort sur le côté romanesque échevelé. Cette enquête aux ramifications nombreuses finit par révéler un personnage peut être un peu dérangé, impression confirmée par un final laissant planer le doute. Et du coup, je me suis demandé où était la vérité dans tout ça... Est-ce un roman inventé ?  Une fiction historique plausible ? Un roman sur la manipulation ? Oui, mais laquelle ? Celle des informations ? D'un peuple ? De lecteurs ?
Je suis incapable de vous dire si je suis enthousiaste, agacé ou simplement intrigué. Le roman est dense, bourré de réflexions (im)pertinentes ( " L'amérique n'a jamais considéré l'amitié comme une valeur, elle ne connaît que des ennemis ou des vassaux, et elle a inculqué à ses enfants la primauté de la relation d'intérêt, la seule qui vaille à ses yeux en dehors de l'amour déclaré de sa famille sous la protection de Dieu et du marché, deux formes de divinités proclamées. "), de potins ( les coucheries de Jackie Kennedy, l'impossibilité de Donald Trump à honorer une femme ayant déjà enfanté, ...), d'une vision du monde franchement inquiétante, tout cela avec une écriture ample et touffue, qui scrute le moindre détail. Il s'agit de manipulation. Je me suis senti manipulé, et je me demande si, au final, le roman n'a pas atteint son but....

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