dimanche 24 septembre 2017

Faute d'amour de Andreï Zviaguintsev


Dès les premiers plans, nous savons d'emblée que nous n'allons pas rire du tout dans "Faute d'amour". Ces arbres recouverts de neige qu'une caméra contemplative balaye doucement puis ce plan d'école, avec ces lourds piliers qu'aucun bruit ne semble faire vivre et qui s'anime avec une sortie d'élèves rappellent tout de suite qu'André Zviaguintsev se place sous l'égide de Tarkovski et d'Antonioni. Le réalisateur va attraper au passage un petit garçon, le suivre avec un court travelling puis l'enfant disparaît de l'écran, résumant ainsi admirablement son destin cinématographique. Cet enfant blond aux yeux bleus vit chez ses parents dont un divorce en cours rend les rapports on ne peut plus conflictuels. C'est après avoir surpris une conversation entre ses deux géniteurs qu'il disparaîtra, préférant la fuite à un placement dans un internat.  Aussi bien père que mère, aucun n'a envie de s'encombrer d'un gosse dans une nouvelle vie déjà bien remplie.
On l'aura compris, aucun échappatoire n'existera dans cette description sombre, très sombre de nos vies contemporaines. Et si le film peut parfois paraître trop souligner tous les travers du quotidien et notamment l'utilisation d'écrans qui coupent la communication entre ces êtres égoïstes vraiment tentés par une vie sordidement clinquante, ce discours se trouve magnifiquement dilué dans une mise en scène ample, aux plans magnifiquement composés et jouant sur un timing lent qui accentue subtilement le malaise qui court durant  plus de deux heures. De tout cela, surgit en creux à la fois un portrait sans pathos de l'enfance mal traitée psychologiquement mais aussi une image de la Russie d'aujourd'hui qui se débat entre un passé étouffant et un présent compliqué, plus proche de la ruine que personne ne veut vraiment reconstruire, préférant faire triompher une médiocrité égoïste bien loin de ce supposé esprit collectif du siècle dernier.
Faute d'amour, un enfant disparaît, faute d'amour, un pays aussi. Cela semble être le message voulu par Andreï Zviaguintsev, qui prouve encore une fois qu'il est le plus grand cinéaste russe actuel, imprimant dans nos esprits des images inoubliables.


..

samedi 23 septembre 2017

Frappe-toi le cœur de Amélie Nothomb


Une fois n'est pas coutume, cette rentrée j'ai sacrifié une heure à la lecture du dernier Amélie Nothomb. ( Oui, le roman n'est pas épais, écrit gros et avec des marges de bonne taille). Je dis " sacrifié", mais l'expérience reste agréable, c'est quand même plus passionnant que de regarder "Master chef " ou de tondre la pelouse. En regardant dans le rétroviseur, je n'avais rien lu de notre monument national belge depuis "Stupeur et tremblements" , 18 ans déjà puisque c'était en 1999 ! A l'époque, j'avais beaucoup aimé ses souvenirs japonais revisités. Pourtant la suite de sa production métronomique ne m'avait jamais vraiment tenté, encore moins depuis qu'elle apparaissait systématiquement en couverture de ses ouvrages, telle une reine de la littérature un peu auto-proclamée. Chaque fin d'été, François Busnel  dans son style ravi de la crèche depuis que son émission brosse à reluire est devenue prescriptrice vient au secours des ventes en l'invitant dans son émission de rentrée alors que, un peu partout, on peut lire des avis, souvent les mêmes, sur cette nouvelle livraison, généralement sa meilleure depuis longtemps... Personne n'indique où se trouve exactement le curseur, longtemps devenant ainsi une notion vague finalement peu pertinente... mais surtout vendeuse.
Donc, malgré la couverture portrait façon geisha sinistre et l'ébahissement agaçant de Busnel, j'ai voulu vérifier si "Frappe-toi le cœur ", " son meilleur depuis longtemps" , pouvait rivaliser avec son évocation d'il y a presque deux décennies sur le monde de l'entreprise nippone. Est-ce que parce qu'en presque 20 ans, j'ai lu des centaines de romans, que mes goûts se sont sans doute affirmés, que mon opinion est mitigée ? Où est-ce que cette petite entreprise honorable de production romanesque annuelle souffre un peu de ce rythme cadencé ? Sans doute un peu des deux, mais la magie n'a pas complètement opéré. Le roman se présente un peu sous la forme d'un compte avec une mère marâtre qui n'aime pas sa fille aînée. Le thème est plutôt bien vu, bien traité, avec un certain mordant pas désagréable du tout. Au moins on ne pourra pas reprocher à Amélie Nothomb de tomber dans cette insupportable littérature bourrée de bons sentiments qui "fait tellement de bien". Cependant, et c'est peut être là où le roman ne convainc pas tout à fait, l'intrigue bascule quelque peu dans la deuxième partie, virant vers un thème plus mode et pas mal traité ces derniers temps, l'amitié toxique. Même si l'écrivaine, arrive habilement à retomber sur ses pattes à la fin, sa façon de faire avancer rapidement son  histoire en laissant de côté la profondeur des personnages et l'intensité de leurs rapports, laisse le lecteur sur sa faim.  Au final, on a un roman facile à lire, un peu piquant, mais sans doute pas assez élaboré pour emballer totalement. On peut donc rêver, qu'une fois, Amélie fasse une pause, oublie son champagne et son fichier de lecteurs et se consacre pour une fois à un roman plus touffu, d'une plus grande ampleur et qui nous plonge plus longuement dans un univers et une écriture évidents et qui mériteraient une œuvre d'une plus grande ambition. 

jeudi 21 septembre 2017

Ma reine de Jean-Baptiste Andréa



Voici un premier roman dont on parle beaucoup cette rentrée : prix du roman envoyé par la poste, finaliste du prix FNAC, sur la liste du Fémina, bref presque incontournable ce mois de septembre. Appâté par les tam-tams de cette soudaine renommée, j'ai plongé dans "Ma reine " sans rien connaître de l'histoire. ( Oui j'en entends parler en bien, mais ne lis pas les résumés pour ne pas gâcher le plaisir de la surprise).
Et paf, première déconvenue : encore un récit d'enfant à la première personne ! Ce n'est pas que je n'aime pas les mômes, mais c'est certain que Jean-Baptiste Andréa ne choisit pas de briller par l'originalité, tant ce sillon des pensées enfantines si fraîches commence à devenir usant. Reconnaissons-lui par contre ce choix de la difficulté en osant se confronter à la cohorte d'ouvrages déjà parus avec ce filon qui emporte souvent le cœur des lecteurs ( peut être plus les lectrices, mais si je dis ça, on va m'accuser de misogynie ). Alors en route pour un retour en enfance et dans le passé puisque nous voilà en 1965, en Provence, dans une zone perdue et pelée, où une station d'essence se dresse ...plus très rutilante . C'est tout de suite très cinématographique, et je vois déjà le téléfilm qu'on pourra en tirer. Shell, le narrateur, vit seul avec ses parents un poil bourrus. Malgré ses douze ans, il ne va plus à l'école, car il est un peu attardé. L'établissement qui aurait pu l'accueillir n'a pas été validé par la famille. Du coup, il s'occupe un peu en faisant consciencieusement le plein aux quelques rares voitures qui passent dans ce coin isolé. ( Oui, c'est une époque où le petit commerce était fier de vivoter, y'avait pas que l'argent dans la vie ma brave dame, y'avait l'amour du petit boulot !). Et puis un jour, il décide de partir à la guerre qu'il sait loin. Quand on est un petit garçon fragile et ayant des difficultés à appréhender le monde, loin, c'est de l'autre côté de la colline. Il ne trouvera pas de conflit mais un endroit pour dormir. Et c'est là que très vite apparaîtra Viviane ( notez le clin d'œil féérique), petite fille délurée qui deviendra sa reine...
Vous l'avez compris, je ne rejoins pas les pâmoisons qui accompagnent ce roman. Soyons clair, je l'ai lu sans déplaisir mais sans enthousiasme non plus. Tout est frais, mignon, tendre, la nature est belle mais un peu dangereuse quand même, les propos sont croquignolets, la trame jolie, l'enfant découvre l'amour sans se l'expliquer réellement et c'est beau bon sang de bois ! Non, c'est léger, facile à lire, joli, choupinou,  tendre, gouzi gouzi, mais beau non. Il manque dans ce texte un soupçon de folie pour qu'il puisse se démarquer et aussi une écriture, une vraie, pas celle, toujours assez fausse, empruntée à un enfant.
Alors je vais passer pour un cœur sec, un insensible ( c'est vrai, j'ai détesté " Le petit prince") mais je n'ai pas été emballé par cette énième histoire de recréation de monde enfantin. Jean-Baptiste Andréa n'a pas démérité pour autant car, dans sa simplicité narrative, il évite quand même quelques clichés, mais n'arrive pas à sortir son texte de l'ordinaire. Ceci dit, comme cela ne bousculera pas les lecteurs, le livre plaira sans doute, se plaçant en tête de gondole des titres qui font du bien ! ( Vous l'aurez compris, pour moi, ça me fait du bien quand je suis un peu bousculé, choqué, intrigué,... une autre idée du roman...)


mercredi 20 septembre 2017

Ton père de Christophe Honoré


Christophe Honoré, écrivain, cinéaste, gay et père d'une petite fille ... Quelque chose vous dérange en lisant cette première phrase ? Ca tombe bien, c'est aussi la préoccupation de l'auteur qui, alors qu'il menait une vie ordinaire et tranquille, retrouve un dimanche matin, punaisé sur la porte d'entrée de son appartement, un bout de papier sur lequel on avait tracé ces mots : " Guerre et paix, contrepèterie douteuse ? " ( Père et gay, pour ceux qui ne fréquentent pas l'album de la comtesse du canard enchaîné ).
A partir de ces quelques mots ressentis comme une agression insidieuse dont la violence va s'insinuer peu à peu dans son esprit, va naître un questionnement, une mise à plat de sa vie, de son statut d'homme, du regard de la société face à la parentalité...surtout la sienne. Dans un texte où vont se mêler souvenirs, récit  un peu fictionnel sous la forme d'un petite enquête pour découvrir l'auteur de ce mot, moments intimes ou présentés comme tels, photos, apparaissent surtout au fil des mots le désarroi, l'abattement, la colère de cet homme, parisien privilégié. Son quotidien, au final bien ordinaire, se trouve assailli par un sentiment de peur, peur des regards malveillants, résurgence d'une manif pour tous et de son cortège haineux qui continue à déverser ses pensées obtuses et violentes. Cette parentalité, voulue, souhaitée, vécue banalement, soudain lui saute au visage comme non conforme aux normes établies et finit par ressentir plus intensément ces regards fuyants ou ces dialogues détournés devant les grilles de l'école de sa fille, cette crainte de parents lorsqu'elle veut inviter une copine à la maison. Le " Mais pourquoi ne viendrait-elle pas plutôt chez nous ? " s'enfonce comme un poignard dans l'esprit de ce père. Car voyez-vous, même à Paris ( et sans doute dans un quartier favorisé) , pour beaucoup gay signifie pédophile ! ( Faut dire que l'appellation courante " pédé " n'aide pas non plus à tuer les préjugés). Sans chercher, ni à se justifier, ni à plaider sa cause, Christophe Honoré nous ouvre la porte pour se présenter à nous, tel qu'il est dans sa vie de père gay parisien. Il évoque son enfance et son adolescence bretonne où sa découverte de la sexualité n'a jamais été envisagée sans la possibilité d'avoir des enfants, quitte à passer pour un traitre aux yeux d'une communauté gay (comme hétéro) aux diktats parfois binaires. Il raconte sans fard son projet de mettre un enfant au monde, naturellement, avec une amie proche et le quotidien qui suivit avec cette garde partagée, sans heurt, avec un  amour et un respect  évidents et réconfortants. ( vie que beaucoup d'enfants n'ont pas , même en rêve !).
Comme souvent dans les romans de Christophe Honoré, le récit emprunte parfois des sentiers plus tortueux, évoquant les admirations cinématographique ou littéraires, les "pères" homosexuels qui l'ont guidé. On peut trouver quelques passages un peu verbeux, mais jamais on ne peut remettre en cause la sincérité de ce récit pointilliste. Habituellement,  je préfère personnellement le cinéaste à l'écrivain, ("Les chansons d'amour" restant pour moi un chef d'œuvre ), mais avec  "Ton père", j'ai vraiment été touché par ce témoignage incisif qui sera, je l'espère, une belle pierre pour faire avancer le monde vers un modèle de société plus serein, plus conformes aux vrais désirs des êtres. ( L'histoire ne dit pas si le service de presse du Mercure de France a envoyé un exemplaire de l'ouvrage à Ludivine de La Rochère...)

dimanche 17 septembre 2017

Sa mère de Saphia Azzeddine


Le roman de Saphia Azzeddine démarre sur les chapeaux de roue. Son héroïne d'extraction populaire travaille à " La miche dorée" dans une de ces zones commerciales sinistres. En quelques phrases bien senties, elle pose son personnage, grande gueule mais avec quand même l'accès à un langage assez châtié et une pensée plutôt politique ( voire politiquement incorrecte). Mais ensuite, une impression de déjà vu et de facilité m'a chatouillé l'esprit. "Encore une de ces jeunes femmes de banlieue que la vie n'a pas épargné et qui possède une langue bien pendue car surdouée, bonjour l'originalité ! " Et puis, sans doute aussi acerbe que les propos tenus au fil des pages, j'ai rajouté en moi-même :" Ce ton sarcastique mais assez humoristique s'effilochera  au fur et à mesure que l'intrigue se mettra en place, comme souvent dans cette littérature de plus en plus genrée. "
Sur ce dernier point, je me suis un peu trompé. L'auteure place bien une intrigue romanesque, une recherche de mère car l'héroïne, Marie-Adélaïde, est née sous X mais on sent très vite que le réel propos de ce roman est ailleurs. Cette jeune femme, au regard déjà fort critique sur ses collègues prolétaires, dont le passé fut brinquebalé entre famille d'adoption ingrate, familles d'accueil infâmes et même prison, va se trouver propulsée dans la grande bourgeoisie parisienne dont la vision des rites, des codes, des us et du langage vont la conforter dans son scepticisme radical envers la société d'aujourd'hui. Elle va tenter de construire un pont entre ces deux mondes que tout oppose, mais la bourgeoisie n'est guère soluble avec les employées de maison ou les vendeuses de brioches industrielles. Le maniement du langage et des études correctes ne suffisent pas à intégrer un univers aussi hermétique.
Le roman apparaît donc comme une sorte de récit autour de la différence de classes. Marie-Adélaïde avec son regard trop acéré et trop lucide se trouvant dans la position assez inconfortable de n'être nulle part à sa place. Cependant, un ressort de l'intrigue va lui jouer un mauvais tour et, sur la toute dernière partie, mon intuition du début se trouvera en partie confirmée, le ton acidulé s'estompera face à quelques péripéties un peu tirées par les cheveux, rendant la fin du roman un peu décevante. Restera seulement la tristesse d'un passé que rien n'arrivera à effacer...
" Sa mère", sans éviter parfois parfois quelques facilités, et sans non plus atteindre des sommets littéraires, reste un roman agréable à lire, avec des passages fort vus et une écriture plaisante et alerte.


samedi 16 septembre 2017

Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain



Avoir un avis tranché sur le dernier roman de Marc Dugain va m'être difficile tant ses objectifs politico/romanesques jouent avec le lecteur un drôle de jeu ambiguë.
Comme son titre l'indique " Ils vont tuer Robert Kennedy" met en scène le frère cadet de John Fitzgerald Kennedy, assassiné lui aussi alors qu'il briguait avec une grande chance de succès le poste suprême à la Maison Blanche. Marc Dugain fait de Bob ( soyons cool, utilisons les diminutifs de Robert) un vrai personnage romanesque, dont les agissements laissent à penser qu'il était intimement persuadé de son impitoyable destin. Cependant l'auteur, avant de jeter un vrai coup de projecteur sur Bobby, revient sur le clan Kennedy, son esprit de conquête que rien n'arrête, et surtout sur son frère John, beau gosse priapique dont l'assassinat marquera les esprits. Evacuant la thèse du tueur unique pour celle du complot fomenté par un pouvoir invisible composé des forces réactionnaires du secteur, de la mafia, des lobbys industriels et de la CIA, l'évocation apparaît documentée, extrêmement plausible, tout en brossant un portrait au vitriol de nos chers "alliés" US ( dont nous européens, sommes uniquement les "vassaux").
En plus de ce récit hautement historique et documentaire, Marc Dugain, parallèlement, plaque un deuxième récit ayant pour héros un certain Marc O' Dugain ( ?!), professeur d'histoire dans une université et enquêtant sur la mort de ses parents ( mère suicidée, père décédé dans un accident de la route). Mené par une forte conviction intime, ses recherches vont finir par le conduire là où il le voulait, à savoir au plus près des deux frères Kennedy, son père ayant été mêlé d'assez près aux deux assassinats. Le lecteur suit alternativement les deux histoires  qui paraissent se répondre, se compléter.
Je suis d'un naturel sceptique mais j'adore que l'on me montre l'envers du décor, que l'on me mette sous les yeux les vilaines choses que l'on veut nous cacher. Là, j'ai été servi ! Le propos, sans être vraiment nouveau, est étayé par une documentation apparemment très précise qui multiplie les preuves, les recoupements. Trop parfois... En revenant sans cesse sur certains points, presque de façon obsessionnelle, un petit clignotant s'est allumé dans ma tête. Tous ces propos revenant en boucle, m'ont petit à petit mis en retrait de cette histoire. Je me suis demandé si Marc Dugain ne cherchait à m'hypnotiser ( il est beaucoup question d'hypnose dans le livre). Cette méfiance fut lourdement corroborée par l'autre histoire, qui, au premier degré tire très fort sur le côté romanesque échevelé. Cette enquête aux ramifications nombreuses finit par révéler un personnage peut être un peu dérangé, impression confirmée par un final laissant planer le doute. Et du coup, je me suis demandé où était la vérité dans tout ça... Est-ce un roman inventé ?  Une fiction historique plausible ? Un roman sur la manipulation ? Oui, mais laquelle ? Celle des informations ? D'un peuple ? De lecteurs ?
Je suis incapable de vous dire si je suis enthousiaste, agacé ou simplement intrigué. Le roman est dense, bourré de réflexions (im)pertinentes ( " L'amérique n'a jamais considéré l'amitié comme une valeur, elle ne connaît que des ennemis ou des vassaux, et elle a inculqué à ses enfants la primauté de la relation d'intérêt, la seule qui vaille à ses yeux en dehors de l'amour déclaré de sa famille sous la protection de Dieu et du marché, deux formes de divinités proclamées. "), de potins ( les coucheries de Jackie Kennedy, l'impossibilité de Donald Trump à honorer une femme ayant déjà enfanté, ...), d'une vision du monde franchement inquiétante, tout cela avec une écriture ample et touffue, qui scrute le moindre détail. Il s'agit de manipulation. Je me suis senti manipulé, et je me demande si, au final, le roman n'a pas atteint son but....

vendredi 15 septembre 2017

Good Time de Josh & Benny Safdie


Pas de doute, voir "Good time" ( titre ironique) vous fera passer un bon moment. Sur un scénario pas trop mal fichu, un mix réussi  de "After hours" de Martin Scorcese et de "Une après-midi de chien " de Sidney Lumet, le film, malgré une fin prévisible, ne laisse pas le spectateur souffler. Nerveux, haletant, tout s'enchaîne parfaitement dans une nuit new-yorkaise oppressante et glauque. Les suites d'un braquage raté verront donc Connie un jeune homme pas mal de sa personne mais mal parti dans la vie, s'enfoncer petit à petit vers un avenir sans issue. De cette cavale finalement assez banale dans la production cinématographique, les frères Safdie en tire une oeuvre vraiment originale et bluffante d'efficacité. Pour cela, ils utilisent deux parti-pris forts qu'ils n'abandonneront jamais : filmer cette histoire uniquement en gros plan sur les visages des personnages et utiliser une formidable musique comme le décor mental des protagonistes. L'effet est garanti. Parfois l'impression d'être dans la tête de Connie, ( et pour les fans hystériques, dans celle de Robbie, Robert Pattinson), d'entendre le chaos qui bouscule son cerveau, nous plonge au coeur de cette poursuite d'une façon rarement atteinte dans ce genre de longs métrages.
Il semblerait que l'autre intérêt du film soit la présence de Robert Pattinson qui affirme ici prendre définitivement le virage d'acteur pour films plus intellos, abandonnant son image blafarde de comédien mainstream pour midinettes évaporées. L'affiche clame que c'est son meilleur rôle... Comme je n'ai pas eu la chance d'admirer toutes ses interprétations passées, je me contenterai de confirmer que dans ce film ci, c'est absolument certain, il est impeccable et totalement convaincant, malgré un traitement capillaire dans le blond platine pas des plus faciles à porter. Il est difficile d'échapper à ses regards perdus, inquiets, dans lesquels passent par moment un éclair de détermination voire de folie.
Même si le polar noir américain  n'est pas votre tasse de thé, "Good time" reste quand même par son énergie, ses idées de mise en scène et ses acteurs, un excellent moment de cinéma, surtout qu'il évite un  des poncifs du genre : la poursuite de voitures !


mercredi 13 septembre 2017

Le redoutable de Michel Hazanavicius


"Le redoutable" est l'adaptation d'un roman ( autobiographique )  d'Anne Wiazemsky , " Un an après ", contant son mariage et sa séparation d'avec l'incontournable Jean-Luc Godard. Le livre était un mélange assez réussi de dérision et d'étude sociologique d'une époque, et traitant l'illustre réalisateur comme un vrai personnage romanesque. L'annonce d'une adaptation par Michel Hazanavicius, bien que surprenante au départ, s'avérait à la réflexion intéressante tant le réalisateur des OSS 117 pouvait mettre la dérision nécessaire dans un projet qui se déroule en 1968, concluant d'une façon originale son tableau de la France des années 60 entamé avec les aventures d'Hubert Bonnisseur de La Bath.
Le pari est osé, le résultat très moyen quand même. Au-delà du côté clivant du sujet, peu populaire, décrivant l'univers du cinéma intello, voire bourgeois, jamais le film n'arrive à trouver son rythme, hésitant constamment, entre tendresse, hommage filmé et moquerie, ressemblant presque à une enfilade de sketchs plus ou moins réussis. L'histoire, sous fond de révolution idéologique qui secoue toute l'intelligentsia française de l'époque, ne prête pas à rire. Anne l'héroïne, épouse à 19 ans Jean-Luc, 37 ans, par amour autant que par admiration. Etre l'égérie d'un réalisateur adulé dans le monde entier, fait tourner la tête. Seulement, en plus de triturer à longueur de journées les concepts, Godard va s'enticher du maoisme et va perdre complètement la boule, grisé par une pseudo révolution mettant à la poubelle tout ce qui est ancien, y compris lui-même. Leur amour ne résistera pas longtemps à cette folie révolutionnaire... Si dans le roman, Anne Wiazemsky, arrivait à faire de Jean-Luc Godard un vrai personnage romanesque, le film lui, de par son positionnement proche de la comédie, n'y parvient pas. Parfois burlesque, parfois drôle, parfois moqué, parfois irritant, nous sommes toujours entre deux eaux. Du coup, les scènes se succèdent, un peu drôles, un peu comédie dramatique, on essaie de mettre un gag récurrent ( les lunettes brisées) puis après une scène hommage, mais sans jamais avoir une unité de ton, comme si finalement on avait pas osé faire du pape de la nouvelle vague un vrai personnage comique, sans doute encore trop tôt, trop sacrilège, alors que franchement il en a le potentiel.  Louis Garrel, acteur que l'on a vu très drôle ailleurs, enfile costume et voix du réalisateur avec habileté, mais dirigé pour ne jamais sortir du cadre, reste donc dans une belle imitation alors que peut être le pousser vers plus de folie aurait donné du peps à l'ensemble. Face à lui, Stacy Martin, jolie coupe à la Anna Karina, est fraîche, jolie, un peu pâlichonne dans un rôle ingrat de taiseuse. Autour d'eux aucun acteur ne ressort vraiment, tant la reconstitution historique semble l'emporter. Rien ne manque de l'affiche au paquet de lessive ... et une erreur historique si je ne m'abuse autour de Sheila et de Ringo... s'il s'agit bien de celui qui fut l'époux de la chanteuse... inconnu à cette époque ( observez bien le décor). Au fil du récit, on peut trouver quelques scènes amusantes ou bien vues, surtout au moment où le couple bat de l'aile, donc vers la fin, mais il y a longtemps que les jeux sont faits.
" Le redoutable" avec son titre un poil martial, ne fait pas d'étincelles, plonge peut être dans la facilité de la moquerie des intellos et reste un long-métrage qui essaie d'être à la fois tendre et moqueur avec son personnage principal mais qui du coup, navigue on ne sait où.


lundi 11 septembre 2017

Summer de Monica Sabolo


Ah ! Genève, son jet d'eau, ses banques , ses sièges d'organisations internationales et ses belles villas nichées au bord du lac ! C'est dans l'une d'elles que Monica Sabolo nous convie à observer un agréable jardin parfaitement paysagé. Quelques fauteuils en rotin supportent des jeunes filles alanguies à l'air un peu perdu. Elles semblent de passage... Plus loin, un jeune adolescent, Benjamin, regarde avec inquiétude les eaux aujourd'hui grises du lac dans lesquelles il imagine un monde aquatique peuplé d'algues visqueuses et ondoyantes et de poissons effrayants. Sur la terrasse, la maîtresse de maison, mince tige blonde se tient adossée à un pilier, les yeux dans le vide. Son mari est absent mais flotte encore  dans l'air un parfum de gas-oil que le démarrage énervé de sa range-Rover a laissé. Tous attendent le retour ou la découverte du corps de Summer, la fille aînée ( ou amie) disparue quelques heures plus tôt lors d'un pique-nique. Mais retournons au bord du lac et intéressons- nous au jeune frère de la demoiselle envolée. C'est lui le héros de ce roman, lui que nous suivrons durant vingt-cinq années, de cette entrée dramatique en adolescence jusqu'à la quarantaine. L'onde de choc que la disparition de Summer a provoqué en lieu constituera l'essentiel du roman.
Dans un style ample et scrutateur, Monica Sabolo sonde le désarroi de Benjamin, garçon fragile qui va traverser ces années avec un poids dans le corps, dont on ne saura pas jusqu'à la fin si c'est celui de la culpabilité, de la perte ou d'une simple neurasthénie. En jouant sur cette ambiguïté "Summer" prend des allures de thriller psychologique lent et automnal, tant la grisaille et la vie genevoise si compassée imprègnent le récit. En creux, plus classiquement, apparaît une évocation de la bourgeoisie locale qui ne diffère en rien de sa cousine bordelaise à la Mauriac pour ses non-dits et ses silences , ni à sa soeur parisienne pour le clinquant et le secret.
Au final, nous refermons un roman fort bien écrit, à la lenteur étudiée qui flirte avec un léger ennui sans jamais nous y faire sombrer. "Summer" est un peu comme ces promeneurs un peu âgés que l'on croise sur les bords du lac Léman, parfaitement apprêtés, la mine reposée mais discrètement hâlée signe d'une villégiature des plus confortables et sur le visage cette pointe de satisfaction qui masque bien souvent  quelques vilaines petites choses, qui, si l'on est patient , finiront par être connues. 

dimanche 10 septembre 2017

Barbara de Mathieu Amalric



C'est en traînant les pieds que je m'en suis allé voir le nouveau film de Mathieu Amalric. Je l'avoue, je n'ai jamais aimé aucun de ses précédents longs métrages ( en tant que réalisateur). Mais, si  je ne suis pas un fan absolu de Barbara, Jeanne Balibar par contre m'a toujours impressionné par sa gestuelle, sa diction, son côté un poil baroque ou barré. Malgré tout, je m'attendais à me raser copieusement, surtout que la bande annonce vue et revue depuis un mois, donnait au film une image nettement intello. Résultat de la projection : le film m'a fasciné,... ce qui n'avait pas l'air d'être le cas des nombreux spectateurs qui repartaient en grognant et vitupérant contre un cinéma français masturbatoire et incompréhensible.
Il faut être franc, si vous prenez un billet pour qu'on vous raconte la vie de Barbara à la manière d'un téléfilm bien planplan, vous serez sans doute très déçu. D'ailleurs, je ne suis pas certain ( et je suis même sûr) que ce n'est pas le réel sujet du film. "Barbara" ne raconte pas vraiment quelque chose, même si on assiste au tournage d'un film sur Barbara dont le metteur en scène est un fan absolu et dont l'amour va se dédoubler à cause de la comédienne qu'il a engagé. Cette comédienne qui joue la grande dame brune, c'est Jeanne Balibar. Le metteur en scène, c'est Mathieu Amalric, son ex compagnon à la ville. Le film, c'est une déclaration d'amour à Jeanne Balibar qu'il masque dans une évocation de Barbara. D'ailleurs, dès le générique ( très original), le ton est donné. Apparaissent sur l'écran de grandes  lettres rouges clignotantes B A B R.  On se dit que le nom de la chanteuse va envahir l'écran... mais non, c'est finalement BALIBAR qui s'offre au spectateur. Première mystification. Et ce ne sera pas la seule, car durant tout le film, le jeu continuera. En mêlant très habilement images d'archives et images de cinéma ainsi que la bande son, on ne sait plus si l'on voit Barbara ou Balibar. L'illusion est constante, vivifiante, poétique, amoureuse. Alors qu'importe que la chronologie soit éclatée, préférant évoquer la chanteuse ( mais aussi sans doute la comédienne) par des touches impressionnistes délicates, jamais surlignées, dans un tourbillon de scènes magnifiquement cadrées, jouant avec les miroirs, l'écran, les écrans, la mise en scène est magnifique et porte le film vers les sommets. Cela pourrait faire exercice de style maniéré, mais c'est tout le contraire, c'est la juste distance pour magnifier l'univers et le mystère d'une chanteuse ( d'une comédienne ? ). Mathieu Amalric s'avère ici comme un fin connaisseur du cinéma dans toutes ses dimensions, aussi bien techniques que narratives et donne à Jeanne Balibar l'occasion de montrer la formidable comédienne qu'elle est, en nous offrant ici une interprétation hallucinante.
Je suis ressorti bluffé de la salle, réévaluant du coup le talent de Mr Amalric, ravi d'avoir vu un film évitant les sentiers battus des biopics linéaires et osant s'adresser à cette partie de moins en moins irriguée des spectateurs, la zone sensible à l'art, la poésie, la curiosité, la beauté. Un conseil si vous allez voir "Barbara" : ne pensez à rien de précis, de connu, n'attendez pas d'apprendre des anecdotes sur la chanteuse, et laissez-vous porter par ce ( ces?) portrait(s) en creux de deux grandes artistes magnifiées par un réalisateur vraiment inspiré.


samedi 9 septembre 2017

Agatha de Hans Peter Cloos


"Agatha" de Marguerite Duras, pièce écrite en 1981 et abordant le thème sulfureux de l'inceste entre un frère et une sœur, revient sur les planches, décortiquée et revisitée par Hans Peter Cloos. ( Au Café de la danse à Paris jusqu'au 7 octobre). 
La pièce ne m'est pas inconnue, pour l'avoir déjà vu il y a fort longtemps ( dans les eighties) dans une présentation très durassienne, c'est à dire un peu hiératique avec deux comédiens simplement assis dans un fauteuil et distillant les mots de l'auteur avec la fièvre adéquate, celle du temps suspendu et de la violence des passions nichée au coeur de phrases simples. Décor minimal pour une mise en scène sans doute toute en  subtilité... Et là, j'avais découvert cet échange, où jamais on ne savait si l'inceste avait été réellement  consommé. il ressortait surtout une sorte d'amour fatal, de passion assumée et brûlante. Nous étions au plus près du texte initial. 
En 2017, l'époque a changé, Duras a disparu et les gardiens du temple semblent moins présents, 
on peut donc s'emparer du texte et lui donner un bon coup de plumeau.
Lorsque l'on entre dans la salle, notre regard se pose sur un très beau décor genre hall d'un vieil hôtel abandonné et décrépi, avec un beau lustre posé au sol parmi quelques chaises et fauteuils disparates. On ressent la fuit, le temps qui a passé, on perçoit l'atmosphère Duras, celle d'India song... Pas pour longtemps ! Les comédiens entrent en scène, et si le texte est respecté à la lettre, le ton de la comédienne voulu par Hans Peter Cloos, entre colère et passion, surprend. tout comme par la suite ses propositions ou enfantines ou trashs qui dézinguent la retenue durassienne. Et là on assiste à une chose assez surprenante, une proposition de la pièce où tous les poncifs d'une pseudo modernité théâtrale se cognent avec un propos fleurant la bien pensance. Là où en 1981 Duras passait pour moderne ( voire scandaleuse pour certains) en parlant avec sobriété de l'inceste sœur/frère comme d'une possibilité pouvant même être belle, la vision 2017, voulue plus rock, la pousse vers la monstruosité et l'horreur mais aussi vers un politiquement correct étonnant .
Pourquoi pas ? Le théâtre adore revisiter les classiques et passionne par ses lectures toujours si différentes. De ce côté là, cette adaptation réussit un grand écart pas évident sur le papier. Sauf, qu'au final, je n'ai pas été du tout convaincu. Pourquoi appeler sur scène tous ces objets de l'enfance ( corde à sauter, déguisements, poupée, ...) alors que cet inceste a été vécu plutôt vers la fin de l'adolescence ? Pourquoi nous présenter ce même inceste vraiment consommé ( et d'une façon lourdement métaphorique avec poupée ensanglantée et poignardée ) alors que Duras laisse vraiment planer le doute dans la consommation réelle de l'acte, qui fait justement la force de ce texte ? La réponse est sans doute dans la mise en avant de certaines répliques, qui au troisième degré, peuvent effectivement passer pour être sexuellement implicites. Cela est entendable mais hélas noyé dans une scénographie surprenante voire grotesque, presque un catalogue des poncifs d'un théâtre pseudo moderne. On a bien entendu eu droit à la tarte à la crème technologique de la vidéo embarquée sur scène que les comédiens utilisent pour filmer quelques détails, au désormais habituel déshabillage de ces derniers, également au travestissement du personnage masculin qui apparaît soudain en robe bustier rose Barbie, avec volants et tulle, tenue qu'il agrémentera plus tard d'un nez de clown ( on a entendu quelques gloussements dans la salle !) et à quelques répliques murmurées derrière un micro sur pied. Seule l'idée de la vidéo projetée au dessus du décor sur un mur de pierre, représentant les moments de silence entre les personnages ( avec des plans de barque rappelant " La nuit du chasseur" !?!?) m'a paru pertinente.
Dans ce fatras, les deux jeunes comédiens essayent de surnager. Alexandra Larangot possède une belle présence et arrive à faire passer de l'émotion malgré une direction d'acteur voulue monocorde dans l'irascibilité. Florian Carove semble moins à l'aise avec son texte ( Remarquez, dire Duras habillée en tenue Barbie, avec un nez de clown et un accent autrichien, ce n'est pas évident) mais gageons qu'il prendra de l'assurance au fil des représentations.
Alors, au bout du compte, faut-il prendre son billet pour "Agatha" ?
Si vous aimez Duras, pas sûr ! Si vous êtes curieux des visions décoiffantes d'un metteur en scène qui ose ébouriffer Marguerite, courez-y ! Vous assisterez à un catalogue de tout ce qui permet de faire le ménage dans une pièce compassée. Mais un conseil, avant d'y aller, relisez le texte ( 60 pages, c'est vite fait !) et  vous aurez ainsi en sortant de la salle, matière à de longues discussions et c'est cela l'essentiel non ?


mercredi 6 septembre 2017

L'invention des corps de Pierre Ducrozet

Alvaro, jeune pro d'informatique au fin fond du Mexique, échappe de peu à un massacre orchestré par la police locale contre des étudiants. La décision de passer clandestinement la frontière est prise et donc en route pour les USA. Après quelques péripéties, inévitables lorsque l'on erre dans ces zones aussi désertiques que dangereuses, le voilà arrivé à Los Angeles où il se fait recruter pour servir de cobaye dans une structure appelée " Le cube". Propriété d'un milliardaire du net issu d'un mariage entre Steeve Jobs et un méchant façon James Bond, cette entité de recherche s'emploie à essayer d'améliorer l'espèce humaine pour la tirer vers une sorte d'immortalité. Mais Alvaro est beau et magnétique. Mais Alvaro cache un cerveau où bouillonne le génie de l'informatique qui le fait arpenter les chemins du darknet plutôt que les rues siliconées et péroxydées de la ville des anges. Mais Alvaro a beau renvoyer un comportement autistique, il arrive à rencontrer tout de même Adèle, chercheuse de talent recrutée par le démiurge local et qui manipule les cellules souches comme moi les coquillettes. L'alchimie de ces deux là va se révéler aussi explosive que les desseins pseudo humanitaires du milliardaire qui les emploie... A priori, et résumé de cette façon, "L'invention des corps" apparaît comme un sacré bouquin d'aventures, ce qu'il est sans conteste. Sauf qu'à la lecture, cette tonalité se retrouve diluée dans une construction plus complexe, avec une volonté de l'auteur à vouloir verser dans la fable documento/scientifico/philosophique. Le récit avance sur les chapeaux de roue mais en prenant des virages en épingle à cheveux, évitant les étalages de facilité, empruntant les rues plus tortueuses des explications scientifiques, dévalant les pentes abruptes de la morale. On saura tout sur les recherches autour des cellules souches, sur le monde secret des hackers. Mais le lecteur sera aussi interpellé sur la violence du monde virtuel des réseaux web dominés par de jeunes hackers incontrôlables mais épris de vraie liberté, monde qui s'affronte avec un réel vraiment tout pourri, dominé par des vieux friqués qui ne veulent pas disparaître. Cette querelle des anciens et des modernes, portée ici à son paroxysme, donne un roman teigneux et vif, construit un peu comme un réseau internet avec ses liens distants qui se recoupent sans cesse. Les corps des personnages sont au final les vrais héros de ce roman, corps jeunes, enviés, mutilés, pucés, tués mais aussi résistants, non solubles dans les compromissions d'un monde où les vieux corps résistent en devenant de plus en plus abjects. Pierre Ducrozet signe une fable ardente et fougueuse qui risquera sans doute de décontenancer les amateurs de classicisme mais qui le place désormais dans ces auteurs qui empoigne un présent aux enjeux scientifiques et technologiques majeurs.

mardi 5 septembre 2017

Le prix du succès de Teddy Lussi-Modeste

Voilà le genre de film qui entre dans cette catégorie incertaine des longs métrages agréables à regarder mais oubliables. Le sujet autour de la toxicité familiale dans l'ascension d'une jeune vedette en vaut un autre et possède même un soupçon d'originalité car peu traité au cinéma. L'histoire nous plonge d'emblée au cœur de l'action où nous découvrons une star comique montante et son frère manager grignotant dans leur Ferrari et reconnus par une bande de jeunes excités à l'idée de faire selfies et vidéos pour les copines. La rencontre, franchement lourde, finit par agacer la célébrité et vire même au règlement de compte car le frérot a le sang chaud. Tout est posé dans cette première scène, l'agacement de la star face à un frère un peu incontrôlable, la rupture avec le milieu d'origine dont l'exhibition des atours de la réussite en font des beurs devenus "beurgeois" comme le balancent si bien les fans qui mesurent soudain le fossé. Durant une heure trente, le film va creuser, gratter dans ce terreau narratif, mettre en évidence la complexité des sentiments entre les deux frères, la violence qui sous-tend leurs rapports, et montrer combien le comique d'origine musulmane venu de banlieue n'est pas facilement soluble dans le show bizness parisien. La réalisation parvient à sonder les personnages, filmant les protagonistes au plus près, avec une caméra rarement posée, fouinant toujours les décors et les corps pour ne jamais perdre une tension permanente. De ce côté là, le film est réussi, illustrant joliment un scénario bien construit ( même si je regrette une fin un peu bateau) et offrant quelques jolies scènes fortes et intenses ( merci Roschdy Zem pour son jeu teigneux).Mais alors d'où vient le fait que je fasse la fine bouche ? La réponse est : Tahar Rahim, absolument pas crédible en comique à succès. Certes il est photogénique mais son jeu composé d'une expression et demie s'avère trop limité. Heureusement pour nous, il possède parfaitement celle du tourment ( et dieu sait si l'idée d'évincer son frère le tourmente !) et un peu celle de l'interrogation ( le froncement de sourcil n'est pas encore tout à fait au point). Du coup, les scènes hors spectacle, bien plus nombreuses que celles du stand up, ne fonctionnent pas trop mal. Et si vous ajoutez une Maïwenn tout en sobriété et douceur et une belle bande musical de Rob, le film reste plaisant.


samedi 2 septembre 2017

Demain sera tendre de Pauline Perrignon

" Demain sera tendre" partait pour moi avec un handicap. Non pas que je n'aime pas les premiers romans ( loin de là même !), mais quand soyons franc, Pauline Perrignon fait le portrait de son père ! Encore une qui doit avoir des vieux comptes à régler sous le tapis ! Je soupire, lève les yeux au ciel, prend un double mojito, et la mort dans l'âme, je me plonge dans sans doute une énième resucée de " Papa était dur, taiseux, violeur, absent, drôle, barré, formidable, suicidaire, infidèle, alcoolique, collabo, manipulateur, bipolaire, schizophrène, héroïnomane, homosexuel, zoophile " ( barrez les mentions qui ne conviennent pas). Il faut bien le dire des portraits de père par fifille, on les compte par semi-remorques entiers ! Alors en route pour pour une psychanalyse sur papier... Au début, comme je n'étais pas des plus réceptifs, j'ai parcouru les premières pages un peu sceptique...voire même un poil agacé quand on s'aperçoit que le papa en question était un journaliste un peu connu en son temps, engagé et qui avait quelques amis célèbres ( Albert Du Roy, journaliste, homme de télévision ) ou Edmond Maire ( CFDT ). Et puis, et puis, malgré tout, l'écriture s'impose petit à petit, sensible, percutante parfois. Le récit de cette vie, les sentiments qu'elle porte à cet homme de conviction apparaissent bien vite comme le miroir d'une époque aujourd'hui bien lointaine mais aussi comme un beau portrait vibrant et généreux.J'ai assez vite oublié tous mes griefs et me suis laissé porter par ce récit formidablement bien écrit, ni gnangnan, ni revanchard, ni geignard, simplement d'une belle lucidité, pour finir par me dire en refermant le livre que décidément Pauline Perrignon avait un sacré beau brin de plumes ! Il faut que je fasse un aveu, il y a un long passage sur "Le matin de paris", journal de gauche aujourd'hui défunt dont j'ai été durant sa belle époque un fervent lecteur. Son évocation en plus de m'intéresser mais aussi ( sans doute ) de m'émouvoir, m'a fait faire un retour arrière personnel des plus agréable, revoyant sa typographie, ressentant même son odeur d'encre toute particulière. Merci Pauline Perrignon pour ce petit retour en nostalgie mais, je le répète, ce n'est pas la seule raison pour laquelle on peut se jeter dans ce premier roman, la belle évocation de cette figure paternelle signe également la naissance d'une belle écrivaine.

vendredi 1 septembre 2017

Une histoire trop française de Fabrice Pliskin


Fabrice Pliskin dans son nouveau roman ne manque pas d'ambition. Il s'empare de cette sordide affaire de prothèses mammaires frelatées qui défraya la chronique dans les années 2010 ( l'affaire PIP) et en profite pour nous brosser le portrait d'une France, gangrenée par le chômage, l'argent facile, les richesses mal partagées, mais également en proie aux affres du métissage, aussi bien économique que sociologique. En plongeant le lecteur au coeur d'une entreprise bien de chez nous, avec ses employés modélisés au libéralisme le plus abject ( c'est à dire, on ferme notre gueule même si on sait qu'on fabrique de la merde car on ne veut pas perdre tous nos jolis petits avantages), le roman peut prendre parfois des allures d'un petit essai sociologique. Mais c'est mal connaître l'auteur, qui, l'humour au bout de sa plume, narre cette ignoble histoire avec une empathie assez  originale car nous sommes presque intégrés à leurs pensées les plus intimes,  Le lecteur est collé au plus près de tous les responsables de cette usine d'implants fabriqués à bas coûts pour de plus grands profits. Vue de l'intérieur, ces poches de silicone sensées rendre les femmes plus belles ( ?!?) étaient en fait une source de bonheur pour le patron ( une sorte de seigneur paternaliste, issu de l'accouplement improbable de Marx et d'Adam Smith) ainsi que pour les 120 familles qui profitaient de près ou de loin à la générosité entrepreneuriale qui avait surtout pour mission de leur clouer le bec en les rendant complice d'une fraude de haut vol.
Le roman débute alors que cela commence à sentir le roussi pour l'entreprise. Les plaignantes se font de plus en plus nombreuses de part le monde. Le bateau libéralo/paternaliste commence à prendre l'eau mais les rats continuent vaille que vaille à s'agripper comme ils peuvent. Et voilà qu'arrive Louis, journaliste au chômage et qui par un heureux hasard se fait embaucher chez Jodelle Implants sous le fallacieux prétexte d'avoir croisé, sans grande amitié pourtant, son si charismatique patron lors de ses années de lycée. Son job consistant à la confection de courriers rassurants pour ces grincheuses qui osent se plaindre, ce petit nouveau aura du mal à se greffer à la culture du secret local. Au niveau romanesque, c'est un peu pareil, les deux univers ne s'appareillent pas très bien non plus. L'ensemble a du mal à vraiment convaincre. Cette envie de dresser un instantané précis de notre pays à une époque donnée possède quelques lourdeurs. L'humour, très présent, devient à la longue un peu pesant, reposant un peu trop systématiquement sur un procédé d'énumérations, qui finit par apparaître comme un tic d'écriture. Bien sûr, on sourit souvent, on peut même apprécier quelques remarques bien senties ou ce regard vraiment mordant d'un fin observateur de nos petits travers quotidiens.
Cependant, malgré un thème attrayant, j'ai été un peu déçu par ce roman. Agréable à lire, il se consomme toutefois comme une mayonnaise maison que l'on aurait eu du mal à faire prendre et à laquelle on aurait ajouté force moutarde pour obtenir un résultat correct. 

Il est des hommes qui se perdront toujours de Rebecca Lighieri

2019  Il est comment le nouveau Rebecca Lighieri ? Un peu décevant. La critique s'enflamme pour ce nouveau roman de Rebecca Ligh...