mercredi 1 novembre 2017

Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos


Film fort décrié depuis son passage à Cannes ( et un prix du scénario sifflé mais pour moi mérité), cette "Mise à mort du cerf sacré" se présente à nous accompagné d'une critique plutôt mitigée. Personnellement, j'y suis allé en traînant un peu les pieds, le précédent long métrage de Yorgos Lanthimos ( The lobster")  ne m'ayant que partiellement convaincu. Force est de reconnaître que j'ai passé deux heures sur mon fauteuil, scotché par un film qui m'a intrigué et même passionné de bout en bout.
Sans doute suis-je un spectateur un peu facile car dès le début j'ai été énormément intrigué par l'histoire qui se déroule à l'écran ( et dont je me ferai un plaisir de n'en dévoiler que le minimum) tant dès les premières minutes le réalisateur instaure un climat propice au doute et aux interprétations. Que veut cet adolescent ? Que se passe-t-il entre ce médecin et lui ? De l'argent ? Autre chose ? Du sexe ? Cette piste semble se confirmer tant le couple que forme le chirurgien ( Colin Farrell) avec son épouse ( Nicole Kidman) cultive une intimité pour le moins particulière. Le film, entre mise en scène glaciale, dialogues plats mais empreints d'un humour réfrigérant et virtuosité plastique avance avec efficacité, distillant dans sa première heure, avec une précision de métronome,  des indices qui laissent notre esprit aux aguets. Et quand le film, dans sa deuxième partie, bascule dans un versant un peu plus fantastique, c'est jamais sans cesser de creuser ce sillon énigmatique, continuant à nous tenir en haleine pour un final aussi tragique que symbolique.
Emporté par une intrigue rudement bien menée, j'ai sans doute laissé de côté ce qui a énervé pas mal de monde à savoir ses références appuyées à Kubrick en filmant les couloirs de l'hôpital comme dans "Shining' ( avec en plus des plans troublants de Nicole Kidman  rappelant "Eyes wide shut" ) ou  celui à Haneke ( pour le côté hyper froid de l'ensemble). Cet emballage, voulu par le metteur en scène, qui participe énormément à cette atmosphère étrange et prenante, peut apparaître comme une pause artistique ( voire pour faire du pied aux jurys de festivals pour glaner des lauriers) mais se révèle juste comme une toile de fond référentielle plutôt bien choisie. Cela n'empêche pas le film dans sa dernière partie de prendre des allures de tragédie grecque ( normal pour un athénien de naissance), portant à son paroxysme un récit aux multiples lectures et lui donnant au final sa propre identité. Nous sommes chez Yourgos Lanthimos, et nulle part ailleurs, ce nouvel opus, confirmant bien que nous avons affaire à un metteur en scène  possédant un univers bien particulier et que cette fois-ci, il a évacué les scories un peu obscures qui rendait son cinéma assez hermétique.
"Mise à mort du cerf sacré" se révèle un thriller psychologique franchement bien foutu, passionnant et surprenant de bout en bout et dont on ressort un peu ébranlé car, il faut bien le dire, les spectateurs sont pas mal malmenés et les plus sensibles d'entre eux risquent d'être fort secoués ( trop peut être... ).





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