dimanche 29 novembre 2015

N'oublie pas mon petit soulier de Gabriel Katz


A l'instar du secteur jeunesse où le thème de Noël est très vendeur, le polar, lui aussi, dans une moindre mesure, a souvent sacrifié aux titres de saison parfumés au sapin devant lequel parfois titube un bonhomme en rouge (sang?), pas toujours bon enfant. De " L'assassinat du Père-Noël" en passant par  "Le Noël d'Hercule Poirot" et jusqu'aux "Christmas suspens" de la fille Higgins-Clark, le monde de l'édition aime à mélanger dinde aux marrons et coups de revolvers. Cette année, les éditions du Masque ne faillissent pas à tradition et nous proposent ce "N'oublie pas mon petit soulier", dont le lancement en fanfare, avec clip façon bande annonce,  laisse à penser qu'ils en espèrent beaucoup.
Mais que se cache-t-il réellement sous cette couverture attrayante ? Ce stiletto façon "Le diable s'habille en Prada" annonce -t-il un récit drôle et endiablé, visant un lectorat plutôt féminin ? Mais ces balles assorties et la fragilité de cette boule prête à exploser sous ce talon impitoyable mâtinent-elles l'ensemble d'une touche de noir ? En tous les cas, bravo pour l'équipe marketing/photo, ils ont réussi une couverture qui accroche l'oeil ! Et bravo à Gabriel Katz, l'auteur, pour m'avoir fait dévorer ses presque 300 pages en une soirée !
Il n'y a pas tromperie sur la marchandise, l'intérieur est tout aussi clinquant que l'emballage ! Tous les ingrédients sont réunis pour faire passer un très bon moment. C'est léger comme un film de Philippe de Broca, époque "On a volé la cuisse de Jupiter" . Ca file à cent à l'heure avec un rebondissement à chaque chapitre. Ca nous fait voyager de Paris à Bangkok via Charleville-Mézières (mais si c'est exotique les Ardennes en hiver!). L'intrigue mêle amour et mafia albanaise (la sicilienne, repère de Bisounours,  étant trop gentille ). Le personnage principal, séducteur totalement dépassé par les événements, se trouve acoquiné avec des acolytes de comédie comme une riche fille sexy et effrontée, un garde du corps dont le mot amabilité a disparu de son vocabulaire ou un agent secret à la supériorité évidente et donnant au récit une fantaisie et un humour qui ont le bon goût de ne jamais s'arrêter de la première à la dernière page.
Bien sûr ce n'est ni le polar du siècle, ni plus original du moment, mais qu'est-ce que j'ai passé un bon moment ! C'est un vrai "tourne-pages", efficace, facile à lire sans jamais être ennuyeux, d'une drôlerie constante qui ne joue jamais sur la facilité.
Pour terminer dans la thématique de fête de fin d'année et son casse-tête des cadeaux à faire, pensez à noter les références de ce polar dans vos tablettes. Il fera un formidable présent pour tous les amateurs de polars et même les moins fanas. Et quand viendra l'heure de chercher un p...de truc à offrir à votre cousin que vous ne voyez qu'une fois l'an ou à votre belle-soeur qui a déjà tout et même plus, sachez que vous tenez là l'idée parfaite, pas trop onéreuse, de bon aloi (c'est un livre quand même, c'est classe sous le sapin, non ? ) et qui sera au final ( quand la personne, ayant un creux dans sa vie, se tournera vers ce livre qui traînait là depuis quelques semaines) une très agréable surprise. Un polar bien ficelé et rigolo est un cadeau qui fait plaisir et ce "N'oublie pas mon petit soulier" en est le plus parfait exemple !


jeudi 26 novembre 2015

21 nuits avec Pattie d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu



La promo de dernier opus des frères Larrieu dispose de trois bandes annonces mettant chacune en avant un des personnages principaux. Dans les cinémas dans lesquels je me rends, je n'ai étrangement eu l'occasion de voir que celle tournant autour de la Pattie du titre, interprétée par Karin Viard, quarantenaire décomplexée, parlant de ses nombreuses aventures sexuelles avec une verdeur et une sincérité réjouissantes, donnant au film une connotation de film érotique franchement assumé. Les deux autres teasers ( découverts sur le net), même s'ils mettent encore en avant la truculence de Pattie, brouillent un peu les pistes en dirigeant le projecteur sur Caroline (Isabelle Carré) qui semble bien inquiète après la disparition du corps de sa défunte mère  et de Jean ( André Dussollier ) s'énervant après quelqu'un de vraisemblablement nécrophile. Eros et thanatos encore une fois réunis  dans ce qui est vendu comme une comédie grivoise et légère et qui se révèle au final comme une joyeuse compilation de ce qui a fait (ou pas) le charme des précédents films des réalisateurs. La partie polar (comme dans L'amour est un crime parfait ) est assurée par la vague enquête autour de cette défunte disparue mais ne prend jamais le pas sur un fond plus psychologique autour du sexe, du plaisir et de la libido perdue et sur une note beaucoup plus épicée et rare au cinéma qu'est la nécrophilie ( comme ils avaient traité de l'échangisme dans "Peindre ou faire l'amour").
Mais nous sommes chez les frères Larrieu. Ils aiment traiter de sujets lestes et parfois un peu scabreux mais dans un dispositif mi naturaliste, mi fantastique qui déroutera sans doute les amateurs de comédies franchouillardes qu'une Karin Viard évoquant, sur tous les médias,une bite au fond de sa chatte, peut induire en erreur. Oui, on parle de sexe dans leur dernier film mais uniquement de façon orale...je veux dire par là qu'il n'y a que des mots pour le mettre en branle, les images sont réservées à l'imagination du spectateur. Et quand on aborde la nécrophilie, c'est souvent par le biais de l'humour et surtout de textes littéraires. La comédie à l'aspect facile des bandes annonces, vire bien au film d'auteur, avec quelques jokes pour les cinéphiles comme ces références aux fantômes ou à des animaux mystérieux rôdant dans les forêts d'Apichatpong Weerasethakul.
Cependant, on y retrouve ce qui fait habituellement la toile de fond des films des Larrieu : la nature lumineuse, accueillante dans laquelle évoluent des hommes et des femmes aux corps libres et à la sexualité simple et naturelle. Seul le personnage principal, Caroline, parisienne perdue dans ce village de l'Aude, sorte de Bécassine frigide va se cogner au contacts de tous ces gens à la sensualité si cordiale. Elle est un peu le regard du spectateur. Elle écarquille les yeux, n'en croit pas ses oreilles. Mais si comme elle vous acceptez de vous laisser aller à l'hédonisme ambiant, vous aimerez ce film un peu hors norme, sinon, vous risquez soit d'être un poil choqué (et pourtant Madame Figaro est partenaire de la chose !), soit perdre pied dans cet univers à nul autre pareil.
Magnifiant un  casting 4 étoiles (où Denis Lavant confirme après "Holly motors" qu'il est une bête de sexe), l'image est absolument superbe. Chaque plan, jamais ostentatoire, est d'une lumineuse beauté et en parfaite harmonie avec le monde décrit par les frères Larrieu, finalisant de son bel écrin ce film tout simplement fait pour le bonheur.



mardi 24 novembre 2015

La peau de Bax d'Alex van Warmerdam


Des marécages, un tueur à gages, de la dope, tout pour faire un polar bien noir, bien sombre, "La peau de Bax" se présente comme un énième resucée d'un film à l'univers bien balisé, sauf, que les marécages ne sont pas en Louisiane mais aux Pays Bas et que le réalisateur Alex van Warmerdam a décidé de jouer avec les codes du genre.
Le tueur néerlandais est un époux charmant, pourvu d'une compagne adorable et de deux fillettes à croquer. Mais le métier est difficile. Alors qu'il  avait décidé prendre sa journée, Schneider se voit obligé par son patron d'aller descendre un romancier alcoolo vivant au milieu des marécages. La fête d'anniversaire de sa cadette n'est pas compromise, abattre un écrivain un peu ermite n'est qu'une formalité qui ne demande ni temps ni grands moyens. Ca c'est sur le papier car dans la réalité, l'affaire va se révéler autrement plus coriace. Entre l'irruption d'une femme que son amant veut liquider et la famille sérieusement névrosée de l'écrivain qui débarque sans crier gare, le coup de pétard se trouve soudain bien difficile à placer.
Situé en plein été, par une journée ensoleillée le film donne déjà une première claque au genre. Non, pas de cieux grisâtres donnant  une atmosphère poisseuse et sinistre, pas de glauques demeures où la crasse y est une seconde peau mais une jolie petite cabane design à l'intérieur soigné et déco. Même les personnages sont tirés à quatre épingles et n'arborent pas une chemise fripée ou un pantalon informe qui feraient s'évanouir d'effroi la moindre machine à laver. Ce soin décalé apporté aux décors et aux costumes donne au film une allure propre et nette, accentuée par une mise en scène assez stylisée, avec de beaux cadrages proches de la peinture (contemporaine). La deuxième pichenette donnée au genre se situe dans le scénario, qui, même s'il utilise peut être un peu trop les apparitions fortuites de personnages, va toujours là où on ne l'attend pas, réservant des surprises à un rythme soutenu et maniant humour et dérision avec finesse.
J'ai pris une plaisir évident à vouloir "La peau de Bax", j'ai ri, j'ai frémi même, car un marécage reste un marécage, un danger peu surgir n'importe quand de derrière ces plantes luxuriantes. Totalement efficace, ce film néerlandais est une gâterie un peu noire mais réjouissante qu'une affiche un peu convenue ne devrait pas pénaliser pour peu que la curiosité (qui n'est pas un vilain défaut au cinéma et même ailleurs) vous pousse dans ses eaux inquiétantes.





dimanche 22 novembre 2015

El club de Pablo Larrain


Si vous projetez quelques vacances au Chili, pas sûr que la vision du magnifique " Le bouton de nacre" de Patricio Guzman sur les différents génocides qui ont secoué ce pays associée à celle de "El club" cette semaine vous fassent foncer dans la première agence de voyages venue.
Pourtant, le film de Pablo Larrain se situe dans ce qu'il semble être une petite station balnéaire. Il démarre sur une plage de sable plutôt noirâtre ( pas terrible pour étendre sa serviette ) où un homme joue avec un chien... Le temps est gris, l'image brumeuse sans que l'on sache vraiment s'il s'agit d'un brouillard naturel ou de filtres ad hoc ( en fait, des filtres utilisés dans de vieux films soviétiques). Bref, c'est déjà un peu glauque et la suite ne va pas infirmer cette première scène puisque nous voilà au sommet d'une colline où un groupe d'hommes à la mise sans âge et sans goût, observe à la jumelle une course de lévriers dans laquelle on reconnaît le chien de la plage, cornaqué cette fois-ci par une dame en sweat Gap. Le chien ayant remporté la course, nous retrouvons ce groupe autour d'une table, dînant presque en silence. J'ai pensé être parti pour un de ces polars où des marginaux vont subsister et se battre avec d'autres amateurs tout aussi à l'écart via de minables courses de clébards. Grossière erreur !  La suite va nous apprendre que ces hommes sont d'anciens prêtres mis à l'écart et que le Vatican soustrait à la justice des hommes même s'ils ont commis des actes répréhensibles (pédophilie, trafic d'enfants, ...). En gros, l'Amérique du sud en plus d'avoir été un repaire d'anciens nazis, est également spécialisée dans l'organisation de colos de vacances à vie pour les brebis galeuses de l'église catholique romaine.
Ce petit monde vit à l'écart, faisant quand même profil bas. L'arrivée d'un nouveau prêtre délinquant va bouleverser cette tranquillité. Le père Lazcano pensait se mettre au vert au bord de l'eau, mais c'est sans compter sur le hasard qui le met face à face avec un sdf qui n'est autre qu'une de ses anciennes victimes. Ce dernier hurle dans la rue, à qui veut l'entendre et avec les détails les plus crus, ce que le prêtre lui a fait subir. Devant ce déballage, l'ancien curé se tire une balle dans la tête. Branle bas de combat dans l'église chilienne et le Vatican. On dépêche vite fait un démineur de situations tendues, à savoir le jeune et beau père Garcia chargé de fermer cette maison...
Tout est malaise dans ce film! De ces prêtres qui n'ont aucun remord sur leurs actes à l'image constamment grise qui les enveloppe dans une brume sinistre. Même l'émissaire du Vatican est ambiguë à souhait, à la fois menaçant et séducteur, jamais on n'imagine où il veut en venir. Le film  arrive à semer le trouble dans l'esprit du spectateur, arrivant à créer une vague compassion avec le personnage du père Vidal tellement attaché à son chien. C'est sans doute pour cela que Pablo Larrain  arrive à éviter les écueils d'un trop grand moralisme démonstratif qu'un pareil sujet pouvait dresser. Le propos reste de toutes les façons sans équivoque. Sa position sur l'église catholique, extraordinairement retorse quand il s'agit de camoufler ses méfaits, utilisant avec des airs angéliques et pieux les pires exactions pour mieux retomber sur ses pattes, est ici montré sans concession. Cependant, cette plongée est si sombre, si pathétique, si tragique mais aussi si dégueulasse, si ignoble, que l'on en ressort les idées aussi grises que le sable de cette plage où ces religieux vivent toujours avec leurs prières à un dieu qui les protège des hommes et de leur justice.





samedi 21 novembre 2015

L'hermine de Christian Vincent



Michel Racine est grippé. Il est seul dans une chambre d'hôtel, il révise un dossier puis, avec sa petite valise à roulette et le nez qui coule, file vers son lieu de travail. Michel est le président redouté voire détesté de la cour d'assises de Saint Omer. Ce jour là s'ouvre un procès pour infanticide. Un jeune papa aurait tué son bébé trop criard à coups de rangers. Commence la valse des robes des juges, des apartés autour de l'affaire, des ragots sur le président. Tout se met en place petit à petit, chacun prend ses marques, un par un, les jurés tirés au sort s'assoient de part et d'autre des différents juges. Et furtivement, dans le regard pourtant implacable du président passe une lueur inhabituelle à l'appel d'une jurée d'origine danoise qui semble partager aussi ce trouble lorsqu'elle rejoint sa place. Le procès débute, théâtre d'un défilé de figures locales qui ne semblent pas en mesurer l'enjeu . Lors d'une interruption d'audience, Michel Racine envoie un sms à la beauté danoise, lui proposant de prendre un verre après l'audience.... Il la connaissait donc !
Que dire de "L'hermine" ? C'est le genre de film, très "qualité France", sur lequel se jetteront les lecteurs de "Notre temps" et les spectateurs de "Télématin". Ils passeront un très agréable moment à admirer la prestation toute en retenue de Fabrice Luchini et la beauté solaire de Sidse Babett Knudsen. Ils suivront avec attention ce procès, en tiquant peut être devant la présence un poil méprisante de témoins très typés Nord de la France à la limite du cliché, mais qu'une habile mise en scène arrive à faire vite oublier. Ils copineront avec les jurés, pas exempts de clichés eux non plus,comme s'il fallait à tout prix par leur intermédiaire, donner un petit témoignage de la France d'en bas.Ils retrouveront avec plaisir dans cette bande, Corinne Masiero , toujours impeccable mais dans son registre habituel de brave fille gueularde et populaire, Mais ils seront peut être comme moi en sortant de la salle et diront : "Et alors?". Si l'heure et demie passe très agréablement, la sensation de joli film est prégnante mais sans pour autant avoir rempli complètement son office. C'est soigné, bien joué, mais j'ai eu du mal à voir où tout cela voulait en venir. Certes on y trouve un regard pertinent sur le milieu judiciaire ou un délicat portrait autour d'un homme aux apparences glaciales qui cache tout au fond de lui un coeur tendre, mais sans que tout cela nous remue outre mesure. La joliesse de l'ensemble est plaisante, mais n'engendre aucune réelle réflexion comme si elle avait anesthésié l'esprit du spectateur en l'enveloppant dans une douce torpeur cinématographique. 


lundi 16 novembre 2015

Y a-t-il un chien dans ce livre ? de Viviane Schwarz


Un chien, des chats et un titre en forme de questions qui laisse sous entendre un album-jeu du genre  " trouver Charlie". L'album de Viviane Schwarz est bien évidemment ludique avec ses astucieux rabats que les enfants adorent soulever (dans cet album mais dans tous les autres car c'est inné ce plaisir de jouer avec la curiosité ) mais il va bien au-delà de cet aspect récréatif.
Au départ nous avons trois chats, trois minous appelés Mini, Lunatic et André. Ils nous accueillent à l'ouverture de l'album et s'adressent joyeusement à nous. Mais très vite leur odorat ultra développé détecte une présence indésirée. Ne serai-ce pas un chien ? !!! Horreur ! Un chien, c'est voleur, c'est sale, ça pue, c'est méchant, bref, les chats les détestent. Ils vont tout faire pour ne pas le rencontrer. Il n'y a que Mini qui lui, plus curieux, plus ouvert aussi  a envie de faire connaissance, lui caresser son poil qui a l'air aussi doux que le sien. Le chien lui, a envie de jouer avec ces drôles d'animaux. C'est finalement Mini, le petit chat qui établira le contact. Et là, le plaisir de la rencontre, de la découverte,  sera total. Mais le chien disparaît... Où est-il passé ? Que lui est-il arrivé ? Aurait-il été reconduit à la frontière ? Non, ce n'est pas dans le livre mais cela aurait pu y être car l'album traite avec beaucoup de malice du problème de la différence raciale. Tout y est pour faire la bonne leçon de morale de nouveau en vogue, mais c'est avant tout drôle, très intuitif, très simplement mené, jamais lourdingue ou lourdement bien pensant. Le but est d'abord d'amuser l'enfant même si le  sous texte suggéré permet d'aborder de façon calme et imagée les thèmes de la peur de l'étranger, de la richesse qu'apporte la main tendue vers un autre différent de soi.
"Y a-t-il un chien dans ce livre ?" est un  petit bijou bien utile dans notre époque de rejet, un album qu'il faut accueillir, raconter encore et encore pour que les yeux s'ouvrent sur ce monde mouvant qui devra accueillir des êtres dont la supposée différence n'est que le fruit de réflexes identitaires dont on voudrait bien se débarrasser.
Fortement conseillé pour les enfants de 3 à 5 ans.

dimanche 15 novembre 2015

Les gens dans l'enveloppe d'Isabelle Monnin et Alex Beaupain


Le projet de ce roman avait tout pour m'emballer. Du romanesque dans tous les sens du terme avec création d'un roman à partir de photos personnelles achetées chez un brocanteur sur le net et l'enquête pour retrouver ces inspirateurs anonymes. Cerise sur la gâteau, ce roman est accompagné d'un CD de 10 chansons écrites par Alex Beaupain. Que du bonheur en perspective surtout que j'avais beaucoup aimé le précédent roman d'Isabelle Monnin ( Daffodil silver) et le dernier album du chanteur.
Et j'ai été emballé ....contrairement à ce que pouvait laisser entendre mon introduction !
Il me faut l'avouer, j'ai été un tout petit peu déçu par le début du livre car je ne m'attendais pas à plonger illico dans l'histoire inventée, sans doute trop attiré par le descriptif de cette démarche originale. Situé dans une province profonde et à la réalité très naturaliste, le récit tourne autour du départ d'une mère avec son amant,  laissant une petite fille, Laurence, seule avec son père et ses grands-parents. C'est joliment troussé, avec un discret hommage à toutes ses vies anonymes tout aussi porteuses de dramaturgie que d'autres, plus aisées et/ou plus parisiennes. J'ai apprécié la plume sensible d'Isabelle Monnin mais il me tardait de plonger au coeur de cette idée originale, car comme beaucoup de monde sans doute, assis à la terrasse d'un bar, j'ai souvent imaginé des vies en observant des passants ou des voisins de table ou inventé une anecdote, inspirée par une photo trouvée au fond d'une caisse lors d'un bric à brac. Lorsque se présente un roman qui reprend ces petits moments créatifs d'une vie de rêveur, on ne peut que dévorer avec curiosité ce qui va suivre.
Dans cette deuxième partie du livre, plus documentaire, nous suivons l'auteure dans sa recherche des personnages réels qu'elle finira par débusquer pas loin de la commune de son enfance. Après m'être un peu perdu dans la généalogie de cette famille ( les prénoms inventés se heurtant aux vrais ), l'enquête s'attache à Michel, le père de Laurence, personnage touchant et sensible, dont l'histoire au final pas si éloignée de celle inventée, devient vraiment émouvante. Isabelle Monnin n'hésite pas à se mettre en scène, nous faisant partager avec beaucoup de pudeur l'émotion qu'elle éprouve à voir vivre devant elle les personnes des photos. Elle comprend avec une infinie délicatesse le séisme intérieur que peut déclencher sa venue au milieu d'une vie aux apparences anodines. Son regard empli de tendresse pour ces gens lui rappelant sa propre famille est un magnifique hommage aux gens simples. L'émotion est palpable sur toute la dernière partie du livre, émotion simple mais vraie.
Evidemment quand j'ai refermé "Les gens dans l'enveloppe", j'étais sous le charme de cette jolie aventure. Il ne me restait qu'à écouter les chansons d'Alex Beaupain.
Je l'avoue, je l'avais écouté sitôt le roman acheté et j'avais été assez déçu. A tort, car, après lecture, écouter ces chansons inspirées de l'histoire de ces gens et entendre leurs vraies voix donne à ce disque une intensité soudaine qui provoque là aussi une vraie émotion. Les chansons prennent un sacré relief. On reconnaît la patte de Mr Beaupain et depuis quelques jours deux titres passent en boucle : le rythmé "Couper les virages" et le splendide "Mon cher ",  simplement mais élégamment interprétés par Clotide Hesme.
Alex Beaupain interprète ici "Couper les virages" dans une version plus lente. 


D'un projet original et ludique, Isabelle Monnin a concocté une oeuvre globale, émouvante qui  emportera sans doute les lecteurs sensibles dans des zones qu'il faudrait flatter plus souvent :   la pudeur et l'humanité.

samedi 14 novembre 2015

13 novembre, tristesse


Jour de grande tristesse, jour où l'humanité révèle encore un peu plus son inhumanité, jour où soudain le consensus national semble se réveiller encore une fois, jour où le chagrin et l'empathie l'emportent encore mais jour où l'on sent poindre les premiers propos nauséeux, récupérateurs, mercantiles et bassement matériels, jour où l'on sent bien qu'à force d'avoir vécu repliés sur nous même, égocentrés, les enjeux véritables échappent encore à beaucoup.
Rêvons d'un sursaut citoyen et mondial face au crime le plus lâche. Rêvons que cette guerre d'un nouveau genre ne nous amène pas vers le chaos.
Je ne fais pas le malin aujourd'hui, mais dès demain, je recommence, la tête haute, le coeur fier, je continuerai à écrire sur tout ce dont j'ai envie parce la connerie, la barbarie ne m'empêcheront pas de sortir, de voir, d'entendre, de donner à partager. Cette liberté là m'est chère, c'est notre ADN, et s'il faut en mourir, au moins ce sera pour une cause qui en vaut la peine.
Soyons fier de notre culture, partageons là, rêvons qu'elle puisse être un vecteur pour que le monde aille mieux, un élément d'ouverture d'esprit et de tolérance et le ferment de jours meilleurs.
Et encore une fois merci à Mr Chaplin pour son film qui a inspiré et inspirera encore beaucoup, je l'espère, des oeuvres qui enthousiasmeront le monde.

jeudi 12 novembre 2015

Le fils de Saul de Laszlo Nemes


"Le fils de Saul" arrive sur les écrans auréolé d'un grand prix à Cannes, d'une cohorte d'articles questionnant sur la représentation de l'irreprésentable, ainsi qu'un vague début de polémique lancé le jour de sa sortie par le journal Libération. Il faut sans doute tout cela pour amener les spectateurs voir durant presque deux heures un prisonnier juif enrôlé de force pour aider les nazis au remplissage et au nettoyage des chambres à gaz découvrant parmi les cadavres un jeune garçon survivant...
Sur ce sujet peu anodin dans un lieu encore moins anodin, il est difficile de rester de marbre. Après le choc de la projection, le film chemine en nous, des questions remontent, se mêlent au ressenti.
L'oeuvre est riche, forte. Pour moi il y a deux films intimement  imbriqués. Tout d'abord, l'histoire qui se déroule au premier plan, celle de Saul, personnage mystérieux,  qui s'accapare du cadavre d'un garçonnet ayant inexplicablement réchappé de la chambre à gaz mais qui mourra un peu plus tard dans les  mains d'un médecin. Il dit reconnaître son fils et n'a plus qu'une obsession, enterrer dignement cet enfant selon la tradition juive. Pour cela, il lui faut trouver un rabbin. Sa quête sera la trame du film. Son regard ferme dans lequel on lit toute l'obsession de cet homme à essayer de faire l'impossible au milieu de ce chaos, ne quittera pas l'écran, traqué par une caméra le filmant le plus serré possible. Saul, au milieu d'une mutinerie qui se fomente, choisit une révolte radicalement différente, toute empreinte de religiosité.
Ensuite, il y a un deuxième film, qui se déroule en arrière plan souvent dans le flou. C'est la représentation de la solution finale choisie par les nazis, de l'arrivée dans un vestiaire où l'on fait se mettre nus des centaines de juifs, que l'on pousse dans une chambre à gaz, que l'on ressort en les traînant par terre avant de les brûler soit dans des bûchers soit dans un four crématoire. Cette représentation que l'on pensait impossible, irregardable, est pourtant très fortement présente, surtout illustrée par les bruits de portes que l'on ferme, de corps que l'on moleste, de cris, de hurlements, de coups sur des portes métalliques, d'ordres aboyés... et des images que l'on devine mais qui ont une portée glaçante ( c'est un faible mot). Cette toile de fond nous montre que ces camps de concentration étaient conçus comme des usines de mort et n'avaient qu'un but : la productivité ! Nous sommes au coeur du génocide, tétanisés par ce spectacle qui, par la pudeur d'une caméra et d'un réalisateur sacrément virtuose, n'est jamais abject et encore moins voyeur.
Au milieu de cette folie meurtrière, l'histoire de Saul, petite histoire au milieu de la grande, a peiné à réellement soutenir mon attention, sans doute parce que je ne suis pas très sensible aux élans mystiques même si ici, c'est un des chemins possibles  pour ce personnage, dans cette situation. Cependant, le procédé de mise en scène consistant à ne suivre que le visage de cet homme transcendé par son devoir de conscience et sans doute par une voix intérieure qui le guide, se révèle aussi sophistiqué qu'intelligent, aussi puissant qu'éprouvant. Nous sommes emportés avec lui dans cette hystérie collective où l'on ne pouvait que choisir entre la mort et la mort. Le visage de Géza Röhrig, formidable acteur, nous hantera longtemps mais bien moins que cette rigoureuse et surtout irréprochable représentation, sûrement proche de l'insoutenable vérité de ces camps de la mort.
Je ne sais pas si c'est un grand film, mais certainement une oeuvre qui secoue, qui doit être vue pour son impeccable mise en scène mais surtout pour que jamais on oublie cette horreur.



mardi 10 novembre 2015

Jeu de voyage d'Hervé Tullet




Ce " Jeu de voyage", paru une première fois en 2008 dans les défuntes mais néanmoins excellentes éditions Panama, réapparaît donc pour distraire les petits à partir de ... aller, soyons fou 12 mois, mais les 18 mois ou les deux ans y trouveront du plaisir c'est certain. 
Le principe de cet album qui fait partie d'une série appelée "asticodoigts", est de dessiner deux ronds ( les yeux) et un trait incurvé (une bouche souriante) sur le doigt puis de le glisser dans le trou aménagé au niveau de la tête des personnages et de l'agiter pour mieux les faire vivre. C'est ludique, plaît aux petits même si la manipulation s'avère un peu difficile. Ils ont la fâcheuse tendance à mettre le doigt dans le trou face à eux et n'obtiennent pas l'effet voulu par l'auteur. Il faut que la main soit placée au dos du livre s'ils veulent avoir le plaisr de voir un doigt personnifié s'agiter gaiement. Pas évident pour les plus jeunes, mais rien que le fait de pouvoir se glisser dans ces fenêtres suffit à leur donner grande satisfaction. Mais à ce stade, je parle plus d'un jeu que d'un livre. 
Si d'aventure, un parent voulait, avec ses doigts faire une lecture ludico/littéraire, il se heurterait à deux écueils :  La manipulation de l'ouvrage à tenir d'une main et à animer de l'autre en glissant son doigt décoré dans les  trous est un exercice de haute volée, nécessite une dextérité obtenue après des heures de stage pratique chez un contorsionniste et la lecture s'avère peu passionnante. Composé d'une suite de petites phrases sans grand intérêt ni originalité. l'album est un mix entre un petit imagier et un vague documentaire. On appréciera les images très colorées et inimitables d'Hervé Tullet que l'on a connu plus créatif quand même... Reste l'aspect ludique qui plaira certainement aux plus petits mais dont ils risquent de se lasser comme nombre de jouets qui peuplent leur chambre abandonnés au fond d'une caisse. 


Roman lu dans le cadre de "Masse critique" du site Babelio, le site de tous les  lecteurs. 





dimanche 8 novembre 2015

Le bouton de nacre de Patricio Guzman



Ce documentaire, aussi poétique que politique, aussi libre qu'émouvant, envoûte autant par sa beauté plastique que par la profondeur de son propos. Poème mémoriel pour un pays scindé en trois pour cause de longueur excessive lorsqu'on doit l'afficher sur une carte et en deux quand il s'agit d'évoquer le passé , "Le bouton de nacre" est un grand voyage au coeur des éléments naturels qui façonnent le Chili mais aussi d'un passé que beaucoup voudraient effacer.
Porté par la belle voix grave et lente de Patrizio Guzman, nous nous embarquons dans un pays où l'eau fait corps avec le ciel, où tous les climats existent, du plus aride au plus froid. Pour nous couper de notre réalité et mieux nous préparer à la suite, la caméra du réalisateur caresse de magnifiques paysages marins, souvent glacés, survole sur les télescopes du désert d'Atacama, se balade dans l'espace au milieu des étoiles. Et puis, en s'attardant en Patagonie, évoque la disparition des premiers habitants de cette terre peu hospitalière, quatre tribus magnifiques qui vivaient au fil de l'eau, en accord complet avec la nature. Exterminés par les colons autant que par la civilisation, ils ressuscitent devant nos yeux grâce notamment aux photos émouvantes de Martin Gusinde prise au début du siècle dernier mais aussi par la grâce des derniers et ultimes descendants qui ont conservé un peu de la langue originelle. Dans une magnifique scène où le réalisateur leur demande la traduction de  mots courants dans leur langue aujourd'hui presque disparue, aux mots dieu ou police, ils ne peuvent répondre car ils n'ont aucun sens pour eux.
 De ces peuples premiers du Chili, demeure l'histoire de Jimmy Button, indigène échangé contre un bouton de nacre et emmené durant une année en Angleterre pour être éduqué. Ce bouton de nacre fait écho à un autre bouton de nacre retrouvé lui collé à un rail rouillé de chemin de fer au fond du Pacifique. Il a appartenu à un des nombreux prisonniers que le  régime de Pinochet a largué en mer, bien lestés. Deux boutons pour deux terribles massacres que la mémoire collective essaie d'oublier mais qui remontent à la surface, portés par les eaux qui ont gardé ces horreurs en mémoire.
C'est la force de ce magnifique documentaire d'allier les êtres avec les éléments naturels, de rattacher l'Histoire avec la simplicité d'un bouton ou d'un morceau de quartz, de faire ressentir le poids d'un passé face à la crainte de l'oubli, de donner à percevoir avec infiniment de cohérence combien notre monde possède de beautés que nos civilisations successives nient avec ostentation.
"Le bouton de nacre" est sans doute le film d'un homme libre qui, bien que traçant toujours le même sillon contre l'oubli d'une répression passée, atteint désormais l'universel. Son recul, son regard toujours émerveillé sur le monde et sa grande sagesse lui permettent de donner à son propos un portée encore plus ample, plus humaniste. Le spectateur en ressort enrichit, porté par la beauté des images, la clarté et l'émotion du propos.


jeudi 5 novembre 2015

Le livre sans images de B. J. Novak


Première étape : le lancement
 L'école des Loisirs a sorti  le 4 novembre un album sur lequel elle compte beaucoup : Le livre sans images, traduit de l'américain par Geneviève Brisac, excusez du peu. Le projet d'un album sans images, mettant en avant l'importance des mots écrits, de leur sens, et qui provoque le rire, ne peut qu'apparaître sympathique. Selon, l'éditeur, la tranche d'âge visée est 7/10 ans... Pourquoi pas ? Mais du coup, à cet âge là, on commence à savoir lire et les premiers romans, sans (trop)  images sont légion. Ne chipotons pas et regardons la vidéo qui accompagne le lancement de cet album ( lien vers la vidéo ). On y voit l'auteur ( mais aussi acteur et scénariste), qui lit son oeuvre avec conviction et force roulement d'yeux. L'auditoire enfantin, filmé en contrechamp s'esclaffe, se tord de rire, visiblement conquis. J'ai pensé toutefois à une sitcom bien montée et trouvé le texte un peu facile. Mais comme nous n'avons à l'écran que les premières pages, il est difficile de se faire une réelle opinion.
Deuxième étape : la découverte du livre
Lorsque j'ai reçu l'album ( grand remerciement à l'Ecole des Loisirs ! ), je me suis jeté dessus persuadé d'avoir entre les mains une petite merveille d'originalité et de modernité. C'est vrai que ces lettres noires sur fond blanc, avec le nom de l'auteur en bleu a quelque chose de l'objet design. Il fera très bien dans les librairies des musées d'art contemporain. Et je me suis plongé dans la lecture....
Et là, perplexité ! J'ai trouvé cela consternant ! L'idée de départ, certes rigolote, vire vite en une succession de vieux ressorts faciles qui font rire facilement les enfants. Pas besoin de comprendre, le seul fait d'entendre des onomatopées ou gros patapouf les met en transe. Le livre au final ne raconte rien, il se contente d'utiliser des ficelles vieillottes, faisant de l'adulte lecteur une personne soi-disant dépassée par le pouvoir des mots. Je ne suis pas certain que cela aura un retentissement intelligent sur la compréhension des enfants sur la fonction des mots dans la communication. Dans une fiche pédagogique, également sur le site de l'éditeur, on nous parle de l'importance des caractères, des formes et des couleurs données pour que les enfants aient envie de se les approprier, devenant ensuite les vecteurs d'une fabrique d'images. C'est vrai en pratique, mais absolument pas original. Des centaines d'albums  jouent de cette façon avec la langue depuis fort longtemps, de façon tout aussi ludique et surtout moins prosaïque. J'ai eu l'impression dans cette "histoire" que l'enfant était considéré comme un consommateur dont on flattait les instincts primaires plus que sa capacité à réfléchir ( sans compter un passage flatteur et insupportable, le rendant hypra extraordinaire et formidable). Mais foin de critiques, il me fallait expérimenter cet album sur un vrai auditoire. J'ai choisi une classe de Grande Section (5 ans), d'un quartier favorisé, habituée aux livres et donc en capacité de bien saisir le sens de tout ça.
Troisième étape : devant les enfants.
Avant de faire face aux enfants, il m'a fallu, comme pour toute lecture d'album, m'approprier ce texte, me le mettre en bouche. Ce n'est pas parce que je n'ai pas aimé ce "Livre sans images" que j'allais en saboter la lecture. Et dans celui-ci, il y a un peu de boulot car, il faut faire constamment des apartés, comme dans les vieilles pièces de théâtre, vous savez, celles où l'on appuie bien fort des fois que le spectateur, un peu lent à la compréhension, ne suive pas ! Après un peu d'entraînement, j'ai entamé la lecture, comme l'auteur dans la vidéo, en montrant le texte et du ton le plus neutre possible. Bon, déjà , certains rigolaient comme des baleines !!!! Pourquoi ? Mystère. Peut être pressentaient-ils la suite hilarante. Car, bien sûr, elle fut hilarante. La première onomatopée lue mit les rieurs de mon côté et dont les esclaffements contaminèrent tout le monde, même ceux qui n'avaient pas écouté, ni trouvé cela particulièrement drôle ( certains se forçaient pour être dans le mouvement général, mais cela est humain). La suite donna raison à l'éditeur sur le plan de la rigolade, ce fut un vrai succès (et sans rouler des yeux comme l'auteur). Une fois terminé, on me réclama une deuxième lecture...
Dernière étape : conclusion
"Le livre sans images", avec sa jolie mise en pages, reste certainement efficace auprès des enfants, je ne peux le  lui enlever. Cependant, il joue sur des recettes faciles pas très glorieuses et je ne suis pas certain que le livret pédagogique qui l'accompagne puisse l'occulter. En flattant le côté bon public de l'enfant, même déguisé en bonnes intentions pédagogico-ludiques, je verrai bien l'auteur faire  sa promotion dans une émission télévisée d'une chaîne commerciale, il en a tous les ingrédients démagogiques.
 Pour terminer, une phrase m'a intrigué : "Et je suis obligée de te lire tout ce qui est écrit ? " ...le féminin ...obligée... Est-ce à dire que notre traductrice pense que c'est forcément les femmes qui lisent des albums aux enfants ? Vision simpliste et surtout dépassée voire discriminante. On pourra me dire c'est pour une fois une victoire du féminin sur le masculin, mais sur le moment, vu côté roublard de cet album, j'en ai douté... 

mercredi 4 novembre 2015

La petite boîte d'Eric Battut


Quoi de plus formidable qu'une petite histoire en randonnée, toute simple avec une phrase comme un refrain pour faire entrer les petits futurs grands lecteurs dans le monde si merveilleux des livres ? Dans la nombreuse production d'Eric Battut, il y avait déjà quelques titres incontournables  (Le secret notamment , chez le même éditeur). Avec cette petite boîte, il nous offre un bel album aussi simple que passionnant.
Sur son grand cheval, le roi, tout petit, galope avec, posée derrière lui une petite boîte. "Mais qu'y-t-il dans cette petite boîte ? " La phrase magique , jolie petite ritournelle simple et interrogative, accompagne la lecture, la fait rebondir sans cesse, enjoignant ainsi de tourner vite la page car le mystère amenant la curiosité, les doigts deviennent fébriles, l'esprit s'échauffe. Le roi franchit le pont-levis avec sa petite boîte et son contenu mystérieux. On notera au passage que le roi est petit, comme la lectrice ou le lecteur qui est quand même, en sa maison une sorte de roi ( de reine...mais là je refuse de rentrer dans les considérations sexistes ou pas, l'album fonctionnant au final aussi bien chez les filles que chez les garçons car la curiosité l'emporte sur l'identification). Donc ce roi, tout petit avec sa toute petite boîte va rentrer dans son château, nous faisant au passage visiter quelques endroits emblématiques de sa demeure. Et toujours cette lancinante question de savoir ce que peut contenir cette petite boîte aux allures de petit coffre...
Je ne révélerai pas bien sûr, le trésor qu'elle contient. C'est juste une chose fantastiquement adorable qui fait basculer cette petite randonnée dans la catégorie de ces albums qui deviennent indispensables pour s'endormir ou comment passer de la petite aventure énigmatique au délicieux retour au calme.
Avec un trait simple comme toujours, peu de décors mais suffisamment pour éveiller l'imagination et éloigner les plus jeunes des couleurs criardes des tablettes ou des séries télévisées, au fil des pages de tous petits détails qui n'accrochent pas le regard à la première lecture, mais bien plus tard lorsque vous lirez cet album pour la vingtième fois ( oui, vous êtes prévenus, l'album risque fort de devenir addictif ), "La petite boîte" est une jolie réussite qui ravira les enfants de 2 à 4 ans (sans craindre une seconde qu'ils virent royalistes).


mardi 3 novembre 2015

Mimoun de Rafaël Chirbes


Il y a des livres qui nous arrivent dans les mains par d'étranges détours. Celui-ci m'a été offert par un ami alors que nous cherchions tout autre chose dans une librairie. En tombant sur ce roman lu il y a plus de dix ans, il s'est rappelé la mort récente de son auteur, considéré comme un des écrivains majeurs actuels en Espagne. Comme, je l'avoue, je ne le connaissais pas du tout, il a paru à cet ami indispensable que je plonge dans son univers, surtout que "Mimoun" est son premier ouvrage publié.
Nous sommes plongés au coeur du Maroc, à Fès, sur les basques de Manuel, un prof d'espagnol passablement dépressif. Il a quitté Madrid pour faire une sorte de point et s'isoler dans un pays qu'il ne connaît pas. traînant son mal de vivre chez des expatriés comme lui. Il va finir par se poser à Mimoun, petite ville pas loin de Fès. Là, inexorablement, son moral va s'effriter au fil de soirées passées à boire  et à trouver quelques corps accueillants, hommes ou femmes, pour finir la nuit. Autour de lui, marginaux et solitaires (souvent les deux à la fois), autochtones serviables mais également intéressés par la supposée richesse de ces occidentaux un peu dépravés et police un rien intriguée par cette vie dissolue, vont créer au fil des mois autour de Manuel une ambiance de fin de règne.
Roman d'apprentissage autant que récit d'un exil, voire d'une dépression, "Mimoun " intrigue par son caractère presque photographique des situations. La plume de Rafaël Chirbes englobe ses personnages dans un décor toujours très présent dont on ressent même les odeurs ou les textures. Le vent, la pluie, la boue, le soleil, la poussière, la crasse, enveloppent le récit et Manuel pour mieux l'accompagner dans cette chute au fond de lui même, allégorie sous-jacente d'un pays que l'on devine dans le même état. Il décrit toutefois un pays où le commerce de choses pourtant interdites comme le sexe et l'alcool, est totalement aisé, un genre d'éden pour voyageur en recherche de plaisirs faciles. C'est un peu déroutant mais preuve emporte ce roman dans des sphères beaucoup plus romanesques que prévu.
Ce premier roman semble un peu à part dans l'oeuvre de l'écrivain espagnol, les suivants se déroulant en Espagne et ayant un caractère beaucoup politique. Il donne toutefois l'envie d'aller y faire un petit tour. Et c'est là que je me dis qu'il faut toujours écouter ses amis, ils restent les meilleurs dealers de découvertes !




lundi 2 novembre 2015

Astérix / Le papyrus de César de Jean-Yves Ferry et Didier Conrad


Je l'avoue, j'avais laissé tomber Astérix depuis des décennies. Le dernier album lu devait être " La grande traversée " qui n'avait pas du m'emballer si j'en juge par le nombre d'années où la série n'a existé pour moi qu'au travers de la sortie de films plus ou moins réussis. Et là, sans doute un effet de l'âge et du vieillissement, comme pour retrouver un goût de ma jeunesse, et sans doute attiré par les sirènes médiatiques, j'ai craqué pour cette nouvelle livraison.
Avec deux excellents auteurs à la barre, le risque était limité quant à la déception. Effectivement, l'album est plaisant mais de là à dire que c'est formidable, je ne franchirai pas le pas. Le dessin de Didier Conrad, très proche de celui d'Uderzo, voire même un peu plus dynamique, ravit l'oeil . Le scénario est bourré à bloc de l'ADN de la série et s'articule avec cette histoire de papyrus volé à César lors de la rédaction de sa "Guerre des gaules", papyrus racontant son impossibilité à mettre au pas ce village d'irréductibles gaulois et qu'un conseiller éditorial lui a conseillé de squeezer.
 Comme au bon vieux temps de Goscinny, la série sert de théâtre pour brocarder un fait sociétal et ici, c'est la communication qui est visée. Jean-Yves Ferry s'en est d'ailleurs donné à coeur joie. Le pigeon remplaçant le smartphone,  les jeux de mots et les allusions parsèment l'histoire et font bien sûr mouche à chaque fois. Il a par ailleurs cru bon de rajouter une histoire d'horoscope qui revient en running gag, mais là, cela fonctionne moins bien. Le récit avance, cahin-caha, alourdit par ses héros dont le caractère assez bon enfant a moins de prise avec notre époque.
C'est sans doute là que le bât blesse. Si aux tournants de la fin des années 60, ce mélange de personnages historiques mettant en exergue quelques faits de société contemporains pouvait surprendre, plaire, qu'en est il à une époque où la bande dessinée a sérieusement défriché la narration et ouvert son monde à des thèmes sortant des sentiers battus ? Astérix est sans doute une manne pour les éditeurs, vivant sur la nostalgie et sur un socle énorme de lecteurs potentiels mais, je l'avoue, pour moi, même avec de bons repreneurs, cela sent le daté, le réchauffé. La nostalgie n'a pas vraiment joué. J'y ai trouvé un récit agréable mais jamais surprenant, assez drôle parfois mais un peu poussif car empêtré par des personnages dont l'important cahier des charges accumulé au fil des décennies empêche une évolution tangible.
A trop respecter cet univers, à ne pas trop dépoussiérer des personnages qui fleurent quand même l'encaustique, ce 36 ème album des aventures d'Astérix, rassurera  sans doute les nostalgiques de la série mais n'offre aucunement la perspective d'une continuité endiablée. A trop respecter certains codes et en restant sur une ligne trop formatée, la série continue de ronronner, assez joliment, mais sans donner de signes de bouleversements qui pourraient la faire vraiment évoluer. 

dimanche 1 novembre 2015

The lobster de Yorgos Lanthimos


Haro sur les célibataires dans le nouveau film de Yorgos Lanthimos. Le couple y'a que ça de vrai et fissa en plus. Vous divorcez, vous vous séparez ? Soit vous avez déjà quelqu'un et là, aucun souci, sinon, cachez-vous, l'arrestation est imminente. Dans ce cas là vous serez conduit dans un bel hôtel avec d'autres célibataires, mais vous aurez 45 jours pour trouver l'amour sinon vous serez transformé en animal, celui de votre choix quand même ! Attention, on parle de vrai amour, pas un partenaire de substitution pour assouvir quelques instincts que certains considèrent comme bas ou jouer les amoureux. Non, un vrai sentiment amoureux. Les idéologues de cette drôle d'institution ont une idée un peu schématique de l'amour dans le sens où ils vont trouver crédible que l'on s'assemble parce que l'on a des points communs, être sujet au saignement de nez par exemple. David, le héros du film, va avoir du mal à trouver chaussure à son pied et préférera prendre le maquis et rejoindre un groupe de  célibataires irréductibles. Mais là aussi, il y a des lois, toutes aussi étranges : tomber amoureux est interdit. Et bien sûr, ce qui ne doit pas arriver, arrive...
Point fort de ce long métrage qui a obtenu le prix du jury à Cannes, c'est son scénario créant un monde assez délirant, incompréhensible et aux personnages ayant de drôles de comportements. La scène d'ouverture de "The lobster" en est la parfaite illustration. La caméra placée dans une voiture filme en gros plan le visage d'une femme qui conduit. On devine une route isolée sous la pluie. La voiture s'arrête, la femme descend. La caméra pivote et filme au travers du pare-brise qu'un essuie-glace ne balaie que par intermittence. La femme s'avance vers trois ou quatre ânes en train de paître, sort un pistolet, en abat un et retourne dans la voiture. Générique.
Cette façon singulière d'entrer dans l'oeuvre du cinéaste grec enjoint le spectateur à laisser de côté sa rationalité et de se laisser gagner par l'interrogation. Ce sera un voyage étrange, difficile à percevoir parfois comme nous l'indique cette scène de présentation à l'écran envahi par les gouttes d'eau qui ne seront chassées que par moment. Tout le film j'ai navigué dans une zone où se mêlaient étonnement, perplexité, ravissement et étonnement.  Et c'est vrai que la première partie du film est assez emballante, avec cette sorte de fantastique humoristique grinçant un peu nonchalant mais plein du charme de l'inconnu. On suit Colin Farrell, méconnaissable avec ses lunettes, sa bedaine et son frère en laisse ( c'est un chien car il n'a pas réussi à trouver l'amour en jours lors de son séjour), mi amusé, mi intrigué. Puis, quand  le personnage central prend la fuite pour rejoindre dans la forêt humide des maquisards de l'amour, le film perd pas mal de son humour et s'enfonce dans un absurde façon cul de sac. Colin Farrell  patauge dans la boue en poncho de rando, Léa Seydoux, la cheftaine des rebelles, a un air dur et antipathique et ne donne nullement envie de tomber amoureux d'elle. Rachel Weisz, qui cumula lors de ce festival les rôles dans des films étranges  (Youth ), est très convaincante dans un rôle ingrat de myope en poncho elle aussi. Les amoureux s'inventent un langage avec leur bras, déambulent sur des routes au pas de charge, et le spectateur est un peu perdu. La grisaille ambiante et générale s'empare du film qui continue à égrener ses scènes de plus en plus étranges, noyant un éventuel propos. Je sais bien que Yorgos Lanthimos propose au spectateur de s'insérer dans les nombreux interstices qu'il laisse pour sa réflexion, mais le jeu m'est devenu vite un peu pouffant.
Il me restera toutefois cette sensation très agréable d'avoir été plongé dans un univers inédit, aux codes toujours surprenants. Le jeu était peut être un peu long pour moi et n'a pas déclenché de réflexion profonde sur le couple, l'amour, qui paraît être le thème de cet exercice cinématographique haut de gamme. Hermétique sans doute, "The lobster" a excité ma curiosité sans jamais parvenir à me  passionner complètement.


Bécassine ! de Bruno Podalydès