vendredi 24 août 2012

Pour seul cortège de Laurent Gaudé



Pas vraiment amateur de roman historique, j'ai abordé "Pour seul cortège" , le nouveau roman de Laurent Gaudé avec la même réticence dans laquelle je m'étais plongé l'an dernier dans "Le domaine des murmures" de Carole Martinez.
Ici, nous sommes en -323 avant JC. Alexandre le Grand n'en finit pas d'agrandir son empire. Après un banquet bien arrosé, une forte douleur abdominale le contraint à rester coucher jusqu'à sa mort quelques jours plus tard. Ce sont ces jours et les mois qui suivent qui nous sont narrés.
Mais Laurent Gaudé n'a pas voulu écrire un récit historique et même si les événements décrits sont historiquement exacts, le roman prend assez vite une direction toute autre. Il transporte ses personnages dans la légende, les transformant en figures mythiques, donnant au récit un caractère totalement épique.
Profitant de cette image incroyable du corps d'Alexandre transporté dans un cercueil doré à travers tout l'empire et accompagné d'une centaine de pleureuses, Laurent Gaudé transforme cet empereur dominateur et sanguinaire en héros légendaire, aidé en cela par les derniers fidèles de ce conquérant qui iront jusqu'en Inde porter le dernier souffle du tyran à un roi encore insoumis. Il y ajoute une figure féminine, Dryptéis, femme de son ex bras droit dont le père était le roi Darius son pire ennemi. Elle abandonnera son enfant et fera sacrifice de sa vie pour accompagner la dépouille jusqu'à son ultime demeure.
Beau projet de roman, écriture parfaite, narration impeccable. Techniquement, y'a rien à dire, c'est de la belle ouvrage. Seulement, pour moi, aucune émotion ne se dégage de ce récit. Alexandre, tout grand empereur qu'il fut, reste un personnage impitoyable, obsédé de pouvoir, de conquêtes et ses fidèles des sbires, inféodés à ce guerrier jusqu'à l'absurde. Quant à la figure féminine, si elle apporte un peu de douceur dans ce monde de brutes, elle est restée à mes yeux une disciple un peu hallucinée et dont les aspirations m'ont complètement échappé. Je n'ai pas réussi à comprendre pourquoi elle avait une telle adoration pour cet homme cruel à qui elle ne devait que des malheurs. Figure féminine, figure sacrificielle ? Pas tout à fait le genre d'héroïne qui me fasse rêver ! ( Rien à voir avec l'Esclarmonde du "Domaine des murmures" qui m'avait totalement emporté l'an passé.)
Ici, dans "Pour seul cortège", je suis resté en marge, épaté par le talent d'écriture de Laurent Gaudé mais lecteur dépité devant cette mythification un rien précieuse d'un personnage historique peu sympathique.



Livre lu avec le concours d'EntréeLivre. D'autres avis ICI

2 commentaires:

  1. C'est un roman très attendu mais je vais attendre un peu avant de me décider à le lire ou non...

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  2. Je partage entièrement.

    Une grande déception pour moi. Ennuyeux, emphatique, froid, cynique, inintéressant.

    Une grosse bulle.

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