vendredi 30 décembre 2016

Mes petits bonheurs de 2016

2016 touche à sa fin avec elle s'annonce l'heure des bilans où s'annonce tout ce que l'on a aimé durant les mois précédents. Je sacrifie donc à la tradition. Comme d'habitude et comme tout un chacun, je n'ai ni lu, ni vu, ni entendu tout ce qu'il fallait lire, voir et écouter durant l'année. Mais, dans mon cheminement cahotique fait d'envies, de rencontres, de conseils, de hasards, certaines œuvres m'ont offert de grands plaisirs et vous retrouverez ci dessous, ce qui pour moi fut le plus marquant durant cette année et qui m'ont permis de mieux affronter un monde en proie à des soubresauts de plus en plus inquiétants. Ce petit palmarès annuel et personnel, se fera sous la forme de remerciements à ces quelques artistes ( mais de nombreux autres pourraient être cités) qui ont su, de par leur talent et leur vision du monde, m'offrir, nous offrir, des moments de bonheur.

MERCI à 
Kleber Mendonça Filho et Maren Ade pour 


"Aquarius" et "Toni Erdmann" , ces deux portraits de femme éloignées par plusieurs milliers de kilomètres et qui ont su à la fois nous émouvoir, nous émerveiller par la beauté d'un cinéma qui ne doit rien à la facilité ni aux effets spéciaux et qui en plus nous donnent leur lecture personnelle du monde. 

MERCI à 
Camille Laurens et Emmanuel Venet  pour 

"Celle que vous croyez" et " Marcher droit, tourner en rond" les deux romans qui m'ont littéralement ébloui par leur force littéraire et par leur écriture sans concession.

MERCI à 
Marvin Jouno et Vincent Delerm pour 


" A présent", album de la maturité dont la simplicité et la composition harmonieuse ont su me toucher comme jamais. 

















"Intérieur nuit" qui nous propose un premier album remarquable de composition et d'écriture et qui m'a accompagné toute l'année. 














Mais durant cette année, sur le net principalement, des petits modules m'ont accompagné avec un plaisir à chaque fois renouvelé. 
Je citerai en premier, l'indispensable, la formidable ....comment appeler cela? .... rubrique ? émission? module ? pastille internet ? "Blow up", qui fait partie des + d'Arte, la toute aussi indispensable chaîne de télévision. Vous dénicherez ce petit bonheur hebdomadaire consacré au cinéma dans un recoin du site d'Arte ou, plus simplement, en tapant "Blow up Arte" dans votre moteur de recherche préféré. Là, vous tomberez sur un magazine de fous du cinéma et surtout sur le Top 5 qui compile les meilleurs scènes du cinéma autour d'un thème. Les yeux, les toilettes, Londres, les parkings, tout y passe pour notre plus grand plaisir. Véritable mini encyclopédie du cinéma, elle donne encore plus envie de voir ou revoir des films et cerise sur le gâteau, la voix des commentaires dits par son instigateur, Luc Lagier, va devenir aussi célèbre que celle de Patrick Brion pour le cinéma de minuit. Ci-dessous, une petite idée de ce Top 5 ( presque 200 émissions je crois) , avec celle consacrée au chapeau au cinéma  : 





Autre plaisir, plus informatif celui-là, on le déniche en tapant sur son moteur de recherche "datagueule", web série originaire de la chaîne France 4 et qui décrypte avec finesse et intelligence l'actualité. Ci-dessous, un exemple pris parmi les 67 numéros déjà produits : l'eau !




Et une vidéo plus souriante. Je me régale chaque lundi de la vidéo issue de l'émission de Nagui  sur France Inter où Nora Hamsawi nous fait son coup de gueule. 


Pour terminer en chanson, un de mes derniers coups de cœur : LP chanteuse américaine d'origine italienne...

PS : Un merci aussi à Olivia Gesbert qui, sur France Culture, en plus de ses émissions toujours pointues et titillantes, m'enchante avec sa voix ! Ah la voix d'Olivia ! 


mercredi 28 décembre 2016

La famille Fun de Benjamin Frisch



Rien mais alors absolument rien de fun, dans cette famille ! D'ailleurs, dès les premières pages, alors que parents et enfants s'apprêtent à partager dans la joie et la bonne humeur leur repas, un coup de fil leur annonce la mort de la grand-mère. Nous sommes refroidis d'un coup et, je dois le dire un poil rassurés aussi, car les premières planches, exagérément dégoulinantes de bonheur, pouvaient laisser présager une histoire à l'américaine un peu rose bonbon. La suite prendra un drôle de chemin, pas très confortable pour le lecteur qui se demandera toujours où l'auteur veut en venir. Après les obsèques de l'aïeule, la mère de famille, pourtant aux apparences bien planplan, du genre à régaler sa famille de cookies et à briquer son intérieur avec bonheur, éprouve soudain l'envie de consulter le docteur Conroy, inquiète de l'attitude un peu renfermé de son mari qui a bien du mal à se remettre du récent décès de sa génitrice. Or ce spécialiste verse plutôt dans le genre gourou/psy. La ménagère qu'est madame Fun tombe dans les mailles de son filet, décide de quitter son mari et de partager les enfants. Deux iront vivre avec elle, deux resteront à aider le père qui sombre dans une déprime totale....
Avec un mélange de bons sentiments, une touche d'évangélisme béat, nous suivrons cette drôle de famille où les aspects de la vie américaine moyenne sont passés sous un drôle de scalpel, tour à tour bien affûté ou alors dégoulinant...de guimauve. Ce mélange ambiguë, entretenu par un dessin tout en rondeurs, peut tour à tour se révéler sarcastique quand il aborde les nombreuses croyances mercantiles qui hantent la middle-class américaine, franchement cruel quand il parle de l'enfance confrontée à l'égoïsme parental mais aussi nunuche ( faussement ? je ne suis pas arrivé à déterminer) dans un sous texte qui m'a paru pétri de religiosité et de bien pensance.
Même si on peut y voir un dézingage en règle de la société américaine et de son socle premier, la famille, "La famille Fun" surprend par son traitement allant de la cruauté jusqu'au surréalisme tout en gardant, en plus d'une représentation graphique assez mièvre, un soupçon de sentiments confits de morale chrétienne. Cette ambivalence donne un roman graphique sans doute hors norme, mais pas totalement emballant.

Merci au site BABELIO et aux éditions Cà et Là   de m'avoir fait découvrir cet ouvrage !



samedi 24 décembre 2016

Souvenir de Bavo Defurne



Tout est improbable dans " Souvenir ", de l'histoire jusqu'à la distribution, et pourtant, le film arrive à retenir notre attention durant une heure trente.
Prenez le rôle d'Isabelle Huppert, ex participante au concours européen de la chanson qui n'a dû sa défaite qu'à la malchance de concourir contre Abba. Sa carrière a fait long feu et la voici ouvrière dans une usine de pâté. Je l'avoue, voir la comédienne, posant ses deux feuilles de laurier et quelques baies rouges sur une terrine, m'a fait sourire et m'a rappelé que parfois, les réalisateurs ont des idées rigolotes ( comme autrefois Robin Davis nous avait proposé Catherine Deneuve en éleveuse de dindes). On n'y croit pas une seconde mais cela en rajoute dans la légende de la comédienne, tout comme son interprétation totalement ringarde de sa chanson devenue un soit disant tube qui émeut encore de nombreux vieux fans.
Nonobstant ces détails piquants, le propos de l'histoire apparaît lui aussi cousu de fil blanc. L'idylle  qui va naître avec un jeune collègue de travail, apprenti boxer, puis manager drivant un grand retour sur le devant la scène de l'idole déchue fleure bon la romance à quatre sous. C'est  sans doute par cette pseudo ringardise du récit, totalement assumée, que naît l'attention ainsi que par la confrontation d'une mise en images assez glaciale, aux plans sombres et épurés, mélangeant avec malice le kitsch et une certaine modernité.
Face à Isabelle Huppert, et dans le rôle totalement banal et un peu sacrifié du jeune homme, Kevin Azaïs, affublé d'une raie sur le côté et d'un moustache d'un autre âge ( ah, c'est de nouveau tendance la moustache à la Omar Sharif ?), arrive à donner du corps à son personnage et d'être vraiment crédible en jeune amant fougueux.
Sans casser la baraque, le film reste surtout une curiosité qui ravira les fans, très nombreux du grand prix eurovision de la chanson ou des actrices poussant la chansonnette. Voir et écouter Mlle Huppert interpréter une reprise de " Joli garçon" de Pink Martini dans une mise en scène franchement ringarde mais enthousiasmant un public conquis, gagne sans doute le droit de figurer parmi les performances les plus étonnantes de l'année et peut être bientôt culte. C'est pour moi la seule vraie raison de voir " Souvenir" qui par ailleurs emprunte les chemins d'un récit très fleur bleue et convenu.

jeudi 22 décembre 2016

Nos vedettes de Jules et le vilain orchestra


Attention, prêts à plonger dans la vraie, la revendiquée variété française ? Avant d'enfiler votre casque ( pour l'écoute) et pousser le canapé du salon ( oui, c'est dansant) regardez donc la pochette de ce mini album. Ce n'est pas le premier de ce monsieur qui, après avoir œuvré auprès de noms aussi prestigieux que Catherine Ringer, Jacques Higelin ou les Ogres de Barback, a entamé voici quelques temps déjà une carrière solo et nous propose régulièrement quelques albums dont ce dernier, de 7 titres.
Donc, si on observe la pochette, on aperçoit un mec branché, dans une posture "Regardez-moi , je suis encore bogosse, j'assure en humour et en coolitude ". Le nom, suivi de "vilain orchestra" donne à penser que cela bouge pas mal dans, peut être, dans un genre orchestre du Splendid, que l'on peut compter sur lui pour mettre de l'ambiance, dans un créneau que je pressens entre Patrick Sébastien et Kendji Girac....
L'album a un concept ( oui !oui !) : sept chansons, sept portraits de femmes, toutes différentes ( sans doute pour mieux rendre hommage à leur diversité). Ca peut donner envie, même si l'on craint le pire.
L'écoute du premier titre, "T'es chiante" ( tout un programme) emporte tout de suite dans un univers de clichés et de misogynie, heureusement contrebalancé par une chute plus humoristique. La voix est bien posée, une guitare pour le rythme, ça balance et des chœurs font " waou waou"... C'est de la variété, de la vraie. La suite nous présentera une vieille dame en couple, une célibataire qui ne trouve pas de prince, une candidate FN, une fille de gauche catho, une joggeuse, ... tout ça emballé pour faire bouger et sourire.
Ca pourrait ressembler au croisement improbable de  Vincent Delerm pour les paroles avec ....Louise Attaque pour le rythme , mais nous sommes plus proche de Cookie Dingler associé à Philippe Lavil ( dont Jules à un peu la dégaine). Peut être qu'avec un soupçon d'accordéon, on aurait pu verser dans le créneau "Nouvelle Chanson Française" ( concept qui commence à dater), mais non, l'ensemble me fait soudain penser, que dans le rayon variétoche, Jules pourrait se poser en digne successeur de Didier Barbelivien. Il en possède la voix, l'écriture facile et le sens de la mélodie que l'on retient facilement. Ce n'est pas ma tasse de thé, mais avouez, comme avenir, on peut trouver pire non ? ( Je parle de boulot et de  droit d'auteur).



mardi 20 décembre 2016

Légende de Sylvain Prudhomme


"Légende" pourrait être un roman de terroir tellement il nous ancre dans ce pays de Crau et cette ville d'Arles. Ecrasée de soleil ou balayée par le vent, la région vibre de mille sensations que les troupeaux en route ou de retour des estives ponctuent deux fois l'an, signaux d'une autre saison qui vient. Même si le roman est parcouru d'une intrigue romanesque autour de deux enfants terribles du pays, l'enjeu du roman se situe ailleurs.
Le roman débute dans l'envolée d'un homme, Nel, qui du haut d'une nacelle fixe dans son appareil photo un panoramique d'une région dont l'âme coule dans ses veines. Il  y est naît, fier descendant d'un de ses bergers qui autrefois s'isolait au milieu des troupeaux, loin dans les alpages. Cet amour du pays ne peut que lui faire rencontrer Matt, un documentariste d'origine anglaise qui désire tourner un film sur un des lieux mythiques du coin, un cabanon /boîte de nuit nommé La Chou. Au cours de leurs discussions vont se détacher deux frères qui ont marqué de leur personnalité ce lieu de fêtes durant les années 70/80 : Fabien et Christian. Or ces deux figures marquantes, aujourd'hui décédés, furent les cousins de Nel. Très vite, l'envie que le documentaire tourne autour d'eux se fait jour et petit à petit, les souvenirs vont resurgir pour l'enfant du pays tandis que Matt va lui découvrir profondément cette terre, cette région et les hommes qui la peuplent.
Avec une infinie tendresse et un grand sens du récit, Sylvain Prudhomme fait revivre l'effervescence des années 70 qu'une terrible maladie viendra stopper net. En dressant le portrait d'un jeunesse foudroyée, il mêle également toute l'essence d'une région agricole gagnée petit à petit par l'industrie puis par la crise et la prise de conscience écologique. Dans un style empreint de légèreté, il parcourt ces années avec cette touche de nostalgie que rien ne peut effacer. Sans jamais forcer le trait, avec une tendresse infinie, nous le suivons des estives jusqu'aux bars du cours des Lices où l'odeur du pastis n'est pas un cliché, de la cuisine de fermes isolées jusqu'aux pied des arènes d'Arles. L'émotion nous fouette autant que le mistral un jour d'hiver. "Légende ", malgré les histoires terribles qui nous sont contées, reste un livre dans lequel on se sent bien, où coule un verbe qui caresse les coeurs sans jugement. Et même si je reste un peu sur ma faim quant à l'impact de ces vieilles histoires sur les deux personnages principaux, il restera de cette lecture une balade subtile parmi des gens de bonne volonté, dont la vie, faite de riches rencontres et d'histoires d'hier et d 'aujourd'hui, les font filer vers un futur plus léger.
"Légende" doux et radieux comme la caresse du soleil du midi.
Merci à Carole F. pour m'avoir fait découvrir cet auteur et ce roman. 

dimanche 18 décembre 2016

Le motel du voyeur de Gay Talese


Contrairement à certaines librairies où on peut trouver cet ouvrage côtoyant les romans noirs, et malgré la couverture sombre sur laquelle on peut lire mot "enquête" , "Le motel du voyeur" n'est pas un polar. Cela peut en avoir le parfum, mais c'est surtout un livre un peu hors norme, genre d'enquête journalistique au long cours, qu'a mené sur des décennies Gay Talese, grand  reporter américain.
Après la sortie d'un ouvrage ayant fait couler pas mal d'encre au USA autour du milieu échangiste américain dans les années 70, l'auteur reçoit un courrier d'un dénommé Gérald Toos, gérant d'un motel dans le Colorado. Ce monsieur tient à partager avec lui un secret inavouable : il a installé au-dessus de six chambres de son établissement, un système lui permettant de scruter sa clientèle. Voyeur dans l'âme mais se sentant aussi sociologue spécialisé en sexualité, il consigne depuis des années dans des carnets, ses observations sur les pratiques sexuelles des américains. Plus fort que Kinsey qui n'a que des données de seconde main, ses constatations, prises sur le vif comme un anthropologue, méritent, selon lui, une publication. Mais légalement, le procédé est condamnable et il a fallu attendre la grande vieillesse du voyeur pour que soit publiée cette enquête, fruit d'un travail de plusieurs décennies.
Une pratique aux relents sulfureux, une promesse de sexe, voilà des ingrédients qui, sous couvert d'enquête journalistique, risquent d'attirer le chaland. Sauf que ces 254 pages ont une tout autre portée que la seule envie de lire quelques récits croustillants. Quand on aborde le sujet du voyeurisme, un jeu subtil se noue entre le lecteur et les protagonistes. Nous avons déjà la presque culpabilité du journaliste, complice plus ou moins volontaire de faits illégaux qui lui sont révélés mais qu'il ne dénoncera pas ( voyeur par procuration ? ) mais aussi l'ambivalence d'une lecture où l'on ne sait très bien où se situe la vérité. Les questions affleurent au cours du récit, où quelques détails nous troublent par leur véracité que l'on perçoit comme vaguement défaillante. Qu'est-ce qui est vrai dans tout cela ? Tout ? Rien ? La réponse n'existe pas et le livre ne nous en dira pas plus, laissant très justement l'ombre du doute hanter les lignes. Le jeu est encore plus troublant que les faits racontés, qui, entre nous soit dit, n'ont rien de vraiment choquant. Il faut se rappeler que nous sommes au USA et que dans les chambres des motels, les américains batifolent un peu, mais avec la présence si bien pensante de la bible squattant tous les tiroirs des tables de nuit.
Le livre se dévore bien sûr, avec ce piquant mélange d'interdit et de traque de la vérité, aussi bien  sociologique pour faire intello, que journalistique pour le brio de la narration. Certes on n'évite pas parfois des redites dans le style prêchi-prêcha vertueux mais l'enquête reste un témoignage croquignolet issu d'un pays où pourtant le puritanisme affiché est loi.

vendredi 16 décembre 2016

Personal shopper de Olivier Assayas


En préambule, je ce cacherai pas que le cinéma de Olivier Assayas ne m'a jamais emballé, que les histoires de fantômes, médium et autres jeux avec les esprits m'agacent prodigieusement (surtout quand ils se prennent au sérieux) et enfin, que je cherche encore une once de charisme à Kristen Stewart. Malgré, tout cela, je suis allé m'enfermer une heure quarante cinq minutes pour suivre les aventures de Maureen, jouée par Kristen. Alors que la critique est très partagée, ou elle adôôôre ou elle DETESTE, vous devinez déjà vers quel côté je vais me ranger ? Eh bien pas si simple que ça et je vais essayer d'expliquer comment ce film, où l'on pourrait ne garder qu'une dizaine de minutes, arrive quand même à insinuer en moi un certain charme.
Mlle Stewart joue une aide à domicile auprès d'un mannequin. Comme nous sommes au cinéma, c'est une variante plus gracieuse qui nous est proposée. Elle ne récure pas des toilettes, ni ne lave la gamelle d'un chihuahua puant, elle touche quelques centaines d'euros pour faire des courses. Pas chez Franprix, la patronne mange au resto, mais chez Chanel, Cartier et autres marque de luxe. Métier de rêve, me direz-vous ? Pas sûr car Kristen fait la gueule tout le film. Elle a de bonnes raisons pour cela. En plus de ne voir jamais sa patronne, de traîner dans des boutiques so chic, elle doit communiquer avec elle par sms ou mail et là, vraiment, quelle barbe ! Cela nous vaut d'innombrables plans de Kristen à scooter dans Paris, le garant,  enlevant son casque, regardant robes et colifichets, remontant sur le scooter, slalomant dans les rues de Paris, garant à nouveau le scooter, enlevant son.... bref, déjà 20 minutes de scènes répétitives et guère passionnantes, sans doute là pour nous montrer l'infinie solitude de la travailleuse au labeur abritissant. On peut donc y voir l'exploitation du prolétariat par le grand capital, Mlle Stewart faisant très bien l'ouvrière renfrognée.... Remarquez, sa vie de larbin n'est pas complètement responsable de son humeur car la jeune femme est en deuil de son jumeau, récemment emporté par une crise cardiaque. Histoire de deuil aussi mais surtout de signe de l'au-delà, car le frangin, médium, lui avait promis de lui en envoyer un lorsque son âme errerait dans les limbes. Du coup, entre une bague à 100 000 euros et une robe de créateur, Kristen guette le signe. Pour cela elle traîne interminablement dans une maison familiale lugubre ( on a coupé l'électricité par mesure d'économie), plutôt à la tombée de la nuit évidemment et un soir d'automne. Pendant 15 minutes assez longuettes ( inutiles?) où portent grincent, robinets coulent et vent s'engouffre, arrivent enfin quelques ectoplasmes, fumées vaporeuses un peu ridicules. Est-ce le frère qui se manifeste ? Que nenni, on ne la fait pas à Kristen, qui, fûtée, doute beaucoup...surtout qu'un mystérieux correspondant ( fantôme ?) se met à communiquer avec elle via sms. Et là, cela nous vaut au moins 25 minutes de plans de smartphone, histoire de ne perdre aucune syllabe de ce dialogue qui se veut angoissant. Si l'on fait le décompte, nous sommes déjà à une heure de film où il ne se passe pas grand chose de passionnant ou de réellement cinématographique. Olivier Assayas essaie de combiner shopping à Londres et sms, histoire de faire de la mise en scène, mais franchement on a du mal à se passionner.
Il reste donc désormais 45 minutes d'autres choses dans ce film où le spectateur, par mimétisme, fait la tronche comme l'héroïne. Et autre chose, c'est, oui, oui, Benjamin Biolay en Victor Hugo à Guernesey papotant sur les esprits pendant 10 minutes (vidéo vue sur le smartphone de Kristen), des rencontres avec un ex belle soeur pour échanger des dialogues du genre :- Salut, ça va ? - Oui, mais toi, ça n'a pas l'air d'aller - Non, je fais la tronche répond Mlle Stewart dont soudain on se dit qu'elle va finir par avoir de mauvaises rides. ( 15 minutes ). Si j'ai bien compté, nous avons un solde de  20 minutes de scènes qui pour le coup attirent l'oeil et l'esprit. Situées plutôt sur la fin, elles donnent à l'ensemble un sens, un charme qui font oublier l'ennui distingué du reste. Sans trop dévoiler, disons que lorsque Kristen quitte son rictus maussade et semble (un peu) s'émerveiller lorsqu'elle franchit l'interdit ( essayer une belle robe de sa patronne), quand elle échange avec le nouveau copain de son ex belle-soeur ( vous suivez ? ) qui est l'attachant Anders Danielsen Lie et l'ultime scène  dans le sultanat d'Oman ( voyez comme on voyage !), il se passe quelque chose à l'écran, comme si justement l'esprit du cinéma venait nous faire un signe. Soudain, ce monde de solitude, d'ectoplasme, de communication virtuelle, fantomatique en somme, se ressaisit l'espace de quelques moments. Et la voix grave et rauque de Kristen Stewart nous caresse l'ouïe, sa plastique ronchonne devient beauté, le film devient du cinéma.
Hélas, ce ne sont que quelques instants. Peut être sont-ils le résultat de tout ce qui m'a semblé inutile, mais une chose est certaine, des images restent dans la tête. Peut être que cette nuit ou un jour prochain des signes m'apparaîtront...


jeudi 15 décembre 2016

Cigarettes et chocolat chaud de Sophie Reine


"Cigarettes et chocolat chaud" est à l'image de la maison de la famille Patar : apparences modestes de l'extérieur et avec un intérieur un peu foutraque, mais gai, chaleureux , plein d'échanges et d'amour. Du coup, cela donne un film qui joue joyeusement à bricolo/bricolette dans sa mise en scène mais qui s'avère vraiment sympa, sans faire l'abstraction d'un sous-propos pas toujours drôle.
Au départ, la famille Patar, ou ce qu'il en reste puisque la mère a connu plus tôt que prévu son enterrement ( mais totalement émouvant et décalé), ne nage pas dans un bonheur béat. Le père pour pouvoir élever ses deux filles double ses journées de travail. Le jour, il s'acquitte de taches subalternes dans un magasin de bricolage et s'occupe d'un sex-shop la nuit. Ses deux filles, prénommées Mercredi et Janine en hommage à David Bowie ( pour les non fans, ce sont des titres de la star), vivent dans une grande liberté d'esprit et de désir. Si l'une adore la flûte, les animaux et le cirque, l'autre s'adonne au catch. Cependant, la cadette est régulièrement oubliée à l'école et même si les gendarmes du commissariat sont presque des copains, inévitablement ils adressent une IP  ( Information Préoccupante ) aux services sociaux. L'assistante sociale désignée, découvrant cette vie hors norme, pas loin de la douce anarchie, oblige le père à suivre un stage de remise à niveau parentale, avec menace de retirer les enfants si de sensibles résultats positifs ne sont pas constatés.
Un veuf qui a du mal à faire son deuil et à trouver du travail, des petites filles un peu livrées à elles-mêmes dont une atteinte du syndrome de Gilles de la Tourette ( tics accompagnées de grossièretés), une assistante sociale désireuse de faire bien son travail, autant de sujets qui pourraient tirer le film vers un océan de larmes et de bons sentiments. Il n'en est rien car Sophie Reine sait poser sur cette histoire aux relents autobiographiques de la poésie, de l'humour et beaucoup de tendresse. On craque littéralement pour le père que Gustave Kervern incarne avec une bonhomie imparable et pour Camille Cottin, ayant laissé sa "connasse" au vestiaire, qui nous apparaît lumineuse et subtile tout en gardant un soupçon de son humour décalé. On passera aisément sur les quelques ficelles d'un scénario qui, vers la fin, tirent le film vers une conclusion un peu guimauve, pour ne retenir que le bon moment que l'on passe avec cette folle équipe qui nous offre toute sa fraternité et son appréhension décalée de la vie. On retiendra aussi, ce joli plaidoyer sur la différence et le regard que l'on peut y porter. Oui, cette famille ne respecte pas les normes établies, mais au moins il y a de l'amour, du vrai, qui circule, tout le temps. Et quand on est devant une administration qui veut faire entrer tout le monde dans des cases, l'amour pèse peu face aux fourches caudines d'une société qui a horreur de ceux qui lui font de gentils pieds de nez.
Le premier film de Sophie Reine, vif et bien rythmé, fait autant de bien qu'un chocolat chaud pris une fin d'après-midi d'hiver et sans doute qu'une cigarette pour ceux qui résistent encore ou connaissent ce plaisir.




lundi 12 décembre 2016

Baccalauréat de Cristian Mungiu


Roméo, la quarantaine bien entamée est un médecin hospitalier dont la Juliette, aujourd'hui sous Prozac et préposée à ranger de vieux bouquins défraîchis dans une bibliothèque de Bucarest, s'appelle Magda. De leurs amours est née Eliza, leur fille unique, 18 ans et au taquet pour les épreuves du bac qui l'attendent le lendemain. L'avantage quand on travaille dans un hôpital roumain, c'est que l'on a beaucoup de loisirs ( si,si, on le verra au cours du film, le temps de présence ne doit pas dépasser les 10 heures/semaine ). Et quand on a du temps et une Juliette plus prompte à rester en vieille robe de chambre qu'à revoir son kamasutra, on prend une maîtresse . L'actuelle s'appelle Sandra et exerce la noble profession de maîtresse...d'école.  Deux cerveaux bien remplis donc, mais pas en matière de contraception. On ne sait si c'est par manque de pilule, de préservatifs ou un excès de précipitation dans leurs ébats, mais Sandra tombe enceinte ! C'est une mauvaise nouvelle et si le scénario prenait cette voie, on pourrait penser à une resucée d'un précédent film du réalisateur ( " 4 mois, 3 semaines, 2 jours"). Non, cette tuile sera vite évacuée car, alors qu'il allait dégrafer le soutien-gorge de Sandra, le téléphone de Roméo se met à sonner. Ah ! Zut, ces mômes alors ! Toujours là pour nous enquiquiner quand il ne le faut pas. Sa fille Eliza, actuellement en salle de soins, vient d'échapper à une tentative de viol ! N'écoutant que son coeur de père, il abandonne précipitamment l'accorte enseignante et retrouve son épouse, plus véloce à se rhabiller que lui mais un poil soupçonneuse, dans les couloirs d'un hôpital où, normalement il aurait dû être. Bon rassurons-nous, l'agresseur n'a pas violé la jeune fille mais lui a cassé le coude. L'interne chargé de poser le plâtre annonce dans la foulée à Roméo  que sa fille avait déjà rencontré le loup depuis longtemps... Cette nouvelle l'aurait sans doute anéanti  si soudain, le baccalauréat que sa chère Eliza doit passer le lendemain ne lui avait sauté à l'esprit ! Bon sang, comment va-t-elle faire ? Traumatisée par l'agression, elle ne pourra pas être au summum de ses possibilités ! En plus, il apprend qu'avec un plâtre, qui comme tout le monde le sait peut cacher des antisèches, la salle d'examen est interdite ! Pourtant, ce bac il faut qu'elle le passe et qu'elle obtienne 18 de moyenne ( Mention TTB quoi !) sinon, l'entrée à l'université de Cambridge lui sera fermée !
Et nous voilà devant le grand sujet du film. Comment un discret et honnête fonctionnaire va soudain prendre ce chemin honni des petits arrangements et des compromissions. Comment un père va s'enfoncer pour que sa fille réalise coûte que coûte son rêve qui est en réalité le sien.
Le film, conte moral et politique, âpre, glacial, suit à la trace ce père symbole de la Roumanie d'aujourd'hui, rêvant d'un ailleurs loin de ce pays trop corrompu et cette adolescente, image d'un avenir peut être pas si noir. La mise en scène, aux apparences simples, multiplie les détails, comme autant de petits symboles suggérant une triste réalité. On creuse un trou devant l'appartement du médecin, on brise des vitres, les chiens errent, un enfant porteur d'un masque de loup apparaît de temps en temps, ...
"Baccalauréat" nous plonge au cœur de cette société petite bourgeoise roumaine, qui, après le communisme a pensé redresser le pays, n'y est pas arrivé et rêve que ses enfants, fuient cette triste réalité, désirant pour eux une vie meilleure. Mais ce rêve a un prix : celui de la corruption. Décider de la suite pour sa descendance est-ce une bonne idée ? Ce sont toutes les interrogations d'un film très structuré, frontal mais très froid. Du bon cinéma cultivant l'austérité.


dimanche 11 décembre 2016

Marcher droit, tourner en rond de Emmanuel Venet


Honnêtement, malgré quelques recommandations de personnes en qui j'ai toute confiance, "Marcher droit, tourner en rond" est resté longtemps dans ma pile à lire. Je n'avais pas envie de me plonger dans les pensées d'un autiste lors des funérailles de sa grand-mère. Présenté ainsi, et même avec les échos d'une grande drôlerie, je craignais un récit trop convenu aux relents de misérabilisme. Comme j'avais tort, ce roman est une perle !
Le narrateur a une quarantaine d'année, diagnostiqué Asperger, il observe la vie qui se déroule autour de lui avec une objectivité qui le rend trop asocial pour un entourage qui masque de vilaines choses derrière une vitrine avenante. Ainsi, en ce jour d'obsèques d'une grand-mère morte une semaine avant de fêter son centenaire, il manque de s'étrangler en entendant débiter des louanges aux kilomètres pour une défunte au passé nettement plus contrasté. Sans concession, mais avec innocence, il brosse un portrait de cette aïeule, qui comme beaucoup, n'a pas fait que de belles choses dans sa vie. Sa logique imparable, son sens de l'observation, son absolue impossibilité à jouer aux faux culs, lui fait dire ce que tout le monde sait mais tait. ( tant pis, je laisse ses trois mots presque semblables !).
Le roman sera un véritable jeu de massacre qu'aucun membre de cette famille provinciale, au petit embourgeoisement certain, ne pourra éviter, passant par le crible de cet esprit finalement  trop lucide. Au-delà de ce joyeux dégommage en règle, le roman devient aussi une véritable radiographie des familles françaises ( et sans doute occidentales) engoncées dans les vilenies, les perfidies, les arrangements avec la vérité, les leurs, celle des autres. C'est cruel, cela parle à tout le monde, Mais ce  petit miroir rigolard et moqueur va bien au-delà de la sphère d'une tribu. Il s'attaque aussi, en vrac à la religion, à la corrida, au racisme, aux gens de gauche, .... et toujours avec une verve étonnante et grinçante.
Il n'y aurait pas de bon roman sans un héros qui ici est le narrateur et dont le portrait se précisera au fil des pages. De cet homme au regard affûté, obsédé par les accidents d'avion, le Scrabble et par une camarade de lycée devenue actrice de cinquième zone, nous découvrirons un être, certes sensible, mais isolé par ce drôle de syndrome d'Asperger et sans statut social autre que celui que la maladie lui a donné. Nous apprendrons nous aussi, lecteurs, au fur et à mesure qu'il se livre, à nuancer et contraster un tout petit peu la représentation que l'on se fait de lui. par une remarquable montée en vérité.
Véritable coup de coeur, "Marcher droit, tourner en rond", avec son humour acide vous régalera. Il nous décharge quelques heures de ce poids social qui fait de nous des diplomates, qui édulcorons certains de nos propos par politesse. Ce joyeux chamboul'tout littéraire , en ces temps moroses et propices à la langue de bois vous est fortement recommandé ! 

samedi 10 décembre 2016

Papa ou maman 2 de Martin Bourboulon


Le syndrome de la bande annonce très drôle a encore frappé ! Remarquez, les spectateurs sont de moins en moins dupes, les " on a sans doute vu les meilleurs moments " fusent de plus en plus lors du passage en salle. Mais qu'importe, le premier "Papa ou maman "avait tellement plu que rater la suite semblait  impossible. Il faut se rendre à l'évidence, le deuxième opus rate son but. Passée une première demi-heure réussie, rythmée et posant un humour vachard sur le nouveau quotidien du couple désormais séparé et ayant retrouvé de nouveaux partenaires, la suite du film sombre dans le convenu et le tout venant de la comédie française.
Pourtant, tout avait bien démarré. Florence et Vincent, avaient refait leur vie et l'organisation avec leurs maisons respectives posées face à face, donnait lieu à des dialogues et des situations hilarantes. Marina Foïs et Laurent Lafitte, excellents, s'en donnent à cœur joie dans la réplique perfide. L'apport de nouveaux conjoints, très stéréotypés mais rendus très attachants par Sara Giraudeau et Jonathan Cohen, complètent très agréablement l'ensemble. Et puis, il fallait bien que le film prennent son allure de croisière et oriente son histoire. Le choix était simple. Soit les auteurs continuaient dans la veine grinçante, soit ils faisaient retrouver au héros un chemin plus convenu. Et c'est hélas, la deuxième solution qui fut adoptée. Pourtant, j'ai bien cru que l'autre option allait être prise. Il y a une scène dans le film ( on en voit un bout dans la bande annonce ) où tout aurait pu se jouer. Béné et Edouard ( les nouveaux conjoints assez tyrannisés par les héros) doivent se passer le bébé ( dans le film, un objet que l'on oublie partout ). A l'écran, naît entre eux une connivence évidente, porteuse d'une certaine rouerie qui aurait pu faire rebondir le film dans une direction nettement moins conformiste que celle choisie.  Mais allez savoir pourquoi, les auteurs ont préféré labourer une énième fois la comédie familiale ordinaire, presque bien-pensante, avec un final en Nouvelle Calédonie ( cadeau de la production d'un tournage ensoleillé ?) qui n'apporte strictement rien de plus à l'intrigue.
Déception donc pour cette suite qui, sans doute, montre déjà ses limites. Reste à l'écran un festival d'acteurs énergiques et complices qui font tout ce qu'ils peuvent pour pallier au manque d'originalité du scénario.




jeudi 8 décembre 2016

Carole Matthieu de Louis-Julien Petit


Carole Matthieu exerce la profession de médecin du travail au sein d'une entreprise de démarchage téléphonique. L'ambiance dans l'open-space aux tonalités gris métal n'engendre pas la gaieté. Le management imposé aux employés ressemble fortement à une version moderne des galères royales où la brimade psychologique a remplacé le fouet. Sous chimie médicale, ces nouveaux forçats du libéralisme craquent les uns après les autres. L'un d'eux a même agressé cette pauvre Carole Matthieu alors que celle-ci ne leur veut pourtant que du bien. Mais une agression laisse toujours des séquelles et la brave médecin sombre petit à petit dans une dépression qui s'aggravera au fur et à mesure qu'elle prendra fait et cause pour ces salariés au bout du rouleau.
Après Discount , Louis-Jean Petit continue d'explorer le monde du travail et ses souffrances hélas devenues ordinaires.  Pour traiter du sujet,  fini l'humour solidaire, voici venu le temps du drame psychologique à la sauce suspens. Si la description sans nuance de cette entreprise fait froid dans le dos, le film quant à lui sombre très vite dans un maniérisme très peu convaincant. Alors que les germes de la  révolte, matés avec pugnacité par les cadres dirigeants, voient le jour à la suite de meurtres troubles, Carole Matthieu, elle, erre comme un fantôme dans les couloirs de l'entreprise, le visage fermé, sans doute pour nous signifier la profondeur d'une névrose qui la ronge petit à petit. Sauf que très vite on se désintéresse de ce personnage trop hiératique et de cette histoire qui s'égare dans un montage intello/arty.
Au bout d'un moment, mon attention a déambulé elle aussi. Je me suis mis à penser au casse-tête auquel le réalisateur a dû faire face pour filmer la star Isabelle Adjani qui, là c'est une évidence, refuse d'apparaître vieillie à l'écran. Enveloppée dans un ample et long manteau rouge qu'elle ne quitte quasiment jamais, sa silhouette vacillante hante l'écran. Et quand il s'agit de filmer son visage, nous ne verrons surtout que des cheveux  artistiquement plaqués, laissant dépasser un bout de nez et une bouche toujours d'une admirable jeunesse. Soudain, ce n'est plus une pathétique médecin du travail que nous voyons mais une grande actrice qui essaie de retenir, encore et toujours, le temps et une image qui, quoiqu'elle fasse, lui échappera toujours. Alors qu'importe le film, qu'importe les comédiens qui l'entourent, pourtant tous impeccables, j'ai regardé cette actrice habitant un personnage  neurasthénique essayant d'accomplir une mission quasi impossible , toute colère rentrée mais  se coulant aussi, poignante de fragilité, dans ce diktat sociétal et artistique qu'est le jeunisme. L'effet miroir de ce rôle, encore aux portes de la folie, reste très troublant et vampirise un film qui oscille sans cesse entre le film social et la mise en image d'une actrice fragile et émouvante, ces deux thèmes n'étant hélas pas très compatibles.


dimanche 4 décembre 2016

Une journée avec le Père-Noël de Soledad Bravi



S'il y a bien quelque chose de rassurant dans cette époque qui a part dans tous les sens, c'est le Père-Noël ! Soledad Bravi ( vraiment sur tous les fronts !) nous fait partager sa journée et force est de constater que le vénérable vieillard est toujours aussi au top. Propre, coquet, tendre, travailleur, chef d'entreprise exemplaire avec son personnel, moderne et courageux, il incarne parfaitement l'icône idéale d'un monde de rêve.
Dans cet album, qui saura faire patienter vos bambins ( les 2/3 ans pas plus)  jusqu'à Noël, l'auteure nous le présente dans son intimité du lever jusqu'à la tournée dans la nuit du 24 au 25 décembre. Très humain le bonhomme ! Comme nous il a du mal à se lever le matin et comme nous une bonne douche le réveille et le met de bonne humeur. Après avoir accompli tous les rituels d'une hygiène parfaite qui nous permet de constater au passage qu'il n'a pas sacrifié à la mode du total épilé,  le choix de ses vêtements par contre ne pose guère de problème.  S'il peut se singulariser en matière de sous-vêtements, sa mise ne permet aucune variante, bonnet, manteau rouge ( peut être en cashmere ou griffés, allez savoir) et bottes constituent son unique garde-robe. Une fois prêt, il se rend dans la forêt où paissent paisiblement ses rennes qui attendent leur maître avec sérénité. Une fois attelés, le distributeur de cadeaux rejoint ses 254 lutins, non exploités, non chinois de moins de 15 ans ( mais quel âge ont-ils donc  ?) et heureux de participer à cet effort mondial du bonheur généralisé ( il serait primordial de diffuser leur convention collective, leur joie de vivre et de travailler pourrait inspirer nos politiques avant de réformer le code du travail...). Un selfie plus tard, ( oui le Père-Noël doit avoir un compte facebook sur lequel  il poste tous ses instantanés de convivialité  joyeuse), le voilà parti dans la rude nuit glaciale accomplir son devoir non sans avoir,  avant de s'envoler, en bon DRH, balancé une vanne à ses employés, incarnation parfaite d'un paternalisme industriel inné.
Il y a tout cela dans l'album, très réussi, de Soledad Bravi mais mille autres choses que les enfants sauront remarquer avec leurs yeux si curieux. C'est tendre, coloré, sympathique en diable, teinté d'un léger humour pour qui sait le débusquer. "Une journée avec le Père-Noël" est l'album idéal à offrir avant le 25 décembre aux petits impatients. Il saura les faire rêver, apprendre un peu de vocabulaire, aborder la chronologie de la journée, bref pédagogie ludique,...très ludique et surtout du plaisir !
NB : Une petite remarque toutefois. La chronologie n'est pas tout à fait bien respectée. Ainsi, au début de l'album, on voit le Père-Noël se coiffer, torse nu devant son miroir, portant un splendide caleçon à rayures. La page d'après, on nous dit qu'il enfile le ( même ) caleçon. Inversion de planches ? Ou pudeur de l'auteure ne voulant pas représenter le mythique bonhomme dans sa nudité ? 

samedi 3 décembre 2016

L'ornithologue de Joao Pedro Rodrigues


Il y aura sans doute deux sortes de spectateurs pour ce film  : les fanas du réalisateur portugais, pas des foules mais une poignée fervente et les autres attirés par...l'affiche, les bonnes critiques, les oiseaux ou le hasard. Chacun risquera de vivre le film différemment. Le spectateur de hasard, peut être venu pour le thème "seul dans la forêt", pensant découvrir une sorte de "Délivrance" à la portugaise, risque la déception. "L'ornithologue" possède quelques codes du film d'aventures mais surtout ceux du cinéma auteuriste extrême, c'est à dire une certaine lenteur, une tendance à reprendre les thèmes de précédentes œuvres toutes aussi auteuristes et cette façon pas très sympathique d'envoyer des codes que l'on sent réservés à quelques privilégiés. L'aficionado de Joao Pedro Rodrigues, sera lui enchanté. Il retrouvera, dans une mise en scène splendide, dans un décor de rêve tout ce qui faisait le sel du cinéma du réalisateur et en beaucoup plus accessible. Il adorera cette espèce d'autobiographie déguisée, où le réalisateur prête sa voix à Paul Hamy ( l'acteur principal)  tout en le promenant, hypnotisé par sa plastique, dans une forêt chargée de tous ses fantasmes ( bondage, ondinisme, vision iconoclaste de la vie des saints, ...), ce récit ludique qui permet de glisser un peu partout des codes homosexuels et ce chemin parfois proche de Apichatpong Weerasethakul où des esprits peuplant la forêt jouent à se transformer. 
On le voit, il y a de la matière dans ce film. On peut donc y trouver son bonheur ou sombrer dans un ennui le plus total. Et moi, où me situe-je ? Ayant déjà visionné deux  œuvres précédentes où je m'étais fort ennuyé, je dirai que pour celle-ci, j'ai trouvé le temps long, la symbolique parfois lourdingue, mais que la beauté des paysages et des oiseaux, la présence de l'acteur principal fortement érotisé par une caméra amoureuse, ont fait que la vision fut moins pénible. Mais face à ce cinéma d'auteur un peu nombriliste, s'adressant de facto qu'à des happy few , je me dis souvent que, peut être,  quand on a un talent certain, tenter d'élargir son propos tout en le rendant plus accessible, s'éloigner de cet hermétisme quasi autistique donnerait un peu d'air et aussi du public. Je sais bien que l'on va me parler d'univers personnel et que de la singularité il en faut dans un monde formaté, mais, je l'avoue, celui de Joao Pedro Rodrigues me passe à côté. Reste un film, plastiquement réussi, à l'ésotérisme grinçant... On peut aimer ... 





vendredi 2 décembre 2016

Que faire des classes moyennes ? de Nathalie Quintane


Au titre de "Que faire des classes moyennes ?" , comme en écho , je réponds par une question : C'est quoi ce livre ? Et n'entendez pas dans le "quoi" quelque chose de dépréciatif, de moqueur, de soupir excédé de lecteur ayant été agacé....non...entendez plutôt une interrogation épatée, celle de quelqu'un découvrant un territoire inconnu qui l'étonne agréablement.
Pour répondre à ma question disons que le livre de Nathalie Quintane serait de la sociologie qui aurait zoné chez Desproges, bu un verre avec un révolutionnaire et décidé de tirer la langue à tous ces illusionnistes du langage qui glosent à longueur d'année dans nos médias. En le qualifiant ainsi, je suis encore bien en dessous de la vérité, car ce texte presque foldingue développe bien plus que cela.
En prenant comme thème l'idée que l'on se fait, que l'on essaie de nous donner des classes moyennes, l'auteure, navigue dans ce concept au gré d'une fantaisie que je qualifierai de rageuse. Avec une poésie gauguenarde, elle associe toutes sortes de théories, de calculs, décrits des schémas en bouteille, en pyramide, baguenaude au gré des clichés, cite longuement Debord, part en Afrique, rôde dans les lotissements de banlieue, débusque les moindres signes de ce qui pourrait caractériser cette classe moyenne, masse nébuleuse et moutonnière. Sans jamais répondre réellement à la question du titre, au fil des pages, par petites touches, par toutes petites saillies impertinentes, par des détails glissés subrepticement au détour d'une phrase, le portrait se dessine petit à petit. Et celui que j'ai cru dresser, moi membre de cette classe moyenne, est franchement pas sympathique. Je suis donc un ex pauvre qui fait tout son possible pour ne pas revenir en arrière, consommant, courant, me perdant dans des désirs balisés par des riches, fermant les yeux sur les miséreux pour qu'ils ne gâchent pas ma petite vie, ayant peur de l'étranger, vivant dans l'illusion de la richesse, de la culture et de la démocratie. Oui, c'est cinglant comme une des dernières phrases de son livre, qui ouvre des champs de réflexion pour qui veut l'entendre : " ...les classes moyennes étaient en train de mettre en place le système de compensation qui permettrait que tout change pour que rien ne change, ...", affirmation qui laisse à penser qu'elles sont sans doute le principal obstacle à tout changement démocratique.
Cependant, ce que je ne peux reproduire ici, c'est la manière, le style dont toutes ces choses là sont dites. Je me suis trouvé devant un texte complètement original, jamais péremptoire, au style haché, foutraque, avec parfois de longues phrases bourrées de sens,  sautant de ci de là sur des idées, un trait d'humour par ci, une remarque narquoise par là, comme un collage aux apparences à la fois déjantées et sérieuses qui petit à petit finit dans l'esprit du lecteur par devenir une thèse.
Honnêtement, je n'avais jamais lu un texte de Nathalie Quintane. Mon achat a été dirigé par son titre un poil provocateur. Et je me suis retrouvé fasciné par cette démarche que je qualifierai de littérature sociologique artistique, une sorte d'art contemporain littéraire qui n'oublie jamais qu'écrire c'est combattre, que s'exprimer c'est tenter de vivre, de survivre, de progresser, le tout avec sérieux et humour ( noir je vous l'accorde) .... Franchement, nos librairies recèlent des merveilles !

jeudi 1 décembre 2016

L'administrateur provisoire de Alexandre Seurat

S'il y a un point commun entre "La maladroite"  le si réussi premier roman d'Alexandre Seurat et celui-ci, son deuxième, en plus de ce mélange roman/documentaire, c'est sans doute l'incommunicabilité. Mais cette incommunicabilité au sein d'une famille bourgeoise va plus beaucoup plus loin que celles des personnages isolés de son précédent ouvrage, elle résonne sur plusieurs générations et s'appelle ici "secret de famille". 
"L'administrateur provisoire" du titre se nomme Raoul H, bourgeois que l'on sent hautain et fermé. Il gère durant la dernière guerre les biens de juifs réquisitionnés par  l'état français. L'époque sombre permet à ces personnes (10 000 administrateurs provisoires ont été ainsi nommés durant cette période), sous couvert de lois antisémites, de commencer par saigner économiquement ces populations avant que la France de Vichy ne les fasse monter dans les trains de la mort. Cette fonction a bien sûr permis toutes sortes de fraudes, de détournements et mais aussi d'enrichissements personnels des administrateurs. Quand le narrateur de l'histoire, homme un peu indéfini, juste arrière petit-fils de ce Raoul H, commence à s'intéresser au passé de sa famille, il se rend compte que cet emploi sulfureux a été bien camouflé au fond d'une mémoire collective préférant l'oubli ou les miettes réinventées d'un passé arrangé. Après avoir interrogé parents, oncles et grands-parents, ce sont les recherches dans les archives et l'exhumation de vieux dossiers qui révéleront au grand jour les agissements sans scrupule, sans une once d'humanité de l'ancêtre. 
Ce passé peu glorieux a couru dans les têtes de cette famille dont les apparences parurent sauvés par ce passé enveloppé de silence. Mais le roman, par une construction  beaucoup plus complexe que la simple narration d'une enquête historique,  parvient à démontrer que le secret finit toujours par resurgir, voire être sans doute l'élément déclencheur d'une mort trois générations plus tard. En mêlant, exhumations de dossiers oubliés, présence rêvée ou fantasmée d'un grand frère décédé, moments d'un procès dont on ne saura l'exacte teneur qu'en fin de récit et reconstitution romanesque de la vie de juifs spoliés, Alexandre Seurat, ambitionne, avec ce subtil entrelacs de genres, de mener le lecteur au coeur d'un secret vénéneux. C'est grandement réussi tant le rappel historique de cette période si minable de notre histoire nous prend à la gorge durant notre lecture, même si parfois, surtout au début du roman, on se perd un peu dans cette lignée bourgeoise. 
Une fois refermé le livre, bouleversé, on se prend à penser que les secrets de famille ont la vie dure et qu'ici, malgré les efforts redoublés du narrateur pour connaître la vérité, toutes les portes ne se sont pas ouvertes pour autant. Il y a une mort qui hante ces pages, celle de ce frère dont on ne saura pas exactement le pourquoi de sa disparition, prouvant ainsi, que malgré toute la meilleure volonté du monde, les faits proches ne se digèrent pas facilement et seront de toute évidence maladroitement enfouis dans les mémoires avec une espérance d'oubli. 

vendredi 25 novembre 2016

Les nuits de Williamsburg de Frédéric Chouraki


"Les nuits de Williamsburg" possèdent une petite originalité que je pense inédite. Le premier chapitre est un dégommage en bonne et due forme de l'auteur et de ses précédents livres et le dernier (chapitre ) la presque critique de celui-ci. On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même !
 Nous sommes donc prévenus, Samuel ( pas physiquement un double de l'auteur, j'ai vérifié mais qui doit bien y ressembler quelque part) se fait lourder de chez son éditeur faute de ventes conséquentes. Les 453 exemplaires écoulés de son précédent roman ne pèsent rien face à la rentabilité et son obsession à mettre systématiquement un jeune juif gay du Marais comme héros segmente un peu trop le lectorat. Et si vous rajoutez une prose qui souffre d'un amoncellement de références abstruses et d'un vocabulaire trop référencé, nécessitant de prendre un bon dico toutes les trois minutes, l'oeuvre à des allures invendables.
Dèche pour dèche, et avec un début de quarantaine assaillie par quelques bourrelets, l'ex jeune auteur prometteur, gay et juif,  décide de tout quitter ( en fait un studio miteux dont il est viré aussi et son univers parisien dont il connaît le moindre urinoir) pour New-York et surtoutle quartier  hipster de Williamsbourg. Sans le sou, avec un sac à dos et des rêves façon beat génération, Samuel va déchanter. Il doit bosser comme un nègre dans un restaurant italien, crécher chez un vieux pote qui ne le supporte pas et en plus traîner dans des back rooms où le moindre rapport sexuel ressemble à un téléfilm rose d'antan... Heureusement pour lui, une rousse incendiaire et frénétique, pour qui il deviendra un véritable étalon, le sortira de cette impasse.
Pas de tromperie sur la marchandise, ce qui a été annoncé au début est bien là. Y'a de l'homo, de la judéité mais aussi de l'humour, beaucoup d'humour. Le roman démarre donc sur les chapeaux de roue,  avec un regard drôle et grinçant sur la population du Marais parisien puis sur celle des nouveaux riches new-yorkais qui gentrifient la plupart des quartiers. Même les nombreuses références à la religion juive et à ses fêtes et traditions n'arrivent pas à entraver le rythme endiablé des tribulations de Samuel. Mais à la longue, et surtout à partir du moment où il rencontre Rebecca, la rousse incendiaire, aussi nymphomane que juive orthodoxe, tout ce verbiage, vraisemblablement humoristique autour des traditions religieuses,  commence à devenir plus pesant, voire un peu insistant. La méconnaissance de toutes ces traditions m'ont fait manquer surement tout le sel d'allusions rigolotes autour de ces traditions.
Je ne dirai rien du final où le vénéré Jack Kerouac joue un grand rôle, juste que je n'ai pas été vraiment convaincu, cette touche un peu fantastique tombe un peu comme une mèmère de la manif contre le mariage pour tous dans un sauna gay.
Malgré ces quelques remarrques, ce dixième roman de Frédéric Chouraki, surtout dans cette rentrée littéraire tristouille, est un petit rayon de soleil d'humour. Tiré à 2222 exemplaires ( c'est noté en fin de livre donc on peut supposer qu'il ne sera pas viré par son éditeur), "Les nuits de Williamsburg" devrait plaire dans le Marais, aux juifs qui ne craignent pas l'humour et à d'autres qui, comme moi, se trouveront transportés de façon agréable dans des sphères un peu inconnues...  Plus de 453 personnes c'est certain !

jeudi 24 novembre 2016

Comédies de Marin Karmitz avec Caroline Broué


Pour être franc, à part sa chaîne de multiplexes parisiens et ses société de productions et de distributions, je ne connaissais pas grand chose sur Marin Karmitz. Tout au plus avais-je eu écho de la polémique concernant sa nomination par Nicolas Sarkozy à la tête du CCA ( Conseil de Création Artistique) et fabriqué, en glanant au fil de lectures, une vague idée de personnage point facile. " Comédies" allait être l'occasion d'approfondir un peu cette personnalité marquante du cinéma français.
Le livre démarre de façon classique avec les origines roumaines et l'enfance dans une famille très aisée qui immigrera en France juste après-guerre, pays d'adoption à qui Mr Karmitz voue une reconnaissance éternelle. Puis suivront une adolescence et un début de vie adulte dans un Paris qui connaîtra mai 68 et ses nombreux mouvements libertaires. Le jeune Marin, sera un temps maoïste tout en commençant à réaliser des documentaires assez polémiques, avant de tout abandonner pour se consacrer à la création de son entreprise de salles de cinéma.
Cette première partie, ponctuée d'anecdotes et d'odeurs de tilleul, mélange de légèreté et de nostalgie, pose aussi les éléments qui ont été le moteur de sa réussite. Aux très belles convictions de gauche, que la culture peut changer la vie et les hommes ( façon de lutter contre le fascisme),  aux images des cinémas, espace de lumières éclairant autant les esprits que la cité, s'ajoute aussi une foi opiniâtre dans l'envie de proposer des œuvres intelligentes et profondes aux spectateurs. Je ne peux donc que souscrire à cette démarche et les quelques anecdotes y afférant renforcent l'idée que l'on se trouve face à une personnalité soucieuse de promouvoir une culture exigeante. Cependant, nous sommes dans une sorte d'autobiographie et même si parfois Marin Karmitz se reconnaît comme pointilleux et pas toujours facile ( tiens, tiens...), le lecteur que je suis se doute bien que l'homme se présente sous son meilleur jour. Je ne suis pas parvenu à gommer que cette facilité à la réussite tient en partie à un excellent réseau que sait se fabriquer la bourgeoisie ( même venant de Roumanie) et sur lequel le jeune Marin a su s'appuyer très tôt. Avoir les adresses mais aussi les codes dès le départ, aident sans doute à créer plus aisément un petit empire même à vocation hautement culturelle. Mais les faits sont là, MK 2 représente dans Paris des pôles d'animations et d'échanges importants, souvent dans des quartiers réputés au départ difficiles, .... mais qui entendent rester sans trop de concurrence. La petite guerre menée contre les salles municipales de Montreuil, racontée dans le livre, ne m'a, par contre, pas du tout convaincu, pensant que plus les lieux culturels étaient nombreux mieux c'était. Seulement j'ai un point de vue de spectateur pas de chef d'entreprise. Et là, j'ai bien senti que le tiroir-caisse passait au final avant les jolies théories.
Déjà, un peu sceptique malgré les effets de manche pour m'attirer pleinement à sa cause, j'abordais la dernière partie avec curiosité, surtout que celle-ci apparaissait comme la raison d'être première de ce livre. Marin Karmitz veut se justifier quant à ses deux années à diriger le  CCA ( Conseil de Création Artistique), passage qui lui a valu opprobre et quolibets. Mais qu'allait donc faire un homme se disant de gauche dans une institution créée par Mr Sarkozy, personnalité droitière et aux apparences aussi peu sensibles à l'art et à la culture ? C'est simple, il voulait changer les choses, révolutionner le monde culturel de l'intérieur. Le propos est convaincant et cet homme à cet endroit me m'est pas apparu comme déplacé. Une dizaine d'actions ont été menées.  Lui les juge plutôt positives ou intéressantes. Sans doute le sont-elles ...ou pas.... ce n'est pas à moi d'en juger, surtout après la lecture d'un seul avis. Il semblerait que la lourdeur administrative et la redoutable concurrence avec le ministère de la culture ait eu raison du conseil qui s'est auto-dissolu par envie de liberté intellectuelle... Etrangement, dans cette partie polémique, l'engagement de l'homme de culture qu'est Marin Karmitz, sa capacité à générer des idées et à les mettre en place, m'a plus convaincu que le chef d'entreprise bulldozer qui éclaire la ville avec les façades de ses cinémas.
Mon avis reste circonspect quant à l'homme, car certaines accroches de la journaliste recueillant les propos de Mr Karmitz, placées en début de quelques chapitres, mettent le doigt où ça gratte un peu, essayant gentiment de recadrer le portrait trop joli du monsieur. Pour ce qui est du livre, par contre, ce fut un réel plaisir de lecture car celui-ci est bourré d'anecdotes autant sur certains tournages de film que sur le mouvement gauchiste des années 70. On y trouve aussi de très belles pages sur la censure, sur la violence du cinéma ( détesté) de Tarantino ou sur sur le fascisme.
Ce presque auto-portrait de Marin Karmitz nous fait découvrir un homme à la personnalité complexe et sans doute clivante, mais a le mérite de nous plonger dans certains rouages de notre société et notamment ceux autour du cinéma et du monde culturel. Ce n'est qu'un point de vue mais il est sacrément intéressant !


mercredi 23 novembre 2016

La fille de Brest de Emmanuelle Bercot



Voici cinq questions qu'un éventuel spectateur peut se poser devant l'affiche de ce film.

C'est quoi ce titre ? 

Fille...Brest... du coup, on voit un port, une fille à marin. Serait-ce l'histoire d'une prostituée ?  Perdu ! Si la promo vous a  épargnés,  vous ne savez donc pas que cette dénomination est celle donnée par les laboratoires Servier à Irène Frachon, la désormais célèbre pneumologue du CHU de Brest qui a découvert les vertus malfaisantes du Médiator. Exit, l'idée d'un film un peu coquin et bonjour le portrait de femme forte et déterminée face à un monstre pharmaceutique puissant.

Ca ressemble à un téléfilm ? 

Ca pourrait et, honnêtement, au début on y pense. Malgré un format scope, la mise en place n'a guère d'originalité. Ce sera un récit linéaire, dans un Brest un peu gris et avec une comédienne plus marquée par son interprétation d'une série télé à succès, " Borgen, une femme au pouvoir" que par son interprétation dans "L'hermine " il y a peu. Cependant, l'histoire possède assez de force pour intéresser le spectateur. Le film lorgne énormément vers cette spécialité américaine du " seul(e) contre tous ou une puissance" et se voit obligé d'emprunter un chemin narratif assez balisé mais efficace au final car, avec un sujet un peu complexe et médical plus plus, le scénario a su lui donner un côté suspens haletant. On notera un moment que pour ma part j'ai trouvé étonnant et qu'aucune télé française aurait idée de mettre dans un téléfilm, c'est la scène de l'autopsie. Je l'avoue voir le corps de la comédienne Isabelle de Hertogh, au rôle follement empathique, s'ouvrir sous nos yeux, totalement dépecé, reste une vision difficilement soutenable mais forte émotionnellement ( âmes sensibles s'abstenir).

Emmanuelle Bercot à la réalisation, c'est un film de festival ? 

Certes, le film a fait l'ouverture du festival de San Sebastien, est allé à Toronto, sans doute en partie grâce (ou à cause) du doublet cannois de l'an passé, mais, rien à voir avec l'hystérie de "Mon roi" ni la dureté de "La tête haute". Le film est efficace, d'utilité publique donc politique mais au final très plan plan au niveau cinéma. Il pourra sans problème être suivi d'un débat lorsqu'il passera à la télévision, il en a tout à fait le profil et semble même avoir été conçu pour ça.

Un film à Césars pour les comédiens ?

C'est vrai que, comme aux States pour les Oscars, le film fait penser aussi à une machine à prix. Si l'on est surpris au départ qu'Irène Frachon, bien française, soit incarnée à l'écran par l'actrice  Sidse Babett Knudsen et son délicieux mais décalé accent danois, la comédienne arrive quand même à nous entraîner dans son sillage avec énergie et opiniâtreté malgré son regard bleu azur si séduisant ( mais qui peut prendre des reflets terriblement durs). Alors, comme elle a déjà obtenu le césar du meilleur second rôle l'an dernier, une nomination dans la catégorie supérieure peut effectivement s'envisager. Benoit Magimel peut espérer, pourquoi pas, un petit cadeau des césars, peut être un peu compassionnel... Si je pouvais donner mon avis, je récompenserai Isabelle de Hertogh absolument formidable dans le rôle de la patiente témoin.

Faut-il aller voir le film ? 

Oui, sans aucun doute. "La fille de Brest" reste un cinéma simple, qui s'efface derrière son sujet sans aucun effet auteuriste. Beau portrait de femme battante et incorruptible comme chronique implacable d'un scandale sanitaire, le film intéresse et active bien notre esprit prompt à s'indigner. C'est déjà ça et même beaucoup ! Lutter contre les injustice et les puissants, un thème qui sera, je l'espère de plus en plus fédérateur.


lundi 21 novembre 2016

Bronson de Arnaud Sagnard



Lire ce qui ressemble à une biographie de Charles Bronson, l'acteur américain taiseux et aux films violents qui ressemblaient à des panégyriques pour la NRA, ne me serait pas venu à l'idée. L'homme à l'harmonica d'"Il était une fois dans l'Ouest", a vu sa carrière culminer dans des séries B ( Z?) assez abjectes. L'acteur a disparu des écrans au début des années 90, est décédé une décennie plus tard et, l'eau  ayant coulé sous les ponts, son image violente s'est patinée. C'est donc avec curiosité que je me plongé dans ce premier roman qui n'est ni réellement une biographie, ni une exographie, plutôt une évocation originale de Charles Buchinsky ( son vrai nom) où sa vie se mêle avec celle de l'auteur, un peu comme l'avait fait il y a quelques années Nathalie Léger avec " Supplément à la vie de Barbara Loden " ( prix du livre Inter 2012) et d'ailleurs citée dans le roman.
La vie et l'oeuvre de Charles Bronson se résume assez vite. Fils de mineur de Pennsylvanie, il part comme tirailleur sur un avion durant la seconde guerre mondiale. A son retour il s'inscrit dans des cours de théâtre et commence à jouer des seconds rôles exotiques obtenus surtout grâce à son physique entre gitan et indien si particulier et si photogénique. Après quelques rôles marquants, surtout en Europe, il devient star avec des films tournant autour de froids tueurs sans expression.
Bien sûr, comme toute célébrité, un biographe aurait tiré plein de choses de toute cette vie, entre anecdotes et potins de gazette. Et au début du roman, j'ai pensé que c'était le cas. Le récit de l'enfance pauvre au fin fond des USA m'a totalement embarqué. Arnaud Sagnard, très inspiré, aborde cela avec passion et enthousiasme, se permettant de très belles digressions qui éclairent merveilleusement cet enfant qui voit sa famille disparaître petit à petit, vaincue par la poussière de charbon. Mais une fois dans la vie adulte de l'acteur, le roman prend une autre tournure. Le narrateur ( l'auteur ?) semble avoir une fascination dévorante pour Bronson, sa figure minérale ( bien plus chic que de dire inexpressive et muette ) hante sa vie même dans les parcelles les plus intimes comme lors de la presque fausse couche de sa compagne.  Le narrateur file sur sa trace aux Etats-Unis, collectionne livres et films, en revoit sans cesse certains et va même jusqu'à retrouver la trace de l'acteur dans les compte-rendus des interrogatoires de Dany Leprince dans l'affaire de Thorigné sur Dué, inquiétante anecdote qui montre l'impact possible des films sur la vie des gens. Et soudain, les vies se mélangent, la mort rôde dans les pages du livre. Des moments racontés d'un film marquant ( Le flingueur.... hmm le titre...) ouvrent chaque partie. Charles Bronson, donne beaucoup la mort sur pellicule, conséquence inconsciente de l'avoir beaucoup approché dans la vie. Le narrateur amalgame cette trajectoire de star  avec une vie de fan au bord du gouffre, enfermé dans une passion aux saveurs mortifères.
Le résultat est un roman original, magnifiquement bien écrit, qui éclaire la vie de cet acteur, qui fut en son temps très critiqué pour son apologie cinématographique de l'auto-défense, d'une lueur moins crue, plus nuancée. L'ensemble se lit avec intérêt même si, je l'avoue, la dernière partie qui fait la part belle à de multiples digressions, m'a paru un peu longuette et partant un peu en vrille. Je ne pense pas que les fans de Charles Bronson y trouvent leur compte. Les aficionados des romans exigeants au style littéraire par contre...




dimanche 20 novembre 2016

Le monde merveilleux du mari modèle de Jason Hazeley et Joël Morris



Observez bien la couverture de ce livre car, si sur mon conseil vous vous rendez en librairie pour l'acquérir, vous risquez de poser un problème à votre libraire si l'ouvrage ne lui a pas tapé dans l'œil. Où a-t-il bien pu le ranger ? Avec les poches ? Au rayon BD ? Au rayon humour ? Une recherche ardue sera nécessaire car l'ouvrage, malgré une belle couverture cartonnée, est peu épais (56 pages ) et peut se faufiler n'importe où. 
Pourquoi auriez-vous envie de vous procurer un tel ouvrage ( ou un de ses frères car, deux sont sortis au même moment  : " Le monde merveilleux de la crise de la quarantaine "et " Le monde merveilleux de la gueule de bois", titres tout aussi alléchants que réussis ) ? Tout simplement car ces petits albums pour adultes ont un triple effet. Un effet personnel car il est toujours bon de rire un bon coup surtout dans une période aussi anxiogène, un effet amical car on prendra toujours plaisir à offrir ce petit livre  même à des personnes qui ne lisent pas ou peu et enfin un effet économe.  Pour 6,50 euros, vous protégez votre budget tout en faisant plaisir,  car ce poche, en plus d'être drôle, a la particularité d'être un bel objet. 
Mais diable que renferment ces ouvrages formidablement bien traduits de l'américain ( USA) ? Le concept relève un peu de l'histoire de la presse et de l'illustration. Au Etats-Unis,  dans les années 50 la vie si jolie de ce peuple se retrouvait représentée un peu partout dans les magazines et les journaux avec des illustrations totalement stéréotypées dans ce style là : 

Tout un monde où les femmes étaient de jolies ménagères aimant astiquer leur foyer et leurs mari...enfants. Un univers où l'homme était un mâle fumant la pipe, buvant un drink dans son fauteuil en regardant la télévision pendant que l'épouse énamourée préparait le repas. ( En France, les écoles propageaient ce genre de représentations sous la forme de grandes illustrations édifiantes que les élèves d'alors commentaient sous la houlette bien pensante de leur enseignant(e) ). 
La série "Le monde merveilleux... " reprend donc ces tableaux charmants mais en  y collant des commentaires décalés, ironiques, bien sentis que des détails d'aujourd'hui rendent encore plus hilarants. Pour celui autour du mari modèle, les auteurs jouent avec tous les clichés qui accompagnent un homme marié, c'est à dire bricoleur, amateur de football, buveur, taiseux, un sexe à la place du cerveau, amateur de voiture, ... et les détournent joyeusement.  Cette confrontation entre illustrations vintages et petits textes irrévérencieux d'aujourd'hui, est un petit régal d'humour assez grinçant. Jugez celui-ci qui n'a pas forcément besoin d'être lu avec l'illustration ( même si celle-ci apporte un clin d'œil bienvenu) : " Le mari aime que les choses soient bien rangées. A la maison, les DVD, clés à mollettes, chemises, .... sont tous rangés dans un ordre compréhensible par lui seul. Olivier classe les chaussures par ordre alphabétique. Elles seront moins faciles à trouver mais au moins, ce sera logique.  Il n'est pas rare que la femme d'Olivier fonde en larmes au milieu de la nuit. "
L'éditeur précise que " cette collection a été créée pour vous aider à supporter l'absurdité totale de votre existence", je crois qu'elle y réussit parfaitement et si je regarde autour de moi, je vois beaucoup de personnes pour qui, alors qu'arrivent les cadeaux de fin de l'année, je vais essayer de rendre la vie un peu plus drôle qu'elle ne l'est ! 

samedi 19 novembre 2016

Planétarium de Rebecca Zlotowski


Pour ceux qui me suivent et qui ont lu mon avis sur le précédent film de Rebecca Zlotowski (Grand central) me voir prendre un ticket pour "Planétarium" peut apparaître comme du masochisme de ma part. C'est mal me connaître.
Sur le papier "Planétarium" exhale un parfum très tentant : Une fresque ambitieuse mêlant spiritisme, époque troublée rappelant la nôtre, avec en devanture des stars de papier glacé connues ( Natalie Portman) ou sacrées sans avoir fait grand chose ( Lily-Rose Depp) et derrière la caméra, une réalisatrice aimée de la critique qui a bénéficié d'un budget confortable ( et à l'écran, ça se voit !). 
Dans la presse nous avons eu deux périodes. En mai, alors qu'aucune section du festival de Cannes n'ait semblé avoir été intéressée par le film, naît comme une rumeur un peu maussade quant à la réussite de l'oeuvre. En septembre, après une projection hors compétition à la Mostra de Venise, la sortie approchant, la tendance s'inverse... En novembre, quelques critiques maintiennent leur scepticisme alors que d'autres sont en transe. A y regarder de plus près, l'enthousiasme est sans doute à tempérer, car, si l'on lit entre les lignes apparaissent des éléments qui ont allumé un feu rouge dans ma tête. Quand "Les fiches du cinéma" disent : " Planétarium, ..., amalgame un corpus de motifs et de lignes narratives dont il garde secrète la logique souterraine." ou que le même magazine signale à la réalisatrice : " Vous ne mâchez pas le travail du spectateur", on peut déjà décrypter que l'ensemble ne doit pas être d'une vision facile, voire même très obscure. Et quand "Télérama" rajoute : " Elle fait tournoyer les signes plus qu'elle ne raconte une histoire en bonne et due forme.", on peut légitimement penser que nous avons affaire à une oeuvre coriace et exigeante. Pourquoi pas?.. C'est bien d'être prévenu. Donc, après avoir pris trois expressos et relu un peu Spinoza et des analyses du cinéma de Godard, me voilà devant Planétarium. Et qu'ai-je vu ? Un très long clip, joli comme tout. 
C'est tout ? Ben oui, hélas. Mais il faut que je sois honnête, de l'ambition le film a dû en avoir à un moment. Hélas, à l'écran rien de fonctionne. Dans une image au glamour parfait, évoluent deux personnages féminins aux traits si succinctement brossés que l'on se contrefout très vite de ce qui leur arrive. Natalie Portman, filmée comme un porte-manteau de chez Chanel, nous rappelle constamment qu'un repas, c'est cinq radis sans beurre et c'est tout. Face à elle, ou à côté devrai-je dire, Lily-Rose  Depp, qui a pourtant hérité du personnage le plus intéressant, joue les utilités pâles comme son maquillage. Rien ne se passe entre les deux soeurs, noyées par le dispositif ( souterrain donc) d'une narration qui multiplie les pistes sans jamais les exploiter réellement. balançant des thèmes qui en jettent à qui mieux mieux. Et une métaphore sur le cinéma révélateur d'un monde invisible !  Et une réflexion sur l'aveuglement face aux images et à l'Histoire ! Et un clin d'oeil à notre époque troublée ! Et un peu de montée de l'antisémitisme ! Et l'art au fond qu'est-ce que c'est ? Copieux, ambitieux, mais hélas les ingrédients ne s'amalgament pas du tout. J'ai eu l'impression que le budget conséquent qu'a obtenu la réalisatrice lui a donné l'envie de trop bien faire, de remplir son film comme une méga pochette surprise de chez Hermès. Ca prend de multiples directions, ça bifurque, ça revient, ça fait demi-tour et au final ça tourne à vide. L'esthétique clinquante et l'utilisation excessivement glamour des comédiennes annihilent toutes les prétentions d'un film qui finit par ressembler à un capharnaüm un peu grotesque. 
Si vous avez une âme de sauveteur et voulez aider des producteurs face à ce que l'on peut deviner comme une petite catastrophe industrielle, courez voir "Planétarium" . 





vendredi 18 novembre 2016

Le petit locataire de Nadège Loiseau



Je n'irai pas par quatre chemins, "Le petit locataire" est sans doute la comédie française la plus réussie depuis des mois ! Avec une situation par vraiment drôle au départ,"car être enceinte à 49 ans alors qu'on pensait être ménopausée, peut se voir comme une catastrophe et donner un film sociétal bien sérieux, le premier long métrage de Nadège Loiseau est un coup de maître. 
Il y a beau y avoir un scénario en béton, des dialogues pétillants, des acteurs tous plus épatants les uns que les autres, le film pourrait tomber dans le tout venant des films distrayants. Sauf qu'ici il y a des plus. Tout d'abord, il y a un vrai rythme de comédie qui ne faiblit jamais, comme au bon vieux temps des comédies américaines. ( Ah ! la scène dans la cuisine entre Karin Viard et Antoine Bertrand et la formidable utilisation des portes !) et surtout il y a un vrai regard sur les personnages. Nicole et sa famille sont des ouvriers vivant dans un pavillon tout ce qu'il y a de plus lambda. Jamais la caméra de Nadège Loiseau ne les prend de haut. Elle les aime ses personnages. Elle évite tous les clichés qui auraient pu les rendre Groseille comme chez Chatilliez ou tomber dans une description grisouille. Ils sont comme ils sont, avec leurs faiblesses, leurs coups de gueules, leur désordre, leur rire, leurs emmerdes. Ils sont vrais à l'écran car magnifiquement interprétés par des acteurs tête d'affiche,  Karin Viard évidemment, absolument incroyable encore une fois, Hélène Vincent et Samy Rebbot d'une justesse extrême, drôles et touchants à la fois et une pléiade de seconds rôles tous parfaits, tous dirigés avec maestria. Même le générique de fin arrive à surprendre, créatif et rigolo, comme une cerise sur le gâteau. 
Alors pour passer un moment agréable devant une comédie qui ne prend ni ses personnages populaires, ni les spectateurs pour des abrutis, se poser devant "Le petit locataire" est le très bon plan du mois. Sans aucune facilité, avec un humour efficace qui sait au détour de deux ou trois scènes s'effacer et faire naître de la vraie émotion, le film nous empoigne une heure et demie durant , ne nous lâche jamais et nous fait ressortir avec l'heureuse sensation qu'il y a enfin une alternative aux comédies franchouillardes type Tuches ou Baby boom ! Et on retient le nom de la réalisatrice : Nadège Loiseau ! Je sens là un sacré tempérament! 

mercredi 16 novembre 2016

Swagger de Olivier Babinet


Je sens déjà quelques réticences quand on voit l'affiche du film et quand on en comprend le thème ; " Oh encore un truc sur les banlieues ! Et en plus c'est un doc !..."
Les questions vont être : Comment donner envie de faire prendre un billet de cinéma à des personnes pour qui une sortie ciné doit être essentiellement ludique et attrayante ? Comment leur dire que "Swagger " est certes un documentaire sur des jeunes de banlieue mais qu'il se situe à dix mille lieues au-dessus de ce que la télévision peut nous proposer à longueur d'année ? Comment expliquer que le cinéma peut être un divertissement mais aussi une source d'enrichissement, de culture, de connaissance, de réflexion et tout cela de la façon la plus agréable possible ? Comment exprimer la sensation de bonheur que l'on éprouve en sortant de la salle, impression de n'avoir pas perdu son temps, impression d'avoir rencontrer une jeunesse sympathique, formidable, qui nous donne foi en l'avenir ?
"Swagger" c'est tout cela et mille autres choses.
Olivier Babinet, le réalisateur, a passé deux années scolaires en résidence dans un collège d'Aulnay sous bois, banlieue très défavorisée et a eu envie de faire parler ces jeunes qu'il côtoyait quotidiennement. Onze apparaissent à l'écran. Certains faisaient partie de l'atelier cinéma qu'il animait, d'autres ont été découverts pour l'occasion. Face caméra, ils parlent, librement.
Houla, un doc plus un truc genre Mireille Dumas ( je n'ai pas de références plus récentes) , fuyons ! STOP ! Le dispositif mis en place par Olivier Babinet est bien plus sophistiqué. Ces jeunes ont passé beaucoup de temps devant sa caméra, histoire de l'apprivoiser, de se sentir en confiance et de pouvoir s"exprimer librement, naturellement. C'est la grande force de "Swagger" car à l'écran, se dégage une fraîcheur, une honnêteté sans pareille. Et comme il était essentiel de sortir ces jeunes de tous les clichés ressassés depuis des décennies, ils sont filmés dans leur collège, éclairés magnifiquement par l'opérateur de Kaurismaki, Timo Salminen. D'habitude, la lumière des films du finlandais me gêne beaucoup, mais ici, il faut l'avouer, elle met en relief ces ados et nous les rend soudain très proches.
Et ils nous disent quoi Aissatou, Abou, Naila, Salimata ? Tout simplement, leur vision du monde, leur histoire,  leur vie de tous les jours, leurs espoirs, leurs rêves. C'est cash donc perturbant. " C'est rare qu'on en voit des purs français !" mais dit sans aucune aménité. Et ils parlent de tout. De leur vie dans la cité, de la violence qui parfois peut faire irruption au pied d'un immeuble, de leurs goûts ( formidable Régis ), de leurs amours, de l'importance de la religion, souvent vécue comme un refuge reposant. Soigneusement montés ces propos nous touchent, nous interpellent et comme Olivier Babinet est un vrai magicien, autant des mots que des images, il met en scène leurs rêves, leurs envies. Soudain, au détour d'une conversation , un bout de comédie musicale surgit, un morceau de clip bling bling, un récit de science fiction, moments poétiques et drôles dans lesquels jouent ces jeunes. Oubliés un instant la banlieue et ses tristouilles tours, ses grappes de jeunes sur les toits d'une église moderne se livrant à des activités autres que la prière ( non, le film n'occulte pas les problèmes mais les laisse à la place qu'ils occupent réellement ). Et vive le cinéma !
"Swagger" est le film qu'il faut voir cette semaine. C'est une parenthèse magnifique et émouvante, percutante et pertinente, drôle et sensible, bienveillante et humaine, qui nous donne espoir en l'avenir.




Bécassine ! de Bruno Podalydès