mercredi 29 avril 2015

Nuits tranquilles à Belém de Gilles Lapouge


??? Trois points d'interrogation pour manifester mon étonnement tellement ce livre m'a laissé perplexe. De mémoire de lecteur j'ai rarement rencontré un texte qui me résiste autant, dont la lecture m'a été fort pénible et ce, dès les premières lignes. Ces 160 pages furent un long, très long moment de solitude, d'ennui et d'incompréhension.
Si je tente de résumer la trame de "Nuits tranquilles à Belém", je pourrais parler d'un homme  vieillissant qui rencontre, en allant rendre visite à un ami historien, un gosse qui l'appelle papa et qui est fort content de le savoir revenu. Plutôt que d'aller s'entretenir de Blaise de Pagan, géographe de Louis XIV avec son ami, il suit l'enfant dans sa maison et s'y installe devenant du coup le mari d'une certaine Maria de Lurdes. Il semblerait que cette dernière le prenne pour un certain Luis Carlos un mari qui faisait bien peu de cas de la fidélité. Il m'est apparu aussi que peut être le narrateur profite de cette usurpation d'identité pour divaguer dans son passé, faisant resurgir la Guyane, une maison jaune à Goa, ses années lycées mais se confronte aussi au présent avec  un gros abbé dans un confessionnal, une échoppe de poissonnier voire même Christine Boutin (juste citée je vous rassure!).
Ce texte n'est vraisemblablement pas pour moi. Je n'y ai absolument pas saisi la moindre poésie, ni la moindre chaleur moite et sensuelle brésilienne et aucunement cette sensation délicieuse de "l'oubli de soi " qui permet " de renaître dans le pays que nous découvrons" (dixit la quatrième de couverture ). Je n'y ai trouvé que confusion, redites et surtout une drôle de façon d'appréhender la construction de cette histoire (?) qui est à l'image de ces deux phrases (les 3ème et 4ème du roman) : " J'avais rendez-vous avec Olacyr de Freitas. Nous menions une enquête ensemble sur Blaise de Pagan  qui fut le meilleur géographe de Louis XIV et qui a accompli une mission en Guyane, mais, quelques années plus tôt, j'avais voyagé en Inde et, un jour, dans l'autocar qui m'emmenait à Goa, le chauffeur avait stoppé. " 
Le roman est bâti ainsi, sautant d'une idée à une autre, au fil sûrement d'une mémoire éprise d'une liberté que j'ai eu du mal à saisir, enchaînant des situations sans trop de logique. Pour moi, cela m'a été impossible d'entrer dans cet univers ... fantasque (?), rien, mais absolument rien, ne m'a accroché. J'ai même eu l'impression d'un certain radotage, des éléments sans grand intérêt revenant sans cesse, alourdissant encore plus une trame déjà pas bien passionnante.
Je n'en dis pas plus. Peut être que d'autres trouveront cela envoûtant, captivant ou je ne sais quoi. Pour moi, ce fut un long chemin ennuyeux ...

Roman lu dans le cadre de "Masse critique " du site Babelio.

samedi 25 avril 2015

Caprice d'Emmanuel Mouret


Il y a une dizaine d'années, je prenais un certain plaisir à la vision des comédies décalées d'Emmanuel Mouret. Même en 2011, "L'art d'aimer", film à sketches divertissant avait eu l'heur de me plaire...
Si dans "Caprice" qui sort cette semaine, on retrouve une jolie image au service de deux des comédiennes les plus pimpantes et pétillantes du cinéma français, force est de reconnaître que la magie n'opère plus sur moi. Malgré la présence de Virginie Efira et Anaïs Demoustier, j'ai sombré dans un ennui total, parfois au bord de l'agacement.
Si le titre peut rappeler Marivaux, si les situations et les dialogues lorgnent vers Eric Rhomer, le film n'est hélas qu'une suite de rebondissements tous plus improbables les uns que les autres. Et encore, "rebondissements" est un bien grand mot qui laisse croire que tout cela a des allures de comédie à l'américaine, alors que nous sommes plutôt au rayon "linge de nuit" d'Auchan. On ne croit pas une seconde au scénario qui multiplie les hasards et les prétextes les plus lourds, pour faire se rencontrer les personnages eux-même caractérisés de façon monolithique.
Clément, le héros, est aussi maladroit que niais, arrivant sans le vouloir à séduire Alicia, grande actrice ultra célèbre qui tombe raide dingue de cet instit pourtant bien peu charismatique. Et comme l'amour attire l'amour, une jeune et collante apprentie comédienne , Caprice ( tu parles d'un prénom!), va s'incruster dans sa vie jusqu'à finir aussi dans son lit. La situation commence à se compliquer pour ce brave garçon dont le coeur balance entre les deux donzelles....
Le spectateur que j'ai été n'a guère balancé longtemps. Entre les dialogues sortis d'un roman bien poli des années 30 et les personnages improbables et agaçants, je n'ai eu qu'à lutter contre l'ennui. Virginie Efira a beau être délicieuse, je me suis demandé si cela pouvait exister une star aussi gnangnan dans la vie de tous les jours. Elle est mise en scène avec une attention d'entomologiste craignant d'égratigner légèrement une belle pièce de sa collection de papillons exotiques. Du coup, elle n'a rien à faire que de porter des robes nunuches ou recevoir des bouquets de chez Monop'. Anaïs Demoustier en enquiquineuse est mieux lotie. Ses dialogues pétillent un peu, comme de la Badoit, mais reste cantonnée à son personnage monobloc.
Quant à Emmanuel Mouret, il serait peut être temps que quelqu'un lui dise qu'il pourrait arrêter de jouer les séducteurs rêveurs et mollassons, on n'y croit plus du tout. Est-ce l'âge ? (Les tempes grisonnantes ne lui apportent donc pas un peu de maturité ? ) Sont-ce ses dialogues  ( - (voix suave de Virginie Efira) Clément ?! - (voix traînante d'Emmanuel Mouret) Ouuuiiii... ) entendus une bonne dizaine de fois et donnant l'irrésistible envie de secouer tout le monde (baffer a même dit ma voisine de siège) ? Est-ce aussi cet univers un peu particulier qui n'arrive plus à paraître décalé dans une époque trop morose pour se captiver aux caprices du coeur d'une bande de personnages au babil hors d'âge ? Un peu de tout cela sans doute....
Et si la prochaine fois Emmanuel Mouret s'attaquait à une autre genre que le marivaudage convenu ? Je ne sais pas , le western, le film érotique, l'horreur ? Cela pourrait être drôle du coup, surtout avec ses ingrédients benêts habituels. Il retrouverai cette allure décalée qui pouvait plaire dans le temps... et nous surprendre plus qu'avec ce "Caprice" qui n'est au fond qu'une antichambre du sommeil.



vendredi 24 avril 2015

La fourmi assassine de Patrice Pluyette


On dit souvent que la première phrase d'un roman est essentielle pour enchaîner le lecteur, l'attraper, pour ne plus le lâcher. Si j'avais du m'en tenir avec celle qui ouvre "La fourmi assassine", pas sûr que je sois allé bien loin dans ma lecture. Assez alambiquée, longue et étrangement bâtie, je m'y suis repris à trois pour pouvoir bien intégrer toutes les informations qu'elle contient. Peut être étais-je fatigué ou sortais-je d'une lecture trop facile?  Même maintenant, alors que je pense avoir l'esprit assez clair, elle me paraît toujours aussi peu engageante. Jugez plutôt :
" Comme Gisèle Prunier n'avait pas disparu mais cherché à disparaître pour savoir comment Odile Chassevent avait disparu, on en sut un peu plus sur Odile qui avait été l'amie de Gisèle et devait se présenter pour dîner chez celle-ci à vingt heures avec un dessert le jour de sa disparition, laquelle perspective (le dîner, pas la disparition - à moins que Gisèle fut dans le coup mais nous essayerons de ne pas imaginer que si) enthousiasmait les deux jeunes femmes chaque premier week-end du mois quand Gisèle n'était pas de garde, Odile surtout cette fois-là, en témoigne son texto rédigé le jour même mais pas envoyé, enregistré à quinze heures dans le brouillon de son téléphone portable qu'un agent de la voirie retrouve le 4 du mois sans boîtier, juste la carte Sim pilonnée, incrustée dans les crampons d'une botte au fond d'une poubelle recouverte par les ronces sous le chemin vicinal dit rue du Pont Prolongé. "
Je suis passé outre et j'ai bien fait, car la suite se révèle finalement passionnante. L'intrigue policière suggérée par cette première phrase introductive existe bien avec son policier, ses deux suspects et sa construction distillant un certain suspens. Mais comme nous sommes dans cette sorte de laboratoire littéraire qu'est la collection "Fiction & Cie" du Seuil, le texte et son écriture abordent ce genre classique avec une originalité qui laisse admiratif. Composé avec des chapitres courts, le roman  tricote les éléments de l'enquête, parfois des fausses pistes,  avec des détails apparemment insignifiants construisant ainsi un univers contemporain singulier mais au final très réaliste. Il dresse ainsi des portraits aussi étranges que fascinants, de personnages tous au bord de la folie, avec des phrases possédant la plupart du temps des éléments décalés qui nous ramènent à un quotidien qu'ils essaient de fuir. C'est à la fois drôle, grinçant, avec une poésie imprégnée d'angoisse, ingrédient essentiel à tout bon polar.
"La fourmi assassine"  est donc pour moi une belle surprise, la découverte d'une plume singulière, attachante et inventive. Le texte est court mais l'univers créé possède une intensité aux images qui restent en mémoire. Je pense qu'après la lecture du roman vous ne verrez plus les poupées gonflables de la même façon....


mercredi 22 avril 2015

Jauja de Lisandro Alonso

Viggo Mortensen est un acteur qui a passé son année 2014 ( 2013?) à parcourir le désert. Tel un Théodore Monod en version belle gueule du cinéma, il a ainsi affiné sa silhouette, musclé ses jambes et accessoirement participé activement à la promotion d'un cinéma pas toujours facile. Après "Loin des hommes " où il arpentait des chemins caillouteux algériens, le voici dans "Jauja" à déambuler longuement dans la pampa.
Nous sommes en Patagonie, à la fin du 19ème. Un officier danois est nommé pour diriger quelques soldats perdus, en butte à des autochtones opposés à une conquête de leur territoire. Ce capitaine est accompagné de sa fille, 17 ans à tout cassé, seul élément féminin dans un univers de mâles. Sous une allure des plus sages, due à une éducation que l'on devine traditionnelle, se cachait en fait une adolescente au corps en fusion. Elle s'enfuira nuitamment avec un jeune soldat. Le père, fou d'inquiétude, partira à sa recherche...
Ainsi raconté, cela a des allures de western. A l'écran, il en est tout autre chose. Lisandro Alonso, amoureux des longs plans fixes, crée un univers singulier, un rien lunaire, où les personnages posés, qui sur une plage, qui sur ou devant un rocher, dissertent, échangent des propos un peu obscurs, se masturbent, évoquent un quotidien de soldats. Cette économie de moyen embarque le spectateur dans un espace/temps insolite, où très vite on se rend compte que l'histoire n'a guère d'importance. Quand le personnage interprété par Viggo Mortensen prend la route, le film va verser dans un long road-trip ontologique pour s'achever par un final surréaliste, donnant à l'ensemble une portée soudain nouvelle.
Même si le spectateur est amené à se questionner par rapport au récit, vous vous doutez bien que l'heure quarante-huit que dure tout cela ne passe pas à la vitesse d'un John Ford. Il vous faudra, avant d'éventuellement vous retourner délicieusement l'esprit à chercher des points d'ancrage, vous coltiner de très nombreux plans fixes où Viggo apparaît en haut de l'écran dans un paysage de pampa, le traverse au rythme de son cheval, ( celui du petit trot car on ne galope pas dans "Jauja" !) et disparaît enfin ....pour réapparaître dans un autre endroit, toujours en haut de l'image....et...  Oh ...il est à pied cette fois-ci ! Et ...ouh là, ... il va en mettre du temps à arriver à l'autre bout de l'écran (heureusement carré) car les randos ça fatigue son homme !...Comme disait intelligemment un spectateur visiblement conquis à la sortie du film : "J'ai beaucoup aimé me laisser aller à cette notion originale du concept de temps !", façon totalement épatante de ne pas dire que c'est pas mal rasoir.
Le film n'est toutefois pas exempt de certaines qualités. Les longs plans sont admirablement composés et on retiendra aussi une proposition un peu radicale mais intéressante de créer une oeuvre cosmico picturale, façon peintre plutôt abstrait. Cependant ce jeu sur la durée et l'espace/temps peut venir à bout de la patience du spectateur le mieux intentionné du monde et malgré la présence de Viggo Mortensen, nettement moins bien utilisé que dans "Loin des hommes", le film reste un essai original, un peu hermétique ....comme si Tarkovsky s'était essayé au western...


mardi 21 avril 2015

L'enfer de Church Street de Jake Hinkson


Cela débute comme souvent dans un polar, par un meurtrier en cavale. Pour fuir, il braque une personne au hasard dans une station service dans le but de se faire conduire hors de portée de la police locale. Pas de chance pour lui, il va tomber sur un drôle de personnage : Geoffrey Webb. Il a beau être obèse et traîner une allure peu ragoutante, on va vite se demander qui est l'otage de qui. En échange des 3000 dollars qui détient dans son portefeuille et de conduire le meurtrier jusqu'en Arkansas, il va l'obliger à écouter l'histoire de sa vie qui ne ressemble en rien à un long fleuve tranquille. Webb a embrassé la profession d'aumônier dans l'église baptiste d'une petite ville et s'occupe principalement d'apporter un éclairage spirituel aux quelques jeunes qui fréquentent sa paroisse. 
Et là, pour un polar américain, l'auteur n'y va pas de main morte. La vocation de Webb est à l'image de son pays, essentiellement motivée par l'aspect lucratif. Pour lui " la religion n'a rien de différent de  la lecture des lignes de la main ou de l'interprétation du marc de café ". Etre payé pour prêcher les âneries que les gens veulent entendre est pain béni pour lui. C'est le job idéal, pas cassant et " que celui qui n'arrive pas à se faire de l'argent dans le business de la religion n'a vraiment rien compris". Engranger du fric étant réglé, son office auprès des jeunes ouailles de la contrée va lui permettre également de commencer à expérimenter la sexualité auprès d'Angela, ado ingrate et sans grâce, mais mineure et accessoirement la fille du pasteur. C'est à partir de ce moment là qu'un engrenage infernal va l'attraper. On ne vit pas impunément dans une petite ville sans être épier...
Si l'on s'en tient au polar, "L'enfer de Church Street" se lit avec intérêt. L'action fonctionne à plein, les personnages possèdent assez d'ambiguïtés pour accéder à un statut bien romanesque. On y croise tout ce qui fait le sel de la littérature noire américaine, du shériff corrompu jusqu'à une mafia locale menée par une "marraine". De ce côté là, c'est réussi.
Pour le fond du livre, après un départ cynique, sortant des sentiers battus, l'impression que l'auteur n'a pas osé aller jusqu'au bout prévaut. Sans divulguer la fin, le lecteur du fin fond de l'Oklahoma ne sera pas trop perturbé, le bouchon du " religieux tous pourris" n'a pas été poussé trop loin. La morale est presque sauve mais j'espère bien que cet humour cynique sous-jacent qui court tout le long du roman aura semé quelques petites graines... (Attention, loin de moi l'idée de transformer chaque lecteur en assassin...en moins crédule sûrement...)

dimanche 19 avril 2015

Taxi Téhéran de Jafar Panahi


Impossible de parler de ce film sans évoquer sa geste politique, ce tournage bravant les interdits de la dictature islamiste, ce pari fou de le faire sortir d'Iran et de le projeter sur tous les écrans du monde. On ne peut que saluer le courage de Jafar Panahi, son amour et sa foi en un cinéma qui saura, le plus souvent, être du bon côté de l'humain. Quand on sait que c'est au péril de sa liberté qu'il nous offre ces images, on peut penser que l'Ours d'or décerné à la dernière Berlinale est un signe fort. Rien que pour cela, il est bien sûr évident que se rendre dans une salle  projetant "Taxi Téhéran" est un geste de soutien. Cependant, même si je sais que certains me reprochent mes bémols pour les films ou courageux ou fragiles, je ne suis pas certain que ce long métrage soit, artistiquement parlant, un chef d'oeuvre.
Je rappelle le principe du film, emprunté à Kiarostami. Jafar Panahi conduit dans les rues de Téhéran un taxi dans lequel il a placé de petites caméras numériques camouflées, m'a-t-il semblé, dans de la jolie fourrure acrylique. Nous allons voir se succéder différents "clients" ( à ce que l'on sait, la plupart sont des amis) qui donneront par leur histoire personnelle une vision de l'Iran d'aujourd'hui.
Quand on visionne l'oeuvre, il est difficile de faire la part des choses. Documentaire ? Film ? Dialogues et situations écrits ? Réflexion sur le cinéma entre fiction et réalité dans un univers où tout peut être filmé par un iphone, un ipad ou un appareil photo ? Tout cela imprègne le film en filigrane car tous ces moyens sont utilisés dans le film. C'est sans doute la partie la plus passionnante.
Par contre ce qui nous est donné à voir en premier lieu n'est pas tout à fait excitant. La succession de personnages, parfois au bord du cabotinage, abordent donc la vie dans la société iranienne. C'est parfois assez drôle comme lors du transport de l'accidenté de la route, assez militant dans la bouche de l'avocate mais parfois lourdingue lorsque c'est notamment asséné par la nièce du réalisateur,  dix ans à tout cassé, hélas présente pendant un bon tiers du temps. Certes elle nous égrène les codes rigides de la censure locale mais avec un tel aplomb que l'on se dit que la jeunesse iranienne est rudement affirmée. On la perçoit étrangement plus libre, voire plus chanceuse que ses consoeurs françaises, traversant seule des rues très passantes, allant boire un café glacé avec un homme inconnu et ayant la chance de suivre des cours de cinéma dans son école visiblement primaire...(ou elle est sacrément en avance ou dans une école alsacienne locale) ! Là, je l'avoue, j'ai commencé à tiquer. L'impression de voir défiler toute la population bobo de Téhéran, iphone greffé à l'oreille et pouvant visionner sous le manteau des films interdits grâce à leur argent et à un réseau de revendeurs s'est alors imposée.
Les bobos souffrent bien sûr sous un régime totalitaire, et l'on en est conscient, mais cette démonstration laisse un goût amer. C'est une sensation proche de celle que l'on éprouve devant comme tout un public au festival de Cannes, habillé sur son trente et un, applaudissant et s'esbaudissant pour un film sur la misère du monde puis filer fêter l'accueil critique de l'oeuvre dans une soirée au minimum champagnisée sur la plage du Martinez. "Taxi Téhéran" brave la censure avec héroïsme c'est certain mais pour qui ? Pour quoi ? Les bobos opprimés parlent aux bobos libres ?
Je m'aperçois que j'étais parti pour défendre un film courageux et au final, je suis bien négatif. Alors, je vais être beau joueur, faisons partie de la grande famille des cinéphiles impliqués, montrons notre soutien à Jafar Panahi, allons voir son film artistiquement pas très réussi, nous aurons bonne conscience par cet acte de soutien ...mais ne venez pas ensuite me dire que le cinéma n'a pas gagné grand chose dans cette histoire là.


samedi 18 avril 2015

Une belle fin d'Umberto Pasolini


Attention film à l'allure minimaliste de part l'intrigue et le personnage principal ! Mais méfiez-vous des apparences, ce n'est pas parce que le sujet et l'action semblent réduits que l'émotion est absente.
Certains me diront que si l'on adhère à "Une belle fin", c'est parce que justement il a une belle fin, peut être un peu à l'arrache, mais le dernier plan, empreint d'une très belle émotion, donne tout son sens à un film faussement triste.
John May est un quarantenaire terne, fade, à la vie de vieux garçon ultra solitaire où rien ne bouge, ne change dans un quotidien à la tonalité grisâtre. Son travail n'est guère youplaboum car il est chargé de retrouver quelques parentèles à d'autres solitaires retrouvés morts dans leur appartement. Comme la solitude est un bien finalement très commun mais peu partagé, les proches des défunts font toujours défaut et c'est souvent que ce pauvre John qui assiste, seul, aux funérailles de ces laissés-pour-compte. Mais nous vivons dans une société libérale et tout travail, même si accompli avec compétence et honnêteté, ne pèse guère face au spectre de la rentabilité.C'est donc au bout de 22 ans de bons et loyaux service à essayer d'offrir une belle fin à de pauvres esseulés, qu'il sera licencié. Il clôturera sa carrière avec les dernières funérailles d'un ancien soldat anglais qu'il mettra un point d'honneur à organiser le mieux possible. Et durant cette dernière mission filtrera la possibilité d'une autre vie...
La mise en images est au diapason de cette histoire. Tout est terne, gris bien rangé, distillant un fort sentiment de solitude extrême mais avec un regard, une vision qui force le respect. Et boîte de thon sur assiette blanche (vous comprendrez l'allusion après avoir vu le film), il y a  surtout la présence d'un comédien formidable : Eddie Marsan. Absolument parfait dans ce rôle de gratte-papier poussiéreux, il arrive, par quelques brefs éclairs de drôlerie ou de compassion, à donner au film cette dose d'intensité qui permet au spectateur de le suivre avec intérêt dans cette vie si tristouille. La mise en scène, réglée avec minutie, arrive à saisir ces instants délicats, entre rire et larmes. On ne ressent jamais à l'écran le travail minutieux qu'il a fallu accomplir pour arriver à cette apparente simplicité. Chaque plan est composé avec précision mais laisse sourdre l'émotion et l'empathie.
Pour les amateurs de littérature anglo-saxonne, Johm May, m'a fait irrésistiblement penser aux personnages des romans d'Anita Brookner, grande observatrice des solitudes contemporaines. Et c'est surement ce sentiment de vie simple et monotone, pas si souvent montrée à l'écran, qui a forcé mon attention et qui a fini par m'émouvoir grâce au regard sans ambiguïté d'Umberto Pasolini parfaitement accompagné par un acteur d'exception. Un joli film qui mérite notre regard.



jeudi 16 avril 2015

Gabrielle d'Agnès Vannouvong


En ouvrant ce roman, à la fin du premier chapitre de deux pages, j'ai été arrêté par ceci : "On en avait assez de nos vies Télérama, la fermeture des bars, couchés à pas d'heure. On voulait construire une famille. Sans le savoir, on allait vivre une expérience radicale. "  Ce doit être les mots "Vies Télérama " qui m'ont harponné et puis "expérience radicale" était tentant...
La lecture ne fut pas tout à fait au niveau espéré. Cela démarre comme de la chick-lit. Quelques trentenaires parisiens, ayant un bon job, font le point sur leur vie : Les amants, les maîtresses, le temps qui passe, l'horloge biologique, le désir d'enfant.... Tout cela est classique, habituel, un rien gonflant...
Puis, l'histoire prend une autre tournure, plus sentimentale lorsque la Gabrielle du titre rencontre Hortense de 19 ans son aînée et en tombe raide dingue. Beaucoup d'allers et venues entre les deux femmes, entre Paris et Genève, une âpreté du désir d'être ensemble et Gabrielle sentant grandir soudain en elle le désir d'élever un enfant... Mais la différence d'âge, la distance, le passé d'Hortense mettront à mal leur amour. Gabrielle ne renoncera pourtant pas à vouloir donner la vie...
Le thème de la parentalité promis au début du roman, vite transformé en homoparentalité, se trouve  différé à cause du développement du récit des amours de Gabrielle et accessoirement de Malik et François, autre couple gay gravitant dans le cercle d'amis. L'auteur se perd pas mal dans des évocations un tout petit peu encyclopédiques des différentes villes visitées, avec un côté guide gay parfois. Tout cela est mené avec habileté mais prend un peu trop d'importance surtout que la dernière partie, celle qui traite enfin de l'homoparentalité, finalement très intéressante, m'a paru un peu bâclée. Agnès Vannouvong nous propose pourtant une jolie mais courte réflexion sur les tenants et les aboutissants de la venue d'un enfant au sein des couples homosexuels. Elle interroge et questionne son lecteur en présentant le couple, le mariage, comme une instance uniquement sociétale et offre de faire exploser cette notion aujourd'hui ringardisée par la loi du mariage pour tous en nous faisant réfléchir sur d'autres modèles "familiaux". C'est diablement réjouissant mais arrive beaucoup trop tard dans le livre... ou alors il ne fallait pas nous appâter au début...
Pour conclure, un joli essai pas totalement convaincant mais qui surfe joliment sur un fait de société qui risque de bouleverser pas mal de repères dans les années qui viennent. En se jouant de quelques clichés et ne rêvant d'un monde plus libre d'esprit, Agnès Vannouvong nous interpelle et donc nous intéresse. 

lundi 13 avril 2015

Lost river de Ryan Gosling



Cette semaine nous offre une possibilité alléchante :savoir ce que peut bien avoir dans la tête Ryan Gosling. Jusqu'à présent, pour moi, ce n'est qu'une soit disant star que la presse proclame "beau mâle" (bof) mais surtout un acteur dont le charisme à l'écran est inférieur à celui d'une courgette même lustrée. On m'objectera que son jeu tout intériorisé ou "je fais la gueule mais qu'est-ce que je morfle à l'intérieur" est l'un des plus profonds du cinéma américain. Sans doute, mais l'oeil vide qu'il trimbale de film en film me fait l'effet du contraire. Bref, sort sur les écrans français son premier long métrage en tant que réalisateur. 
La première chose qui saute aux yeux, c'est que Ryan a des références. Evidemment, il y a en premier lieu Nicolas Winding Refn dont il aime l'imagerie de néons multicolores, les plans tarabiscotés et l'errance filmique  mais aussi d'autres, plus séries B, comme les Argento père et fille et surement des réalisateurs de films d'horreur que je ne connais pas bien. Mais tous ces références en abondance ne font assurément pas de Mr Gosling un grand cinéaste. 
Il fait dérouler son histoire un quartier de Détroit très très délabré pour montrer une Amérique au bord du gouffre, pour le côté social, mais comme on voit cela depuis quelques années dans beaucoup de productions indépendantes, la toile de fond devient presque un cliché. 
Moins cliché par contre est le scénario qui hésite entre le conte initiatique, le film d'horreur et l'oeuvre profonde ( mais quelle profondeur ? ). En gros, il est question d'une belle américaine prise à la gorge par les traites d'une maison. Elle décide de se produire, pour arrondir ses fins de mois, dans un cabaret sordide spécialisé dans les spectacles gores. Pendant qu'elle se produit sur scène, son fils aîné va copiner avec un clone féminin de la famille Adams et retrouver les vestiges d'un village englouti sous les eaux d'un lac artificiel. On y croisera aussi quelques méchants et Reta Kateb en chauffeur de taxi. Il n'a rien à dire, rien à faire mais il est là. Il y a aussi Eva Mendés qui se fait poignarder et égorger tout en chantant sur des rythmes tropicaux, donnant l'impression de concourir au Guinness Book des prestations les plus étranges du cinéma ( Rappelez-vous qu'elle servait de madone pour un Denis Lavant priapique dans "Holly motors" de Carax ). Tout cela avance cahin- caha, souvent de nuit, avec des lumières de toutes les couleurs, des plans flous  ou à travers des vitres sales ou tarabiscotés.
Dire que j'ai été passionné serait mentir. Je me suis pas mal ennuyé faut l'avouer, même si la deuxième partie est un peu plus prenante, car comportant des scènes grandguignolesques assez étonnantes et un numéro dansé devant un caisson des plus... déroutant. (Celui-là, je le recommande, restez bien éveillés jusque là, car c'est vers la fin)
Je ne suis pas certain que "Lost river " puisse faire entrer Ryan dans le cercle fermé des futurs grands cinéastes. Ce n'est pas totalement inintéressant, loin d'être réussi, mais peut être verrai-je désormais une petite lueur dans le regard de  Ryan Gosling, me certifiant qu'il n'est pas seulement le soi-disant beau gosse inexpressif du cinéma américain. 


samedi 11 avril 2015

Un pays pour mourir d'Abdellah Taïa



Il y a l'exil qui relie chacun des personnages de ce roman. L'exil comme seule issue à un Maroc enfermé dans ses traditions et sa religiosité. L'exil pour fuir un destin tout tracé que le corps des personnages refuse. L'exil oui, mais après ? Le monde n'aime guère les exilés. Il les parque aux confins des villes dans des lieux minables où règnent toutes les misères possibles. Pour survivre, il faut plonger dans la marge quitte à s'y enfoncer à jamais. Reste la possibilité de rêver, unique brèche d'espoir dans une destinée pourtant tracée.
Il y la culture originelle, celle qui colle à l'esprit, celle qui quoiqu'on fasse, où que l'on soit, sert malgré tout d'étais dans les mauvais jours toujours plus nombreux. On fait appel aux djinns, aux sorciers pour essayer d'avoir une petite emprise sur le monde qui nous échappe. On retrouve les odeurs d'une cuisine gourmande, sucrée, aromatique,  on s'emplit la tête de films indiens ou égyptiens. On a beau avoir bravé de nombreux interdits, le réconfort vient surtout du souvenir de ce lieu natal à l'empreinte indélébile.
Il y a le sexe, tabou, caché, mais pourtant si présent. Il est pour les personnages de Taïa indissociable de leur destinée, souvent le motif principal de leur fuite. Il pourrait aussi devenir un pouvoir ou tout du moins un moyen pour s'extraire de la précarité. Prostitution, homosexualité, transsexualité traversent le roman comme un plaidoyer pour un possible regard indifférent des autres.
Il y a le roman, qui, comme le précédent, "Infidèles", est construit d'une façon un peu maniérée. Le récit est plutôt gigogne et choral. Plusieurs personnages illustrent le propos de l'auteur, plusieurs histoires qui parfois se recoupent. J'y ai trouvé des pages magnifiques (la lettre de l'exilé iranien à sa mère), d'autres bouleversantes ( le désarroi d'Aziz à la suite de son changement de sexe) mais j'y ai rencontré aussi une certaine déception.
J'avais entendu un entretien de l'auteur sur une radio du service public qui m'avait emballé. Sa voix calme, douce et posée, exprimait avec des paroles fortes, sèches, tranchantes, militantes, sans concession, toute la misère de notre monde, laissant également entrevoir la difficulté de son parcours. Il parlait sans acrimonie, mais ses mots étaient de ceux qui donnaient envie de se lever pour essayer de changer un peu le cours des choses. On retrouve cela dans son livre mais, hélas pour moi, dilué dans une écriture aux effets de style assez opposés.  Un chapitre construit avec une  succession de phrases courtes et sèches se trouvera suivi d'un autre empreint de toute la suavité d'une poésie orientale et dialogué comme une romance égyptienne. Cette dualité constante, peut être pour marquer l'opposition Orient/Occident, a eu pour ma part l'effet d'atténuer la force du propos. La rudesse des sentiments et des situations voit sa portée amoindrie par ce surgissement quasi enfantin d'éléments mélodramatiques... peut être une façon plus douce d'appréhender ce monde, d'en atténuer la violence.
Il est certain par contre qu'Abdellah Taïa tisse un univers bien à lui, mélange de sexe, de cinéma, de passion et de désespoir. Je n'ai pas la chance d'y adhérer complètement mais force est de reconnaître qu'il fait résonner une voix originale dans la littérature d'aujourd'hui. Et rien que pour cela, je ne peux que vous engager à aller y faire un tour, il faut coûte que coûte préserver ces singularités que nous offre encore une édition de plus en plus formatée.

vendredi 10 avril 2015

La politesse de François Bégaudeau


François Bégaudeau dans sa dernière livraison s'attaque à un sujet rebattu : la vie littéraire en France. L'écrivain, qui, en plus d'avoir une certaine verve dont il n'est pas avare médiatiquement, fourmille d'idées pour essayer d'être un peu novateur. "La politesse" se présente sous la forme d'une fantaisie en trois parties, allant du factuel d'un écrivain un peu connu à un récit de science fiction où il s'essaie à l'invention d'un monde sinon parfait mais défait au moins d'une marchandisation effrénée des vies en général et du livre en particulier.
Le livre débute par un mail datant de 2022. On lit, on est intrigué puis on oublie très vite car nous sommes embringués dans le quotidien d'un écrivain (peut être Bégaudeau lui même ). De foire du livre de Binic où les lecteurs cherchent désespérément Foënkinos en lycée de banlieue où les élèves font acte de présence mais n'ont surtout lu aucune ligne du monsieur qui leur fait face, la vie d'auteur n'est guère enviable. Personne ne le lit vraiment, surtout pas les attachés de presse ou culturels qui le reçoivent, ni les journalistes qui l'interrogent ni même les lecteurs qui viennent lui extorquer une dédicace. Alors, il fait acte de présence, fulminant intérieurement tout en renvoyant la balle le mieux qu'il peut. C'est drôle, mordant. Cela pourrait être répétitif mais l'oeil narquois de Bégaudeau sait varier les points de vue et prendre la bonne distance. Je me suis seulement demandé où était exactement l'auteur: au-dessus de la mêlée, observant le monde d'une vigie d'intelligence inatteignable ? Ou vraiment cet auteur désemparé par l'état culturel de notre pays ? Bizarrement, malgré l'évident mordant du texte, je pencherai pour la première idée, tellement un soupçon de suffisance pointe deci delà...
Dans la deuxième partie, le narrateur pète les plombs, refuse de continuer à jouer cette comédie et décide d'être totalement frontal avec ses interlocuteurs, mettant leurs faux semblants, leurs incohérences à nu. C'est un petit jeu de massacre réjouissant qui nous est offert, jusqu'à l'absurde. L'écrivain se lâche et du coup confirme sa nette supériorité face à ces pantins que sont les rapaces qui gravitent autour du livre. On rit, jaune, l'écrivain ne gagne vraiment pas en sympathie, mais je l'avoue, réjouissant.
Et arrive la dernière partie qui aurait dû achever ce livre en apothéose. François Bégaudeau nous envoie dans le futur. La politesse est devenue une monnaie universelle, toutes les utopies de solidarité entre les êtres, tous les jolis projets pour une meilleure planète verte sont enfin arrivés. On lit les livres pour les mots, les phrases et non pour une quelconque satisfaction sociale ou image valorisante... Enfin, c'est ce que j'ai cru percevoir parmi ces nombreuses pages, les plus chiantes que j'ai pu lire depuis longtemps. Il faut bien le dire cette partie science-fiction m'a été très très pénible. On ne comprend pas grand chose. On sent que l'auteur a imaginé  un monde parfait mais qu'il est dans l'incapacité de nous le restituer de façon intelligible. Les mots semblent se côtoyer parfois sans grande cohérence, noyant le lecteur dans une multitude de détails abscons. On est dans un épais brouillard littéraire avec des trouées qui nous renvoient aux parties précédentes sans que l'on y trouve grand intérêt. Je pense que François Bégaudeau  aurait pu fournir, cachée entre les pages,  la came qu'il a utilisée lors de la rédaction de l'oeuvre...
Terminer un livre sur une telle fausse note n'engendre guère l'indulgence. Mais je serai honnête, sans la troisième partie, "La politesse" serait gentiment piquante. On l'aurait lue avec plaisir et sans doute vite oubliée. Avec cette incursion ratée dans le futur, on obtient un objet bancal. On peut bien entendu saluer  cette tentative d'originalité, mais hélas François Bégaudeau en sortant du réel qui est le moteur de ses précédentes productions, montre qu'il est un écrivain ambitieux mais surement pas un romancier.


jeudi 9 avril 2015

Jamais de la vie de Pierre Jolivet


Sur le parking d'un Intermarché rôde Franck un vigile. C'est le seul boulot en CDD qu'il a réussi à obtenir après dix années d'inactivité pour cause de militantisme syndical de premier plan lors d'un combat contre la fermeture d'une usine. Solitaire, vivant dans un deux pièces d'une cité moyennement bien fréquentée, il survit. Réparant quelques objets électriques jetés dans les poubelles, buvant plus que de raison, sa vie n'est guère folichonne, et son avenir pas plus radieux,  surtout avec une perspective de retraite à 70 ans ! Franck traîne son ennui et un certain ressentiment contre cette société à la violence latente qui rejette du système un nombre de plus en plus important d'individus, à l'instar de sa conseillère du centre social qui, malgré son boulot, vit dans une certaine précarité. Une petite connivence va naître entre eux, comme une petite fleur colorée au milieu d'une étendue de grisaille. Mais autour d'eux les affaires louches prospèrent. Franck s'aperçoit d'un drôle de manège autour du centre commercial, un 4x4 noir, aux plaques minéralogiques changeantes semble beaucoup trop présent pour être honnête...
"Jamais de la vie" est un film aux atouts certains mais qui hélas n'arrive pas à convaincre complètement. Pierre Jolivet sait filmer c'est sûr. Ses plans sont soignés, sa toile de fond expressive et bien rendue, son acteur principal extraordinaire (Olivier Gourmet porte le film avec un naturel confondant) mais, hélas, la sauce ne prend pas. Il y a au milieu d'un scénario comportant quelques facilités, des personnages, surtout féminins, brossés à gros traits et un manque de rythme un peu trop prononcé, même dans les moments où l'action s'emballe. J'ai eu l'impression que l'état semi-dépressif du personnage principal anesthésiait l'histoire. A vouloir coller de trop près à ce quotidien morne, Pierre Jolivet s'est empêtré dans un descriptif sincère mais platounet, n'arrivant jamais à hisser son propos au-delà du constat social lambda. Et comme l'intrigue vaguement policière est traitée sans grande conviction, le spectateur peut ressentir un léger sentiment d'ennui.
Ce drame social dont la présence d'Olivier Gourmet renvoie immanquablement aux films des Dardenne, ne possède hélas pas la colère rentrée des deux frères ni surtout la rigueur scénaristique qui auraient empêché le spectateur de remarquer les ressorts moyennement crédibles qui poussent ce vigile à agir de la sorte. C'est dommage car le film est honnête et plein de sentiments louables.


mercredi 8 avril 2015

Anton est-il le plus fort ? d'Ole Konnecke


Bienvenue au pays des futurs machos ! Totalement imprégnés de l'éducation mâle reçue, Anton et Lukas ont décidé de se mesurer sur une thématique bien connue des cours de récréation : "C'est moi le plus fort!". Et comme ces deux garçons ont aussi de l'imagination, ils vont jouer de la surenchère rigolote pour prouver leur force. Quand l'un peut soulever une grosse pierre, l'autre peut jongler avec trois troncs d'arbre, du coup le copain peut porter un piano et ainsi de suite ... jusqu'à ce qu'un petit chien arrive. C'est un genre de roquet court sur patte à l'aboiement que l'on devine teigneux qui va mettre d'accord les deux garçons dans une fuite éperdue jusqu'en haut d'un arbre salvateur....
Après nous avoir enchanté avec ses albums précédents où il se coltinait des thèmes pas toujours faciles comme la jalousie, la mort ou l'illusion, Ole Konnecke, réussit encore un coup de maître mais avec un album que je qualifierai de "résistant" comme je les aime. Je m'explique. J'aime les albums pour enfants qui ne livrent pas du premier coup leur secret au jeune lecteur. (Olivier Douzou est un spécialiste de ce sous genre). Celui-ci en fait partie et peut être involontairement.
 J'ai présenté cet album à différents groupes d'enfants de cinq ans. Tous ont adoré l'histoire, ri comme tout à cette escalade verbale de jeunes coqs. S'ils ont bien compris le côté vantardise défait par l'arrivée du chiot, montrant que ces deux petits morveux  sont finalement comme tous les enfants,  assez peureux, ils n'ont pas saisi le côté fantasmatique des illustrations. Quand Anton et Lukas portent une grosse caisse ou un énorme marteau, l'auteur les a dessinés d'un trait simple et unicolore, marquant ainsi leur présence imaginaire. Seulement les enfants sont totalement dans l'histoire et dans une illusion cartoonesque. La différence de représentation leur échappe et ce n'est qu'après un petit questionnement, une petite remise à plat, que cet aspect irréel leur apparaît. Tout d'abord un peu déçus, ils reprennent l'album, avec une légère méfiance, pour finir par y retrouver le grand plaisir d'avoir TOUT compris, un peu comme des grands. Et ensuite, c'est encore plus merveilleux, parce que leur imaginaire est sérieusement titillé et c'est le départ pour l'aventure drôlement rigolote de jouer eux aussi à la surenchère!
Vous l'aurez compris, cet album est à double détente. Mais quelque soit le niveau de compréhension, je peux vous assurer qu'il fait mouche à chaque fois. Du coup, je pense que cet Anton là est le meilleur d'une série pourtant déjà formidable. . Vous pouvez le mettre entre les poings des petits gars mais aussi des petites nanas dès 4 ans !


dimanche 5 avril 2015

70e anniversaire, autoportrait d'Helmut Berger et Holde Heuer



Je n'avais qu'une image floue d'Helmut Berger, figure un peu plastique du début des années 70 et dont la liaison supposée avec Luchino Visconti lui donnait  à mes yeux d'adolescent de province un côté sulfureux. Cet autoportrait presque un demi-siècle plus tard, vient clarifier cette vision... mais était-ce vraiment indispensable ?
La première impression qui nous assaille dès les premières pages est que ce livre est une abomination. En plus d'être écrit avec les pieds, le portrait de l'acteur qui s'en dégage est d'une vanité et d'un orgueil incommensurable. Ok Helmut,  tu fus beau, tu fus photographié, tu sus profiter de ce physique à la mode et en tirer profit, mais est-ce bien raisonnable de nous abreuver de ta vie de jetsetter avec morgue et suffisance tout le long de ces 300 pages ? Si l'on enlève toutes les parties nous vantant tes voyages sur les yatchs des hommes les plus riches de l'époque, croisières où il ne se passait au final rien d'intéressant à part boire du champagne et se mettre de la coke dans le nez par kilos, si l'on supprime toutes les paragraphes où tu répètes inlassablement que tu fus amis avec une telle fort riche personne ou une telle magnifique créature (homme ou femme) avec qui généralement tu as dévalisé les boutiques les plus chères du monde, si l'on déchire les pages d'autosatisfaction où tu nous assènes que tu es bosseur comme pas deux, maniaque de l'ordre et de la propreté, un décorateur exceptionnel, un ami généreux sur qui compter, il ne reste pas grand chose d'intéressant à se mettre sous la dent. Tu te déclares "la veuve de Visconti" ...pourquoi pas ? Il t'a fait tourner dans plusieurs de ces chefs d'oeuvres et tu sembles effectivement l'admirer, c'est la moindre des choses. Votre relation fut, selon ce que j'ai compris au travers de tes lignes, celles  d'un vieux riche se payant (très cher) un gigolo à domicile, n'honorant son maître qu'à heure fixe, te permettant ainsi de finir tes soirées cocaïné au bras de créatures de rêve et uniquement riches. Tout cela n'est au final pas bien passionnant et surtout insupportable de fatuité. J'ai failli jeter le livre lorsque tu proclames, fier comme un paon qu'au cours d'un séjour au ski dans une station ultra huppée, tu t'es lié d'amitié avec un membre de la famille Agnelli pour avoir le privilège d'accéder à un cercle VIP uniquement composé de gens beaux ou riches...
Je n'en rajoute pas, vous aurez compris que ce livre n'est pas des plus fréquentable et pourtant... on peut quand même y trouver en creux une description du monde du cinéma des années 70/80. Certes, il n'est pas reluisant, pourri par un fric qui semblait couler à flot même pour des acteurs plus tout à fait de premier plan comme Helmut Berger dont la gloire fut cantonnée à quelques rôles marquants concentrés sur peu d'années, la suite se réduisant à des apparitions dans des panouilles de second voire huitième ordre.  On a donc un aperçu de toute une bande de gars et de filles spéculant plus sur leur beauté que sur leur talent, cherchant au final à s'immiscer dans le gotha avec le secret espoir de trouver un riche amant, une généreuse maîtresse voire se marier, le cinéma servant de porte d'entrée. C'est assez misérable au fond, mais le miroir aux alouettes semblait fonctionner à plein. Cela donne au final une image du monde du cinéma assez cliché entre sexe, drogue et alcool, la création servant souvent de carte de visite pour pénétrer dans tous les sens du terme quelques humains au compte en banque bien garni.
Helmut Berger a beau enrober cela de quelques circonvolutions artistiques, j'ai l'impression qu'il ne trompe pas grand monde. Il semblerait que de sa faste période, il ait conservé quelques amitiés solides. Tant mieux pour lui, mais son autoportrait laisse tout de même un grand sentiment de vacuité et de vanité assez nauséabond.


samedi 4 avril 2015

Arnaud fait son deuxième film d'Arnaud Viard



C'est le genre de film que l'on va voir sans rien en attendre, où l'on pénètre dans la salle en pensant soutenir un petit film français par sa présence mais en sachant bien que l'on va retomber sur l'énième resucée d'une histoire autobiographique convenue. On est donc surpris, à la sortie, de repartir tout guilleret, car le film possède un charme certain.
Je ne connaissais pas Arnaud Viard, je ne regarde que peu la télé et encore moins les multiples téléfilms ou mini-séries dans lesquels il apparaît. Son premier long-métrage en 2003 m'était aussi inconnu que les courts métrages qu'il a réalisés. A l'écran, c'est Arnaud Viard  qui apparaît avec ses doutes, ses questionnement sur l'âge, ses problèmes d'argent, ses amours, ses galères dans le métier de comédien et de réalisateur. Le sujet est rebattu mais, contrairement à Romain Goupil il y a quelques semaines, l'exercice, qui pourrait passer pour narcissique, s'avère drôlement sympathique. Composé de petites scénettes tantôt bourrées d'humour, tantôt plus tendres, voire dramatiques, il réussit à construire un récit assez dense de sa vie de comédien toujours plus ou moins en galère, entre deux histoires d'amour et affrontant le deuil de sa mère. C'est pétillant pendant toute la première heure. Hélas, il a dû suivre les conseils de son producteur (Christophe Rossignon dans le film) et nous offre un fin assez heureuse, pas vraiment convaincante.
Il restera en mémoire le joli portrait d'un quarantenaire plus sympathique qu'égocentrique malgré une mise en avant casse-gueule. Ce deuxième film, à la fraîcheur certaine et au ton gentiment réaliste est la bonne surprise de cette première semaine d'avril qui marque souvent l'ouverture d'une période de vaches maigres, de fonds de tiroir de distributeurs et l'approche de Cannes 2015.
Pas sûr qu'Arnaud Viard monte les marches cette année pour cause d'immense succès en salle, mais s'il fallait choisir une comédie agréable en ce week end de Pâques, "Arnaud fait son deuxième film" sera un très bon choix .


Et pour le plaisir, la chanson du générique de fin : lança perfume de Rita Lee, vieux tube que j'avais oublié et qui m'a donné envie de danser dans la salle...




mercredi 1 avril 2015

Le journal d'une femme de chambre de Benoît Jacquot




Quel intérêt en 2015 de refaire une adaptation de ce journal d'une femme de chambre après plusieurs adaptations dont la dernière a plus d'un demi-siècle? On me rétorquera que la lutte des classes, bien que larvée est toujours d'actualité. On me dira que l'antisémitisme de l'époque rappelle bien la montée xénophobe actuelle. Cependant, la vision du nouveau film de Benoît Jacquot ne me convainc pas tout à fait, non par son histoire, mais par le traitement.
Le film nous propose un beau portrait de femme en avance sur son temps par son envie d'émancipation qui se butte aux codes bien serrés d'une société étriquée. Le roman, autant que je me souvienne, s'attachait beaucoup plus à décrire une société bourgeoise se vautrant dans l'abjection, l'esclavagisme social et cachant sous une mise proprette des secrets inavouables. Si tout cela est présent sur l'écran, c'est le personnage de Célestine qui accapare la caméra. Et c'est là que pour moi le bât a blessé.  
Mes lecteurs réguliers ricaneront en signalant mon masochisme à encore aller voir un long métrage avec Mlle Seydoux et penseront que j'ai encore fait une fixette sur elle. Point du tout ! Elle n'a rien à se reprocher cette fois-ci portant avec grâce le costume d'époque et, sans pour autant atteindre des sommets, fait plutôt bien ce qu'on lui a dit de faire. Ce qui m'a gêné c'est l'imagerie qui l'entoure dans le film. Pour nous montrer que Célestine a une capacité de réflexion supérieure à celle de ses maîtres souvent autoritaires ou prétentieux, en plus d'arborer une mine altière et à la limite de l'insolence, on l'a costumée comme une grande bourgeoise, changeant de belle toilette à chacune de ses sorties. On se dit qu'elle gagne rudement bien sa vie cette femme de chambre ! Du coup, on croit moins à son personnage et on se demande si Célestine/Léa Seydoux n'incarne finalement que le désir du cinéaste pour une belle jeune femme libre de son corps mais pouvant jouer aussi les femmes soumises. Un fantasme de réalisateur pour la soubrette d'un autre siècle, surtout que la caméra ne la quitte jamais, la filmant souvent au plus près, avec une préférence pour les plans offrant sa nuque. Tout cela est très joli c'est vrai mais détourne un peu l'attention de l'histoire. 
Je passerai vite certains mouvements surprenants de caméra façon clip dans les scènes de soumission domestique ( les montées d'escalier épuisantes ) mais je m'attarderai sur la présence de Vincent Lindon dans le rôle de l'homme à tout faire. L'acteur, spécialiste des rôles de taiseux amoureux, ne surprend guère ici, mais a du se fâcher avec toute l'équipe son du film.  Dans la première partie du film où son jeu bien rodé, se résume à quelques regards en coin et à des dialogues d'une syllabe, pas souci de compréhension. Les choses se gâtent quand enfin il s'exprime enfin. Si sa diatribe antisémite est audible, la plupart des dialogues avec Célestine/Léa Seydoux sont inaudibles ou difficilement compréhensibles, souvent parasités par d'autres bruits ambiants ( le bruit du sommier métallique quand il honore Célestine de sa rude ardeur). Comme on ne saisit pas bien ce qu'il se trame, on s'interroge, fronce le sourcil, venant à regretter une fonction "replay" au cinéma. Mais le film continue et qu'importe, Léa Seydoux est toujours aussi belle en robe longue !
C'est donc avec une légère frustration que l'on quitte la salle. Dans les grandes lignes l'oeuvre d'Octave Mirbeau a été respectée, mais je ne suis pas certain que ce portrait de femme en révolte arrive à toucher grand monde de nos jours tellement il est détourné par cette attention exagérée sur une actrice plus que sur le personnage.





Bécassine ! de Bruno Podalydès