mercredi 2 octobre 2013

Billie d'Anna Gavalda


J'ai été surpris en flagrant délit de lecture du dernier roman d'Anna Gavalda. Avouez, qu'il y a de quoi se cacher, le bourriquet de la couverture, gambadant dans un champs de pissenlits (?) n'est pas aussi classieux que la couverture crème de chez Gallimard. C'est ainsi que je me suis attiré les remarques perfides de mon entourage, du genre :
- Ah bon ! Tu te remets à lire Gavalda ? T'avais pourtant juré, craché qu'après "Ensemble c'est tout " on ne t'y reprendrait plus.
Ou aussi :
- Toi tu t'es fait avoir par la promo ultra léchée. Tu es faible quand même ! Il suffit qu'on te sorte le grand jeu de l'écrivain qui entend la voix de l'héroïne lui dicter le roman, qu'elle a travaillé sur les mots, les sonorités et qu'en plus tu vas être surpris ....hop, tu fonces !!!
Que voulez-vous, j'ai craqué pour l'âne, il est si mignon.... 
Même s'il y a une part de vérité dans ce qui précède, je pensais réellement que lire "Billie" allait me permettre d'écrire un billet rigolo et méchant sur la reine actuelle du roman.
Raté ! C'est raté !! La Gavalda m'a cueilli dès les premières pages comme au bon vieux temps de " Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part". 
Oui, je l'avoue, j'ai lu "Billie" d'une traite, en une soirée et j'ai aimé ça ! Entendons-nous bien , ce n'est pas le livre de l'année, ni quelque chose qui restera gravé en mémoire jusqu'à ma mort, c'est juste un bonbon acidulé, bien troussé, qui se déguste gentiment un soir gris d'automne.
La promo dit que les lecteurs habituels d'Anna Gavalda allaient être surpris. Sans doute qu'après la lecture du premier chapitre, ils seront sur un terrain un peu mouvant car nous retrouvons l'héroïne, Billie (en souvenir de Bambi Jackson...), allongée au fond d'une ravine du parc des Cévennes, la cheville brisée. Auprès d'elle, Franck, tout aussi cassé, dont la principale préoccupation est de savoir si la chute qu'ils ont faite, n'a pas provoqué une lésion de la moelle épinière. Après quelques pincements bien placés, prouvant sa capacité à réagir, il ne lui reste plus qu'à savoir si sexuellement il pourra toujours assurer. Il demande donc à Billie de s'occuper de son membre viril afin de vérifier sa bonne tenue. 
Ce démarrage un soupçon hard pour la number one de nos romancières est couplé à un style gouailleur et cru, montrant ainsi sa capacité à se renouveler. On allait voir ce qu'on allait voir ! La suite se révélera tout de même pétrie avec sa célèbre farine de solidarité, mélange ingénieux de bons sentiments et d'une observation assez fine de nos moeurs actuelles. 
Billie est marrante, paumée. Sa vie qu'elle va nous raconter au fil des pages n'est pas exempte de clichés, mais le savoir-faire de l'auteure fait que l'on marche, que l'on s'attache. A défaut d'être réellement crédible, elle en fait un parfait personnage de roman. Vivant dans une zone minable en périphérie d'une petite ville de province, entre un père violent et alcoolo et une belle-mère haineuse, Billie emmagasine un peu de calme au collège sans pour autant briller comme élève. Cela ne l'empêche pas de connaître les films de Billy Wilder ou les romans de Jack London! Heureusement, une rencontre sous l'égide d'Alfred de Musset permettra à la jeune fille de vivre un coup de foudre amical avec Franck, jeune homme ostracisé car homosexuel.
La suite oscillera entre déchéance, mal de vivre et retrouvailles, mais la vie, bonne fille, les aiguillera vers quelque chose de plus chaleureux.
Chaleureux est vraiment le mot qui qualifie ce roman. Derrière les mots crus, le franc-parler de Billie (que l'auteur abandonne peu à peu , une fois le lecteur accroché), l'âpreté de la vie de ses personnages, passe un fort courant de générosité, nécessaire et indispensable dans le monde assez pourri qu'elle décrit en toile de fond. Après m'être régalé avec un final de comédie (Ah! la rando avec la famille revenue de la manif contre le mariage pour tous !), j'ai refermé le livre en me disant qu'Anna Gavalda avait réussi son coup. Un joli moment de lecture facile, une envie de (re)lire "On ne badine pas avec l'amour", des bons sentiments et quelques clichés parfaitement assumés mais effacés par une écriture un peu décalée, font qu'on se dit que tout n'est pas à jeter au royaume du best-seller. Anna Gavalda semble ne pas oublier que la littérature peut aider à vivre le commun des mortels, que les bons sentiments ne sont pas toujours synonymes de niaiseries et ça, elle le fait très bien.  

7 commentaires:

  1. Pour les lectures inavouables, un seule solution : une liseuse ou une tablette :) ! Je vais quand même attendre d'autres avis avant de me laisser tenter par ce livre.

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  2. Et bien moi j'aime Gavalda et je n'ai pas honte :)
    Des bonbons acidulés, c'est exactement comme cela que je vois ses romans. Un bien être ouaté aussi...
    J'ai hâte de découvrir celui ci!

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  3. J"ai aimé au début , puis plus mais là, j'avoue avoir été accroché.

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  4. Même si Le Dilettante qui publie Gavalda et bien d'autres n'a pas le prestige de Gallimard, c'est une très bonne maison d'édition qui mise sur l'originalité... Aucune honte à lire du Gavalda même si son succès en a fait un écrivain grand public. Et le dernier, je l'ai beaucoup aimé également.

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  5. Je suis d'accord avec le jugement sur la couverture... que l'on ne peut comprendre qu'après en avoir terminé la lecture (non ne cherchez pas en quatrième). Moi aussi j'avais un peu honte de lire ce livre à cause de sa couverture. Mais c'était nonobstant le nom de son auteure. Je fais entièrement confiance à Anna Gavalda. Et j'ai eu raison. Cette Billie, je l'a connais, je l'ai rencontrée. Heureux de l'avoir revue, réentendue. A tous ceux qui l'ont connue, ils la reconnaîtront.
    Et ce n'est pas faire insulte qu'attribuer à A. Gavalda le statut d'auteure populaire.

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  6. Une très belle critique. J'ai cédé aussi à l'appel de Gavalda et si j'ai eu du mal à rentrer dans son écriture, comme chaque fois qu'elle explore une nouvelle façon finalement, je me suis laissée prendre par la tendresse qu'elle porte à ses personnages.
    Je trouve dommage que l'on puisse avoir honte de lire un auteur, populaire ou non, malheureusement, c'est assez fréquent !
    Bonne journée
    Merci de cet avis

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  7. Je découvre donc que Billie était un roman à part entière, j'y tombe dessus dans "Des vies en mieux" ; bon à cette heure ci cette petite bonne femme me donne le sourire et j'étais en train d'avoir envie de faire un article sur mon blog du coup .... bon je vais aller m'en faire un avis perso car je vois que les avis sont bien partagés; j'ai bien aimé Anne Gavalda dans quelques romans , apparement il y en a encore que je n'ai pas lu .... merci pour votre avis en tout cas

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