dimanche 30 décembre 2012

D'autres larmes de Jean-Philippe Peyraud


"D'autres larmes" de Jean-Philippe Peyraud, dans une très belle édition, est un recueil de six histoires tournant autour du couple, du premier rendez-vous où les corps vont inévitablement se rencontrer jusqu'à la solitude de la rupture ou du manque de partenaire.
Six histoires donc, de longueurs variables, avec des protagonistes différents , étudiant à la façon d'un entomologiste la vie à deux mais qui déroulent insidieusement un fort sentiment de mal être. Un malaise quasi permanent enveloppe ces récits aux apparences banales, où tous les personnages sont englués dans des histoires plus ou moins compliquées mais où la vie leur envoie des signaux comme pour leur rappeler que leur nombril n'est qu'une chose minuscule en regard de la marche du monde.
C'est constamment passionnant, prenant. Les sentiments sont admirablement décrits et le dessin apporte une touche encore plus sensible grâce à un point de vue assez cinématographique mais toujours pertinent et à une palette de couleurs variées qui accompagnent parfaitement le récit.
Chaque histoire apporte une pièce ou un éclairage différent au cheminement hasardeux de la vie à deux, mais forment un tout totalement cohérent. Le dernier récit, magistral condensé de notre malaise sociétal, est à ce point de vue un petit chef d'oeuvre. Ou comment, à partir d'une personne lambda, célibataire au chômage, invité à une banale soirée chez sa soeur, on se retrouve nez à nez face à un monde bouffé par la mondialisation. Du grand art !... pour un des meilleurs romans graphiques de l'année, passé bizarrement un peu inaperçu à mon sens.
Il est grand temps de réparer cette injustice en allant vous plonger dans "D'autres larmes", lecture pas vraiment drôle mais sensible et intelligente.





jeudi 27 décembre 2012

Les invisibles de Sébastien Lifshitz


Ce film qui donne la parole à des homosexuels, hommes ou femmes, de plus de 70 ans, est un pur bonheur !
Sorti à un moment où l'on pourrait penser qu'il est essentiellement militant, "Les invisibles" est bien plus qu'un simple rappel historique des aléas de vivre au grand jour son homosexualité. A travers les témoignages totalement libres, évoquant sans fard la découverte de leur différence, parlant sexe sans aucun voile, se rappelant tous les combats menés, tous les plaisirs éprouvés, c'est tout un pan de notre histoire intime qui nous est proposé, les luttes pour l'avortement, la libération des femmes qui sont allés de pair avec l'abolition en 1981 de l'homosexualité comme maladie psychiatrique. Soigneusement choisis évidemment, tous ces témoins sont porteurs d'un message d'une humanité qui fait chaud au coeur. Leurs expériences, heureuses quelquefois, malheureuses parfois, constructives toujours, sont des leçons de vie. Pétillants, réfléchis, bourrés de tendresse ou d'humour, encore révoltés mais vivant tous pleinement, ils transmettent au spectateur une énergie communicative. Quoi de plus rassurant que d'entendre ces vieilles mais belles personnes raconter qu'elles sont tombées amoureuses à 77 ans avec les émois d'un'e) adolescent(e), ou recommencer une vie, avec une autre sexualité à 71 ans ! Quoi de plus stimulant de voir que, malgré les difficultés de leurs parcours, ils ont conservé, intacte, cette foi en la vie, à la rencontre, à l'échange et au partage. C'est tout simplement un film qu'il faut voir pour aborder 2013 (et ses prochaines luttes) avec énergie et espoir.
Tout à tour sérieux, drôle, tendre, poétique, très émouvant (la scène de la gare) ce film a l'intelligence de s'adresser à tout le monde, gay, bi, hétéro, et de lui délivrer généreusement une dose d'intelligence et de bonheur. C'est LE film à voir en cette fin d'année un peu morose !


Bande annonce

Non ce n'est pas la même vidéo, mais un extrait de la formidable Monique !

mercredi 26 décembre 2012

Bicycle 3000 de O Se Hyung


La Corée (du sud) est tendance. La KPop a envahi les ipods de nos ados et quelques mangas ont également séduit le public. Le one shot "Bicycle 3000" du coréen O Se Hyung que viennent de publier les éditions Kana, s'adresse, à mon avis, au public plutôt ciblé des amateurs de BD haut de gamme et des amateurs de films Art et essai (si l'on en croit le petit auto-collant posé sur la couverture et citant Kurosawa et Park Chan-Wook).
La belle couverture, brumeuse, verdâtre, faisant apparaître un visage sans yeux, nez et bouche, situe d'emblée le récit dans des zones troubles.
L'histoire débute dans un commissariat. Un gros jeune homme muet est interrogé sans égards sur le massacre d'une famille et le kidnapping d'une jeune fille par ailleurs présente lors de cet interrogatoire. A partir de flash-backs, l'auteur va nous dévoiler petit à petit des facettes inattendues de ce drame.
Avec des illustrations grises et sombres, où la couleur ne peut avoir sa place, avec des cadrages décalés mais particulièrement soignés, l'atmosphère s'épaissit peu à peu. Le sordide côtoie la violence latente mais aussi le mal être d'une jeune fille enfermée dans un univers familial des plus lourd.
Malgré un texte assez minimaliste, "Bicycle 3000" nous fait plonger dans un univers froid et poisseux. La narration sophistiquée, très arty, peut rebuter les amateurs d'histoires linéaires mais en complexifiant un sujet un peu banal, elle apporte au lecteur qui veut bien jouer le jeu, un plaisir de lecture évident.
J'ajouterai pour terminer, et cela participe à la réussite de cet album, que l'histoire est émaillée de grandes planches somptueuses, très picturales, d'une saisissante beauté. Elles donnent à cet horrible fait divers une poésie inattendue mais bienvenue, comme une bouffée d'air frais après un incendie.

mardi 25 décembre 2012

Avant la chute de Fabrice Humbert


J'avoue avoir débuté la lecture d'"Avant la chute" de Fabrice Humbert en faisant la fine bouche. Trois histoires entremêlées, l'une narrant le destin de deux soeurs fuyant la Colombie et traversant l'Amérique Centrale, terre infiniment dangereuse, la deuxième brossant le portrait d'un cynique sénateur mexicain nommé Urribal et la dernière nous plongeant dans une banlieue française à suivre le parcours de trois frères, toutes terribles qu'elles soient, n'avaient, pour moi, rien d'emballant. La structure narrative, pas vraiment originale, laissait supposer un croisement de ces trois récits à un moment ou à un autre (en fait pas vraiment). L'écriture fluide, un peu lisse, contrastait un peu trop avec le sujet âpre et lourd de la gangrène des cartels de la drogue en Amérique et de ses résurgences sur l'économie mondiale.
Et puis au bout de quelques pages, l'intérêt grandit et le livre m'a encerclé pour ne plus me lâcher jusqu'à la fin, me laissant un peu groggy mais heureux de cette lecture. S'appuyant sur trois destinées très opposées, Fabrice Humbert, en bon moraliste, dresse un constat terrifiant de l'état du monde. Il montre finement comment le commerce de la drogue en Colombie peut aller jusqu'à déstabiliser nos propres sociétés européennes avec son cortège de crimes, de violence, de corruption. Comment aussi cette économie noire, cherchant le gris, anéantit des populations entières pour peu qu'elles soient pauvres, femmes ou jeunes en devenir.
Même si les trois histoires flirtent quelquefois avec les clichés, ces destins exemplaires nourrissent le propos humaniste de l'auteur et plonge le lecteur dans une réflexion très sombre de la réalité. Il nous conduit au bord du gouffre. Saura-t-on ou pourra-t-on faire demi-tour ? Terrible question dont la réponse n'est évidemment pas donnée, même si les plus pessimistes d'entre nous l'aperçoivent, hélas, sans peine. Fabrice Humbert, lui, laisse une lueur d'espoir. Elle est celle d'un adepte du siècle des Lumières, celle aussi des doux rêveurs gentiment utopistes : le livre et la culture !
Il est rassurant que dans ce monde de brute dans lequel nous vivons, il reste encore des humains pour avoir des idéaux aussi sages. Je me range sans hésitation à ses côtés, puisse-t-il avoir raison !.....



samedi 22 décembre 2012

Noël's songs de Florent Marchet


Il y a un an jour pour jour, j'avais déjà dit tout le bien que je pensais de cette compil de Noël de Florent Marchet. (C'était ICI.). Si je vous en reparle aujourd'hui, c'est parce que les éditions Actes Sud ont eu la très bonne idée d'en faire un album CD dont le texte est signé Florent Marchet lui même ! 
Disons-le tout de suite, même si cet album est destiné avant tout aux enfants, on retrouve toute la causticité de l'auteur dans ce jeu d'écriture où il s'est amusé à glisser tous les titres revisités du disque. Et cela débute ainsi :
" Noël, c'est aussi un moment drôlement compliqué et stressant. Alors inutile de demandant en chouinant 
Ah quand reviendra-t-il ce temps ? (Chanson du CD)
Noël, c'est comme la grippe, ça revient chaque année et presque personne ne peut y échapper.
Et chaque année c'est la même histoire, car oui, il faut bien se l'avouer, Noël, ça fait pas mal d'histoire..."
Et débute sur ton mi-ironique et mi-humoristique, un joyeux débinage des croyances et des tics autour de cet évènement incontournable. C'est drôle, un tantinet moqueur mais tellement rafraîchissant au milieu de cette ferveur lénifiante des fêtes obligatoires. Pour accompagner dignement toutes ces chansons archi-connues, Roxane Lumeret a concocté des illustrations en parfaite harmonie avec le texte. Rappelant les gravures des albums du Père-castor des années 50, leur côté un peu vieillot est totalement décalé par l'ajout de petits détails trashs ( tête de mort, bois des rennes en fémurs, ....) qui réjouissent l'oeil. 
Pour un Noël branché (oui, d'accord pour un Noël bobo aussi), offrez à votre neveu trop sage ou à votre voisine tête à claques, ce livre CD un brin grinçant (même dans sa réinterprétation de tous ces standards sirupeux), le vrai Père-Noël, trop gnangnan, risque d'oublier de le mettre dans sa hotte.
PS : Pour ceux qui connaîtrait la version CD initiale, je les rassure tout de suite, la chanson "Dijon, 24 décembre" évoquant des cathos intégristes brûlant le Père-Noël pour concurrence déloyale, a été pudiquement écartée...



jeudi 20 décembre 2012

L'assassin à la pomme verte de Christophe Carlier

                                                          Serge Safran éditeur 15 €

Voici un petit roman par son format qui est un concentré de plaisir pour le lecteur. Dès le titre, on sent qu'il y a dans ce texte quelque chose de particulier. Au premier abord, c'est un polar, mais l'évocation d'un tableau de Magritte le place dans une zone plus précieuse. Effectivement, l'intrigue nous propose bien le meurtre d'un  italien volage dans sa chambre d'un hôtel de luxe parisien, meurtre étrange provoqué par le hasard d'une rencontre. Et il est beaucoup question de hasard ici et d'amour également comme chez Marivaux. Craig, professeur de littérature, américain vieillissant et Elena, italienne quarantenaire travaillant dans la mode vont se livrer à un jeu fait de séduction et de distance, profitant de ce séjour hors de chez eux pour lâcher prise, éprouver des sensations qu'ils ne pensaient peut être plus permises, se créer un frisson passager pour se prouver qu'ils sont encore vivants. Sous les yeux d'un réceptionniste qui pense jouer de façon infime avec le destin de certains clients trop policés, ils vont interpréter subtilement une drôle de partition, mêlant l'amour et la mort sur fond d'enquête policière où l'arme du crime, un couteau à la lame particulièrement effilée, se baladera avec ironie.
Cela peut paraître un peu intello raconté ainsi, mais ça ne l'est pas du tout à lecture. L'écriture de Christophe Carlier est alerte, moqueuse, profonde mais avec grâce et légèreté. On déguste ce livre comme un bon vin, avec gourmandise car il file vite sans jamais s'appesantir et se permet le luxe d'une fin assez étonnante, donnant une ampleur inattendue à cette histoire.
Polar un tantinet littéraire, étude de caractères fouillée, regard ironique sur le monde en général, "L'assassin à la pomme verte" est un livre qui m'a totalement séduit. Si je ne devais retenir que deux phrases de ce joli roman, phrases qui résument assez bien le propos sous-jacent de cette histoire, ce serait celles-ci : " C'est parfois très doux de ne rien espérer. Passé quarante ans, le hasard bouscule la vie au lieu de la construire." C'est ce qui va arriver aux deux personnages principaux de ce drôle de polar qui restera longtemps en mémoire d'un lecteur prêt à toutes sortes d'aventures.






mercredi 19 décembre 2012

Main dans la main de Valérie Donzelli


 Aussi paradoxal que cela puisse paraître, j'ai aimé le nouveau film pourtant pas vraiment réussi de Valérie Donzelli.
Le trio vedette du film ayant sillonné tous les plateaux télés et toutes les émissions radios, faut-il encore vous rappeler le pitch de l'oeuvre ? Sur un improbable postulat : un jeune ouvrier miroitier provincial ( Jérémie Elkaïm) embrasse un peu par hasard la directrice de l'Opéra de Paris (Valérie Lemercier) arrogante bourgeoise solitaire. Ce petit baiser les unira étrangement, ne pouvant se déplacer l'un sans l'autre, faisant les mêmes gestes, les mêmes mouvements. Ressort dramatique autant que comique, ce procédé montre vite ses limites, ne fonctionnant pas toujours au gré des péripéties. Mais qu'importe, le film enchaîne les situations, les personnages et un discours sur le couple et ses vicissitudes. Valérie Donzelli se promène des appartements de fonction luxueux aux pavillons ouvriers de Commercy, injecte dans son scénario de multiples considérations sur la vie à deux  (frère/soeur, mari/femme, femme/femme, patron/ouvrier, ...), voire à trois avec une scène un peu trop appuyée sur le trouple ( la vie, l'amour à trois ou plus pour les non branchés). C'est sympathique, vaguement fouillé mais terriblement brouillon, à trop vouloir traiter complètement le sujet, on se perd un peu sans compter que les clichés vont bon train des deux côtés de la France sociale représentée.
Alors pourquoi je suis ressorti de ce film totalement emballé ? La réponse est simple : il y a à l'écran un couple absolument magique, filmé magnifiquement par un oeil vraisemblablement amoureux et surtout talentueux. Il y a des années qu'un couple au cinéma ne m'avait pas fait autant vibrer, sourire et m'émouvoir. Dès que Valérie Lemercier et Jérémie Elkaïm sont à l'écran ensemble, le film s'envole, emporté par leur grâce. Au début, ils sont prodigieux de finesse, de drôlerie, de causticité pour finir absolument bouleversants. Ils arrivent à déployer toute une palette de sentiments qui attrapent le spectateur pour ne jamais le lâcher. Aidés par une caméra toujours à la bonne distance, maniant avec subtilité beauté du cadre et émotion, les deux acteurs font tout passer avec justesse. On croit en cette improbable histoire d'amour de ces deux personnes que rien ne peut lier dans la vraie vie. Jérémie Elkaïm est toujours juste et crédible. Quant à Valérie Lemercier, elle est tout simplement sublime, elle mérite pour ce rôle toutes les récompenses... Et en plus qu'est-ce qu'elle est belle ! (Là, je m'égare...)
Rien que pour eux, courez voir ce film foutraque, mal fichu, pas vraiment abouti mais tellement séduisant. Vous y découvrirez peut être aussi que Béatrice de Staël est une formidable comédienne (elle joue l'amie, l'amante (?) de Valérie Lemercier) et que Valérie Donzelli n'a pas son pareil pour concocter une bande musicale originale. Vous y entendrez aussi bien Bonnie Tyler que Tchaïkovski, mais aussi Dominique A et une chanson délicieuse, interprétée en anglais par Micheline Presle ( La vie parisienne). Et pour les fans comme moi, les deux acteurs principaux du film reprennent "Main dans la main" d'Elli et Jacno...
J'ai parlé du précédent film de Valérie Donzelli La guerre est déclarée, ICI


lundi 17 décembre 2012

Lush, fun, bête de s..., bogosse

Vous le savez peut être si vous avez lu mon premier billet sur cette marque ( ICI ), j'aime bien me rendre dans les boutiques Lush où un accueil ultra sympathique vous est réservé. Et qui dit magasin agréable, dit achat. Hormis les produis habituels dont je suis un inconditionnel (shampooings, savons, crème de rasage), je n'ai pas résisté aux sirènes qui vantent les produits et j'ai donc essayé quelques nouveautés (pour moi).
Tout d'abord, j'ai testé FUN, une pâte à modeler très odorante qui sert à tout laver : cheveux, corps et même le linge... Ca se présente comme un boudin, très coloré. C'est souple, ça peut se modeler et ça sent très fort les agrumes pour celui que j'ai testé (mais il y a aussi d'autres parfums, mandarine, vanille ou lavande). La vendeuse me vantait en plus de sa très longue durée, sa mousse absolument rafraîchissante et son côté polyvalent dans une salle de bains.
Pour être coloré, c'est coloré ! Dès le retrait de l'emballage de cellophane, on s'aperçoit que la couleur reste sur le papier... Sous une douche, j'ai eu l'impression que j'étais Hulk en train de faire ses ablutions tellement l'eau était verte... Produit naturel qu'ils disent chez Lush, mais surement pas le colorant que contient ce boudin. J'ai eu peur qu'il colore aussi le bac à douche...Polyvalent peut être mais pas sensationnel, ni économique et surement pas pratique, trop souple... Comme j'ai passé l'âge d'avoir vraiment envie de jouer à la pâte à modeler (surtout sous la douche), c'est le genre de produit totalement gadget que je ne rachèterai pas. Quant à un essai sur le linge, j'ai plutôt hésité, car je n'avais rien à teindre en vert !
Plus sexy, j'ai essayé Bête de S... Ce produit se présente comme ceci :

Ce petit flacon contient une poudre grise, très odorante, évoquant la garrigue et les plantes méditerranéennes. Mais qu'est-ce donc ?  Avec un nom pareil, une poudre aphrodisiaque à base de corne de rhinocéros ? Que nenni, le S n'est pas pour sexe mais pour sueur... car c'est un déodorant en poudre que l'on doit apposer généreusement sur les aisselles. Hormis une efficacité qui reste à prouver chez moi, si vous utilisez ce produit avant un rendez-vous disons galant...il faut espérer que vous n'aurez pas à vous déshabiller devant votre partenaire. Il risque de vous trouver un peu moins sexy en apercevant la zone grisâtre peu affriolante qu'il laisse sous les bras. Vous êtes peut être une bête de sexe mais pourvue d'un tue-l'amour très efficace. Là aussi, un achat que je ne renouvellerai pas. Pour ne pas le jeter, je l'utilise en déodorant pour les Converse de mes filles...
Dernier produit testé, la crème hydratante pour homme "Bogosse".


Je n'attendais aucun miracle d'une crème hydratante, juste un peu de confort après le rasage. La texture de Bogosse est assez grasse mais semble bien protéger la peau surtout par grand froid. Evidemment, je ne me suis pas transformé pour autant en prince charmant mais le premier jour où j'ai enduit mon visage fatigué de cet onguent, trois élèves de mon école sont venus me dire gentiment : "T'es beau maître !" (J'enseigne en maternelle). Un effet "Bogosse" ? Peut être car ils ne me l'avaient pas dit depuis longtemps, ... ni redit depuis d'ailleurs, pourtant j'avais remis cette crème merveilleuse pour le moral. La sympathique vendeuse de ma ville m'a signalé que je pouvais aussi utiliser ce produit comme gel de coiffage ( la polyvalence des produits Lush !). Je n'ai pas essayé car à 17,95 euros le pot de 45 grammes, je préfère le réserver à accroître mon pouvoir naturel de séduction.... même si je pense qu'une multitude de produits tout aussi efficaces existent sur le marché... Mais pour celui-ci, je pense que je  recraquerai  pour un deuxième pot...j'aime son odeur délicate.



dimanche 16 décembre 2012

La lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne


Quand on demandait à Italo Calvino ce qu'était pour lui un classique de la littérature, il répondait (entre autre) : "Les classiques sont des livres qui exercent une influence particulière aussi bien en s'imposant comme inoubliables qu'en se dissimulant dans les replis de la mémoire par assimilation à l'inconscient collectif ou individuel." Il disait également qu' "Un classique est un livre qui n'a jamais fini de dire ce qu'il a à dire." "La lettre écarlate", dont je viens de terminer la lecture, entre sans doute dans le champ de cette dernière phrase. Publié en 1850 aux Etats-Unis, il est considéré comme le premier grand roman du continent américain et, malgré un style et une thématique un peu vieillottes, il parvient, 150 ans plus tard à nous émouvoir et à faire résonance.
L'histoire, au premier regard, peut sembler banale : une femme, son mari, son amant. Trio de vaudeville ? Pas du tout! Car, ici, se greffe un élément sacrément perturbateur, le puritanisme intégriste de toute une communauté de la Nouvelle Angleterre du 17 ème siècle. Au début du livre la femme, Hesther,, dont le mari est porté plus ou moins disparu, est jugée pour un grave péché de chair qui a donné naissance à un enfant. Conduite sur un échafaud à être observée pendant des heures par une population fanatisée par des prêches, elle sera ensuite libérée mais condamnée à porter une lettre écarlate sur sa poitrine le restant de sa vie, le A d'Adultère. Elle vivra à la périphérie de la ville, seule avec sa fille, gardant secret le nom du père...qui n'est autre que le pasteur de la communauté. Rongé par le remords et le mensonge, ce dernier, hébergera un vieux médecin qui n'est autre que le mari de l'héroïne, réapparu pour exercer une vengeance aussi subtile que diffuse.
Personnages de tragédie, ce trio va se révéler être le porteur de plusieurs messages toujours contemporains. J'évacue tout de suite le raccourci historique de la lettre écarlate et de l'étoile jaune imposée par les nazis, mais on y pense fatalement. Mais là où le symbole de judéité ne menait qu'à un destin funeste, le A rouge est finalement présenté ici comme un symbole de libération, libération de dogmes ineptes et débiles mais libération féminine également.
Eloignée de cette communauté austère, Esther se créera un monde intérieur intense. Hawthorne décrit très bien ce cheminement : "Hesther Prynne, forte du courage qui faisait partie de sa nature et qu'avait renforcé sa longue solitude, ...avançait sans règle ni commandement, dans un désert moral aussi vaste et aussi sombre que la forêt vierge... Depuis des années, elle considérait de ce point de vue spécial les institutions humaines et tout ce que les prêtres et les législations humaines avaient établi, exerçant sa critique sans plus de respect que l'Indien n'en ressentait à l'égard du rabat du prêtre... Le sort qu'on lui avait imposé, l'avait libérée. La lettre écarlate était un passeport pour des régions où les autres femmes n'osaient s'aventurer.... Il semble bien que les sept années d'ostracisme et d'humiliation l'aient préparée à la révolte." J'ai pensé bien entendu à toutes ces populations actuelles (surtout féminines) réduites à un état fantômatique pour les femmes et fanatique pour les hommes, avec des préceptes d'un autre âge. Et quand l'auteur écrit un peu plus loin: " Elle défit les brides du bonnet qui enserrait sa chevelure, et ses belles tresses épaisses tombèrent sur ses épaules du charme et de la douceur à ses traits. ", j'y ai pensé encore plus fort !
L'autre grand message de ce livre est la prise en compte de son être intérieur, ne pas se mentir quant à ses vrais désirs. Ici, ce sont les deux héros masculins qui vont éprouver les affres du mensonge, les tourments des désirs réfrénés. Afficher ses vrais envies au grand jour leur est impossible à cause de cette société puritaine plus prompte à légiférer et condamner selon des principes iniques, que de comprendre l'humain dans sa globalité. L'amant sera rongé par le mensonge et le mari, aux désirs finalement assez troubles (n'est-il pas quelque part amoureux de l'amant de sa femme ? ), n'y trouvera aucun réconfort. Le chemin est long pour l'acceptation de soi. Ce message, plus que jamais d'actualité, est ici magnifié par cette histoire d'amour à l'allure universelle.
Ce classique de la littérature peut parfois paraître un peu démodé à cause d'un style un peu désuet, mais la force des personnages, la parfaite description de sentiments et la dose de féminisme assez gonflée pour un roman de cette époque, font que la lecture de cette "Lettre écarlate" est doublée d'un vrai moment de réflexion. Et quand on lit à la fin du livre : " L'apôtre de l'émancipation féminine serait une femme certes; mais aussi pure que belle et fière, et sage aussi, non pour avoir souffert, mais par l'action éthérée de la joie, capable de montrer comment l'amour, devenu sacré, nous donnerait le bonheur en embellissant la vie", l'auteur lâche prise, imaginant un monde merveilleux qui hélas n'est pas encore arrivé, mais dont on peut toujours espérer l'avénement. Un classique à (re)découvrir car il fait, malgré ses 162 ans, encore écho auprès des lecteurs du XXI ème siècle; enfin, chez moi, ça a marché.

vendredi 14 décembre 2012

Télé gaucho de Michel Leclerc


"Télé gaucho" aurait pu être le récit initiatique d'un jeune provincial (Félix Moati) qui, un peu par hasard, trouve un stage dans une chaîne TV privée. Dans le quartier où il loge, il croisera de doux excités, fondateurs d'une télévision pirate dont le but est de donner un énorme coup de pied dans le traintrain des téléspectateurs du quartier, gavés de séries débiles et de talk-shows ineptes. Seulement, le personnage principal est un peu monolithique, subissant plus les événements qu'il ne les provoque. Hésitant entre argent et résistance, il n'aura guère avancé une fois passée l'heure cinquante deux que dure le film.
"Télé gaucho" aurait pu être une satire féroce sur le télévision (privée ou publique). Emmanuelle Béart, qui incarne avec conviction une sorte d'Evelyne Thomas blonde, est parfaite en animatrice d'émission de témoignages minables mais est finalement trop lucide pour que la critique porte réellement ses fruits. Et puis, peut-on être mordant quand on est coproduit par TF1 et France-télévisions réunis ?
"Télé gaucho" aurait pu être un film gauchiste, pointant du doigt tous les dysfonctionnements d'une société en perte de repères. Les nombreuses incursions au sein de manifs diverses et variées contre l'avortement, pour les sans-papiers, ne sont hélas que des passages sans grand intérêt. 
"Télé gaucho" aurait pu être une bonne comédie sur un mouvement libertaire dans les années 90 mais, hélas, on ne sourit pas beaucoup devant cette bande de gaucho menée avec détermination par Maïwenn, un  peu outranciers et surtout bourrés de clichés (le bourge du 16ème qui cache ses origines, la militante bornée,...). De plus, le scénario, qui se veut choral, peine à s'intéresser à tous ces personnages.
C'est sympathique quand même, un peu foutraque. Ca se veut aussi un peu fou, faisant passer en arrière plan un chameau ou un joueur de didgeridoo, mais on se demande si tout cela n'est pas un peu too much. On regarde gentiment s'agiter Sarah Forestier, toujours aussi pétillante de naïveté mais comme son personnage devient assez vite secondaire, la fin du film sombre dans un ennui distingué (elle a préféré le didgeridoo, plus long, plus dur, à son terne Victor).
Dommage, car après "Le nom des gens" qui était une gentille comédie pleine de pep's, j'avais espéré que "Télé gaucho" aurait eu une saveur autre que celle d'un film mollasson et mal fichu.


jeudi 13 décembre 2012

Dans les jupes de maman de Carole Fives et Dorothée de Monfreid


Joli titre très oedipien pour cet album très réussi ! Quelle belle idée de décliner de façon aussi humoristique cette expression souvent négative et même blessante que les petits garçons entendent souvent de la part des adultes.
Il s'en passe de belles sous les jupes de maman ! Grâce à des petits volets que l'on soulève, on voit que ce petit garçon n'est pas prêt de quitter sa mère. C'est fou ce qu'il se passe sous ses jupes : du toboggan, conduire des voitures, recevoir des copains, ... Que du plaisir donc et il est évident qu'il va être difficile de l'en sortir...à moins que quelques petites filles joueuses  et une certaine mode vestimentaire ne l'y en détourne...
Joliment illustré  en rouge et noir par Dorothée de Monfreid, cet album devrait faire partie de ces titres que l'on trouvera longtemps sur les rayons des librairies jeunesse, section "complexe d'Oedipe". Personnellement, soulever tous les volets de cet album pour regarder sous les jupes de cette maman, m'a irrésistiblement fait penser à la chanson d'Alain Souchon "Sous les jupes des filles"...mais là, c'est une autre histoire, pour quand on a déjà quitter le cocon maternel douillet... et je déraille un peu.
Un album que l'on peut lire dès trois ans et jusqu'à six ans aux petits garçons en attendant que sorte "Dans le jean de papa" pour que les petites filles aient, elles aussi, un réjouissant album sur le complexe d'Electre à se mettre sous les yeux.

lundi 10 décembre 2012

Le bonheur des belges de Patrick Roegiers


 On a tous quelque chose qui nous rappelle la Belgique, parce pays proche, en partie francophone. Ca créé des liens. Et puis, il y a entre autres, Tintin, Jacques Brel, Annie Cordy, Eddy Merckx. Ce livre est la parfaite démonstration que nos voisins font également partie de notre imaginaire collectif.
Au fil des 450 pages que compte cet ouvrage, c'est toute la Belgique depuis 1830, date de la création de ce petit état, qui nous est évoquée au travers d'une multitude de personnages issus de ce plat pays ou y ayant séjourné. Très encyclopédique, bourré d'anecdotes, "Le bonheur des belges" est tout de même un roman très particulier.
Tout d'abord, le héros est une espèce d'ectoplasme qui se déplace sans se soucier de l'espace et du temps. Il a dix ans, c'est un garçon plutôt bavard mais c'est tout ce que l'on saura. Il rencontres diverses célébrités avec qui il vivra de drôles de moments, mélange d'anecdotes historiques et de belgitude. Tout est écrit en roue libre, très libre, pas de chronologie, pas d'époque bien déterminée, Victor Hugo peut très bien cotoyer le roi Albert II ! C'est léger, plaisant, totalement décalé. C'est une déclaration fantaisiste à la Belgique, aussi bien flamande que Wallonne. Ca devrait parler au coeur de tous les belges...
Toutefois, et même si je connais un peu la Belgique, si enfant j'ai été bercé des grands noms du cyclisme belge et de la bande dessinée, j'avoue avoir trouvé ce livre un peu copieux, comme un cornet de frites bien grasses avec un bonne grosse dose de mayonnaise. Trop de personnages inconnus qui ne m'évoquaient rien, trop d'énumérations de lieux, d'objets, d'expressions locales qui ne chantaient rien à mes oreilles. Comme il n'y a pas vraiment une trame narrative classique, le récit étant complètement éclaté et la lecture au fur et à mesure de mon avancée m'est devenue de plus en plus laborieuse. J'ai fini le livre un peu harassé, comme si j'avais gravi à vélo le mur de Grammont et ses pavés démoniaques.
Cependant, j'admire la prouesse et l'originalité de ce roman même si la lecture d'une traite me semble une mauvaise idée.  Déposez-le à côté d'un fauteuil et picorez-le à petite dose,... conseil d'un lecteur français, épaté par l'idée mais pas assez belge pour l'apprécier à sa juste valeur.

Livre lu dans le cadre des jeudis critiques d'entrée Livre, le site de tous les amoureux de la lecture. dont voici le lien :http://www.entreelivre.com/










samedi 8 décembre 2012

Un léger bruit dans le moteur de Jonathan Munoz et Gaet's



Vous aimez les enfants, leur douce nature angélique, affectueuse et inventive, dont les rires sonores emplissent l'espace d'une maison ? Vous pensez que les enfants, petits monstres d'égoïsmes attendrissants, sont les compléments parfaits pour qu'une vie soit, non pas un long fleuve tranquille mais une bulle de bonheur faite de partage et d'amour ? Alors fuyez cet album, votre angélisme pourrait en prendre un sacré coup !
La couverture déjà évite toute ressemblance avec d'autres héros du même âge. Vous n'avez jamais imaginé que le Petit Nicolas puisse se présenter à vous, un couteau serré dans le dos face à une voiture en feu. Pourtant le jeune héros d'"Un léger bruit dans le moteur " parle un peu comme lui mais en plus trash. il dit par exemple : "Je ne tue jamais le dimanche."....parce qu'en semaine, il ne se prive pas ! C'est rigolo, il a envie de tuer tous les affreux habitants de cet abominable hameau où aucune voiture ne passe. Et il le fait sadiquement, tranquillement, sans l'ombre d'un remord. Bon, ils sont tellement affreux ses voisins que bizarrement, on n'a pas vraiment pitié pour eux, même quand ils trépassent de façon cruelle. Mais cette histoire est vraiment sombre, très sombre, on ne voit jamais la lumière. Les illustrations qui vont de l'ocre au bleu métal sont vraiment crépusculaires. Seul le texte à la tournure enfantine éclaire un temps soit peu le propos volontairement provocateur. Le pire, peut être, est que cet enfant ne nous est pas totalement antipathique. On arrive à le trouver touchant, comme si de cette boue poisseuse émergeait un être à sauver.
Cette histoire ambigüe est un OVNI (objet volontairement nuisible et iconoclaste) dans la production actuelle. Tout y est finement maîtrisé, du texte au dessin. Reste un propos qui peut heurter sauf si l'on adopte l'attitude d'en rire (jaune). Cet univers décalé fait d'"un léger bruit dans le moteur", une BD vraiment originale que l'on aurait tort de snober.

mercredi 5 décembre 2012

Les oeuvres de miséricordes de Mathieu Riboulet


Rude choc pour le lecteur que je suis de passer du style collégien de "La vérité sur l'affaire Harry Quebert" à l'écriture d'un vrai écrivain, celle de Mathieu Riboulet et "Les oeuvres de miséricorde". Ce dernier  a obtenu le prix décembre, qui se veut être l'anti-Goncourt. Ayant souvent couronné des auteurs exigeants, le cru 2012 ne faillit pas à la règle car nous sommes en présence d'un texte érudit et ambitieux. Je parle de texte car il m'est difficile de définir le genre de ce livre, à la fois essai philosophique, réflexion sociologique et historique mais aussi roman mélangeant littérature, narration classique et art.
Le narrateur, fortement marqué au plus plus profond de lui même par les deux dernières guerres mondiales, part à la découverte du peuple allemand, longtemps notre ennemi. Il décide que cette connaissance passera par le corps d'hommes avec lesquels il essaiera de comprendre le basculement indicible de l'amour vers la haine, du désir vers la violence. S'en suit une réflexion grave et profonde au travers de ses rencontres sexuelles où se mêlent étroitement la peinture du Caravage, des étreintes souvent hards mais aussi un amour platonique et la mémoire très prégnante de tous les actes horribles des deux grandes guerres. Chapitré à partir des impératifs chrétiens appelés "oeuvres de miséricorde" (vêtir ceux qui sont nus, ensevelir les morts, donner à boire à ceux qui ont soif, ...) le cheminement de l'auteur se fait de plus en plus précis et interrogatif. Sa recherche le mènera dans des situations où il comprendra que le corps et l'Histoire sont étroitement liés, que l'étreinte amoureuse est à la merci d'un basculement soudain vers la violence et l'exploitation.
Vous comprendrez assez vite que ce texte ambitieux n'est pas d'une facilité extrême de lecture. J'ai du m'accrocher un peu. Le parti-pris de ce questionnement est très original mais la manière de l'aborder un peu trop alambiquée pour le lecteur lambda que je suis.
Cependant, l'écriture est tout simplement magnifique et la réflexion admirable. Bourré de références littéraires, picturales ou cinématographiques (le dernier chapitre par sa violence, rappelle le "Salo ou les 120 jours de Sodome" de Pasolini ), "Les oeuvres de miséricorde" saura passionner un lecteur sensible et intello. Personnellement, je suis devant ce livre comme un fauché chez Cartier. J'admire l'ouvrage, je respecte la pensée, j'apprécie le hasard qui m'a mis en présence de ce beau travail d'artisan, mais , hélas, ce n'est pas tout à fait pour moi...

lundi 3 décembre 2012

Monkey me de Mylène Farmer





  Chère Mylène,
Je vous écris cette lettre, non pas parce que je suis fan mais parce que je suis une victime collatérale de vos productions lyriques. Boum, boum ! En effet, ma compagne écoute vos oeuvres en boucle comme celles de ses deux autres artistes préférés, à savoir Jean Louis Murat et Léo Ferré. Boum, boum !  Si vous avez déjà interprété un fort beau duo avec le premier cité, je vois mal le deuxième vous accompagner vocalement. Boum, boum ! En tant que presque groupie, mon épouse, comme quoi votre public composé uniquement de gays hommes doit être une légende, mon épouse donc, a téléchargé (légalement) votre dernier opus et nous avons passé notre soirée à l'écouter en boucle. Boum, boum !  Sans être du tout allergique à vos couplets, reconnaissant même que certains de vos titres passés sont de grands classiques de la chanson francophone et étant assez admiratif devant votre carrière et aux parti-pris couillus que vous avez affirmé dans vos refrains et dans votre manière de vous mettre en scène, je dois avouer que j'ai été déçu par "Monkey me"votre nouveau CD. Boum, boum ! Si la chanson d'ouverture "Elle a dit", bien écrite et bien rythmée, narrant la souffrance d'une jeune fille face à ses choix sexuels, m'a attiré l'oreille, je ne peux pas dire la même chose de la suite. Boum, boum ! C'est une véritable soupe disco/techno/électro pas franchement originale, mille fois entendue, surtout chez vous et finalement lassante. Boum, boum ! Oui, boum, boum ! car j'ai encore cette rythmique lancinante dans la tête qui accompagne systématiquement vos onze nouvelles chansons. Boum, boum ! ( Bon, c'est la dernière fois, j'arrête.) Heureusement que la dernière, "Je dis tout", piano/violoncelle, calme, douce, belle, repose un peu nos tympans et me fait dire que vraiment c'est dans ce registre que vous nous apparaissez la plus sincère et la plus sensible. Même ma compagne est de cet avis, un peu frustrée du manque de chansons lentes dans ce disque. Elle a même rajouté que c'est vous qui auriez du interpréter "Sur mes lèvres" que Jean Louis Murat vient de composer pour le nouvel album de Nolwenn Leroy, vous auriez offert à ce titre une couleur que la chanteuse bretonnante peine à lui donner.
Moi, de cet album je ne retiens dons que les deux titres évoqués plus haut et j'espère que mon épouse ne suivra pas l'ordre du titre : "Monkey me" (Singe-moi !) car je n'ai nullement envie qu'elle se colore les cheveux en blanc. Comme vous avez le même âge (au mois près) , je me dis que c'est une façon originale d'assumer ses cheveux blancs mais en version branchée. Cela vous donne certes une image moderne et encore jeune (si l'on en croit la seule photo minimale de votre disque). Cependant, j'espérais qu'avec le temps vous auriez amorcé un virage plus profond au niveau de votre musique, donner de l'ampleur à votre voix et à vos textes plutôt que de les noyer dans un nappage rythmé, qui est bien sur votre image de marque, mais qui a vraiment un air de déjà entendu.
Mylène, je vous donne mon avis, vous en ferez ce que vous voudrez, mais continuez à écrire vos textes un peu sexe, un peu mystiques, un peu mystérieux, continuez à faire des mégas shows mais de grâce ne courez plus après la jeunesse, laissez tomber cette rythmique de boîte de nuit de province, vous n'en serez que plus crédible et donc encore plus belle, encore plus désirable, encore plus femme.
  Pierre

dimanche 2 décembre 2012

La lettre à la Mère Noël de Léna Ellka et Laetitia Lesaffre

 Voici un album pour les enfants à partir de trois ans qui entre tout à fait dans les nouvelles directives contre le sexisme ambiant dans nos écoles. Evidemment, il n'est pas édité chez n'importe qui mais chez "Talents Hauts" qui propose depuis quelques années des albums "où les héros peuvent être des héroïnes, où les mamans sont des femmes d'aujourd'hui et les hommes des papas modernes, où les filles ne sont pas au bois dormant et les garçons ne sont pas les seuls à chasser le dragon..." Bref des albums loin des stéréotypes habituels cantonnant la femme à la popote et l'homme aux travaux de force.
Comme Noël approche, tordez le coup aux habitudes et faites écrire vos enfants une lettre à Mère-Noël, le résultat sera de toutes les façons le même.
C'est ce que fait la petite Chloé dans cet album sous les sarcasmes de son frère qui pense qu'une bonne femme sera incapable de conduire le traîneau, porter le sac de jouets ou même passer dans les cheminées. Tout juste s'il pense qu'elle est capable de lire la lettre ! Heureusement sa soeur a de la répartie et démonte un à un les arguments machistes du futur macho.
Le texte simple, direct et bien tourné est ici à son meilleur pour en finir avec la suprématie du Père-Noël   et son image vieillotte de pèpère cadeau. Place à sa femme qui visiblement s'en sort aussi bien et avec autant de bonhommie. Malgré une illustration un peu plan plan, cet album saura faire réagir les enfants déjà formatés au moule des genres et, je l'espère, les questionner. Reste qu'il faudrait que beaucoup d'adultes et d'enseignants donnent la part belle à ces albums non conventionnels et cela n'est, hélas, pas gagné.

jeudi 29 novembre 2012

Mauvaise fille de Patrick Mille


Que dire de cette chose ? Y'a rien à dire puisqu'il n'y a rien dans ce film.
Une mère cancéreuse est à l'hôpital. Sa fille tombe enceinte tout en buvant du Ricard. Maman meurt. le bébé naît. Voilà, je suis désolé, j'ai tout raconté ! Y'a plus de suspense, j'ai même dévoilé la fin. Ce n'est pas grave car, si par malheur vous allez voir ce film, vous sortirez avant ce dénouement incroyable. Mais vous n'irez pas voir ce navet ou alors vous tenez absolument à engraisser "la grande famille du cinéma"et verser votre obole à tous ces fils et filles de qui brillent au générique. Il y a même un Barouh pour les décors et un Morali pour la musique, les fils de Pierre (Barouh, chanteur) et de Jacques (Morali, producteur des Village People) surement... Et puis, il y a Izia Higelin dont la promo nous serine que c'est la révélation de l'année. Mouais, elle a un peu d'autorité à l'écran mais elle a encore pas mal de progrès à faire surtout dans l'émotion. Et difficile de briller dans un film vain, mal fichu, mal réalisé et qui devient très vite insupportable.
Si vous envie de voir Bob Geldolf se promener avec un énorme nounours beige, Carole Bouquet jouer avec une perruque, Izia Higelin cajoler un bébé Corolle dans une maternité (c'est sensé être un vrai bébé...) et Patrice Pelloux faire une apparition, allez-y. C'est chic mais surtout toc. On s'ennuie énormément devant ces bobos suffisants et têtes à claques. Il n'y a rien à sauver là dedans sauf peut être deux ou trois regards expressifs de Carole Bouquet...donc 12 secondes de film !



lundi 26 novembre 2012

La vérité sur l'affaire Harry Québert de Joël Dicker

Je me suis rué sur "La vérité sur l'affaire Harry Quebert" de Joël Dicker, appâté par le Goncourt des lycéens qui depuis quelques années se trompent rarement dans leurs choix et fortement poussé par mes libraires préférés qui me promettaient une nuit blanche à la lecture de ce qui fait figure cette rentrée d'événement.
Après avoir lu, j'ai bien dit lu et pas dévoré, les quelques 650 pages de ce polar, je peux dire que Marc Lévy et Katherine Pancol ont du mouron à se faire, un jeune auteur suisse vient jouer dans leur cour pourtant soigneusement gardée. Bienvenue au pays de Candy en Amérique, car, à mon avis, ça se situe à ce niveau là, du côté du roman facile à lire pour lecteur peu exigeant. Joël Dicker est un romancier ( qui a encore des progrès à faire pour arriver au niveau des précédemment nommés) pas un écrivain et cela se sent dès les premières pages. Phrases courtes, rapides directes, sans fioritures, dialogues simplistes et frôlant le minimum syndical, le tout au service d'une histoire pas tellement originale mais bien tarabiscotée jusqu'à l'invraisemblance.
Nous avons Marcus, jeune romancier à succès, en panne d'inspiration, qui va demander conseil à son ami Harry Quebert, écrivain culte dont le deuxième livre "Les origines  du mal" figure au programme de toutes les universités US. Mais voila que l'on va trouver dans le jardin d'Harry les ossements d'une jeune fille prénommée Nola et disparue trente-trois ans plus tôt. Harry sera accusé du meurtre de celle qui fut l'amour de sa vie. Marcus ne croyant pas à la culpabilité de son mentor mènera l'enquête pour l'innocenter et du coup retrouvera l'inspiration.
C'est un polar qu'a couronné l'Académie Française et elle ne doit pas être grande lectrice du genre pour avoir été épatée par celui-ci. L'intrigue de départ n'est pas originale mais durant 400 pages les rebondissements s'enchaînent sans faillir. Un joyeux mélange de quiproquos, de clichés, de retournements, de révélations, de mystères tissés allègrement mais sans talent particulier que celui de l'accumulation, retiennent le lecteur. Plaisant au début, l'indigestion gagne très vite car l'intrigue n'est jamais soutenue par l'écriture qui peine à donner un semblant de profondeur à des personnages grossièrement stéréotypés. Le plus pénible restent les 250 dernières pages qui s'essoufflent à détricoter les 400 précédentes en explications de plus en plus lourdingues, pour finir par aboutir à un dénouement fort décevant (mais arrivé à ce stade, je ne m'attendais à rien de bien extraordinaire).
Je ne résiste pas au plaisir de vous donner à lire un peu de la prose de Joël Dicker. C'est une des scènes les plus torrides du livre. Harry est en vacances sur une île paradisiaque avec l'amour de sa vie, Nola. C'est le point culminant de leur passion.
"Ils passèrent une barrière de rochers et arrivèrent à une crique isolée. Là, ils pouvaient s'aimer.
-Prenez-moi dans vos bras, Harry chéri, lui dit-elle lorsqu'ils furent protégés des regards.
Il l'enlaça et elle s'accrocha à son cou, fort. Puis ils plongèrent dans l'océan et s'éclaboussèrent gaiement, avant d'aller se sécher au soleil, allongés sur les grands linges blancs de l'hôtel. Elle posa sa tête sur son torse.
-Je vous aime, Harry... Je vous aime comme je n'ai jamais aimé.
Ils se sourirent. 
-Ce sont les plus belles vacances de ma vie, dit Harry.
Le visage de Nola s'illumina :
- Faisons des photos ! Faisons des photos, comme ça nous n'oublierons jamais ! Avez-vous pris l'appareil ?
Il sortit l'appareil de son sac et le lui donna. Elle se colla contre lui et tint le boîtier à bout de bras, dirigeant l'objectif vers eux, et prit une photo. Juste avant d'appuyer sur le déclencheur, elle tourna la tête et l'embrassa longuement sur la joue. Ils rirent.
- Je pense que cette photo sera très bonne, dit-elle. Surtout, gardez-la toute votre vie.
-Toute ma vie. Cette photo ne me quittera jamais. "
C'est beau, non ? Vous aimez ? Alors foncez acheter le livre, tout est du même acabit.
Vous trouvez que ça ressemble à de l'Harlequin en moins bien ? Vous avez raison et vous flairez déjà le coup marketing formidablement bien orchestré.
Personnellement, je ne comprends pas cet engouement pour ce polar mal fichu et pitoyablement invraisemblable. Les personnages sont inconsistants, proches de la caricature et l'écriture encore très adolescente. Reste une construction efficace au début, en trompe l'oeil, jouant de façon roublarde avec les codes du polar et se donnant des allures de réflexion sur la littérature. Mais à ce jeu, on se lasse vite car c'est totalement vain. Il vaut mieux relire (heu lire pour ceux qui aiment ce livre) Agatha Christie pour les intrigues et Michaël Connolly (pour ne citer que le premier qui me passe par la tête) pour la construction efficace d'un polar.
Qu'est-ce que je pourrai sauver de ce gros petit roman ? Deux choses peut être... la critique assez corrosive et jouissive du monde de l'édition (qui pousse à penser que certaines de ses recettes ont été appliquées à ce livre...quand je parlais de roublardise...) et la couverture totalement raccord avec l'Expo du moment au Grand Palais (Edward Hopper). Sinon, pour une fois, préférez le Goncourt ou le Fémina  
qui ont couronné des oeuvres ambitieuses de vrais écrivains.


dimanche 25 novembre 2012

Populaire de Régis Roinsard


"Populaire" ! Tout est résumé dans le titre. C'est un film populaire dans tous les bons sens du terme, un film simple, que l'on prend plaisir à regarder et dont on ressort de bonne humeur. Autour d'un thème classique de la comédie sentimentale : il est célibataire, pas très sympa mais avec un charme certain, elle est jolie, pétillante, pas cruche et pas facile, ils vont petit à petit se découvrir des sentiments l'un pour l'autre, "Populaire" est une jolie friandise à déguster les yeux fermés (heu, gardez les yeux ouverts, c'est du cinéma quand même !).
Situé à la fin des années 50, ce premier film de Régis Roinsard est un joli hommage au cinéma de cette époque, Stanley Donen, Billy Wilder, Blake Edwards et même Alfred Hitchcock, avec des couleurs à la Jacques Demy. Son couple vedette est parfait. Romain Duris, très à l'aise dans le rôle du patron célibataire, plus obsédé par les compétences dactylographiques de sa secrétaire que par son physique, prouve qu'il a du flair pour dégotter les bonnes comédies (comme "L'arnacoeur") et qu'il se pose désormais comme une sorte de Cary Grant français. Déborah François, à la fois piquante et gaffeuse, est étonnante de fraîcheur et de charme. Découverte par les frères Dardenne, elle explose ici dans un genre où l'on ne l'avait pas encore vraiment vu.
On suit cette aventure vintage au pays des championnats de frappe à la machine à écrire avec un plaisir évident. Le scénario, classique mais efficace, qui n'oublie pas de prévoir des seconds rôles intéressants, n'est jamais trahi par la mise en scène, rythmée et bondissante. Et comme le jeune metteur en scène a eu la chance d'avoir les moyens financiers pour une reconstitution d'époque de qualité, le plaisir est total. 
"Populaire" est, dans son genre, une réussite qu'il serait idiot de bouder. Les films malicieux et sympathiques sont des denrées rares de nos jours. C'est, pour moi, la comédie de l'hiver qui saura vous redonner le sourire.



vendredi 23 novembre 2012

Thérèse Desqueyroux de Claude Miller


Adapter François Mauriac en 2012 n'est pas chose courante, ses romans étant un peu tombés dans l'oubli. On peut penser que les thèmes développés dans "Thérèse Desqueyroux" sont un peu démodés, que les histoires de riches propriétaires terriens et des états d'âmes d'une bourgeoise très provinciale sont d'une autre époque. C'est oublié un peu vite que l'âme humaine, quelque soit les époques ou les lieux ne change guère. 
Ici, nous sommes dans les années 20, au fin fond des Landes, là où les pins forment une immensité déprimante pour quelqu'un que la sylviculture ne passionne pas. Thérèse, héritière de nombreuses hectares de résineux, s'unit en même temps que ses arbres à Bernard, lui aussi possesseur d'innombrables hectares de pins. Mariage de raison qui bien vite tourne à l'aigre. Autant Thérèse peut être originale et sensible à la culture (par les livres) que Bernard est lourd, vaguement antisémite et surtout profondément ancré dans les traditions d'une bourgeoisie confinée. Se sentant de plus en plus prisonnière, elle ira jusqu'à essayer d'empoisonner son mari.
Comme dans le roman de François Mauriac, le film est le récit d'une libération, le portrait ambigüe mais féministe d'une femme dont on a un peu de mal à partager tous les sentiments. Audrey Tautou est parfaite dans ce rôle, à la fois, coupante, glaciale et calculatrice mais aussi perdue, révoltée ou anéantie. Parfaite comme le reste de la distribution, comme la reconstitution d'époque et comme les costumes auxquels il ne manque aucun bouton. Et c'est peut être là que le film de Claude Miller pêche un peu. Il est est trop joli, l'image est trop belle. Les pins sous le soleil brulant de l'été, le lac aux eaux claires sur lequel vogue un bateau aux voiles rouges... On se croirait dans un dépliant touristique. C'est agréable à l'oeil mais à aucun moment on ne sent la résine, la terre, et surtout cet ennui énorme de vivre à l'année au milieu des pins, loin de tout. Chez Mauriac, on ressentait cette chape de silence et la tristesse d'un hiver, entouré de troncs noirs et sinistres à perte de vue, semblables aux barreaux d'une prison. On comprenait que Thérèse, qui avait connu lors de ses études la grande ville et ses attraits, voyait sa vie prendre un chemin pas vraiment conforme à ses rêves.
Ce sont ces sensations qui manquent à ce film trop léché et trop sage pour être réellement convaincant. Reste un joli portrait de femme, comme les a souvent montrées Claude Miller, volontaires et tournées vers la conquête d'une certaine liberté. Message important dans une période qui risque de reprendre quelques acquits durement gagnés.



jeudi 22 novembre 2012

Deux généraux de Scott Chantler


C'est une histoire vraie d'amitié et de guerre. L'amitié entre deux jeunes lieutenants, Law Chantler (le grand-père de l'auteur) et de Jack Chrisley qui se sont enrôlés en 1943 dans la Highland Light Infantry et qui seront envoyés en France pour chasser l'occupant nazi en juin 1944. Nous allons suivre leur préparation sous les cieux pluvieux anglais, puis lors du débarquement et des terribles combats qui ont suivi. L'un des deux y laissera la vie. Le survivant  vivra le restant de sa vie avec le souvenir de cette perte.
En plus de l'histoire de cette amitié, "Deux généraux" raconte surtout le tribut qu'ont payé les troupes canadiennes lors de la libération de l'Europe des troupes allemandes. "...Tout comme nos ainés nous relaient les histoires comme celle-ci, il nous revient de les relayer à notre tour." dit l'auteur vers la fin de l'album. Devoir de mémoire donc, mais surtout un album absolument magnifique dans tous les sens du terme.
D'abord, c'est un très bel objet que nous offrent les éditions canadiennes "La pastèque". Beau papier, jaquette assortie, on a l'impression d'avoir entre les mains une parution en littérature générale. Quand on l'ouvre, on découvre une BD ligne claire d'une pureté graphique et d'une beauté qui m'a littéralement soufflé. D'accord, j'aime la bande dessinée classique, mais ici, c'est vraiment du grand art. Chaque petite case est belle, remarquablement cadrée, expressive. Peu de couleurs mais des tons kakis (pour l'aspect militaire) avec des explosions de rouge dans les moments de tension qui pourraient paraître redondants mais qui en fait accompagnent parfaitement le récit. Le reste est à l'avenant. La construction de l'histoire, en flash-back, l'émotion permanente qui s'en dégage, l'évocation réaliste de ce moment historique mais bourrée d'anecdotes drôles voire poétiques (Ah! la case en ombre chinoise de cette armée canadienne avançant vers l'ennemi accompagnée de vaches, de chèvres et de cochons, recueillis parce qu'abandonnés !) font de ce roman graphique une vraie réussite.
C'est intelligent, sensible, didactique, teinté d'un humour léger et un peu décalé et absolument incontournable. Ce splendide hommages à ces hommes qui ont donné leur vie pour défendre la liberté devrait être un des cadeaux évidents pour cette fin d'année. Pour ma part, je file rechercher si d'autres albums de Scott Chantler ont été traduits...






mercredi 21 novembre 2012

Simon Weber de Jean Mattern


Simon Weber est un jeune homme de 19 ans. Ayant perdu sa mère à l'âge de 12 ans, il vit à Paris avec son père qui a sacrifié sa vie pour la réussite de son fils. Appartement dans le secteur des bons lycées, visites de toutes les expos, abonnement au théâtre des Champs Elysées, rien n'a été laissé au hasard pour lui offrir le plus bel avenir possible. Simon est en première année de médecine lorsque, pris de violentes migraines, on lui découvre une tumeur au cerveau. Après un premier traitement chimiothérapique de choc et avant de connaître l'évolution exacte de sa maladie, il décide de partir quelques mois à Jérusalem chez un jeune écrivain rencontré fortuitement lors de l'annonce de son cancer.
A lire ce résumé, on pourrait s'attendre à un de ces nombreux témoignages sur le parcours terriblement éprouvant d'un cancéreux doublé d'une réflexion sur l'état d'Israël, sa politique et sa ferveur religieuse. Hé bien, pas tout à fait ! Même si ces deux thèmes sont présents en tant que toile de fond ou ressort dramatique, ils servent surtout à Jean Mattern, l'auteur, à explorer la ronde trouble et troublantes de ses personnages. Quels sont les liens exacts qui les unissent ? Un drôle de jeu va s'enclencher en Israël lorsque le père de Simon va venir y passer quelques jours, avec au bout quelques petites surprises sur les sentiments profonds de chacun.
L'écriture très maîtrisée de ce roman laisse la place à une palette d'interprétations, surprenant de plus en plus le lecteur qui se trouve embarqué dans un terrain qu'il n'avait pas imaginé au départ.
La peur , le désir, les secrets du passé, la sexualité, la transmission, la filiation, autant de thèmes abordés dans cette histoire qui sait saisir le lecteur sans jamais le lâcher. Une fois refermé, on reste toutefois un peu surpris par cette fin ouverte qui laisse le lecteur avec ses questions... D'habitude je suis assez client de ce genre de sortie, ici j'aurai bien aimé rester un peu plus longtemps avec ces personnages...


mardi 20 novembre 2012

Choisis quelque chose, mais dépêche-toi ! de Nadia Budde


Derrière ce joli titre  "Choisis quelque chose, mais dépêche-toi !" (tout un programme!), se cache, vous l'aurez deviné, des souvenirs d'enfance. Ceux-ci ont la particularité de se dérouler en Allemagne de l'Est dans les années 80 et, le moins que l'on puisse dire c'est qu'ils ressemblent pas mal aux miens mais dans les années 60...
Nadia Budde, l'auteur, y évoque toutes ces petites choses apparemment anodines qui, rétrospectivement, donnent du relief et un parfum particulier à toutes les enfances. C'est plein de fraîcheur, de poésie et d'humour.
Cependant, cet album est difficile à définir. Pas vraiment un roman graphique malgré son format et sa longueur, il ressemble plus par sa mise en page à un album pour enfant. D'ailleurs, sa collection de prix en Allemagne, c'est dans la catégorie jeunesse qu'il les a obtenus. En prenant le point de vue d'un jeune lecteur, on peut le trouver charmant mais pas forcément original. Car du côté du thème des souvenirs d'enfance, il existe depuis plusieurs années une parution pléthorique d'albums venus du monde entier. Et celui-ci fait irrémédiablement penser à la série "Marzi" de Sylvain Savoia et Marzena Sowa qui traite du même sujet dans un pays voisin, la Pologne, mais en moins fouillé.
Même si mes préférences vont vraiment du côté de la petite polonaise, cette jolie parution des éditions de l'Agrume reste un album malicieux et agréable à lire, à partir de 10 ans.
Vendredi 23 novembre : le salon du livre jeunesse de Montreuil vient de décerner un prix à cet album.

Vous pouvez lire quelques planches sur le site de l'agrume ICI

dimanche 18 novembre 2012

Après mai d'Olivier Assayas


"Après mai" est un drôle de film. Evocation d'une jeunesse aux prises avec une époque portée sur la lutte et le combat politique, la découverte de spiritualités lointaines mais aussi des drogues diverses et variées, il semble s'être donné comme ambition première de gommer tous les clichés de l'époque. Jolie idée, mais ce parti-pris tient-il la route ?
Avec une mise en scène virtuose, Olivier Assayas réalise un film baigné d'une lumière estivale qui colle parfaitement au désir d'un monde meilleur auquel croient tous les jeunes héros de son dernier long métrage. Mais loin d'être un énième parcours initiatique, "Après mai" essaie de restituer le parfum de ces années libertaires, cette sensation que tout était possible, sans rien appuyer ni démonter. C'est au spectateur de se laisser emporter par les images et les situations.
Il n'y a pas vraiment d'histoire, nous suivons juste quelques jeunes gauchistes sur une assez courte période. Il n'y a pas non plus d'étude psychologique. ces jeunes avancent au gré de leur instinct, se nourrissant de révolte, d'amitiés et d'amours adolescentes évoqués ici sans aucun regard critique. Et malgré les nombreuses scènes de discussions politiques, il n'y a pas non plus de message particulier à retirer de cette reconstitution historique.
Pas d'histoire, pas de psychologie, pas de message mais de l'ennui quand même, car deux heures, c'est long ! Malgré une belle photographie et une reconstitution très soignée et réaliste, le spectateur n'a pas grand chose d'autre pour s'accrocher. Il n'est pas aidé par les comédiens, photogéniques certes, mais au jeu assez approximatif et aux dialogues épurés au maximum.
Pas raté mais pas vraiment passionnant, "Après mai" est toutefois un film au regard original sur un moment très particulier de notre histoire récente. En éliminant tout effet narratif, il perd certains spectateurs en chemin mais pas la critique officielle qui y a vu un pur chef d'oeuvre... Ils ont peut être raison... à vous de juger. Moi, je fais un peu la fine bouche.


samedi 17 novembre 2012

Le poivre d'Olivier Bouillère


Ca démarre plutôt pas mal :  Arcachon, une jolie villa vieillotte au bord du bassin et à l'intérieur trois femmes, cinquantenaires, dont une ancienne star de la chanson et du cinéma, Lorraine Ageval. Un peu dépressive suite à la séparation d'avec son richissime mari pour lequel elle avait interrompu sa carrière quinze ans plus tôt, elle semble sur le point de lâcher prise. Dans une ambiance un poil surannée, nous sommes dans les années 90, le temps s'écoule doucement entre dîners dans les villas voisines et journées interminables sous le soleil estival.
Malgré quelques raccourcis pas très clairs (on ne sait pas toujours qui parle à qui et de quoi), Olivier Bouillère  plante une ambiance évanescente qui correspond bien à la personnalité de son héroïne, chose fragile et vaporeuse, qui erre, chic et distinguée, dans un monde qui lui échappe déjà. Mais voilà qu'apparaissent deux personnages masculins. Le premier est un jeune cinéaste underground qui va faire tourner Lorraine dans un film expérimental voué à l'échec. Le deuxième est un tout jeune homme indolent qui va devenir l'ombre de l'ex star, sa doublure aussi bien lumière que corps. Comme tous les deux sont gays, leurs ébats glauques au bois de Boulogne ou avec des types tordus vont nous être décrits avec précision. Cela n'apporte pas grand chose à l'intrigue. Ca nous rend seulement ces deux personnages vite insupportables, surtout Iohan, le jeune homme, sorte de sex-toy sans affect que l'on trainera jusqu'à la fin. Sont-ils là pour mettre un peu de poivre (du titre) dans cette histoire ? Peut être...
Heureusement, le personnage de Lorraine est plus réussi. Ethérée, à demie vivante, elle va tenter un come-back, portée par sa vieille amie Io, sorte d'attachée de presse sur le retour. Naviguant entre souvenirs de sa gloire passée et futur nébuleux, elle a la grâce de certaines héroïnes de Marguerite Duras mais perdue dans un univers balzacien.
Au final, que penser de ce roman ? A mon avis, à demi réussi, un poil trop long, bizarrement construit comme si on voulait à tout prix faire original, il possède toutefois des qualités d'écriture indéniables. Il parvient à enfermer le lecteur dans une atmosphère cotonneuse comme s'il était sous l'emprise de médicaments pour neurasthénique. C'est particulier, je vous l'accorde, mais suffisamment intrigant pour que je guette avec intérêt le prochain livre d'Olivier Bouillère.


vendredi 16 novembre 2012

Coquillette la mauviette d'Arnaud Cathrine et Florent Marchet



Avis aux amateurs de jolies histoires branchées pour enfants de 5 à 8 ans, "Coquillette la mauviette" vient de paraître aux éditions Actes Sud. Branchée, car écrite par Arnaud Cathrine, une dizaine de romans de qualité pour la jeunesse et mise en musique par son complice de toujours Florent Marchet, le chanteur en vogue vers la consécration (qui, hélas, se fait attendre).
Coquillette la mauviette est un petit garçon différent puisqu'il porte une coquille sur son dos. Cette particularité le met bien évidemment en marge des autres dont il devient le souffre-douleur. Jusqu'au jour où cette excroissance se révélera un atout...
Ce thème de la différence, souvent abordé par Florent Marchet dans ses chansons, est ici traité avec talent et un brin d'humour grinçant bienvenu. Joliment mis en images par Aurélie Guillerey dont les illustrations rappellent celles que l'on pouvait trouver dans les manuels de lecture des années 70, les clins d'oeil en plus, cet album CD, est très agréable à écouter car les auteurs ont fait appel à une pléiade de vedettes pour donner un vrai relief au propos. Julie Depardieu est une narratrice parfaite. Entourée d'Artus de Penguern, Jeanne Cherhal, Mathieu Boogaerts, Valérie Leulliot,.... on voit tout de suite que cette production a fait l'objet d'une attention toute particulière. Et l'on peut dire que le résultat est ultra convaincant. Bien que l'histoire puisse sembler classique, elle passe sans difficulté la rampe, même si l'on n'est pas des familiers de l'univers de ces artistes. Avec sa jolie ambiance musicale, son alternance de narration, de dialogues et de chansons, "Coquillette la mauviette" devrait plaire aux enfants mais aussi à leurs parents. Certains y découvriront peut être l'univers musical de Florent Marchet mais auront aussi l'occasion d'écouter Jeanne Cherhal et Mathieu Boogaerts chanter pour leurs enfants des mélodies inspirées et exemptes de mièvreries. Ainsi dans "Tchernobyl'", on peut entendre ce refrain ; "Que cet enfant est laid, que cet enfant est moche !", paroles dures et non consensuelles qui donnent une claque à toutes ces ritournelles gnangnans que l'on sert habituellement à nos bambins. D'ailleurs les cinq chansons de cet album sont de vrais petits bijoux  qui confirment le talent multiforme de Florent Marchet.
Trouvez-moi, un chanteur français, auteur, compositeur, interprète qui sache aussi bien écrire pour les adultes que pour les enfants ? Il n'y en a pas des wagons (Vincent Delerm avait réussi cette prouesse l'an dernier, chez le même éditeur avec "Léonard a une sensibilité de gauche"). C'est l'une  des bonnes raisons qui font que "Coquillette la mauviette" mérite d'être déposé au pied du sapin, cela divertira différemment et intelligemment nos chers enfants et les éloignera quelque temps de leurs écrans chéris.



mercredi 14 novembre 2012

La chasse de Thomas VInterberg


Thomas Vinterberg dans son film "Festen" en 1998 parlait déjà de pédophilie en nous dressant le portrait effrayant d'un ignoble patriarche. Après quelques films moins remarqués, il revient en fanfare, enfin, disons un peu sur le devant de la scène, avec "La chasse", long métrage présenté à Cannes en sélection officielle et qui a obtenu le prix de la meilleure interprétation masculine pour la prestation tout à fait convaincante de Mads Mikkelsen. Il joue Lucas, un éducateur de jeunes enfants accusé d'exhibition sexuelle par une petite fille. Très vite, il deviendra le bouc émissaire de toute une communauté. Il est totalement innocent, nous le savons et le film nous retrace son calvaire.
Le film démarre bien, avec des scènes d'exposition à la lenteur étudiée qui créent un climat intéressant et posent le problème de la parole de l'enfant avec autorité. Mais très vite, la mécanique s'enraye. Assez manichéen dans sa construction, le film avance avec une succession de scènes qui, prises séparément sont toutes fortes et bien rendues mais, qui, mises bout à bout, forment un tout indigeste parce que sans équivoque et surtout sans surprise. Aucun poncif ne nous est épargné : les pierres lancées dans la maison, l'animal domestique tué, les commerçants qui refusent de servir... A la fin, on n'y croit plus guère malgré une jolie photographie automnale et un acteur magnétique qui mérite sa récompense cannoise.
Cependant, il y a une chose qui a retenu mon attention : le portrait en creux d'une société danoise, loin des idées progressistes que l'on nous renvoie souvent. Repliée sur elle même, très fortement alcoolisée, elle est présentée ici sous son plus mauvais jour. Les hommes sont de gros lourdauds avinés qui sont chasseurs pour prouver que ce sont de vrais mecs et dont les épouses, soumises et compréhensives, acceptent avec douceur tous leurs excès. Vous apprendrez qu'au Danemark, les garçons deviennent de vrais hommes à 16 ans. Ce jour là, on leur offre un fusil (à lunette) pour leur première chasse. Un rituel viking sans doute ...qui ne nous dit pas si pour les filles de 16 ans, on leur offre leur premier livre de cuisine pour qu'elles concoctent leur premier civet... Bien qu'armés, tous ces mâles habitent dans des maisons qui affichent toutes le sigle d'une société de surveillance... Peur de l'autre vraisemblablement mais, point positif, pas d'auto-défense malgré leur artillerie...
Ceci dit, ce n'est hélas pas l'essentiel du film qui sombre assez vite dans la facilité et la caricature du lourdaud ordinaire. Pas facile de vouloir dénoncer l'imbécillité humaine en enfilant les poncifs comme des perles....



dimanche 11 novembre 2012

Augustine d'Alice Winocour


La passion quasi muette d'une bonne illettrée et hystérique prénommée Augustine et du célèbre professeur Charcot a-t-elle un potentiel assez intéressant pour passionner le spectateur ?A cette question ma réponse est oui, si derrière la caméra, il y a un réalisateur talentueux. Et c'est le cas pour "Augustine", le premier film sacrément maîtrisé d' Alice Winocour.
Enfin...le cas,...pas pour tout le monde si j'en juge par les réactions ennuyées des personnes assises derrière moi. Soupirs, discussions, "c'est long" ont accompagné la projection jusqu'à ce qu'un spectateur excédé leur intime de se taire en arguant que le film était moins bavard qu'eux mais bien plus intéressant.
C'est vrai "Augustine" n'est pas vraiment facile d'accès. Ce parti-pris de raconter cette histoire en peu de mots et en cadrant ostensiblement les acteurs au format portrait peut dérouter. Mais une fois que l'on est entré dans l'histoire, qu'est-ce que c'est efficace ! Chaque regard, chaque frémissement nous dispense de tout bavardage redondant. L'image, magnifique, joue avec la lumière du jour qui arrive à s'insinuer dans la pénombre glaciale des intérieurs, ajoutant ainsi beaucoup de douceur. Mais, ici, c'est une histoire d'éveil à la sexualité qui se trame avec la présence corsetée d'un grand ponte de la médecine dont la déontologie professionnelle est ébranlée par la  sensualité évidente de la jeune patiente qu'il prend sous sa coupe. Tout le poids de l'éthique médicale et les codes de la bonne bourgeoisie du 19ème siècle sont magnifiquement portés par Vincent Lindon, impressionnant de retenu et d'interrogations. Face à lui, Soko, réussit avec force à faire passer son désir, sa peur et cette sexualité qui ne demande qu'à s'exprimer.
Si je devais retenir un moment fort du film (oui, n'en déplaise à certains, il y en a !), je citerai la scène du jeu avec le singe que le professeur Charcot  a amené pour sa patiente dans son cabinet de consultation. L'animal passe de bras en bras, de l'un à l'autre. Comme c'est cadré en plan serré, le spectateur voit des bras se tendre, enlacer le singe, le reprendre, comme le porteur innocent de messages secrets. Au bout d'un moment, on ne sait plus qui enlace qui, l'ambiguïté règne, les corps semblent se rapprocher, se caresser, ... C'est sobre, sensuel, magnifiquement mis en scène, vraiment érotique...
Pour son premier long-métrage, Alice Winocour n'a pas choisi un sujet facile mais s'en sort remarquablement bien. Il y a bien longtemps que je n'avais vu un premier film aussi maîtrisé et porteur d'un vrai regard de cinéaste. A l'avenir, il faudra compter sur elle, j'en prends le pari.


Bécassine ! de Bruno Podalydès