mercredi 29 mai 2013

Le démon du soir ou la ménopause héroïque de Florence Cestac


Dans la droite ligne du "démon de midi", avec toujours la même verve que le "démon d'après-midi", voici "le démon du soir" qui s'attaque à un sujet beaucoup moins exploité : la femme de soixante ans ! Le troisième âge quoi ! La génération qui lit "Notre temps" et qui lorgne d'un oeil inquiet les couches "Téna" dans les rayons des super-marchés.
Ici, rien de tout cela, Florence Cestac nous démontre qu'à soixante ans, il faut POSITIVER. Puisque qu'on entre dans un nouvel âge, le troisième donc, autant en profiter pour bâtir une nouvelle vie. On brûle ses derniers feux, autant en profiter !
Après quelques journées d'angoisse suite à une biopsie mammaire, Noémie, apprenant que finalement tout va bien, va se libérer des multiples contraintes qui alourdissent sa vie quotidienne. Du balai son travail harassant où il fallait prouver la jeunesse de ses artères pour satisfaire un patron semi-lubrique. Exit le mari à la retraite, bedonnant, pantouflard et à la sexualité atteignant le moins que zéro et aussi sexy qu'une vieille courgette. Au diable les enfants donneurs de leçons et les petits enfants envahissants, qui passaient plus de temps chez mamy que chez leurs géniteurs, parce que , bon, on a autre chose à faire que de s'occuper des mômes ! Avec de fortes indemnités en poche, Noémie va voyager, retrouver une sexualité décomplexée, ouvrir un gîte dans les Pyrénées...
Cette BD est un hymne à la vie, à la joie, à faire que toutes les dames de soixante ans et plus, soient vraiment   indignes aux yeux de ceux qui les veulent bonnes au rebut parce que ménopausées. C'est stimulant comme pas possible, drôle bien sûr et en plus, bourré de tendresse pour ses personnages. 
Si Brigitte ou Joëlle, vos chères collègues, prennent leur retraite bientôt et que vous sentez que dans leur tête cela signifie la prise d'un boulevard qui les mènera de la maison " Les bleuets fânés" au cimetière, glissez-leur entre le voyage au Mont Saint Michel ou le vélo de randonnée cette BD tonique et stimulante. Sa lecture ne  leur donnera pas l"envie d'être les premières gogos danseuses de leur commune, mais pourra quand même leur donner un baume de jeunesse pour que ce dernier long chemin soit jalonné de bêtises et de bonheur. C'est le message lancé par cet album tellement positif qu'il devrait être prescrit comme traitement de fond pour soigner la ménopause. 




dimanche 26 mai 2013

Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig



Apprécier un livre relève parfois d'une étrange alchimie. Bien sûr, les goûts profonds du lecteur vont l'amener vers un certain type d'ouvrages, mais le thème abordé, le style, les idées développées vont être parties intégrantes du plaisir éprouvé. Et puis, il y a deux facteurs plus ténus, difficilement conciliables pourtant, qui, étrangement quand ils arrivent à coïncider, peuvent être les vecteurs d'une jolie découverte : le hasard et le moment. C'est ce qui m'est arrivé avec ce roman d'Agnès Ledig que le hasard a mis sur ma route (merci à Laure Wachter).
Rien dans "Juste avant le bonheur" n'était fait pour m'attirer : un titre et une couverture un peu mièvres, une quatrième de couverture assez sirupeuse déclinant le thème passablement conte de fées, d'une jeune caissière, mère isolée, prise sous l'aile protectrice d'un cadre fortuné. Rien qui pouvait déclencher une irrésistible envie de lecture, tant cette historiette semblait flirtait avec le roman Harlequin. Et ce n'est pas la mention "coup de coeur des lectrices de femme actuelle" pour le précédent écrit de l'auteur qui allait émoustiller le bobo intello que je suis.
Et c'est là qu'intervient, en partie, le moment. Sortant de la lecture difficile et inintéressante du Joann Sfar et de la vision violente et artificiellement sophistiquée du film "Only god forgives", le calme et la tendresse du roman d'Agnès Ledig m'ont tout simplement fait oublier ces horreurs, me faisant passer un formidable moment.
Ce qui paraissait être une intrigue banale sur le registre de la bergère et du prince charmant (ici bien vieillissant), se révèle en fait le point de départ d'un récit bien moins linéaire et convenu qu'il n'y paraît. C'est avant tout un roman où tous les personnages sont bien réels, ancrés dans notre époque, avec leurs peines, leurs galères, leurs joies mais surtout leur tendresse. Car dans ce roman, avant de faire l'amour, on se fait, on se donne, de la tendresse, du bout des doigts, dans les bras, du regard, dans les mots. Elle suinte de partout mais sans jamais dégouliner, et ça fait du bien !
"Juste avant le bonheur" est un livre que l'on aime reprendre comme une cuillère de Nutella. Ce n'est pas de la grande littérature mais reconnaissons à Agnès Ledig le grand talent de savoir trousser une histoire simple sans grands rebondissements mais qui emballe le lecteur en alternant des dialogues vifs et piquants avec des moments sombres et émouvants. Toujours sur la corde raide, le récit ne bascule jamais dans la facilité, installant paisiblement une atmosphère mélancolique et douce (avec juste onze pages de trop, les dernières, mais ne boudons pas notre plaisir). Jouant dans la catégorie du"bon roman facile à lire", "Juste avant le bonheur" a la même grâce que "Les déferlantes" de Claudie Gallay ou que les premiers romans d'Anna Gavalda, voire ce petit côté  tendresse légèrement acidulée que l'on trouve dans "la liste de mes envies" de Grégoire Delacourt. Je ne peux que lui souhaiter le même succès en librairie, en espérant que le prix des maisons de la presse 2013, qu'il vient d'obtenir, lui permettra de trouver de nombreux lecteurs. Il le mérite amplement!

samedi 25 mai 2013

Retour à Yvetot d'Annie Ernaux


Ce n'est pas, à proprement parler, un nouveau livre d'Annie Ernaux. Il s'agit du texte d'une conférence donnée en octobre 2012, à Yvetot, lieu où l'auteure à passer la majeure partie de son enfance et qui sert de cadre à plusieurs de ses livres. Ce texte formidable, est complété de photos personnelles, d'une interview par Marguerite Cornier et d'une transcription des échanges qui ont eu lieu avec le public à la suite de la conférence.  Ce qui au départ semble être un ouvrage pour les nombreux et fervents lecteurs d'Annie Ernaux, s'avère  finalement une véritable invitation à se plonger dans ses nombreux écrits.
Quel plaisir de retrouver, même sur quelques courtes pages, l'intelligence et la clarté d'analyse de cette grande dame de la littérature française. Quelle émotion aussi de retrouver en quelques paragraphes, un condensé de son oeuvre, de ses combats pour une littérature pour les mots justes et sa conscience aigüe des classes sociales. Pour moi, ce fut aujourd'hui un moment intense.
Comme toujours, Annie Ernaux s'adresse à notre part intime. A la lecture de sa conférence à Yvetot, où finalement elle n'était jamais venue parler de ses livres, j'ai très souvent éprouvé le désir de partager tout de suite avec mon entourage mon enthousiasme pour tel ou tel paragraphe. J'ai donc lu à haute voix, ce passage sur le centre ville et le souvenir de collège autour de l'eau de Javel. Et chaque fois, ma voix s'est mise à trembloter. Je ne pouvais pas contenir l'émotion que les mots de l'auteur faisaient résonner en moi. Cette émotion que je percevais à la lecture mais que je pouvais contenir, n'a pas résisté au passage à l'oral, comme s'ils étaient l'expression profonde, personnelle et intime de mes sentiments. D'une histoire personnelle, elle en a fait une oeuvre à la portée universelle, avec les mots simples et clairs que seuls les grands écrivains sont capables d'écrire.
Je ne m'appesantirai pas plus, préférant vous livrer un extrait de sa conférence, mais sans oublier de vous recommander chaudement la lecture de "Retour à Yvetot", à la fois pierre magistrale supplémentaire mais aussi véritable introduction à l'oeuvre d'Annie Ernaux.

" Bien avant que le terme de "quartiers" ne devienne, dans la bouche des commentateurs politiques et médiatiques, synonymes de zones à la fois pauvres et dangereuses, évoquer un "quartier", dans mon enfance, c'était opposer celui-ci au centre-ville, en sous-entendre l'éloignement et, le plus souvent, la faiblesse des revenus de ses habitants. parfois la mauvaise réputation. (...) D'une manière générale, on se définissait par rapport au centre-ville. De celui-ci, pas plus aujourd'hui qu'hier, je ne saurais déterminer les contours et les limites, qui n'ont jamais existé matériellement mais n'en étaient pas moins réels dans le langage, puisqu'on disait "je vais en ville", "je monte en ville", voire "je vais à Yvetot" pour signifier qu'on allait sur le Mail ou rue du Calvaire (...) à la Poste ou à la Mairie. Une grande partie de ma famille, mes parents et moi, nous appartenions  à la catégorie des gens qui disaient "je vais en ville", comme s'ils allaient sur un territoire qui n'était pas vraiment à eux, celui où il fallait être, de préférence, proprement habillé, bien coiffé, le territoire où, parce qu'on croise le plus de monde, on est le plus susceptible d'être jugé, évalué. Le territoire du regard des autres et donc, parfois, le territoire de la honte. "
Ces quelques mots ont un tel pouvoir d'évocation, que même en les recopiant, mon enfance est là, mais aussi ce même sentiment de honte que, jeune adulte j'ai parfois éprouvé...

vendredi 24 mai 2013

L'éternel de Joann Sfar


 Pas vraiment amateur d'histoires de vampires (sauce Twilight notamment), s'il n'y avait pas eu EntréeLivre, le site communautaire de lecteurs, je me serai épargné la lecture du soi-disant premier roman de Joann Sfar"L'éternel". Je dis soi-disant, car il me semble qu'il a déjà publié chez Denoël en 2004, deux tomes d'une suite  intitulée "L'homme arbre", n'en déplaise à l'éditeur qui annonce fièrement en quatrième de couverture cette fausse primeur.
"L'éternel", roman construit en deux parties, raconte les affres de Ionas, jeune homme mort dans une guerre en Russie et qui ressuscite vampire. On le suit à Odessa, au début du siècle dernier, traquant sa fiancée bien aimée que son frère Caïn (!) a épousé, puis aux Etats-Unis, de nos jours, où il décide de suivre une psychanalyse auprès de la veuve d'un chanteur de rock.
Joann Sfar, créateur multicasquettes, de la BD au cinéma en passant par une analyse de l'art à la radio, a du fumer la moquette et un tas de substances illicites, tout en regardant en boucle les clips de Mylène Farmer version Boutonnat auquel son livre me fait furieusement penser. Cela donne selon son humeur ou ses gouts, un roman déjanté et formidablement inventif ou un pavé gonflant et inintéressant. N'étant pas un fana de ses oeuvres BD, ni de son cinéma et beaucoup trop terre à terre (hélas) pour que les vampires me fassent rêver, j'ai donc versé du côté sombre : je me suis considérablement ennuyé à lire ce gloubiboulga sanguinolent. Et je peux vous dire que 455 pages de crimes, d'éventrations, d'émasculations, de mandragores, de religion, de carnages, de coïts bestiaux, de phrases ampoulées, de vampires sanguinaires ou dépressifs, c'est long, très long.
On peut bien sur admirer l'imagination foisonnante de l'auteur, seulement ici, elle tourne à vide. Je n'ai pas du tout vu où mène ce fatras de situations improbables et grotesques. Symbolique lourdingue parfois, rebondissements hystériques souvent, tout est outrancier, grand guignolesque et finalement totalement vain.
Je ne suis jamais entré dans ce livre, restant en retrait, résistant vaille que vaille à l'envie d'arrêter cette lecture pompeuse et assommante. Pourtant, un léger espoir s'est emparé de moi au début de la deuxième partie plus contemporaine. Un rien plus mordant (sans jeu de mot), des dialogues presque drôles, une vague critique assez bien vue de show-bizz ont failli réveiller mon attention. Mais, hélas, on est très vite retombé dans le grand bazar de la première partie, me laissant à l'arrivée épuisé et avec la désagréable impression d'avoir perdu mon temps.
Ni choquant malgré les nombreuses scènes de sexe et les litres de sang déversés, ni d'un quelconque intérêt psychanalytique, ni religieux, ni romanesque, " L'éternel" est un roman épate-chaland bien de son époque : clinquant, faussement virevoltant et surtout infiniment, totalement creux.
P S : des gens que j'aime bien et dont j'apprécie les avis ont vraiment été emballés par ce livre... J'ai dû loupé quelque chose.... Ah ça y est, je sais pourquoi il a failli me tomber des mains. Je l'ai lu en plein jours et en mangeant des plats relevés à l'ail... Quel idiot je suis !

Vous pouvez acheter ces aventures sanglantes sur le site de la librairie Decitre.



jeudi 23 mai 2013

Only god forgives de Nicolas Winding Refn



Vous êtes allés voir "Only god forgives" parce que vous aviez apprécié la virtuosité de "Drive"
 ou simplement titillé par une critique à genou. Lorsque la salle s'est rallumée au bout d'une heure trente d'une projection à la fois irritante et pénible, et que vous vous apercevez qu'il ne reste plus que dix personnes sur la quarantaine du départ, l'incompréhension vous gagne, surtout que les quelques restants sont, soit endormis, soit K O assis. Serai-je passé à côté d'un chef-d'oeuvre vous demandez-vous ? N'aurai-je encore une fois rien compris au cinéma exigeant cannois ? Rassurez-vous, le blog "Sans connivence" va vous expliquer ce que vous devrez dire dans les dîners en ville, pour ne pas passer pour un(e) demeuré(e) aux yeux de tous les faiseurs d'opinion.
Premièrement, faites un sort au réalisateur. "Drive" était un bon film certes, mais son nouvel opus (bien plus chic que "dernier film") est à ranger dans la case "Pusher", trilogie sortie entre 1996 et 2005, à l'esthétique proche de celui-ci. Vous n'avez pas vu les "Pusher , 2 et 3" ? Pas grave, personne ou presque ne les a vus, donc pas de crainte là-dessus, il serait étonnant que vous vous trouviez face à l'un des rares fans de Nicolas Winding Refn.
Il sera plus difficile de défendre le scénario basique, à l'intrigue minimale et dont les dialogues tiennent sur deux feuilles A4. Cette histoire de vengeance aveugle entre truands pour une histoire de prostituée sadiquement massacrée, est assez banale dans le polar. Et ce n'est pas la sauce mythologique rajoutée avec une horrible maman, méchante comme tout et qui veut venger son fils, qui arrange les choses. On pourra tout simplement glisser "Jocaste" pour ce clone de Donettella Versace habillée en solde sur le marché de Nevers, histoire de montrer que les héros de la Grèce antique n'ont aucun secret pour nous et que vraiment "Only god forgives" joue dans une autre catégorie que le commun des polars.
Pour vraiment faire amateur de cinéma éclairé, il faudra par contre s'étaler sur la réalisation. Les choix esthétiques sont nombreux et assurément signifiants. On peut parler de construction labyrinthique (mais labyrinthe mental est très bien aussi) à la David Lynch. On évoquera aussi Quentin Tarantino (époque Kill Bill) pour le côté sanguinolent et l'utilisation du sabre. Pour le filmage au ralenti, il sera de bon aloi d'éviter de citer Sergio Leone (trop cliché et trop plouc) mais d'élever le débat en signalant un vibrant hommage à Wong Kar Waï, surtout que le film se situe en Asie. Et si l'on veut vraiment porter l'estocade finale, glisser aussi Bunuel, auquel le réalisateur adresse un clin d'oeil en tranchant les yeux comme dans "Le chien andalou" mais, et c'est là où le génie pointe, la référence est digérée et revisitée façon 21ème siècle puisque nous passons d'un tranchage horizontal chez le cinéaste espagnol à un  vertical chez Winding Refn, ce qui change tout.
Pour achever votre auditoire, il sera nécessaire de parler de l'interprétation et surtout de la composition (toujours impeccable) de Kristin Scott Thomas qui joue une affreuse mère. Vous vous extasierez sur les données psychanalytiques de sa relation avec ses fils, vous vous étalerez sur le côté très très très méchante de cette maman. (Entre nous, quand on lit ou écoute les médias, on a l'impression que c'est la première fois que l'on voit une maman méchante au cinéma. Beaucoup ont été offusqués par la verdeur de ses propos, par les horreurs proférées. Perso, les quatre lignes de dialogues où elle dit qu'elle n'aime pas son deuxième fils sont banales....à moins que l'on ne soit choqué par le fait qu'elle dise que Ryan Gosling, enfin son personnage dans le film, ait une petite bite...)
Ryan Gosling, parlons-en ! Dans un dîner, il faut dire, au choix, qu'il électrise le cinéma mondial, que c'est LE rôle de sa vie, que c'est un sommet de glamour, que c'est devenu une icône à la Brando. En réalité, on peut douter un peu. Quasi muet pendant le film, il traîne son habituel regard bovin et inexpressif dans d'interminables couloirs savamment éclairés en rouge ou avec des néons (très chic le néon, très urbain et très labyrinthe mental, ne l'oublions pas ),  un peu comme un mannequin pour les pages mode de Vogue Homme mais surtout comme un acteur qui se demande ce qu'il fait là et pourquoi il doit plonger sa main dans la plaie béante de sa maman. Certains le trouvent sexy. Ici, la touche glamour est sérieusement écornée, il est tabassé et enlaidi pendant toute la deuxième partie, mais il se bat avec ses petits poings, rate tous ses coups et devient un looser même pas tragique parce qu'à ce niveau de non interprétation, on a déjà renvoyé le beau Ryan au concours de Mister camping.
On évitera par contre de parler de la violence gratuite de ce film où les méchants, après avoir percé des tympans, tranché des gorges, des yeux, des mains, des nez, roucoulent des chansons d'amour niaises dans des karaokés thaïlandais bourrés de flics.
Vous l'aurez compris, le blog sans connivence n'a rien , mais alors absolument rien compris à la portée de ce chef d'oeuvre, préférant se moquer de cette énorme daube plutôt que d'y voir le renouveau du film de genre.  Et il en vient à se poser une question rituelle au mois de mai : Pourquoi cette sélection à Cannes ? (et éventuellement pourquoi cette déferlante médiatique autour de ce film, et de Ryan Gosling qui risque de perdre sérieusement de son aura après sa minimale prestation dans un film douteux. )
La réponse est peut être dans le générique. Coproduction franco-danoise, "Only god forgives" a été en partie financé par Vincent Maraval, vous savez ce producteur qui a provoqué cette polémique cet hiver autour du salaire des stars qui ruinaient le cinéma français. Je pense quand même, qu'il lui faut récupérer le pont d'or qu'il a du faire à Ryan Gosling (et peut être à Winding Refn). Toute la presse qui compte lui a emboîté le pas, et a décidé de faire plaisir à ce producteur certes talentueux mais surtout très influent, en sacrant Ryan, mâle le plus sexy et le plus talentueux du cinéma ainsi qu'en cherchant tout un tas de références vaseuses pour essayer de faire croire au chef d'oeuvre. Pour les nombreuses personnes qui n'avaient pas encore enregistré le nom de l'acteur canadien, ni vraiment photographié sa belle gueule, le choc sera rude si d'aventure ils entrent dans une salle projetant ce qui est, à mon avis, l'une des grosses déception de ce festival.



dimanche 19 mai 2013

Le passé d'Asghar Farhadi


Bizarrement le thriller intimiste d'Asghar Farhadi, au lieu de me plonger dans les abymes d'une réflexion psychologisante intense, m'a plutôt porté à me questionner sur l'économie du cinéma.
Comment un tel film, jouant sur la vérité d'une relation, où chaque scène, chaque ligne de dialogue a été jugée, jaugée, calibrée pour s'ajouter telle une petite pièce d'un immense puzzle, peut pousser vers des considérations bassement financières ?
Tout simplement, parce que chaque année, au moment de Cannes, sortent des films dont le sort semble scellé au festival. Leur exposition médiatique est proportionnelle aux investissements des producteurs et seul le rouleau compresseur d'une promotion omniprésente peut leur faire espérer une certaine rentabilité quelle que soit la valeur du produit fini. "Le passé", tout assez réussi soit-il, en est le parfait prototype.
Asghar Farhadi, après l'énorme succès surprise d"Une séparation", s'est vu proposer de réaliser son nouveau long-métrage avec des moyens plus conséquents, des acteurs bankables ( en visant l'international, Bérénice Bejo ayant remplacé Marion Cotillard initialement prévue) et un temps de répétition et de tournage assez long. Tout cela à un coût et les financiers entendent bien sûr récupérer leur mise (si ce n'est déjà fait avec les ventes à l'étranger et autres préventes ).
Toutefois, je me mets à leur place quand ils ont découvert qu'il allait falloir faire venir le million de spectateurs français en salle pour encore une longue histoire flirtant avec la séparation et filmée dans une maison miteuse de banlieue. C'était pas gagné !
Une sélection officielle cannoise, une critique à genoux (sauf Libération qui fait vraiment la fine bouche) et Bérénice Bejo dans toute la presse qui compte et hop, le film est lancé, on n'a plus qu'à attendre les spectateurs et espérer un bon bouche à oreille.
Le hic, c'est qu'au mois de mai, on n'a pas vraiment envie de se cogner les affres de la vie de couple même magnifiquement filmés, éclairés et joués. Soit il fait beau et l'on préfère profiter des journées ensoleillées, soit il pleut et dans ce cas là on va au cinéma... mais pour retrouver un drame intimiste, long, très long, se déroulant dans un automne finissant, on hésite quand même.
Je ne sais pas quel sera le sort réservé à "Le passé" mais la salle était plutôt bien remplie ce matin. Surement que les pubs pleines pages des grands quotidiens nationaux, véritables cascades d'éloges y sont pour quelque chose. Personnellement, je serai un poil en dessous. Si formellement et techniquement, le film est parfait, même si l'on retrouve une histoire précise, bien fichue, sachant prendre le spectateur par la main, distillant au compte goutte les indices menant vers une possible vérité, le film n'est pas exempt de défauts. En premier lieu, c'est le scénario qui à force de vouloir aller toujours plus loin, en devient, sur la fin, un peu lourd et artificiel. Et puis, pour une histoire d'amour, même si le doute est instillé dans les personnages, on ne ressent entre eux pas la moindre attirance physique. Rien n'est charnel ici, tout est problème, prise de tête ou soigneusement camouflé dans leurs têtes. C'est sombre et finalement pas trop crédible. Si le futur ex mari iranien, en homme posé est parfaitement à sa place, on comprend nettement moins bien ce que font ensemble Bérénice Bejo et Tahar Rahim, tellement ils ont l'air éloigné l'un de l'autre. Cependant, grâce à une mise en scène soignée et inspirée, des acteurs impeccablement dirigés, une décor signifiant (trop ? la maison en bazar du début se range et s'embellit au fur et à mesure que l'on approche de la vérité), on marche tout de même, se laissant porter par cette succession de petits rebondissements intimes qui semblent être désormais la marque de fabrique du réalisateur.
C'est un bon film d'auteur mais saura-t-il faire revenir tous ceux qui ont aimé "Une séparation" ? Le côté élitiste et grande foire du cinéma que représente Cannes ne va-t-il pas nuire à ce film fragile et sensible ? Reconnaissons aux producteurs de ce long métrage leur courage et leur détermination à vouloir produire des oeuvres ambitieuses, pas vraiment grand public et même pas totalement abouties. Heureusement, qu'il en existe encore qui, malgré le contexte ambiant, pensent que le cinéma ce n'est pas que des histoires de teen-agers ou de super héros... et que, une fois dans l'année, ces productions sont mises en lumière par ce qui reste le plus grand festival de cinéma du monde.



samedi 18 mai 2013

Villa mauresque de Floc'h et Rivière


Continuant leur exploration du milieu littéraire anglais d'avant, pendant et après guerre, l'illustrateur Jean Claude Floc'h et le romancier François Rivière nous proposent un objet assez original, difficilement classable. L'éditeur annonce un roman graphique, le lecteur se trouve plutôt devant un texte illustré.
"Villa mauresque" est sensé être une biographie de l'auteur, aujourd'hui pas mal passé de mode, Somerset Maugham, mais n'est en vérité qu'une courte évocation de cet auteur dont la vie a été à la fois intellectuelle et aventureuse. L'écrivain fut également médecin, homme de théâtre et même agent de renseignement. Grand observateur de l'humanité,  il a ramené de ses nombreux voyages des nouvelles célèbres en leur temps ainsi qu'une kyrielle de romans qui ont fait sa fortune.
Dans cette évocation rapide de sa vie, les auteurs se sont surtout intéressés à deux aspects de sa personnalité : sa sexualité et son amour pour une splendide villa sur la Côte d'Azur, la villa mauresque.
Somerset était bisexuel avec une préférence plus marquée pour des hommes, plus jeunes que lui, qui durant sa vie, lui ont fait office de secrétaires. En faisait parler tout à tour l'auteur et quelques amis, amants ou proches, le livre nous présente un Somerset Maugham moche, bègue, à l'esprit affuté et aux répliques vachardes, pas réellement attachant.
Ce condensé de vie m'a laissé un peu sur ma faim, car derrière son masque acariâtre, on devine la personnalité originale, voire fascinante, qu'il a du exercer à son époque. Même si l'on a une jolie idée sur ce que fut cet auteur richissime, même si on ressent la souffrance cachée de cet homme qui toute sa vie porta le deuil d'une mère trop tôt disparue, c'est un peu trop résumé pour emporter l'adhésion. Toujours aussi minutieusement illustré par Floc'h, "Villa mauresque" reste quand même un joli bijou nostalgique et chic autour de cet auteur, autrefois célébré par Alain Souchon. Il faut toutefois noter une couverture assez percutante, avec un homme nu de face, symbole de ce que fut Somerset Maugham à son époque : un talentueux romancier à la vie hors norme.


jeudi 16 mai 2013

Love songs de Vanessa Paradis

Vanessa Paradis a une double actualité cette année. Elle a 40 ans et sort un double album. Sous une jaquette étrange où on la reconnaît à peine, se cachent une vingtaine de titres minutieusement arrangés par Benjamin Biolay.  Evidemment, malgré un écrin violoneux et pop tout n'est pas de la même eau.
Vanessa Paradis, depuis quelques années, surfe sur une image d'hippie de luxe et son album est un peu pareil. "Love songs" ressemble à une couverture patchwork, confortable et guilleret, mais si l'on regarde un à un les morceaux qui le composent, on trouve ici ou là une chanson moins évidente, un morceau qui n'accroche guère. Le tout forme un ensemble très plaisant même si, associer un carré de soie avec un carré au crochet n'est pas du goût de tout le monde.
Difficile d'aimer vingt et une  chansons d'un même élan, même pour moi, qui, je l'avoue, suis extrêmement sensible au charme de la dame mais également de sa voix, qui, sur cet album, a pris une ampleur indéniable et une souplesse étonnante. Elle peut passer du grave à l'aigüe avec aisance, mélangeant les deux de façon troublante, comme sur "Les espaces et les sentiments" où l'on a l'impression qu'elle chante en duo avec ...elle même. Mais cette gravité est surtout prétexte à l'un des meilleurs titres de cet album : "L'au-delà" signé Mickaël Furnon de Mickey 3D.
Gravité dans le chant mais également dans les textes. Certains essaient d'y voir une projection de la vie privée de l'artiste mais cela donne surtout l'occasion d'entendre "Plus d'amour" , un très beau texte magnifiquement orchestré et interprété par une Vanessa à la sensibilité palpable et émouvante.
Bien sûr, tout n'est pas grave, beaucoup de morceaux balancent bien, rythmes ensoleillés et latinos, sans pourtant convaincre totalement comme si la légèreté ne convenait plus trop à la chanteuse (quoique "Mi amor" d'Adrien Gallo des BB Brunes, avec ces clappings et ses guitares, est vraiment dansant). Et c'est vrai, que personnellement, après de nombreuses écoutes , ce sont les chansons tendres ou mélancoliques qui retiennent mon attention, avec comme point d'orgue "La  Chanson des vieux cons"de Benjamin Biolay, piano/voix qui lorgne vers la grande chanson avec un petit trop d'ostentation mais qui en jette et "Le rempart" de Mathieu Boogaerts avec son mélange de cordes et de rythmes savamment arrangé.
L'avantage dans cet album, c'est qu'il y en a pour tous les gouts et pour tout le monde, les fans et ceux qui par curiosité ou par le bouche à oreille iront y jeter une oreille. Et même si certains titres sont plus faibles que d'autres (notamment ceux interprétés en anglais), "Love songs" a de la tenue,  du caractère et du charme, ce charme indéfinissable et si original que dégage la chanteuse à qui la maturité va vraiment très bien.




Ci dessous, 
"La chanson des vieux cons"


L'au-delà







lundi 13 mai 2013

La preuve du paradis d'Eben Alexander

S'il n'y avait pas eu Entrée livre, le site communautaire de lecteurs, je n'aurai jamais posé un regard sur "La preuve du paradis" du Dr Eben Alexander, la littérature ésotérico-mystico-religieuse n'est absolument pas ma tasse de thé. C'est comme faire lire un roman érotique gay à monseigneur XXIII (et encore, peut être y prendrait-il du plaisir...). Donc, j'ai lu, en entier ce témoignage qui est censé nous prouver l'existence du paradis. pas moins !
Avant de vous donner mon humble avis, sachez que le doc Eben Alexander, neurochirurgien émérite étatsunien,  tombe dans le coma suite à une méningite bactérienne. Normalement, on ne ressort pas sans séquelles de ce genre de maladie...lui oui ! Et en plus, durant sa semaine comateuse, il a vu le paradis et donc rencontré une entité faite d'amour et de bonté : Dieu !
Les siècles passent, le charlatanisme lui ne change pas. Toujours prêt à exploiter la crédulité humaine, surtout par temps de crise, et désireux de se faire de l'argent sur le dos des indigents, les prédicateurs en tous genres font feu de tout bois. Hélas pour eux, ils usent, abusent toujours des mêmes procédés grossiers, le bon doc Alexander, malgré sa science, n'innove guère.
Tout d'abord, il met en avant deux mots souvent utilisés par tous les mouvements sectaires : famille et amour. Rien de plus beau, de plus simple que la famille et son amour qui est, c'est bien connu et prouvé, le remède à tout, le seul lieu protégé sur terre. Durant le coma de Mr Eben, la sienne priera beaucoup, ses amis allant même jusqu'à constituer partout aux Etats-Unis des groupes de prières qui lui permettront de quasi ressusciter. Je vous fais grâce du tableau ultra sympa de l'épouse et de ses deux fils aimants comme c'est pas possible, une version de la famille américaine comme il n'en existe même pas dans les séries les plus neuneux.
Autre moyen de faire gober l'impossible aux gogos, le crédit scientifique. Ici, le doc noie ses lecteurs dans des termes scientifiques, techniques et des démonstrations médicales trop complexes pour le commun des mortels, qui peuvent épater le sot, mais dont on devine que leur présence n'est là que pour asseoir une autorité qui n'admettra aucune remarque des personnes incultes à la prose médicale.
Autre technique pour emballer les futurs donateurs à une fondation à but soi-disant non lucratif créée pour l'occase : le repentir.  Oui, moi, doc Alexander, j'étais incroyant avant mon coma ! (Entendons-nous bien, il ne pratiquait qu'à Noël et à Pâques mais cela suffit aux states pour faire de lui un incroyant!). Mais depuis que j'ai vu et ressenti la lumière divine, Dieu est partout en moi...
Dernier moyen pour emporter l'adhésion des imbéciles, fourguer dans son verbiage une dose de romanesque à deux balles pour faire larmoyer les foules. Le bon doc Alexander est un enfant adopté. Heureusement pour lui, sa famille adoptive a été aimante (Ah bon, elle pouvait ne pas l'être ? ). Comme elle ne lui avait rien caché de son adoption, il a cherché sa famille biologique. Et, ouf, en la retrouvant, il apprendra qu'avant d'être abandonné, il a été aimé très très fort et qu'il a eu par la suite une soeur, Betsy, hélas morte aujourd'hui....
Je range un instant mon mouchoir pour revenir à la  question essentielle. Et le paradis dans tout ça ? Il l'a vu, il y est allé. C'est comment ?
Là, c'est un peu décevant. Sur plus de 200 pages, on tourne autour du pot, on touille les concepts fumeux. En cherchant bien, on en trouve tout de même une courte description à la page 62. Je ne résiste pas au plaisir  de vous la livrer :
"....je n'étais pas seul là-haut. 
Quelqu'un était à côté de moi: une belle jeune femme avec des pommettes hautes et les yeux d'un bleu profond. Elle portait le même type de vêtements de fermiers que les gens du village d'en dessous. Des tresses mordorées encadraient son joli visage. Nous volions tous deux, posés sur une surface aux motifs intriqués, vivante et pleine de couleurs indescriptibles et éclatantes -l'aile d'un papillon. En fait des millions de papillons étaient autour de nous - de grandes vagues ondulantes de papillons plongeant dans la verdure et revenant voleter auprès de nous. Ce n'était pas un seul papillon distinct qui était apparu, mais tous ensemble en même temps, comme s'ils formaient une rivière de vie et de couleur en se déplaçant dans l'air. Nous volions en formation libre au-dessus des fleurs et des bourgeons chatoyants sur les arbres, qui s'ouvraient alors que nous passions près d'eux."
Je ne rajouterai rien. Il a dû fumer des Polly-Pocket ou des My  little poney... mais il n'est pas fort sur l'imagination le bon doc Eben. Rien de nouveau sous le soleil... Ah au fait, la fille qui vole avec lui, c'est sa soeur morte dont il a retrouvé une photo après son coma... C'est pas beau la vie ?
En conclusion, je ne nie pas le coma de ce brave (!???) doc Eben Alexander. Je pense seulement que sa méningite bactérienne, contrairement à ce qu'il dit, lui a laissé des séquelles nombreuses et irrémédiables dont beaucoup à but lucratif. La médecine rapporterait-elle moins que le charlatanisme ?

Si, malgré tout, vous désirez jeter un oeil sur ce truc, vous pouvez l'acheter en ligne sur www.decitre.fr 



dimanche 12 mai 2013

Une belle saloperie de Robert Littell


De Robert Littell, je ne connaissais que ses romans d'espionnage dans lesquels je ne m'étais jamais plongé, le genre me tombant systématiquement des mains, mon cerveau ayant du mal à s'impliquer dans ces rouages trop tordus. C'est avec un peu d'appréhension que j'ai ouvert cette "Belle saloperie" à la couverture aux couleurs criardes et dont on disait que c'était un vibrant hommage au roman noir et à Raymond Chandler en particulier. J'ai très vite remisé mes doutes pour me laisser embarquer dans une histoire bien menée dont le Nouveau-Mexique et le désert de Mojave servent de décor. Tout y est pour retrouver l'atmosphère des romans noirs des années cinquante, le privé solitaire au passé trouble mais au coeur encore un peu tendre, une créature sensuelle dans le pétrin, des méchants mafieux dans le monde du jeu et de vieilles voitures aux carrosseries rutilantes. Il y a même la caravane en aluminium de Douglas Fairbanks Jr...Tous les éléments du genre sont en place et comme Robert Littell est un sacré romancier, il tricote une intrigue où rien n'est laissé au hasard, même les éléments de ses sujets de prédilections comme les affaires moyen-orientales qu'il ne peut s'empêcher d'intégrer à son récit. Tout cela est mené tambour battant, sur plus de 300 pages, sans jamais faiblir. Avec une dose d'histoire contemporaine, quelques petites touches perfides sur les moeurs américaines actuelles, mais surtout un style goguenard et humoristique qui emballe le tout de manière réjouissante, cette lecture est un plaisir.
Cependant, une chose m'interpelle. J'ai l'âge d'avoir connu l'époque où la Série Noire  et les romans des éditions du Masque livraient chaque mois une dizaine de titres inédits et pas des plus nuls.  Ces romans étaient accessibles au plus grand nombre car assimilés à des livres de poche. Aujourd'hui, pour lire un roman noir dès sa sortie, il faut débourser au moins vingt euros. Le genre ayant gagné ses lettres de noblesse, le lecteur doit en payer le prix ! Le roman de Robert Littell, aussi bon soit-il, n'est qu'un roman de genre qui, il y a trente ans, aurait tout à fait eu sa place dans la collection noire de  chez Gallimard. Cette constatation m'amène à penser que lorsque l'on est amateur du genre et pas forcément fortuné, on doit apprendre la patience et se résigner à attendre la sortie en poche. Qu'importe le flacon me direz-vous, faisons fi du temps et de la nouveauté, pourvu que vienne l'ivresse... C'est vrai, là est l'essentiel. Et pour cette "Belle saloperie", aujourd'hui, ou dans un an, le plaisir sera le même, un bon polar, reste un bon polar...

samedi 11 mai 2013

Madie de Paul Filipi, Mathias Mercier et Damien Raymond


Voici un roman graphique qui me laisse sans voix. Je ne sais pas quoi en dire. C'est rare mais ça arrive. C'est d'autant plus troublant qu'il y a dans "Madie" tous les ingrédients qui font que d'habitude j'aime les histoires psychologisantes.
Madie est médecin dans l'est de la France. Elle vit avec Edouard, prof sympa à lunettes. Elle a des amis, des parents chiants. Mais la crise de la septième année de vie commune va la saisir de plein fouet  quand elle va apprendre qu'un ancien amant, Frédéric, n'est en fait pas mort. En partant à sa recherche, elle va s'interroger sur sa vie, son couple...
Tout y est dans "Madie", tout ce qui habituellement me ravit. Une écriture douce et intelligemment elliptique, qui ne force jamais le trait, laissant au lecteur le soin d'y mettre ses propres sensations. Il y a une toile de fond sociétale ( un rien forcée peut être, mais bien vue), des idées narratives poétiques ou fortes (les chats sur les toits, les flash-backs ), un graphisme comme je les aime pas trop réaliste, à la Berberian, un travail subtil sur les couleurs épousant judicieusement les états d'âme de l'héroïne. Et malgré tout ce joli travail, j'ai refermé l'album en me disant : "Et alors ? "
Je n'ai pas été touché par cette histoire pourtant bien menée. Madie ne m'a pas été particulièrement sympathique. Bref je n'ai pas cru à sa crise, à son démon de midi précoce. Je ne me suis pas ennuyé, j'ai juste lu cet album sans déplaisir mais sans passion aucune. C'était comme dans certains restaurants. L'assiette dressée devant soi est magnifique, impeccablement agencée pour mettre les papilles en émoi mais quand on goûte, rien ne se passe vraiment parce qu'il y manque quelque chose, la touche infime qui aurait fait envoler le plat. Ici, c'est peut être l'héroïne qui manque de caractère, un tantinet trop renfermée peut être...
Alors, me voilà embêté, car je reconnais que les auteurs ont mis beaucoup de choses dans ce projet et je n'ai pas envie de décourager d'éventuels lecteurs. Je n'ai pas adhéré mais je pense que cet album mérite une certaine attention et que, surement, plein de monde y trouvera un intérêt. Moi, je suis passé à côté. Dommage....

jeudi 9 mai 2013

La pendue de Londres de Didier Decoin


Ruth Ellis, l'héroïne de nouveau roman de Didier Decoin, a réellement existé. Elle a été pendue en juillet 1955 et son histoire a inspiré moultes livres ou films. Sa trajectoire est digne des biographies bien pensantes, de celles qui savent argumenter sans regarder sur les côtés, toutes à leur démonstration exemplaire ( inceste = prostitution = crime= peine de mort ). Après une enfance et une adolescence marquée par une relation incestueuse avec son père, elle deviendra après guerre, une sorte de demi mondaine, entraîneuse dans des clubs huppés où se mêleront prostitution et alcool. De mauvaise rencontre en mauvaise rencontre, elle finira par abattre son dernier amant en pleine rue et arrivera sur l'échafaud après un procès un peu tronqué.
Seulement le sort de cette jeune femme à la blondeur péroxydée émouvra l'opinion anglaise et sera le départ d'une vraie prise de conscience sur l'utilité de la peine de mort. C'est ce destin que l'auteur, membre du jury Goncourt, entend nous retracer. Mais en homme de lettres talentueux, il va relier son histoire avec celle de son exécuteur qui lui passera la corde au cou : Albert Pierrepoint.
Si les vies de ces deux personnages n'ont pas la même intensité romanesque, le livre lui l'est totalement. A Ruth les aventures, certes assez sordides, à Albert, les sentiments et la psychologie. Quand la jeune entraîneuse se débat dans la vie entre des amants violents et des hommes lubriques et/ou louches, Albert, lui, malgré la précision méticuleuse et professionnelle qu'il apporte à ses exécutions, sera petit à petit envahi par le doute et l'horreur de son métier. Si l'univers de Ruth est en apparence lumineux comme sa chevelure platine, gai comme une soirée bien arrosée dans un lupanar de luxe, brillant comme les strass qui rehaussent son décolleté, celui d'Albert est gris et froid. Gris comme sa vie de tenancier de pubs sombres et froid comme peuvent l'être ses nombreuses matinées à apporter un soin extrême à ôter le dernier souffle aux criminels qui lui sont confiés.
En très bon artisan du roman, Didier Decoin, nous passionne tout en nous faisant revivre le Londres de l'après-guerre avec brio et minutie. En nous conduisant dans les couloirs de la mort, nous partageons les destins assez exemplaires de ces deux êtres de chair et de sang avec comme point central de la réflexion : la peine de mort. Livre à la fois historique, totalement romanesque mais aussi profondément humaniste, "La pendue de Londres" est l'alliance réussie entre intelligence et plaisir de la lecture. De la belle ouvrage en somme...

mercredi 8 mai 2013

Mélo pop de Lucie Durbiano


Je l'avoue, je suis assez amateur des albums de Lucie Durbiano. Plaisants marivaudages légers et piquants, ils avaient la saveur d'un bonbon doucement acidulé. C'est donc avec un réel plaisir que je me suis plongé dans ce "Mélo pop". Et c'est, hélas, déçu que j'en suis ressorti.
Les ingrédients de départ pouvaient être accrocheurs à défaut d'être originaux. Un groupe de rock sans grand succès, embarque pour une croisière sur un paquebot afin d'y animer les soirées dansantes. Chance pour eux, parmi les passagers se trouve Phil Canichor, le célèbre producteur aux millions de disques vendus et à l'épouse ancienne maîtresse d'un membre du groupe. Entre intrigues amoureuses diverses et retrouvailles des anciens amants, la croisière s'annonce mouvementée.
Seulement, Lucie Durbiano a laissé tomber son côté sensuel et mordant pour une sitcom convenue et sans grand intérêt. Cette comédie chorale n'est pas déplaisante mais n'égale en rien ses précédents albums où le marivaudage et la confusion des sentiments se faisaient irrévérencieux. Dans "Mélo pop", rien de bien dérangeant, tout est calibré pour être adapté en téléfilm lambda pour TF1, avec son quota d'homosexuels et de maris trompés. Et pour affadir un peu plus cette histoire, la dessinatrice a opté pour une représentation animale de ses personnages. En gommant tout réalisme, j'ai eu l'impression que son dessin perdait en intensité et rendait cette histoire encore plus banale.
Déçu donc, mais certain que ce n'est qu'un faux pas dans le parcours pourtant sans faute jusqu'à présent de Lucie Durbiano. Du coup, pour le plaisir, j'ai relu "Le rouge vous va si bien". Quel régal ! Parfait pour attendre quand même avec toujours autant d'envie, le prochain album de cette auteure.





samedi 4 mai 2013

Lumières de Pointe-Noire d'Alain Mabanckou


Je n'avais encore jamais lu un ouvrage d'Alain Mabanckou et c'est donc en lecteur totalement vierge de son univers que j'ai suivi cet auteur dans le Congo de son enfance, découvrant ainsi des personnages ayant été déjà évoqués dans ses livres précédents.
Après vingt-trois années loin, très loin de son pays d'origine, Alain Mabanckou revient en écrivain et universitaire dans sa ville natale pour y donner un cycle de conférences. Il en profite pour retrouver sa famille. Le passé va lui remonter en mémoire, lui faisant mesurer la distance qui s'est inexorablement installée entre l'auteur reconnu qu'il est aujourd'hui et le jeune africain qu'il a été.
C'est une lecture qui ne m'a pas laissé indifférent. Porté par une très belle écriture, le propos est de ceux qui interrogent. En mêlant l'Alain Mabanckou d'aujourd'hui se remémorant l'Alain Mabanckou d'hier, on sent que ces retrouvailles africaines sont un mélange de gêne, de nostalgie et de retenue. L'homme très occidentalisé qu'il est devenu se heurte doucement à sa famille africaine avec ses croyances diverses, ses coutumes. Tout en percevant tout le sel romanesque de ces modes de vie simples et empreints d'une certaine légèreté face aux aléas du quotidien, l'auteur ressent la confirmation que son éloignement n'est pas que géographique. Ses études, son statut social dans le monde occidental l'ont coupé en grande partie de cette matrice africaine. Ses interlocuteurs le sentent bien aussi. Oncle d'Amérique personnifié, ils quémandent bien quelques francs CFA mais essaient néanmoins de lui trouver quelques excuses, comme s'ils ne voulaient pas rompre le rêve d'une hypothétique belle vie en dehors de leurs frontières qu'ils ont en eux. Mélange d'amour familial et de respect admiratif, Alain Mabanckou est la représentation vivante mais déjà hors d'atteinte de ce rêve.
Livre finalement inconfortable, le lecteur se trouve dans la même position que l'auteur : plaisir des saveurs africaines et troublante réalité qui ne correspond plus à ce que l'on est. Nous sommes dans un ressenti fait d'évitement et de presque non-dit. C'est cette ambiguité qui est constamment présente au travers de chapitres aux titres de films, comme pour mieux signifier le décalage entre deux univers maintenant si différents.
Un roman déstabilisant qui poursuit longtemps le lecteur. 

vendredi 3 mai 2013

Stoker de Park Chan-wook


Si vous aimez en prendre plein les yeux au cinéma, peut être que "Stoker" est fait pour vous. Si vous aimez les film à suspens au scénario hyper bien foutu, "Stoker" est alors à éviter. Si vous aimez les stars futures et à venir, Nicole Kidman et Mia Wasikowska, "Stoker" est à voir mais si vous aimez les films qui réunissent tout ça, j'ai bien peur que "Stoker" vous déçoive sacrément.
Sur un décalque d'un film d'Hitchcock (L'ombre d'un doute) avec une pincée de "Théorème" de Pasolini, le cinéaste coréen Park Chan-wook et son maniérisme outrancier essaie de nous passionner pour une histoire énigmatique et étrange. Ou comment l'arrivée d'un bel oncle inconnu dans une maison en deuil, va semer le trouble et les cadavres. Séduisant mère et fille, ce personnage ambigüe sèmera désirs et violence dans une demeure aux apparences très froides.
Le scénario pour le cinéaste coréen est secondaire. Ce qui compte pour lui c'est la mise en images. Et là il est fortiche, virtuose même. Dès le générique, l'oeil est happé. Il joue avec les lettres et avec le spectateur car on pense à une panne de projecteur devant cette image qui se fige étrangement. Non, c'est pour bien nous signifier, que dans ce film on va voir ce qu'on va voir. Et l'on voit des cadres alambiqués, des séquences qui tournent lentement mais dans tous les sens (ça ne fait jamais clip), des cadres décadrés, des plongées, des contre plongées, .... On sent bien qu'être à la caméra pour Park Chan-wook n'est pas de tout repos. Au ras du sol, en l'air, vraisemblablement accroché à un filin, sur les mains la caméra entre les dents, tout est bon pour que l'on soit surpris. Au début, on trouve ça plaisant, arty, mais comme l'intrigue est laissée de côté pour tournicoter  autour de Nicole Kidman (qui a du faire des injections de botox en cours de tournage donnant un effet lissé, pas lissé, lissé, pas lissé ) ou pour imprimer un côté vampire à la jeune Mia Wasimachin (titre oblige ?), le cerveau commence à décrocher. L'histoire devient de moins en moins compréhensible (crédible faut pas pousser quand même...), surtout que viennent se rajouter tout un tas de références psys ou littéraires un peu lourdingues. Alors le film navigue dans des zones incertaines jusqu'à qu'apparaisse... Judith Godrèche ! Mais que fait-elle là ? Rien, je vous rassure, trois mots et la voilà repartie...mais à partir de ce moment là, le film redémarre pour un final plutôt gore tout en essayant de maintenir son cap esthétique.
A défaut d'être réellement passionnant, ce fourre-tout grand guignolesque chic laisse le spectateur l'oeil larmoyant, non pas parce que la fin est sublimement, triste mais à cause d'une fatigue extrême de l'oeil qui a été à rude épreuve durant toute la projection. Les acteurs sont beaux, Nicole Kidman ressemble de plus en plus à Bree, l'héroïne des "Desperate housewives", Judith Godrèche est mal habillée et la jeune Mia Wasikowska est encore une fois parfaite. Dommage que Park chan-wook ait trop bu d'alcool de riz...

jeudi 2 mai 2013

Collège boy d'Indochine et Xavier Dolan

Le clip disponible en début d'après midi ne l'est plus ce soir... Voici un lien où vous pouvez le visionner (jusqu'à quand ? )



Quand un grand cinéaste, Xavier Dolan ( Laurence anyways, Les amours imaginaires) met en images "Collège boy", le nouveau single d'Indochine, cela donne un clip hyper réaliste, dont la violence impressionne mais qui n'est hélas que le reflet de certains discours tenus lors du débat autour du mariage  pour tous. On parle déjà de censure, pour violence mais aussi, j'en suis sûr pour blasphème. A vous de juger. 

mercredi 1 mai 2013

Mud de Jeff Nichols


"Mud" est un film qui en impose, intimidant même. Comment ne pas l'aimé un tant soit peu ? Il y a tellement de choses là-dedans...
Mud, est une espèce de marginal, fuyant la police et un groupe mafieux, qui s'est réfugié sur une île au milieu du Mississipi, et préparant sa fuite avec sa bien aimée pour le Mexique. Il va être aidé dans son projet par deux adolescents qui vont voir en lui la figure symbolique du père qu'ils n'ont pas.
Film indépendant américain, "Mud" est un vrai film d'auteur. Son réalisateur, Jeff Nichols en a également écrit le scénario et cela se sent. Le rythme est celui d'une balade sur le fleuve. Il prend le temps d'observer la nature et de jouer avec la lumière du soleil façon Terence Malick. Avec peu de mots, il fait progresser son récit grâce à une mise en scène virtuose, traquant les regards, les gestes et cadrant avec subtilité le moindre protagoniste. Récit initiatique dans lequel chacun peut puiser ce que bon lui semble, il décrit tout un tas de concepts psychologiques majeurs : les différents rôles paternels (triomphant, vaincu, mafieux, en devenir), l'amour (passager, fugace, éternel ), le passage dans l'âge adulte (pour les adolescents mais aussi pour Mud, ado attardé pour qui l'aventure marquera la fin d'une période). La force du film est que tout est développé sans aucune lourdeur, l'histoire brillamment écrite, évitant de tomber dans le démonstratif. Pour les cinéphiles, il y a en plus le jeu des références qui joue à plein. On pense parfois au Clint Eastwood d"Un monde parfait", mais aussi à Sam Peckinpah, surtout au moment de la scène de fusillade vers la fin et bien sûr à Mark Twain pour ces images du Mississipi qui évoquent l'enfance et la lecture de Tom Sawyer.
Au final, j'ai vu un film totalement maîtrisé, emballant intellectuellement car provoquant la discussion dès la sortie de la salle, magnifiquement interprété mais peut être un poil trop long. Et puis, un bémol tout de même... Intelligent, virtuose oui, mais un poil misogyne quand même. L'image de la femme n'est guère valorisée dans ce film. Les femmes sont sur terre pour faire souffrir d'amour les hommes, car elles sont volages et infidèles ( Juniper interprété par Reese Witherspoon), castratrices (la mère) ou futiles et inconstantes (la girl friend). Pas une pour racheter l'autre et on le sentait déjà dans le précédent, mais néanmoins excellent, long-métrage de Jeff Nichols "Take shelter". Bon réalisateur mais un brin macho ?