mardi 21 novembre 2017

Marvin ou la belle éducation de Anne Fontaine



Vous vous souvenez du premier roman d'Edouard Louis ? "Marvin ou la belle éducation" en est la très libre adaptation. Eddy Bellegueule devient Marvin Bijou, il ne sera pas romancier mais acteur, et le film, dévoré d'ambition,  montre aussi l'ascension parisienne de son héros ( et donc le parcours d'Edouard Louis qui n'était pas dans le roman mais largement étalé lors de sa promo).  Du coup, bien que l'auteur lui-même ait demandé à Anne Fontaine d'adapter son roman, nulle part son nom n'apparaît au générique. Certes, en prolongeant l'histoire, le film s'éloigne beaucoup du livre mais peut être aussi qu'en voyant le résultat, Edouard Louis a préféré se désolidariser du projet.
On voit bien ce qu'a voulu faire Anne Fontaine : montrer le parcours d'un jeune homme échappant au déterminisme de classe ainsi que sa possibilité de vivre pleinement sa sexualité ( il est gay) loin des regards attardés et malveillants de ploucs de province. Pas de doute à avoir, le regard est fort bienveillant pour son personnage et malgré quelques jolies idées ( notamment de distribution, avec Catherine Mouchet en proviseure humaine et perspicace ou Vincent Macaigne en dramaturge un peu décalé mais sympathique) le film sombre dans une pathétique suite de clichés ou de ficelles scénaristiques ( Catherine Mouchet joue aussi le rôle de celle qui tombe toujours à pic !) qui lui ôtent toute émotion.
Le terreau du film, l'enfance de Marvin dans une famille à faire passer la famille Groseille de Chatilliez pour des invités de Nadine de Rothschild ( mais c'était déjà comme ça dans le roman), n'aide pas à mettre le film sur de bons rails. Pourtant, c'est sans doute la partie la plus réussie, les parents de Marvin ont beau boire du pastis en mangeant des frites, une sorte d'humanité ressort ( sans doute grâce au jeu de Grégory Gadebois et de Catherine Salée), évitant de sombrer dans la totale caricature. Le reste par contre ne s'embête pas avec les poncifs, les heureux hasards. Si l'on suit l'action, quand on est gay, il est bien d'être dans l'artistique, comme cela on rencontre plein d'autres gays sympas ou riches et vieux et attirés par la chair fraîche et si l'on sait s'offrir à bon escient, on pourra grâce au réseau que donne le fric, rencontrer Isabelle Huppert ( c'est mieux que Jennifer Maillochon ) et ainsi profiter de sa gentillesse pour monter son premier spectacle. Ok, c'est sans doute possible, mais pas sûr que cela fonctionne si on est maçon et que l'on monte juste à Montélimar...( sans parler du côté opportuniste ou détestable).
Quoiqu'il en soit, comme le monde d'Anne Fontaine ressemble à celui des Télétubbies ( mais sans la candeur et l'innocence ), Marvin aura du succès au théâtre et les gros beaufs l'accepteront tel qu'il est. C'est beau comme du Barbara... Cartland ! Je me moque un peu de ce positivisme, mais j'espère sincèrement que cela touchera quelques gays isolés et incompris ...
Tout ce joli fatras bien pensant parisien est mis en scène avec une certaine préciosité, optant pour un montage parallèle entre l'enfance et le parcours à Paris, procédé stylistique fait pour épater le bourgeois, mais surtout pour donner une pseudo profondeur (admirez  le face à face riche/pauvre !) que le film n'a absolument pas. Comme on est au cinéma, Marvin enfant possède une plastique irréprochable et une photogénie étonnante dans un univers franchement crade ( ben oui, coco, tes parents et tes frères et soeurs sont franchement moches, mais toi, t'es la vedette du film, donc tu es très beau !). Par contre, moins flamboyant, Marvin adulte, dans sa partie, erre dans un univers de champagne et de plaisir en se demandant ce qu'il fait là. Finnegan Oldfield m'a paru gêné, coincé et pas du tout convaincant dans son rôle de comédien de théâtre sensé mettre Isabelle Huppert en transe ( la pièce jouée est par contre irrésistible de drôlerie involontaire).
Bon résumons, si vous avez aimé le livre d'Edouard Louis, vous serez surpris par l'adaptation très libre. Si vous êtes militant LGBT, pour éviter l'étouffement devant la lourdeur des clichés, vous vous consolerez du regard bienveillant de la réalisatrice. Si vous êtes un spectateur lambda, prenez de la distance vis à vis de ce film  qui n'en possède pas beaucoup.




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