dimanche 31 janvier 2016

Encore heureux de Benoît Graffin

Si vous avez vu la bande annonce d'"Encore heureux", le meilleur y est dedans ( et en mieux monté que dans le film....). Et comme je ne dérogerai pas à la règle, elle sera à la fin de mon avis, libre à vous d'aller y jeter un oeil.
Si vous aimez Sandrine Kiberlain (comme moi), nul doute que vous serez impressionnés par son jeu dans un film qui ne vaut pas tripette. Elle le porte de bout en bout, vaillante soldate d'une comédie par ailleurs mal fichue et improbable.
Si vous aimez Edouard Baer, vous ne serez pas non plus déçus, il fait du Edouard Baer avec brio mais sans surprise, jetant répliques et regards lunaires dans une histoire  qu'on voudrait nous présenter comme mordante et déchaînée.
Sans nul doute, hormis ces deux acteurs, le film n'a aucun intérêt, la faute à un scénario parsemé de détails discordants qui se contredisent et qui n'arrive jamais à obtenir un mélange probant entre méchanceté, drôlerie et chronique sociale, Les premières minutes d'exposition sont bizarrement montées comme si on avait pioché dans de multiples prises d'une même scène que pour ne garder que des bouts de chacune. Cela donne à l'écran un déroulé saccadé et heurté assez désagréable, comme un clip qu'on voudrait un peu hystérique mais qui n'est au final qu'un pudding mal amalgamé. La suite hésite constamment en la satyre et le lancer de répliques qui doivent faire mouche. Les deux acteurs principaux y parviennent parfois mais comme autour d'eux on s'agite façon téléfilm pas terrible de M6, le spectateur passe en mode sceptique et du coup compte les nombreuses incohérences du scénario.
Inutile donc d'aller passer une heure et demie pour voir Bulle Ogier, charmante mais dans le rôle mille fois vu  de la mamie aux répliques vulgaires, ni pour les apparitions totalement inutiles de Benjamin Biolay en séducteur richissime, draguant la ménagère de presque 50 ans. Les enfants sont comme souvent ou inexistants ou insupportables. Bref, une comédie qui pourra être vu un de ces jours prochains à la télévision  ou plus tard dans une rétrospective Sandrine Kiberlain, comme témoignage de son parfait savoir-faire de comédienne pouvant donner du nerf et un semblant de rythme à n'importe quelle production, même les plus mal construites.


dimanche 24 janvier 2016

Mon maître d'école d'Emilie Thérond


Emilie Thérond n'a pas été une élève modèle, tout du moins à l'école élémentaire, comme on peut en  juger lors d'une séquence de son film qu'elle consacre à son instituteur de l'époque, Mr Burel. Pourtant elle est devenue réalisatrice et consacre un très beau documentaire à une profession qui est en train de disparaître. "Comment ça disparaître ?!!! L'Education recrute à tour de bras ! " (là, ce sont les réflexions que tout lecteur se fait en lisant la phrase précédente.). Non, des comme cet instits, ils ne doivent pas en trouver des masses au ministère ! Imaginez quelqu'un qui aura passé toute sa carrière dans un même village du Gard, en classe unique et créant une école ouverte sur la vie et le monde, comme une deuxième maison pour les enfants. Loin d'être un pédagogue à la pointe de la  modernité, faisant fi des préparations toutes prêtes et sans grand intérêt dénichées sur internet, tout comme des tablettes et autres gadget numérique, Mr Burel apprend les règles d'orthographe, les mathématiques et tout ce qu'un jeune enfant doit savoir pour en faire une personne responsable et autonome. Ayant la chance d'habiter à la campagne, ses élèves sont à l'école de la vie et de la nature, écoutent leur maître  sous un grand chêne aux beaux jours, font des cabanes et grimpent même très haut dans les arbres, ce qui ferait frémir le moindre instit actuel (et parent) car à l'école, tout est devenu dangereux et interdit.  Cependant, cela ne l'empêche pas d'amener sa classe en visite à Paris. Dispensant son savoir avec humour, bonhommie et rigueur, ce maître comme on n'en fera plus beaucoup, vit sous le regard de la caméra de son ancienne élève, sa dernière année scolaire avant sa retraite.  Rythmée par les saisons,  cette ultime classe vivra comme d'habitude avec ses élèves en manque de confiance, les bagarreurs, les querelleurs, mais toujours sous le regard bienveillant de Jean-Michel Burel. 
Bien sûr, le film fait penser au fameux "Etre et avoir", mais là où tout semblait factice et fabriqué chez Nicolas Philibert, Emilie Thérond attrape des moments de vérité sur le vif. Pas d'élève craquant mise en avant et en scène, juste une vraie réalité de classe, rien ne semble reconstitué, rejoué, tout est naturel. Sa proximité avec Mr Burel, jamais cachée,  lui permet de capter des moments de confession sur son métier qu'il faudrait montrer à tous les futurs enseignants. Evoquant son début de carrière, où il reconnaît avoir été moins cool par peur de se faire déborder, il rajoute aussi qu'un enseignant qui ne fait pas rire ses élèves, ne fait pas un peu le couillon devant eux, ne doit pas être bien rigolo et offre une classe pas marrante aux jeunes qui doivent s'ennuyer à mourir auprès de lui (et du coup doute de l'efficacité de son travail qui pour lui, ne peut se faire que dans une bienveillance). 
Je ne m'appesantirai pas sur la dernière partie du film, celle où la fin de la classe approche pour les élèves mais surtout pour le maître. C'est une succession de scènes à l'émotion diffuse mais bien présente et lorsque les élèves, quittent une dernière fois sa classe sous le regard embué de larmes de Mr Burel, la salle hoquetait d'émotion, les mouchoirs étaient de sortie, car Emilie Thérond a su placé sa caméra à la distance idéale. Le plan où les enfants partent en vacances un par un, filmé depuis depuis le seuil de la porte est un modèle du genre....
"Mon maître d'école " est un très joli et tendre documentaire, un hommage à une profession, qui sous la forme présentée dans le film, n'existera bientôt plus. Raison de plus pour aller la redécouvrir. Le film est de ceux qui font du bien au coeur et à l'âme et nous montre que sur terre, il y a encore des hommes de bonne volonté qui oeuvrent dans leur coin avec humilité. 


vendredi 22 janvier 2016

En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut


Ce premier roman a émergé tout du suite du lot des parutions de cette rentrée littéraire de janvier. Un consensus critique, couronné par un passage à "la grande librairie" (forcément dithyrambique, mais y croit-on encore ? ) l'a hissé dans les incontournables "à lire absolument". J'ai l'impression que depuis quelques années, au creux de l'hiver ou au sortir du printemps, à une période de moindre euphorie littéraire, se créé une sorte de bouche à oreille autour d'un livre, en général doux et qui fait du bien. L'an dernier les regards se sont portés vers "Le liseur du 6h27" comme Grégoire Delacourt quelques années plus tôt. Cette année, il semble bien  parti qu' "En attendant Bojangles" ait décroché le pompon du roman qui plaira à tout le monde en lui réchauffant l'âme et le coeur.
La couverture très dansante mais aussi pas mal Roy Lichtenstein, assez réussie, donne une impression de modernité et de sensualité mélangées. Le titre un peu énigmatique, à prononcer à l'américaine, évoque une chanson de Nina Simone sur laquelle les deux personnages principaux dansent beaucoup et écoutent ad libitum. Il s'appelle Georges, elle s'appelle Renée ou Joséphine ou Clara ou Jennifer, c'est selon l'humeur du jour. Ils s'aiment c'est certain, d'un amour plus fou que fou. Leur vie n'est qu'une suite de plaisirs, de désirs jamais refoulés, sans aucune contrainte ni contrariété. On n'ouvre jamais le courrier, l'argent n'est pas un problème ( quoique), les fêtes sont légion, la vie se réinvente chaque jour. Mlle Superfétatoire n'est pas leur bonne, mais leur animal de compagnie, une demoiselle de Numidie ( en fait une espèce de grue). Ils ont même un enfant. C'est lui qui raconte l'histoire, témoin émerveillé de la folie douce de ses parents, toutefois entrecoupé d'extraits d'un carnet de souvenirs du père. Nous nageons donc dans une fantaisie débridée, mais rôde dans cet univers très décalé, l'ombre palpable d'un drame à venir.
Roman d'une  passion vraiment folle, la première partie emporte sans peine l'intérêt tellement on est impressionné par la formidable inventivité de l'auteur et la saveur des réparties et des situations créées par des personnages totalement frappadingues. L'univers reste doux et charmeur, fantaisiste en diable, attachant mais avec une touche de gris qui passe de temps en temps au travers des mots, créant une subtile accroche mélodramatique. J'ai lu un peu partout que l'on avait pensé à Boris Vian. Pour ma part, je pense que c'est un peu exagéré ou alors en version très soft. Puis, lorsque le brouillard tombe sur cette vie folle, le roman peine à garder le rythme du début, patine un peu, tourne en rond pour s'achever crânement dans un demi-sourire teinté de larmes, prévisible mais pas tout à fait convaincant pour ma part, sans doute à cause d'un certain délayage géographico/touristique un peu inutile.
Moins emballé que le choeur des critiques, "En attendant Bojangles" possède toutefois les qualités d'un livre agréable et plaisant, bien écrit et sensible. Récit sur la folie douce d'un couple qui s'aime dans la déraison, son univers totalement ahurissant le sort toutefois du lot de ces romans sur la vraie vie mais avec de beaux et vrais sentiments, que la critique et les libraires mettent souvent en avant car pouvant être fourgué à un grand nombre de lecteurs. Ce premier roman n'est pas un coup de maître mais une entrée sympathique dans le monde des romanciers dont je reste curieux de lire la suite.


Et bien sûr, la chanson "Mr Bojangles " de Nina Simone, chanson qui tourne en boucle dans le livre et qui représente bien son atmosphère.



mercredi 20 janvier 2016

Chorus de François Delisle



C'est certainement le film le plus plombant du mois mais c'est aussi celui qui m'a cloué le siège car "Chorus" est d'une rare efficacité.  Parler du couple dont l'enfant a été retrouvé dix ans après sa disparition, enfoui par un assassin pédophile, sans jamais être ni voyeur, ni glauque, ni éviter ce qui dérange, ni éluder l'horreur de la situation relève de la performance ou de l'exploit. François Delisle le fait de la plus belle manière avec un cinéma d'une élégance rare.
Il adopte d'abord le noir et blanc, non pas pour souligner son propos tragique, ni pour faire son poseur  et s'entendre dire que l'image est magnifique, mais pour gommer tout ce qui pourrait parasiter le récit et poser son regard sur l'essentiel : l'émotion.
Les comédiens filmés le plus souvent en plan rapproché, l'exacte distance pour capter les frémissements, les regards des deux extraordinaires comédiens (Fanny Mallette et Sébastien Ricard) sont d'une telle justesse que l'on vibre avec eux, ressentant intimement leurs émois, leur tristesse. L'expérience à laquelle nous sommes conviés demeure peu aimable dans un tel contexte. La confrontation du couple face aux ossements de leur fils ou des aveux filmés de l'assassin, moments on ne peut plus casse-gueule, agissent comme des électrochocs émotionnels grâce à une mise en scène plus qu'inspirée et précise. On est sur le fil du rasoir mais jamais on ne tombe dans le malsain car le regard du cinéaste est aussi précis qu'empathique.
Le scénario quant à lui, ne s'encombre pas de dialogues. Chaque mot résonne doublement, fait sens comme rarement, donnant une intense épaisseur au récit en suggérant de multitudes pistes notamment sur le passé des personnages principaux.
Si l'on ne prend que la thématique du deuil, le traitement global qu'en fait le réalisateur en arrière plan de son terrible récit, pointant les différences de le vivre selon les sexes, ne gommant jamais ses empreintes sur les corps et sur les sens, tout cela avec une finesse et une subtilité rare, donne au film une dimension encore plus universelle et cohérente. On pourrait trouver quelque coquetteries dans les scènes de chorale ( magnifiques motets du Moyen-Age) ou de plage au Mexique alors qu'elles sont l'illustration parfaite de la prééminence du corps comme outil de possible reconstruction.
Oui "Chorus" est mon premier coup de coeur 2016, je devrai dire claque, car le film est plus que sombre même si l'on perçoit par endroit quelques possibles lumières. Mais comment ne pas être sensible à cette histoire magnifiquement traitée avec une rare justesse de ton et de regard ? Le cinéma n'est pas que divertissement mais un miroir sur le monde. François Delisle a choisi de nous en montrer une facette des plus noires mais de la plus belle des manières. Que c'est beau le talent même s'il fait pleurer !



lundi 18 janvier 2016

La renverse d'Olivier Adam


Olivier Adam fait partie de ces écrivains dont on attend toujours la nouvelle livraison. La Bretagne, la fuite d'adolescents, les familles moyennes et leurs problèmes, les amoureux des livres, sont des thèmes récurrents dans ses écrits qu'il insère dans des récits toujours différents et parfois surprenants. Avec "La renverse", nous n'échappons pas à ses thématiques. Le narrateur vit en Bretagne, bosse dans une petite librairie et, nous allons vite l'apprendre lorsque la nouvelle de la mort accidentelle d'un ancien ministre est annoncée, a fui sa famille il y a une bonne dizaine d'années. La personnalité politique, également maire de la ville de région parisienne où il a passé son enfance a été au coeur d'un scandale politico/sexuel dans lequel sa mère a été impliquée. La disparition de ce dénommé Jean-François Laborde va faire remonter tout un passé dans la tête du narrateur, sa honte de n'avoir guère eu d'empathie avec les siens lorsque la tempête et les regards des médias, comme ceux de la population, se sont fixés sur eux. Le roman est le descriptif de cette période adolescente difficile qui sera le ferment de sa vie d'adulte, mais aussi de faire un sort au pouvoir des médias, des politiques, de la justice.
"La renverse" est donc ambitieux, écrit de façon à ce que l'on tourne les pages. Côté lecture, c'est certain, on ne s'ennuie pas, l'écriture est plaisante, aisée, c'est, comme on dit, bien fichu. Mais, oui il y au mais, un gros même, le roman n'a rien de renversant ( je sais le jeu de mot est facile !). Pendant toute la lecture, j'ai eu l'impression d'avaler une collection de clichés, de propos de comptoirs dans le style : "Tous pourris !". Les politiques sont de gros magouilleurs, obsédés par le pouvoir et donc par le sexe, manipulant l'opinion avec les médias qui sont à leurs pieds, la justice suit évidemment. Quand on aperçoit des gentils, la famille du copain du narrateur, joyeuse tribu écolo, ouverte, généreuse, elle cache sous ses tenues ethniques et colorées des secrets pas bien jolis. Et même dans les détails, c'est assez croquignolet. Les libraires restent de braves gens qui ne vendent que les bons livres qu'ils aiment, dédaignant les titres faciles que réclament pourtant leurs clients. La population prête à avaler n'importe quelle info du moment qu'elle est imprimée sur un journal, surtout quand cela arrange l'histoire. Bien qu'enveloppés dans une jolie écriture et un sens évident du récit, cette facilité, ce manque de nuance de l'ensemble m'a gêné durant toute la lecture.
Et pourtant de la nuance, il y en a quand il s'agit de donner du corps au narrateur, dont le peu d'affect pour tous les événements de sa vie, est presque maladif. Il s'interroge, questionne, justifie son apathie avec discernement. Mais là encore, je suis resté sur ma faim. Pourquoi avoir choisi comme personnage principal, cet adolescent taiseux et sans empathie avec son entourage ? Dans sa famille, c'est lui, le membre le moins intéressant car le moins ambiguë. La mère, qualifiée d'artificielle, pimpante et laquée, qui dans son désir de briller coûte que coûte se brûlera les ailes et ne revolera jamais, avait l'étoffe d'une héroïne bien plus originale. Même le père, violent, mal dans sa peau, qui dans l'adversité soutiendra l'indéfendable, possédait l'étoffe d'un narrateur bien plus singulier.
A cause sans doute de cette idée de creuser toujours un peu le même sillon, Olivier Adam, en s'attachant à cet ado solitaire et mal dans sa peau, ne m'a ni surpris, ni franchement captivé. J'ai eu l'impression qu'il capitalisait son fond de commerce, avec brio quant à l'écriture, mais de façon confortable. En voulant donner un ton politico/sociétal à son ouvrage, il est tombé dans une série de lieux communs qui déçoivent face à une histoire intime plus conséquente, plus prenante, car il faut bien le dire, Olivier Adam est quand même LE romancier de la rupture adolescente (ou pas) dans les classes moyennes.



dimanche 17 janvier 2016

Et ta soeur de Marion Vernoux


Je n'avais pas vu le petit film indé américain dont "Et ta soeur" est le remake.  On peut se demander d'ailleurs pourquoi, alors que le film est sorti en plein été 2013, en refaire, déjà, une version française... Touchée par le sujet, Marion Vernoux ? Une idée des producteurs/distributeurs déjà sur le coup pour la version initiale? Les arcanes du cinéma sont assez troubles et le public n'a pas forcément a en connaître les méandres, juste à s'installer dans son fauteuil et déguster.
Pour "Et ta soeur", il faudra, si par hasard vous preniez votre billet, faire attention à ne pas trop vous laisser aller, vous pourriez tout doucement tomber dans une certaine somnolence. Ce n'est pas que l'histoire ne soit pas passionnante, enfin ni plus ni moins que dans bon nombre de productions françaises, mais c'est son traitement qui laisse perplexe. En gros, il est question de Pierrick qui vient de perdre son frère et qui pète un câble. Sa copine Tessa (qui est secrètement amoureuse de lui, mais chut...) lui propose d'aller se ressourcer dans la maison bretonne de son père. Arrivé là-bas, il découvre Marie, la demi-soeur de son amie qui noie dans l'alcool sa rupture avec une marionnettiste... Et c'est parti pour un triangle amoureux un peu original où un préservatif servira d'élément déclencheur d'une mise en abyme des rapports de ces trois jeunes trentenaires. 
Après un démarrage façon vaudeville, le prend un virage plus doux amer au fur et à mesure que l'intrigue se noue. Mais tout cela tourne vite à vide ou presque, la faute à une mise en scène un peu déroutante. Pour sans doute donner une connotation fraîche, sympa, façon cinéma à l'épaule, Marion Vernoux a monté son film comme un clip, saccadé donc mais pour un rendu intimiste. On a l'impression d'un bout à bout de petits moments volés, saisis comme on pourrait le faire avec son portable. Cela pourrait donner un effet naturel, sauf qu'ici, avec une très belle image en cinémascope, c'est très vite étrange, sonne faux et fini par agacer ( surtout  si vous rajoutez vers la fin, lorsque le trio se dispute, les plans sursignifiants d'orage et de pluie). Les comédiens pâtissent pas mal de cette mise en scène. Si Virginie Efira arrive à être crédible (et même à nous émouvoir lorsque la cinéaste daigne lui accorder un plan de plus de 10 secondes), Géraldine Nakache peine un peu plus à faire exister son personnage, plus en demi-teinte, d'amoureuse contrariée et un peu follette. Grégoire Ludig assure comme il peut, un rôle, lui aussi un peu ingrat, hésitant entre le gros nounours dépressif et le gars un peu maladroit.
On suit d'un oeil attristé ce trio de comédiens pris en otage d'une mise en scène peu valorisante. Je ne sais pas comment était la première version mais je ne suis pas sûr que celle-ci, dans le vent breton, soit indispensable. 





samedi 16 janvier 2016

Arrête ton cinéma de Diane Kurys



Si le roman de Sylvie Testud ( C'est le métier qui rentre ) pouvait faire passer un bon moment sans se prendre la tête, le film qu'en a tiré Diane Kurys fera sans doute passer oublier quelques soucis à des spectateurs peu exigeants, pour qui débourser 10 euros pour voir un téléfilm pas terrible sur grand écran ne dérange pas.
S'il est question de stars du septième art, d'écriture de scénario variant selon les exigences délirantes de deux productrices branquignoles, il y a bien peu de cinéma à l'écran. Tout est banal, platounet, Sans pour autant sombrer dans l'ennui. le film reste regardable car le trio de comédiennes fait son boulot. Balasko et Breitman s'en donnent à coeur joie dans un numéro au bord du cabotinage mais qui permet de rester éveiller. En contrepoint, Sylvie Testud assure le job dans le rôle moins délirant de l'actrice qui avale de plus en plus de couleuvres pour arriver à tourner son premier film. Mais avouons-le, c'est l'oeil morne que l'on suit ces aventures censées égratigner le monde du cinéma et ses financiers dont l'appétit pour un bon coup se fait au détriment de l'art.
Il faut l'avouer aussi, qu'après la série de France 2  "10%", classieuse, fine et mieux dialoguée, "Arrête ton cinéma" a un côté totalement ringard. La comparaison est inévitable ... Et quand dans la série télé on a comme guest stars Cécile de France ou Nathalie Baye, ici apparaissent  Hélène de Fougerolles ou Claire Keim... Et ce n'est pas l'apparition de Patrick Juvet ( mettez la main sur les yeux des enfants, ils pourraient faire des cauchemars) qui donne du peps à une fin franchement tirée par les cheveux ( je suis gentil car elle est franchement ratée!).
On oubliera donc bien vite cette pauvre pochade mais je voudrai noter un détail. Dans " 10%" (on y revient toujours) il y avait un second rôle impayable, celui de l'assistant d'Andréa, formidablement tenu par Nicolas Maury. Dans "Arrête ton cinéma", il y a aussi un assistant, celui des deux harpies de productrices. Sans avoir autant de scènes ni de dialogues que son collègue de la série télévisée, j'avoue que la prestation d'Alban Casterman, en jeune homme coincé se prénommant joliment Alphonse, à la démarche hésitante et malmené par ses patronnes, m'a assez réjoui !.. Clap de fin !




jeudi 14 janvier 2016

Carol de Todd Haynes


Hormis le consensus médiatique pour faire de "Carol" LE film du mois , c'est quoi au juste le nouveau film de Todd Haynes ?
"Carol", c'est tout d'abord l"histoire simple et émouvante de la rencontre amoureuse de deux femmes au début des années 50 où l'homosexualité était considérée comme la pire des perversions ...chez les garçons et chez les filles ( ah bon ça existe aussi chez les filles ?!?). L'Amérique de cette époque là se parait de modernité mais la morale chrétienne tellement chevillée dans les têtes et le corps que l'on avait plus besoin de ressortir du petit bois pour dresser des bûchers.
"Carol" est aussi un presque mélo aux lents et gracieux mouvements de caméras, qui balaient des actrices tirées à quatre épingles, et dont les regards enfiévrés en disent plus long que trois secondes d'une scène de sexe. L'élégance est de mise autant dans les tenues ajustées des héroïnes que dans le descriptif de la délicatesse et la force des sentiments.
"Carol" est sans conteste, un film militant pour le droit à vivre sa sexualité selon sa vraie nature et pour le droit à la femme de décider elle-même de la conduite de sa vie (financière, familiale, sexuelle). Derrière la passion des deux femmes apparaît en filigrane le descriptif d'un monde géré par les hommes et une stricte morale empesée.
"Carol" est aussi l'occasion de ressortir  Patricia Highsmith du purgatoire littéraire dans lequel elle se trouvait petit à petit reléguée au fil des années. Même si ce roman dont est tiré le film n'est pas vraiment représentatif des excellents  polars psychologiques qui ont fait sa réputation, force est de reconnaître que traiter ce sujet en 1952 était vraiment gonflé (il n'est d'ailleurs paru en France qu'en 1985!).
"Carol" est un film produit et interprété par Cate Blanchett et cela se voit. Absolument sublimée, presque de bout en bout ( je dis presque car dans une scène du début, la maquilleuse a sans doute trop forcé sur le rouge à lèvres. L'espace d'un instant j'ai cru que l'on avait utilisé un travelo en doublure, pendant que Mlle Blanchett était chez son chirurgien esthétique), amoureusement photographiée, elle caresse les spectateurs de son regard bleu océan et les tympans avec sa voix légèrement rauque et si sensuelle. C'est une ode aux charmes et aux talents de la star. Cependant, et ce n'est pas de chance pour elle, la jeune actrice qui lui sert de partenaire ( Rooney Mara, la Lisbeth Salander du "Millénium" de Fincher) crève aussi l'écran dans le registre plus intérieur et plus ingrat de la timide qui découvre le monde. D'ailleurs les jurés du festival de Cannes ne s'y sont pas trompés et lui ont décerné le prix d'interprétation féminine ( L'histoire ne dit pas si Mlle Blanchett est repartie illico noyer sa déception dans un nouveau lissage de peau ). Les Oscars ont cependant rétabli la hiérarchie en nominant Cate comme premier rôle et la jeune impudente comme second rôle !
"Carol" n'est pas aussi mélo qu'on le dit, car bien plus tranchant qu'une bluette de Douglas Sirk. Toutefois, il s'accorde quelques une des facilités du genre, de celles qui embellissent au cinéma la vie des héros. Ainsi, on s'apercevra que lorsque Carol veut chasser son blues en écoutant de la musique, l'autoradio qu'elle allume alors qu'elle passe sous un tunnel, lui distille immédiatement une douce mélodie ...la qualité américaine sans doute. Ou alors, Thérèse, la jeune vendeuse apprentie photographe, prend un magnifique portrait de la ravissante Carol ....à contre jour avec un petit appareil minable ! ( Mais Mlle Blanchett aurait été moins radieuse si elle avait été face la fenêtre recevant la lumière sur sa peau diaphane ). Il y a aussi la porte de la chambre d'un motel (donnant donc sur l'extérieur ) qui reste ouverte après le passage de Thérèse ( et donc de la caméra) alors qu'il fait moins 12 dehors et que Mlle Blanchett prend une douche !
Mais tout cela ne sont que des détails infimes face à un film absolument magnifique de grâce et d'élégance. La délicatesse de la mise en scène qui se joue avec talent d'un sujet au final fort et sans doute encore un peu dérangeant pour certains, fait entrer de plein pied le spectateur dans cette troublante passion et l'amène à ressentir les mêmes sentiments que les héroïnes à l'écran. Si ce n'est pas du grand cinéma, je retourne regarder la télévision !


mardi 12 janvier 2016

Les intrus d'Adrian Tomine


Sous cette couverture, qui nous place tout de suite dans un environnement nord américain, un peu froid et géométrique, se cachent les absents de cette illustration : les personnages de ces six histoires qui composent ce roman graphique . Ce sont eux les intrus du titre, hommes ou femmes, tous un peu décalés dans une société standardisée. Qu'ils soient jardinier rêvant de faire de l'art moderne, sosie d'une star du porno, dealer à la petite semaine ou ado coincée s'essayant au stand up, tous errent dans la vie pour se trouver un ailleurs différent, correspondant à leurs désirs profonds. La réalité se charge de leur barrer la route, le mal être est certain, et suinte de ces pages un sentiment de désillusion, une ultra moderne solitude. 
Les portraits ne sont pas gais, pas vraiment souriants ni légers, malgré un graphisme très ligne claire. On y trouve en creux le portrait d'une Amérique de la classe moyenne sérieusement déboussolée, flirtant parfois avec le déclassement. Le regard d'Adrian Tomine, tout en étant sans concession, reste cependant empreint d'une grande empathie et d'un grand respect pour tous ces individus aux idéaux qui sombrent. 
Ce qui auraient pu être au final des tranches de vie à la sauce américaine, comme on a pu déjà en lire ailleurs, deviennent sous le crayon de cet auteur aussi fin observateur que facétieux et inventif, de véritables petits bijoux créatifs. Les six histoires ont la particularité d'être proposées en six styles narratifs différents. La première sous forme de strips mélancomiques, la seconde est narrée de façon complètement linéaire, la suivante aussi mais avec un art de l'ellipse absolument magistral, la quatrième, plus courte, n'est illustrée que par des paysages ou des objets ayant trait au récit et les deux dernières jouent soit avec une présentation en nombreuses petites cases soit en adoptant un style noir et blanc plus sombre au trait plus épais, totalement surprenant par rapport à l'ensemble de l'ouvrage. On admire donc la fascinante inventivité de l'auteur qui parvient ainsi à créer l'ambiance adéquate à chaque fois et donnant ainsi à son récit toute la force dépressive souhaitée. 
Eh oui, la dépression court au fil de ces pages pourtant si belles à l'oeil. Rassurez-vous vous n'y plongerait pas pour autant, même si elles sont sans doute un miroir de notre mal être contemporain. Mais la beauté du trait, la virtuosité de la narration et l'édition haut de gamme avec belle couverture et papier de très bonne qualité donnent à ces "intrus" une allure de petit bijou sensible. 












dimanche 10 janvier 2016

Les guérir d'Olivier Charneux


Carl Vaernet était un médecin danois qui a eu pignon sur rue auprès de la bourgeoisie de Copenhague dans les années 30. Il s'est intéressé de très près aux traitements par ondes courtes, guérissant ainsi quelques psoriasis. Devenu quasi docteur miracle, il a magnifié son image en se proclamant aussi le docteur des plus démunis, mettant en place, en parallèle avec ses consultations haut de gamme, des soins gratuits pour les plus pauvres. Une belle personne en apparence. En apparence seulement, car le bon docteur Vaernet a un projet qui lui tient à coeur : guérir les homosexuels ! Dans sa clinique, il passe tout ses loisirs à chercher comment transformer ces pauvres personnes perdues en bons hétéros. Injecter de la testostérone lui apparaît comme une piste intéressante. Acoquiné avec un ténor célèbre, Helge Rosvaenge, ses recherches parviendront aux oreilles d'Himmler, qui dans son délire de race pure, va financer les travaux du médecin et les lui faire expérimenter auprès de détenus homosexuels dans le camp de Buchenwald. 
Olivier Charneux, dans un style simple et agréable, raconte la vie de cet homme en essayant d'être le plus objectif possible. Romancée juste ce qu'il faut, cette biographie surprend par son ton apparemment neutre. Sans antipathie apparente, ni sympathie non plus, l'auteur déroule l'histoire avec précision. Le lecteur assiste ainsi à cette lente montée vers un délire qui fait froid dans le dos mais aussi, en toile de fond, à une histoire synthétique et jamais pesante du nazisme. 
Dédié aux quinze hommes victimes des expériences de docteur Vaernet, le livre reste un douloureux témoignage sur l'image de l'homosexualité au début du siècle dernier. En plus d'être considérés par la loi comme des malades mentaux (jusqu'en 1981 en France), l'enfer des camps de concentration, où leur place fut celle des parias des parias, beaucoup subirent,en plus, des expériences atroces sensées faire progresser la science. "Les guérir" rappelle également, que de nos jours et dans des contrées pourtant soi-disant évoluées (Les USA), d'autres bon samaritains, voulant la paix et la joie dans le monde, proposent qui des cliniques, qui des traitements homéopathiques ou des psychothérapies à base de prières, pour tenter de guérir de cette "affreuse" maladie ! La bêtise et l'obscurantisme rôdent toujours, ce n'est hélas pas un scoop. Cette biographie nous rappelle que, des individus illuminés, portés par une âme qu'ils pensent non malveillante, rêvent de techniques eugénistes .... et ceux sont sans doute ceux-là les plus dangereux car on s'en méfie beaucoup moins...


samedi 9 janvier 2016

Histoire de la violence d'Edouard Louis


Aborder la lecture du deuxième roman d'Edouard Louis, surtout accompagné par une presse à genoux, célébrant un jeune prodige, n'est pas des plus aisé. Comment s'extraire du battage médiatique et juger sereinement ce livre, surtout que le premier ne m'avait pas totalement convaincu ? Très simple, ne rien lire, tenter d'évacuer les quelques gros titres malencontreusement lus, s'isoler et se plonger dans cette " Histoire de la violence".
Nous sommes toujours dans la veine auto-biographique. Edouard Louis le soir de Noël a été victime d'un viol avec tentative de meurtre. Le livre en est le récit circonstancié. Voulant sans doute se démarquer de la sécheresse d'une Christine Angot, Edouard Louis, en jeune homme brillant, choisit d'y apporter une dimension littéraire tout en développant un raisonnement conforme à ses pensées profondes, lorgnant peut être plus du côté d'Annie Ernaux. En choisissant trois niveaux de récit, le sien propre, celui qu'il entend raconter par sa soeur à son mari camionneur et de nouveau le sien propre mais en italique pour recadrer les propos de sa frangine, l'auteur ne joue pas avec la facilité. Donc, au milieu de ce récit troublant, se nichent la volonté de donner à entendre et à lire un parler populaire, les rémanences d'une enfance et adolescence en milieu populaire picard et le refus viscéral de céder à la stigmatisation facile ( arabe = voleur, violeur, délinquant). Pour tous ces regards, cette analyse impressionnante sur soi-même face à cette violence, le livre apparaît comme le résultat d'un projet pensé et réfléchi. Le thème central du viol, avec sa succession très détaillée des événements et de ses suites, des pensées de l'auteur, est tout sauf un sujet anodin. Même en révélant des détails très personnels, le livre n'est jamais impudique. J'ai admiré le regard plein de recul et sans concession qu'a Edouard Louis sur lui-même et surtout ce dialogue intérieur, ce débat interne pour refuser la facilité face à des événements tragiques. Sur ce plan là, le livre est un témoignage irréprochable et fascinant. Je serai par contre plus réservé quant à la globalité de l'oeuvre, qui pâtit, de par sa construction et cette volonté de ne pas renier ses racines, d'un important déséquilibre. Malgré le soin apporté aux passages contés par Clara, la soeur restée en pays picard, cette reproduction fidèle d'un parler populaire, avec ses mots tronqués, ses fautes grammaticales qui ne gomment jamais la finesse d'analyse de la narratrice, m'est apparue pesante et forcée, alors que le reste est par ailleurs si brillant. Et si l'on rajoute quelques digressions (sur le passé du frère, la vie supposée du père du violeur  en foyer Sonacotra) qui eux aussi, cassent un peu l'intensité générale, je suis ressorti avec un sentiment mitigé.
Pourquoi, alors que dans son premier livre le sort, l'effacement d'Eddy Bellegueule avait  été gravé dans le marbre de la littérature, Edouard Louis, même de façon un peu détournée, revient-il dessus ? Pour montrer que l'on ne peut renier tout à fait ses racines ? Pour contrecarrer les propos peu amènes que l'on avait entendu lors de la sortie de son premier livre ? Ce retour à ses origines ont eu pour moi un effet un peu redondant et superflu. C'est d'autant plus dommage que l'écriture du romancier parisien qu'il est devenu a pris de l'ampleur et de la profondeur. Et je me suis pris à penser que si le livre n'avait eu que son point de vue, avec son analyse si fine et sans concession, il aurait eu plus de force.
Mais ce n'est que l'avis d'un lecteur provincial lambda, d'origine modeste et sans doute peu épaté par cette reproduction d'un langage qu'au final j'entends tous les jours. Reste un roman intéressant et sensible qui touche et épate par la hauteur et la dignité de son point de vue.


jeudi 7 janvier 2016

Les 8 salopards de Quentin Tarantino


De la neige sur grand écran, une mercerie comme une scène de théâtre, des tronches aux noms impossibles, des flingues, du sang et encore du sang et plein de bavardages pas toujours passionnants, voilà à quoi ce résume le huitième opus de Quentin Tarantino, assez décevant après " Django unchained".
Revisiter le western à la sauce Tarantino, sur le papier, ça a de la gueule. Sur l'écran aussi, au moins dès les premières images, dans un format scope éblouissant. La caméra balaye de beaux paysages pour s'attarder sur une diligence qui se verra arrêtée sur son chemin par un Samuel L Jackson à l'air goguenard... Les passagers de cette diligence vont s'arrêter dans une mercerie (qui fait bar, brasserie et sûrement hôtel ) et se retrouver bloqués par le blizzard pour un huis-clos qui, on le devine très vite va tourner très mal.
On retrouve les codes habituels de ce cher Quentin, le scénario avec quelques chausse-trappes, des rebondissements (pas si nombreux que ça) , du sang, beaucoup de sang ( les amateurs étaient ravis dans la salle et en sortant se posaient la question pour savoir si c'était plus sanglant que Kill Bill ou Django....) et ce ton toujours un poil décalé qui arrive à faire passer un peu mieux tous ces moments gores. Mais j'avoue, cette fois-ci, je n'ai pas bien marché, J'ai eu l'impression que tout cela s'auto parodiait sans grande inventivité, la faute sans doute à des dialogues bien moins mordants qu'à l'habitude. Le film, tout du moins au début, se traîne pas mal, se répète un peu. La mise en scène, vraiment soignée, n'arrive pas à donner du nerf à tout cela et pourtant, malgré une musique d'Ennio Morricone, quasi aucun clin d'oeil aux lents westerns de Sergio Leone ( heureusement, on y serait encore !). Evidemment notre intérêt se trouve réveillé dès que la violence entre en jeu, l'humain est quand même un être très primaire parfois, mais tout cela a, il faut bien le dire,  un arrière goût de rance et de déjà vu. Le terrain est tellement balisé, que l'on sent le procédé. Tarantino se fait sans doute plaisir encore une fois, réjouit sans doute quelques ados un peu attardés qui se vautrent dans cette violence gratuite mais reste une question :  Pour quoi au final ? Quel est l'intérêt de cette déferlante sanguinolente ? Certes on aborde vaguement la question raciale dans le film, mais ce qu'attendaient les spectateurs dont on sentait la jubilation monter petit à petit, c'était bien cette escalade gore. Ils n'ont pas été déçus. Moi, j'ai juste été interloqué devant ce plaisir évident, sorte de défoulement par procuration, qui est sans conteste le lot du cinéma d'horreur, mais qui ici, magnifié par un metteur en scène virtuose, laisse un arrière goût de gâchis. Impossible pour moi, d'y voir un quelconque message intéressant. On peut voir cela comme un jeu un peu trash, une proposition haut de gamme de défouloir, c'est surtout un chouia démago et facile. Je me prends à rêver d'un Tarantino devenu vraiment adulte et qui serait enfin sorti de son système maintenant trop bien huilé pour surprendre.

mardi 5 janvier 2016

A ce stade de la nuit de Maylis de Kerangal

Après les lectures passionnantes de " Réparer les vivants " et de " Tangente vers l'est ", ce petit opuscule de 72 pages que nous propose Maylis de Kerangal cet automne prend une allure de friandise  surprise avant un ouvrage plus consistant. Bien sûr le sordide naufrage de ce bateau de migrants à Lampedusa n'augurait pas une lecture joyeuse mais promettait le regard éclairé d'une de nos plus talentueuses romancières de la décennie. Je me suis donc réservé une petite plage de tranquillité confortable pour déguster comme il se doit " A ce stade de la nuit " (toujours des jolis titres !)... Et, je ne sais pas, une mauvaise posture ? Un mauvais moment malgré, coussins, ambiance douce et belle lumière ? La friandise est passée de travers. J'ai retrouvé dans ces quelques pages un concentré de ce qui pointait parfois le nez dans ses précédents romans, ce léger voile de préciosité et cette pose intello, qui empêchaient déjà, pour ma part, un enthousiasme total pour ses écrits,
Maylis a une insomnie. Elle est dans sa cuisine, seule. Elle écoute la radio qui annonce le naufrage au large de Lampedusa d'un de ces rafiots bourré de clandestins qui ont dépensé toute leur fortune auprès de passeurs sans scrupules. Maylis écoute, veut savoir, se laisser pénétrer par le nombre des victimes et son cerveau se met en route. Surgissent alors les images du "Guépard" de Visconti, la lente dérive du personne de Burt Lancaster. Et soudain, ça lui saute aux yeux, le film décrit un naufrage ! Mais n'est-il pas tiré d'un roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa ?! C'est totalement hâââllucinant ces confrontations des mots, des arts et du hasard ! Elle en est toute ébaubie Maylis. Elle se revoit dans le cinéma Champollion redécouvrant la copie restaurée de ce chef d'oeuvre du 7 ème art. Puis, ne s'arrêtant plus de penser à ce terrible naufrage, elle convoque Bruce Chatwin et son roman "Le chant des pistes" lu dans le transsibérien (so chic!), les souvenirs de son voyage à Stromboli, la leçon inaugurale sur les paysages de Gilles Clément au Collège de France et d'autres tout aussi chics ou pointus.
Maylis n'arrête pas d'étaler sa culture alors que d'autres étalent des corps sur les plages italiennes. Certes il y a quelques pensées pour ces victimes, mais j'avoue que la confrontation de l'intello face à ce désastre politico/humanitaire m'a  au mieux agacé au pire paru totalement déplacé. C'est assez joliment écrit, car, on ne peut lui enlever,  le style est là,( même si elle abuse des énumérations et du name droping ). Cependant je ne suis pas bien certain de l'opportunité de faire paraître cette petite chose qui, pour moi lecteur lambda, ternit plutôt son image d'écrivain, en la dévoilant comme une privilégiée assez poseuse.
Alors, je vais bien vite essayé d'oublier cette petite chose avant la parution d'un prochain roman.... 

dimanche 3 janvier 2016

Celle que vous croyez de Camille Laurens

La quatrième de couverture du roman dit : " ... vertigineux jeu de miroir". En tant normal, en lecteur assez critique et surtout un peu au fait des stratégies commerciales des éditeurs, c'est le genre d'adjectif laudateur qui me fait, au mieux sourire, au pire rejeter le livre, pressentant une prose hystérique camouflant un ouvrage ambitieux mais (au choix) difficile ou raté. J'ai lu "Celle que vous croyez" et je le dis haut et fort : C'est réellement VERTIGINEUX !
Sans doute, vous lirez, entendrez des commentaires sur le livre, vantant l'extraordinaire modernité de l'histoire prenant à bras le corps les relations virtuelles qu'offrent la toile, Facebook en particulier. Oui, on peut résumer ce roman à une histoire de jalousie et du jeu dangereux de se créer de toute pièce un personnage autre derrière son écran. Mais "Celle que vous croyez " est beaucoup plus que cela. C'est l'oeuvre vibrante d'une auteure au sommet de sa création. Plonger dans ce roman est une expérience rare et absolument jubilatoire.
Cela débute par un prologue sans ponctuation. Houlà, me direz-vous, encore un truc bien intello ! Pas du tout ! C'est sûr que cela peut rebuter de prime abord, mais tout de suite, vous êtes saisi par ce texte qui démarre calmement, banalement mais où petit à petit la femme qui parle sombre dans la folie. En un peu plus de deux pages, Camille Laurens frappe le lecteur au plexus solaire et le laisse KO !
Avec un tel début, on se dit qu'il va falloir que la suite soit à la hauteur.... et elle l'est ! La partie suivante est un entretien avec le psy qui suit la femme du prologue. La presque cinquantaine, encore belle, on devine qu'elle a pété les plombs suite à un amour qui aurait mal tourné avec un homme peut être plus jeune. Le texte, genre monologue, est un deuxième uppercut. Alors que l'histoire se met en place, (oui il y a une vraie histoire, de plus en plus passionnante, qui vous tiendra en haleine jusqu'à la dernière ligne.), l'auteure en profite pour faire un état des lieux des femmes et de leur désirs à l'approche de la cinquantaine. C'est un véritable plaidoyer féministe, que dis-je, humaniste sur cette violence sourde faite aux femmes occidentales, surtout vieillissantes, qui même si leur sort peut paraître enviable à des millions d'autres de part le monde, reste d'une intolérable cruauté. Les phrases s'entremêlent, s'entrechoquent. On voudrait en retenir la plupart, on en récolte quelques unes ( "L'indifférence ( aux femmes dès la quarantaine) est un autre genre de burqa... une autre façon pour les hommes de disposer seuls du désir." )... Deuxième uppercut.
Mais on continue, bien sûr ... Et là, changement de ton, changement de genre aussi, nous passons à une partie plus littéraire, une nouvelle inventée par la femme du début, écrite lors d'un atelier littéraire encadré par une romancière prénommée Camille... Finie la violence du début, voici venu le temps de la réflexion, du jeu littéraire, du poids des mots, de cette autre virtualité qu'est aussi l'écriture... Et tout en rendant son histoire de plus en plus mystérieuse et ambiguë (au sens polar du terme ), nous sommes également entraînés de façon simple et brillante dans la réflexion littéraire (dans tous les sens du terme... n'oubliez pas que l'éditeur parle, à très juste titre de " jeu de miroir" ).
Et soudain, le roman prend bien un tour vertigineux. Qui est réellement cette femme ? Qu'est-ce qui est réel ? Virtuel ? Qui écrit ? Est-ce autobiographique ? Qui ment ? Qui dit la vérité ? C'est quoi l'amour ? Et le désir ? Quel désir ?...
Le lecteur avance, tourne les pages avec avidité...mais s'arrête pour relire une phrase, tellement c'est fort, puissant  ( au hasard, page 149, sur l'amour physique : " Toute la construction sociale se dissout dans le rapprochement des corps ou, si elle se maintient, c'est qu'il n'y avait qu'elle : l'obsession de la maîtrise, la peur ou la négation de l'autre, la volonté de pouvoir. " ).
Intelligent, puissant, drôle (oui, il y a même des blagues), inventif, ingénieux, intense, magistralement maîtrisé, VERTIGINEUX , ce livre est, pour moi, une merveille. Et je le redis, l'histoire galope jusqu'au dernier mot !(oui vous lisez bien, jusqu'au dernier mot, c'est si rare...)

samedi 2 janvier 2016

Au-delà des montagnes de Jia Zhang-Ke


Oui j'ai été déçu par ce nouvel opus de Jia Zhang Ke qui n'a absolument pas l'énergie ni la force de ses précédents films et notamment du magnifique "A touch of sin" sorti voici deux ans. Très loin de la force narrative de ce dernier, "Au-delà des montagnes" est une sorte de mélo en trois parties. Comme s'il voulait être raccord avec ce genre populaire et sans doute vouloir s'adresser à un public plus large, il a considérablement simplifié son cinéma, notamment en donnant à son scénario un symbolisme un poil lourdingue. 
En voulant faire le portrait de la Chine d'hier, d'aujourd'hui et de demain, il opte pour une histoire d'amour assez banale (et dialoguée à la truelle). La belle Tao est aimée par deux hommes : l'un est ouvrier, l'autre un chef d'entreprise aux dents très longues. Comme l'héroïne est la métaphore de la Chine en 1999, elle choisira le capitaliste. S'ensuivra un enfant prénommé divinement Dollar, puis un divorce, Dollar restera bien entendu auprès de son père...
L'histoire est filmée en trois parties et en trois formats différents. Si la dernière partie m'a semblé plus convaincante au niveau de la mise en scène (L'Australie a visiblement inspiré le réalisateur qui signe des plans lumineux ), je suis ressorti de la salle avec le sentiment d'un film un peu bancal, plein de bonnes intentions c'est certain, mais aux coutures un peu trop voyantes. Je ne suis pas certain que Jia Zhang Ke soit fait pour le mélodrame et ne deviendra nullement le Douglas Sirk chinois. A adoucir son cinéma, il perd ce qui faisait lesel de ses productions ; l'image sans concession de la Chine d'aujourd'hui ( et du coup, on peut penser qu'il a fait des concessions puisque c'est son premier film à être distribué dans son pays !)  On notera toutefois qu'il aime toujours filmer ses acteurs sur des balcons et que cela donne toujours de très jolis plans. Et puis, il faut quand même le dire, il y a dans " Au-delà des montagnes" un dernier plan absolument extraordinaire, surement le plus beau et le plus émouvant que l'on ait vu cette année. Rien que pour cela, mais aussi pour le film qui, malgré quelques réserves, reste toutefois largement au-dessus du panier des films proposés à notre porte-monnaie, aller faire un tour du côté chez Zhang reste une belle sortie. 


Et je résiste pas au plaisir de vous mettre le tube revisité par le réalisateur chinois qui prend soudain une toute autre signification. (à vous d'aller voir comment)




vendredi 1 janvier 2016

Mariages de saison de Jean-Philippe Blondel



Il est de ces auteurs que l'on prend plaisir, au fil des parutions, à retrouver comme un vieil ami. Jean-Philippe Blonde possède ce pouvoir de nous embarquer dans ses livres comme s'il lisait dans nos pensées, qu'il épousait nos émotions fugitives ou nos regards sur le monde d'aujourd'hui. Sans jouer les gros bras de la littérature, sans jamais la ramener à la façon de ceux qui écrivent pour un landerneau littéraire bien pensant, il continue à publier des romans simples et ...bienveillants ( même si j'hésite à écrire ce terme , galvaudé en ce moment par un usage à toutes les sauces bien-pensantes de discours se voulant rassurants, celui-ci convient très bien à son univers ). Oui, il y est question de sentiments forts et humbles, comme l'amitié, l'amour, ... Mais, malgré ce que pourrait laisser croire la couverture de "Mariages de saison", très peu de gnangan là-dedans, ce n'est pas le style de la maison, j'y ai même décelé un peu plus de mordant que d'habitude ( ou cela m'avait échappé lors des précédents livres).
Corentin, vingt-sept ans, beau gosse n'arrivant pas à garder une copine plus de six mois, est vidéaste, officiant les samedis à filmer des mariages du lever de la mariée à son coucher. Avec ses week-ends constamment pris, avoir une vie amoureuse et sociable stable dans un monde conformiste est compliqué. Pas de courses au centre commercial dans la périphérie, pas de repas entre amis le samedi soir, ni même de sorties en boîte de nuit ( y'en a encore qui y vont ? ), juste une présence aussi discrète qu'indiscrète au milieu d'une salle surchauffée et souvent avinée, pour saisir ces instants qui, avec le temps, continueront à être les bribes sérieusement bricolées du "plus beau jour de ma vie ". Corentin assiste à ces naufrages programmés, ces vies simples et téléguidées par un conformisme sociétal mais aussi, parfois, à l'union voulue et raisonnée de deux personnes aux sentiments réels. Et c'est tout le problème de ce jeune homme qui se trouve confronter à cette illusion de bonheur. Ses propres doutes, ses envies aussi, l'assaillent et lui font prendre conscience que sa vie est en train de se barrer en sucette. Heureusement, il a une caméra, compagne fidèle et dont l'utilisation pour des portraits intimes lui servira de tremplin ...
"Mariages de saison " fait partie de ces livres qui font du bien, qui ne prend les lecteurs ni pour des critiques des Inrocks à satisfaire avec des thèmes soi-disant branchouilles, ni pour des avaleurs de romans formatés racontant au fond toujours la même histoire. L'empathie de l'auteur pour ses personnages, la fluidité de son écriture ne l'empêchent pas d'avoir un regard affûté sur le monde qui nous entoure. On peut certes trouver ici,  un rebondissement un peu balourd, là une référence facile à Soderbergh et une fin un tantinet trop rose, qu'importe ! L'essentiel est ailleurs, sans doute dans ce sens inné du récit, cette apparente simplicité à nous toucher, à se rapprocher de notre quotidien tout en l'éclairant avec un récit tout en rondeur et en délicatesse.  On lit jean-Philippe Blondel parce que l'on sait qu'il est de bonne compagnie, qu'il prend autant soin de ses lecteurs que de l'écriture de ses livres. Et ça fait du bien ....