dimanche 11 décembre 2016

Marcher droit, tourner en rond de Emmanuel Venet


Honnêtement, malgré quelques recommandations de personnes en qui j'ai toute confiance, "Marcher droit, tourner en rond" est resté longtemps dans ma pile à lire. Je n'avais pas envie de me plonger dans les pensées d'un autiste lors des funérailles de sa grand-mère. Présenté ainsi, et même avec les échos d'une grande drôlerie, je craignais un récit trop convenu aux relents de misérabilisme. Comme j'avais tort, ce roman est une perle !
Le narrateur a une quarantaine d'année, diagnostiqué Asperger, il observe la vie qui se déroule autour de lui avec une objectivité qui le rend trop asocial pour un entourage qui masque de vilaines choses derrière une vitrine avenante. Ainsi, en ce jour d'obsèques d'une grand-mère morte une semaine avant de fêter son centenaire, il manque de s'étrangler en entendant débiter des louanges aux kilomètres pour une défunte au passé nettement plus contrasté. Sans concession, mais avec innocence, il brosse un portrait de cette aïeule, qui comme beaucoup, n'a pas fait que de belles choses dans sa vie. Sa logique imparable, son sens de l'observation, son absolue impossibilité à jouer aux faux culs, lui fait dire ce que tout le monde sait mais tait. ( tant pis, je laisse ses trois mots presque semblables !).
Le roman sera un véritable jeu de massacre qu'aucun membre de cette famille provinciale, au petit embourgeoisement certain, ne pourra éviter, passant par le crible de cet esprit finalement  trop lucide. Au-delà de ce joyeux dégommage en règle, le roman devient aussi une véritable radiographie des familles françaises ( et sans doute occidentales) engoncées dans les vilenies, les perfidies, les arrangements avec la vérité, les leurs, celle des autres. C'est cruel, cela parle à tout le monde, Mais ce  petit miroir rigolard et moqueur va bien au-delà de la sphère d'une tribu. Il s'attaque aussi, en vrac à la religion, à la corrida, au racisme, aux gens de gauche, .... et toujours avec une verve étonnante et grinçante.
Il n'y aurait pas de bon roman sans un héros qui ici est le narrateur et dont le portrait se précisera au fil des pages. De cet homme au regard affûté, obsédé par les accidents d'avion, le Scrabble et par une camarade de lycée devenue actrice de cinquième zone, nous découvrirons un être, certes sensible, mais isolé par ce drôle de syndrome d'Asperger et sans statut social autre que celui que la maladie lui a donné. Nous apprendrons nous aussi, lecteurs, au fur et à mesure qu'il se livre, à nuancer et contraster un tout petit peu la représentation que l'on se fait de lui. par une remarquable montée en vérité.
Véritable coup de coeur, "Marcher droit, tourner en rond", avec son humour acide vous régalera. Il nous décharge quelques heures de ce poids social qui fait de nous des diplomates, qui édulcorons certains de nos propos par politesse. Ce joyeux chamboul'tout littéraire , en ces temps moroses et propices à la langue de bois vous est fortement recommandé ! 

3 commentaires:

  1. Ah, je suis contente... On commence enfin à en parler un peu ! J'avais moi aussi beaucoup, beaucoup aimé cf commentaires sur mon blog (http://lireaulit.blogspot.fr/) ou sur Babelio (Lucia-Lilas).

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  2. Une pépite de lecture, d'écriture, d'humour. Un peu comme le témoignage de la comédie humaine de notre époque, "de bricolage affectif" ou de manque de "panache". J'ai adoré!

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  3. Je l'ai dévoré ce week end. C'est un roman juste et émouvant mais surtout très drole!

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Climax de Gaspar Noé