jeudi 31 mars 2016

Les yeux nus de Claire de Colombel


Un titre intriguant, un dessin un peu suggestif, la couverture de "les yeux nus" est tentante. Quand on parcourt les quelques 120 courts chapitres aérés, on se trouve plongé dans la tête d'une femme qui pose nue dans les écoles des Beaux Arts. Le sujet est original. Très ce monologue qui ne cache rien des moment de poses, de ce corps qui est regardé, mille fois dessiné mais jamais exhibé, touche le lecteur Nous comprenons que ces moments souvent revenus dans la semaine pour cette ancienne danseuse ne sont pas du tout ce que l'on imagine. Aucune vulgarité ni dans les regards des étudiants et de leurs professeurs, ni dans sa manière d'offrir son corps à toute une salle. Son corps s'offre uniquement à la technique du dessin, à l'apprentissage. Une certaine solennité règne dans ces lieux scolaires.  Son travail est fait de beaucoup d'exigence, d'une grande connaissance de son corps et de ses muscles ou de la douleur que ceux-ci peuvent endurer. Tout y est passé en détail. Nous n'ignorons rien de ces petits riens qui se passent durant ses longs moments d'immobilité, nue sur une estrade, les regards fuyants, sa sensation aux bruissements des crayons sur les feuilles, son corps qui se raidit parfois ou qui laisse échapper une goutte de sueur. Pas d'impudeur, pas d'exhibition car elle ne livre aux regards que son enveloppe charnelle jamais son intimité. Et lorsque par hasard, une fois, elle s'endort, elle le regrette car elle estime avoir laisser échapper quelque chose de très personnel, d'avoir livré une partie de son être profond et intime.
Le texte, empreint de toute l'expérience d'un métier comme un autre, bien plus compliqué qu'on l'imagine et bien moins vulgaire que certains pourraient le penser, est joliment écrit avec des phrases simples et directes. Toutefois et malgré qu'il ne soit pas bien long, j'ai eu l'impression qu'il tournait en rond. En ne quittant jamais l'intérieur de sa tête lors de ses séances, on se figure être un étudiant, placé différemment à chaque chapitre, observant cette femme sous un angle nouveau, mais toujours la même, malgré le changement de position. Ce n'est pas que l'ennui arrive, on n'a pas le temps vu la brièveté, mais une certaine envie de connaître un peu plus cette femme qui, bien que toujours nue, ne se livre que peu. Trop professionnelle, elle garde avec les mots la même distance qu'avec les hommes et les femmes qui la dessinent. Pourtant, elle écrit : "Nos mots parlent de nos pensées, nos gestes expriment nos sentiments, nos vêtements disent nos goûts. Silencieuse, immobile et nue, je ne montre que ce qu'expriment mes poses. Elles ne révèlent rien de mon intimité. C'est en écrivant que je me déshabille." C'est un bon résumé mais, pour moi, elle ne se déshabille pas avec les mots, elle les utilise pour dresser un portrait qui reste assez froid et distant. C'est sans doute la seule réserve que je ferai pour ce livre au thème original et sensible. 

vendredi 25 mars 2016

The assassin de Hou Hsiao-Hsien


Si j'étais un snob, intello, de peur de passer à côté d'un chef d'oeuvre qui a demandé de la part d'un grand cinéaste au moins cinq ans de tournage, je m'extasierais sans limite. Même si durant la projection, j'avais mâché force chewing-gum à la menthe extra-forte pour lutter contre le sommeil, je prendrais un ou deux concepts parmi les nombreux qui ne peuvent que traîner dans "The assassin", je tirerais dessus et cela donnerait à peu près ceci :
Totalement sidéré par la beauté plastique du film, cette plongée dans une histoire aux accents shakespeariens, troublante et magnifique sur la dualité intérieure d'êtres englués dans des pouvoirs insupportables, est un ravissement de tous les instants. Cette métaphore politique et cinématographique dont l'insoumission est le thème majeur allie autant esthétique que profondeur, Insoumission au commanditaire de la belle Nie Yin Niang ( l'assassin en noir) dont les élans du coeur l'emportent sur la violence, insoumission du metteur en scène qui subvertit le genre du film de sabre en le transformant en opéra visuel dont les enjeux véritables se situent toujours avant ou après ces combats, insoumission également de cette production toute métaphorique qui pointe du doigt l'emprise de la Chine sur Taïwan, et tout cela porté par une lumière sublime, des cadrages à couper le souffle et un sens du détail qui arrive à rendre un seul battement de cil aussi violent qu'un coup de couteau. Un chef d'oeuvre absolu, injustement boudé lors du dernier festival de Cannes (même s'il a obtenu un lot de consolation, le prix de la mise en scène).
Je ne suis pas snob et j'en ai rien à faire de passer pour un piètre spectateur, mais qu'est-ce que je me suis rasé lors de la projection de ce film ! (Je ne devais pas être le seul, nous partîmes 10 dans la salle, nous restâmes 4 !). Il est certain que l'on en prend plein les yeux tellement les plans sont sublimes, seulement le propos est tellement obscur, qu'il finit par rendre tous ces paysages de vallées montagneuses embrumées mais caressées par un soleil levant ou couchant, tous ces palais filmés au travers de tentures de fine soie frémissantes complètement irritants. C'est beau mais comme on ne comprend rien, entre cette femme habillée en noir, formée au combat et chargée de trucider je ne sais qui, enfin si, un gouverneur, et ces autres femmes en blanc ou masques dorés, qui se déplacent comme des automates, figées par des costumes empesés, et aux visages inexpressifs ( sauf si une légère ouverture de leur bouche carmin vous paraît être un summum d'action) . Les dialogues minimaux ne nous éclairent guère. L'action pas plus, scènes assez statiques dont on ne sait jamais où ça se passe, ni d'ailleurs l'intérêt que l'on à voir un enfant jouer de la balle, des chèvres mastiquer ou des cavaliers passer, ni pourquoi, soudain, la femme en noir se met à tournoyer durant quelques secondes pour une espèce de combat qui s'interrompt sans raison véritable.
Hou Hsiao Hsien est un grand metteur en scène qui doit imaginer longuement ses plans d'une beauté foudroyante mais ce n'est assurément pas un grand conteur, préférant sans doute l'obscurité d'un propos, réservé à quelques initiés ou adeptes du taoisme, que la limpidité d'une intrigue. On me dira que justement cette opacité est la porte ouverte aux sensations, aux interprétations, mais encore aurait-il fallu que cette mise en image magnifique soit portée par quelque chose où le spectateur puisse se raccrocher. Ici, je n'y ai vu que la suffisance d'un cinéma finalement ampoulé, trop nombriliste pour penser aux autres ( ou peut être aux spectateurs non asiatiques).




jeudi 24 mars 2016

Médecin de campagne de Thomas Lilti


Il est certain que ce troisième film de Thomas Lilti est inattaquable sur le fond. Oui il défend une médecine humaine, proche des gens, Oui, une belle humanité se dégage de ces scènes d'auscultation quasi documentaires, ces visites à domicile dans une France toujours profonde. Oui, il fait état des dangers du désert médical qui progresse au fil des ans, les médecins préférant la ville ou les bords de mer pour y exercer leur art. Mais est-ce pour cela un bon film ? Pas sûr !
C'est une jolie idée de vouloir rendre hommage à cette médecine qui semble disparaître à grand pas, mais l'inoculer dans un scénario qui tienne la route, s'est révélé plus difficile que de guérir une varicelle. A l'écran que voit-on ? Une succession de scènes filmées de façon conventionnelles, avec certes un regard empathique sur des patients tous plus réalistes les uns que les autres mais aux thématiques rabâchées ( la jeune fille enceinte, le vieux malade auquel on s'attache, l'adolescent handicapé mental, ...). On sait tout de suite qu'ils deviendront les personnages secondaires programmés pour donner de l'émotion et du poids aux deux héros, ces derniers épousant la bonté, la charité et l'empathie de toute une profession uniquement sur terre pour soulager son prochain. C'est beau, ça fait frissonner Margot, mais, là, on plonge dans la guimauve. Nous sommes loin de " La maladie de Sachs" de Michel Deville ! Et comme si cette plâtrée de bons sentiments ne suffisait pas, pour enjoliver le tout, les scénaristes ont imaginé une histoire de passage de relais entre un médecin atteint d'une tumeur au cerveau et d'une femme plus très jeune mais sortant tout juste de son école de médecine. Si Dustin Hoffman et Emmanuelle Béart ...heu pardon... François Cluzet et Marianne Denicourt parviennent à donner une certaine grâce et une jolie justesse de ton, on ne peut pas dire que le contexte dans lequel ils évoluent en fasse autant. Le médecin sous chimio se porte comme un charme, court dans la boue, à des cheveux impeccables et déploie une humanité à rendre jalouse mère Thérésa. Si le film arrive dans sa première moitié à faire un peu d'illusion avec ce mélange genre documentaire/fiction, il s'enlise par la suite dans un improbable sirop romanesque qui englue le propos en accumulant les scènes aux bons sentiments trop voyants pour être crédibles. 
C'est sans doute le succès d'"Hippocrate" qui a donné envie au réalisateur ( et aux producteurs) de creuser le sillon de l'évocation du paysage médical français. Mais ne se sont-ils pas un peu trop précipités ? N'auraient-ils pas gagné à travailler un peu mieux le scénario ? Le résultat à l'écran est celui d'un téléfilm, bien joué, c'est certain, pétri d'humanité mais tellement conventionnel que parfois je me suis pincé pour ne pas me croire devant ma télévision. 


mercredi 23 mars 2016

Keeper de Guillaume Senez


Je n'ai pas un attrait particulier pour les nombreux films autour de l'adolescence qui fleurissent régulièrement sur les écrans, comme des boutons sur une peau acnéique. L'adolescent ne va pas bien, il est en crise, cherche les limites, s'essaye à diverses activités qui font froncer les sourcils de parents forcément dépassés et quand il arrive à prononcer un dialogue de plus de quatre mots, c'est qu'on est dans un film d'André Téchiné, fin observateur de ce passage de la vie mais dont l'âge vénérable peut nous faire douter d'un regard neuf (quoique ...).
"Keeper" possède tout cela : un couple d'ados ayant un langage minimum, vivant dans une banlieue pavillonnaire assez sinistre et dont la fille va se retrouver enceinte à quinze ans. Le film va les suivre dans leur questionnement, leur errance et leur passage forcé à un âge plus adulte.
Enorme bon point au scénario qui ne choisit pas la facilité, jouant des hésitations des deux jeunes protagonistes pour surprendre en empruntant des chemins pas toujours attendus, faisant ainsi ressentir leur malaise à trouver la bonne issue. Les deux jeunes acteurs y sont pour beaucoup, étonnants de naturel dans une mise en scène proche du documentaire. On retiendra aussi la totale absence de manichéisme du film face à deux sujets sensibles qui hantent cette histoire : l'avortement et l'adoption. Guillaume Senez a l'intelligence de poser le décor, l'histoire, sans détours, avec une justesse de ton impeccable, laissant le spectateur faire son jugement. Pour tout cela , "Keeper" est sans doute un long- métrage au dessus de la mêlée habituelle du genre.
Cependant, même si le récit avance à bonne allure, le film pâtit de quelques petites scories qui m'ont empêché d'adhérer totalement. La première, sans doute indépendante du réalisateur, fut pour moi l'inévitable comparaison avec le cinéma des frères Dardenne. Du coup, face à la tension des films de ces derniers, on a parfois l'impression que "Keeper " est du Dardenne sous Prozac. Autre étrangeté, peut être voulue mais qui enferme un peu trop ces ados, c'est leur étonnant isolement social et amical, comme s'ils étaient seuls au monde. Il y a les parents, enfin les mères surtout ,qui voient resurgir leur vécu de façon assez violente, vaguement un entraîneur du garçon, et c'est tout . Cela permet effectivement de mieux concentrer le sujet mais, lui donne aussi une étrangeté qui n'est guère assortie à son côté naturaliste.
Malgré ces quelques remarques, "Keeper "est un premier film prometteur, qui a déjà pas mal séduit (Grand prix du festival Premiers plans d'Angers) et qui je pense touchera le spectateur car il s'adresse à lui de la façon la plus intelligente : sans parti-pris.



mardi 22 mars 2016

Remember d'Atom Egoyan


Un petit thriller avec de très vieux acteurs ( dont un en fauteuil roulant) qui traquent un ancien nazi cela ne vous tente pas plus que ça ? Peur d'un manque d'action ? Mais si je vous dis que c'est Atom Egoyan derrière la caméra ? Non plus ? Parce que les derniers films du réalisateur ne vous ont pas convaincu ? Et si je rajoute Martin Landau ( oui celui de la série télé "Mission impossible" !) et Bruno Ganz et Christopher Plummer ? Pas plus ? Parce qu'à eux trois ils totalisent 250 années de cinéma et que ça impressionne ? Et bien, vous aurez tort, parce que même si "Remember " ressemble a un film de commande, vous passerez un sacré bon moment devant une histoire plus maline que l'on peut penser et plus profonde qu'il n'y paraît.
Comme le suggère l'affiche, Christopher Plummer  tient le film à bout de bras, la caméra d'Atom Egoyan ne le quittant pratiquement pas. On lit sur ce visage ridée, l'épuisement mais aussi la détermination et la puissance que donne l'esprit de vengeance ainsi que cette part trouble que possède chaque individu. On le suit avec ferveur, prêt à lui fournir l'énergie nécessaire pour mener sa mission à bien quitte à lui fournir un déambulateur et un peu plus de mémoire. Car, la mémoire est le sujet central de cette histoire, celle qui s'efface mais celle aussi que l'on se doit de perpétuer.  Défaillante chez le personnage incarné par Christopher Plummer, elle hante pourtant son esprit, marqué par les ignominies de l'holocauste autant que par son épouse décédée. Le scénario, avec son intrigue aux apparences classiques mais se débrouillant tout le temps pour prendre une direction inattendue, joue finement avec le thème mémoriel.  Et si l'ultime rebondissement peut paraître un peu trop grossièrement amené, il conclue le film de façon très astucieuse, donnant même un certain vertige qui oblige à repenser, à se remémorer ce que l'on a vu. Cette continuelle évocation de la mémoire, de ses stimuli comme de ses failles, irrigue un film qui par ailleurs joue aussi avec nos souvenirs cinématographiques, la brochette de vieux acteurs nous replongeant aussi dans notre passé, parfois oublié, de spectateur. (Mais dans quel film ai-je vu Christopher Plummer ? Ah oui ! " La mélodie du bonheur "!... )
Si "Remember" n'atteint pas les sommets des premiers films d'Atom Egoyan, si l'on peut y trouver aussi quelques petits défauts comme une musique parfois trop appuyée voire redondante, l'ensemble se laisse regarder avec plaisir. Et pour peu que l'on se laisse embarquer par l'histoire, vous ne serez pas au bout de vos surprises.



dimanche 20 mars 2016

Livre Paris, salon du livre 2016


On nous promettait une nouvelle ambiance, un vrai salon de rencontres lecteurs/auteurs, du neuf, du convivial, du presque jamais vu ! J'y suis allé et j'ai vu...enfin, pas vu le changement... J'ai retrouvé le même alignement de stands dans lesquels on aligne tout pareillement des auteurs de notoriétés diverses. Ainsi être assis à côté de Mathias Enard, dernier Goncourt en date, alors que sort tout juste son premier recueil de nouvelles, fait ravaler ses vanités de jeune écrivain même prometteur ( dixit l'attachée de presse). Voir un longue file de lecteurs avides d'approcher un instant une star des lettres alors qu'à sa droite une romancière fait mine de consulter ses nombreux sms sur un portable qui n'est même pas un  iphone ( comme celui de son voisin), est pathétique et me donne souvent envie d'aller jeter un oeil à la petite pile de quatre ouvrages (alors que le voisin disparaît presque derrière un mur de ses livres à succès) qui jouxte timidement un stylo bille esseulé.
Donc rien de bien nouveau au salon du livre, mais toujours quand même la joie de déambuler dans ce qui est la plus grande librairie de France ( encore que, au hasard, j'ai cherché les éditions Denoël qui semblaient bel et bien absentes). Il y avait foule mais c'était convivial. Les lecteurs sont en général des gens causants qui échangent volontiers au hasard d'une prise en main d'un livre et qui vous disent : "Oh c'est un livre formidable !" Et hop c'est parti pour un moment d'échange de coup de coeur, de coups de griffes ! Mieux que dans une librairie, la grandeur du lieu semble déshiniber les lecteurs. Après tout, le livre est une fête quelque part ! Alors soyons festifs !...
Et comme c'est la fête, Manuel Valls, que cachait une troupe compacte de vigiles, de photographes, de cameramans, de conseillers, voulait en être ! Il est apparu en plein samedi après-midi, avançant difficilement dans les travées déjà bondées.  Pas sûr qu'il ait pu apercevoir un bouquin tellement il était entouré mais qu'importe, il était de la fête. On a bien entendu quelque grincheux dire haut et fort : "Il n'a pas autre chose faire ? " Je me demande si ce n'est pas le même qui, un peu plus loin, a lancé en passant devant un autre troupeau pareillement fourni mais entourant Alain Juppé : " Il est sorti de tôle celui-là ? ".Le lecteur peut donc aussi se révéler taquin, surtout face à des personnages qui ne sont pas de vrais auteurs, même s'ils font paraître beaucoup d'ouvrages à leur effigie.
Le lecteur se laisse parfois aller à l'idôlatrie, comme ceux qui se massaient  pour obtenir un gribouillis de Fabrice Luchini, dédicaçant à la chaîne son livre de souvenirs devant un parterre énamouré de dames vieillissantes, jouant du coude et du cou pour certaines, tentant d'apercevoir la bête qui n'éructait pas ( enfin je ne pas sûr, je ne me suis pas approché assez) ou smartphone à bout de bras pour d'autres, essayant d'immortaliser l'instant en  photographiant la star qui, si elle venait à voir le résultat, vociférerait de rage devant le cliché peu flatteur obtenu par cette plongée hasardeuse. Mais l'acteur devant l'émeute provoquée ne maîtrisait plus son image contrairement à d'autres, comme une romancière que je ne citerai pas ( car je l'apprécie beaucoup) mais dont l'attachée de presse, interdisait vertement toute volonté de photo ou de selfie, ne voulant pas que se propagent quelques portraits non retouchés ou mal éclairés de sa protégée.
Ces comportements restent somme toute minoritaires. Le lecteur  se sert parfois de son appareil portable pour immortaliser quelque moment people mais est surtout là pour son amour du livre. Et quand on aime, on compte ! J'en ai vu sur un petit carnet, additionner leurs achats  et dire : " Encore un et c'est tout!". Oui le livre reste cher,  les budgets de plus en plus serrés, de là à dire que l'on en veut pour son argent (surtout après avoir payé l'entrée 12 euros !) il n'y a qu'un pas ...et il est franchi.  Le lecteur peut donc parfois apparaître exigeant. S'il aime à voir son auteur préféré en vrai, il le désire aussi en pile, et quand il est absent, on s'en inquiète. Ainsi chez Glénat, un vendeur rougissant faisait profil bas devant l'étonnement un poil militant d'un bédéphile soupçonnant un certaine discrimination devant l'absence des BD de Ralph Koenig sur le stand ou plus loin, chez Grasset, un monsieur était scandalisé de ne pouvoir toucher un ouvrage obscur d'un auteur tout aussi obscur, soit disant toujours présent dans le catalogue de l'éditeur bien que paru en 1983!
Qu'importe ces comportements marginaux, "Livre Paris" fut une belle fête, moins fréquentée que l'an dernier ( une baisse de 15% des entrées) mais toujours aussi merveilleuse pour tous les amateurs de lecture qui rêvent devant ces piles colorées, comme des enfants devant une montagne de bonbons,. Alors, on peut râler, critiquer, s'énerver, on est certain d'y retourner l'an prochain! Moi en tous les cas, c'est déjà acté !


jeudi 17 mars 2016

Midnight special de Jeff Nicols



Moins vous en saurez sur ce film, mieux ce sera. C'est le cas pour beaucoup mais pour celui-ci tout particulièrement, car plonger totalement vierge dans le nouveau film de Jeff Nichols  ( MudTake shelter ) est un bon moyen pour obtenir un excellent moment de cinéma.
Moi qui l'ai vu et aimé, que vous dire ? Si vous connaissez les précédentes oeuvres de ce réalisateur américain indépendant, sachez que l'on y retrouvera les mêmes éléments récurrents  : un enfant qui concentre l'intérêt, l'importance du ciel (un peu mystique mais un peu inquiétant aussi), l'acteur Michaël Shannon qui, paraît-il, galvanise le talent de Mr Nichols, l'importance du lien familial, et toujours celui du duo père/fils, mais cette fois-ci mis au service d'un thriller mâtiné de science-fiction. Il ne faut pas avoir peur du terme "science-fiction", car perso, je ne suis pas un fan du genre mais sous le regard de ce metteur en scène, c'est passé comme un bon film psychologique français que j'apprécie tant ! Durant presque deux heures, le film nous happe, joue finement avec nos nerfs et aussi sur le mystère. Qui sont ces personnages ? Que veulent-ils réellement ? Les bons et les méchants, se mélangent, ne sont pas ce que l'on pense qu'ils sont. Tout cela avance à grande vitesse, s'éclaire, s'obscurcit. Normal, la lumière et la nuit jouent un rôle important dans cette cavale où rien ne se passe comme prévu.
En sortant de la projection, pour vous dire comment le film arrive à agripper les spectateurs, je me faisais la réflexion, qu'avec un gros thème autour de la foi et la croyance, sujet top sensible chez moi qui ai tendance à ne croire à pas grand chose (surtout de mystique, religieux ou surnaturel ), j'ai pris fait et cause pour le personnage de ce petit garçon, jeune humain aux essences ou divines pour certains ou surnaturelles pour d'autres. Il faut dire que le jeune acteur Jaeden Lieberher, épatant de photogénie, pas du tout cabot, hérite de plans magnifiques aussi inquiétants que marquants. Mais c'est sans doute aussi par la grâce d'un scénario très écrit, très bien construit et par une mise en scène d'une grande douceur dans la description des rapports humains, que le film arrive à n'être ni manichéen, ni préchi précha mais tout simplement passionnant et pas du tout poseur.
On notera la présence rassurante de Kirsten Dunst dans le rôle assez ingrat de la mère ( juste deux trois répliques et beaucoup de présence silencieuse faite de regards ou attristés ou angoissés ou aimants )... rassurante pas que pour l'enfant mais pour les spectateurs (trices) car on s'aperçoit que loin des podiums et des gazettes, la star semble être une femme tout à fait comme les autres ( à moins que ce ne soit son talent ou la magie du cinéma qui nous la rende semblable à Maryse Villette, 2 rue Galuchon 36200 St Marcel).
C'est donc les yeux fermés sur la presse et les bandes annonces que vous vous rendrez au cinéma et que là, vous pourrez les ouvrir pour découvrir "Midnight spécial", film efficace et au fort pouvoir réflexif. ( Donc ne regardez pas la bande annonce ci-dessous, mise uniquement pour ceux qui n'ont pas décidé à aller découvrir le film mais en parler autour de la machine à café.)




lundi 14 mars 2016

Intérieur nuit de Marvin Jouno


Il y a longtemps que je n'avais pas parlé de chanson sur mon blog, rien ne m'ayant tapé dans l'oreille ces derniers temps ( oreille que certains critiquent, n'est-ce pas Yann ? ) mais je sors de mon hibernation musicale, réveillé que je suis par Marvin Jouno ! J'entends déjà certains grincer des dents... C'est qui celui-là avec ce prénom improbable, un cousin de Kendji Girac ? ( Et Marvin Gaye alors, ça ne vous dit rien ? ) Non, nous sommes très loin du chanteur TF1 et sans doute aussi du roi de la soul, mais c'est assurément l'apparition sur la scène française d'une future grosse pointure, j'en prends le pari (et je ne prends pas beaucoup de risques puisque même les inrocks parlent de future star de la chanson).
Son premier album au look et au titre très cinématographique qui rappelle son métier du décorateur pour le cinéma, débute par un souffle de vent glacial, suivi par un bruit de neige qui dévale la montagne. Suivent une rythmique électro un peu sourde et la voix du chanteur immédiatement évidente. Il sait chanter c'est certain mais un léger doute subsiste. Que va-t-il nous bramer ? L'amour ? Je t'aime tant ? Je te quitte ? Non ne pars pas ? Et quand on entend :
Quand vient la nuit du dimanche à lundi
je m'occupe, je trace des axes de symétrie
Je fais ça sur mon lit 
Depuis tout petit
L'oreille est accrochée. Quelqu'un qui arrive à glisser des notions mathématiques dans un couplet mérite assurément attention. Et une chose est certaine, c'est que l'attention ne retombe jamais jusqu'à la dernière note du dernier de ces onze morceaux, tous plus emballants les uns que les autres.
Auteur compositeur, Marvin Jouno propose d'emblée un univers personnel qu'il sait emballer dans une pop élégante, un peu électro mais adoucie par des violons ou un piano. On sent bien quelques influences ( Biolay sans doute, Murat pour quelques finales chantées de façon traînantes, ...) mais c'est pour mieux nourrir son univers déjà singulier.
D'un Japon sinistré ou du futur d'un planète qui court à sa perte à une évocation mélodieuse et rythmée de Berlin, ville de tous les émois :
On a conjuré le passé oppressant
comme dépassés par le présent
On a écrit au futur sur les murs
cru au cristal, aux bonnes aventures...
Marvin Jouno nous fait voyager mais pas que. Il nous offre aussi une magnifique lettre non envoyée par le soldat en permission que la Cléo du film de Varda rencontre en fin d'après-midi ( Antoine de 5 à 7), se payant le luxe d'une chanson sur la guerre d'Algérie. Avec " Exode 81", où la montée de nos paysans dans des villes sans lumière s'entrechoque avec une actualité plus brûlante :
Tu as réussi à t'échouer
malgré le vent et les orages
mener ta barque et l'équipage
tenir ta rage en cage ...
Je pourrai les citer toutes les chansons, il n'y a rien à jeter. J'ai même eu l'impression que l'album allait crescendo jusqu'à un final puissant et magnifique,  "Panorama",  où, accompagné par un piano aux sonorités sourdes, la voix s'élève, grave et intense, asseyant comme une évidence ce jeune trentenaire comme un chanteur sur qui on va devoir compter.
Je pourrai dire encore plein de choses sur ce coup de coeur, notamment que ses paroles ont une liberté d'écriture peu banale, se jouant des mots et des sonorités. Ainsi on entendra : " Je desserre nos deux mains" mais le texte écrit est : " Je dessers nos demains"  ou bien " La version du thème" donne " L'aversion du t'aime ", et dans les deux sens ça fait sens ! Oui,  il joue avec les mots ( j'ai lu quelque part qu'il était un "dyslexique des mots" ! Bien plus chic !) et cela donne une saveur et tout un tas de possibles projections personnelles à celui qui écoute.  
Il y a deux excellentes nouvelles en ce mois de mars si morose. Le printemps revient et la chanson française voit naître une nouvelle étoile  : Marvin Jouno !


PS : un moyen métrage de 45 mn accompagne le disque physique, mettant en images les onze chansons de l'album.
PS 2 : Billet dédié à Gérard R. qui m'a fait découvrir ce formidable artiste !

dimanche 13 mars 2016

Les dunes sauvages de Marie Dô


Il y a des séries dans la vie qui sont souvent le fruit du hasard. Ainsi, des appareils ménagers tombent en panne quasi au même moment ou un lecteur lit le même mois, trois romans avec pour toile de fond le naturisme.  
Après, "Le côté gauche de la plage" de Catherine Cusset et "Je suis capable de tout" de Frédéric Ciriez, voici donc "Les dunes sauvages" de Marie Dô présenté sous une très jolie couverture "pelliculée soft touch" ( précision de l'éditeur, qui ne ment pas, le livre a un toucher très agréable). 
Contrairement aux deux précédents où le naturisme servait surtout de décor, "Les dunes sauvages" adopte un côté plus militant. Le personnage principal, pourtant réfractaire à ce mode de vie, verra son existence prendre un autre départ une fois qu'il aura accepté de se débarrasser de ses vêtements. Mais là où les deux autres adoptaient un ton vraiment littéraire, celui-ci choisit l'option roman facile à lire, fait pour la détente, les vacances. 
Je le dis très franchement, j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans cette histoire. Tout d'abord, le héros est fort antipathique et le restera, pour moi, jusqu'au bout. Cela aurait pu être un parti-pris intéressant et inconfortable, mais ici, vu la trame très romanesque, cela m'est apparu comme une maladresse. Fraîchement divorcé d'une certaine Tess qui en avait marre de ne pas exister à ses côtés, lui préférant de multiples tournages de pubs à l'autre bout du monde, Sébastien sombre dans la déprime et, sur les conseil d'un ami médecin, arrête tout et part en vacances dans un bungalow qu'il avait offert à son ex-femme lors d'une Saint Valentin... Je n'épiloguerai pas sur le prétexte pour envoyer Sébastien dans un centre naturiste sans qu'il le sache, mais il est sérieusement tiré par les cheveux et sert aussi à lui brosser un portrait où les clichés s'enfilent comme des perles. Au final, on se demande comment un réalisateur de pub peut être aussi coincé et aussi obtus. Une fois au "camp Robinson", nom du lieu de villégiature, le collier de clichés s'enrichit avec l'ajout de voisins naturistes tous épris de yoga, de méditation, de spiritualité (Je note toutefois que Marie Dô nous a finement évité le plus gros, les naturistes partouzards !) mais aussi d'une intrigue amoureuse genre Harlequin. Sébastien croise la ravissante Mona mais leur première rencontre n'augure en principe pas une scène érotique de sitôt, laissant donc penser que le fraîchement divorcé mettra sans doute tout en oeuvre pour conquérir cette belle créature. 
Devant autant d'écueils, j'aurai pu quitter ces dunes sauvages sans regret, mais je suis tenace et comme sa lecture restait somme toute facile, j'ai continué. Et j'avoue que dans sa deuxième partie, dès que Sébastien accepte enfin d'enlever son slip, j'ai trouvé le roman plus séduisant. L'espace infini de ces plages girondines qui ont su garder un côté naturel s'engouffre entre les pages. On entend le bruissement léger des pins, les rouleaux de l'océan, on sent le sable que l'on égrène du bout des doigts, le soleil sur la peau. Les personnages qui exhalaient les clichés deviennent plus profonds, plus émouvants. Le récit, tout en restant sur les rails de la légèreté, n'avance pas comme on pouvait le supposer.  L'émotion pointe, le lecteur est mieux accroché. J'avoue avoir bien aimé les scènes de fin de séjour qui épousent très subtilement les sentiments que l'on éprouve tous lorsque les vacances se terminent et que nous allons retrouver notre habituel quotidien. 
Autour d'une trame qui fleure le téléfilm pour chaîne de la TNT, "Les dunes sauvages" arrive au final à faire passer un agréablement moment. Simple à lire mais avec trop de facilités romanesques, je retiendrai surtout un joli plaidoyer pour une vie simple, naturelle et nue. Et aussi, cette phrase qui résume sans doute le fond du roman : " Nu, on devenait transparent, on lâchait ses défenses en même temps que sa pudeur, on épluchait ses bobos intimes comme on traquait un poil superflu". Et un tout petit peu plus loin : " Cessons de faire du corps un drame". 

samedi 12 mars 2016

Et j'ai su que ce trésor était pour toi de Jean-Marie Laclavetine


Les lignes vertes des appareils qui accompagnent le coma de Julia tressautent parfois lorsque la voix de Marc prononce un mot, un nom qui s'insinue dans les tréfonds d'un cerveau endormi et réveille mystérieusement un semblant de vie. Version masculine de Shéhérazade, cet écrivain vieillissant, accompagne la jeune femme dont il est éperdument amoureux en tentant de la réveiller avec des histoires que leur relation clandestine n'ont jamais cessé de créer au fil de rendez-vous alliant passion charnelle et amour des intrigues romanesques. Profitant de cette enveloppe intime qu'est la nuit, les histoires inventées en des temps plus heureux vont revivre, s'étoffer, s'enchevêtrer, pour tisser un roman où fiction et réalité se mêleront avec élégance. 
Jean-Marie Laclavetine, avec une impressionnante facilité d'écriture, nous embarque dans un tourbillon d'histoires où la notion de couple sera  empoignée avec ferveur, malaxée, malmenée mais aussi glorifiée, surtout lorsqu'elle sort des sentiers battus de la fidélité et du mariage. Amours, passionnelles, violentes, inabouties lorsque le désir d'enfants s'en mêle, mais amours toujours et sous tous les modes de la narration. Romantiques, teintées d'érotisme mais aussi d'ironie, façon thriller ou récit d'aventure, les relations à deux dépeintes nous embarquent jusqu'au bout de la nuit. Même si dans cet entrelacs de récits, celui sur la vengeance serbe sur fond de grève générale et de semi guerre civile m'a un peu moins passionné et convaincu, l'ensemble se dévore avec ferveur car Jean-Marie Laclavetine est un conteur aussi facétieux que talentueux. Il manie, verbe et intrigues avec un bonheur jubilatoire, en grand amoureux des livres et  du plaisir de lire qu'il rend très sensuel dans sa relation avec Julia.
Le livre refermé je n'ai pu m'empêcher de repenser à un autre roman, du même éditeur et sorti le même jour : "Celle que vous croyez" de Camille Laurens qui lui aussi, jouait sur un même thème, celui des récits enchâssés. Tous deux ont cet amour de la littérature et des histoires, cette envie d'embarquer et de perdre un peu son lecteur pour mieux le passionner. Mais à bien y regarder, "Et j'ai su que ce trésor était pour toi" est le pendant négatif du roman de Camille Laurens. Là, où la romancière s'insurgeait sur le sort réservé aux femmes de plus de quarante ans, périmées pour l'amour dans un société sujette à un jeunisme forcené, Jean-Marie Laclavetine démontre que son héros, presque soixantenaire, à la beauté banale déjà passée, n'a aucune difficulté à séduire tout un tas de jeunesses de trente ans de moins que lui ! Et si les amours "cougar" étaient bien difficiles chez l'une, les amours "puma" restent la norme chez l'autre ! Comment font-ils ses deux là quand ils se croisent dans les couloirs de chez Gallimard ? Moi, je les verrai bien ensemble, nus et l'esprit à vif, inventant des histoires pour leur propre plaisir, alliant comme dans leurs écrits, sexe et plaisir des mots... Impossible ? Le lecteur peut lui aussi s'inventer des histoires non ? 

vendredi 11 mars 2016

Room de Lenny Abrahamson


Coproduction anglophone indépendante ( Canada, Irlande, USA), "Room" est un film qui traîne avec lui un caddie pour empiler les récompenses et si possible des Golden Globes et des Oscars. . Je ne sais s'il a été conçu pour cela ( on peut espérer que non ) mais, le fait est que, la récolte fut bonne.
Tous les ingrédients y sont : Une histoire inspirée de faits divers qui ont passionné les foules et les médias, une actrice jouant les contre-emplois, avec boutons et cheveux gras (  hummm; c'est bon ça coco ! ), un enfant craquant, une valeur ajoutée par son côté indé un peu fauché qui ajoute en crédibilité et un parcours exemplaire en festival transformant le petit film modeste en rouleau à compresseur émotionnel et oscarisable.
Le film est sans conteste efficace, très prenant dans sa première partie, assez bien fichue, jonglant avec l'angoisse et le suspens, arrivant même à instiller un peu de poésie dans un univers qui en manque sérieusement. Par contre, la deuxième partie peine un peu plus à convaincre, enfilant les situations supposées signifiantes aussi subtilement que dans un soap opéra pour retraités monégasques. Cependant, Lenny Abrahamson, en prenant le point de vue de l'enfant, arrive à éviter la chute dans le tire-larme complet. C'est vrai qu'un regard de bambin adoucit un peu les spectateurs durs à cuire comme moi. A ce propos, Jacob Tremblay, qui joue le petit garçon, aurait largement mérité l'oscar du meilleur acteur ! La coupe de cheveux est la même que celle de Léonardo dans " The revenant" et il en endure autant  même sur un autre registre. Mais, question jeu et dialogues, y'a pas photo ! Il est excellent et plus craquant ! Mais la loi des Oscars est ainsi, le prix va aux cheveux gras et là, on s'incline, Léo et Brie Larson ont à eux deux écoulé la moitié de la production d'huile d'amandes (bio) californienne et l'on comprend dès lors que leurs efforts d'enlaidissement soient récompensés.
Quoiqu'il en soit, cette machine à Oscars se laisse regarder. C'est un travail bien fait, bien calibré, on ne regrette pas son billet. Il y manque sans doute un je ne sais quoi de plus, un supplément d'âme, vous savez, ce petit quelque chose que certains appellent une vision d'auteur. "Room" a beau avoir un côté petite production sympa, une allure artisanale, mais il me fait irrésistiblement penser au menuisier qui a abandonné les tenons et les mortaises pour la colle à bois et les vis . Ca tient debout, mais c'est moins costaud au fil du temps !


mardi 8 mars 2016

Mè keskeussè keu sa ? de Michel Van Zeveren


Perplexe, je suis resté perplexe à la lecture du nouvel album de Michel Van Zeveren, auteur ultra créatif de nombreux albums indispensables à la bibliothèque dues petits lecteurs.
Non, ce n'est pas ce titre en langage sms de l'époque Cromagnon qui me fait grincer des dents, c'est même plutôt drôle et oblige l'adulte à prendre un ton ...préhistorique ....genre grosse voix un peu débile (  succès garanti auprès de votre auditoire). Le texte est ainsi  rendu très vivant, les dialogues des deux personnages fusant comme dans une très bonne sitcom. J'irai même à trouver cela réjouissant de jouer ainsi avec l'orthographe. Cela doit déplisser les jupes des mamans bien pensantes, qui sans nul doute délaisseront cet album de peur que l'oeil de Marie-Gersende ne soit dévoyé à jamais.
Non, au niveau rythme, illustration , rien à dire, c'est du beau boulot. Reste un hic, important à mes yeux  : mais qu'à voulu dire Michel Van Zeveren ? (oui, j'ai encore la mauvaise idée que dans le projet d'un album, même comique, je crois que l'auteur y a glissé un petit message).
Au départ, comme le montre le dessin de couverture, le couple  Koko et Kiki trouve une chose par terre, ça rappelle un doudou, en plus vivant, Ils ne savent pas ce que c'est. Comme c'est par terre, c'est sale et ils l'appellent Crasse. Et bien que Crasse leur ressemble, ils décident de s'en séparer, en le balançant dans un précipice...
Ah, vous riez moins tout d'un coup... Est-ce un album sur l'infanticide ? Non, même si l'on y passe pas loin.  Sur l'attachement, ici très animal ? Oui, sans doute car, je vous rassure, Crasse est vraiment attachante, collante même.
Ce qui me laisse perplexe, c'est la bizarre idée de départ, la totale ignorance de ce qu'est un bébé de la part des deux personnages principaux. Certes ils sont Cromagnon, mais vivipares quand même !( ou alors c'est Adam et Eve avant le péché et Dieu qui leur fait une farce !). Ou alors, Mme Cromagnon a peut être fait un déni de grossesse et a lâché la chose à même le sol de la caverne comme une vulgaire crotte. Avouez que pour raconter la naissance à des enfants, y'a mieux non ? Je suis sans doute trop carré...
Si l'idée de départ ne choque pas les bambins, entrant dans l'histoire sans se poser des questions, le front se plisse quand même un peu, comme s'ils percevaient un truc qui ne collait pas sans pouvoir l'expliquer. Le récit les emporte quand même (surtout si vous prenez votre grosse voix caverneuse de chasseur de mammouth). Le bec est cloué quand le monsieur veut jeter la chose dans le vide et le sourire revient puisque l'histoire se termine sur des notes moins angoissantes.
Au final, je ne sais que faire avec un album comme celui-ci. Je suis très partagé. Drôle c'est certain (dans tous les sens du terme) mais qu'apporte-t-il réellement à l'enfant ? Un peu d'angoisse comme dans les bons vieux contes mais, pour moi, aussi, un fond étrange, pas très rassurant et surtout peu rationnel.... Ah c'est vrai, j'ai parlé de conte.... et le rationnel n'existe pas ... Laisse-toi aller coco et pose-toi moins de questions !... N'empêche ...quelle drôle d'idée !
Et pour vous faire une idée, le début de l'album est proposé sous forme de clip sur you tube :

https://www.youtube.com/watch?v=QVjd7bWewzQ






lundi 7 mars 2016

Correspondance indiscrète d'Arthur Dreyfus et Dominique Fernandez


De leur trop brève rencontre à Crans Montana pour un colloque sur le thème "Art, sexe et littérature", Arthur Dreyfus et Dominique Fernandez ont décidé de poursuivre leurs échanges sous la forme de lettres envoyées durant un semestre.
Au-delà du côté très chic de cette rencontre dans une station Suisse ( publier des livres donne  de ces opportunités...), les deux écrivains qu'au moins deux, voire trois générations séparent ( 30 ans pour Arthur et 86 ans Dominique ), vont retrouver ce plaisir ancien de la correspondance et de la conversation entre gens lettrés.
C'est Dominique Fernandez qui lance le débat avec cette phrase qui est aussi le sous-titre de ce livre : "Quel bonheur de vivre aujourd'hui!". Il fait référence à l'homosexualité qui, en 2016,  peut se vivre, en France, de façon normale, malgré les cris de quelques extrémistes d'un autre âge. Du coup, les échanges vont surtout tourner autour d'une thématique gay, de sa représentation en littérature et par extension, quand même, de la manière de parler du sexe lorsque l'on est écrivain. Tout dire de façon cru ? Poétiser comme Jean Genet ? User de métaphores comme beaucoup quitte à paraître désuet ou pédant ? Les deux hommes font feu de tout bois, ne lâchant rien, rebondissant avec brillance sur les propos de l'autre. Ils vont digresser aussi, empoignant d'autres sujets avec finesse et pertinence. Arthur Dreyfus apparaît comme un jeune lion fougueux, n'hésitant jamais à contredire son aîné, Dominique Fernandez, lui,a le recul du vieux matou qui en a vu d'autres. Tous deux éblouissent par leurs connaissances, la vivacité de leurs interventions et la clarté de leurs démonstrations.
Pour nous, lecteurs, on apprécie la douceur et la bienveillance de Dominique Fernandez, jamais avare d'une anecdote, que l'on sent très à l'écoute du jeune écrivain que celui-ci ne ménage nullement, osant le contredire avec audace, voire lui donner tort, sans agressivité aucune. Si les deux hommes paraissent très éloignés dans leur façon de voir et surtout de vivre l'homosexualité, ils se rejoignent sur la vie de couple, le plus ancien préférant " la sécurité d'une communauté de coeur et d'esprit pour envisager l'intimité sexuelle ", le plus jeune " Sans le couple, je ne tiens pas.  Je m'écroule. " mais de rajouter très vite : " Pourquoi opposer le foisonnement à la fidélité ? ". Et là soudain, m'est apparu que le plus libre des deux n'était peut être pas celui que l'on croyait... C'est sans doute grâce à ces différences générationnelles et à la vitalité gouailleuse de ces deux compères, que le livre nous transporte. Ils ne parlent pas au final d'homosexualité mais de sexualité dans tous les sens du terme et donc à tout monde, hétéro, bi, gay, trans, ... et comme c'est lors de l'acte sexuel que l'humain est  le plus vrai.... nous sommes tous concernés.
Même si parfois cet échange a des allures surannées à cause de l'évocation d'auteurs un peu vieillis ou trop sages ( Montherlant, Martin du Gard, ...), j'ai passé un très bon moment en compagnie d'esprits aussi érudits et libres, faisant partager sans pudeur et sans fioriture leurs points de vue, leur vision du sexe donc du monde. Cette correspondance indiscrète est une oasis d'intelligence dans un monde de brutes, signe que,oui, aujourd'hui, c'est un bonheur de vivre dans un époque, un pays, qui permet la parution d'un tel ouvrage.

dimanche 6 mars 2016

Je suis capable de tout de Frédéric Ciriez



Le pitch de départ est simple : Julie, quarantenaire plutôt jolie est en vacances. Executive woman sortant de centrale et grande spécialiste de l'énergie éolienne, elle entame son séjour sur la Méditerranée accompagnée de son adolescente de fille de 17 ans. Solitaire depuis son divorce, elle espère rencontrer bien vite une âme soeur.
Jusque là, que du banal sauf que Frédéric Ciriez, avec son stylo au vitriol, va jouer les pourfendeurs de clichés en dézinguant cette intrigue de plage pour la transformer en une critique pugnace de notre société et de ses nombreux travers.
Focus sur le pitch : Le lieu de vacances est l'île du Levant, Mecque du naturisme ( ici appelé " vie naturelle"), Le passe-temps des deux femmes est la lecture : un livre de coaching pour la mère, un manga yaoi pour l'adolescente ( pour les non-initiés,le yaoi s'adresse aux filles en leur racontant des  histoires d'amour et de sexe entre garçons). Mais la lecture ne durera pas . La mère a rendez-vous avec un dénommé Giacomo, rencontré sur le net et la jeune fille va se faire draguer par une bande d'ados marseillais cherchant un(e) partenaire de volley.
Et sur cette trame nettement moins plate, dans une époque située dans un futur indéterminé, Frédéric Ciriez va s'en donner à coeur joie. En amateur de littérature, il va parodier de façon décapante des genres qui font le bonheur des comptes des éditeurs. En plus de ceux cités plus haut, je recommande une longue scène érotique, joyeux mélange de "L'amant de Lady Chatterley" et "50 nuances de grey", au ton indescriptible, caustique analyse psychologique de la femme seule moderne mais connectée.
Son esprit critique ne va pas s'arrêter à cette littérature commerciale dévorée par des estivants gorgés de soleil, de musiques et sodas, sur des transats alignés comme dans un sanatorium. Il va également l'appliquer aux téléphones portables qui tiennent en laisse les adolescents ou à la crédulité des élites friquées prêtes à croire n'importe quel bonimenteur à condition qu'il leur parle d'eux, de leur argent et leur fasse miroiter un pouvoir supplémentaire. (Le coaching nouveau look des sectes ? ). Et bien entendu, il va déchirer le paréo idyllique dans lequel se drape l'île du Levant, où la vie naturelle ( le naturisme donc) prend l'allure d'une foire aux bestiaux tout en cohabitant avec une zone militaire nettement moins peace and love.
Mordant, dézingueur, "Je suis capable de tout" l'est assurément. Trop peut être car cet esprit critique est aussi appliqué au roman lui-même qui relève parfois de l'expérimentation littéraire, multipliant les genres de narrations. Frédéric Ciriez cherche assurément à déglinguer aussi le roman traditionnel. C'est intéressant, louable, mais, pour ma part, pas totalement convaincant, la différence de traitement entre les personnages ainsi que l'importance que prennent les pastiches des genres littéraires, cassent parfois le rythme de l'ensemble.
Toutefois, ce jeu de massacre fait un bien fou à une époque où les clichés ont tendance à s'imposer comme des vérités incontournables. Il est parfois bon de se faire malmener par un livre, surtout quand celui-ci est drôle et futé. Et même si je ne le trouve pas complètement réussi, il reste toutefois au-dessus du lot de toutes ses parutions formatées.


vendredi 4 mars 2016

Libérez-nous de Patrick George


Avant d'ouvrir cet album sans texte (ou presque, seule une question est posée à la fin ),,il sera bon d'observer cet ours et de suivre son regard. Oui cette petite brèche dans l"alignement de ses barreaux pourrait bien faire naître un espoir d'évasion. Les plus petits diront tout de suite qu'il est en prison....comme si cet animal était coupable de quelque chose... Sans vouloir polémiquer sur l'intérêt des parcs animaliers, on pourra signaler qu'effectivement les animaux du zoo ont été capturés et emprisonnés pour notre bon plaisir.
"Libérez-nous", si l'on n'est pas très attentif, apparaît au premier abord comme un joli ...flip flap (?), je  pense  que c'est comme cela que l'on appelle ces albums, popularisés par la collection "Premières découvertes " de chez Gallimard. Donc de jolies images colorées avec animaux imprimées sur papier  transparent que l'on prend plaisir à tourner. Les animaux de la page de droite se trouvant soudain dans un autre décor quand ils atterrissent sur la page de gauche. Comme cela débute par un tigre faisant office de tapis qui, une fois déplacé se retrouve suspendu par la queue à un arbre, je ne suis pas certain que les enfants auquel s'adresse cet album comprennent du premier coup où l'auteur veut en venir. Seul, le plaisir de feuilleter et de jouer avec les animaux prime. Ce ne sera qu'à la fin, avec le question : "Quels autres animaux vas-tu sauver ?" que peut être une petit lueur va éclairer dans les esprits curieux de nos petits... On reprendra sans nul doute l'album et on le refeuillettera à l'aune de ce questionnement...et cela ne sera pas forcément facile. Papa et maman vont devoir donner de leur temps et montrer leurs capacités à expliquer tout un tas de références que ces nombreuses libérations d'animaux cachent. L'élevage des poulets en batterie, les têtes de cerf que l'on accroche au-dessus des cheminées, la pêche intensive, le commerce des chaussures en croco jusqu'à cette mode aujourd'hui bien surannée de porter un renard en guise de foulard composent un implicite pas toujours évident pour le jeune enfant mais porteur assurément de nouvelles connaissances.
Sous un aspect ludique et facile "Libérez-nous" cache un album plutôt documentaire qui demandera une certaine écoute à l'enfant, cela le changera de sa tablette ou de la télévision. Les illustration tout en rondeur ont un caractère doux et enfantin très agréable et apportent un côté câlin qui plaira. Son côté écologique de bon aloi lui confère une dimension supplémentaire  non négligeable à l'heure de ce tournant que l'on arrive pas à prendre... Autant donc commencer très jeune à sensibiliser  !

jeudi 3 mars 2016

Juliette de Camille Jourdy


"Juliette", comme sa couverture semble le dire, paraît évoluer dans un monde actuel plutôt villageois, proche de la nature et autour d'une héroïne sage et jolie. Au premier degré, il n'y a aucun doute. Cette chronique des quelques jours que passe l'héroïne dans son village natal, ont le goût et la couleur des histoires simples. Juliette, ayant fui la province pour bosser dans la capitale, est assez mal dans sa peau. Hypocondriaque, anxieuse, elle traîne sa solitude en supportant le monde qui l'entoure. De retour dans sa famille à l'occasion de ce que l'on suppose de vacances "faute de mieux", elle retrouve chez son père sa chambre d'enfant et bien évidemment les fantômes d'un passé qui, comme chez beaucoup, possède des faits pas toujours digérés : une petite rivalité avec une soeur aînée, le divorce de ses parents. Rien de bien original, mais pour Juliette cette confrontation va, durant quelques jours, être l'occasion de puiser dans ses racines quelques forces nouvelles.
Avec un dessin coloré, aux apparences naïves, Camille Jourdy brosse avec une infinie tendresse le portrait de cette famille et de quelques autres. Elle prend le temps de les suivre, d'observer leur quotidien. Cette apparente nonchalance permet au lecteur de s'ancrer dans le récit  mais surtout de se laisser porter au gré des déambulations de Juliette sans aucun ennui. Camille Jourdy sait placer avec justesse un détail, une phrase qui, sous des airs de banalité, ont un pouvoir évocateur certain. Et puis, dans ce qui démarrait comme un roman graphique intimiste, vire petit à petit dans tout autre chose, assez difficile à définir. La délicatesse se trouve secouée par le vaudeville, l'apparente sagesse est ébouriffée par des personnages qui assument leurs envies, leurs désirs. Avec une précision d'horlogère, de grande styliste, l'auteure, sans que l'on s'en rende bien compte glisse dans son récit des éléments qui ailleurs auraient paru étranges alors qu'ici ils semblent normaux. On recueille un animal dans la rue ? C'est un caneton, pas un chaton ou un chiot ! La soeur assez gironde et menant une vie de ménagère assez planplan entre mari et enfants ? Coquine, elle  reçoit le jeudi, dans la serre de son jardin, un jeune amant qui vient déguiser en loup puis en fantôme !  Un homme qui est séduit par Juliette ? Il a droit à plusieurs pages où il reçoit habillé en femme ! Et tout passe sans l'ombre d'un froncement de sourcil !
Camille Jourdy, joue de la narration et de l'illustration avec une pertinence et une jovialité passionnantes. Son récit captive, son dessin accroche et est loin d'être aussi naïf qu'il veut bien le laisser paraître. L'ensemble donne un roman graphique à la justesse jubilatoire, miroir pas si déformé que ça de nos vies malgré (ou grâce) à cette façon absolument originale et délicieuse de pervertir un tout petit peu le récit en se moquant des clichés. Et malgré cela, il reste une émotion palpable, une impression de justesse  qui font de "Juliette" (sous titré : Les fantômes reviennent au printemps) du grand art !




mardi 1 mars 2016

Le côté gauche de la plage de Catherine Cusset


Ce très joli petit livre, publié chez un petit éditeur breton, Dialogues, me réconcilie avec Catherine Cusset, auteure de premiers romans emballants mais qui m'avait assez déçu avec " Indigo " paru voici trois ans maintenant.
C'est un court texte, presque une nouvelle, a la force d'un vrai roman, même si le personnage principal est la plage que Catherine Cusset fréquente depuis des décennies dans une presqu'île bretonne. Elle devient sous sa plume un lieu où s'épousent la nature et la liberté mais aussi le portrait tout en tendresse d'un homme qui n'est ni un mari, ni un amant, juste un ami...plage.
Le livre débute par une mise au point nette. Catherine Cusset va sur cette plage, seule et se baigne nue, éprouvant le bonheur de retrouver " un corps d'avant la sexualité". Pour arriver dans cet endroit presque paradisiaque, nous la suivons dans ce chemin tortueux qui mène jusqu'à cette longue bande de sable, où la marée joue son lent va et vient, laissant autant de traces que d'odeurs iodées. Le cadre est posé. Le lecteur est enveloppé de cette atmosphère balnéaire. Il sent le sable sous ses pieds, les quelques galets que heurtent parfois un orteil.  Son regard se porte sur l'océan, attirant, tentant, parfois inquiétant. Une fois sur la grève, Catherine Cusset délaisse le côté droit de la plage, plus familial, plus commun, pour lui préférer la partie gauche, plus libre car sans vêtement. Longtemps, elle y fut cette baigneuse solitaire au milieu de quelques hommes, nus aussi. Les regards qui s'échangeaient sur ce lieu, beaucoup plus pudiques que l'on ne le croit et souvent sans véritable jugement sur le corps de l'autre, ne l'ont jamais mise mal à l'aise. Au contraire, elle nous parle de son plaisir d'être cette Vénus à la peau presque blafarde sortant de l'onde quelque soit le temps, de la sensualité de l'eau, du vent, du soleil sur sa peau nue qu'aucun des hommes présents ne convoite vraiment. Pendant des années, elle y alla seule d'abord, en mémoire de son père, puis avec des amants, un mari,  attendant que la plage soit déserte pour déguster en fin de soirée un plaisir attisé par les rayons du soleil, puis de nouveau seule, son conjoint travaillant loin, à l'étranger. Et c'est ainsi qu'elle rencontra Jean, retraité de l'enseignement, solitaire nu comme elle, lisant sur la plage quelque soit le temps. Ces deux solitudes se sont observées, rencontrées, appréciées et sont même devenues des amis de inséparables.
 Cette plage et cette amitié ne font qu'une dans ce merveilleux petit livre, aussi libre que pudique, aussi harmonieux qu'émouvant. Les illustrations d'Alain Robet, fenêtres colorées sur l'infinie douceur des plages qui raviront les amoureux de la mer (et pas que les bretons) ajoutent un charme supplémentaire à ce livre, petit par le format mais grand si l'on prend en compte toutes les émotions qu'il fait éprouver au lecteur.
"Le côté gauche de la plage" est édité aux éditions dialogues.


Il est des hommes qui se perdront toujours de Rebecca Lighieri

2019  Il est comment le nouveau Rebecca Lighieri ? Un peu décevant. La critique s'enflamme pour ce nouveau roman de Rebecca Ligh...