mardi 21 août 2012

Peste et choléra de Patrick Deville



Alexandre Yersin, vous connaissez ? Non ? moi non plus avant la lecture du nouveau livre de Patrick Deville.
Présenté comme un roman, "Peste et choléra" est plutôt la biographie de ce scientifique formé par l'illustre Pasteur et qui découvrira, entre autre, le bacille de la peste. Homme d'une curiosité sans limite, refusant de s'enfermer dans les laboratoires parisiens de l'Institut Pasteur, il leur préférera les voyages et les explorations de terres inconnues. il finira par se poser en Indochine, créant un domaine immense où il développera la culture de l'hévéa et du quinquina, tout en s'intéressant à l'astronomie, la physique, la mécanique, la botanique, ... Curieux de nature, forcément laïque, c'est un pur esprit de la 3ème république qui croit en la science, au progrès et au modernisme. Bizarrement, hormis ses travaux, sa vie n'est pas vraiment des plus romanesque. Solitaire, presque ermite, le commerce avec les hommes n'est pas son fort et encore moins celui avec les femmes, grandes absentes de cette vie vouée à la recherche. Tout ce qui donne un peu de piment à une biographie est ici absent de la vie d'Alexandre Yersin. Et pourtant le livre est passionnant, car, à l'écriture, il y a un vrai écrivain.
Patrick Deville dresse avec précision un tableau de toute cette époque bouillonnante où la science et le progrès allaient conduire l'humanité vers des lendemains qui chantent puis qui déchantent avec les deux grandes guerres mondiales. Mais ce qui a retenu mon attention, c'est le joli montage alternant narration chronologique avec l'évocation précise des trois dernières années de vie du savant, tout cela ponctué par les impressions du biographe nommé ici "le fantôme du futur". C'est stimulant, jamais pesant et finement relevé par quelques phrases sans verbe, posées ici pour colorer de sensations subtiles le récit ainsi que quelques expressions d'aujourd'hui, petites pointes de modernité bien senties.
Ce superbe portrait d'un homme brillant, éclairé par sa soif de découvertes et qui a tant donné à l'humanité sans en tirer ni gloire ni fortune (personnelle) est un pied de nez à tous les soi-disants bienfaiteurs de notre époque, plus soucieux de leur image et de leur bien être que de l'avenir du genre humain.
Un conseil : ne fuyez pas "Peste et choléra", lisez-le !

Livre lu en avant première grâce au site EntréeLivre. D'autres avis ICI.


2 commentaires:

  1. je le commence ce week-end. merci de m'avoir "encore plus" donné l'envie!

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  2. Lu sur le conseil d'un ami et pas aimé. Mais j'ai beaucoup de mal avec ces "romans" où l'auteur "narre" une vie réelle. Je préfère une vraie biographie avec des notes que des récits romancés plein de sentiments inventés par le romancier et rarement mis en perspective avec le contexte de l'époque. (Ces bons bourgeois suisses ou français qui se croyaient pauvres avec leurs trois ou quatre domestiques. Yersin vu par ses domestiques aurait pu être un vrai roman, mais ici on veut nous faire croire que c'est un pauvre !)

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