dimanche 12 mai 2013

Une belle saloperie de Robert Littell


De Robert Littell, je ne connaissais que ses romans d'espionnage dans lesquels je ne m'étais jamais plongé, le genre me tombant systématiquement des mains, mon cerveau ayant du mal à s'impliquer dans ces rouages trop tordus. C'est avec un peu d'appréhension que j'ai ouvert cette "Belle saloperie" à la couverture aux couleurs criardes et dont on disait que c'était un vibrant hommage au roman noir et à Raymond Chandler en particulier. J'ai très vite remisé mes doutes pour me laisser embarquer dans une histoire bien menée dont le Nouveau-Mexique et le désert de Mojave servent de décor. Tout y est pour retrouver l'atmosphère des romans noirs des années cinquante, le privé solitaire au passé trouble mais au coeur encore un peu tendre, une créature sensuelle dans le pétrin, des méchants mafieux dans le monde du jeu et de vieilles voitures aux carrosseries rutilantes. Il y a même la caravane en aluminium de Douglas Fairbanks Jr...Tous les éléments du genre sont en place et comme Robert Littell est un sacré romancier, il tricote une intrigue où rien n'est laissé au hasard, même les éléments de ses sujets de prédilections comme les affaires moyen-orientales qu'il ne peut s'empêcher d'intégrer à son récit. Tout cela est mené tambour battant, sur plus de 300 pages, sans jamais faiblir. Avec une dose d'histoire contemporaine, quelques petites touches perfides sur les moeurs américaines actuelles, mais surtout un style goguenard et humoristique qui emballe le tout de manière réjouissante, cette lecture est un plaisir.
Cependant, une chose m'interpelle. J'ai l'âge d'avoir connu l'époque où la Série Noire  et les romans des éditions du Masque livraient chaque mois une dizaine de titres inédits et pas des plus nuls.  Ces romans étaient accessibles au plus grand nombre car assimilés à des livres de poche. Aujourd'hui, pour lire un roman noir dès sa sortie, il faut débourser au moins vingt euros. Le genre ayant gagné ses lettres de noblesse, le lecteur doit en payer le prix ! Le roman de Robert Littell, aussi bon soit-il, n'est qu'un roman de genre qui, il y a trente ans, aurait tout à fait eu sa place dans la collection noire de  chez Gallimard. Cette constatation m'amène à penser que lorsque l'on est amateur du genre et pas forcément fortuné, on doit apprendre la patience et se résigner à attendre la sortie en poche. Qu'importe le flacon me direz-vous, faisons fi du temps et de la nouveauté, pourvu que vienne l'ivresse... C'est vrai, là est l'essentiel. Et pour cette "Belle saloperie", aujourd'hui, ou dans un an, le plaisir sera le même, un bon polar, reste un bon polar...

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