dimanche 10 septembre 2017

Barbara de Mathieu Amalric



C'est en traînant les pieds que je m'en suis allé voir le nouveau film de Mathieu Amalric. Je l'avoue, je n'ai jamais aimé aucun de ses précédents longs métrages ( en tant que réalisateur). Mais, si  je ne suis pas un fan absolu de Barbara, Jeanne Balibar par contre m'a toujours impressionné par sa gestuelle, sa diction, son côté un poil baroque ou barré. Malgré tout, je m'attendais à me raser copieusement, surtout que la bande annonce vue et revue depuis un mois, donnait au film une image nettement intello. Résultat de la projection : le film m'a fasciné,... ce qui n'avait pas l'air d'être le cas des nombreux spectateurs qui repartaient en grognant et vitupérant contre un cinéma français masturbatoire et incompréhensible.
Il faut être franc, si vous prenez un billet pour qu'on vous raconte la vie de Barbara à la manière d'un téléfilm bien planplan, vous serez sans doute très déçu. D'ailleurs, je ne suis pas certain ( et je suis même sûr) que ce n'est pas le réel sujet du film. "Barbara" ne raconte pas vraiment quelque chose, même si on assiste au tournage d'un film sur Barbara dont le metteur en scène est un fan absolu et dont l'amour va se dédoubler à cause de la comédienne qu'il a engagé. Cette comédienne qui joue la grande dame brune, c'est Jeanne Balibar. Le metteur en scène, c'est Mathieu Amalric, son ex compagnon à la ville. Le film, c'est une déclaration d'amour à Jeanne Balibar qu'il masque dans une évocation de Barbara. D'ailleurs, dès le générique ( très original), le ton est donné. Apparaissent sur l'écran de grandes  lettres rouges clignotantes B A B R.  On se dit que le nom de la chanteuse va envahir l'écran... mais non, c'est finalement BALIBAR qui s'offre au spectateur. Première mystification. Et ce ne sera pas la seule, car durant tout le film, le jeu continuera. En mêlant très habilement images d'archives et images de cinéma ainsi que la bande son, on ne sait plus si l'on voit Barbara ou Balibar. L'illusion est constante, vivifiante, poétique, amoureuse. Alors qu'importe que la chronologie soit éclatée, préférant évoquer la chanteuse ( mais aussi sans doute la comédienne) par des touches impressionnistes délicates, jamais surlignées, dans un tourbillon de scènes magnifiquement cadrées, jouant avec les miroirs, l'écran, les écrans, la mise en scène est magnifique et porte le film vers les sommets. Cela pourrait faire exercice de style maniéré, mais c'est tout le contraire, c'est la juste distance pour magnifier l'univers et le mystère d'une chanteuse ( d'une comédienne ? ). Mathieu Amalric s'avère ici comme un fin connaisseur du cinéma dans toutes ses dimensions, aussi bien techniques que narratives et donne à Jeanne Balibar l'occasion de montrer la formidable comédienne qu'elle est, en nous offrant ici une interprétation hallucinante.
Je suis ressorti bluffé de la salle, réévaluant du coup le talent de Mr Amalric, ravi d'avoir vu un film évitant les sentiers battus des biopics linéaires et osant s'adresser à cette partie de moins en moins irriguée des spectateurs, la zone sensible à l'art, la poésie, la curiosité, la beauté. Un conseil si vous allez voir "Barbara" : ne pensez à rien de précis, de connu, n'attendez pas d'apprendre des anecdotes sur la chanteuse, et laissez-vous porter par ce ( ces?) portrait(s) en creux de deux grandes artistes magnifiées par un réalisateur vraiment inspiré.


2 commentaires:

  1. Rebonjour Pierre, je fais partie des déçus du film: trop décousu pour moi. Balibar est bien, Barbara (le peu qu'on l'entend est bien). Le film aurait pu s'appeler Brigitte. C'est sûr que c'est moins porteur mais c'est plus proche de ce qu'est le film. Bonne journée.

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  2. Quelle superbe déclaration, la puissance des regards transperce l'écran! Quant à Jeanne, elle m'a emportée...On a juste envie de d'écrire " dis, quand reviendras tu?"

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