lundi 22 mai 2017

Festival de Cannes 2017...vu du Mans (3)

Il faut un certain regard et même un sacré pour se frayer un chemin dans cette déferlante de films que chaque section propose. Je sais bien que je n'ai pas à les visionner sur la dizaine de jours que dure le festival, que j'aurai des mois pour les découvrir lentement dans les salles mais jetés en pâture dans la presse et sur le net, tous ces avis, souvent contradictoires donnent un peu le tournis. Je reste certain que j'apprécierai que l'on me rappelle la mention " festival de Cannes , un certain regard" lorsque tous ces longs métrages trouveront le chemin des écrans. De plus, de l'eau ayant coulé sous les ponts, les avis seront peut être moins tranchés et les prétendus presque chefs d'oeuvres refleuriront.
Des chefs d'oeuvres, on n'a pas l'impression qu'ils courent Cannes pour le moment. Comme d'habitude l'enthousiasme des uns s'oppose à la détestation des autres. Seul " 120 battements par minutes" de Robin Campillo semble faire un petite unanimité. ( Faut dire que le sujet porte peu à la controverse ). Hormis cela, rien ne ressort, ni le deuxième film Netflix, " The Meyerowitz stories" de Noah Baumbach,  sorte de sous Woody Allen, qui du coup fait regarder d'un meilleur oeil "Okja" présenté quelques jours avant, ni "The square" de Ruben Ostlund dont le manque de finesse a failli faire vomir le pain bagnat à 18,50 euros englouti trop rapidement par la critique. Michel Hazanavicius ( mais que diable fait-il dans la compétition ?) a évidemment déplu avec "Le redoutable". Faut dire qu'il cumule les défauts pour ce Cannes cinéphile. Non seulement il propose une comédie ( non mais vraiment quelle idée alors que nous sommes là pour faire un étââât du monde qui va si mâââl !) mais il ose en plus s'attaquer à l'icone absolue du cinéma arty, Jean Luc Godard, présenté, comme dans le roman duquel est tiré le film, comme un vrai personnage de comédie un peu grotesque.. Sa mauvaise presse ne faisait aucun doute mais, celui-là, je ne le manquerai pas !
Alors une perle, ailleurs, dans une de ces multiples sections parallèles ?
"Jeannette" de Bruno Dumont pourrait donner cette illusion. Imaginez, des poèmes de Péguy, mis en musique mais aussi dansés sur une chorégraphie de Philippe Decouflé, le tout pour nous conter la jeunesse de Jeanne D'arc façon comédie musicale , avouez que l'on pourrait tenir l'originalité du festival.... J'y crois un peu mais mon enthousiasme de spectateur se refroidit pas mal en lisant quelques déclarations qui puent le mystico/religieux. Peut être que le nouveau Michel Franco "Las hijas de abril" avec cette mère qui s'enfuit avec l'amant de sa fille pourra donner l'illusion d'une certaine originalité voire, mais c'est son habitude, d'une radicalité dérangeante. Cependant, je doute fort du potentiel fédérateur du réalisateur de " Chronic"
C'est encore du côté du documentaire qu'il semble y avoir quelques pépites. "The rider" de Chloé Zhao sur un cow-boy blessé dans une Amérique meurtri apparaît comme un portrait fort et symbolique d'un monde qui s'écroule, tout comme ( et toujours chez Acid) l'intrigant "Sans adieu" de Christophe Agou qui a suivi durant quinze années un monde rural du Forez appelé à disparaître. Dans une moindre mesure, le documentaire d'Agnès Varda et JR, lui aussi est porteur de jolis espoirs de plaisir, même si quelques grincheux semblent trouver la performance des artistes un peu vaine et fabriquée.
 Je cause, je cause, alors que je n'ai vu que quelques secondes de ces films dont je commence à rêver. Par contre, je me suis usé les yeux sur le net, dans la presse. Bien sûr, rien à voir avec les galériens cannois, qui doivent s'enfermer dans les salles alors que le soleil les invite vers la plage. Et c'est là, où je me sens un avantage à suivre le festival de chez moi : je peux le faire de mon jardin, au soleil ! Je me permets de parler du Cannes 2017  ET prendre des couleurs ! Qui dit mieux ?


dimanche 21 mai 2017

Leçons pour un jeune fauve de Michela Murgia


Eleonora promène sa stature de grande comédienne dans les rues de Cagliari. Un soir, lors d'un dîner dans un restaurant, un jeune homme, apprenti violoniste, l'aborde. Sa fougue, son culot, l'intriguent et quand il lui demande de but en blanc devenir son mentor, elle accepte.
Chirù, son désormais élève, s'avère ne pas être le premier auquel elle va essayer d'ouvrir les portes de la réflexion, du monde artistique et de faire éclater le talent qui sommeille en lui. Par trois fois, Eleonora a joué les Pygmalion auprès de jeunes garçons. Ces relations qui peuvent apparaître étranges vues de l'extérieur, ne sont finalement que la traduction d'un passé compliqué avec une famille dysfonctionnelle et d'une vie finalement solitaire et sans enfant. A la fois mentor, coach social, professeur de philosophie, sans doute mère de substitution, Eleonora ne couche jamais avec ses protégés même si l'attachement qui les lie pourrait les faire basculer dans une relation également sexuelle.
La trame du roman est ténue. Nous suivrons la relation ambiguë mais sans grandes surprises de ces deux personnages du premier jusqu'au dernier échange. Le romanesque n'est pas de mise mais le texte fait très forte impression car au-delà de l'anecdotique de cette histoire, Michela Murgia en profite pour sonder le coeur et l'âme de son héroïne dans ce moment de la vie où tout peut basculer. Et franchement, c'est du grand art ! Mêlant finement passé et présent, brossant un portrait sans fard de cette comédienne qui pourtant en utilise aussi bien dans sa vie que dans son métier, le récit en profite également pour sonder notre société. Les familles toxiques, l'enfance dépréciée, leurs influences sur la vie d'adulte, mais aussi l'art, l'éducation, la vie mondaine, la solitude, l'amour sont quelques uns des  thèmes que l'auteure analyse avec une grande finesse et surtout un style impressionnant. Sans jamais paraître péremptoire, elle fait surgir dans ses descriptions des idées, des points de vue qui appellent à la réflexion ou qui nous paraissent sublimes de clarté et d'intelligence. On a envie de relire, de noter des phrases ( et d'ailleurs on le fait). Que ce soit lors d'une visite chez un grand tailleur où elle fait découvrir les tissus à son protégé, une soirée mondaine, un voyage en Suède, rien n'échappe au regard pointu et précis de Michela Murgia, tout fait sens, tout nous emporte bien au-delà d'une simple histoire de compagnonnage.
Je l'avoue, c'est le premier roman que je lis de cette auteure italienne mais surement pas le dernier. Il est si rare de sortir d'un roman grandi, éclairé par une pensée forte et ferme qu'il est évident que la lecture de ses précédentes oeuvres apparaît comme indispensable. "Leçons pour un jeune fauve " vaut beaucoup mieux que ce titre français un peu trompeur ( en Italie, c'est simplement le prénom du jeune homme), car, même si les chapitres sont intitulés " Première leçon, ...), il s'agit bien plus du formidable  portrait d'une femme au mitan d'une vie, dont le chemin va soudain prendre une autre direction.   

samedi 20 mai 2017

Festival de Cannes 2017...vu du Mans (2)



Après deux jours de compétition, de déjà quelques polémiques, d'un petit flot de films diversement accueillis que ressens-je depuis le pays de la rillette ? Une petite impatience d'être fin août, date des premières sorties de ces films qui se montrent sur la Croisette, se fait déjà sentir.
Les 4 longs métrages présentés en sélection officielle semblent loin de faire l'unanimité. Evacuons "Okja", le produit Netflix que nous ne verrons pas au cinéma. Je ne sais si c'est par pure défense du système, mais malgré la présence de la toujours singulière Tilda Swinton, le nouveau Bong Joon-ho provoque plus de moqueries que de compliments. Pas encore aujourd'hui que je vais verser ma dîme à Netflix pour regarder un téléfilm ( avec en plus un Jake Gyllenhaal soit disant épouvantable et en roue libre).
Les trois restants paraissent posséder un certain nombte d'éléments alléchants, assez pour que l'on puisse d'ors et déjà les inscrire sur notre carnet de bal.. "La lune de Jupiter" en s'emparant d'une thématique autour des migrants ne peut que s'attirer la sympathie des siroteurs de mojitos dans les fêtes cannoises, même si le film hongrois a pu en agacer certains par sa mise en scène électrique et son fond très, trop spirituel ( mais pas christique ). Décevants aussi pour mal de critiques, les deux nouveaux opus de deux réalisateurs chouchous, Todd Haynes et Andreï Zviagintsev, mettant en vedette des enfants. Le premier, en abandonnant son thème de prédilection autour des relations ambiguës, ne convainc pas tout le monde avec une histoire parallèle de gamins sourds, seule la photographie fait l'unanimité. Le deuxième, comme toujours avec un discours politique sous-jacent et une absolue beauté du cadre, divise par soit trop de noirceur, soit par son côté donneur de leçon. Ce non consensus me titille pas mal et je suis certain que lors de leur sortie à l'automne, les critiques vireront à l'éloge.... comme celles, absolument poisseuses de cirage, proférées ad nauseam par les commentateurs de la montée des marches de la télé du festival.
Finalement, et cela devient une habitude, c'est dans les sections parallèles que semblent émerger les films les plus tentants. A la quinzaine des réalisateurs, Juliette Binoche  illuminerai"Un beau soleil intérieur " de Claire Denis ( même si cette dernière,  filmant un coton tige dans un cendrier pendant 1h30 ferait s'esbaudir la presse tellement elle a le ticket). Le "Barbara" de Mathieu Amalric, non pas biopic, mais critique de biopic ( bien plus auteur!), présenté en ouverture d'Un certain regard,  dont je  soupçonne le calquage sur le côté poseur du dernier Desplechin ( les articles ampoulés et pleins de circonvolutions intellos et gênées n'arrivent pas à cacher le côté sans doute un peu arty/chiant du truc), m'attirera comme un festivalier à une soirée Magnum grace à la présence de Jeanne Balibar. 
Il y a cependant un film qui tire son épingle du lot dans ce flot de rédactionnel divers et varié, c'est "Juste avant l'été" le  documentaire franco-suisse de Maryam Goormaghtigh, road-movie de trois amis iraniens sur les routes de notre pays. On parle de générosité, de burlesque, d'onirisme pop, d'existentialisme, ... Malgré la même photo de trois mecs, pas avenants, vautrés sur des transats qui illustre systématiquement les articles, passer un moment avec eux sera, je le sens,  l'incontournable de la rentrée ( surtout si l'on veut briller dans les conversations chics du bar di ciné art et essai de votre ville).  Ce film, présenté dans la sélection Acid, qui n'est pas un quelconque  vitriol pour le festival mais bien l'Association des Cinémas Indépendants pour la Diffusion, propose une programmation qui s'avère de plus en plus (im)pertinente au fil des années ( l'an passé y fut présenté le magnifique "Le parc" de Damien Manivel). Du coup, c'est leur affiche que j'ai mis en ouverture de ce billet ( et dire qu'ils n'ont droit qu'à un misérable 1/8 de page dans le numéro spécial Cannes du film français !)... Et  partie comme elle est partie, c'est sans doute de la dynamite ! 


vendredi 19 mai 2017

L'été de " La tempête " de Craig Higginson


Thomas, le narrateur, assistant metteur en scène à Strafford-upon-Avon, le ville du théâtre shakespearien, apprend son métier auprès d'Harry Greenberg,  célèbre  pour ses mises en scène inspirées dont "La tempête" est la production vedette de cet été là. Thomas papillonne silencieusement autour  de Lucy, actrice au fort pouvoir émotionnel tant sa peau prend magnifiquement la lumière et dont il espère un regard un tant soit peu amoureux.  Celle-ci vit un amour plutôt vache avec un dénommé Peter resté à Londres. Mais voilà que Lucy va flasher sur Kim, beau jeune-homme dit un peu faible intellectuellement mais quand même conducteur d'une navette fluviale. Sous le doux soleil estival, un marivaudage va éclore jusqu'à ce que Peter, la jalousie en bandoulière, va découvrir son infortune et mettre fin à ses jours. Cette mort va sérieusement bouleverser la jeune comédienne mais également tous les rapports amoureux des personnages, surtout que le metteur en scène vieillissant va apprendre qu'il est le père d'une jeune fille cachée par une ancienne maîtresse.
De l'amour, des sentiments, la mort qui va et qui vient, des personnages qui peuvent faire penser à d'autres, plus anciens mais créés au 16 ème siècle par le génial William, le roman a des allures de pièce de théâtre, sauf que la vie est plus forte que l'imagination de n'importe quel dramaturge. Comme nous suivons les événements avec le regard très subjectif de Thomas, jeune homme timide et sans doute puceau au début de cet été, c'est une vision un peu timorée des différents aspects de l'amour qui nous est offerte. L'amour romantique tout d'abord, avec ses promenades en barque, ses chapeaux fleuris et ses effleurements, l'amour plus trivial où une nature luxuriante attise les sens, l'amour caché, enfui qui ne s'efface jamais, l'amour qui consume et qui tue, l'amour d'un soir, l'amour toujours qui résiste à toute les épreuves. L'auteur ajoute aussi d'autres variations, comme l'amour pour un art ( ici le théâtre) mais aussi l'amour réciproque d'un homme et d'un animal.
Ce catalogue amoureux possède un certain charme mais peine à convaincre complètement. C'est charmant, un poil désuet, mais, malgré un certain nombre de péripéties, le roman n'arrive jamais à se départir d'une certaine raideur et surtout d'un style un peu platounet. Alors, c'est sans passion que j'ai suivi tout ce petit monde dans sa quête de l'amour. Le roman m'a rappelé un bon fauteuil  anglais, celui que l'on aime retrouver mais dont le confort nous empêche parfois de faire des activités plus intéressantes que celle de somnoler sur son assise moelleuse. C'est joli, gentil, frais, parfois pertinent mais il manque sans doute ce petit plus qui va nous pousser à le recommander. A conseiller peut être aux amateurs de campagne anglaise...

jeudi 18 mai 2017

Les fantômes d'Ismaël de Arnaud Desplechin


Je le dis d'emblée, je n'ai jamais été fan du cinéma de Mr Desplechin. "Les fantômes d'Ismaël" confirment que je ne parle pas et ne parlerai jamais le "Desplechin" comme se plaît à dire le réalisateur. Je n'arrive pas à m'intéresser aux méandres de sa biographie éclatée et redigérée de film en film, à cet amoncellement de références qui plaisent tant aux fans énamourés, en vrac ses histoires familiales, ses personnages récurrents auxquels il apporte une nouvelle facette à chaque fois, créant ainsi une oeuvre que beaucoup jugent subtile et passionnante car agrémentée de thèmes ou de variations comme le romanesque exacerbé, la dépression, le politique, l'intime, la judéité, la création, la vieillesse, la pétanque ( heu, non, je m'égare...). Sur le papier, cela apparaît diablement passionnant, mais à l'écran entre une hystérie toujours tapie au coin d'une scène, de nombreuses pauses artistiques et un montage tarabiscoté, l'effet produit chez moi est surtout de l'ennui.
Le film débute par un repas de diplomates, se poursuit par une pénible scène dans un intérieur parisien où un vieux monsieur fait un cauchemar, puis s'aère à Noirmoutier, où Amalric et Gainsbourg passent des vacances pépères jusqu'à l'arrivée de Cotillard de retour après 20 ans d'absence et venue ingénument récupérer son mari.  Dès le premier quart d'heure les dialogues les plus improbables entendus depuis des lustres mettent à mal une histoire déjà foutraque, posant le film sur des rails dont le spectateur ne perçoit que le grincement des aiguillages. La suite ?  C'est un festival de scènes qui partent souvent en live, maniérées ou passablement confuses. D'une ambiance prétendument romantique en un quart de seconde on passe à l'hystérie puis parfois à un soi-disant burlesque qui sied au réalisateur comme un chapeau mexicain sur la tête d'Edouard Balladur ( Je sais, c'est sa marque de fabrique, mais je ne m'y fait pas...) Les comédiennes essaient de prendre un air concerné en débitant leur texte ampoulé et naze. Charlotte Gainsbourg ferraille dur avec une caméra qui la filme mochement et dont le regard semble se demander ce qu'elle fait là. Marion Cotillard arrive à illuminer un peu son personnage même si l'on ne croit pas un instant qu'elle comprenne réellement ce qu'elle dit. Hippolyte Girardot hérite d'un rôle de producteur paré de tous les clichés possibles et surjoue un personnage digne d'un film de Philippe Clair ( mais le film s'ingénie aussi à citer Hitchcock, Bergman, Truffaut, Van Eyck, Pollock, bien plus chics). Seul Louis Garrel semble s'amuser, ayant sans doute compris que dans ce galimatias de situations ineptes, prendre la tangente de la dérision était la seule façon possible de s'en sortir honorablement.
De mise en abyme en dédales psychanalytiques, le film avance péniblement, se fichant complètement de toute cohérence scénaristique, psychologique, voire filmique (  faux raccord d' Allociné va se régaler). Patchwork cinématographique très improbable, "Les fantômes d'Ismaël" possède tous les éléments d'un cinéma narcissique et possiblement masturbatoire, qui plaira à quelques initiés mais dont la vanité auteuriste fera fuir impitoyablement les spectateurs venus pour les stars. Ils feront comme beaucoup cet après-midi lors de la projection, ils quitteront la salle fâchés de s'être fait encore avoir par cette promo infernale et pesteront une fois de plus sur ce Cannes encensant ( au choix) des navets ou des oeuvres cultivant l'entre-soi.


mercredi 17 mai 2017

Festival de Cannes 2017 ...vu du Mans (1)


La folie médiatico/cinématographique cannoise débute aujourd'hui. Cannes, cette ville à mémères et pépères pourvus de bouledogues français ( plus tendances désormais que le caniches abricots, les riches seniors sont aussi des fashions victimes), se couvre donc de paillettes et de poudres diverses ( ben oui, pour le maquillage...vous pensiez à quoi ? ). Toute la "famille " du cinéma mondial s'y retrouve avec ses allures de peuple d'en haut, persuadés que ceux du bas rêveront encore devant les stars pimpantes, ripolinées de frais par des officines qui ont doublé leur chiffre d'affaire le mois précédent leur pose sur le tapis rouge. En cette période de franche fracture sociale, leur dandinements influera-t-il sur les prochaines élections ?
Cependant, et il faut le souligner, la majorité des festivaliers, exploitants, programmateurs, personnel de production,  les petites mains du système, sont eux aussi de la fête. Logés dans des chambrettes obscures louées à prix d'or par une population locale qui fait son beurre, pestant contre l'organisation, s'envoyant parfois 8 films par jour après avoir subi les nombreuses fouilles de rustres vigiles et les attentes interminables de projection tout en  avalant des sandwichs jambon/beurre dont le prix équivaut à l'abonnement annuel de la carte UGC, ils considèrent cette dizaine de jours comme un véritable chemin de croix cinéphilique. Mais ce sont les mêmes qui arborent fièrement leur accréditation et qui depuis deux mois, glissent invariablement dans leurs conversations, avec cet air faussement blasé qui n'arrive pas à masquer leur fierté : " Pfff ! Ouais...je vais encore à Cannes cette année...c'est galère !".
Même sans en être, Cannes, pour moi, reste une période où je me plonge dans ce qui est une affolante bande annonce pour les mois qui viennent, long travelling sur des objets de désir qui devraient nourrir ma petite passion cinéphile durant les prochains automne et hiver. Encore une belle exception française que cette immense exposition médiatique pour le cinéma, même s'il s'agit d'oeuvres qui sont désirées par de moins en moins de gens. On sent bien par ailleurs que nos exploitants et programmateurs font essentiellement leur marché à Cannes, prouvant leur confiance quasi aveugle aux programmateurs du festival. Remarquez, il est sans doute plus agréable ( moins onéreux peut être) de faire ses emplettes en mai au bord de la Méditerranée qu'en hiver dans le froid à Berlin, ou à la rentrée à Venise ou à Toronto. ( Je bosse moi !)...
Ce mélange de paillettes et de "prise de température de l'état du monde par les plus grands créateurs de la planète" apparaît pourtant un peu plus explosif chaque année tant les fractures sociales et culturelles se creusent à la même vitesse que la fonte des glaces. Mais je reste un inconditionnel rêveur, pensant encore que la culture, bien promue, peut adoucir le monde. Alors, comme un rendez-vous quasi amoureux, depuis mon fauteuil, depuis Le Mans ( je sais, ça ne fait pas du tout glamour) , je me plongerai dans les articles de presse, suivrai sur le net, regarderai la chaîne du festival, téléchargerai son appli et donnerai mon sentiment sur tout cela, en toute naïveté, modestie mais sans connivence.
Je n'aurai donc pas besoin de poser un escabeau dès 8 heures du matin aux abords du palais des festivals, avec le secret espoir de pouvoir apercevoir au pire Nicole Kidman, au mieux Katia Tchenko ( ou l'inverse). Non, la montée des marches n'est pas ce qui me fait fantasmer. Ni l'insupportable photo-call que retransmettent les télés où les stars du jour minaudent et font comme si ils étaient les meilleurs copines du monde. Par contre, il s'avère assez rigolo de suivre les conférences de presse des films en compétition, petit moment décalé qui laisse souvent pantois, où l'animateur chargé de ce happening fait verser Michel Drucker dans la catégorie " fielleux", où les protagonistes du film présenté semblent avoir été tirés du lit après une nuit de libations et où des journalistes du monde entier posent des questions hallucinantes de banalité.
Même si cette année encore, peu de films sortent dans la foulée de leur présentation sur la Croisette, je vais tenter, en auscultant presse et internet, de donner mes impressions, sans doute déformées par le rendu média, de ce grand marché du film. Car voyez-vous, même depuis Le Mans, je l'aime ce festival, lieu de tous les désirs et de tous les fantasmes, mettant en valeur un art passionnant et toujours en mouvement.


samedi 13 mai 2017

L'été des charognes de Simon Johannin



Le titre empêche toute projection dans un roman à l'eau de rose... et, pour certain, il sera bon d'accompagner cette lecture d'un liquide parfumé tant les mauvaises odeurs exhalent de ces 140 pages.
Nous sommes plongés au coeur d'un été dans un hameau montagneux nommé La Fourrière, que je situerai dans ces zones pyrénéennes où la civilisation semble avoir oublié de passer. Loin de tout, dans une époque difficile à situer ( peut être dans les années 70), un garçon d'une dizaine d'années raconte ses vacances. Si le ton est celui d'un enfant, le propos fera dresser sur les cheveux sur la tête du fan du petit Nicolas, adepte de ces récits à la fraîcheur espiègle. Dès les premières phrases, il nous raconte la lapidation gratuite d'un chien qui avait la malchance de passer à portée du narrateur et de son copain. La suite sera du même acabit, une longue randonnée au milieu d'animaux qui pourrissent, des flaques de crachats, de vieux très sales en slip et aux couilles pendantes qui dépassent, de  raclées, roustes, torgnoles diverses et variées, de beuveries et du vomi qui s'en suit, d'excréments, de saleté, une sorte d'affreux, sales et méchants totalement hallucinée. Ca pisse, ça rote, ça vomit, ça cogne, ça torture des animaux, ça égorge des poules, des cochons, ça vide des intestins, ça fouille le sol à la recherche d'ossements, ça empile des cadavres animaux au soleil, ça pue, ça se roule avec plaisir dans la crasse. Puis, avec la rentrée des classes et sans doute l'entrée au collège du jeune héros, le ton s'adoucit. L'adolescent rencontre l'amour toujours avec cette intense fureur organique mais où apparaît un peu de douceur...
Ce texte ne laisse pas indifférent. Si l'on sort de la comtesse de Ségur, la secousse sera optimale. Si l'on est un jeune urbain n'ayant jamais attrapé un poulet pour en faire son repas de dimanche, on sera peut être épaté. Pour d'autres, comme moi, ayant passé ma jeunesse à la campagne ( et dans les livres ), on sera sans doute plus circonspect face à ce récit. Quel est le projet de ce roman ? En mettre plein la vue avec une surenchère de laideur ? Poser des mots sur une certaine fascination pour la crasse et la violence paysanne ? Je n'arrive pas à savoir. L'ensemble m'apparaît plus comme une sorte d'exercice de style un peu vain, parfois un peu gratuit, pas toujours cohérent. Cependant, on ne peut faire l'impasse sur le style de ce premier roman. Nul doute que Simon Johannin en possède un, capable de créer un univers, une atmosphère, mêler un brin d'innocence avec l'horreur, s'envoler vers un beau lyrisme halluciné lorsque le héros tombe dans la drogue. Mais tout ça pour nous dire quoi au juste ? La rudesse de la vie au fin fond des régions ? Désacraliser le monde soi-disant merveilleux de l'enfance ? Je ne suis pas convaincu, ni épaté d'ailleurs.
"L'été des charognes", même assez brillamment écrit, n'est pas arrivé à me passionner. Cet univers qui se veut répulsif n'arrive pas à décoller réellement, préférant patauger dans sa fange et sa noirceur sans en faire ressentir le but exact.

jeudi 11 mai 2017

Problemos de Eric Judor


Noé Debré et Blanche Gardin, les scénaristes de cette comédie très atypique, sont bien trop jeunes pour avoir connu les retours à la nature, les communautés dans le Larzac ou autres lieux campagnards  nées après 1968. Par contre, on sent bien que leurs oreilles ont beaucoup traîné et écouté les zadistes de Notre dame des Landes ou les nombreuses discussions pendant le mouvement " Nuit debout". En résulte une réjouissante comédie, certes foutraque et mal fichue, mais tellement loin des standards habituels qu'elle en devient très sympathique.
L'histoire démarre très vite avec l'arrivée d'un couple urbain moyen dans une communauté ardéchoise, repliée au fond d'une gorge, en lutte contre un projet de parc aquatique. Le lien entre ces trentenaires pas encore adeptes de la déconsommation et du retour au naturel ? L'ex professeur de yoga de madame, premier personnage frappadingue d'une galerie fort nombreuse. Notre couple découvrira la dictature d'une pseudo bien-pensance faite de polyamour, de chamanisne, d'allergie photo-électrique, de permaculture et autres hobbies sortis tout droit du magasin bio tout prêt de chez vous. Cette joyeuse communauté qui ne fait de mal à personne se retrouve soudain seule au monde, une pandémie foudroyante ayant décimé le pays sauf eux. Et là, tout va tourner un peu vinaigre, façon "Sa majesté des mouches" mais version sitcom légère.
Ce "Lost" déjanté va alors partir un peu dans tous les sens, mais aussi installer un jeu de massacre hilarant. Du parisien veule et calculateur, au petit bricoleur de génie aux pensées libérales, du clodo puant renommé chamane pour expliquer sa sournoise mise à l'écart à la féministe aux méthodes naturelles pour enlever les mauvaises odeurs d'une chatte ( pas l'animal...)  ( une infusion d'hibiscus en emplâtre interne), personne n'est épargné. Les discussions absconses vont succéder aux chants militants. Petit à petit l'humain va refaire surface avec sa méchanceté, sa cruauté finalement assez naturelle.
En cette période électorale mouvementée, "Problemos" apparaît comme un défouloir caustique et régressif et assume son côté potache. Ca fuse dans tous les sens.  Trop peut être. Le scénario peine à convaincre et ressemble plutôt au premier épisode d'une sitcom, exposant des héros bien caractérisés, mais sans leur donner une réelle ampleur. On notera aussi, hormis Eric Judor et Blanche Gardin, que les comédiens choisis, tous excellents, sont de parfaits inconnus et apportent ainsi un fraîcheur supplémentaire certaine. Pas totalement réussi mais tellement éloignée des comédies qui fleurissent semaine après semaine sur les écrans,  ce troisième film d'Eric Judor mérite le coup d'oeil !



mardi 9 mai 2017

Snjor de Ragnar Jonasson


Et si Agatha Christie s'était réincarnée en homme ? Franchement, à la lecture de "Snjor" ( neige si l'on veut une traduction, et dont le titre original " Snjoblinda" signifie " aveuglement dû à la neige" ... merci à F. pour ces précisions), on pourrait penser que désormais notre chère reine du polar anglaise  vit en Islande sous le nom ( pseudo ?) de Ragnar Jonasson. L'intrigue, la petite ville de province, les personnages nombreux et ayant tous un secret à cacher, rappellent indubitablement la célèbre romancière. Seul le héros, un jeune flic fraîchement sorti de l'école de police rafraîchit le genre en reléguant aux oubliettes les vieux enquêteurs à la Poirot ou à la Marple,
Le roman débute par la mystérieuse découverte dans la neige d'un corps féminin a demi dénudé et baignant dans son sang. Puis, dans des chapitres en italiques, une femme se fait agresser chez elle, sans que l'on sache quand, ni où . Construit de façon assez subtile, le roman nous fait pénétrer petit à petit dans le coeur d'une histoire qui ne s'emballera jamais, mais qui distille une bonne dose d'inconnu pour attraper le lecteur sans jamais le lâcher jusqu'à la fin. La jolie campagne anglaise est troquée ici par un petit port de pêche isolé du nord de l'Islande, où tout le monde se connaît ( ou croit se connaître), où chacun épie l'autre et où surtout est nommé un jeune policier, Ari Thor, aussi sympathique que novice et impulsif. Ses déambulations dans ce village, ses visites et interrogatoires chez les nombreux personnages qui gravitent autour des victimes sont aussi des prétextes pour nous faire pénétrer dans la vie des islandais. L'importance du froid, de l'isolement sur cette petite communauté aux apparences si tranquilles, le détail de certaines us ou coutumes  apportent au récit un supplément d'âme, glissant un léger contenu sociologique au milieu d'une intrigue forcément oppressante puisque tout ce joli monde se retrouve totalement isolé par des congères alors que rôde un assassin...
"Snjor" parvient à se hisser au niveau d'un Indridason, prouvant encore une fois, que le polar venant du nord a encore de beaux jours devant lui, comme si les longues nuits polaires stimulaient, encore et toujours, l'imagination de ses habitants. Je me jetterai sans problème sur la nouvelle parution de cet auteur que je recommande aux amateurs de romans policiers softs. 

lundi 8 mai 2017

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan


Il y a des romans qui restent sur l'étagère. Parfois, ils sont achetés sur un coup de tête ou comme celui-ci parce que le précédent de l'auteure m'avait emballé, mais, allez savoir pourquoi, leur lecture est constamment repoussée. C'est sans doute l'adaptation et la projection à Cannes de sa version cinématographique par Roman Polanski qui m'a poussé à ouvrir le septième roman de Delphine de Vigan.
Dès le début, je me suis demandé pourquoi j'avais autant attendu. Le récit nous attrape dès les premières pages. L'habileté de l'auteure à nous faire pénétrer dans son intimité ( ou prétendue comme telle), mélange d'une écriture virtuose et d'une narration à la première personne, joue parfaitement sur l'ambiguïté ( récit réel ou non ? ) et donc intrigue le lecteur. Le texte a les apparences de la réalité. Delphine se débat avec les après d'un best-seller, ses retombées porteuses d'interrogations quant à l'écriture d'un nouvel ouvrage attendu au tournant. On imagine que c'est bien sa vie qu'elle décrit, ses jumeaux adolescents, son appartement, sa vie de romancière entre salons et dédicaces, son amoureux  célèbre ( François Busnel). Et du coup la rencontre avec L., jeune femme subtile mais au final un poil mystérieuse, qui va petit à petit s'imposer comme une amie proche, très proche, tellement proche qu'elle arrivera à faire le vide autour de la romancière, reste totalement crédible. On y croit, on marche, on court. Le réel, la fiction se mélangent habilement jusqu'à nous faire totalement oublier que tout cela relève d'une virtuosité diabolique. Le style est brillant, le regard porté sur le travail d'écrivain et son angoisse de la page blanche très convaincant. Au fil des pages, l'angoisse monte doucement jusqu'à donner à ce roman des allures de thriller.
Mais soudain, patatras ! La trame si finement serrée, construite avec patience s'effondre dans les quarante dernières pages. Soudain, le récit s'accélère, lorgnant énormément sur le "Misery" de Stephen King mais de façon trop rapide pour être crédible. Une fois l'affaire terminée, bâclée en quelques paragraphes, pourquoi essayer de donner des explications ? La magie de l'invention devient procédé. Au lieu de laisser le doute planer dans la tête du lecteur, on lui assène des  explications qui du coup enlèvent toute la géniale ambivalence inaugurale du récit, achevant le roman de façon  un peu trop démonstrative. L'auteure sent bien qu'il ne faudrait rien lâcher sur la fabrication de son livre mais, elle ne résiste pas au plaisir de se démasquer un peu, comme une enfant espiègle trop contente de nous avoir berné. Alors, même si elle essaie contenir l'ambiguïté, le mal est fait. On devine le procédé...et c'est un peu dommage.
Reste, un roman vraiment passionnant, génial mélange d'autofiction, de thriller psychologique et de documentaire sur la vie littéraire française mais qui rate juste le dernier obstacle, la fin. 

lundi 24 avril 2017

# bonnet de Eliane Girard


" # Bonnet " se glisse sans problème dans une poche et a l'avantage de se lire quasiment d'une traite. Menée tambour battant, l'intrigue, qui allie une intrigue propre à satisfaire les curiosités contemporaines et une petite réflexion sur notre univers numérique et la circulation des informations, se révèle tellement efficace que le roman se lit d'une traite.
Tristan, vendeur dans une maison de la presse passe tous les matins devant une radio célèbre où, tous les matins, au même moment, Lina Darius la star de l'info fume une cigarette après son émission. Et, allez savoir pourquoi, un matin, Tristan s'arrête pour lui demander une cigarette. Lointaine et pourtant assez inaccessible, la journaliste accepte. Pour la remercier, Tristan veut lui faire un bisou sur la joue qui, par le hasard des mouvements, se conclue en un  bisou dans le cou. Moment anodin et sans importance pour les deux personnes qui retournent à leurs occupations respectives...sauf qu'un paparazzi les a shootés et que la photo apparaît sur le net, titrant " Le fiancé de Lina Darius !".... s'ensuit un emballement de la machine médiatique qui vient fracasser le couple que forme Tristan avec Clotilde ainsi qu'anéantir la stratégie de communication sans faille de la journaliste, intraitable sur sa vie privée.
Peinture du monde des médias et de la presse people ( avec ces quelques clés qui font reconnaître au passage quelques célébrités) et petite réflexion sur les réseaux sociaux et l'exploitation possible des informations qui y sont publiées, le roman, petite comédie de moeurs écrite avec vivacité, comble parfaitement un moment de plage ou de voyage. Pas prise de tête pour deux sous, mais pas niais non plus, "# Bonnet" possède cette qualité pas si commune de faire passer un bon moment. On sent que l'auteure connaît parfaitement le milieu qu'elle décrit et n'a qu'un seul but, faire plaisir au lecteur en lui proposant une petite fantaisie, sucrée sans excès, acidulée juste comme il faut et qui se déguste comme une glace un jour de chaleur.
Pas le roman de l'année, ni du mois, juste un petit roman sans prétention, bien fait, que l'on lit avec plaisir. 

samedi 22 avril 2017

Dans la forêt lointaine de Marie-Pierre Burtin


Dans la forêt lointaine ...
On entend le coucou... (Air connu)
Et il s'agit bien d'un coucou dans ce premier roman. Il n'est pas un oiseau même si sa taille fine et son allure un peu hésitante lui donnent l'apparence fragile d'un grand oisillon venu se poser là, dans cette impasse d'un village alpin. Au début du roman, le coucou n'a pas de nom, il est juste une silhouette immobile qui se dresse toute la journée bien en vue des quelques maisons qui se côtoient dans cette impasse. Qui est-il ? Que veut-il ? On finit par savoir qu'il recherche sa mère dont il possède un vague Polaroïd la représentant de dos, vêtue d'un manteau bleu électrique et pris apparemment dans cet endroit. Les coucous cherchent un nid, c'est bien connu, en trouvent toujours un, même si l'on doit déloger quelqu'un...
Roman de terroir avec un sujet tirant sur le polar psychologique, "Dans la forêt lointaine" essaie d'installer une petite musique provinciale, loin des drames bourgeois des grandes villes. Marie-Pierre Burtin s'efforce de restituer cette ambiance villageoise, amalgame de petites choses banales et de légère perfidie due à l'observation, l'épiage constant de ses voisins. Petit à petit, on flaire des dessous bien peu reluisants de ces habitants, les secrets bien gardés réapparaissent soudain, le drame couve...
Mais hélas, le choix d'une construction vaguement alambiquée ( à savoir des narrateurs différents à l'intérieur d'un même chapitre) n'apparaît pas ici convaincante. Les divers habitants de cette impasse qui prennent tour à tour la parole, sont insuffisamment caractérisés pour que les lecteurs se les approprie. La lecture perd en intérêt et en rythme. On se demande qui parle et on ne situe pas toujours  très bien les nombreux protagonistes assez facilement interchangeables. On suit quand même cette histoire pas trop compliquée qui, sur la fin, lorgne vers un célèbre roman de Sébastien Japrisot  ( je ne dis pas lequel... pour ne pas gâcher le suspens).
"Dans la forêt lointaine" permet de passer un agréable moment mais souffre sans doute d'un choix  narratif trop confus pour lui donner une vraie puissance.

vendredi 21 avril 2017

Sous le même toit de Dominique Faruggia


Dans le flot ininterrompu, semaine après semaine, de comédies françaises cherchant le succès comme certaines consoeurs récentes, "Sous le même toit" arrivera-t-elle à se hisser au sommet du box-office ? J'en doute ... car voyez-vous, j'ai vu ce film en avant-première il y a un bon mois et je dois faire appel à ma mémoire pour arriver à tracer quelques lignes dessus. L'exercice apparaît donc intéressant : que reste-t-il d'une comédie française dans le cerveau d'un spectateur de cinéma lambda un mois après sa vision ? 
Je me souviens ne pas m'être vraiment ennuyé, ce qui est déjà un bon point, signe qu'il devait y avoir quelques atouts. Alors je réfléchis et je revois le couple de comédiens vedettes, Gilles Lellouche et Louise Bourgoin, lui, jouant parfaitement le beauf un peu lourdingue et elle tout aussi impeccable dans la nana qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Oui, je me rappelle que le tandem fonctionne très bien à l'écran. 
Après, de cette histoire de cohabitation entre divorcés au pitch de départ attrayant, il ne me reste rien de plus. Il faut que je retourne voir le générique pour me rappeler que Manu Payet et Marilou Berry jouent des seconds rôles dont je suis incapable de parler. Seul reste dans mon souvenir, Julien Boisselier en nouvel amant un peu coincé qui réussit à s'imposer face aux deux monstres sacrés. 
Il faut que je relise le scénario pour que soudain vienne se rappeler à ma petite tête qu'il y a aussi une sombre histoire de joueur de foot qui ralentit sérieusement l'intrigue et n'offre aucun intérêt, ni comique, ni même dramatique sauf, je crois, pour une sorte de happy-end vaguement larmoyant qui déçoit pas mal. ( Non, ne cherchez pas un quelconque comique grinçant !)
"Sous le même toit" se range donc dans la catégorie comédie pour alimenter les chaînes de télévision dans quelques mois, , sans doute, comme souvent,  avec une bonne idée de départ mais mal exploitée. Reste le duo de comédiens principaux qui fait un joli boulot et qui peut faire passer la pilule. Alors, si vous êtes fans, vous pouvez y aller ....




jeudi 20 avril 2017

Cessez-le-feu de Emmanuel Courcol




L'après-guerre 14/18, le traumatisme d'après combat et deux frères qui vont vivre ces années de façon différentes. L'un Marcel,( Grégory Gadebois) devenu sourd reste terré dans la maison familiale auprès de se mère. L'autre, Georges ( Romain Duris), apparemment moins atteint par les suites du conflit, préfère voir du pays et file en Haute-Volta. Lorsque ce dernier reviendra au pays, il retrouvera une certaine paix, canalisée par l'envie de guérir son frère mais aussi par un fort sentiment amoureux envers la professeure de langue des signes de son frère ( Céline Sallette, toujours aussi juste)...
Pour un premier film, "Cessez-le-feu" épate par l'ampleur de la reconstitution historique et par une magnifique photographie. Cependant, au-delà de cette apparence parfaite, le scénario et l'intrigue n'ont pas un intérêt énorme comme si décors et costumes passaient  avant une bonne histoire. Du coup, ce bel emballage apparaît un peu vide. Les comédiens sont bien sûr impeccables, rendant leurs personnages attachants mais ne parviennent pas à sortir de l'ornière un film dont les enjeux ne vont guère plus loin qu'un banal téléfilm. Alors, le spectateur regarde comme un joli album d'images d'Epinal, savourant au passage l'agréable présence de bons comédiens caressés amoureusement par la caméra. C'est joli, pas désagréable mais tout cela manque sérieusement de piquant, de sel, de passion, de cinéma


mardi 18 avril 2017

La société du mystère de Dominique Fernandez


Par quel bout aborder cette passionnant psychobiographie de Dominique Fernandez ? Peut être déjà, en précisant que ce concept de "psychobiographie" dont il est l'un des principaux utilisateurs, voire, dit-on, l'inventeur, se définit comme une " biographie alliée à une étude psychique" ( selon le dictionnaire). J'en vois quelques uns froncer le sourcil. Le procédé est simple. En partant des archives d'un artiste et de sa production, de ce que l'on a écrit sur lui, de ses courriers aussi, un écrivain créé une vie, remplissant les zones d'ombres, les pensées, les dialogues supposés voire même, comme dans ce roman, des pans entiers de sa vie.
En prenant comme personnage principal, Agnolo Bronzino, peintre florentin du 16ème siècle, le jeu littéraire s'avère passionnant pour un romancier à l'imagination débordante et ...militante.
Le Bronzino, qualifié de maniériste, a été l'élève de Jacopo Pontormo, artiste qui a mieux traversé l'histoire picturale. De sa vie, on ne connaît pas grand chose à part ses oeuvres. En débutant le roman par une prétendue découverte de ses mémoires chez un antiquaire, Dominique Fernandez ouvre une large porte pour retracer, à sa façon, la vie de cet homme qui fut quand même le peintre officiel des Médicis pendant plus de trente ans.
L'érudition, la verve de l'auteur de "Porporino ou les mystères de Naples" nous emportent dans un romanesque flamboyant. En plus du fond historique précis ( la puissance de l'église romaine, l'arrivée d'Espagne de l'inquisition, la rivalité Florence /Venise), d'une galerie de portraits d'artistes mythiques ( Michel-Ange en tête), nous plongeons dans la vie intime de Bronzino et donc au coeur de la création. Nous assistons à l'élaboration de ses tableaux, aux codes qui régissent le genre mais aussi aux influences diverses qui président à leurs créations. C'est une véritable balade dans l'art florentin à laquelle nous sommes invités. Grâce au roman mais aussi à internet qui nous permet d'admirer les oeuvres en simultané, nous découvrons comment, dans un univers ultra formaté où l'église a regard sur tout, les artistes souvent hérétiques, glissent leurs pensées, leurs fantasmes, leur regard critique.
Pour Bronzino, et c'est là où l'on retrouve le militantisme de Dominique Fernandez, en plus d'être incroyant, il était homosexuel ( selon l'auteur). C'est aussi par ce prisme que l'on regarde sa peinture. Bien que d'une discrétion énorme, le peintre glisse dans ses tableaux, un peu comme l'a aussi fait Michel-Ange, qui un enfant nu aux jambes franchement écartées, qui un corps nu masculin incroyablement dévoilé, qui un infime détail dans un coin obscur  rendant un banal portrait un poil plus intéressant.
Je ne sais comment a procédé l'auteur pour écrire sa passionnante psychobiographie, si les oeuvres lui ont inspiré une vie intime ( la vie publique étant plus connue) ou si cette homosexualité était un fait réel, mais le résultat est passionnant même si l'on sent parfois une certaine gourmandise  de l'auteur à mettre dans le lit du peintre de très jeunes hommes. Je suis ressorti de cette "société du mystère" encore plus riche, nourri de la joyeuse et motivante érudition de l'auteur et de sa profonde réflexion sur l'art, et prêt à filer revoir toute cette peinture bien plus iconoclaste qu'il n'y paraît au premier abord.
Pour la fine bouche, voici le portrait du duc de Cosimo en Orphée par Bronzino.
Cette commande par le duc lui-même, fut offerte à son épouse le jour de son mariage en gage de sa fidélité conjugale. Celui-ci fut fort satisfait du résultat. Bronzino lui, eut quelques regrets et pense avoir laissé filer son pinceau, se reprochant, une cuisse trop sexy au premier plan, le téton trop en érection, la naissance des fesses trop visible. ( dixit Dominique Fernandez). Et vous qu'y voyez-vous ?



lundi 17 avril 2017

Petite amie de Juliette Armanet


J'ai testé pour vous le premier album de la nouvelle princesse de la chanson française, la fort médiatisée Juliette Armanet.
Nouvelle coqueluche des médias qui font l'opinion, elle a eu droit à un long article élogieux dans les Inrocks, a été la cible des douceâtres questions évaporées d'Augustin Trapenard ( en voie de druckérisation) sur Inter,  obtenu trois 3 F (seulement ) chez Télérama et même emballé Le Figaro ( moins branchouille quand même).
Alors, en amateur de chanson francophone, je n'allais pas passer à côté de l'événement. Je connaissais vaguement la dame, car, elle chantonne avec Julien Doré dans un duo sur son dernier album, signe d'une déjà bonne pénétration du milieu de la variété chic.
Dès le premier morceau, le déjà petit tube " L'amour en solitaire", la voix haut perchée, pas loin de rappeler celle de Véronique Sanson sans le vibrato, les subtils arrangements classieux et la présence en premier plan du piano nous renvoient plus de quarante ans en arrière, dans ces années 70 où William Sheller, Michel Berger, Gérard Manset, Christophe, imprimaient une trace indélébile dans la chanson française. On sent leur influence dans tout l'album de Juliette Armanet ( et même dans "Sous la pluie" un clin d'oeil à Danielle Licari et Saint Preux ...mais qui s'en souvient ?) Et je dois l'avouer, c'est loin, très loin d'être désagréable, de retrouver une variété classieuse qui caresse l'oreille dans le sens du poil. Certes on n'est pas étonné, c'est même confortable comme un bon vieux fauteuil et ce ne sont pas les quelques accords discos, signe d'un léger décalage moderne qui gâchent le plaisir. Les mélodies sont impeccables, imparables, les chansons piano/voix ont une vraie grâce ( "Alexandre"), les slows chaloupent agréablement ( " A la folie" ), l'album coule magnifiquement. Plus on avance et plus on se dit à l'écoute de chaque titre que ça  rappelle quelque chose, comme un air de déjà entendu, sensation confirmée avec le très beau dernier titre "L'accident", morceau lent au piano dont quelques accords rappellent énormément "Mi-maître, mi-esclave  " de Véronique Sanson.
Juliette Armanet nous offre un premier album dont l'écoute et la réécoute sont un réel plaisir. Tout est propre, hyper bien léché, et un formidable hommage aux aînés que l'on a tant aimés. Peut être manque-t-il un léger lâcher prise, une pointe de vraie originalité qui ferait que la chanteuse pourrait, en plus de sa belle voix et de sa capacité à aligner des mélodies imparables, imposer un univers bien personnel.




dimanche 16 avril 2017

Je danserai si je veux de Maysaloun Hamoud



"Je danserai si je veux ", produit en Israël par Shlomi Elkabetz, le frère de Ronit, ne peut qu'attirer la sympathie...du spectateur occidental. Ce portrait sans fard de trois jeunes femmes palestiniennes vivant à Tel Aviv, a valu à sa réalisatrice, palestinienne elle aussi, rien moins qu'une fatwa de la part des Tartuffe religieux du secteur ! Si l'on regarde bien le film, il est certain qu'il a de quoi ébranler sérieusement les mâles barbus amateurs de femmes soumises et/ou voilées.
Laïla et Salma, ont déjà fait un grand pas dans leur émancipation. L'une est avocate, l'autre DJ et la vie semble libre et facile en regard de leur troisième colocataire, Nour, tombée par hasard chez elles et qui, bien qu'étudiante en informatique, est empreinte de religion et de timidité. Autant cette dernière est empâtée, voilée et fiancée à un dénommé Wissam qui porte le coran en bandoulière, autant les deux autres fument, boivent, draguent et consomment quelques expédients qui donnent de l'énergie ou qui font rire. Le choc de cette cohabitation semble indubitable sauf que le film se révèle plus malin. Si l'oppression d'un système religieux forcément archaïque semble surtout se porter sur Nour, les apparences sont trompeuses. Bien sûr Nour va rencontrer un chemin bien plus abrupt que ses copines mais les deux autres, sous des airs affranchis, vont connaître aussi de sérieux déboires. La franche liberté de Laïla va se trouver confrontée à des hommes pas encore bien au fait avec l'indépendance féminine. Quant à Salma, libre certes, mais lesbienne, et là, c'est bingo pour l'incompréhension totale et la violence familiale.
Ce portrait, filmé avec honnêteté et une grande énergie, baigné d'une musique galvanisante plaide un militantisme politique net et sans fioriture. Il capte très bien l'hypocrisie de la religion, son refus de l'égalité des sexes qui arrange bien les hommes et son incapacité au respect des libertés individuelles. Film courageux, essentiel, engendré par l'espoir qu'ont porté les printemps arabes, il donne l'occasion de rencontrer  trois femmes fortes ( quatre avec la réalisatrice) qui, je l'espère, sèmeront espoir et changement dans les régions où il a été produit ( et ailleurs aussi...suivez mon regard ).




vendredi 14 avril 2017

Un profil pour deux de Stéphane Robelin


Comme en littérature, il existe dans le cinéma français des produits de niche "spécial troisième âge", retraités, tempes argentés, seniors, porteurs des couches Confiance ( au choix). Le créneau peut s'avérer juteux, la tranche d'âge ciblée portée sur les loisirs. Stéphane Robelin, déjà à la tête de " Et si on vivait tous ensemble ?" en 2012, semble se spécialiser dans le film qui fait du bien pour les matures.
Vu depuis cet angle, "Un profil pour deux" possède tous les atouts pour rencontrer le succès. Son mélange de technologie d'aujourd'hui dédiées à la drague par internet mêlé à une pièce de théâtre célèbre et connue de son public visé, à savoir Cyrano de Bergerac, offre une intrigue bien troussée. Sans avoir commis le scénario de l'année, il est indéniable que l'auteur ( Stéphane Robelin lui-même) manie avec maîtrise la construction d'une histoire à la fois romantique et humoristique. Tout l'attirail du parfait vaudeville est présent, des dialogues sympas et piquants jusqu'aux quiproquos au parfait fonctionnement comique. La mécanique avance sans fausse note, sans grincement. Nous sommes ravis de découvrir Yaniss Lespert ou de retrouver  Fanny Valette mais, et c'est sans doute le point essentiel de ce film, on est emballé par la prestation parfaite de Pierre Richard en veuf croyant encore à l'amour. A la fois drôle et émouvant, il retrouve là un premier rôle digne de son talent.
Bien sûr, l'ensemble accède au statut de film sympa qui ne restera pas dans les annales mais démontre la marque de fabrique d'un réalisateur qui apparaît comme un artisan scrupuleux, désirant offrir un bon divertissement aux spectateurs, certes avec sa dose de bons sentiments, mais le tout, dans un joli emballage. "Un profil pour deux" plaira sans problème, divertira, fera passer un bon moment. Au royaume de la comédie ultra formatée, celui-ci tire avec grâce son épingle du jeu, autant en profiter !



mardi 11 avril 2017

Ils me sont tombés des mains n°2 ( Le cas Malaussène et La téméraire )

Dans une vie de lecteur, malgré que l'on choisisse soigneusement ses livres, il arrive parfois que l'on tombe sur des ouvrages qui s'avèrent impossible à terminer. Peut être n'était-ce pas le bon moment pour les lire ? Peut être un style qui nous déplaît ? Une histoire mal fichue ? Allez savoir ! Pourtant, un éditeur a pris le risque de les publier....
Régulièrement, je vous ferai part de ces lectures récalcitrantes, de ces romans  pour lesquels je ne connaîtrai jamais la fin et qui, jusqu'à présent, n'accédaient pas à la chronique. Loin de moi l'idée de les railler, juste l'envie de partager quelques difficultés que certains d'entre vous ont peut être pu rencontrer sur ces mêmes titres. Il est parfois bon de ne pas se sentir seul...

Pour cette deuxième session, un premier roman ( encore !)  n'a pas réussi à m'embarquer et un auteur ultra connu et aimé m'a considérablement rasé. Commençons par celui-ci.... 





Oh comme il me faisait envie celui-là ! Voilà plus d'une vingtaine d'années, je m'étais passionné pour la famille Malaussène. " La fée carabine" m'avait emballé, les suivants aussi. C'était dans la série Noire, la première version, celle à pas cher et en format de poche. Depuis, Daniel Pennac, avait accédé à la collection blanche, la famille Malaussène aussi en 1995 pour ce qui semblait être le dernier épisode de leurs aventures  ....
Mais voici qu'en 2017, chic !, arrive le premier tome d'une nouvelle trilogie. C'est avec gourmandise que je me suis plongé dedans. Je le reconnais, j'ai fait un plat. Les décennies ont passé, j'avais un peu oublié les personnages. Le long glossaire fourni par l'auteur, sensé nous resitué tout le monde, surprend par la quantité de personnages et, rebute un peu. Qu'à cela ne tienne, commençons la lecture. Le va et vient incessant entre le récit et la liste des héros vire au pensum. Accrochons-nous, savourons le texte, l'intrigue.... Cette dernière apparaît bien pâle... En plus de vingt ans, le lecteur de polar en a vu d'autres et des bien plus originales. Mais l'intérêt est-il vraiment là ? N'est-ce pas plutôt l'écriture de Daniel Pennac qui va emporter le tout ? Même pas ! Là aussi de l'eau a coulé sous les ponts et l'humour qui faisait mouche à la fin des années quatre-vingts, devient en 2017 totalement démodé, une suite de pénibles blagues parigotes... Alors, lassé ... "Le cas Malaussène" est parti à la benne ! ( Je vous rassure, c'est juste pour la rime, je l'ai donné à qui en avait envie...)



Là, on va me trouver sans coeur ! C'est un premier roman et en plus, il conte les dernières moments terrible d'un amour de trente ans, un récit de fin de vie, le tout dans un magnifique paysage pyrénéen. Résumée, l'histoire est belle, de celles qui émeuvent. Hélas, la lecture ne m'a absolument pas troublé et même agacé. Jamais je n'ai réussi à entrer dans le récit, à être en empathie avec les personnages. Malgré une évidente envie de donner au texte une saveur vivifiante, Marine Westphal use et abuse de façon inconsidérée de la métaphore. Je me demande si une phrase du livre y échappe ! Du coup, cela part dans tous les sens. Certain(e)s y ont vu une écriture poétique ...moi j'y ai surtout eu l'impression de mise en distance et d'évitement. Alors, j'ai buté sur cette figure de style tant de fois utilisée, et ce récit de quitter la vie dans la dignité ne m'a ni ému, ni troublé, juste énervé. Et "La téméraire" n'aurait jamais du quitter les piles du libraire... 

lundi 10 avril 2017

Les Garçons de l'été de Rebecca Lighieri


Biarritz, la ville bourgeoise par excellence du Pays Basque. Focus sur Jérôme, un des pharmaciens de la riante cité, la petite cinquantaine, bien conservé, mari de la toujours pimpante Mylène, au blond de grand coiffeur et parfaite mère de famille. Ils sont les heureux parents de trois magnifiques enfants aussi beaux qu'intelligents, Thadée l'aîné, qui se prépare à entrer dans une grande école, Zach, étudiant en médecine et Izé, la plus jeune, une dizaine d'années mais déjà à la personnalité fascinante. Le tableau est idyllique sauf que, lors d'un séjour à La Réunion, Thadée, passionné de surf, va se faire dévorer une jambe par un requin bouledogue. Amputé le jeune-homme va rentrer en France et essayer d'assumer ce handicap foudroyant sa vie qui paraissait parfaitement balisée pour un avenir radieux.
Ce point de départ, en plus d'un titre solaire ( "Les Garçons de l'été") pourrait être l'introduction à un récit édifiant, sur la reconstruction difficile mais courageuse d'un garçon qui va lutter pour triompher de l'adversité. ( Une version surf de "Patients" de Grand Corps Malade). C'est mal connaître l'auteure dont il s'agit du deuxième roman signé sous ce pseudo ( et plus connue sous son autre nom Emmanuelle Bayamack-Tam), car quelque soit l'identité choisie, il ne faut pas compter sur elle pour emprunter la voie de l'histoire remplie de bons sentiments.Le récit va, au fil des pages, écorner cette famille parfaite, le vernis va être gratté impitoyablement et laisser apparaître une vérité assez sordide. De la plage ensoleillée jusqu'à cette villa basque délaissée et très très sombre, le dézingage en règle de cette si jolie bourgeoisie happe le lecteur pour ne plus le lâcher jusqu'à un final étonnant, mélange original de thriller et d'horreur subtile, particulièrement efficace.
En gardant ce côté incisif, en maniant le scalpel avec délice, Rebecca Lighieri continue son exploration de l'âme humaine, s'empare de thèmes clichés pour mieux les malaxer et les tirer dans des zones où peu d'auteurs osent aller. Dans un style fluide impeccable, arrivant à faire passer sans aucun ennui tout un tas de termes techniques en lien avec le surf, elle créé des personnages aussi ambiguës qu'attachants. Dans des décors magnifiques, et donc romanesques, les sentiments se révèlent, s'exacerbent, parfois jusqu'à la folie.
On referme " Les Garçons de l'été" avec l'évidente conviction d'avoir rencontré un vrai auteur, qui, en plus de savoir raconter une histoire sans ennuyer, parvient à faire une symbiose parfaite entre roman et thriller. Il y a peu dans la presse, on faisait grand cas de Philippe Djian et de sa soi-disant formidable inventivité... Lisez Rebecca Lighieri, qui dans un univers très proche, démontre toute sa différence. Disons, pour rester dans la thématique surf, que Djian barbote en frimant au bord de l'eau avec sa petite planche en plastique achetée au bazar du coin alors Lighieri s'enroule avec maestria dans les énormes rouleaux de l'océan et vainc la vague sous les yeux des lecteurs, ravis.

samedi 8 avril 2017

Ragdoll de Daniel Cole


Ne cherchez pas plus loin, le thriller que l'on commence et que l'on lâche qu'arrivé à la dernière page, c'est lui ! "Ragdoll" ( Poupée de chiffon en français) remplit parfaitement la fonction de tourne-pages.
Pour les âmes sensibles, ne soyez pas effrayés par la victime...enfin les victimes...disons par la découverte macabre du début qui annonce un serial-killer des plus sanguinaires et pervers. Le corps du délit qui flotte au centre d'un appartement londonien grâce à des fils transparents, est composé de morceaux de six cadavres différents qu'un esprit franchement dérangé s'est amusé à coudre ensemble pour former un nouvel être.
Avec cette découverte des plus atroces, on se dit que l'on file droit vers un de ces thrillers frôlant le malsain avec un tueur des plus tordus et des descriptions voyeuses et dégoûtantes. Hé bien, pas du tout.  Si vous avez supporté la phrase précédente, vous pouvez lire le premier roman de Daniel Cole. Sur les 450 pages qui suivent, il n'y aura rien de plus que la fabuleuse enquête d'une équipe de policiers de Scotland Yard. Et croyez-moi, on y entre très vite dans l'enquête car en plus du cadavre étrange, une liste de six personnes a été envoyée à la presse par le tueur sur laquelle il annonce la date de leur future mort. Un compte à rebours commence. Ce décompte macabre s'ajoute au suspens des recherches, donnant à l'intrigue une réelle tension. De rebondissements en découvertes, l'action file à cent à l'heure sans oublier de placer un peu d'humour et à donner de la profondeur aux divers enquêteurs. On se dit que l'auteur applique sans faille les meilleures recettes du genre et, cerise sur le gâteau,  parvient à nous éviter un final aux longues explications d'un tueur soudain devenu ultra bavard.
Avec "Ragdoll", Daniel Cole nous offrir un polar quasi sans faute qui plaira à tout le monde. Je comprends maintenant pourquoi il s'est vendu dans 35 pays avant même sa parution. Reste une question en suspend : saura-t-il rebondir après ce coup de maître et éviter de sombrer dans les pâles copies du premier succès, mettant en avant une recette qui s'évente toujours un peu plus à chaque nouvelle parution ? ( Suivez mon regard !)

vendredi 7 avril 2017

Ronce-Rose de Eric Chevillard


Derrière les mots qu'écrit Ronce-Rose la petite fille narratrice du dernier roman roman d'Eric Chevillard, la vie n'est pas vraiment rose. Mâchefer, la figure masculine à laquelle elle voue un énorme attachement l'aime assurément, lui apprend à regarder le monde avec le filtre des contes, du jeu et d'une certaine dérision à la fois innocente et merveilleuse. Cependant, ce brave Mâchefer ne l'envoie pas à l'école car il juge que cet endroit n'est pas pour les enfants, préférant la laisser observer le sureau du jardin dans lequel quatre mésanges lui chatouillent l'esprit. Ronce-Rose appréhende la vie avec une fraîcheur intacte, écarquille les yeux devant un monde presque absurde  dont elle relève les incohérences avec sa fantaisie poétique. La vie coulerait doucement si Mâchefer, souvent accompagné de son copain, l'énorme Bruce, ne devait pas parfois s'absenter pour travailler, souvent de nuit dans des banques ou des bijouteries. Ces nuits là, quelquefois augmentées de journées, la petite fille, bien mature, arrive à se débrouiller avec les tranches de jambon laissées dans le frigo et les culottes propres que pour rien au monde elle n'oublierait, la propreté étant la première des politesses. Mais un jour, Mâchefer ne revient pas. Inquiète et bravant toutes ses promesses, elle décide de mettre quelques affaires dans un petit sac et de partir à sa recherche...
Il est difficile de décrire le plaisir que l'on éprouve à la lecture de ce roman, ciselé par un orfèvre du mot, de la phrase. A la fois conte poétique, fable contemporaine et récit à tiroir, "Ronce-Rose " se dévore lentement, mais avec grande gourmandise, comme un bonbon dont on voudrait prolonger la dégustation mais que l'on ne peut s'empêcher de faire tourner dans sa bouche tellement il est délicieux. Véritable pochette surprise où les jeux de mots, les clins d'oeil au lecteur, les remarques innocentes souvent frappées de ce bon sens enfantin qui fait tant sourire mais aussi un récit imparable, le roman éblouit par sa puissance évocatrice. Entre un premier degré innocent et drôle et un sous texte beaucoup plus sombre, "Ronce-Rose" joue finement sur tous les tableaux et ce jusqu'à un final totalement bluffant qui en plus de surprendre le lecteur que j'ai été m'a tout de suite donné envie de tout relire ! A ce niveau là de maîtrise, c'est du grand art littéraire !
N'hésitez à donner la main à Ronce-Rose, vous y croiserez la candeur, l'humour, le jeu, un unijambiste, une sorcière, un car de touristes russes, tout une cavalcade de situations ou de personnages qui pourraient être sortis d'un inventaire à la Prévert mais qui sont le fruit de l'imagination d'un de nos meilleurs auteurs actuels !


jeudi 6 avril 2017

Corporate de Nicolas Silhol


Ah les ressources humaines d'une grande entreprise ! Voilà, bien un sujet important dans la vie de millions de salariés mais tellement peu cinématographique. Pourtant, à l'instar du théâtre ou de la littérature, le cinéma commence à s'y intéresser. Cet hiver, Louis-Julien Petit nous avait proposé " Carole Matthieu" de bien sinistre mémoire, le film se perdant à essayer de caser une Isabelle Adjani, statue spectrale, dans une intrigue fort tordue. Nicolas Silhol, pour son premier long-métrage, créé un scénario efficace ( avec son complice Nicolas Fleureau ), inspiré de la vague de suicides chez Orange et troque surtout le fantôme de la Reine Margot par une comédienne autrement plus présente, en la personne de l'excellente Céline Sallette.
Monté comme un thriller froid et glacial, le film nous projette d'emblée dans un univers chic et brillant de bureaux au design métallique, dans lequel évolue un personnel lisse et formaté. Dans cette entreprise  dont on ne perçoit d'ailleurs pas trop ce qu'elle peut bien produire...du tertiaire évidemment, mais lequel ? Du conseil ? De la gestion ? Peu importe, le principal, c'est que tout le monde doit bosser, y croire et si possible sans rechigner. Seulement, nous vivons dans un monde d'images et l'image, c'est important pour une entreprise. Tout doit être conforme au décor..et certains employés, sans doute présents depuis trop longtemps ( et ayant échappé aux charrettes de précédentes fusions ou rachats), dépareillent un peu. C'est pour pousser vers la sortie ces employés devenus obsolètes aux yeux d'un patron moderne lui aussi, ( on dit aussi libéral ou néolibéral...) que notre héroïne Emilie Tesson-Hansen est embauchée. Les méthodes qu'elle emploie sans barguigner, soufflées par un chef au cuir tanné par la bourse, possèdent une certaine radicalité, puisqu'elles poussent ce pauvre Dalmat, employé déjà mis finement à l'écart, à se suicider sur son lieu de travail.
Au-delà du scandale, de l'émoi provoqué et de l'image ( toujours elle ) qui écorne l'entreprise, une enquête sera conduite par une inspectrice du travail intransigeante.
Le film, très habile dans la construction de son récit, ménage suspens et rebondissements mais surtout passionne, car dresse en plus le portrait d'une femme ultra performante qui va progressivement prendre conscience du pouvoir abject de son boulot tout en s'apercevant que ce délicieux milieu qu'est l'entreprise, va essayer de se débrouiller pour qu'elle soit la seule à porter le chapeau. La réalisation, froide mais efficace, éclaire formidablement les ressorts ignobles qui règnent au sein de cette société et surtout met en avant Céline Sallette, absolument formidable dans son rôle de directrice des ressources humaines, passant avec subtilité de la femme froide et sûre d'elle, à la femme qui doute, puis en colère.
"Corporate", thriller sociétal très efficace, réussit à nous passionner mais aussi à questionner nos comportements et ceux d'une société gangrénée par des rouages libéraux intransigeants et pleins de roueries, dont les fameuses ressources humaines sont une des faces mielleuses et perfides.






mercredi 5 avril 2017

La descente de Tim Johnston


Le bandeau rouge qui accompagne "La descente" peut s'interpréter de plusieurs façons. A la première lecture, "La nouvelle voix du thriller américain ", on imagine soudain l'apparition d'un nouveau Michaël Connelly, voire Stephen King. Alors, on s'empare du roman et l'on plonge dedans. Au final, on nuance sa première pensée et l'on peut considérer que "La descente " est juste le premier roman vaguement policier de Tim Johnston.
L'intrigue n'est pas des plus originales. Une famille middle class américaine passe ses vacances d'été dans les Rocheuses. Caitlin, la fille aînée, 18 ans, part faire un jogging de bon matin, accompagnée de  Sean son jeune frère sur son VTT. Pendant ce temps, les parents profitent de cette absence pour s'adonner à quelques plaisirs charnels. Mais lorsque le portable de Grant, le père sonne et qu'au bout du fil on lui annonce son fils accidenté et sa fille disparue, le monde bascule sous ses pieds.
On ne retrouvera pas Caitlin, ni même son corps, aucune demande de rançon n'est parvenue. Un vide total laisse la famille dans l'incapacité à faire son deuil car l'espoir de la retrouver malgré le temps qui passe, continue à les maintenir debout.
A partir de cette trame, l'auteur choisit de décrire le mal être de ses trois personnages ( forte dépression pour la mère, solitude du père resté dans les Rocheuses, errances du frère qui parcourt les Etats-Unis), s'attardant longuement sur ces vies brisés et leur quotidien assez morne. Le livre prend donc le tournant d'un récit psychologique, aux nombreux personnages secondaires, pas franchement palpitant même si, intercalé, nous suivons un récit de la vie de Caitlin qui demeure toujours vivante. Hésitant constamment entre récit intimiste et sans doute le polar, "La descente" finit par prendre la direction du thriller dans une fin un peu téléphonée et là encore, pas des plus originales.
Si le regard porté sur cette famille désemparée, rongée par la culpabilité apparaît convaincante, la partie plus suspens reste toutefois bien banale, menée sans génie particulier. C'est un peu long, jamais surprenant, juste un peu attachant. "La nouvelle voix du thriller américain" va devoir choisir sa route et personnellement je lui conseillerai d'abandonner le polar pour le roman intimiste où il me semble plus pertinent.

mardi 4 avril 2017

Paris la blanche de Lidia Leber Terki


Attention film fragile mais plein de charmes ! Loin des récits de jeunes sur les banlieues, de cette deuxième voire troisième génération qui essaie d'envahir les écrans, Lidia Leber Terki se penche sur une figure plus humble, moins visible de nos périphéries. 
Le film démarre en Kabylie, où nous assistons au départ de Rekia qui, a 70 ans va entreprendre un premier voyage. Elle se rend à Paris où depuis 48 ans vit son mari. Sans nouvelles depuis quelques années sinon qu'il continue avec la régularité d'un métronome à lui envoyer de l'argent, elle décide de le rejoindre pour le faire rentrer au pays...
Il y a dans cette première réalisation un doux regard bienveillant mais jamais misérable sur ces deux époux qui n'ont guère vécu ensemble. Du chemin semé d'embûche de Rekia, qui découvre Paris, sa dure réalité, sa misère mais aussi la formidable solidarité de certains ( toujours si juste Karole Rocher) au foyer miteux pour travailleur où réside Nour, le mari, espace modeste à l'image de la vie menée durant presque un demi-siècle, tout fait délicatement sens. Quand les époux se retrouvent, scènes d'une pudeur et d'une justesse extrêmes, on sent à la fois la distance et la tendresse, l'impossibilité du dialogue, le fossé creusé, la honte devant la situation qui soudain apparaît absurde. 
Les deux comédiens, Tassadit Mandi et Zahir Bouzezar dégagent une réelle émotion et apportent au film la justesse nécessaire à une mise en scène qui ne tombe jamais dans l'anecdotique ni dans le voyeurisme. 
Bien sûr, on pourra reprocher au film une certaine lenteur et un grande retenue, mais cette histoire d'immigration faite de désillusion et de solitude nous émeut. Un joli premier film !




lundi 3 avril 2017

Splendeur de Margaret Mazzantini


Il s'agit d'une sorte de saga romanesque sur une trame énormément éprouvée, labourée. Deux enfants romains vivant dans un même immeuble, vont se croiser, aller à l'école ensemble, s'ignorer car de milieux radicalement opposés. L'un est le fils d'un dermatologue, l'autre du concierge. Mais lors d'un voyage scolaire en Grèce, ils se rapprocheront et s'aimeront, éperdument. Puis la vie les séparera. Tandis que l'un partira à Londres, l'autre restera en Italie. Ils ne vont jamais oublier cet amour fort, intense.  La vie suivra son cours, ils se marieront chacun de leur côté. Mais lorsque  le père de l'un épousera la soeur de l'autre, à l'occasion de ce mariage, ils se retrouveront, s'aimeront à nouveau brièvement et caresseront  le secret espoir de pouvoir vivre leur amour pleinement... Y parviendront-ils ?
Raconté comme cela, le roman frise la banalité et le déjà lu maintes fois. Là, où Margaret Mazzantini innove un peu, c'est que les deux protagonistes sont des hommes. Du coup, le romanesque à la "Nous deux" se trouve un poil décalé. On suit cette histoire avec un autre intérêt...
Très vite, on s'aperçoit que le texte est constamment recouvert d'un voile tragique. L'auteure suit Guido, le fils de médecin, devenu professeur d'art dans une université anglaise, semble en empathie avec lui tout en décrivant longuement le mal être qui l'habite, la  honte qu'il ressent, le tourment intérieur qui le brise et cet amour pour Costantino qui ne peut être vécu librement. L'homosexualité masculine, même vécue dans une Grande-Bretagne ouverte, reste pour Guido un lourd chemin de croix. Le lecteur compatit donc avec le personnage et le suit avec intérêt dans cette fresque personnelle qui s'étale sur presque cinquante ans. On imagine un peu, voire même espère, une fin heureuse pour ces deux hommes dont le roman semble prendre le chemin...
Et puis, alors que Guido, après quelques péripéties arrive à s'assumer enfin, le roman prend une drôle de tournure. J'avais bien senti, ici ou là dans la première partie, quelques petites annotations clichetonnes, mais dans le dernier tiers, c'est une déferlante. La description de de l'affirmation de la vraie personnalité de Guido, vire à l'enfilage de clichés. Il se met à tortiller du cul, porte de jolis foulards, s'habille avec des pantalons en cuir moulant, fait attention à la décoration de son intérieur, soigne sa peau avec des produits de beauté, j'en passe et des pires... Et quand enfin, les deux amoureux vont se retrouver, c'est pour mieux asséner une moralité assez douteuse.
Sans raconter la fin, disons que l'on sent bien que l'homophobie n'est pas prête de s'éteindre. Margaret Mazzantini avec son air de ne pas y toucher, juge l'homosexualité comme une maladie et ne propose que deux solutions pour y échapper : entrer béatement en religion ou le suicide. Nous avons échappé de peu au bûcher ou à la lobotomie ! ( Signe que ça progresse un peu... mais là, je ris jaune!)
Je ne voudrai pas être un(e) jeune italien(ne) isolé(e) dans une campagne que l'on sait encore assez peu ouverte, lisant "Splendeur". Nul doute qu'il n'y trouvera aucun réconfort mais peut être même pire...et là, la colère me gagne...
Un personnage dit dans la première partie du roman, alors que les deux hommes se sont retrouvés après quelques années : " Je n'étais plus très sûr de vouloir supporter son corps baptisé, dégoulinant de culpabilité, et qui semblait désormais laid." . Je l reprends volontiers cette citation à mon compte mais en la transformant un peu. Pour moi, cela devient : Je ne suis plus très sûr de vouloir supporter ce roman baptisé, dégoulinant de culpabilité et qui me semblait désormais laid ! 

dimanche 2 avril 2017

Pris de court de Emmanuelle Cuau


La vie de mère célibataire ( ou veuve comme dans le film) reste un parcours de la combattante pour beaucoup de femmes. Nathalie, l'héroïne de "Pris de court", après la mort de son mari, quitte tout pour venir s'installer à Paris, ravie de son embauche chez un grand joailler. Mais le monde du travail est implacable. Alors qu'elle s'apprêtait à entamer son job, on lui annonce au dernier moment que le patron a finalement pris quelqu'un d'autre. Désemparée, elle trouve un boulot de serveuse tout en cachant le vérité à ses enfants dont un ado de quinze ans. C'est le début d'un engrenage qui verra son aîné entrer en crise et livrer de la drogue. Les conséquences ne se font pas attendre, un piège infernal va petit à petit se refermer sur la famille...
Il faut que je sois juste. "Pris de court" est un petit film, sans trop de moyens, avec une histoire dans laquelle on peut trouver des invraisemblances et où Gilbert Melki fait pour la énième fois un malfrat doucereux. Et pourtant, j'ai été tenu en haleine de bout en bout, crispé sur mon fauteuil, le coeur serré en voyant l'héroïne s'enfoncer un peu plus à chaque scène, dans une situation qui la met hors la loi et dont on pressent qu'elle n'arrivera pas à sortir indemne. Le scénario habile joue avec notre obsession de l'honnêteté tout en laissant espérer que Nathalie ne commettra pas l'irréparable.
Cette empathie que nous avons pour ce personnage de veuve vient sans doute aussi du fait qu'il est interprété par Virginie Efira, qui, dans un rôle essentiellement dramatique, porte le film sur ses épaules de désormais comédienne indispensable du cinéma français. On suit ce manteau marron foncé et cette chevelure blonde sagement maintenue par des barrettes qui foncent dans les rues parisiennes, à la fois désemparés mais prêts à en découdre pour défendre une famille. C'est haletant, crispant. La tension monte crescendo ...
Avec presque rien, Emmanuelle Cuau réussit là un thriller impeccable, et prouve que sans fioritures, sans cascades, sans effets sanguinolents mais avec un bon scénario et un très bonne comédienne, on peut réussir un bon film sans prétention mais diablement efficace.



samedi 1 avril 2017

Odile ? de Marie Dorléans


Les enfants, c'est bien connu, connaissent des moments où être désagréables semble une seconde nature. Odile, la petite fille grincheuse du nouvel album de Marie Dorléans, ne connaît pas sa chance. Son perpétuel état ronchon qui  pourrait faire regretter à tout parent normalement constitué ce moment de douce folie qu'a été sa conception, n'arrive pas à les faire sortir de leurs gonds. Là où d'autres auraient montré leur capacité à être sévères, tyranniques, hurleurs, menaçants, eux préfèrent essayer une méthode plus pédagogique en emmenant cette affreuse petite fille au musée zoologique, histoire de la distraire et de lui faire passer un instant ses sempiternels caprices. Au milieu des animaux, la pestouille gambade à son gré, laissant ainsi un temps de répit au couple aux apparences si stoïques. Oui, mais l'affreuse Odile trouve ces animaux bien quelconques. Même le crocodile la laisse de marbre, bien peu impressionnant ! Mais quand celle-ci s'avise de le taquiner un peu en lui chatouillant le museau avec les franges de son écharpe, une chose impensable se produit, l'animal soi-disant empaillé, avale la pauvre enfant ! L'animal croque Odile ! ( Admirez au passage le jeu de mots, aussi célèbre dans l'univers de la petite enfance que l'inoxydable "Souris verte" ).
L'album soudain bascule dans un absurde souvent utilisé en littérature jeunesse : avalé n'est pas croqué. Vivant dans le ventre de l'animal pourvu d'un délicieux garde-manger composé de confitures et de cornichons, la jeune Odile va goûter à la tranquillité d'une vie sans parents, sans obligation d'obéissance, de rangement, de politesse. A l'extérieur, le monde des adultes organise en vain des secours...
Dans le monde de Marie Dorléans, la première chose que l'on remarque c'est cette ambiance délicieusement surannée créée par les illustrations très " ligne claire", un peu raides. Ici, c'est souligné par le propos un peu vieillot de cette histoire, qui ne brille pas spécialement par l'originalité. Et pourtant, l'album fonctionne bien, en grande partie grâce à ce décalage énorme entre une illustration très très sage et l'absurdité assumée du récit. Cette enveloppe classique plaît assurément aux enfants ( il n' y a pas pire conservateurs que le jeune public...) surtout qu'elle déploie en sous-texte une petite morale rassurante, tout à fait en accord avec l'ensemble. La fin de l'album nous offre une note un peu plus troublante, ouvrant la porte à une suite à inventer... l'imaginaire s'invitant subtilement dans un album aux apparences si rassurantes.
Plaira à toutes les Marie-Léopoldine, les Sixtine ou les Léon-Hugues à partir de trois ans. Pour les Dylan, Steffie ou Mary-Nabila, je ne sais... mais gageons que le pouvoir des crocodiles est toujours aussi grand auprès des enfants !

Merci aux éditions Seuil Jeunesse et au site BABELIO pour la lecture de cet album.