samedi 12 mars 2016

Et j'ai su que ce trésor était pour toi de Jean-Marie Laclavetine


Les lignes vertes des appareils qui accompagnent le coma de Julia tressautent parfois lorsque la voix de Marc prononce un mot, un nom qui s'insinue dans les tréfonds d'un cerveau endormi et réveille mystérieusement un semblant de vie. Version masculine de Shéhérazade, cet écrivain vieillissant, accompagne la jeune femme dont il est éperdument amoureux en tentant de la réveiller avec des histoires que leur relation clandestine n'ont jamais cessé de créer au fil de rendez-vous alliant passion charnelle et amour des intrigues romanesques. Profitant de cette enveloppe intime qu'est la nuit, les histoires inventées en des temps plus heureux vont revivre, s'étoffer, s'enchevêtrer, pour tisser un roman où fiction et réalité se mêleront avec élégance. 
Jean-Marie Laclavetine, avec une impressionnante facilité d'écriture, nous embarque dans un tourbillon d'histoires où la notion de couple sera  empoignée avec ferveur, malaxée, malmenée mais aussi glorifiée, surtout lorsqu'elle sort des sentiers battus de la fidélité et du mariage. Amours, passionnelles, violentes, inabouties lorsque le désir d'enfants s'en mêle, mais amours toujours et sous tous les modes de la narration. Romantiques, teintées d'érotisme mais aussi d'ironie, façon thriller ou récit d'aventure, les relations à deux dépeintes nous embarquent jusqu'au bout de la nuit. Même si dans cet entrelacs de récits, celui sur la vengeance serbe sur fond de grève générale et de semi guerre civile m'a un peu moins passionné et convaincu, l'ensemble se dévore avec ferveur car Jean-Marie Laclavetine est un conteur aussi facétieux que talentueux. Il manie, verbe et intrigues avec un bonheur jubilatoire, en grand amoureux des livres et  du plaisir de lire qu'il rend très sensuel dans sa relation avec Julia.
Le livre refermé je n'ai pu m'empêcher de repenser à un autre roman, du même éditeur et sorti le même jour : "Celle que vous croyez" de Camille Laurens qui lui aussi, jouait sur un même thème, celui des récits enchâssés. Tous deux ont cet amour de la littérature et des histoires, cette envie d'embarquer et de perdre un peu son lecteur pour mieux le passionner. Mais à bien y regarder, "Et j'ai su que ce trésor était pour toi" est le pendant négatif du roman de Camille Laurens. Là, où la romancière s'insurgeait sur le sort réservé aux femmes de plus de quarante ans, périmées pour l'amour dans un société sujette à un jeunisme forcené, Jean-Marie Laclavetine démontre que son héros, presque soixantenaire, à la beauté banale déjà passée, n'a aucune difficulté à séduire tout un tas de jeunesses de trente ans de moins que lui ! Et si les amours "cougar" étaient bien difficiles chez l'une, les amours "puma" restent la norme chez l'autre ! Comment font-ils ses deux là quand ils se croisent dans les couloirs de chez Gallimard ? Moi, je les verrai bien ensemble, nus et l'esprit à vif, inventant des histoires pour leur propre plaisir, alliant comme dans leurs écrits, sexe et plaisir des mots... Impossible ? Le lecteur peut lui aussi s'inventer des histoires non ? 

1 commentaire:

  1. Je me suis laissée imaginer à mon tour les couloirs de chez Gallimard(soyons fous!), et même si j'ignorais tout d'un "puma", je dirai juste qu'il a du "chien"! Et à mon avis, ça peut suffire à faire naître le plaisir...
    Merci de nous faire rire en plus de nous faire lire!

    RépondreSupprimer

Woman at war de Benedikt Erlingsson