mercredi 30 octobre 2013

Un château en Italie de Valéria Bruni Tedeschi


Les premiers mots qui viennent à l'esprit lorsque l'on sort de la projection du troisième film de Valéria Bruni-Tedeschi : agaçant et foutraque !
Agaçant comme Louise, le personne principal (Valéria elle même), femme à la quarantaine tourmentée, ayant arrêté son métier d'actrices et obsédée par son désir d'enfant. A la fois hautaine et sensible, elle s'agite pendant plus d'une heure trente, faisant feu de tout bois, mais ratant très souvent sa cible. Cette volonté de la réalisatrice/actrice à mettre en scène sa propre vie, celles de sa famille et de son ex fiancé, qui plus est jouées par les vrais protagonistes, laisse songeur et apparaît, hélas comme un caprice de fille gâtée. 
Foutraque aussi, parce qu'à vouloir mêler fiction et souvenirs personnels, nostalgie et loufoquerie, on assiste à une succession de scènes que l'on devine, pour certaines, une reconstitution quasi documentaires de la réalité et pour d'autres, plus grinçantes, plus drôles, comme un dynamitage de sa vie et de son image. Comme tout cela est balancé sur l'écran à la va-comme-je-te-pousse, le fil ténu de l'intrigue a du mal à tirer les spectateurs vers l'intérêt d'autant plus qu'il faudrait avoir lu "Voici", "Gala", éventuellement Tchékhov, visionné au moins un film de Philippe Garrel, voire avoir été invité dans la demeure italienne de la famille Bruni pour avoir tous les codes et apprécier pleinement. 
"Un château en Italie" est bien un film pour initiés, pas les cinéphiles mais plutôt les amis, les connaissances de l'actrice/réalisatrice, un monde qui de toutes les façons aura été invité gratos à une projection privée (et se sera bien sûr esbaudi!).
Le spectateur lambda, lui, s'accroche aux branches comme il peut. Il trouve ici ou là, quelques scènes drôles, notamment lors de la fécondation in-vitro, des répliques mordantes (certaines scènes avec les mères), s'étonne du masochisme de la réalisatrice à se mettre en scène comme une Bécassine hystérique, mal habillée, pas peignée, avec des réactions aussi idiotes qu'incompréhensibles. 
Même s'il se dégage une certaine originalité, voire une bonne dose d'énergie, il ne reste pas grand chose au final. Cette pseudo auto-fiction, presque une thérapie familiale est trop clivante. Les thèmes développés, pourtant universels (la nostalgie de l'enfance, la perte d'un être cher ou d'un lieu aimé, la maternité) sont traités avec tellement de morgue et de narcissisme que, malgré la drôlerie et la dérision insufflées, je suis resté totalement en retrait, comme le cousin pauvre invité lors d'une réception mondaine. 



dimanche 27 octobre 2013

Les petits contretemps de Gaëlle Héaulme



"Les petits contretemps" est un livre piquant. Piquant dans le sens où chacune des trente-cinq  nouvelles qui le compose se plante efficacement en vous et provoque un sentiment mélangé de plaisir et de douleur. 
Ecrire une bonne nouvelle, surtout courte, nécessite à la fois talent et regard vif. Gaëlle Héaulme a tout cela avec, en plus, une qualité d'écriture, simple directe, qui dépeint en peu de mots un univers familier ou pas. On est tout de suite dans la tête du narrateur. Et nous serons tout à tour hospitalisée, enfermé dans un avion forcé d'amerrir, excédée par un mari trop longtemps supporté, glacée par l'humidité de la maison où nous gardons des enfants... Et chaque fois, nous nous trouvons au moment où il y a une étincelle qui peut ou fait tout basculer. On les connaît tous, ces moments de désespoir, de doute, d'agacement où l'on ne supporte plus ce robinet qui goutte alors qu'il aurait dû être réparé depuis bien longtemps, ces moments d'inattention où un enfant échappe à notre surveillance, ces souvenirs cruels qui soudain nous étreignent. il suffirait d'un rien pour que tout bascule, un geste, un objet tranchant, une envie de tout plaquer. Cela ne se produit généralement pas, heureusement ... mais chez Gaëlle Héaulme, oui !
Le quotidien des casseroles pas lavées, des enfants braillards, des voitures mal entretenues explose. Le personnage se trouve alors au bord du vide, s'interrogeant ou pas sur la nécessité de sauter. Le lecteur pourrait jubiler de ce passage à l'acte souvent rêvé, jamais réalisé, mais le plaisir éprouvé se brouille bien vite. Cette étincelle éclaire aussi tous nos minables petits arrangements de nos si mesquines petites vies. 
C'est grinçant, un peu cruel, quelque fois absurde, souvent douloureux, comme ce quotidien que l'on affronte sans cesse. Ce livre est le miroir d'une réalité qui fait mal ou souffrir, la poussière que l'on cache sous le tapis, le bouton que l'on camoufle, le sourire qui essaye d'éluder la tristesse. 
"Les petits contretemps" de Gaëlle Héaulme est à la fois tout ça mais aussi un voyage dans une multitudes d'univers ou vies, un regard original et pertinent et surtout un formidable moment de lecture. 
En refermant son livre, on retournera chacun à nos vies faites de petites concessions, avec la confirmation que quelques petites nouvelles bien senties sont un formidable remède pour légitimer nos pensées inavouables. 
PS : C'est le troisième livre de la collection "Qui vive" de chez Buchet-Chastel que je lis cette année. Je n'ai aucune accointance avec cette maison d'éditions (sans connivence,je vous rappelle) mais permettez moi de souligner la qualité de leur parutions qui chaque fois me ravissent... Pour rappel "La disparition du monde réel" de Marc Molk au mois de mars dernier, "Sauf les fleurs" de Nicolas Clément" cette rentrée et maintenant Gaëlle Héaulme m'ont tous les trois emballés, bien que forts différents.... Il existe chez cet éditeur des responsables qui ont un flair fantastique ! 

samedi 26 octobre 2013

Ainsi soit Benoîte Groult de Catel


Je suis un lecteur de Benoîte Groult. J'ai lu "Ainsi soit-elle" à 20 ans, âge où il a été facile de semer une graine de féminisme qui a germé comme elle a pu, mais qui a prospéré, je crois. Ce livre (avec d'autres) m'a permis sûrement d'avoir un oeil un peu différent sur le monde. Il fait partie, c'est évident, des ouvrages importants de ma bibliothèque, de ceux que j'ai prêtés, offerts et faits découvrir à mes filles. Quand j'ai vu que Catel dont j'adore le dessin et le regard, s'attaquait à la vie de notre nonagénaire préférée,mon sang de lecteur n'a fait qu'un tour et l'oeuvre fut acquise dès sa sortie ! Je n'ai pas été déçu !
Ce n'est pas à proprement parler une biographie, c'est bien plus que ça ! Catel avec talent et brio mène son roman avec plusieurs fils. (Je voulais écrire "tricote son roman" qui me semblait très juste, tant la perfection de sa narration à la fois complexe et fluide, s'apparente à la richesse de certains points de tricotage, mais j'ai eu peur de faire mon sexiste en osant cette comparaison )
C'est tout d'abord l'histoire d'une amitié entre les deux femmes, l'auteure, qui décide de réaliser pour le journal Libération un reportage en deux planches sur Benoîte Groult. La rencontre verra naître, de rendez-vous en dîners, le projet d'un roman graphique sur la vie de Benoîte ainsi qu'un rapprochement amical des deux romancières. L'auteure de "La touche étoile" reste assez hermétique à l'idée, la bande dessinée se résumant à la bien peu féministe "Bécassine". Qu'importe, Catel va s'acharner, discuter, dessiner et petit à petit un grande connivence naîtra. 
C'est aussi, bien sûr, le roman de la vie de l'écrivaine, ses origines (du sérail parisien qui brille, pétille et fait l'opinion), ses amours (de la femme empêtrée dans les diktats d'une société cadenassée à celle plus libre de l'intellectuelle), ses combats (nombreux, importants et toujours d'actualité). Comme sa vie est liée au féminisme, c'est également le récit de tous les combats des femmes pour obtenir les droits élémentaires d'un être humain, pour que celles qui n'ont pas accès à la parole puissent être défendues  contre le sexisme ambiant toujours si présent. 
"Ainsi soit Benoîte Groult" est un roman important qui, mine de rien, survole plus d'un siècle de lutte des femmes. Plus d'un siècle car il est très souvent question d'Olympe de Gouges, figure historique que chacune des deux  a croisé dans sa carrière. Elle y est évoquée souvent, longuement, un peu trop peut être, j'ai eu comme un sentiment de répétition. Mais qu'importe ce petit détail, c'est cette révolutionnaire qui unit les deux auteures qui vont, comme un hommage,  jusqu'à dresser un état des lieux sur la femme et le féminisme aujourd'hui. 
Certains esprits chagrins pourraient trouver à redire sur la vie de Benoîte Groult. Aisé d'être féministe quand on jouit d'une existence très bourgeoise et facile (bien montrée dans le livre) ! Seulement, au regard de ses combats, il est heureux qu'il existe une bourgeoisie éclairée qui ose l'ouvrir et dont la facilité d'accès aux hauts parleurs médiatiques lui permet de faire avancer ses idées généreuses mais surtout essentielles pour l'humanité. Et comme le suggère le livre en filigrane, le féminisme n'est pas une question d'argent, juste un engagement au quotidien sur de petites choses qui coûtent rien. Un regard plus ouvert sur le monde, des paroles moins sexistes, une éducation plus égalitaire, une vie amoureuse sans entrave n'ont pas besoin d'euros, juste du bon sens et de la conviction. 
Il faut lire  "Ainsi soit Benoîte Groult" (oui, ça coûte un peu, 22 euros !) mais c'est de l'art (le neuvième!), un petit rappel de féminisme qui ne fait pas de mal et surtout un magnifique roman sur l'amitié, les femmes et la vie.
PS : j'ai peut être oublié de dire que c'est un roman graphique ! Une bande dessinée ! Mais c'est tellement réussi, tellement au-dessus d'une multitude de romans actuels, qu'on l'oublie bien vite. Je rajoute cela pour celles et ceux qui auraient un léger recul quant à lire un roman graphique...ils ne savent pas ce qu'ils perdent !

vendredi 25 octobre 2013

Le chien qui louche d'Etienne Davodeau


Après "Les ignorants ", oeuvre majeure s'il en est, Etienne Davodeau était attendu au tournant avec son nouveau roman graphique. Le bandeau rouge entourant son nouvel album donne laisse imaginer qu'après l'oenologie l'auteur s'attaque d'une façon un peu similaire au musée du Louvre. Un filon éditorial où comment surfer sur le succès ? Ce n'est pas la mention "Louvre éditions" accolée à "Futuropolis" qui rassure, donnant l'impression d'une commande plutôt que d'une création vraiment originale germée seule dans la tête du créateur.
Même si quelquefois cela peut être moteur, le business éditorial étant ce qu'il est, la notion de produit fait pour le sapin de Noël des bobos se faufile sournoisement. L'honnête et sensible Etienne Davodeau se serait-il laisser par les sirènes commerciales ?
Après lecture de "Le chien qui louche" (un titre pour le moins original), si partenariat il y a, l'auteur ne s'est pas du tout fourvoyé et a su même emprunter des sentiers qu'il avait peu exploré dans ses productions solitaires : la fiction virant à l'absurde.
L'histoire au départ s'intéresse, avec ce regard toujours si juste et si bienveillant, au quotidien d'un couple parisien lambda. Elle, Mathilde bosse en intérim et lui, Fabien,  est surveillant au musée du Louvre. Ils retournent en province pour passer un week-end dans sa famille à elle, façon de régulariser leur couple aux yeux d'une famille de fabricant de meubles un peu beauf. Entre deux plaisanteries lourdaudes, surgit l'évocation d'un aïeul vaguement écrivain et peintre. Et très vite on exhume du grenier l'unique toile restante de l'ancêtre, une croûte représentant un chien qui louche. Comme une boutade mais avec un peu d'espoir quelque part, la famille demande à Fabien s'il ne pourrait pas voir si l'oeuvre ne mériterait pas un accrochage dans le célèbre musée...
Sur ce canevas, Etienne Davodeau réussit sur tous les tableaux (oui, je sais, facile!). Il mène cette  histoire jusqu'à son terme en passant donc par la case absurde, inventant une société secrète des amis du Louvre s'occupant de réaliser les rêves assez fous de ses membres. Mais surtout, on retrouve la touche "Davodeau", celle du naturaliste, de l'ami des petites gens, celle aussi de l'amateur d'art et de culture. Il n'a pas son pareil pour évoquer avec humour le quotidien des gardiens de musée, mêlant avec bonheur anecdotes et détails plastiques. Il y a une bonne touche de sensualité dans son dessin, qui se répercute, comme un écho, dans l'évocation du couple héros dont la vie sexuelle n'est pas occultée et où la femme occupe une place très volontaire. (et rejoint en cela "Lulu, femme nue" dans la thématique féminisme).
Les fans de l'auteur ne devraient donc pas être déçus. C'est toujours aussi bien vu dans les rapports humains et il arrive à nous surprendre un peu, Finalement, "Le chien qui louche" fera encore une fois bel effet au pied du sapin...





mercredi 23 octobre 2013

Gravity d'Alfonso Cuaron


Matt (George Clooney) et Ryan (?!) (Sandra Bullock) devisent dans l'espace tout en entretenant leur jolie navette spatiale.On ne les aperçoit guère sous leur combi et derrière leur casque mais on devine George plein d'humour et totalement expert en zénitude. Sandra, semble plus nerveuse, sur ses gardes. Ils flottent agréablement lorsque Houston leur annonce qu'une pluie de déchets métalliques fonce sur eux ! Ces abrutis de russes ont détruit un de leur propre satellite! Elle avait raison Sandra d'être à cran, elle pressentait les problèmes ! De la plénitude silencieuse on passe au feu d'artifice ! La navette explose de partout et est réduite en miettes. Heureusement, ce devait leur jour de chance, Sandra et George n'ont même pas une égratignure. Seulement, ils n'ont plus rien pour rejoindre la terre. Et ce n'est pas le petit propulseur sur lequel est assis George qui les ramènera dans leur coquette maison de Beverly Hills. Attachés l'un à l'autre, ils ne leur restent plus qu'a rejoindre la station Soyouz qui volette non loin de là. Oui, vous qui pensiez que dans l'espace on pouvait vivre peinard sans avoir des voisins ....pas du tout ! C'est un lotissement l'espace, avec certes de grandes parcelles, mais avec une habitation pas loin, finalement bien pratique au cas où vous manqueriez de sel. 
Donc les voilà aux abords de la station Russe, mais manque de bol, George est contraint de se sacrifier, carburant et oxygène venant à manquer. Exit George, condamné à mourir et à errer dans l'infini jusqu'à la nuit des temps (à moins qu'il ne percute une navette et provoque un nouveau feu d'artifice mais ça, ce sera Gravity 2). Du coup, c'est pas malin, le stress gagne Sandra. Bon d'accord, on ne voit pas qu'elle est stressée à cause des reflets sur le plexi du casque et c'est tant mieux car Miss Bullock ne l'a pas cette expression... par contre elle halète bien ... 
Ensuite, si je me rappelle bien, elle a du essuyer une pluie de météorites avant d'entrer dans le Soyouz mais, Sandra est vraiment chanceuse aujourd'hui, ils l'ont encore ratée ! Un tour de poignée plus tard et la voilà sauvée, bien à l'abri de la navette Russe. Son premier geste dans la station est bien sûr d'ôter sa combi pour se mettre un peu à l'aise. Fine et musclée, elle flotte langoureusement dans la cabine en shorty et débardeur.  Nous avons le temps d'admirer ses jolies formes et accessoirement de remarquer qu'elle n'avait pas oublié d'emporter ses bandes de cire car elle est parfaitement épilée après trois semaines de mission ! (A moins que dans l'espace, les poils ne repoussent pas, allez savoir !)
Mais Sandra n'est pas une feignasse. Plutôt que de se faire une manucure, elle file aux commandes de l'engin, elle doit coûte que coûte sauver sa peau ! Elle laisse de côté les quelques câbles qui commencent à s'enflammer, blasée depuis les explosions précédentes. Ce ne sont pas quelques flammèches qui vont l'impressionner quand même ! Alors qu'elle regarde d'un oeil torve les milliers de boutons de commande, le Soyouz prend feu. Armée d'un petit extincteur, toujours en shorty, poursuivie par des flammes qui n'ont rien à envier à celles de " La tour infernale", elle arrive à rejoindre la capsule de secours. Clic ! Clac ! Cabane ! Je suis sauvé, nananaire ! Et entière,  et même mon brushing n'a pas bougé !
Maintenant qu'elle est à l'abri, il ne lui reste plus qu'à faire démarrer son nouveau moyen de transport. Comment faire ? Simple ! il suffit de prendre la notice ! Comme Sandra n'est pas analphabète, bien entraînée, multilingue et que mode d'emploi n'a pas été écrit par Ikéa, elle fait vrombir son bidule en deux coups de cuillère à pot et en route pour la station chinoise d'à côté. Ah oui ! J'avais oublié de vous dire que si le secteur était assez dense en habitations, celles-ci sont assez cosmopolites...
Là j'avoue que j'ai un trou. Il y a bien du y avoir quelques explosions, un quelconque bombardement de projectiles variés sur la navette chinoise, mais rassurez-vous, Sandra a été courageuse et toujours aussi chanceuse. Plus habile que moi pour ouvrir les navettes orbitales, Sandra est maintenant aux commandes de l'engin chinois. Mais soudain, le blues la gagne. Elle pense à George et à sa fille morte. Elle craque ! Une larme roule sur sa joue et s'envole. A Houston, ils se mordent les doigts d'avoir embauché une semi-dépressive pour une mission aussi dangereuse. Sandra pense à mourir (bien que la notice Chinoise soit bien plus claire que la Russe !). Et c'est là, que ô surprise, qui toque au hublot ? George !!! Sandra écarquille les yeux a en faire péter le botox !...
Je m'arrête là !  Je ne vais pas tout vous raconter, vous n'avez qu'à foncer au ciné pour connaître la suite des aventures de Sandra et George...ou pas...,  parce que je ne suis pas sûr que cela en vaille le coup. Si l'on peut admirer le remarquable travail sur l'image, si techniquement la représentation de ces astronautes dans l'espace est magnifiquement rendue, le scénario lui a été oublié. Peut être n'ai-je plus mon âme enfantine pour me laisser subjuguer par une histoire peu crédible, mais inhérente au genre du film à grand spectacle. Peut être aussi, ai-je cru naïvement certains critiques qui affirmaient que ce film était le pont parfait entre le cinéma grand public et le cinéma d'auteur... Non, sans vouloir un film trop profond du genre "2001 " ou "Solaris", je ne pense que celui-ci, même si on en prend plein la vue visuellement, ne recèle la moindre parcelle de profondeur, tant les personnages sont esquissés à gros traits et sont noyés dans une technicité à grand spectacle. 

mardi 22 octobre 2013

Sauf les fleurs de Nicolas Clément



Petit roman par la taille, grosse émotion ! Ou comment sur un sujet tant et plus rebattu, faire fort et nouveau. 
La thématique de départ est simple : une adolescente, Marthe, consigne ce que fut sa jeune vie coincée entre une mère aimante et un frère et aimé mais surtout un père dont la seule expression se résume par les coups qu'il assène continuellement à son épouse. La violence, la peur, la honte, l'isolement, une perpétuelle souffrance s'inscrivent au plus profond de sa chair, de son être. Dans cet univers noir quelques rayons de douce lumière viennent éclairer son quotidien. L'école tout d'abord, où une enseignante va lui faire découvrir la lecture et particulièrement Eschyle, qui deviendra le fil conducteur de sa vie. Les animaux de la ferme où elle vit, seront également porteurs d'une chaleur réconfortante lors des nombreux moments de désarroi. Florent, enfin, tel un prince charmant, qui saura l'arracher provisoirement de cet enfer familial. 
La richesse de ce roman est infinie, tant les thèmes se répondent, s'entrechoquent, se questionnent. L'animalité qui est en nous, la vengeance plus forte que la culture et l'amour sont évidemment au coeur du livre qui s'apparente à une tragédie grecque. On n'a pas besoin de connaître  l'Orestie, la trilogie d'Eschyle, dont le destin de Marthe fait écho, pour en apprécier la force et sentir l'émotion nous submerger au fil des pages. 
Mais toutes les références ne sont pas grand chose à côté de l'écriture de ce roman. Une prose poétique, que l'on pourrait chanter (comme un choeur antique ?), tellement les mots employés sonnent forts, justes mais aussi étranges. Marthe, à l'enfance brisée, murmure un langage qui se cherche, fait d'ellipses et de raccourcis parfois déstabilisants, comme si certains mots étaient morts sous les coups du père. Ainsi, alors que sa mère est sur son lit d'hôpital, soudain, comme une envolée, Marthe écrit :
" Je la rejoins sur son lit de méduses.Maman brasse un coma dont on la tire par les manches. Ses jambes ne tiennent plus le large, je me penche pour en sentir le lourd sang, joues creuses sur caillots ondulés, force six. Les aides-soignantes nous surprennent parfois; Maman, flottant dans les draps; moi, cherchant sur ses mollets la cale qui nous manque. "
Parsemé de moments poétiques qui éclairent un peu la noirceur du propos, "Sauf les fleurs" est un petit bijou littéraire, sensible et fragile qui sait toucher le coeur des lecteurs en osant emprunter les chemins peu encombrés de l'exigence et de l'invention. Chapeau Monsieur Nicolas Clément !


lundi 21 octobre 2013

Angéla et Clara de Calo


Une BD espagnole traduite par Emile Bravo et éditée dans la collection Bayou chez Gallimard, ne peut qu'attirer l'attention. On y fait la connaissance de deux jeunes pré ados, délurée en apparence mais surtout, libres de leurs mouvements, se promenant sans contrainte dans leur petite ville, de jour comme de nuit... Sûrement, comme l'explique l'auteur en avant propos, parce que la chaleur espagnole permet  une liberté de mouvement sans égale ailleurs. Dans leur sillage, nous découvrons leurs amis, leurs ennemis, leur franc parler, leurs interrogations sur une sexualité naissante mais aussi, parfois, un questionnement  pas vraiment formulé sur la mort.
On a beaucoup écrit, dessiné sur l'adolescence et cette énième évocation semble à priori ne pas apporter grand chose à l'édifice.  Au début, j'ai trouvé cela frais, pas original, un peu léger.  Puis, on commence à  s'attacher un peu plus aux personnages mais sans pour autant être subjugué. Et au fur et à mesure, par une lente accumulation de détails et de situations, apparaît en toile de fond une certaine réalité sociale ou comportementale de la jeunesse espagnole (voir européenne), aimantée à la consommation, attirée par le clinquant des galeries commerciales mais sans véritable projet ni illusion quant à leur vie d'adulte. D'ailleurs, les adultes qui les entourent (souvent des parents) ne donnent guère envie ... Passionnés de foot ou de films violents, ils ne vivent que de pain et de jeux, s'alourdissant inexorablement puisque passant du canapé au canapé et quelque fois à la campagne pour se goinfrer de paêlla ! Cette vision peu aimable, est sans doute le reflet d'une certaine réalité que la jeune génération semble partie pour reproduire. Malgré un dessin tout en rondeur et assez frais, classique dans sa mise en page et des dialogues plein de verdeurs, c'est peut être cette tonalité sombre, soulignée par des couleurs finalement assez ternes (pas du tout Almodovar ni Desigual! ) qui l'emporte dans cet album. Parti pour lire quelque chose de prétendument drôle ou léger, on referme "Angéla et Clara" un peu décontenancé, ayant découvert, mine de rien un portrait léger mais pas si radieux que ça d'une jeunesse à la dérive. Sous le soleil, le coca et les jeux vidéos, il y a une jeunesse qui se cherche mais qui n'est pas loin d'être perdue. Heureusement, il reste un peu d'insouciance, mais jusqu'à quand ? 






dimanche 20 octobre 2013

Volt d'Alan Heathcock


Je réserve souvent la lecture de nouvelles à certains soirs, où, un peu fatigué, je préfère me plonger dans un texte court plutôt que de m'endormir sur un roman où je risque de perdre le fil par une lecture morcelée. 
Avec "Volt" d'Alan Heathcock, l'exercice s'est avéré moins simple que d'habitude, car toutes les nouvelles se déroulent dans un même lieu, Krafton, bourgade imaginaire des Etats-Unis, qui regroupe en son sein toute la misère du monde. Des histoires différentes certes, mais où certains personnages reviennent, comme cette ex épicière, qui devenue shériff, est en proie aux doutes de la justice. Beaucoupde dénominateurs communs communs font que le tout forme un ensemble cohérent donnant une vision très noire de l'Amérique du Nord.
Krafton, en plus d'être moche et délabrée, est une ville où les malheurs s'abattent : inondations, incendie du bowling, panne d'électricité générale , ... engluent un peu plus ses habitants dans un quotidien sinistre. Leurs vies sont au diapason de leur environnement, comme les victimes expiatoires d'une punition divine. On devient fou de douleur et se transforme en bête de foire après avoir tué accidentellement son enfant. On invente sa propre justice en liquidant l'assassin d'une jeune fille. Les jeunes gens aident à camoufler un cadavre abattu par leur père ou reviennent la tête fracassée de la guerre en Irak. La violence est toujours présente, tapie au fond des bois ou dans les champs de céréales. La mort est là, présente, obsédante. Mais surtout il y a ce silence, entre les hommes, les femmes, tout ce non-dit, ce non-avoué. Il brûle les têtes,les vies, il rend fou comme cette agricultrice qui sacrifie son champ de maïs pour en faire un gigantesque labyrinthe, symbole de l'errance de tous ces américains enfermés dans une vie subie et sans issue. 
Evidemment la lecture de "Volt", ne vous mettra pas en joie ! Ou alors, la joie d'avoir découvert une nouvelle voix talentueuse venue d'outre Atlantique, un écrivain, un vrai qui, en quelques mots vous dresse un univers,vous y enferme et ne vous lâche plus. Ces nouvelles, toutes prenantes, avec une mention particulière pour la première "Train de marchandises", époustouflante, semblent laisser penser que l'on n'a pas fini d'entendre parler d'Alan Heathcock...


jeudi 17 octobre 2013

Neuf mois ferme d'Albert Dupontel


Les comédies françaises cet automne essaient de prendre d'autres chemins que ceux rebattus par bon nombre de longs métrages calibrés "dimanche soir pour TF1" . Si la notion de duo mal assorti reste l'ingrédient de base, le traitement vise un dynamitage par le décalage, la chronique sociale en arrière-plan ou le cassage des codes bien établis d'un film rigolo grand public. A ce petit jeu "9 mois ferme" semble mieux réussir son pari que les récents "Tip top" ou " Eyjafjallajokul ". Sans être totalement réussi, le nouveau film d'Albert Dupontel est quand même un petit moment hilarant dont on aurait tort de se priver.
Plongés sans ménagement dans le bureau d"une juge d'instruction coincée et vieille fille, nous commençons à nous régaler lorsque la vie bien réglée d'Ariane (Sandrine Kiberlain, comme toujours épatante), va sérieusement déraper lorsqu'elle apprend qu'elle est enceinte de six mois alors qu'aucun homme ne l'a approché depuis la nuit des temps. Pragmatique et rejetant l'idée d'une conception divine, elle mène une enquête serrée qui la conduira à découvrir avec stupéfaction que le géniteur n'est autre qu'un dénommé Bob, par ailleurs vedette d'un fait divers sordide dont se repaissent en boucles les chaînes d'informations en continu. Détesté par la France entière, Bob est un petit malfrat spécialisé dans le vol par effraction chez les particuliers aux bas de laine bien fournis. Hélas pour lui, son dernier larcin a mal tourné et s'est terminé en boucherie. Après avoir découpé les membres de l'octogénaire à qui il subtilisait les lingots d'or, il s'est laissé aller à lui manger les yeux, devenant ainsi l'ignoble globophage dont tout le monde parle. La rencontre des deux futurs parents ne va pas être de tout repos et, contrairement à ce que laissait penser une bande annonce fort bien faite, la comédie va verser finalement vers une certaine tendresse inattendue.
Vous l'aurez compris, en regard de ses précédents longs métrages, Albert Dupontel s'est un peu assagi. Bien sûr on retrouve, surtout dans la première partie, ce qui caractérise habituellement son cinéma : un univers proche du cartoon, des situations gores et délirantes, un fond de méchanceté contre les puissants et les bourgeois et une caméra un peu folle, adorant les points de vue tarabiscotés (et quelque fois un peu fatigante). Cependant, " 9 mois ferme " s'adoucit durant la deuxième partie, peut être grâce à la présence de Sandrine Kiberlain qui compose un personnage doté d'une certaine tendresse, tirant le film dans des zones plus sensibles.
Comme toujours on retrouve chez Dupontel cette énergie un peu brouillonne et que l'on ressent dans une mise en scène qui a tendance à s'éparpiller. Si quelques plans laissent songeurs ( les images d'ADN, le bébé in utéro, ...) d'autres sont assez bluffants comme le  long travelling qui sert de générique de début ou celui, circulaire, autour des deux héros étudiant le dossier d'instruction. Mais, en plus du couple vedette en parfaite harmonie, on se régalera de seconds rôles hyper bien écrits, donnant au film une force supplémentaire. Philippe Uchan compose un Godefroy, juge golfeur et lourdingue, absolument désopilant et Nicolas Marié, en juge bégayant, livre une scène de plaidoirie qui fera date.
Plein de qualités pour " 9 mois ferme ", comédie pas si barrée que ça, qui saura faire rire les spectateurs les plus exigeants et qui se termine par une jolie chanson (comptine ? ) de Camille ( ne partez pas tout de suite dès que le mot fin apparaît).


mercredi 16 octobre 2013

Le crocolion d'Antonin Louchard


Qui pourrait croire que derrière cette mâchoire aux dents acérées se cache un album hybride très rigolo ? Un livre ludique et attrayant d'abord, où l'enfant peut frissonner en passant ses doigts sur les dents de cet animal mystérieux, car la couverture est joyeusement découpée. Puis, en mettant en scène le dialogue d'un papa lapin avec son fils, un petit documentaire sur l'Afrique où l'on entendra parler du Kilimandjaro, du Nil ou de l'Algérie plus grand pays africain. Et pour terminer, le dialogue père/fils se finira en histoire loufoque avec le crocolion qui est, comme tout le monde le sait, l'animal le plus féroce de ce continent.
Cet album arrive à concilier tous les arguments marketing pour un achat qui plaira aussi bien aux enfants qui aiment rire, lire, jouer et apprendre, qu'aux parents qui aiment en avoir pour leur argent qu'aux grands-parents qui ne veulent pas investir dans ces âneries conceptuelles ou autres ouvrages dont ils voient mal pourquoi cela plaît tant à leurs descendants alors que de leur temps, le Père Castor...
Vous l'aurez compris, Antonin Louchard a trouvé une jolie formule pour la paix des familles et surtout la plus grande joie des enfants. Un album multifacette, simple, décalé et bien fait qui, si le succès est là, pourrait être à l'origine d'une jolie série... Encore faudrait-il pour cela que les éditions Thierry Magnier soient  représentées dans les rayons des supermarchés! 



mardi 15 octobre 2013

Lola d'Olivier Douzou



Olivier Douzou a des fans dont je fais partie... Chaque sortie d'un nouvel album est pour moi une source de bonheur, une leçon d'humour, d'intelligence et de créativité. Cette fois-ci, il donne une nouvelle version du célèbre "Jojo la Mâche", premier album jeunesse des éditions du Rouergue paru en 1993. Tournant comme le précédent autour de la disparition (de la mort et du souvenir des êtres chers disparus), Lola, en cousine de Jojo, a hérité, en plus, de l'humour et des jeux de mots dont l'auteur s'est fait une spécialité depuis des années. Délirant à partir de l'expression  "dent de lait", il nous propose une histoire de vache qui disparaît et réapparaît, un récit très "brique au lait", avec plein d'onomatopées et finissant dans la voie lactée... C'est tout bleu, brun, blanc et orange et  tellement beau que l'on regarde d'un oeil déçu sa terne brique de lait matinale. Bien sûr, pour les aficionados comme moi, on aimera les références au premier album et l'on se délectera jusqu'au huitième degré...
Cependant, il ne faut pas oublier que cet album vise un public d'enfants puisque édité en collection jeunesse. Une question se pose alors : Un album aussi conceptuel que celui-ci, peut-il accrocher le jeune public pour lequel il est, à priori, destiné ? Désireux de mener mon travail jusqu'au bout et ne reculant devant aucun sacrifice plaisir, je m'en suis allé lire "Lola" devant un public d'enfants de quatre ans (relativement jeunes pour cet album à mon avis). J'ai pris ma plus belle voix, joué à fond les exclamations, lu le texte avec malice et ...j'avoue que les enfants ont accroché, intrigués par cette vache qui perdait tout. Même si la notion de dent de lait était vague pour beaucoup, ils ont pris plaisir à connaître cette Lola, si simple graphiquement et si facile à dessiner. Il faut avouer que la fin les a laissés sur leur faim. La voie lactée a été plus difficile à passer que le contenu de la banale brique de lait avalée après.... Mais qu'importe, il y a eu pour cet album, une fois la lecture terminée, cet élan qui ne trompe pas : plusieurs enfants désiraient reprendre l'album pour le revoir, le feuilleter. 
Donc, bravo Monsieur Douzou. Vous avez su encore une fois mélanger humour, créativité et exigence, sans vous éloigner de la cible visée. Même s'ils ne comprennent pas tout, les enfants ont perçu que l'on s'adressait à eux en titillant leur esprit et leurs yeux... C'est un beau résultat pour un beau pari. Vous méritez bien de reprendre un verre de lait, non ?  
Un album à déguster à partir de 4 ans.



lundi 14 octobre 2013

Zita, la fille de l'espace T1 de Ben Hatke


Après avoir tâté le terrain de la BD adulte, "Rue de Sèvres", nouvelle maison d'édition de la galaxie "Ecole des Loisirs", s'attaque à un public qu'elle doit bien connaître : les enfants. Traduit des USA, voici l'album "Zita, la fille de l'espace". La couverture nous présente une héroïne aux allures de super héros, vaguement androgyne. Les poings sur les hanches, elle semble promettre aux lecteurs de sacrés aventures. Entourée de tout un bric à brac d'animaux, robots, monstres galactiques, elle est prête à défier l'univers intersidéral et ses drôles d'habitants.
J'ai donc embarqué à sa suite, à la recherche de son ami Joseph aspiré par une espèce de grande lumière qui l'a emporté sur la planète Sciptorius. Elle n'aura que trois jours pour le retrouver et le sauver des griffes de méchants très méchants. Il faudra qu'elle allie ruse et vitesse car un astéroïde veut détruire cette planète et ses habitants multiformes. 
Je ne sais pas si c'est l'âge ou non inintérêt pour le genre, mais cette histoire m'a paru bien banale et peu palpitante. Même si ça ressemble à Alice (celle de Lewis Carroll) au pays de "la guerre des étoiles", on est très très loin de l'imaginaire des ces grands classiques. Propulser des personnages dans un univers extra terrestre est une idée somme pas vraiment originale et inventer des personnages attachants, un monde cohérent et surprenant n'est pas donné à tout le monde. Hélas, on ne trouve rien de bien exceptionnel sur la planète Sciptorius, du déjà vu et revu, aux allures de série télé bas de gamme, auxquels s'ajoutent des couleurs tristouilles et un manque flagrant d'humour. 
J'ai lu tout cela sans grande passion. Mais suis-je la cible idéale ? Les enfants, à partir de huit ans, aimeront peut-être...  Il m'étonnerait que ces pâles aventures éveillent un quelconque intérêt auprès d'une génération biberonnée aux Pokémon, Star wars ou Spiderman. On m'objectera que cette publication a au moins un intérêt : mettre en avant une héroïne ! Un fille pleine de vaillance et de courage! C'est rare ! Oui mais, après les supers nanas, les "Totally spies", voire Fantômette, Zita a un côté cousine de province bien peu emballant par rapport à ses glorieuses consoeurs. Je ne pense pas que cette fille de l'espace devienne la coqueluche des cours de récré....ou alors chez les Amish. 

dimanche 13 octobre 2013

Trois chats et un pingouin d'Helen Hancocks


C'est un premier album jeunesse pour Helen Hancocks et je vois bien ce qu'elle a essayé de faire : un genre de polar pour enfants à la "Ocean's eleven", la technologie et George Clooney en moins.
Un hold up donc, mais de poissons, à l'aide d'un pingouin que trois chats voleurs vont aller piquer dans un zoo. Tout cela n'est pas bien moral au départ, mais heureusement que le pingouin se révélera plus coriace que prévu et du bon côté de la loi.
J"ai eu beau relire plusieurs fois cet album, je n'arrive pas à y trouver beaucoup de charmes. Discret hommage à certains albums Anglo-Saxons des années 60, on y croise des personnages que nos enfants connaissent peu ou pas du tout (des religieuses, des serveurs de café en costumes, des banquiers de la City en chapeau melon) mêlés à une intrigue un peu compliquée à suivre pour les petits qui ont un peu de mal à saisir l'intérêt d'une poursuite dont ils ne possèdent pas les codes. Ils ne sont pas aidés non plus par l'illustration, assez platounette, à l'inspiration BD et qui multiplie des angles de vue décalés ou des gros plans un peu déroutants. 
Pas emballé par cet album au look un peu rétro, à l'histoire un peu tordue et qui demande beaucoup de finesse aux enfants, ce qui est loin d'être un mal en soi mais qui, ici, n'apportera guère de plaisir, simplement celui d'une lourde explication de texte. 
Pour les enfants à partir de 4 ans, à condition d'être fanatique des pingouins ou des chats.

jeudi 10 octobre 2013

La vie d'Adèle - Chapitres 1&2 d'Abdellatif Kechiche



Essayer de fermer yeux et oreilles avant d'aller voir "La vie d'Adèle" est quasi impossible. C'est la tête farcie du mot chef d'oeuvre que l'on pénètre dans la salle de cinéma... et l'on en ressort trois heures plus tard, en pensant que la magie de l'argent, de la promo et de la polémique ont fait leur office. Et même si la dernière palme d'or du festival de Cannes est très loin d'être un mauvais film, je n'y ai, pour ma part pas trouvé le chef d'oeuvre promis. 
Pour ceux qui rentrent  aujourd'hui du Botswana, je rappelle que les trois heures de projection se résument en même pas trois lignes. Adèle, jeune lycéenne tombe amoureuse d'Emma, plus âgée, étudiante aux Beaux Arts. Elles s'aiment quelques années puis se quittent. Partant de là, Abdellatif Kechiche a brodé un cinéma très réaliste avec le parti pris de filmer ses héroïnes au plus près. On ne voit quasiment que leurs visages. Mais quels visages ! Au fil des longues scènes la caméra s'attache tout d'abord, à celui d'Adèle (Adèle Exarchopoulos, formidable d'intensité, de naturel ), la suit, traque le moindre frémissement, la plus petite hésitation, l'ombre d'un doute ou l'infime bonheur. C'est très étonnant que cette forme opiniâtre de coller aussi près à cette jeune fille encore un peu enfantine (et que la caméra semble aimer énormément ) puisse donner un tel réalisme. Tout fait naturel alors que la prise de vue est très sophistiquée. Quand les amoureuses seront réunies, le procédé tourne à un champ/contrechamp systématique, qui bien que gardant la même énergie, semble du coup moins original. Mais, Emma, ( Léa Seydoux, elle aussi formidable en amante bourgeoise, cultivée et un peu rude, comme quoi, bien dirigée...), donnera sa force dramatique à l'histoire et instillera d'abord la passion, puis le doute, puis le chagrin. Jusqu'au bout, le réalisateur collera à ses héroïnes et nous, spectateurs, ne nous lasserons jamais de ces visages dont on a envie de moucher les nez ou essuyer les larmes. Nous serons avec elles, en elles presque. Nous vivrons les hésitations d'Adèle, son questionnement homosexuel, sa difficile acceptation, cet insidieux rejet d'une classe cultivée et bourgeoise, son amour réel et profond pour Emma. Oui, tout cela est formidablement rendu et pourtant, je mettrai quelques bémols à ce flot de compliments. 
Je fais un sort à la longueur du film.... Si monsieur Kéchiche avait coupé une gay pride sans véritable intérêt dramatique, raboté quelques scènes de classe un peu longuettes même si très réalistes ainsi que des dîners frôlant le cliché à cause de leur durée, oublié le menthol dans les yeux des comédiennes et relu les dialogues de leurs retrouvailles , le film aurait, à mon avis, gagné en intensité. 
Et puis, il y a dans "La vie d'Adèle" des scènes importantes qu'à mon goût je trouve ratées car absolument pas dans la tonalité générale, donnant ainsi l'impression d'un autre cinéma, d'un autre film. Je pense à la scène de la rencontre des deux héroïnes, pas du tout réaliste, très "cinéma", où soudain la caméra s'écarte, virevolte,  tournoie comme dans un Lelouch (manque plus que les chabadabadas) et du coup peu crédible. 
L'autre point noir de l'oeuvre ce sont les fameuses scènes de sexe (pas si nombreuses ni si longues qu'on le dit).  Entendons nous bien, personnellement je n'ai rien contre la représentation d'une relation sexuelle à l'écran.  Qu'on voit les personnages manger, ou faire l'amour, c'est pareil, ce sont des actes ordinaires de la vie.... Seulement ici, comme pour la scène de la rencontre, elles sont en total décalage avec le reste, lumière différente et plan soudain devenu plus large. Le réalisateur dit vouloir évoquer l'imagerie de la statuaire, en parfait accord avec les études d'Emma. Mmmm, je veux bien. Le seul problème c'est qu'une statue est immobile et n'est pas accompagnée d'une bande son tonitruante de râles, de gémissements que même un film porno ne voudrait pas. Ajoutez à cela, que leur première étreinte se révèle être un vrai Kama-sutra lesbien, à la limite du ridicule, dénotant surtout un regard très masculin sur les amours saphiques. Le plus gênant en fait, c'est que cette gymnastique cinématographique montre plus une recherche forcenée du plaisir que la vraie passion. Je suis même sûr que si, durant leurs étreintes, la caméra était restée sur leurs visages, leur amour aurait paru plus fusionnel.
A part ces quelques griefs, le film reste tout à fait intéressant et se révèle être une expérience passionnante et en partie réussie. On lui reconnaîtra aussi de mettre en scène une très belle histoire d'amour entre deux femmes ce qui, en ces temps bousculés, est une formidable nouvelle. 


mercredi 9 octobre 2013

Tout m'échappe de Jérémie Kisling



J'ai découvert Jérémie Kisling lors d'un séjour en Suisse en 2010 je crois, où "Le bec dans l'eau", composition rigolote de son précédent album passait sur la radio Suisse Romande. Un téléchargement plus tard, et, hop, "Antimatière" passait en boucle toute la journée. Finesse des compositions et belles mélodies pas faciles m'avaient conquis. J'attendais donc avec impatience la sortie d'un nouvel opus. Une écoute de quelques titres sur son site ne m'avait pas emballé et c'est avec une pointe d'appréhension que j'ai acheté son album cette semaine. Comme j'avais tort ! Cet album marque une vraie évolution pour Jérémie Kisling. Sans jamais abandonner l'exigence de ses compositions, peu formatées pour les radios FM, ni même pour France Inter bien que "Je ne suis pas de celles", composition sur les femmes au physique que l'on ne remarque pas, est sur leur play-list, il nous offre un disque à l'élégance délicate et sensible. C'est l'oeuvre d'un artisan mélodiste hors pair. D'arrangements sensibles et gracieux ("Un coeur en papier")  en morceaux piano/voix ( "Le lierre et le rosier" aux envolées à faire frissonner), tout vous caresse l'oreille avec infiniment de douceur malgré la tonalité assez sombre de l'ensemble. Si le piano et la guitare sont très présents dans la plupart des chansons, j'ai noté la présence quasi originale en 2013 de la flûte traversière sur "Je veux tout avoir", morceau délicat sur l'adolescence, mais aussi la confirmation chez cette génération de chanteurs trentenaires, de l'omniprésence de la trompette, instrument jugé ringard depuis des décennies et qui, ici, apporte une touche nostalgique totalement bienvenue. L'autre réussite de cet album, c'est la qualité des textes de Jérémie Kisling, entre poésie et mots allusifs, décrivant un univers assez triste sans que jamais rien ne soit appuyé, juste surlignés par un regard tendre mais lucide sur nos vies modernes. 
Pour vous donner l'envie d'aller écouter  "Tout m'échappe", sachez qu'il y a un magnifique duo avec Jeanne Cherhal qui concentre tout l'univers de Jérémie Kisling en un seul morceau...
Alors, si vos oreilles tombent sur le nouvel album de ce chanteur Suisse, il y a de fortes chances qu'elles  n'échapperont pas à la réécoute continue de ce petit bijou de douceur et de talent. 


Je veux tout avoir (live)


dimanche 6 octobre 2013

Dora T2, l'année suivante à Bobigny de Minaverry



L'an dernier, Les éditions de l'Agrume faisaient leur entrée en fanfare parmi les éditeurs de BD avec "Dora", récit graphiquement et scénaristiquement bluffant et parfait.
C'est donc avec une réelle envie que je me suis plongé dans ce deuxième tome " L'année suivante à Bobigny".  On y retrouve Dora, jeune fille entrant dans l'âge adulte, possédant toujours des documents sur les nazis et qui va vivre dans une de ces villes nouvelles qui ont fleuri en région parisienne au début des années 60. La fin de la guerre d'Algérie, la politique, la chasse aux nazis, l'extermination des tziganes sont la toile de fond de ce deuxième tome plutôt centré sur la vie de trois femmes. Dora donc, seule depuis que sa mère est partie vivre en Israël, Odile, sa grande amie, amoureuse de Didouche, garçon indécis et Geneviève, d'origine gitane et dont Dora va tomber amoureuse.
Si Minaverry, auteur argentin, saisit très bien l'atmosphère de cette époque, il laisse par contre un peu tomber la chasse aux nazis qui était l'élément majeur du premier tome, pour s'intéresser principalement aux amours de ses diverses héroïnes. L'homosexualité, l"avortement sont mis en avant, au bord du cliché parfois. L'histoire avance doucement, s'attardant sur un détail, un silence, une étreinte. Le dessin est toujours aussi fort, avec ses aplats de noir et blanc, ses rondeurs empreintes de féminité, cassées par moment par des éléments plus géométriques d'un très bel effet. Minaverry en plus d'être un remarquable graphiste est doublé d'une touche féministe. On découvre au détour d'une scène de sexe, les belles jambes poilues d'une héroïne, chose rarissime en BD, plus souvent formatée dans la représentation de corps féminins irréels ou stéréotypés. On notera aussi l'arrivée discrète de la couleur, soulignant d'une jolie façon les moments tragiques.
Au final, Dora T2, est un album artistiquement maîtrisé, bien  documenté mais sans excès, dressant un chromo assez juste de cette époque où tout semblait redevenir possible mais m'a paru un peu en deçà du premier tome. Peut être l'effet surprise en moins joue-t-il en sa défaveur. Ceci dit, cela reste un roman graphique de haute tenue que l'on lira avec attention.

samedi 5 octobre 2013

Eyjafjallajökull... Sinon dites "Le volcan" d'Alexandre Coffre

Malgré ce titre imprononçable, "Eyjafjallajökull" raconte une histoire simple. Valérie et Alain, se retrouvent dans un avion en partance pour la Grèce où leur fille se marie. Ils sont divorcés de longue de date et leurs rapports se résument à une détestation qui confine à la haine. Forcés d'atterrir à Munich, à cause de l'irruption du désormais célèbre volcan,  ils vont être obligés de traverser toute l'Europe pour être présents à la cérémonie...
C'est rageant quand on a tous les ingrédients pour faire une bonne comédie mais que ça ne prenne pas, comme un gâteau dans lequel on a oublié de mettre la levure. On ne peut rien reprocher aux deux comédiens. Danny Boon est parfait et Valérie Bonneton , qui a la carrure des têtes d'affiche, est excellente. Le scénario qui vise à renouveler un peu le genre de la comédie sentimentale en essayant de transformer l'éternel "Au début ils se détestent pour mieux s'aimer à la fin" en "Ils se détestent et se détesteront toujours plus" patine hélas pas mal. Les moyens étaient pourtant là. On pulvérise une Porsche (je sais c'est du cinoche !), un avion aussi, on traverse tout un tas de pays, ça file à cent à l'heure... Les comédiens courent, volent, s''envolent, se battent, abattent un aigle, enfin, il paraît... d'après ce que j'ai cru comprendre, car je me suis assoupi à un moment malgré le rythme effréné... Ben oui, je n'étais pourtant pas fatigué mais épuisé peut être par tant d'agitation vaine, du coup je n'ai pas vu le passage albanais. Parce qu'à vouloir les faire se détester très fort, soit on les déteste, on les trouve infréquentables, même sur écran, soit comme moi, on est navré par le manque de progression du scénario. Parce qu'à mon avis, si l'on ne marche pas à cette histoire, c'est que les rapports de haine sont un peu intermittents. Un coup je te hais, un coup je te déteste seulement, un coup je m'allie avec toi, une autre fois je me jette sur ton corps pour te faire l'amour pour après te latter la tronche... Ou alors, je rencontre un plus barge que nous (Denis Ménochet, hilarant, en ex sérial-killer reconverti en illuminé de Dieu) et alors j'oublie toutes les querelles. C'est cet incessant va et vient qui finit par avoir la peau du film qui pourtant démarrait pas trop mal. Mais arrivé en Grèce, la lassitude était là et ce n'est pas la dernière touche sirupeuse sensée attendrir le spectateur qui sauvera le film ni l'avis du pauvre spectateur qui aurait peut être du être détourné son chemin par quelques fumées volcaniques islandaises. 





vendredi 4 octobre 2013

Moi, méchant, méchant d'Alessandro Sanna


Hummm, un crocodile avec toutes ses dents en couverture ! Voilà un album qui donne rudement envie de l'ouvrir ! On adore les crocodiles qui font un peu peur. Celui-ci veut jouer les caïds, comme certains gros durs dans la cour de récréation. Mais comme souvent, les autres ne se laissent pas faire et jouent de leurs ressources personnelles pour clouer le bec à ce belliqueux. 
L'éléphant n'a bien sûr rien à craindre vu sa taille et son poids, mais le chacal, le babouin, le castor ou la mouffette, pas impressionnés pour deux sous, vont en remontrer à ce crocodile qui n'arrive pas à paraître totalement antipathique. Et c'est sans compter sur celui qui mettra fin aux tentatives d'intimidation de cet affreux à grande mâchoire. 
"Moi, méchant, méchant" est une bien belle réalisation. Son texte sous forme d'une comptine sautillante et chantante donne un humour très agréable à l'ensemble. Les illustrations, aux nuances encrées légères et superbes, sont un régal pour les yeux, que magnifie le grand format adopté. 
Bien sûr pour les plus petits, il faudra faire une petite explication de texte, faire percevoir pourquoi l'éléphant est pesant ou la mouffette puante, mais une fois ceci intégré, les enfants pourront investir cet album sans problème. Ils le reprendront avec plaisir, tournant les pages avec délice, récitant avec leur gourmandise habituelle cette comptine bien rythmée et frémissant toujours un peu en passant leurs petits doigts sur les dents du crocodile. 
Une réussite à partir de 3/4 ans à croquer sans modération. 


jeudi 3 octobre 2013

Giacomo Foscari de Mari Yamazaki



Un titre italien pour un manga pourrait être original si l'auteur n'avait déjà publié " Thermae Romae ". Spécialiste et amoureuse de l'Italie, Mari Yamazaki abandonne les hommes dénudés dans les thermes romains, de sa série vedette à grand succès, pour une histoire plus contemporaine mettant en scène un professeur vénitien durant les années 60. Brassant les époques comme les thèmes, le premier volume "Giacomo Foscari" ne m'a guère emballé. 
Le dessin soigné et pas trop dérangeant pour les non aficionados du genre, est tout à fait digne de l'édition soignée que nous offre cette nouvelle maison d'édition "Rue de Sèvres". Toutefois, la mise en place des personnages de cette histoire m'a laissé de marbre, voire un peu ennuyé. Giacomo, le personnage principal, assez froid, peu causant, visiblement attiré par les jeunes hommes mais ne se l'avouant pas, vit dans un Tokyo intellectuel ouvert et plutôt anticonformiste. Il y sera fasciné par le beauté d'un jeune barman comme il l'avait été durant son adolescence par un voisin un peu délinquant. Il croisera aussi l'amie du serveur, jeune fille révoltée et au lourd passé. 
L'histoire, est un incessant ballet entre le présent et les années 30 en Italie où l'on évoque la montée du fascisme mais aussi la passation d'une statue de Mercure ainsi qu'un d'un stylo-plume luxueux. 
La narration entre les deux époques est bien maîtrisée mais ne force pas l'intérêt car très vite on se demande où tout cela va bien pouvoir nous amener. En plus de ce héros pas follement attachant, l'accumulation de thèmes aussi différents que la pureté de la race vénitienne, la montée du fascisme en Italie, l'inceste, l'homosexualité, le déracinement, la beauté de la nature font partir cette histoire dans de multiples directions. Et malgré la force apparente du propos, l'histoire perd de son intérêt peut être à cause de ces dessins trop sages ou trop stéréotypés mais aussi d'un texte manquant de finesse. 
Au final, comme pour la série sur les thermes romains, je ne pense pas continuer la lecture de "Giacomo Foscari". Mari Yamazaki n'entrera pas dans la liste de mes auteurs de mangas préférés auprès de Taniguchi, Yamada, Urasawa ou Nakazama. 

mercredi 2 octobre 2013

Billie d'Anna Gavalda


J'ai été surpris en flagrant délit de lecture du dernier roman d'Anna Gavalda. Avouez, qu'il y a de quoi se cacher, le bourriquet de la couverture, gambadant dans un champs de pissenlits (?) n'est pas aussi classieux que la couverture crème de chez Gallimard. C'est ainsi que je me suis attiré les remarques perfides de mon entourage, du genre :
- Ah bon ! Tu te remets à lire Gavalda ? T'avais pourtant juré, craché qu'après "Ensemble c'est tout " on ne t'y reprendrait plus.
Ou aussi :
- Toi tu t'es fait avoir par la promo ultra léchée. Tu es faible quand même ! Il suffit qu'on te sorte le grand jeu de l'écrivain qui entend la voix de l'héroïne lui dicter le roman, qu'elle a travaillé sur les mots, les sonorités et qu'en plus tu vas être surpris ....hop, tu fonces !!!
Que voulez-vous, j'ai craqué pour l'âne, il est si mignon.... 
Même s'il y a une part de vérité dans ce qui précède, je pensais réellement que lire "Billie" allait me permettre d'écrire un billet rigolo et méchant sur la reine actuelle du roman.
Raté ! C'est raté !! La Gavalda m'a cueilli dès les premières pages comme au bon vieux temps de " Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part". 
Oui, je l'avoue, j'ai lu "Billie" d'une traite, en une soirée et j'ai aimé ça ! Entendons-nous bien , ce n'est pas le livre de l'année, ni quelque chose qui restera gravé en mémoire jusqu'à ma mort, c'est juste un bonbon acidulé, bien troussé, qui se déguste gentiment un soir gris d'automne.
La promo dit que les lecteurs habituels d'Anna Gavalda allaient être surpris. Sans doute qu'après la lecture du premier chapitre, ils seront sur un terrain un peu mouvant car nous retrouvons l'héroïne, Billie (en souvenir de Bambi Jackson...), allongée au fond d'une ravine du parc des Cévennes, la cheville brisée. Auprès d'elle, Franck, tout aussi cassé, dont la principale préoccupation est de savoir si la chute qu'ils ont faite, n'a pas provoqué une lésion de la moelle épinière. Après quelques pincements bien placés, prouvant sa capacité à réagir, il ne lui reste plus qu'à savoir si sexuellement il pourra toujours assurer. Il demande donc à Billie de s'occuper de son membre viril afin de vérifier sa bonne tenue. 
Ce démarrage un soupçon hard pour la number one de nos romancières est couplé à un style gouailleur et cru, montrant ainsi sa capacité à se renouveler. On allait voir ce qu'on allait voir ! La suite se révélera tout de même pétrie avec sa célèbre farine de solidarité, mélange ingénieux de bons sentiments et d'une observation assez fine de nos moeurs actuelles. 
Billie est marrante, paumée. Sa vie qu'elle va nous raconter au fil des pages n'est pas exempte de clichés, mais le savoir-faire de l'auteure fait que l'on marche, que l'on s'attache. A défaut d'être réellement crédible, elle en fait un parfait personnage de roman. Vivant dans une zone minable en périphérie d'une petite ville de province, entre un père violent et alcoolo et une belle-mère haineuse, Billie emmagasine un peu de calme au collège sans pour autant briller comme élève. Cela ne l'empêche pas de connaître les films de Billy Wilder ou les romans de Jack London! Heureusement, une rencontre sous l'égide d'Alfred de Musset permettra à la jeune fille de vivre un coup de foudre amical avec Franck, jeune homme ostracisé car homosexuel.
La suite oscillera entre déchéance, mal de vivre et retrouvailles, mais la vie, bonne fille, les aiguillera vers quelque chose de plus chaleureux.
Chaleureux est vraiment le mot qui qualifie ce roman. Derrière les mots crus, le franc-parler de Billie (que l'auteur abandonne peu à peu , une fois le lecteur accroché), l'âpreté de la vie de ses personnages, passe un fort courant de générosité, nécessaire et indispensable dans le monde assez pourri qu'elle décrit en toile de fond. Après m'être régalé avec un final de comédie (Ah! la rando avec la famille revenue de la manif contre le mariage pour tous !), j'ai refermé le livre en me disant qu'Anna Gavalda avait réussi son coup. Un joli moment de lecture facile, une envie de (re)lire "On ne badine pas avec l'amour", des bons sentiments et quelques clichés parfaitement assumés mais effacés par une écriture un peu décalée, font qu'on se dit que tout n'est pas à jeter au royaume du best-seller. Anna Gavalda semble ne pas oublier que la littérature peut aider à vivre le commun des mortels, que les bons sentiments ne sont pas toujours synonymes de niaiseries et ça, elle le fait très bien.  

mardi 1 octobre 2013

Ratburger de David Walliams


Il semblerait que les anglais aient trouvé un digne successeur à Roald Dahl en la personne de David Walliams. Et c'est vrai que lorsque l'on ouvre "Ratburger", son nouveau roman pour la jeunesse, visuellement la similitude est frappante.  Même l'on a troqué Quentin Blake pour le talentueux Tony Ross pour illustrer le texte, on retrouve cette énergie tonique qui faisait le charme des " Sacrés sorcières" et autre "James et la grosse pêche".
Quand on se plonge dans l'histoire, pas besoin de retrouver son âme d'enfant, le plaisir est immédiat, signe de tous les bons romans, quels qu'en soient les destinataires principaux.
Les aventures de la petite Zoé, 12 ans, vivant au 37ème étage d'une tour qui penche avec son père chômeur et déprimé et son horrible belle-mère grande consommatrice de chips arôme crevette ont un peu le même parfum que les personnages de "Charlie et la chocolaterie" ou "Matilda", celui de la pauvreté digne en butte à l'ignominie ambiante.
La jeune Zoé rêve de dresser un rongeur pour en faire des spectacles et c'est quand elle rencontrera Armitage, le jeune rat au fort potentiel acrobatique, que ses ennuis vont commencer. Constamment harcelée par sa rude voisine Tina mais surtout par l'ignoble Burt, le dératiseur/vendeur de hamburgers, la pauvre héroïne devra faire preuve de beaucoup d'inventivité et de malice pour échapper à l'emprise des ignobles individus qui l'entourent.
Ce roman, démarrant sur les chapeaux de roue, m'a agrippé dès les premières pages grâce à un humour décapant et ravageur. J'ai été épaté par la dextérité romanesque de l'auteur qui manie les mots et les allusions avec un plaisir évident . Même s'il use parfois un peu trop des longues onomatopées (sur une page entière quelquefois), le récit fonctionne remarquablement bien, se permettant en plus de s'offrir un sous-texte assez sympa sur la malbouffe.
La dernière partie, efficace mais un peu plus convenue,  est un mélange (hommage ? ) à la fantaisie de Roald Dahl et à "Chicken run " des studios Aardman. Mais le roman garde toutefois ses pouvoirs de séduction et retombe sur ses ses pieds avec une morale cruelle mais de bon aloi (mais peut-on écrire un bon roman pour enfants sans cruauté ? ). Ici, il y a un vrai savoir-faire, tous les ingrédients y sont bien amalgamés et sauront de toute évidence plaire à un vaste public de 8 à 88 ans...
Livre lu dans le cadre de l'opération coup de coeur des lecteurs organisée par la librairie DECITRE et son site de lecteurs ENTREE LIVRE