dimanche 6 octobre 2013

Dora T2, l'année suivante à Bobigny de Minaverry



L'an dernier, Les éditions de l'Agrume faisaient leur entrée en fanfare parmi les éditeurs de BD avec "Dora", récit graphiquement et scénaristiquement bluffant et parfait.
C'est donc avec une réelle envie que je me suis plongé dans ce deuxième tome " L'année suivante à Bobigny".  On y retrouve Dora, jeune fille entrant dans l'âge adulte, possédant toujours des documents sur les nazis et qui va vivre dans une de ces villes nouvelles qui ont fleuri en région parisienne au début des années 60. La fin de la guerre d'Algérie, la politique, la chasse aux nazis, l'extermination des tziganes sont la toile de fond de ce deuxième tome plutôt centré sur la vie de trois femmes. Dora donc, seule depuis que sa mère est partie vivre en Israël, Odile, sa grande amie, amoureuse de Didouche, garçon indécis et Geneviève, d'origine gitane et dont Dora va tomber amoureuse.
Si Minaverry, auteur argentin, saisit très bien l'atmosphère de cette époque, il laisse par contre un peu tomber la chasse aux nazis qui était l'élément majeur du premier tome, pour s'intéresser principalement aux amours de ses diverses héroïnes. L'homosexualité, l"avortement sont mis en avant, au bord du cliché parfois. L'histoire avance doucement, s'attardant sur un détail, un silence, une étreinte. Le dessin est toujours aussi fort, avec ses aplats de noir et blanc, ses rondeurs empreintes de féminité, cassées par moment par des éléments plus géométriques d'un très bel effet. Minaverry en plus d'être un remarquable graphiste est doublé d'une touche féministe. On découvre au détour d'une scène de sexe, les belles jambes poilues d'une héroïne, chose rarissime en BD, plus souvent formatée dans la représentation de corps féminins irréels ou stéréotypés. On notera aussi l'arrivée discrète de la couleur, soulignant d'une jolie façon les moments tragiques.
Au final, Dora T2, est un album artistiquement maîtrisé, bien  documenté mais sans excès, dressant un chromo assez juste de cette époque où tout semblait redevenir possible mais m'a paru un peu en deçà du premier tome. Peut être l'effet surprise en moins joue-t-il en sa défaveur. Ceci dit, cela reste un roman graphique de haute tenue que l'on lira avec attention.

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