jeudi 24 mars 2016

Médecin de campagne de Thomas Lilti


Il est certain que ce troisième film de Thomas Lilti est inattaquable sur le fond. Oui il défend une médecine humaine, proche des gens, Oui, une belle humanité se dégage de ces scènes d'auscultation quasi documentaires, ces visites à domicile dans une France toujours profonde. Oui, il fait état des dangers du désert médical qui progresse au fil des ans, les médecins préférant la ville ou les bords de mer pour y exercer leur art. Mais est-ce pour cela un bon film ? Pas sûr !
C'est une jolie idée de vouloir rendre hommage à cette médecine qui semble disparaître à grand pas, mais l'inoculer dans un scénario qui tienne la route, s'est révélé plus difficile que de guérir une varicelle. A l'écran que voit-on ? Une succession de scènes filmées de façon conventionnelles, avec certes un regard empathique sur des patients tous plus réalistes les uns que les autres mais aux thématiques rabâchées ( la jeune fille enceinte, le vieux malade auquel on s'attache, l'adolescent handicapé mental, ...). On sait tout de suite qu'ils deviendront les personnages secondaires programmés pour donner de l'émotion et du poids aux deux héros, ces derniers épousant la bonté, la charité et l'empathie de toute une profession uniquement sur terre pour soulager son prochain. C'est beau, ça fait frissonner Margot, mais, là, on plonge dans la guimauve. Nous sommes loin de " La maladie de Sachs" de Michel Deville ! Et comme si cette plâtrée de bons sentiments ne suffisait pas, pour enjoliver le tout, les scénaristes ont imaginé une histoire de passage de relais entre un médecin atteint d'une tumeur au cerveau et d'une femme plus très jeune mais sortant tout juste de son école de médecine. Si Dustin Hoffman et Emmanuelle Béart ...heu pardon... François Cluzet et Marianne Denicourt parviennent à donner une certaine grâce et une jolie justesse de ton, on ne peut pas dire que le contexte dans lequel ils évoluent en fasse autant. Le médecin sous chimio se porte comme un charme, court dans la boue, à des cheveux impeccables et déploie une humanité à rendre jalouse mère Thérésa. Si le film arrive dans sa première moitié à faire un peu d'illusion avec ce mélange genre documentaire/fiction, il s'enlise par la suite dans un improbable sirop romanesque qui englue le propos en accumulant les scènes aux bons sentiments trop voyants pour être crédibles. 
C'est sans doute le succès d'"Hippocrate" qui a donné envie au réalisateur ( et aux producteurs) de creuser le sillon de l'évocation du paysage médical français. Mais ne se sont-ils pas un peu trop précipités ? N'auraient-ils pas gagné à travailler un peu mieux le scénario ? Le résultat à l'écran est celui d'un téléfilm, bien joué, c'est certain, pétri d'humanité mais tellement conventionnel que parfois je me suis pincé pour ne pas me croire devant ma télévision. 


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