samedi 3 décembre 2016

L'ornithologue de Joao Pedro Rodrigues


Il y aura sans doute deux sortes de spectateurs pour ce film  : les fanas du réalisateur portugais, pas des foules mais une poignée fervente et les autres attirés par...l'affiche, les bonnes critiques, les oiseaux ou le hasard. Chacun risquera de vivre le film différemment. Le spectateur de hasard, peut être venu pour le thème "seul dans la forêt", pensant découvrir une sorte de "Délivrance" à la portugaise, risque la déception. "L'ornithologue" possède quelques codes du film d'aventures mais surtout ceux du cinéma auteuriste extrême, c'est à dire une certaine lenteur, une tendance à reprendre les thèmes de précédentes œuvres toutes aussi auteuristes et cette façon pas très sympathique d'envoyer des codes que l'on sent réservés à quelques privilégiés. L'aficionado de Joao Pedro Rodrigues, sera lui enchanté. Il retrouvera, dans une mise en scène splendide, dans un décor de rêve tout ce qui faisait le sel du cinéma du réalisateur et en beaucoup plus accessible. Il adorera cette espèce d'autobiographie déguisée, où le réalisateur prête sa voix à Paul Hamy ( l'acteur principal)  tout en le promenant, hypnotisé par sa plastique, dans une forêt chargée de tous ses fantasmes ( bondage, ondinisme, vision iconoclaste de la vie des saints, ...), ce récit ludique qui permet de glisser un peu partout des codes homosexuels et ce chemin parfois proche de Apichatpong Weerasethakul où des esprits peuplant la forêt jouent à se transformer. 
On le voit, il y a de la matière dans ce film. On peut donc y trouver son bonheur ou sombrer dans un ennui le plus total. Et moi, où me situe-je ? Ayant déjà visionné deux  œuvres précédentes où je m'étais fort ennuyé, je dirai que pour celle-ci, j'ai trouvé le temps long, la symbolique parfois lourdingue, mais que la beauté des paysages et des oiseaux, la présence de l'acteur principal fortement érotisé par une caméra amoureuse, ont fait que la vision fut moins pénible. Mais face à ce cinéma d'auteur un peu nombriliste, s'adressant de facto qu'à des happy few , je me dis souvent que, peut être,  quand on a un talent certain, tenter d'élargir son propos tout en le rendant plus accessible, s'éloigner de cet hermétisme quasi autistique donnerait un peu d'air et aussi du public. Je sais bien que l'on va me parler d'univers personnel et que de la singularité il en faut dans un monde formaté, mais, je l'avoue, celui de Joao Pedro Rodrigues me passe à côté. Reste un film, plastiquement réussi, à l'ésotérisme grinçant... On peut aimer ... 





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