dimanche 26 août 2012

La première défaite de Santiago Amigorena


Ce roman (?) qui a des airs d'autobiographie, essaie de nous faire partager ce sentiment si romantique de la perte de son premier amour et du vide qu'il suscite.
Le narrateur (l'auteur ?), écrivain prolixe s'il en est, convoque en plus de ses propres textes écrits il y a trente ans, le gratin de la littérature ( Proust, Dante, Rilke, Musil, ...) et ne nous épargne aucun détail de cet état qui ressemble ici à une dépression. Sans Prozac (mais avec un peu de cocaïne), tout est minutieusement décrit, jusqu'au vertige et ... jusqu'à l'ennui du lecteur.
Assez égocentré, un peu poseur, le héros (?!!!) finit par nous assommer à force de couper les cheveux en quatre et de se présenter en grand amoureux inconsolable. L'étude du sentiment de vide, d'absence, du souvenir sous toutes ses facettes m'est apparue au final répétitive et agaçante. 
Cependant la lecture de "La première défaite" reste une expérience intéressante d'autofiction littéraire même si elle ne semble s'adresser qu'à quelques happy fews intellos. Pour le lecteur lambda que je suis, l'étonnement précède l'incompréhension devant un objet littéraire qui aurait mérité quelques coupes. J'y ai cependant trouvé un catalogue inépuisable de belles phrases sur l'amour et heureusement de très jolis paragraphes dès que l'auteur sort un peu de son mal être.

PS : Je parle d'objet littéraire car il semblerait que ce livre soit la suite d'une expérience assez unique dans le paysage romanesque français, des souvenirs précis sur la vie de l'auteur, dont les titres précédents n'ont pas l'air d'engendrer l'hilarité : une enfance laconique (1998), une jeunesse aphone (2000), une adolescence taciturne (2002), ...
A défaut de m'avoir intéressé, je lui accorde un prix d'originalité, non, le prix du livre le plus nul que la critique va adorer ( Les Inrocks sont déjà sur le coup).

Maintenant, je vous livre mon journal de lecture de ce roman qui, pour moi, a été une rude expérience. ( A ne pas lire si vous êtes un lecteur potentiel de cette oeuvre)

Dimanche 5 août 19h

Je viens de commencer "La première défaite" de Santiago Amigorena et, alors que j'aborde à peine la page 38 sur 633 que comporte l'ouvrage, je sens le besoin de faire une pause car j'ai bien peur que sa lecture devienne vite pénible.
L'histoire débute bien. L'auteur, 20 ans en 1982, vient de se faire larguer par son premier amour, une dénommée Philippine. Il entre dans son studio, s'enferme et pleure, pleure, pleure des jours durant. Et comme c'est un écrivain, il écrit, des pages, par milliers qu'il brûle chaque jour.
Dès la page 30 j'ai commencé à sentir monter en moi une pointe d'agacement malgré quelques passages très drôles sur l'oursin et la tique. Mais le récit commence à être un peu répétitif et à tourner en rond : elle n'est plus là, il souffre. Ce n'est pas mal écrit, assez poétique mais je sens que la page 633 va être dure à atteindre.

Lundi 6 août 10h35

Ca y est, j'ai atteint la page 100 ! Il l'aime toujours autant mais il a quitté son fauteuil marron dans lequel il se morfondait. Il est parti à Naples où il ne fait que ruminer après son amour perdu. Plus tard, en séjournant en Touraine, il se prend de passion pour les feux de cheminée, passion qui ne le quittera plus jamais, car à partir de maintenant la temporalité du récit explose, le passé, le présent, le futur se mêlent. Autre grande nouvelle, il couche avec d'autres filles mais, hélas pour moi, le coeur n'y est pas. L'absente le hante toujours, le torture, l'empêche de vivre. Ca tourne en rond. Il se prend pour un grand écrivain, un grand amoureux façon Dante, bref il devient quand même puant.

Mardi 7 août 11h02

La page 200 vient d'être dépassée. Soulagement, le traumatisme de la séparation est laissé un peu de côté pour réveiller le lecteur avec une anecdote digne de "Voici" : Philippine (Leroy-Beaulieu, la comédienne ) a laissé tomber l'auteur pour Christian Vadim puis pour Patrick Bruel ! Mais au-delà de ces considérations peoples, Santiago Amigorena digresse bien vite pour nous brosser un remarquable (bon, sur 1 page...)  portrait des années 80, années où l'on a évacué la culture pour exister en consommant. Et, rebondissement, il change d'horizon pour soigner sa peine par la nostalgie (?!) en retournant en Argentine et en Uruguay, pays de son enfance.
Longues promenades dans Buenos Aires, Montividéo et Punta del Este et encore plus longues évocations des rues, édifices, expressions d'Amérique latine... Qu'est-ce que je pourrai prendre pour rester éveillé ? Et si je prenais la belle photo de Santiago Amigorena trouvée sur internet, que je l'accrochais au mur  et que je jouais aux fléchettes avec ? Non, mon mur va en prendre un coup et ce n'est pas Santiago qui va venir me le repeindre...

Mercredi 8 août 10h12 (page 326)

Oui, j'ai bien avancé, mais j'ai souffert. A part un moment intrigant à Cabo Polonio en Uruguay qui a l'air d'être un lieu fascinant, le reste n'est que souvenirs cocaïnés, fêtes glauques et extraits de vieux textes d'époque. Ca tourne à vide. Je commence à trouver l'auteur de plus en plus antipathique et ce ne sont pas ses raisonnements vaguement intellos pour nous expliquer le pourquoi du comment de ses sinistres soirées qui vont arranger les choses. Je suis arrivé à la fin de sa deuxième année de manque. Son amour perdu semble s'éloigner, mais il gémit toujours et je ne suis qu'à la moitié.... 

Mercredi 8 août 16h

Je ne sais plus où j'en suis. Santiago non plus. Il nous fait partager son soporifique "Journal du désespoir", écrit alors qu'il était au fond du trou (ouf, il devrait enfin remonter). Son état à ce moment là était celui " d'un crapaud graphomane". Je l'avoue, la lecture en diagonale a été de sortie, surtout qu'il se livre à des jeux de destruction de la langue. (On n'épargne rien aux lecteurs, mais en reste-t-il encore ?) Il serait temps qu'il rencontre vraiment quelqu'un. Il a bien eu des velléités pour une gamine scandinave de 13 ans (on se permet tout quand on est un bourgeois parisien !), mais finalement non...
Au point où j'en suis, je vais continuer, tout en lorgnant avec envie sur un autre roman qui me tend ses pages alléchantes. Je ne pense pas que ce soit les conditions idéales pour apprécier pleinement cet essai narcisso-littéraire.

Samedi 11 août 20 h

J'ai enfin fini et c'est tant mieux ! Il a réussi à dégotter une jeune fille de 17 ans qui lui fait enfin oublier sa Philippine (enfin, pas tout à fait). Il se donne l'autorisation de l'aimer dans un déferlement de justificatifs un peu alambiqués où sont convoqués Proust et Rilke pour faire bonne figure et impressionner le chaland (ah non... plus de chalands, tous endormis ces cons !).
Moi, j'ai eu envie de lui dire : "Ce n'est pas parce que tu as écrit un pavé redondant de 633 pages que ça fait de toi un grand amoureux. Soit plus simple et ne te pose pas autant de question."
Je pense que mes prosaïques conseils ne seront pas suivis car nous ne jouons pas du tout dans la même cour. A lui la grandeur d'âme, les élans passionnels, les affres de l'amour, l'intelligence et aussi le fric, le studio hors de prix payé par papa et le Paris qui brille et qui pétille (mais qui ne lit pas). A moi bobonne, mes mouflets, ma petite bagnole et TF1 pour la culture...  
Je caricature ? Peut être, mais c'est le contrecoup de cette lecture ... Enervé ? Un peu. Et je le serai encore plus quand je verrai se mettre en route la terrible machine critique (qui ne l'aura pas lu mais qui aura bien sûr un avis très positif) avec ses copinages et ses renvois d'ascenseur que ne manqueront pas de susciter cet ouvrage.
PS du 21 octobre : la critique s'est emballée comme prévu mais pas les ventes on dirait.... 

Livre lu dans le cadre "lecteurs VIP" d'EntréeLivre. D'autres avis ICI mais aussi sur ce BLOG






5 commentaires:

  1. Je tombe sur ton blog suite à ton info comme quoi ce roman plaisait à pas mal de critiques ;)
    Je suis ravie d'être passée dans le coin puisque j'ai pu lire ton journal de lecture. Rigolo, je m'y suis retrouvée :)

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  2. Et je m'empresse de mettre un lien vers ton impitoyable critique....

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  3. Disons que quand je n'aime pas, je le dis! ;)

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  4. ouf! Je viens d'abandonner le bel Santiago à la page 362 et je me moque de ce qu'il peut advenir de lui !

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