dimanche 20 octobre 2013

Volt d'Alan Heathcock


Je réserve souvent la lecture de nouvelles à certains soirs, où, un peu fatigué, je préfère me plonger dans un texte court plutôt que de m'endormir sur un roman où je risque de perdre le fil par une lecture morcelée. 
Avec "Volt" d'Alan Heathcock, l'exercice s'est avéré moins simple que d'habitude, car toutes les nouvelles se déroulent dans un même lieu, Krafton, bourgade imaginaire des Etats-Unis, qui regroupe en son sein toute la misère du monde. Des histoires différentes certes, mais où certains personnages reviennent, comme cette ex épicière, qui devenue shériff, est en proie aux doutes de la justice. Beaucoupde dénominateurs communs communs font que le tout forme un ensemble cohérent donnant une vision très noire de l'Amérique du Nord.
Krafton, en plus d'être moche et délabrée, est une ville où les malheurs s'abattent : inondations, incendie du bowling, panne d'électricité générale , ... engluent un peu plus ses habitants dans un quotidien sinistre. Leurs vies sont au diapason de leur environnement, comme les victimes expiatoires d'une punition divine. On devient fou de douleur et se transforme en bête de foire après avoir tué accidentellement son enfant. On invente sa propre justice en liquidant l'assassin d'une jeune fille. Les jeunes gens aident à camoufler un cadavre abattu par leur père ou reviennent la tête fracassée de la guerre en Irak. La violence est toujours présente, tapie au fond des bois ou dans les champs de céréales. La mort est là, présente, obsédante. Mais surtout il y a ce silence, entre les hommes, les femmes, tout ce non-dit, ce non-avoué. Il brûle les têtes,les vies, il rend fou comme cette agricultrice qui sacrifie son champ de maïs pour en faire un gigantesque labyrinthe, symbole de l'errance de tous ces américains enfermés dans une vie subie et sans issue. 
Evidemment la lecture de "Volt", ne vous mettra pas en joie ! Ou alors, la joie d'avoir découvert une nouvelle voix talentueuse venue d'outre Atlantique, un écrivain, un vrai qui, en quelques mots vous dresse un univers,vous y enferme et ne vous lâche plus. Ces nouvelles, toutes prenantes, avec une mention particulière pour la première "Train de marchandises", époustouflante, semblent laisser penser que l'on n'a pas fini d'entendre parler d'Alan Heathcock...


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