vendredi 31 août 2012

Les immortelles de Makenzy Orcel


Après quelques recueils de poésie, Makenzy Orcel s'essaie au roman. Haïtien, il nous emmène sur la des immortelles, les prostituées de Port au Prince. En échange de quelques étreintes, un écrivain accepte d'écrire l'histoire de deux d'entre elles : une jamais nommée et Shakira, jeune prostituée disparue sous les décombres du dernier tremblement de terre après douze jours de souffrance.
Le récit avance à coups de courts paragraphes éclatés, alternant les points de vue des différents personnages, se jouant du temps et des moments d'où les quelques difficultés que j'ai eu à bien saisir l'âge exact de Shakira ou de s'apercevoir que c'est sa mère qui parle, une catho extrême qui se rend dans un bordel avec l'espoir de retrouver sa fille.
Livre assez court que j'ai refermé avec un avis assez mitigé. J'y ai trouvé une vraie écriture, belle, dense, épurée, poétique,une de celles qui sait en quelques mots emporter le lecteur dans une émotion très forte. Seulement, elle n'est souvent qu'au service d'elle même, au détriment de l'intrigue. Beaucoup d'éléments sont laissés de côté. La mort d'une des héroïnes à la suite du tremblement de terre est simplement évoquée alors qu'elle me semblait être l'élément déclencheur du livre. La galerie de personnages originaux et attachants comme la prostituée folle de littérature ou celle qui devient une sorte de mère par hasard sont trop vite abandonnées à mon goût.
Et puis, il y a cette imagerie rance de la pute au grand coeur dont le corps et l'âme sont dévoués tout entier à la satisfaction du client. A Port au Prince, celles que nous fait rencontrer Makenzy Orcel semblent vivre avec bonheur leur tâche, loin de la violence, de la drogue, des souteneurs et de la maladie. J'en ai un peu marre de ce conformisme macho et de cette pseudo poésie de la prostitution qui relève maintenant d'un autre âge.
Reste le roman bien écrit autour d'un monde un peu idéalisé de la prostitution en Haïti. Ca peut faire son effet, mais pour moi, vous l'aurez compris, je fais la fine bouche.
Ce roman est publié aux éditions Zulma.


jeudi 30 août 2012

Soirée de remise du prix roman FNAC 2012


Ayant eu l'avantage de faire partie des adhérents lecteurs du prix du roman FNAC 2012, j'ai été convié mardi soir  à la grande soirée de remise du prix.
La FNAC avait déployé les grands moyens pour l'occasion. C'était la foule des grands jours qui se pressait sur le tapis rouge déroulé devant le théâtre Marigny. Entendons-nous bien, il y avait deux files bien distinctes. A gauche, les invitations carrées pour les médias et les VIP (d'où le terme carré VIP ?) , que j'aurai plutôt rangées sur la file de droite qui, elle, était réservée aux libraires et adhérents FNAC et leurs cartons rectangulaires.
Nous sommes entrés les premiers, nous les adhérents, avons été placés au balcon pendant que les VIP se désaltéraient avec une première coupette de champagne au bar. La plèbe à l'étage a attendu que tout ce joli monde en ait terminé avec les bulles et qu'après moultes salutations, ils aient pris place sur leurs sièges. Du haut de notre balcon nous avons eu tout le loisir de détailler les arrivants : Eric Besson, Christophe Barbier, Philippe Harel, ... mais, mais, ...cette chevelure blonde, ce brushing mythique ,... mais oui, c'est Valérie !... LA Valérie de François H.
La soirée a pu démarré sous la houlette un poil caustique de Laurent Lafitte. Après quelques clips de promotion puis une chanson interprétée avec beaucoup de sensibilité par Emilie Simon, on nous a présenté, dans une vidéo particulièrement soignée, les 4 romans finalistes. La FNAC avait demandé à des personnalités, des libraires et des adhérents de lire quelques extraits des oeuvres sélectionnées. La présentation de Laurent Lafitte avait fait dresser l'oreille des premiers endormis car, perfide, il nous a fait remarquer que les stars étaient filmées dans des intérieurs cossus, les libraires et les adhérents se contentant des poufs du rayon librairie d'un magasin de province, puis se demanda pourquoi seuls les lecteurs noirs avaient eu le droit de lire les extraits du roman africain ? Avec cette grille de lecture, les rires ont fusé durant toute la projection, donnant une petite revanche aux exilés du balcon.
Après un petit sketche et la lecture d'extraits du livre gagnant par Ariane Ascaride et Bruno Todeschini et avant de dévoiler le nom du gagnant (le suspense était à son comble !), la FNAC avait un dernier clip  mettant en scène les amis du lauréat (éditeur, romanciers, critiques) à nous proposer. Le fait que Laurent Lafitte l'ait lancé en disant que nous apprendrions que le rédacteur des pages culture du Figaro se nourrissait d'herbe à chat n'est pas étranger à l'atmosphère de bonne humeur qui s'empara soudain de la salle. Et c'est ainsi que chaque fois qu'Etienne de Montéty apparaissait à l'écran, le public explosait de rire. On avait eu l'étrange idée de le filmer à côté d'une assiette carrée très design dans laquelle poussait un bouquet de tiges vertes du plus bel effet.
Finalement, le prix a été décerné à "Peste et Choléra" de Patrick Deville, qui est une excellente biographie (voir mon avis ICI ) mais pas tout à fait un roman. Après un petit mot drôle du gagnant, le cocktail a été déclaré ouvert.
Finie la ségrégation, j'ai pu approcher le Tout-Paris à la mine fort bronzée. Le sac Chanel de Claire Chazal m'a frôlé, Marc-Olivier Fogiel est plus petit que moi, Valérie Trierweiler est encore plus belle qu'en photo et j'ai pu discuter avec l'adorable Emilie Simon.
Après quelques petits fours et coupettes de champagne, j'ai voulu remercier notre hôte, Mr Alexandre Bompard, directeur de la FNAC, mais je n'ai pas osé aller le déranger dans sa grande discussion avec David Foenkinos. Alors, je profite de ce billet, qu'il ne manquera pas de lire, pour le remercier chaleureusement de son accueil et d'avoir permis au petit blogueur régional que je suis, d'avoir pu poser mon pied dans une soirée parisienne qui brille et qui pétille mais surtout d'avoir eu la joie de lire quelques romans en avant-première.

mercredi 29 août 2012

La vallée des masques de Tarun Tejpal





Quand j’ai lu sur la quatrième de couverture que ce roman était “une fable philosophique et politique puissante qui s’impose d’ores et déjà pour les générations à venir comme une lecture incontournable “, j’ai pensé deux choses : soit j’allais passer un grand moment, soit c'était encore une accroche marketing de l'éditeur.
Après lecture, je pencherai plus pour le coup de pub car le grand moment fut bien long même si 450 pages ce n'est pas le mer à boire.
L'histoire est bien une fable avec tous les ingrédients nécessaires : une unité de lieu bien délimitée, hors du monde, ici une vallée inaccessible, vraisemblablement en Inde et une époque non déterminée, peut-être de nos jours (baskets, télévision) même si les comportements des personnages évoquent une période plus reculée.
Le héros du livre qui attend d'être abattu par d'anciens condisciples, nous raconte sa vie et son itinéraire au sein d'une communauté aux règles dictato-sectaires. Il a été un Wafadar, sorte de guerrier hyper entraîné, le cerveau empli des préceptes d'un grand gourou dont la vie d'un certain Aum est au centre de la secte.
Pour arriver au statut de Wafadar, il faut gravir durant sa vie de multiples échelons et passer quelques épreuves minutieusement décrites par l'auteur.
Je reconnais à ce livre des qualités évidentes : création d'un univers clos original, amenant des scènes souvent horribles comme l'apprentissage du siontch, sorte d'aiguilles de diverses grosseurs servant à saigner plus ou moins rapidement sa proie (souvent un homme ) ou la visite du “nid des handicapés”, sorte de camp sinistre où sont entassés tous les mal formés de la région. Je perçois bien que le propos de l'auteur est de nous avertir que le prosélytisme, l'intégrisme mène à la barbarie, que les situations décrites nous en,évoquent d'autres, bien réelles, totalitaires, passées ou tellement actuelles.
Seulement, pour moi, tout cela est noyé dans un style trop imagé, une narration quelquefois elliptique et une intrigue assez répétitive et aux ficelles narratives un peu grosses, rappelant certains ouvrages à succès de la littérature ado. Cela m'a fait penser à un scénario de Bollywood à la sauce politique un peu gore et finalement un peu pouffant. Je pense que cela peut séduire, mais personnellement, je ne suis pas client, préférant sans doute des propos plus directs et plus clairs sur des sujets aussi graves.


Merci au Furet du Nord et au site de lecteurs Libfly de m'avoir fait découvrir ce roman en avant-première. D'autres avis ICI


mardi 28 août 2012

Anima de Wajdi Mouawad


Parler d'"Anima" est difficile car c'est un livre qui vous prend aux tripes sans jamais vous lâcher. Le chemin parcourut avec ce roman est un de ceux qui vous marquent, vous remuent et croyez-moi, il ne m'est pas facile de trouver des mots assez attrayants pour donner envie d'aller se plonger dans cet univers violent jusqu'à l'insoutenable.
Il ne faut surtout pas être déprimé pour s'embarquer avec Wahhch, le héros, qui, en rentrant du travail découvre sa femme sauvagement assassinée. Le meurtrier l'a violée dans la plaie qui a occasionné également le mort du bébé qu'elle portait. Fou de douleur, il va partir sur les routes, à une saison où la neige se transforme en boue grisâtre, à la poursuite de l'assassin, indien que la police se refuse à arrêter pour cause de conflits d'intérêts. Sa traque n'est pas une vengeance, seulement le désir de mettre un visage sur ce meurtrier.
Voyage initiatique  pour le héros, la tête encombrée de beaucoup de fantômes du passé qui le hantent et qui vont le conduire vers une vérité voulue, désirée mais totalement terrifiante.
L'histoire peut sembler banale et avoir un air de déjà vu. Seulement, ici, l'écriture, le propos, les lieux, tous font sens, se répondent, s'entrecroisent et forment une oeuvre d'une incroyable richesse non dépourvue d'ambigüité (fascination pour la cruauté ?).
Les premiers articles parus dans la presse s'attardent énormément sur la narration de ce récit, totalement originale puisque toujours racontée du point de vue de tous les animaux croisés par Wahhch (chien, chat, papillon, souris, oiseaux divers, ....). Si au départ ce procédé surprend, il devient vite partie intégrante du propos et donne à cette histoire un écho particulier à la violence  inouie qui court au fil des pages, violence que la presse n'évoque pas. L'homme y est dépeint pire qu'un animal qui, pourtant, nous est montré, lui aussi, dans sa bestialité la plus scientifique c'est à dire violent par nécessité, pour sa survie. L'humain est peut- être un animal doué de raison mais il s'en sert surtout ici pour satisfaire ses instincts bestiaux. Noirceur extrême, avec, heureusement, quelques personnages moins primaires, mais surtout roman porté par une écriture magistrale, qui vous accompagne jusqu'au bout du plus insupportable.
Wadji Mouawad en ouverture de son site internet écrit une phrase qui résume pas mal son nouveau roman :"Un artiste est un scarabée qui trouve, dans les excréments mêmes de la société, les aliments nécessaires pour produire les oeuvres qui fascinent et bouleversent ses semblables". C'est un parfait résumé de l'esprit d'"Anima" et c'est ce que vous y trouverez dedans. Vous êtes prévenus.

Merci au site EntréeLivre pour m'avoir fait découvrir ce roman. D'autres avis ICI mais aussi sur le blog de ZAZY









lundi 27 août 2012

Associés contre le crime de Pascal Thomas


"Associés contre le crime" n'est ni le film du mois, peut être pas même celui de la semaine, mais est une friandise qui ne se refuse pas.
Avec ce troisième volet des aventures de Prudence et Bélisaire Beresford, vaguement adaptées d'une nouvelle d'Agatha Christie, on sent que Pascal Thomas a envie de se faire plaisir (et j'espère à quelques spectateurs). Il y a un semblant d'intrigue, mais il l'oublie un peu en chemin, préférant intégrer dans son histoire des détails absurdes, des dialogues piquants et jouer avec des décors dignes de l'antre d'un brocanteur. Catherine Frot et André Dussolier sont au diapason, drôles, enjoués, joyeusement décalés. Ici, personne ne se prend au sérieux et le spectateur doit faire de même, se laisser emporter dans cette improbable histoire de cure de rajeunissement dont on se fiche assez vite, préférant jouir du spectacle bourré de clins d'oeil et de digressions. L'action en pâtit c'est sûr, mais que c'est agréable de voir deux très bons acteurs, habillés par un vrai bon tailleur anglais (si, si, c'est dans le générique !), filmés joliment (ah ! les bords du lac du Bourget !) et se balançant des petites piques drôlatiques.
Si vous voulez voir un vrai et bon polar, passez votre chemin, Agatha Christie a été abandonnée au vestiaire.
Si vous pensez rire aux larmes devant une comédie endiablée, ce n'est pas non plus le bon plan.
Mais si vous voulez passer un agréable moment parfumé à l'absurde et vous régaler du jeu de ping-pong que se livrent les deux vedettes, "Associés contre le crime" est pour vous, à la seule condition que vous vous laissiez aller à la nonchalance un peu déglinguée de Pascal Thomas.


dimanche 26 août 2012

La première défaite de Santiago Amigorena


Ce roman (?) qui a des airs d'autobiographie, essaie de nous faire partager ce sentiment si romantique de la perte de son premier amour et du vide qu'il suscite.
Le narrateur (l'auteur ?), écrivain prolixe s'il en est, convoque en plus de ses propres textes écrits il y a trente ans, le gratin de la littérature ( Proust, Dante, Rilke, Musil, ...) et ne nous épargne aucun détail de cet état qui ressemble ici à une dépression. Sans Prozac (mais avec un peu de cocaïne), tout est minutieusement décrit, jusqu'au vertige et ... jusqu'à l'ennui du lecteur.
Assez égocentré, un peu poseur, le héros (?!!!) finit par nous assommer à force de couper les cheveux en quatre et de se présenter en grand amoureux inconsolable. L'étude du sentiment de vide, d'absence, du souvenir sous toutes ses facettes m'est apparue au final répétitive et agaçante. 
Cependant la lecture de "La première défaite" reste une expérience intéressante d'autofiction littéraire même si elle ne semble s'adresser qu'à quelques happy fews intellos. Pour le lecteur lambda que je suis, l'étonnement précède l'incompréhension devant un objet littéraire qui aurait mérité quelques coupes. J'y ai cependant trouvé un catalogue inépuisable de belles phrases sur l'amour et heureusement de très jolis paragraphes dès que l'auteur sort un peu de son mal être.

PS : Je parle d'objet littéraire car il semblerait que ce livre soit la suite d'une expérience assez unique dans le paysage romanesque français, des souvenirs précis sur la vie de l'auteur, dont les titres précédents n'ont pas l'air d'engendrer l'hilarité : une enfance laconique (1998), une jeunesse aphone (2000), une adolescence taciturne (2002), ...
A défaut de m'avoir intéressé, je lui accorde un prix d'originalité, non, le prix du livre le plus nul que la critique va adorer ( Les Inrocks sont déjà sur le coup).

Maintenant, je vous livre mon journal de lecture de ce roman qui, pour moi, a été une rude expérience. ( A ne pas lire si vous êtes un lecteur potentiel de cette oeuvre)

Dimanche 5 août 19h

Je viens de commencer "La première défaite" de Santiago Amigorena et, alors que j'aborde à peine la page 38 sur 633 que comporte l'ouvrage, je sens le besoin de faire une pause car j'ai bien peur que sa lecture devienne vite pénible.
L'histoire débute bien. L'auteur, 20 ans en 1982, vient de se faire larguer par son premier amour, une dénommée Philippine. Il entre dans son studio, s'enferme et pleure, pleure, pleure des jours durant. Et comme c'est un écrivain, il écrit, des pages, par milliers qu'il brûle chaque jour.
Dès la page 30 j'ai commencé à sentir monter en moi une pointe d'agacement malgré quelques passages très drôles sur l'oursin et la tique. Mais le récit commence à être un peu répétitif et à tourner en rond : elle n'est plus là, il souffre. Ce n'est pas mal écrit, assez poétique mais je sens que la page 633 va être dure à atteindre.

Lundi 6 août 10h35

Ca y est, j'ai atteint la page 100 ! Il l'aime toujours autant mais il a quitté son fauteuil marron dans lequel il se morfondait. Il est parti à Naples où il ne fait que ruminer après son amour perdu. Plus tard, en séjournant en Touraine, il se prend de passion pour les feux de cheminée, passion qui ne le quittera plus jamais, car à partir de maintenant la temporalité du récit explose, le passé, le présent, le futur se mêlent. Autre grande nouvelle, il couche avec d'autres filles mais, hélas pour moi, le coeur n'y est pas. L'absente le hante toujours, le torture, l'empêche de vivre. Ca tourne en rond. Il se prend pour un grand écrivain, un grand amoureux façon Dante, bref il devient quand même puant.

Mardi 7 août 11h02

La page 200 vient d'être dépassée. Soulagement, le traumatisme de la séparation est laissé un peu de côté pour réveiller le lecteur avec une anecdote digne de "Voici" : Philippine (Leroy-Beaulieu, la comédienne ) a laissé tomber l'auteur pour Christian Vadim puis pour Patrick Bruel ! Mais au-delà de ces considérations peoples, Santiago Amigorena digresse bien vite pour nous brosser un remarquable (bon, sur 1 page...)  portrait des années 80, années où l'on a évacué la culture pour exister en consommant. Et, rebondissement, il change d'horizon pour soigner sa peine par la nostalgie (?!) en retournant en Argentine et en Uruguay, pays de son enfance.
Longues promenades dans Buenos Aires, Montividéo et Punta del Este et encore plus longues évocations des rues, édifices, expressions d'Amérique latine... Qu'est-ce que je pourrai prendre pour rester éveillé ? Et si je prenais la belle photo de Santiago Amigorena trouvée sur internet, que je l'accrochais au mur  et que je jouais aux fléchettes avec ? Non, mon mur va en prendre un coup et ce n'est pas Santiago qui va venir me le repeindre...

Mercredi 8 août 10h12 (page 326)

Oui, j'ai bien avancé, mais j'ai souffert. A part un moment intrigant à Cabo Polonio en Uruguay qui a l'air d'être un lieu fascinant, le reste n'est que souvenirs cocaïnés, fêtes glauques et extraits de vieux textes d'époque. Ca tourne à vide. Je commence à trouver l'auteur de plus en plus antipathique et ce ne sont pas ses raisonnements vaguement intellos pour nous expliquer le pourquoi du comment de ses sinistres soirées qui vont arranger les choses. Je suis arrivé à la fin de sa deuxième année de manque. Son amour perdu semble s'éloigner, mais il gémit toujours et je ne suis qu'à la moitié.... 

Mercredi 8 août 16h

Je ne sais plus où j'en suis. Santiago non plus. Il nous fait partager son soporifique "Journal du désespoir", écrit alors qu'il était au fond du trou (ouf, il devrait enfin remonter). Son état à ce moment là était celui " d'un crapaud graphomane". Je l'avoue, la lecture en diagonale a été de sortie, surtout qu'il se livre à des jeux de destruction de la langue. (On n'épargne rien aux lecteurs, mais en reste-t-il encore ?) Il serait temps qu'il rencontre vraiment quelqu'un. Il a bien eu des velléités pour une gamine scandinave de 13 ans (on se permet tout quand on est un bourgeois parisien !), mais finalement non...
Au point où j'en suis, je vais continuer, tout en lorgnant avec envie sur un autre roman qui me tend ses pages alléchantes. Je ne pense pas que ce soit les conditions idéales pour apprécier pleinement cet essai narcisso-littéraire.

Samedi 11 août 20 h

J'ai enfin fini et c'est tant mieux ! Il a réussi à dégotter une jeune fille de 17 ans qui lui fait enfin oublier sa Philippine (enfin, pas tout à fait). Il se donne l'autorisation de l'aimer dans un déferlement de justificatifs un peu alambiqués où sont convoqués Proust et Rilke pour faire bonne figure et impressionner le chaland (ah non... plus de chalands, tous endormis ces cons !).
Moi, j'ai eu envie de lui dire : "Ce n'est pas parce que tu as écrit un pavé redondant de 633 pages que ça fait de toi un grand amoureux. Soit plus simple et ne te pose pas autant de question."
Je pense que mes prosaïques conseils ne seront pas suivis car nous ne jouons pas du tout dans la même cour. A lui la grandeur d'âme, les élans passionnels, les affres de l'amour, l'intelligence et aussi le fric, le studio hors de prix payé par papa et le Paris qui brille et qui pétille (mais qui ne lit pas). A moi bobonne, mes mouflets, ma petite bagnole et TF1 pour la culture...  
Je caricature ? Peut être, mais c'est le contrecoup de cette lecture ... Enervé ? Un peu. Et je le serai encore plus quand je verrai se mettre en route la terrible machine critique (qui ne l'aura pas lu mais qui aura bien sûr un avis très positif) avec ses copinages et ses renvois d'ascenseur que ne manqueront pas de susciter cet ouvrage.
PS du 21 octobre : la critique s'est emballée comme prévu mais pas les ventes on dirait.... 

Livre lu dans le cadre "lecteurs VIP" d'EntréeLivre. D'autres avis ICI mais aussi sur ce BLOG






samedi 25 août 2012

A perdre la raison de Joachim Lafosse



Bien qu'il soit bourré de qualités, "A perdre la raison" ne m'a pourtant pas emballé.
Inspiré librement d'un fait divers sordide, le film relate l'histoire d'un jeune couple qui s'aime, se marie et fait des enfants, quatre au total. Elle, est plutôt intelligente, prof en collège. Lui, d'origine marocaine, travaille comme assistant chez son père adoptif qui est médecin et chez qui toute la petite famille habite, profitant de ses largesses. Cette situation, pas vraiment confortable, va pousser petit à petit la jeune épouse dans une grave dépression et l'amener à commettre un acte abominable.
La caméra de Joachim Lafosse traque ses personnages en plans serrés, souvent avec une porte ou un bout de mur en amorce, permettant au spectateur de pénétrer dans leur intimité. C'est oppressant à souhait et petit à petit, la tension monte insidieusement. Les acteurs sont tous parfaits. Emilie Dequenne, tout le monde le dit et c'est vrai, est sidérante de justesse dans un rôle pas forcément valorisé et son morceau de bravoure dans la scène accompagnée de la chanson "Femmes, je vous aime" de Julien Clerc restera comme un des plans les plus forts de 2012.
Le propos sous-jacent du film m'a semblé être une dénonciation de l'emprise du mâle sur la femelle (ici deux mâles contre une malheureuse). Emilie Dequenne est présentée  comme une victime des hommes, se laissant inexorablement enfermer dans le désespoir et la négation de soi.
Seulement, trop, c'est trop ! Jamais elle n'a un moment de révolte contre son mari ni son beau-père. C'est étonnant de la part d'une personne qui a un certain niveau de langage, elle est prof de français ! Non, l'héroïne fait toujours profil bas. Et puis, il y a des détails qui empêchent l'adhésion au propos et notamment les robes de grossesse portées par l'héroïne (un mix gris anthracite entre la burqua et la robe de bonne soeur). Un détail me direz-vous mais, honnêtement qui de nos jours peut enfiler de telles horreurs ? Elle est peut être sous anti-dépresseurs mais, même au fin fond d'une boutique catho intégriste, on ne pourra pas en dégoter de semblables. Sans compter que, sans être enceinte, elle continue à les porter tout le film.
Dénoncer le machisme, OK, mais pourquoi la femme doit-elle être une gourde intégrale au look de nonne dépressive ? A forcer ainsi le trait, la dénonciation s'annule et le générique en rajoute une couche. Pourquoi le nom d'Emilie Dequenne n'apparaît-il qu'après ceux de ses deux partenaires masculins ? Avoir un prix d'interprétation à "un certain regard" et porter le film sur ses épaules ne suffit donc pas pour leur passer devant ?
Film intéressant et magnifiquement interprété mais plombé par un scénario et un personnage féminin un peu caricaturaux et dont la scène finale demeure, pour moi, assez incompréhensible.


vendredi 24 août 2012

Pour seul cortège de Laurent Gaudé



Pas vraiment amateur de roman historique, j'ai abordé "Pour seul cortège" , le nouveau roman de Laurent Gaudé avec la même réticence dans laquelle je m'étais plongé l'an dernier dans "Le domaine des murmures" de Carole Martinez.
Ici, nous sommes en -323 avant JC. Alexandre le Grand n'en finit pas d'agrandir son empire. Après un banquet bien arrosé, une forte douleur abdominale le contraint à rester coucher jusqu'à sa mort quelques jours plus tard. Ce sont ces jours et les mois qui suivent qui nous sont narrés.
Mais Laurent Gaudé n'a pas voulu écrire un récit historique et même si les événements décrits sont historiquement exacts, le roman prend assez vite une direction toute autre. Il transporte ses personnages dans la légende, les transformant en figures mythiques, donnant au récit un caractère totalement épique.
Profitant de cette image incroyable du corps d'Alexandre transporté dans un cercueil doré à travers tout l'empire et accompagné d'une centaine de pleureuses, Laurent Gaudé transforme cet empereur dominateur et sanguinaire en héros légendaire, aidé en cela par les derniers fidèles de ce conquérant qui iront jusqu'en Inde porter le dernier souffle du tyran à un roi encore insoumis. Il y ajoute une figure féminine, Dryptéis, femme de son ex bras droit dont le père était le roi Darius son pire ennemi. Elle abandonnera son enfant et fera sacrifice de sa vie pour accompagner la dépouille jusqu'à son ultime demeure.
Beau projet de roman, écriture parfaite, narration impeccable. Techniquement, y'a rien à dire, c'est de la belle ouvrage. Seulement, pour moi, aucune émotion ne se dégage de ce récit. Alexandre, tout grand empereur qu'il fut, reste un personnage impitoyable, obsédé de pouvoir, de conquêtes et ses fidèles des sbires, inféodés à ce guerrier jusqu'à l'absurde. Quant à la figure féminine, si elle apporte un peu de douceur dans ce monde de brutes, elle est restée à mes yeux une disciple un peu hallucinée et dont les aspirations m'ont complètement échappé. Je n'ai pas réussi à comprendre pourquoi elle avait une telle adoration pour cet homme cruel à qui elle ne devait que des malheurs. Figure féminine, figure sacrificielle ? Pas tout à fait le genre d'héroïne qui me fasse rêver ! ( Rien à voir avec l'Esclarmonde du "Domaine des murmures" qui m'avait totalement emporté l'an passé.)
Ici, dans "Pour seul cortège", je suis resté en marge, épaté par le talent d'écriture de Laurent Gaudé mais lecteur dépité devant cette mythification un rien précieuse d'un personnage historique peu sympathique.



Livre lu avec le concours d'EntréeLivre. D'autres avis ICI

jeudi 23 août 2012

Le bonheur conjugal de Tahar Ben Jelloun


Cela est arrivé à tout le monde : se retrouver lors d'un dîner ou d'un déjeuner, l'otage d'un(e) ami(e) qui de répand sur sa vie de couple, longuement, bavant sur la moitié absente, se donnant le rôle de martyr.
"Le bonheur conjugal" de Tahar Ben Jelloun est du même ressort sauf que l'on dîne deux fois : une fois avec le mari et une fois avec la femme.
Le dîner (ou le déjeuner) avec le mari est plus long, plus convivial. Il faut dire qu'il est un grand peintre marocain dont chaque tableau vaut un fortune. Un peu affaibli par un accident cardio-vasculaire dont il se remet doucement. Grand séducteur très vieillissant, il nous parle de ses nombreuses conquêtes, femmes aimées et parfois représentées sur ses toiles. Il nous parle aussi de sa femme légitime, plus jeune que lui, dont il a été éperdument amoureux... un petit moment et qui, au fil du temps, s'est transformée en harpie. Infidèle par habitude puis par nécessité hygiénique, le mariage de l'artiste bat sérieusement de l'aile. Il souhaiterait divorcer mais son épouse, aidée d'hommes de loi, ne l'entend pas de la même oreille et souhaite avant tout lui soutirer le maximum d'argent.
La conversation du peintre est agréable, nous sommes en empathie. Homme sensible et charmeur, il sait manier le verbe et rendre son récit élégant et délicat même si parfois il est teinté d'un machisme très méditerranéen. Nous le quittons emplis de confidences qui ont un tel accent de vérité que la sympathie finit par l'emporter sur l'impression que ce type est tout de même un fieffé salaud.
Lors du dîner avec la femme, le ton est radicalement différent. La rancoeur, l'aigreur sont les principaux ingrédients du récit qu'elle nous fait de sa sordide vie de couple. Cette nouvelle version éclaire bien évidemment de manière beaucoup moins idyllique la relation et donne un éclairage parfaitement cruel.
Bien sûr, nous nous attarderons moins à sa table. La conversation, trop directe et tellement hargneuse n'incite guère à prolonger la soirée.
Le nouveau roman de Tahar Ben Jelloun, divisé en deux parties assez inégales (par la longueur et vous devinez aisément qui a la part belle) nous parle de la conjugalité, de ses joies (s'il y en a) mais surtout de ses difficultés. Sujet pas franchement original, même si vu par un homme, je ne peux pas dire que la lecture m'est passionnée au point de dévorer ce livre sans m'arrêter. Les personnages se révélent finalement tous assez antipathiques (surtout la femme autant maltraitée en tant que personnage qu'épouse). Reste l'écriture fluide, classique et légère qui permet de tourner les pages plaisamment.
 "Le bonheur conjugal" est le genre de roman qu'on retrouve tous les soirs avec confiance, qui nous accompagne agréablement, que l'on termine sans peine mais qui ne nous remue pas énormément.



mercredi 22 août 2012

Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel de Marianne Rubinstein


Le roman de Marianne Rubinstein est bien un ouvrage de dame. Pas un de ces récits conventionnels qui fleurissent régulièrement sur les tables des librairies contant les mésaventures d'une quelconque quarantenaire ou plus, un peu écervelée si possible et donc sur un mode comique ou bien geignarde si au bord de la dépression (même si ici, le début...). Ce n'est pas du tout de la chick-lit, avatar de Bridget Jones. Non, c'est un ouvrage de dame dans l'esprit de ce que tissait Pénélope en attendant Ulysse, un travail long, exigeant et plein de finesse.
Pourtant, malgré un épigraphe extrait de la divine comédie, le roman démarre plutôt mal. Ecrit sous la forme d'un journal, nous faisons la connaissance de Yaël, quarante ans, fraîchement lâchée par son mari parti vivre avec une plus jeune. Elle partage son temps entre rumination et venue de son fils Simon dont elle a la garde alternée. Après quelques pages, j'avais l'impression d'avoir lu cent fois et pourtant, je me suis accroché, car derrière les mots, les annotations sur cette déprime, le désarroi du temps qui passe, j'ai perçu comme une lueur intéressante qui s'est précisée au fil des pages.
L'héroïne est prof d'économie dans une fac parisienne. Intelligente, lettrée, son journal au fur et à mesure du temps s'enrichit de notations littéraires, autour du désir, de la peur de vieillir, du sort des femmes après quarante ans. Mélangées à son quotidien, ses rencontres, ses hésitations, ces notations vont peu à peu lui sortir la tête hors de l'eau. Sans psy, sans bonne copine foldingue, elle va revivre à nouveau, finalement sauvée par ses lectures, ses passions culturelles, sa réflexion et son observation de la vie qui continue autour d'elle.
On peut trouver des défauts à ce livre, être agacé par cet étalage psycho-littéraire mais, j'ai pris pas mal de plaisir à suivre cette femme dans sa recherche de nouvelle vie. Ce qui est assez fort, c'est que j'ai eu l'impression que l'auteur sentait les réticences que le lecteur pourrait avoir en lisant et qu'elle déposait au coin de quelques paragraphes des phrases d'illustres penseurs autour du thème de la création littéraire, du désir d'écrire. On lit par exemple page 114 cette maxime de La Rochefoucault : " Nous avouons nos défauts pour réparer par notre sincérité le tort qu'ils nous font dans l'esprit des autres". Ce roman c'est un peu ça : des défauts comme dans beaucoup de romans autocentrés, mais une telle vitalité dans la réflexion et cette véritable envie de partage avec son lecteur font que je l'ai refermé  finalement satisfait de ma lecture.








mardi 21 août 2012

Peste et choléra de Patrick Deville



Alexandre Yersin, vous connaissez ? Non ? moi non plus avant la lecture du nouveau livre de Patrick Deville.
Présenté comme un roman, "Peste et choléra" est plutôt la biographie de ce scientifique formé par l'illustre Pasteur et qui découvrira, entre autre, le bacille de la peste. Homme d'une curiosité sans limite, refusant de s'enfermer dans les laboratoires parisiens de l'Institut Pasteur, il leur préférera les voyages et les explorations de terres inconnues. il finira par se poser en Indochine, créant un domaine immense où il développera la culture de l'hévéa et du quinquina, tout en s'intéressant à l'astronomie, la physique, la mécanique, la botanique, ... Curieux de nature, forcément laïque, c'est un pur esprit de la 3ème république qui croit en la science, au progrès et au modernisme. Bizarrement, hormis ses travaux, sa vie n'est pas vraiment des plus romanesque. Solitaire, presque ermite, le commerce avec les hommes n'est pas son fort et encore moins celui avec les femmes, grandes absentes de cette vie vouée à la recherche. Tout ce qui donne un peu de piment à une biographie est ici absent de la vie d'Alexandre Yersin. Et pourtant le livre est passionnant, car, à l'écriture, il y a un vrai écrivain.
Patrick Deville dresse avec précision un tableau de toute cette époque bouillonnante où la science et le progrès allaient conduire l'humanité vers des lendemains qui chantent puis qui déchantent avec les deux grandes guerres mondiales. Mais ce qui a retenu mon attention, c'est le joli montage alternant narration chronologique avec l'évocation précise des trois dernières années de vie du savant, tout cela ponctué par les impressions du biographe nommé ici "le fantôme du futur". C'est stimulant, jamais pesant et finement relevé par quelques phrases sans verbe, posées ici pour colorer de sensations subtiles le récit ainsi que quelques expressions d'aujourd'hui, petites pointes de modernité bien senties.
Ce superbe portrait d'un homme brillant, éclairé par sa soif de découvertes et qui a tant donné à l'humanité sans en tirer ni gloire ni fortune (personnelle) est un pied de nez à tous les soi-disants bienfaiteurs de notre époque, plus soucieux de leur image et de leur bien être que de l'avenir du genre humain.
Un conseil : ne fuyez pas "Peste et choléra", lisez-le !

Livre lu en avant première grâce au site EntréeLivre. D'autres avis ICI.


lundi 20 août 2012

Le sermon de la chute de Rome de Jérôme Ferrari


Mon premier coup de coeur pour cette rentrée littéraire.

Je n'avais jamais lu Jérôme Ferrari dont la bibliographie compte déjà six romans et dont les derniers ont été couverts de prix divers et variés.
"Le sermon de la chute de Rome" ! Avec un titre pareil, je n'avais aucune envie de lire ce roman. L'idée de passer ma journée avec un livre vraisemblablement historique autour ou sur un discours de Saint Augustin ne me disait vraiment rien.
La lecture de la quatrième de couverture élimina cependant la possibilité de me retrouver dans l'antiquité et annonce très sérieusement : " Empire dérisoire, ..., un petit village corse se voit ébranlé par les prémices de sa chute à travers quelques personnages qui, ...., ont, dans l'oubli de leur finitude, tout sacrifié à la tyrannique tentation du réel sous toutes ses formes,...". Là je me suis dit qu'il allait falloir que je m'accroche aux pages et que je prévoie vite fait un dictionnaire philosophique à portée de main, pour digérer ce que j'entrevoyais comme un pensum.
Et la réalité fut toute autre. Ce roman m'a tout simplement passionné et emporté ! (A croire que les éditions Actes Sud réservent ce bijou à quelques initiés soigneusement choisis grâce à leur résumé passablement alambiqué !)
Nous sommes donc en Corse où nous allons suivre la destinée de deux personnages : Marcel, dernier rejeton d'une famille épuisée par la pauvreté et la grande guerre et Matthieu, son petit fils, incorrigible rêveur qui pense donner un sens à sa vie en prenant la gérance d'un bar dans le patelin de son grand-père.
Et nous allons assister à deux désillusions, deux chutes comme l'indique le résumé de l'éditeur. Une lente, celle de Marcel, qui traversera le siècle toujours en marge de la grande histoire et surtout à côté de ses rêves et celle de Matthieu aussi rapide que tragique.
Ces deux parcours décrivent la fin de deux mondes : le monde disons de la France jusqu'à la perte de ses colonies que Marcel côtoiera hagard et sans illusion et au travers de la vie de son petit-fils, le monde d'aujourd'hui dont le bar et les personnes qui le fréquentent en sont la parfaite reproduction.
Tout cela pourrait être lourdement symbolique mais c'est sans compter sur l'écriture absolument époustouflante de Jérôme Ferrari qui, avec la précision d'un entomologiste, accompagne ses personnages au plus profond de leur être, nous faisant partager comme rarement toutes leurs tentations, leurs sentiments. Grâce à cela, beaucoup de lectures sont possibles et à plusieurs niveaux, rendant ce livre tout à fait réjouissant car s'adressant autant au coeur qu'à l'esprit. J'en veux pour preuve le dernier chapitre qui est le sermon que saint Augustin prononça lors de la chute de Rome. Malgré son caractère religieux (pas ma tasse de thé), il clôt le roman avec force, donnant au lecteur un éclairage lumineux et finalement très actuel. Rendre Saint Augustin lisible et passionnant au pauvre esprit que je suis, est l'un des nombreux atouts de ce livre.
Premier coup de coeur de cette rentrée littéraire, "Le sermon sur la chute de Rome" est un texte lucide et brillant qui sait saisir une photo impitoyable du monde passé et actuel tout en gardant l'attrait d'un grand roman.
"Le sermon de la chute de Rome" est publié chez Actes Sud.

Merci à la librairie Decitre et au site EntréeLivre de m'avoir donné l'occasion de découvrir ce roman en avant-première. D'autres avis ICI.


dimanche 19 août 2012

Festival des jardins de Chaumont sur Loire. Jardins des délices, jardins des délires



Par une belle journée de canicule, je m'en suis allé visiter le festival des jardins de Chaumont sur Loire, le lieu incontournable de la création horticole.
Le principe est inchangé depuis de nombreuses années : des créateurs du monde entier planchent sur un thème imposé et proposent à un jury leurs projets de jardins. Les 24 meilleurs, préférés ou plus originaux, sont accueillis sur chacune des 24 parcelles rondes, toutes de taille identique.
Le thème de l'année était prometteur : jardins des délices, jardins des délires.
Pari, comme d'habitude, largement réussi, la promenade réserve chaque fois surprise et étonnement devant l'originalité, la fraîcheur ou la beauté de ces lieux uniques et éphémères.
Pour moi, ce festival des jardins est au jardinage ce que les défilés de haute couture sont à la mode, une vitrine des tendances qui apparaitront peut être dans dix ans. On vient ici, en plus du régal des yeux, pour revitaminer son esprit. En effet, tous ces jardins sont des projets des plus concrets, avec cartels quelquefois un peu prise de tête du genre : " Ce jardin, inaccessible, est délicieux de suggestion, mais il est aussi délirant de frustration, car on ne peut qu'en effleurer la sensation.", pour le jardin ci-dessous intitulé "Emeraude" (au demeurant tout à fait réussi) :


Alors qu'elle sont les tendances qui ne manqueront pas d'apparaître dans vos jardins ?
J'en vois deux essentielles : les miroirs et les objets brillants comme dans les deux jardins ci-dessous :


Miroir


Pampilles accrochées dans les arbres


Normalement, vous trouverez bientôt dans les jardineries, entre les râteaux, les engrais et les bébés furets, des miroirs de jardin, qui, en plus d'agrandir votre espace verdure, donneront un esprit très contemporain qu'on ne manquera pas de remarquer. Les pampilles quant à elles, devraient apparaître très vite au rayon déco entre les pots, les boules de Noël et les nains de jardin (toujours tendances, vous verrez plus loin). Vous les accrocherez partout, aux arbres, arbustes, fenêtres et grillages pour un effet Versailles garanti !
Mais LA tendance qu'hélas les jardineries ne pourront pas vous vendre (encore que...), c'est la récup', le recyclage. Pour les saisons prochaines, il faut garder tous les objets qui concernent de près ou de loin ( et même de très très loin) le jardin :



Tous les vieux bocaux de conserve que vous remplirez de jus colorés (comme ici) mais aussi de bonbons, de grenouilles en plastique ou de n'importe quoi en fait, au gré de votre fantaisie. Vous noterez sur la photo les sièges de jardin en vieilles bouées.  (Les papiers accrochés à la tonnelle sont des recettes de cuisine glissées dans des pochettes plastiques.)


Vous conserverez toutes les cagettes de fruits pour créer des structures originales qui devraient faire la joie de vos enfants. Attention, la cagette résiste mal aux intempéries et il faudra penser à les renouveler après un hiver froid et pluvieux, surtout si vous les avez emplies de terre comme ci-dessous :






Vous noterez que vos bouteilles de vin, vides, décorent joliment ces cagettes et accompagnent originalement les quelques plantations qui parviennent à pousser dans ces récipients.
Je tiens à ajouter, qu'après vos agapes, il est inutile de porter vos bouteilles de verre à la déchetterie, car enfoncées par le goulot dans la terre, leur cul à fleur de sol, elles vous feront un superbe revêtement peu onéreux et totalement bluffant (fini les pavés auto-bloquants). 
Vous garderez précieusement tous vos vieux ustensiles de cuisine, qui, accrochés artistiquement avec un cordage au colori soigneusement choisi, fera, on s'en doute, le ravissement de tous vos amis.




En fait vous pouvez poser ou accrocher n'importe quel objet dans un jardin, il suffit d'avoir un peu d'imagination, de créativité ou de culot. Vous pouvez même recycler les nains de jardin de votre beau-père. Un coup de peinture dorée, et, hop, une superbe composition qui a le mérite de nécessiter très peu d'entretien comme ici :




J'ai l'air de me moquer alors que je suis revenu totalement enchanté de ma visite à Chaumont. Chaque jardin est une surprise totale, quelquefois radicale mais toujours originale. Ce que je vous montre au-dessus sont des petits détails qui, je le pense, feront peut-être la tendance de demain.
Si vous passez pas loin, vraiment, arrêtez-vous, vous ne le regretterez pas. C'est ouvert tous les jours jusqu'au 21 octobre 2012 et en plus vous pouvez amener vos enfants sans problème, il y a de l'espace !
Et vous pourrez découvrir plein de merveilleux jardins comme celui-ci :



Ou celui là 



samedi 18 août 2012

Longcours


Et hop un nouveau mook ! (contraction de magazine et de book). Après quelques petits éditeurs qui ont lancé le mouvement avec succès (notamment les éditions des arènes avec XXI et 6 mois, mais d'autres aussi avec Feuilleton, Schnock, Believer, ...) et la présence de Bayard avec Muze et France Culture papier, c'est au tour du groupe Express/Roularta de se lancer dans la course.
Le créneau est-il porteur ? Est-il indispensable pour leur image de marque que les éditeurs aient chacun le leur, histoire de ne laisser aucune niche aux concurrents ? La demande pour ce genre de revue haut de gamme est-elle si forte ? Je m'interroge. Y aura-t-il de la place et donc des lecteurs pour tout le monde ? L'avenir nous le dira.
Avec un titre pareil, la revue veut faire voyager son lectorat et le moins que je puisse dire c'est qu'elle y réussit. De longs reportages en Australie, à Cuba, en Egypte, en Chine, écrits avec talent et quelquefois par des grosses pointures : Douglas Kennedy nous livre une nouvelle inédite pas vraiment voyageuse mais qui peut trouver un écho avec le reportage en Ukraine et au Canada sur ces féministes qui s'opposent à la marchandisation et aux violences faites à leur corps. On trouve également l'ethnologue Philippe Frey et le désormais inévitable Sylvain Tesson, voyageur à succès et même un article de Mark Twain tout à fait passionnant. On y trouve aussi quelques incontournables reportages photos évidemment de grande qualité et même un petit roman graphique (une BD quoi !) en guise de dessert. La mise en page, classique et soignée, rappelle celle d'un quotidien quand les textes sont sur trois colonnes au lieu de deux, mais permet une   lecture confortable.
"Long-cours" est un beau mook, on en attendait pas moins du groupe Roularta, reste à savoir s'il trouvera sa place dans cet univers bien chargé. Mais je fais confiance à la force de frappe du groupe pour lancer dignement cette revue. Déjà, dans le numéro de cette semaine de l'Express, on trouvait un publi-rédactionnel de six pages dans sa rubrique "lecture".
Quant à moi, je suis séduit par ce premier numéro et je pense que le second viendra honorer ma table de salon cet automne.

mercredi 15 août 2012

Laurence anyways de Xavier Dolan


Quand un jeune réalisateur de 23 ans, repéré par la critique comme un petit génie du cinéma, signe un film de  2h40 autour d'une histoire d'amour un peu particulière, cela donne-t-il une oeuvre singulière ? La réponse est oui ! Un chef d'oeuvre, un film incontournable ? La réponse est, pour moi,  non !
Projet ambitieux, comme son réalisateur qui n'a pas caché sa déception de ne pas avoir été en sélection officielle lors du dernier festival de Cannes, "Laurence anyways" est sûrement la curiosité cinématographique de l'été à défaut du grand film attendu par les aficionados de Xavier Dolan (dont je fais partie).
En suivant Laurence, prénom anglophone masculin, interprété par un Melvil Poupaud très convaincant et pas un instant ridicule en femme et Fred (diminutif de Frédérique) incarnée par l'électrique Suzanne Clément, le spectateur est happé dès le début par une suite de scènes assez hystériques, sensées nous montrer combien les deux héros s'aiment très fort. C'est un peu fatigant pour les yeux, pour les oreilles aussi. Heureusement, cette nervosité retombe un peu lorsque Laurence annonce à sa compagne son désir d'être celui qu'il a été toujours au fond de lui : une femme. Le film prend alors son rythme de croisière sur un scénario un tantinet convenu.
Mais Xavier Dolan, en cinéaste surdoué, camoufle cette faiblesse scénaristique en jouant de la caméra et du montage avec dextérité. Le film avance par à coups avec des scènes surprenantes visuellement, les acteurs cadrés très serrés pour mieux faire voir et ressentir le moindre petit frémissement et le tout est nappé de musique des années 90, de Dépêche-mode à Céline Dion. Cela pourrait être too much, c'est juste assez bluffant. Les 2h40 passent sans ennui, les acteurs sont formidables (mention spéciale à Nathalie Baye), l'image est belle. Une énergie évidente traverse cette histoire qui m'a pas rappelé le cinéma d'Almodovar par sa thématique, son côté mélo et son traitement très coloré des décors et des costumes.
Cependant, le projet reste en deçà de ce que j'attendais du réalisateur canadien. Le traitement elliptique de certaines scènes, les ralentis nombreux et les quelques plans lourdement symboliques plus proches du tic de réalisation que du style alourdissent cette histoire qui n'en avait pas forcément besoin.
Xavier Dolan est évidemment un réalisateur ultra prometteur, mais à vouloir jouer l'épate, il tire son film plus vers l'objet mode que l'oeuvre renversante. "Laurence anyways" est toutefois la création filmique qu'il faut avoir vu cet été, ne serait-ce que pour se rendre compte que le cinéma d'aujourd'hui possède de jeunes créateurs doués, prêts à bousculer l'ordre établi. Ca, c'est la très bonne nouvelle que véhicule cette production québécoise.