lundi 13 avril 2020

Il est des hommes qui se perdront toujours de Rebecca Lighieri

2019 
Il est comment le nouveau Rebecca Lighieri ? Un peu décevant.
La critique s'enflamme pour ce nouveau roman de Rebecca Lighieri ( cf "Le masque et la plume" du 12/04/20) mais quelques questions viennent effleurer l'esprit du lecteur habituel ( voire inconditionnel) de l'auteure. 
Si ses précédents romans ont reçu un bon accueil critique, leurs chroniques étaient souvent reléguées dans des coins de page, oui, là, en bas à gauche, coincées contre une pub pour le nouveau Martin-Lugand ou Ruffin. 4 étoiles  mais pas de pleine page ! Mais Rebecca Lighieri publie également et surtout sous le nom d'Emmanuelle Bayamack-Tam, trustant elle aussi des critiques dithyrambiques en pleines pages des journaux qui comptent sans pour autant connaître la gloire, mais a, grâce au prix du livre Inter pour "Arcadie" en 2019, connu enfin l'éclairage qu'elle méritait depuis longtemps. Juste avant cela, "Les garçons de l'été", son deuxième roman publié sous le nom Lighieri, a connu un beau succès ( justifié) dans son édition de poche, suite a une belle promo des éditions Folio. Avec une telle conjoncture favorable, Rebecca/Emmanuelle se voit désormais rangée au rayon des auteur(e)s qui comptent, la publication de " Il est des hommes qui se perdront toujours"  fait un peu figure d'événement et permet donc à nos critiques tant aimés de pousser des hurlement de bonheur sur ce roman. 
Pourtant, pour un lecteur assidu de cette auteure, la lecture du Lighieri 2020 reste un peu décevante en regard de sa production passée. Bien sûr nous retrouvons les quelques points saillants qui font le charme et la force de ses ouvrages précédents, cette absence de clichés quand il s'agit de dépeindre une ville ( ici, chapeau... car c'est Marseille qui sert de décor !) ou des personnages souvent ados, ingrats ou mal dans leur peau ( ici des gitans et des habitants des quartiers Nord). Bien sûr, on retrouve aussi un peu de sa verve à aborder la sexualité de façon simple et sans fard tout comme de décrire les souffrances endurées à cause d'un milieu familial défaillant. 
Mais...car il y a un mais...on ne retrouve pas entièrement la causticité de l'auteur, cette façon décapante de nous mettre face à une réalité déroutante ou que l'on voudrait cacher. Des thèmes forts y sont abordés, comme l'enfance maltraitée, la misère sociale, le racisme ordinaire, mais sans ce regard à l'humour assez féroce qu'habituellement elle posait, préférant le sérieux d'une fresque familiale, par moment un peu cousue de fil blanc et surtout  une intrigue quasi systématiquement désamorcée par l'annonce de rebondissements qui se produiront quelques chapitres plus loin. 
Les pages se tournent agréablement car l'auteure a un réel talent, mais l'intérêt décroît petit à petit, un sentiment de lire une future adaptation télévisuelle vient brouiller cette histoire que quelques rebondissements un peu faciles rend de plus en plus improbable, comme si le méchant syndrome "Plus belle la vie" avait frappé Rebecca Lighieri.... 

🔆🔆🔆/5

vendredi 3 avril 2020

Bled de Charles-Baptiste

En cette période de confinement, où l'industrie culturelle est quasi à l'arrêt, il ne reste que les films en VOD ou la musique pour générer un peu de trafic, la digitalisation ayant parfois du bon. Malgré l'annonce de beaucoup de sorties d'albums reportées à des jours plus cléments, en surfant sur le web, au fons du fond du catalogue Deezer, on trouve nombre de chanteurs-ses qui ont lancé de nouveaux titres en cette période incertaine. Pas certain que l'on trouve ce printemps la Clara Luciani de 2020 mais quelques voix, quelques mélodies m'ont accroché l'oreille. Aujourd'hui, je m'arrêterai sur Charles-Baptiste ...
Alors, comment dire, ... ce n'est pas un vrai coup de foudre pour la production lyrique de ce trentenaire, mais indubitablement, il y a un bon mélodiste derrière ce nom et l'ensemble de son oeuvre, ne laisse pas indifférent. Revenons en arrière...
En 2012, Charles- Baptiste apparaît avec un premier EP et un premier clip sobre au titre accrocheur : "Piquez-moi avant".

Les cheveux de Michel Berger, quelques pincées de Delerm ou de Sheller, Charles-Baptiste, auteur, compositeur interprète, la voix bien timbrée, semble quand même sortir de quelques lycée catho de Neuilly et entre deux cours de droit à Assas, s'essaie à la chanson de variété avec un côté décalé propre à cette pop française des années 2010. On notera les lunettes aux montures peu banales, mais plus proches de celles de Patrick Topaloff que d'Elton John... Curieux... mais il y a quelque chose ...
Après une reprise de "Get lucky" des Daft Punk , voici un deuxième clip tout aussi décalé, où ce natif d'Oloron Sainte Marie ( comme quoi...) continue de jouer sa petite provoc sur une mélodie jouant avec tous les codes de la variété ... Il annonce la sortie de son premier album en 2013. 




Et puis, malgré un certain succès critique ( les Inrocks aiment !), Charles-Baptiste échappe quelques années au radar et on va le retrouver en 2017. Au placard  le foulard et le costume, le voici plus sexy, jean et chemise largement ouverte sur un torse offert aux caresses d'une jeune femme pour le clip " Selfie".  Le titre fait référence à un vieux tube de Magali Noël ( écrit par Boris Vian) et peut être aussi à Jeanne Mas. Mais juste avant le déferlement Meetoo, les paroles un peu brutes ( même fredonnées sur des nappes douces de synthé) ne sont plus trop dans l'air du temps, et ce n'est pas encore cette année ( référence à un de ces premiers promettant un succès prochain du chanteur) qu'aura lieu le décollage vers la gloire.


Après quelques duos ( assez réussis) avec divers artistes un peu undergrounds, le revoici cette année avec un deuxième album ( sortie annoncée le 17 avril) et surtout un nouveau clip " Bled". La maturité semble là, la barbe apparaît, il a changé de lunettes mais toujours avec monture XXL. Le titre, à la belle mélodie planante accroche par sa singularité , ... Alors, en route vers la reconnaissance ? Allez savoir...mais on peut quand le lui souhaiter !




jeudi 2 avril 2020

Richesse oblige de Hannelore Cayre



L'auteure de "La Daronne" est de retour, avec son franc-parler, son humour grinçant, son regard acéré sur la bourgeoisie mais aussi sur les moyens de tirer profit de notre système judiciaire. Sur ce dernier point, qui était au coeur de son précédent roman et qui occupe également une partie de celui-ci, on sent un peu le filon. Mais comment reprocher à quelqu'un, grouillot ou presque de cette lourde machine qui recèle en son sein moult secrets, de ne pas s'en servir, certes en se jouant de l'illégalité, pour essayer de rendre la justice à sa façon ? On retrouve donc ce côté immoral qui faisait la saveur de son précédent ouvrage, mais avec un angle vraiment différent et sans doute beaucoup plus anti bourgeois.
Le thème principal de "Richesse Oblige" est une enquête généalogique qui va nous faire remonter jusqu'en 1870, le roman alternant entre cette époque, moment trouble qui verra l'enrichissement d'une famille sans l'ombre d'un scrupule, et aujourd'hui avec une descendante de cette famille, qui a hérité toutefois d'un même manque de scrupules et qui s'interroge sur ses origines. On y retrouve donc, en alternance un roman historique qui s'essaie au parallèle avec aujourd'hui et la chronique d'une vengeance qui enquille tous les problèmes de notre société actuelle avec plus ou moins de bonheur. Et c'est peut être dans ce trop plein, cette volonté de tout englober dans une histoire, où le roman perd un peu de punch. Il reste toutefois un regard mordant, narquois et drôle sur cette bourgeoisie décomplexée quelque soit l'époque et une héroïne principale très attachante, au franc parler. Et à un moment où un confinement nous oblige à supporter des discours et des commentaires lénifiants, la verve et la prose d'Hannelore Cayre nous réconcilie avec l'humain ! C'est toujours ça de pris !



samedi 28 mars 2020

Juvenia de Nathalie Azoulai



Surprise ! Aucun des romans précédents de Nathalie Azoulai ne nous laissait prévoir qu'elle put nous offrir un roman drôle ET coquin. Ni son prix Médicis en 2015 et encore moins "Les spectateurs"  en 2018 ne permettait de penser que son imaginaire littéraire irait jusqu'à nous proposer une fable d'anticipation où l'on se goinfrerait, entre autre, de vieux clitoris avec gourmandise.
Sur un ton résolument féministe, "Juvenia" , tout en rendant un hommage appuyé à tout un pan de la littérature du XVIIIème siècle, se pose en parfaite réaction au phénomène Meetoo. Imaginez qu'une république européenne, vienne à légiférer sur le mariage en empêchant les hommes d'épouser des femmes de plus de vingt ans leur cadette. La société en est chamboulée. Les couples illégitimes sont arrêtés et placés séparément dans des camps de rééducation et les enfants issus de ces mariages placés en institution. Terrible direz-vous ? Oui dans un sens pour ces proscrits et pour la société car il va falloir s'aimer entre personnes de la même génération. Non, dans un autre sens, car toute une population de femmes délaissées, en général à partir de la cinquantaine, va retrouver petit à petit une vie de plus en plus riche, surtout sexuellement...
Très court ( 120 pages), très cru ( on appelle une bite une bite), très satirique ( le conte permet de grossir le trait avec humour ), très écrit ( style évoquant les écrivains libertins du siècle des Lumières ), très critique ( normal, un regard féministe et critique sur nos sociétés court tout au long des pages), "Juvénia" se lit d'une traite avec un très grand plaisir. On en sort revigorer, ardent et heureux de voir une auteure sortir ainsi de sa zone habituelle de confort avec talent. 

jeudi 26 mars 2020

Romance de Arnaud Cathrine


Ce livre ne m'était pas vraiment destiné et je n'en savais rien. J'avais juste vu dans un magazine qu'Arnaud Cathrine sortait un nouveau roman. Et comme j'aime son écriture, je me précipite chez mon libraire pour l'acquérir séance tenante. J'ausculte les piles de nouveautés, rien. Je regarde sur le rayonnage "nouveautés", endroit où les titres sur lesquels éditeurs et libraires ne comptent pas faire un gros chiffre de vente attendent un futur retour à l'envoyeur, d'où leur présence sur tranche en un unique exemplaire, rien! J'avise ma libraire... Froncement de sourcil... "Il a une nouveauté lui ? "... Recherche sur ordi. Et.. "Oui ! C'est au rayon jeunesse!". Jeunesse ?! "Vous savez,( heu, non) il écrit aussi pour les ados ! "A la place du coeur" a bien marché. " Je ne connais décidément pas tout de la production de cet auteur... Au rayon jeunesse, au milieu de couvertures aux photos aguichantes ou connotées problèmes actuels, le but de ma recherche à la couverture très Jean Cocteau ( quel ado d'aujourd'hui le connaît ? ) s'offre à moi. J'hésite un instant. Cette " Romance" est-elle vraiment destinée au soixantenaire que je suis? Allez hop, je le prends, un coup de jeune me fera du bien !
Je l'avoue, j'avais un doute...Le livre a traîné un peu dans ma pile à lire et puis, je me suis décidé à l'ouvrir.
L'avantage avec un roman pour ado, quand on est un lecteur adulte, c'est que ça se lit vite. Trop vite peut être, car, il faut l'avouer, j'ai passé un très agréable moment. Pendant 300 pages j'ai été en adolescence et c'est bien agréable. C'est un âge de tous les possibles, où un premier amour, comme celui qui nous est conté, se retrouve surdimensionné. Et quand celui-ci s'achève, on croit qu'on va mourir. La plume alerte d'Arnaud Cathrine raconte cela en jouant avec les formes de texte ( tout l'attirail de communication de nos ados y est judicieusement inclus, sms, photos, Insta..., mais aussi listes, extraits de journal intime, ...), mêlant un humour et un regard bienveillant. Bien sûr le héros, Vincente, évolue dans un milieu relativement privilégié et surtout ouvert, lui permettant à la fois de passer des vacances naturistes aux Canaries en hiver comme de désirer ouvertement, face à sa mère ou à ses amis, de vouloir tomber à tout prix amoureux d'un garçon. Mais ça fait du bien de lire une telle histoire, dépoussiérée de beaucoup de clichés et surtout pouvant servir à des lecteurs ados pour qui l'homosexualité peut être encore un réel problème à cause d'un certain isolement ou d'une étroitesse d'esprit de leur entourage. Et quand en plus c'est écrit avec un vrai talent, il serait peut être idiot pour un lectorat plus âgé de ne pas profiter de cette petite gourmandise fort bien troussée qui nous permet de pénétrer un univers dont on peut se sentir éloigné. C'est un des intérêt des romans non ?
🔆🔆🔆🔆/5

mardi 24 mars 2020

Le complexe de la sorcière de Isabelle Sorrente



Ce nouveau roman d'Isabelle Sorente m'a furieusement rappelé ces boutiques hybrides qui ouvrent dans ces quartiers de capitales européennes en voie de boboïsation, vous savez, ces échoppes qui font à la fois salon de thé ( rooibos bio en vedette), magasin déco et fleuriste ( rarement charcuterie, cordonnerie, bar...). La devanture vaguement pimpante à des allures fifties, on y trouve deux trois tables de récup entourées de chaises de cuisine dépareillées et une propriétaire trentenaire, ex cadre d'une entreprise du CAC 40, à la coiffure improbable ( couleur et coupes semblant maison mais on peut soupçonner le maison Dessange d'avoir flairé le créneau) et habillée d'un mix ethnique coloré ( sarouel multicolore sur haut Vanessa Bruno). Elle aborde le client avec une certaine déférence qui se relâchera lorsqu'elle aura senti que vous venez du même monde. Là, on pourra la trouver drôle, conviviale, peut être vaguement piquée. On se sentira bien dans sa boutique à siroter un café ( bio) produit par des agriculteurs colombiens justement rémunérés. Elle entamera une discussion sympa où tous les thèmes du moment seront recyclés de façon doucement émotionnelle. Au début, on ne tique même pas à certains tics de langage issus du bric à brac ésotérique actuel. Si le courant passe, on aura même droit à sa bio détaillée qui nous passionnera et nous fera sentir que nous ne sommes pas loin d'entrer dans une sorte de cercle intime, celui du client privilégié. Et puis, notre regard tombe sur quelques cartes de visites nonchalamment posées sur le joli bureau servant de comptoir, vantant des thérapeutes très alternatifs...
"Le complexe de la sorcière"  procède de la même impression. Le roman est aussi une autobiographie et un essai. On y trouve dedans toute une accumulation de thèmes à la mode, de la psychanalyse au harcèlement des adolescents, de la place de la femme dans la société à la méditation, ce zest de bouddhisme indispensable à tout cadre surmené en recherche de supplément d'âme. Mais Isabelle Sorente y ajoute sa petite touche originale ( c'est souvent cette touche qui fait la différence) : la sorcière ! ( on sent que le succès de Mona Chollet fait des émules ! ) 
Avouons-le, il est difficile au début de ne pas sourire du postulat de départ du roman. Une sorcière apparaît dans les rêves de la narratrice et celle-ci se demande si toutes ces femmes brûlées, torturées durant des siècles au prétexte de leurs pouvoirs démoniaques, n'hantent pas l'esprit des femmes d'aujourd'hui, libérant des angoisses bien actuelles, voire dirigeant leurs vies,  mais dont les origines sont à chercher dans la transmission souterraine de ces souffrances au fil des générations. Isabelle Sorente y croit dur comme fer, se plonge dans toute la littérature disponible laissée par les inquisiteurs. C'est bien écrit, pas antipathique mais on se dit dans cette première partie qu'elle est peut être un peu piquée. 
Puis arrive une deuxième partie, sur son adolescence chahutée par un harcèlement scolaire qui a duré quelques années. L'idée de sorcière disparaît quasi complètement dans ce récit émouvant et accrocheur. On a l'impression que les circonvolutions avec balai volant du début n'étaient que pour arriver à cette confession intime fort bien transcrite. Mais hélas, cela ne va pas durer. Ou plutôt, une fois accroché, revient tout le fourbi ésotérique, à coup de méditation, de spiritualité de bazar. Il y sera question de pardon ( notion pas mal religieuse), puis d'amour ( celui qui unit une femme à un homme) guidé par ce qu'elle nomme un inquisiteur. De ce prêchi-prêcha un peu alambiqué mais surtout vain, apparaît comme un portrait de petites bourgeoises sympathiques mais un poil portées sur leur nombril. Quant à la "sorcière", voire "l'inquisiteur" qui les poussent  à se poser tant de questions sur leurs comportements féminins, ne serait-il pas plus simple de le nommer patriarcat ? Car, au final, c'est d'une combat féministe remontant à la nuit des temps dont il est réellement question dans ce livre. Je ne suis pas certain qu'en noyant le poisson dans un galimatias ésotérique, on fasse avancer réellement les choses. Appelons un chat, un chat, des comportements sociétaux induits par le  patriarcat par leur vrai nom, sans convoquer démon et moine bouddhiste dont on est certain qu'ils ne feront qu'entraver la volonté de s'émanciper. 

🔆🔆/5

vendredi 20 mars 2020

La golf blanche de Charles Sitzenstuhl


Un premier roman, sans aucun doute très autobiographique, autour d'une enfance plutôt malheureuse à cause d'un père qui fait régner la terreur dans la maison familiale, on se dit : encore un qui fait sa thérapie via une publication ( chic) chez Gallimard. C'est pratique, ça peut rapporter une (vague) notoriété, voire quelques sous, certainement des invitations dans les multiples salons du livre français ( raté! le covid 19 fait tout annuler). Ce ne sera hélas pas le dernier à prendre sa vie comme sujet de roman et sortir un peu du lot des nombreuses publications qui l'ont précédé devient un vrai challenge. 
Sans réelle conviction on ouvre le livre. Très vite, à l'image du narrateur, on se sent mal à l'aise. On ressent une tension sourde se faufiler au fil des pages. Le roman, écrit avec une simplicité exemplaire, jamais un mot plus haut que l'autre ( à la différence du père à la violence rentrée), nous conduit sans esbroufe sur les chemins d'une enfance malmenée. Tout sonne juste, vrai et nous empoigne. La torture psychologie que cet homme impose à son épouse, ses enfants, nous est décrite au plus juste, au plus près. Nous sommes dans la tête de Charles (le héros, l'auteur ...). Nous éprouvons ses souffrances, nous comprenons ses silences car la révolte est difficile à envisager quand on est un enfant ou un pré-adolescent. 
La lecture de "La Golf blanche"  semble ne pas être une partie de plaisir... Mais quand un auteur parvient à nous faire ressentir aussi intensément ce mal-être, cette violence sournoise qu'endure un enfant, une famille, on se dit que le pari est largement gagné.  Le lecteur a été l'espace de 200 pages un enfant maltraité, ce n'est pas plaisant, mais c'est le but des bons livres. 

🔆🔆🔆🔆/5

mardi 17 mars 2020

Lake Success de Gary Shteyngart


Il y a tout dans ce roman pour en faire le grand récit de l'Amérique de Donald Trump. Le héros, trader sans foi ni loi, mais ayant toutefois un tendon d'Achille complexifiant son image de favorisé vivant dans un 450 m2, son épouse ( forcément une liane ravissante ) qui découvre lors de la campagne de l'élection de Trump, combien elle hait ce système fait de fric et de suffisance imbécile et accessoirement son mari, sont les deux pierres angulaires de cette plongée dans les USA de tous les extrêmes. Ces deux là vont connaître durant tout le roman les affres de la remise en question. Lui, en quittant tout pour rejoindre en car Greyhound, sans sa carte bancaire black ni son smartphone, une ancienne liaison vivant au bord de la frontière avec le Mexique, elle, en quittant son mari et en découvrant une autre façon de voir la vie tout en accompagnant un enfant autiste ( mais dans le luxe tout de même). Durant leurs périples, ils rencontreront pour l'un l'Amérique des damnés, des pauvres, des laissés-pour-compte, des non-blancs pour l'autre...le dégoût du capitalisme.
On retrouve dans ce livre ce qui fait la force du roman américain, cette façon de densifier un récit en s'attachant au moindre détail, rendant tout tellement réel. On s'attache aux deux personnages malgré leur nombreux défauts ( mais ce sont de beaux riches avec des failles, cela doit aider) , on apprécie cette pointe d'humour sarcastique qui donne un peu de recul salvateur à cette chronique d'aujourd'hui. Mais, le roman ne tient pas tout à fait la longueur et ses promesses. Les derniers chapitres apparaissent moins inspirés, moins intenses, comme si l'auteur ne savait pas trop comment achever cette histoire, restant dans un consensus mou, oubliant l'humour noir du début, préférant un vague happy-end assez consensuel,  démolissant l'espoir d'un grand roman contemporain âpre, cynique sur l'Amérique pré-Trump. 

🔆🔆🔆/5

jeudi 12 mars 2020

Un fils de Mehdi M. Barsaoui


Décidément le cinéma tunisien démontre au fil des mois sa capacité à nous présenter des oeuvres  intéressantes et originales, la dernière en date "Sortilège" d'Ala Eddine Slim est un véritable petit chef d'oeuvre de symbolisme et d'images fortes ( n'y voit-on pas, entre autre, un homme poilu donner le sein à un bébé? ). Beaucoup moins novateur dans sa forme, "Un fils"  au travers d'un drame intime, se confronte tout de même aux trafics d'organes, sujet pas vraiment exploité au cinéma. Efficacement scénarisé, ménageant des rebondissements constants, le film creuse un sillon tout à la fois mélodramatique et politique. Même si parfois la réalisation pêche parfois par un trop grand classicisme ( froideur?), n'arrivant pas toujours à bien amalgamer grande et petite histoire personnelle, le récit accroche le spectateur grâce à l'interprétation sans faille de Nadja Ben Abdallah et de Samir Bouajila ( prix d'interprétation au dernier festival de Venise), vraiment au service de cette histoire à haute tension. 

mercredi 11 mars 2020

La bonne épouse de Martin Provost


Dans le sillage de cette nouvelle et nécessaire vague féministe, "La bonne épouse" , comédie française calibrée et enfilant avec bonne humeur beaucoup de clichés, rappelle toutefois que le combat des femmes part de vraiment très loin. Emporté par un trio épatant de comédiennes déchaînées ( Juliette Binoche en tête, qui, malgré ses nombreux rôles dramatiques dans films de réalisateurs classieux, nous emporte grâce à son exceptionnel sens du rythme et de l'abattage), cultivant un certain esprit vintage fort plaisant ( nous en sommes en 1968, année politique) , le film se déguste comme une petite friandise agréable. On passera vite sur les personnages très archétypaux des jeunes pensionnaires pour se laisser entraîner par cette fantaisie sur la  libération féminine qui ose prendre, sur la fin, un ton de comédie musicale ( que les amateurs apprécieront).


mardi 10 mars 2020

Panne de secteur de Philippe B. Grimbert


Sur un sujet original : le rôle de la sectorisation scolaire parisienne sur le quotidien d'une famille bobo, Philippe B. Grimbert, s'essaie à nous tisser un roman à la fois drôle et sarcastique ....à moins que ce ne soit triste et lucide sur cette projection, forcément fatale à long terme, à désirer un avenir obligatoirement brillant pour sa progéniture. Tous les moyens sont bons pour accéder aux collèges et lycées les plus côtés de la ville. Bien que que Bérénice, la jeune élève du roman, possède quelques capacités ( et une grande docilité ) à se fondre dans le moule convoité par ses géniteurs, la vie se chargera à ses dépends de la fracasser devant l'autel d'une pseudo réussite. 
Le récit, mêlant à la fois l'observation finaude d'une famille éprise de réussite sociale et un regard ironique, se noie un peu trop dans un phrasé assez ampoulé. L'ensemble reste agréable à lire, mais ne s'arrache jamais de son sujet pour l'emporter vers quelque chose de vraiment littéraire. Un peu anecdotique mais pas déplaisant.

🔆🔆🔆/5

lundi 2 mars 2020

Sombres résurgences de JB Leblanc


Ce thriller français n'a rien à envier à ses homologues Anglo-Saxons. Intrigue bien menée, personnages fouillés et complexes et un serial-killer particulièrement pervers. Trop peut être ? Il faut dire que dans l'horreur, même si les scènes ne sont pas nombreuses, l'auteur n'y va pas de main morte. Rien ne sera épargné au lecteur ( âmes sensibles passez votre chemin). La découpe à vif des victimes laisse comme une impression de sadisme assumé. Etait-ce bien nécessaire ? Le lecteur en demande-t-il autant ? Dérangeant quand même ... Cependant, avouons que "Sombres résurgences"  reste un polar fort bien fait et tout aussi bien écrit que l'on dévore.

🔆🔆🔆/5

dimanche 1 mars 2020

Cyrille, agriculteur,30 ans, 20 vaches, du lait, du beurre, des dettes de Rodolphe Marconi



Sans l'ombre d'une fioriture, on suit le quotidien de Cyrille, jeune agriculteur auvergnat qui survit dans une ferme qui se trouve dans l'impossibilité de lui procurer le moindre salaire. Le sujet, devenu soudain cinématographique du fait du succès de " Petit paysan" ou " Au nom de la terre" , pourrait paraître surfer dans le sillage de ces deux films, mais il n'en est rien. Totalement sincère autant par le regard du cinéaste que par la présence sensible de Cyrille qui nous fait partager autant sa vie, ses soucis, ses doutes que son intimité, le film distille à chaque plan une émotion de plus en plus forte. En évitant tout pathos, en misant sur la justesse du regard et l'authenticité du portrait, " Cyrille"  nous bouleverse profondément, durablement, où acharnement et solitude se mêlent avec un désespoir qui sourd à chaque image, à chaque parole. Un film déchirant qui balaie les fictions précédemment produites sur ce même thème.

🔆🔆🔆🔆/5

samedi 29 février 2020

45ème cérémonie des Césars


La soirée fut inter-minable, et amène quelques réflexions et tout d'abord par rapport à ce palmarès tous azimuts... qui illustre parfaitement l'état de notre cinéma français.
Le César du meilleur film est allé à une pâle resucée de "La Haine" de Mathieu Kassovitz (1995) et de " Ma 6-T va crack-er " de Jean-François Richet (1996).... Ladj Ly n'a rien inventé et surtout n'a pas le regard politique de ces deux prédécesseurs et de tant d'autres qui se sont frottés depuis des décennies à ce sujet. L'emballement  autour des " Les Misérables" , petit film assez moyen et pas vraiment inspiré, joue à la fois sur cet oubli de films autrement plus réussis et martelant une storytelling autour d'un collectif banlieusard qui réussit, donnant bonne conscience à tout un milieu et faisant miroiter au public une pâle copie comme un diamant brut.
Le cinéma pompier et d'un autre âge, a également été récompensé plusieurs fois avec "La belle époque" de Nicolas Bedos, signe que cette "qualité France" a encore de beaux jours devant elle et que l'on conforte ainsi ce jeune réalisateur qui, ouf, ne bousculera jamais rien.
Quant à "J'accuse", si l'on en reste uniquement au niveau cinématographique, c'est un film pédagogique, très académique, ( encore une "qualité France" qui plaît tant aux césars), un peu mieux fichu que les précédentes réalisations du cinéaste mais c'est tout.
Cela donne une image des représentants du cinéma français ( les votants donc) comme un monde qui s'accroche désespérément a de vieux schémas et qui ne veut, ni changer les choses, ni voir les temps changer.
A la marge, on pourrait se réjouir des petits accessits glanés par  "Papicha", "Grâce à dieu", " M", " J'ai perdu mon corps" et "Portrait de la jeune fille en feu" ou du prix d'interprétation  d'Anaïs Demoustier amplement mérité, mais cette cérémonie confirme bien qu'il faut un bon coup de balai dans ce monde qui brille et qui pétille, tellement on sentait que tout les présents s'accrochaient à leurs privilèges comme une bernique à son rocher.
Et sinon, j'envoie toute mon admiration à Adèle Haenel et Florence Foresti, les seules à avoir donner un peu d'espoir grâce à leur désertion, confirmant, que ce n'est pas l'équipe essentiellement masculine des " Misérables"  qui avait des couilles, mais bien elles ! 

vendredi 28 février 2020

Dark waters de Todd Haynes


Vous sortirez de ce film en ayant envie, si ce n'est déjà fait, de jeter à la poubelle ...heu non...porter à la déchetterie ( Mark Ruffalo, acteur principal et producteur du film mais aussi militant écolo convaincu préférera) toutes vos poêles en Teflon. Vous retiendrez également la leçon qui fait encore plus froid dans le dos que de savoir que votre corps renferme du C8, ce dérivé fluoré qui peut vous provoquer quelques cancers, qui est que l'on ne peut compter sur personne, pas l'industrie, pas les politiques, pas l'état mais juste sur vous même si vous voulez vraiment que les temps changent. On le savait bien, mais "Dark waters" enfonce magistralement le clou.
Vous pensiez Todd Haynes plutôt porté sur les poètes marginaux ou les mélos flamboyants comme "Carol "? Révisez vos classiques et foncez voir comment il filme avec aplomb mais grande sensibilité, sans effet de manches mais avec finesse, cette histoire de "seul face à un géant", certes loin d'être drôle mais qui vous donnera le punch pour lutter contre tous ses pseudos marchands de rêve qui, pour de l'argent, diffusent la mort.
"Dark Waters" est LE film à voir absolument !

jeudi 27 février 2020

Juste une balle perdue de Joseph d'Anvers


Un zeste de "Moins que Zéro" de Breat Easton Ellis, avec des piscines et de la dope, un scénario à la Luc Besson avec ses personnages taillés à la serpe, un final dans un décor à la Philippe Djian  de " 37°2 le matin", secouez bien et vous obtenez ce roman pas désagréable à lire, mais qui manque sérieusement d'originalité. On le réservera à ceux qui aiment les films du réalisateur cité plus haut mais pas à ceux qui ont lu les auteurs également nommés au début. Signalons aussi une thématique supplémentaire : l'enfance difficile avec un père violent... qui va finir, à force d'emploi quasi systématique dans beaucoup de romans actuels, par devenir une véritable tarte à la crème romanesque !

🔆🔆/5

mercredi 26 février 2020

Mes jours de gloire de Antoine de Bary


Comme le montre l'affiche, c'est Vincent Lacoste show! On peut apprécier le comédien, mais est-ce vraiment raisonnable de lui faire (bien) jouer pour la énième fois un adulescent je m'en foutiste et hâbleur ? Le sentiment de déjà vu ne quitte jamais le spectateur qui regarde sans être étonné une seconde cette petite pochade sans grand intérêt. Rien à retenir sauf que l'on y croise Emmanuelle Devos, toujours aussi épatante mais aussi Christophe Lambert qui y annone trois répliques.
On peut dire aux copains de Vincent Lacoste ( de Bary cette année et l'an passé Félix Moati avec le bien pâle "Deux fils") que c'est sympa de le faire tourner ( il doit être pas bankable), mais creusez-vous un peu les gars, sortez-le de sa zone de confort, il le mérite !

🔆🔆/5

mardi 25 février 2020

Asadora ! de Naoki Urasawa


Visiblement inspiré par un feuilleton culte au Japon depuis le début des années 60, "Asadora!" ne ressemble pas, pour le moment, aux séries policières qui ont fait la réputation de Naoki Urasawa. Pas de récit policier comme dans " Monster", pas d'uchronie (policière) comme dans " 20th Century Boys". En route donc pour un récit autour d'une petite fille qui réchappe aux ravages d'un typhon dans un Japon qui fleure bon l'après-guerre. Ce premier tome se contente de poser les décors et les personnages de façon très classique. Il n'y a que la dernière vignette qui semble transporter soudain cette histoire pleine de drames et de bons sentiments vers quelque chose de, peut être, fantastique. Pas réellement emballant pour le moment.... 


🔆🔆/5

lundi 24 février 2020

Les inconsolés de Minh Tran Huy


Il y a un début qui intrigue .... Qui est mort ? Une suite au montage alterné entre un narrateur mystérieux appelé l'Autre et l'héroïne. Les thèmes s'entrechoquent agréablement ( l'amour entre classes différentes, l'exil, la mémoire, l'enfance, la sororité). Un parfum mystérieux court au fur et à mesure que l'intrigue avance. L'auteure ouvre des portes, essaie de toutes les refermer. Mais à trop vouloir en faire, en dire, le soufflé monte, mais cuit un peu trop et se dégonfle sur la fin, avec un sentiment de "tout ça pour ça ? ". Bien écrit, souvent bien vu, mais trop d'ingrédients romanesques gâchent un peu le plaisir.

🔆🔆🔆/5

Des hommes de Alice Odiot et Jean-Robert Viallet


Personne ne rêve d'entrer en prison, et encore moins aux Baumettes à Marseille. Pourtant ce documentaire dans ces murs plus que délabrés et surpeuplés nous permet d'aller à la rencontre de toute une humanité qui cohabite comme elle peut. Avec un regard jamais normatif, ouvert à l'autre, aux autres quels qu'ils soient, ce film impressionne autant qu'il passionne. On pourrait dire, que, cinématographiquement, on passe un réel bon moment aux Baumettes !

🔆🔆🔆🔆/5

Une mère incroyable de Franco Lolli


Ce conflit mère/fille n'arrive jamais à nous passionner. Pourtant tous les ingrédients y sont : le cancer, les magouilles en entreprise, une histoire d'amour, des dialogues vachards...mais rien n'y fait, on regarde tout cela avec un petit ennui, assez distingué .... malgré des comédiennes parfaites. Peut être dû à une mise en scène, assez terne, qui n'arrive pas à porter ce propos social et familial au-delà de la simple chronique aux airs de déjà vu.

🔆🔆/5

Love me tender de Constance Debré


Un énorme coup de Church's ( oui Constance Debré pourrait porter des Doc ou des santiags, mais ce sont des Church's qui la chaussent ) dans la bien pensance actuelle ( à l'image de son premier roman), couplé avec un portrait de mère qui ne laisse pas indifférent. C'est mieux que Christine Angot dont elle reprend l'écrit à l'os mais auquel elle ajoute un vrai sens du rythme et un discours politique et mieux que les dernières productions ( sous Subutex sans doute) de Virginie Despentes  à qui on pense forcément. Un livre intime qui bouscule le lecteur, ça fait du bien ! 

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Deux de Filippo Meneghetti


Deux vieilles dames qui s'aiment et dont l'une va être victime d'un accident cérébral...  Pas fun comme sujet...Et pourtant... Ce premier film, au scénario écrit comme un thriller, aux multiples rebondissements, parvient à nous passionner et à nous émouvoir. Fort bien interprété par un trio de comédiennes formidables ( Barbara Sukowa, Martine Chevallier et Léa Drucker), "Deux" a obtenu le prix du public au festival premiers Plans d'Angers ( le choix de plus de 2000 spectateurs !). Donc, on peut y aller en toute confiance !

🔆🔆🔆🔆/5

Tu mourras à 20 ans de Amjad Abu Alala


Un film soudanais ! Oui ça existe, certains arrivent à trouver des fonds pour s'exprimer. Le film surprend par la beauté de ses images et surtout en filigrane par un discours assez gonflé autour de la religion et des croyances, mêlant savamment belle mise en scène et questionnement autour de ces traditions qui enferment ces hommes et ces femmes ( et au passage, on nous signale que les imams peuvent aussi aimer les petits enfants comme nos prêtres pédophiles...Ah ces religieux ! ). Un vrai dépaysement doublé d'un beau cinéma qui fait réfléchir.

🔆🔆🔆🔆/5

Une femme à contre jour de Gaëlle Josse


Le récit très empathique conte l'émergence de Vivian Maïer, nourrice américaine obscure, dans l'univers des grands photographes. L'écriture dentelée de Gaëlle Josse emporte le lecteur dans une histoire aussi passionnante que mystérieuse ou comment le hasard ( mais aussi la ténacité) peut amener à la consécration.  Une lecture à jumeler ( si possible) avec la très belle exposition se déroulant jusqu'au 22 mars prochain à  l'ancien évêché de Grenoble, histoire de découvrir les magnifiques photos de cette désormais artiste qui n'aura pas connu sa reconnaissance de son vivant.

🔅🔆🔆🔆/5

La femme révélée de Gaëlle Nohant


Du grand romanesque à Paris dans les années 50, auquel va venir s'ajouter, dans une deuxième partie, un portrait cinglant des Etats-Unis de la fin des années 60 qui entre en résonance avec aujourd'hui. Agréable à lire mais l'alliage grands sentiments/politique a du mal à s'amalgamer, ne trouvant jamais la juste dose. Vaut mieux que la couverture essayant d'appâter un lectorat porté sur l'eau de rose chic.

🔅🔅/ 5

vendredi 7 février 2020

#Jesuislà d'Eric Lartigau


Brainstorming chez Gaumont :
- Bon les gars, il va ...
- Hé y'a des filles ici aussi !!
- Ouais...bon... bref...il va falloir se mettre au boulot ! Dans l'édition, ils font un max de blé avec des livres qui font du bien ( surtout pour la caisse), alors il nous faut trouver un scénar qui plaise aux jeunes et qui soit comme un doudou au creux de l'aprem quand les vieux vont au ciné. Allez, on pulse ! Donnez moi des idées !
- L'amour sur Tinder !
- Non, dans un film qui fait du bien, on ne baise pas, voyons !
- Meetic alors ...
-On a dit pour les jeunes !!!
-L'amour sur Instagram alors.. de ma nièce de 8 ans à Mylène Farmer , tout le monde y est ..
-Vendu ! Aller une histoire, un décor, des idées... On se secoue...
-?!?!
- Mais bon sang qu'est-ce qui marche en ce moment ?
- Master chef !
- Les mangas !
- La Corée !
- Burger quizz!
- L'empathie !
- Blanche Gardin!
- La bienveillance !
- Le mariage gay !
- La stimulation de la prostate !
- Non, on a dit pas de sexe ! Tu as noté Paul-Emile ? Ca a pas l'air mal ! Thomas, Eric , vous pouvez me travailler un scenar avec ça, je veux huit pages dans 3 heures...
Trois heures et dix minutes plus tard ...
- Je viens de lire ton histoire de restaurateur en manque d'amour qui s'éprend d'une instagrammeuse coréenne .... pas mal du tout ! On se prend pas la tête, c'est idéal et en plus on peut se faire financer par l'office de tourisme de la Corée du Sud, on colle le resto dans le Pays-Basque ( on a le fric de la région Aquitaine), on tourne en été, on offre trois semaines de thalasso à Biarritz à Blanche Gardin et  le tour est joué .... Reste à trouver un acteur qui soit aimé des jeunes et des vieux...
- Dany Boon ?
- Non trop cher !
- Romain Duris ?
- Pas assez rond pour un film cocoon.
- Jean-Pierre Bacri ?
- On a dit qui fait du bien, pas qui déprime !
- Alain Chabat !
- ... Oui ! Génial ! Les jeunes adorent son burger et les vieilles ne rêvent que le fourrer dans leur lit !  On lance la préproduction !

Et c'est ainsi que neuf mois plus tard on retrouve sur les écrans cette bluette sans consistance, pas méchante pour deux sous mais terriblement plate. Les sujets sont juste effleurés, il ne faudrait pas que le spectateur réfléchisse trop. On essaie de jouer sur l'émotion en filmant les regards si attendrissants façon basset hound dont nous gratifie Alain Chabat, on nous colle une vague histoire de paternité qui rêve d'éclater en plein jour, on refait jouer Marjorie Poulet à Blanche Gardin ( Pays-Basque oblige) et on colle ses seules scènes dans la bande annonce pour attirer le public. C'est improbable, gnangnan, totalement raté malgré les efforts des deux acteurs connus.
#onpeutéviter




mardi 4 février 2020

Je ne répondrai plus jamais de rien de Linda Lê


La narratrice s'adresse à sa mère défunte. Tutoiement de rigueur et plongée dans la psyché de la disparue dont un dernier voyage au Danemark avec sa fille et le compagnon de cette dernière avait révélé une drôle de réaction quand, par hasard, on avait évoqué un asile psychiatrique proche d'Elseneur ( ville danoise et accessoirement lieu qui sert de décor à Hamlet).
"Je ne répondrai plus jamais de rien" ne plonge pas dans le drame shakespearien mais dans un récit introspectif  revenant sur les relations mère/fille tendues et surtout celle avec "ton mari" , formule employée par la narratrice pour évoquer son père qui donne le ton quant à leurs rapports.
Il sera question de départs ( du Cambodge pour la mère puis de son mari menant une double vie) mais surtout d'une période de huit mois, sorte de parenthèse blanche, où sa mère disparaît ( un peu comme Agatha Christie, le romanesque en moins) et qui devient un projet d'enquête pour la narratrice. Nous approcherons avec cette période une zone plus psychiatrique, qui permettra au passage de rendre un petit hommage discret à une artiste peu connue, Unica Zürn ( auteure, amie de Henri Michaux qui laissera beaucoup de dessins aux traits fins).
Le texte dense ( pas de chapitres, pas de dialogues ) dissèque les rapports passés, essaie d'analyser l'humilité de cette mère dont la certitude de n'être rien lui confine pour l'extérieur de la douceur. Hélas, tout cela n'échappe pas à beaucoup de redites, voire un certain ressassement. On peut apprécier le finesse du propos mais le thème usé de  "moi et ma mère" peine à sortir du lot...sans doute y-a-t-il encore des amateurs...

dimanche 2 février 2020

Et toujours les Forêts de Sandrine Collette


On ne dira jamais assez l'intérêt d'avoir une cave à l'approche de la fin du monde. Déjà, avec les périodes de canicule, cela permet d'avoir en permanence un endroit frais, idéal en période de réchauffement climatique, pas besoin de polluer plus avec la climatisation. C'est ce qui arrive aux héros du nouveau roman de Sandrine Collette, ils aiment bien s'enterrer un peu et quand soudain la terre implose, alors que tout le monde en surface a cramé, eux sont vivants.
Certes la situation devient réellement inconfortable car il faut bien se nourrir, boire, vivre dans un univers qui a disparu. C'est bien le sujet principal de " Et toujours les Forêts" : la survie en milieu franchement hostile. Petite parenthèse, ou bémol quant au récit qui nous est offert. J'avoue ne pas avoir assez de connaissances scientifiques pour imaginer ce qu'une implosion de la terre pourrait avoir exactement comme incidences. Si je m'en remets à Sandrine Collette, tout a brûlé, tout n'est que cendre, mais sans feu apparemment et sans que cette implosion attaque les rayons des supermarchés, les réserves de nourriture, de papier, le bois des charpentes des maisons. Pourquoi pas mais ouf ! Les rescapés vont pouvoir survivre, boire l'eau des bouteilles plastiques qui n'ont pas fondu, se réfugier dans les habitations, manger toutes les conserves possibles.
Heureusement, le récit va, grâce au style rythmé, sec et âpre de l'auteure, nous faire oublier cette licence romanesque. On s'attachera beaucoup à Corentin, Mathilde et Augustine, à leur lutte pour continuer une vie qui, pour le commun des mortels, semblerait sans espoir. Ils seront humains, très humains (trop ? ). Leurs choix, leurs combats questionnent le lecteur qui suit leurs aventures avec passion. Mais peut-il en être est-il sur un sujet aussi aussi essentiel qui risque de devenir une réalité ? Oui, si l'auteur n'a pas le talent d'écriture de Sandrine Collette, habile conteuse et dont on sent l'envie de réveiller quelques consciences tout en nous impliquant dans des scènes qui nouent les tripes. Bien sûr, on pense beaucoup à " La route"  de Cormac McCarthy, en plus immobile mais sans son implacabilité littéraire.
Entre anticipation et romanesque assumé, " Et toujours les Forêts" captive indéniablement tout lecteur qui n'a pas peur de lendemains grisâtres et forcément violents. 

samedi 1 février 2020

Les fluides de Alice Moine


Une mère et sa fille vont à la piscine. Elles se déshabillent, enfilent un maillot, passent sous la douche, tentent d'éviter le pédiluve, se baignent, se redouchent et se rhabillent. Voilà, en quelques mots le résumé de ce court roman. C'est tout ? C'est une rédaction de CM1 ? Non, bien sûr que non, mais un petit texte, qui, au fil des pages, viendra éclairer doucement les personnages. La mère surtout car sa petite fille de 7 ans restera jusqu'au bout vaguement tête à claques. Les premières fêlures apparaissent dès les premières pages rendant cette sortie à la piscine bien moins festive que prévue. Une séparation qui a laissé de nombreuses traces, pas que dans la tête, des liens à reconstruire avec une enfant élevée par son père, un incident passé dont la douleur sourde s'est conjuguée avec celle du divorce, vont donner au roman un ton nettement plus profond.
C'est le  portrait d'une femme cabossée, au bord de la rupture sociale, dont ce passage apparemment anodin dans une piscine va pourtant faire bouger les lignes d'une vie ayant pris une mauvaise direction. Le roman ne se noie pas dans une psychologie de bazar, flotte plutôt entre deux eaux, choisissant la délicatesse d'une caresse aquatique à celle de la nageuse à gros bras. L'histoire simple prend toutefois un peu d'épaisseur et reste agréable à lire sans vraiment accéder au grand bassin littéraire.  

vendredi 31 janvier 2020

Les traducteurs de Régis Roinsard


Voici un thriller qui parvient à nous intéresser et à nous bluffer malgré pas mal de défauts qu'une intrigue diabolique ( et un acteur) arrive à partiellement gommer. 
Sans doute passionné des claviers, Régis Roinsard abandonne les machines à écrire de "Populaire" pour les ordinateurs de 9 traducteurs enfermés dans un bunker pour traduire dans le plus grand secret le dernier tome d'un polar au succès mondial. Toujours des tables alignées avec des personnes derrière, mais cette fois-ci, finie la comédie et en route, pour le films à suspens, discret hommage à Agatha Christie voire à Hitchcock. Sur un thème connu ( Qui est le coupable?), le film va constamment jouer avec nous, dévoilant petit à petit ses secrets avec une succession de rebondissements et d'aveux qui vont maintenir la pression jusqu'à la fin. L'intrigue principale, avec ses flash-backs, serait un modèle d'efficacité si elle n'était pas parfois ternie un trop plein de personnages dont le développement, sans doute obligé par une distribution haut de gamme, tourne parfois un peu à vide, voire au cliché ( L'italien est hâbleur, le grec gay, la russe semble sortir d'un James Bond... normal c'est Olga Kurylenko, juste dépoussiérée depuis son passage dans " Quantum of Solace" ). Et puis, il y a ce bunker, dont il faut bien sortir. Ce n'est qu'au prix de quelques petits invraisemblances et d'un montée en perversité du personnage de l'éditeur joué par Lambert Wilson que l'on y arrivera( sans doute le passage le moins réussi du film ). 
Mais malgré tout, "Les traducteurs"  finissent par remplir leur cahier des charges niveau adrénaline. On aura droit à une sorte de course poursuite dans Paris assez originale et une dernière partie où de révélations en machiavélisme, on ne s'ennuie pas une seconde. Mais, en plus de son intrigue, le film fonctionne sacrément bien grâce à la performance d'un acteur dont la présence se déploie petit à petit, pour finir par épater complètement, celle du jeune Alex Lawther, vraiment épatant dans le rôle du jeune traducteur anglais, véritable héros de ce long-métrage français( et ambitieux) qui nous change des comédies franchouillardes ou des drames psychologiques habituels. On notera aussi la présence toujours sympathique de Sara Giraudeau et aussi, un petit coup de griffe au milieu de l'édition, négrier des temps modernes. 

jeudi 30 janvier 2020

Mais où est Kiki ? de Blutch et Robber


C'est dans les vieux pots que l'on fait les bonnes soupes, dicton non cité dans " Mais où est donc Kiki?" qui en contient pourtant beaucoup, signe de son ancrage dans une période passée où l'on utilisait encore ces vieilles formules. En une seule phrase, voilà cette nouveauté BD fossilisée dans un ancien temps que les moins de vingt ans..etc...etc... Faut dire que les héros Tif et Tondu, sont nés en 1938 avec les premiers numéros de Spirou, et bon an, mal an, ont toujours eu droit à des aventures, avec différents auteurs, sans jamais rencontrer un énorme succès. Leur longévité étonne un peu mais c'est peut être grâce au personnage de Choc, ennemi insaisissable ( et repris dans les années 2000 pour continuer en solo, à répandre son esprit du mal) que la série a perduré. En veilleuse depuis plus d'une vingtaine d'années, voici que deux auteurs de talents font reprendre du service reprendre à Tif ( le chauve) et Tondu ( le barbu/chevelu) et les plongent dans une aventure tout public qui reprend les codes policier/fantastique qui font le charme de cet univers. 
Avec un graphisme au trait gras, donnant aux années 80 dans lesquelles se déroule cette aventure un aspect plutôt sale, l'histoire fonce à cent à l'heure. Du rythme, de l'énergie, des rebondissements, quelques facilités scénaristiques, l'ensemble se lit sans déplaisir. Le dépoussiérage est parfait même si l'histoire évite soigneusement de donner un éclairage sur la vie de ces deux célibataires, préférant rester dans un flou artistique quand à leur vie intime. La version XXI ème siècle garde ainsi cet esprit boy-scout, choisissant de leur offrir une relation comme les deux héros de la série "Amicalement vôtre" ( hommage?), mélange d'humour et de réparties aux mots châtiés. Cette nouvelle aventure est vraiment tout public mais de là à ce que Tif et Tondu connaissent soudain un succès qu'ils n'ont jamais eu, pourquoi pas ? Le plaisir que les deux compères ont pris à remettre au goût du jour ces deux héros est palpable. Le dessin de Blutch, nerveux et expressif, correspond parfaitement à cet univers et accompagne parfaitement un scénario rocambolesque à souhait. Alors ? 2020, l'année de la consécration pour Tif et Tondu ? C'est tout le mal qu'on leur souhaite, surtout si cela doit être le début d'une nouvelle série. 




mercredi 29 janvier 2020

Un jour si blanc de Hlynur Pàlmason


Voici deux ans nous avions pu être émoustillé par le premier long-métrage de Hlynur Pàlmason  "Winter Brothers", audacieux mélange de cinéma psychologique et de références à l'art contemporain. Son deuxième qui arrive cette semaine sur les écrans ( après un passage au festival Premiers Plans où son acteur principal, Ingvar Eggert Sigurosson a obtenu un prix d'interprétation mérité), confirme l'appétence du réalisateur pour les récits psychologiques. La partie référence à une certaine production artistique actuelle n'a pas été abandonnée mais s'intègre plus subtilement à la narration ( on y trouvera de fortes références aux écrans de toutes sortes avec une esthétique de vidéos exposées dans des musées mais aussi une tentation de placer souvent la couleur violette ), laissant en première ligne les tourments du héros principal, nombreux, car veuf récent et soupçonnant son épouse de l'avoir trompé. 
Les grands espaces froids et brumeux restent la toile de fond de prédilection du réalisateur. Et c'est donc dans un brouillard certain que nous entrons dans le film, brouillard qui peine à s'effacer tant la mise en place s'avère très lente, On pourrait se perdre, voire s'endormir dans le confort douillet de la salle bien chauffée mais, petit à petit, le film finit par prendre de l'ampleur jusqu'à l'improbable, frisant le gore qui ne restera fort heureusement que dans la tête du personnage principal. 
Moins réussi que " Winter Brothers" mais tout autant psychologique, "Un jour si blanc" finit par attraper l'attention  grâce à une deuxième partie sous haute tension....mais dans le froid, le gris et la brume. 




mardi 28 janvier 2020

Le courage des autres de Hugo Boris


Monter dans le métro parisien ou le RER, c'est plonger au coeur d'un concentré d'une humanité urbaine à l'image de notre société. Des solitudes aux yeux aimantés sur leur smartphone, coupées du monde par quelques écouteurs, d'autres perdues dans la contemplation répétitive de quais carrelés comme des salles de bain peu accueillantes, quelques rares encore plongés dans la lecture d'un objet papier appelé livre ou journal, beaucoup fuyant le regard du voisin, surtout si on le sent en errance,  la peur de déranger ou de déclencher quelque remarque violente.
C'est un peu tout cela mais surtout cette violence qu'Hugo Boris nous décrit dans cette succession de récits qui traduisent magnifiquement un vécu quotidien de titulaire de pass Navigo. Ces moments de violence ou de défaillance contemporaine peuvent sembler flirter avec une banalité que l'on n'a peut être pas envie de retrouver en littérature. C'est sans compter avec le sens d'observateur de l'auteur et son évident talent de conteur qui sait décrire avec finesse toute ses petites lâchetés quotidiennes lorsqu'il se trouve être le témoin d'un de ces événements où la peur, la violence, la bêtise viennent bousculer un voyageur voisin, une vieille dame, un jeune solitaire. Hugo Boris a beau être un homme jeune, dans la force de l'âge, ceinture noire de karaté, il a le ventre qui se noue, la tête qui s'affole, les membres qui se tétanisent lorsque dans les transports urbains il se retrouve confronté à ces incivilités qui gâchent un trajet déjà pas bien agréable. C'est cette lâcheté que nous avons presque tous qu'il nous livre au travers de ces pages remarquablement bien écrites. C'est aussi un auteur qui se déshabille devant nous, pas de façon physique mais plus psychologique, livrant ce que l'on cache par honte et non par pudeur, sans jamais être nombriliste, ni misérabiliste et encore moins larmoyant.
Pas vraiment un roman, ni un recueil de nouvelles, l'ouvrage dresse le portrait d'un homme à la lâcheté ordinaire dont l'admiration du courage des autres lui permet d'écrire des pages d'un fort belle humanité !  

samedi 25 janvier 2020

Premiers Plans 2020 Angers (2ème partie)


Le festival touche à sa fin. Cette plongée dans le jeune cinéma européen fut comme d'habitude l'occasion de prendre la tension de la création actuelle. Première remarque, le monde actuel ne respire pas la joie de vivre et ce que l'on a vu sur l'écran non plus. Pour une cure de joie de vivre , préférez l'Alpes d'Huez et son festival de comédies. Ici, dans les nombreux courts-métrages présentés, on s'intéresse beaucoup aux premières années de la vie ( normal pour des jeunes réalisateurs). On a ainsi vu des ados sur les réseaux sociaux, mais en proie à des délires très consuméristes comme les deux petites écolières tchèques dont le but dans leur petite vie est de gagner des vues ( donc de l'argent) sur You tube ( "Don't be a Pussy" de Jakub Jiràse) ou sujets au mal être suite à un blocage sur Facebook ( "Ikki Illa Ment" de Andrias Hogenni). Ces deux courts très réussis, font figure de rayon de soleil au milieu d'autres nettement, plus dépressifs, voire plus ternes ou en proie à des clichés. Ces gros plans souvent longs, sous éclairés et/ou granuleux ( oui même dans un court !)  sur des visages tristes sensés nous plonger dans le désarroi du personnage ( toujours dans des appartements miteux ou en HLM) finissent par lasser. N'y a-t-il pas d'autres façons de nous montrer cette situation... par un scénario bien écrit par exemple ( c'est là où souvent le bât blesse chez les futurs cinéastes) ? On en finit par arriver à une émotion formatée. Mais parfois, sans un réel scénario, l'émotion peut naître comme dans le contemplatif mais magnifique "Then comes the evening" de la serbe Maja Novakovic ou avec des dispositifs moins classiques...et une personne âgée, on peut faire pleurer toute une salle comme l'a réussi Lou Colpé avec son fascinant "Le temps long" , bout à bout de vidéos amateur (?) de sa grand-mère mais ici , tout est une question de montage...et de sensibilité. Tous ces courts cités figuraient dans la sélection "films d'écoles", autrement plus passionnante que ceux présentés dans la compétition proprement dite.
Du côté des longs-métrages, la semaine s'est terminée mieux qu'elle n'avait commencé. Si l'on oubliera le très laborieux " Mes jours de gloire" de Antoine de Bary, si l'on reste un peu sur notre faim avec le film "Un jour si blanc" de Hlynur Pàlmason ( moins réussi que son précédent "Winter brothers" primé ici il y a deux ans ) et "Giraffe" de Anna Sofie Hartmann, tous deux souffrant d'une mise en place un peu longuette. Nous avons quand même vu deux longs qui, selon toute logique devraient se retrouver au palmarès ( même si le public a été assez remué et peut être donc divisé). Le premier est un...difficile à définir...docu/fiction belge de Alexe Poukine, " Sans frapper" , qui nous a collés sur notre siège avec son histoire d'un viol raconté par plein de personnes différentes, puis qui réagissent avec leur vécu. Chaque spectateur s'est senti violeur, chaque spectatrice s'est sentie violée mais sacrément interrogée sur son ambivalence face à la violence masculine. Une expérience de cinéma vraiment étonnante qui mérite assurément une récompense. Le deuxième, est le premier film français de Filippo Meneghetti "Deux" , au pitch pourtant peu vendeur ( deux dames âgées s'aiment lorsque l'une va avoir un accident cérébral) mais dont le scénario vraiment bien fichu rend le film à la fois drôle, rythmé comme un thriller et complètement émouvant. Que décidera le jury présidée par Juliette Binoche ? Nous verrons bien...
Quoiqu'il en soit, même si l'on s'est parfois pas mal ennuyé face à une sélection un peu en demi-teinte, Premiers Plans reste sans conteste l'un des festivals les plus joyeux, festifs et passionnant du pays. Parce qu'en plus des premiers pas de jeunes cinéastes, c'est aussi l'occasion de redécouvrir une multitude films du patrimoine. Un beau, bon et grand festival donc !

mardi 21 janvier 2020

Premiers Plans Angers 2020

Dans un nouvel écrin, tout neuf, plus vaste,le 32ème festival Premiers Plans d'Angers accueille un public enthousiaste, toujours composé de 2/3 de jeunes et d'1/3 de retraités, confirmant que le gros du public cinéphile se trouve bien dans ces tranches d'âge. Heureusement que le public reste enthousiaste, car pour le moment, on ne peut pas dire que le festival nous ait proposer des oeuvres emballantes.
Si l'on regarde la compétition des longs-métrages, qui fait la part belle aux documentaires ( et parfois un deuxième...), on se dit que les organisateurs ont dû avoir quelques difficultés à trouver des films. Les jeunes cinéastes en compétition s'intéressent au monde qui les entoure mais ont du mal à tenir la longueur ou à porter leur sujet vers le plus grand nombre. Ce fut le cas pour le film espagnol de Belen Funes " La hija de un ladron", qui filme mieux le monde du travail que cet amour impossible entre un père et une fille ou de "Ivana la terrible"  de la Romano-Serbe Ivana Mladinovic, aussi attachante qu'agaçante, se mettant en scène dans une sorte de thérapie familiale qui au final n'intéressera que les protagonistes. Quant au film allemand "Oray", son sujet un peu clivant autour de la vie d'un musulman croyant qui a dit trois fois "talâq" à son épouse ( ce qui signifie qu'il la répudie) , avec une réalisation assez terne, n'a guère passionné. Tous ces films mettent en scène des jeunes d'aujourd'hui. A ce petit jeu, seul le norvégien Martin Lund avec " Psychobitch" arrive à faire un bon cinéma qui attrape les spectateurs ( mais c'est, il est vrai, un deuxième film qui, par ailleurs, a déjà obtenu le prix Artekinofestival il y a peu).
Au milieu de ces fictions nous avons vu trois documentaires "Overseas" de Sung-A Yoon pour la Belgique, nous parlait avec beaucoup de grâce du sort de ces femmes philippines qui s'exilent pour être domestiques dans des pays plus riches. Filmées dans une sorte de centre de formation, elles furent certes touchantes mais pâtissaient peut être d'un montage un peu languissant. Nous avons également découvert "Retiens la nuit" signé de trois réalisateurs, Baptiste Drouillac, Arthur Verret et.. Simon Depardon ( le fils de ...?), doc un peu brouillon sur les messes organisées tous les 9 du mois à l'église de la Madeleine en souvenir de Johnny. De ce galimatias catho/rock seule surnage la figure d'un jeune fan trentenaire particulièrement touchant. Nettement plus réussi, "Des hommes" de Alice Odiot et Jean-Robert Viallet , nous enferment dans la prison des Baumettes et proposent un regard dénué de tout manichéisme, qui donne toutes ses lettres de noblesse au genre. A découvrir en salle mi-février.
Si la sélection des longs peine à convaincre, qu'en est-il de celle des courts ? Pas de chance ! Un peu le même constat, avec , tant en animation qu'en fiction, des films dont l'envie de coller à l'air du temps ne cache certaines maladresses, souvent scénaristiques. Effet Meetoo, effet Uber sont là... C'est bien mais pas convainquant. Pour ma part, je retiendrai les très sensibles  " Un adieu" de Mathilde Profit et " Suc de Sindria" de l'espagnole Irène Moray où histoire, mise en scène et direction d'acteur se révèlent impeccables. Mais il reste encore quelques jours pour de possibles découvertes.
Cette année , il semblerait que les belles découvertes se trouvent dans la nouvelle section Diagonales qui offre des films hors de tout formatage, pas toujours aboutis mais tous intéressants ( nous n'en avons vu que 3 pour l'instant, mais on a hâte de découvrir les suivants) mais aussi dans la catégorie  "films d'école", qui semblent plus libres ou qui osent se coller au cinéma de genre, comme dans les propositions de comédies ( genre ultra difficile s'il en est) du programme de cet après-midi qui ont beaucoup plu au public présent. Nous avons pu en  découvrir une, un peu absurde,  fort réussie, tant par la mise en scène que par la direction d'acteurs, ( "Le cas Perrot" de Rony Tanios) et une autre romantique vraiment bien scénarisée ( " Summer Hit" de Berthold Wahjudi).
Quoiqu'il en soit, le festival d'Angers reste le véritable poul de la jeune création cinématographique européenne, bonne ou moins bonne année, le plaisir de la découverte reste intact grâce à une organisation sans faille et conviviale ! Et il reste quelques jours pour découvrir quelques pépites...



L'homme qui pleure de rire de Frédéric Beigbeder


Le héros du livre se nomme Octave Parango, double littéraire de l'auteur. Il vient d'être viré de France Publique, une radio dont la matinale fait les meilleurs scores d'audience. Il faisait partie de ces humoristes qui posent une respiration à la fin de la tranche d'informations. Dilettante, noctambule, sa dernière prestation, encore sous les effets de quelques substances alcoolisées et chimiques  fut totalement improvisée et provoqua le courroux de sa direction comme de ses collègues animateurs. Et hop, en deux temps trois mouvements, il est éjecté de la maison ronde! Le livre revient sur cet incident et sur la nuit qui l'a précédé. 
Ca démarre plutôt sur les chapeaux de roue, avec une description aux petits oignons du 7/9 de France Publique ( donc France Inter), et ça continue sur une réflexion très pertinente sur la place de l'humour dans cette radio, dans les médias et dans nos sociétés. Frédéric Beigbeder sait se montrer profond et talentueux. Il aligne les belles phrases du genre : "Le sarcasme des humoristes est généralement présenté comme la réponse indispensable à l'arrogance des puissants, mais ne perdons pas de vue qu'il est la vengeance des impuissants. " C'est plaisant, (im)pertinent mais loin d'être l'essentiel du livre qui très vite va se focaliser sur sa personne. Tout devient plus nombriliste, agaçant. Ses errements dans la vie comme dans les bars branchés autour des Champs-Elysées intéresseront les happy few qui l'ont croisé. Entre deux coupes de champagne, une prise de Kétamine ( le truc à la mode pour planer), un mannequin forcément sublime, il résume sa vie professionnelle ainsi : " Après donné aux consommateurs l'envie d'acheter des choses dont ils n'avaient pas besoin, puis fait désirer aux hétéros des femmes qui n'existaient pas ( rédacteur en chef du magazine LUI), je devais à présent provoquer l'hilarité des automobilistes pour leur faire oublier la désintégration du modèle social." Bien sûr, cela reste cynique et sans doute vrai mais pas dans la totalité. On doute fort que ce mondain, fondateur du Caca's Club ( des nantis qui font des conneries dans des soirées chics et organisaient des bals tout aussi branchées au Queen's ou ailleurs), se préoccupe un tant soit peu de notre modèle social. Et c'est dans ces poses vaguement nihilistes, tout à fait narcissiques, que Frédéric Beigbeder entraîne le lecteur pour essayer de l'apitoyer sur son sort. Dire que cela fonctionne serait mentir. On s'en fout ! Surtout qu'il délivre, en plus, des pages d'un machisme totalement daté, qui font que l'on n'est pas étonné de son manque de succès auprès des créatures qu'il convoite. 
Ce n'est pas un homme qui pleure de rire que l'on aurait dû mettre en couverture, mais un qui fait un peu la tête, pour ce livre assez vain sauf dans son premier quart... 


jeudi 16 janvier 2020

Vie de Gérard Fulmard de Jean Echenoz


Editions de Minuit + Jean Echenoz = Pâmoison de la critique, c'est l'équation habituelle à chaque rentrée littéraire. Pour souvenir, en septembre dernier, l'équation était la même, il suffisait de troquer Echenoz pour Toussaint ( et l'an passé par Delabroy-Allard ). L'avantage avec la succession des sorties des nouveaux opus de Toussaint et Echenoz, est la possibilité de recyclage des critiques, très tendance en période de conscience écologique, mais de moins en moins crédibles auprès du lectorat potentiel qui commence à connaître les ficelles. A lire tous ces messieurs dames journalistes culturels, le dernier Echenoz est formidable ( barrer les mentions inutiles ) d'humour, de drôlerie, d'impertinence, quelle invention, quel sens du détail comique, quelle fantaisie, je n'ai rien lu de plus drôle depuis....J.P. Toussaint, ... Bref, l'ancien prix Goncourt a fait gondoler de rire tout ce qui fait l'opinion.
A leur décharge, reconnaissons que le roman comique n'est pas un genre où leurs augustes regards plongent souvent. Comme au cinéma, faire rire semble réservé à quelques lecteurs moyennement cultivés et surtout amoureux de détente facile, donc négligeables ( alors que faire rire est autrement plus complexe que d'émouvoir avec le départ de sa compagne avec l'amant de sa fille cancéreuse).  Mais quand les chiquissimes éditions de Minuit publient un roman un tantinet drôle, la critique s'enthousiasme autant que si elle découvrait un nouveau chapitre perdu de "La recherche du temps perdu". Et soudain leur apparaît cette chose si peu ordinaire : Un roman peut faire rire...
...Ou sourire, ce qui convient mieux à cette " Vie de Gérard Fulmard". A les lire, les écouter, qu'est-ce que c'est drôle cette rue Erlanger, ce Mike Brandt qui tombe juste devant la maman du héros ou ce japonais qui a découpé en morceaux dans la même rue une étudiante après en avoir mangé quelques morceaux. Oui, c'est drolatique, bien amené dans le roman mais ça prend dix lignes à tout casser ! Car le reste de l'histoire de ce pauvre Gérard Fulmard aussi large que haut, ex stewart au chômage qui se reconvertit en détective privé, ne rutile pas tant que ça. Le gros du récit tourne autour d'un emploi de tueur à gage pour un parti politique assez extrême ( droite) mais aux scores électoraux mineurs ( autour de 2 %) mais ne s'extrait jamais réellement du tout venant. Il faut reconnaître à Jean Echenoz une plume alerte, un sens de la dérision évident, une observation du quotidien malicieuse mais son roman, plaisant et facile à lire ne demeurera toutefois pas comme un modèle du genre, juste une petite fantaisie qui fera passer un bon moment. C'est déjà bien mais c'est juste ça.  

mercredi 15 janvier 2020

Aires de Marcus Malte


"Aires" ( d'autoroutes ...pas celles des problèmes de CM2 !) a un petit côté "La vie mode d'emploi"  sauf que Marcus Malte, au lieu de s'intéresser aux habitants d'un immeuble  comme Georges Perec, pointe son regard acéré sur une autre concentration d'humains, celle enfermée dans une boîte métallique sur roues et crachant des particules fines, un week-end d'août. Dans un chassé-croisé ( de vacanciers) sur ces chemins payants à 2 ou 3 voies menant vers la mer ou moins réjouissant, vers un domicile au Nord du pays, le roman va s'embarquer dans quelques uns de ces véhicules auprès de passagers dont nous allons prendre l'histoire en cours, écoutant les conversations lorsqu'ils sont plusieurs, pénétrant dans leurs pensées lorsqu'ils conduisent en solitaire.
Roman choral donc, classique pourrait-on dire, sauf que... nous avons Marcus Malte au volant et ça change tout ! Sur presque 500 pages, nous allons en voir, en lire, de toutes les couleurs, de toutes les formes. Petit conseil de départ ; ne vous laissez pas impressionner par l'ébouriffant prologue qui ouvre le livre, où cette invention d'un vocabulaire post moderne, tout à fait réjouissante pour certains,  peut rebuter un lecteur moins joueur ou curieux.
Pour la suite, il va quand même falloir être joueur, accepter un roman qui va passer du récit de vie au dialogue, de la liste de dépenses au poème, le tout avec une multitude de personnages ( moins que chez Perec) dont on ne voit pas toujours ce qui va  bien pouvoir les réunir. Cependant, aucune inquiétude, l'auteur fait des miracles avec son écriture. Sa mise en place demeure un modèle du genre et d'inspiration. Ses personnages choisis sont tellement forts, puissants, formidablement plantés, que jamais on ne les perd de vue. L'attention qu'il leur porte, les récits qu'il nous en fait nous accroche d'emblée et lui permet de dresser une synthèse de nos vies de français, riches ou pauvres, homme ou femme, jeunes ou vieux avec une telle acuité que tout un chacun peut se reconnaître au fil de cette odyssée. Le verbe est précis et cash, pointant brillamment toutes nos contradictions, nos défaillances,  nos courages comme de nos lâchetés, nos erreurs comme nos horreurs. Ce pourrait être terrible mais ça ne l'est jamais complètement, car l'auteur aime ses personnages et surtout, il parsème son texte d'un humour constant, jouant beaucoup avec les mots, plaçant partout des remarques judicieuses et drôles.
On dit le roman français nombriliste, sans saveur réelle, manquant de souffle ... Mouais, c'est en partie vrai, mais lisez Marcus Malte et vous verrez qu'il existe encore des romanciers inspirés, talentueux, qui ont un regard percutant sur nos sociétés, qui le disent haut et fort et TRES BIEN !

Il est des hommes qui se perdront toujours de Rebecca Lighieri

2019  Il est comment le nouveau Rebecca Lighieri ? Un peu décevant. La critique s'enflamme pour ce nouveau roman de Rebecca Ligh...