lundi 24 avril 2017

# bonnet de Eliane Girard


" # Bonnet " se glisse sans problème dans une poche et a l'avantage de se lire quasiment d'une traite. Menée tambour battant, l'intrigue, qui allie une intrigue propre à satisfaire les curiosités contemporaines et une petite réflexion sur notre univers numérique et la circulation des informations, se révèle tellement efficace que le roman se lit d'une traite.
Tristan, vendeur dans une maison de la presse passe tous les matins devant une radio célèbre où, tous les matins, au même moment, Lina Darius la star de l'info fume une cigarette après son émission. Et, allez savoir pourquoi, un matin, Tristan s'arrête pour lui demander une cigarette. Lointaine et pourtant assez inaccessible, la journaliste accepte. Pour la remercier, Tristan veut lui faire un bisou sur la joue qui, par le hasard des mouvements, se conclue en un  bisou dans le cou. Moment anodin et sans importance pour les deux personnes qui retournent à leurs occupations respectives...sauf qu'un paparazzi les a shootés et que la photo apparaît sur le net, titrant " Le fiancé de Lina Darius !".... s'ensuit un emballement de la machine médiatique qui vient fracasser le couple que forme Tristan avec Clotilde ainsi qu'anéantir la stratégie de communication sans faille de la journaliste, intraitable sur sa vie privée.
Peinture du monde des médias et de la presse people ( avec ces quelques clés qui font reconnaître au passage quelques célébrités) et petite réflexion sur les réseaux sociaux et l'exploitation possible des informations qui y sont publiées, le roman, petite comédie de moeurs écrite avec vivacité, comble parfaitement un moment de plage ou de voyage. Pas prise de tête pour deux sous, mais pas niais non plus, "# Bonnet" possède cette qualité pas si commune de faire passer un bon moment. On sent que l'auteure connaît parfaitement le milieu qu'elle décrit et n'a qu'un seul but, faire plaisir au lecteur en lui proposant une petite fantaisie, sucrée sans excès, acidulée juste comme il faut et qui se déguste comme une glace un jour de chaleur.
Pas le roman de l'année, ni du mois, juste un petit roman sans prétention, bien fait, que l'on lit avec plaisir. 

samedi 22 avril 2017

Dans la forêt lointaine de Marie-Pierre Burtin


Dans la forêt lointaine ...
On entend le coucou... (Air connu)
Et il s'agit bien d'un coucou dans ce premier roman. Il n'est pas un oiseau même si sa taille fine et son allure un peu hésitante lui donnent l'apparence fragile d'un grand oisillon venu se poser là, dans cette impasse d'un village alpin. Au début du roman, le coucou n'a pas de nom, il est juste une silhouette immobile qui se dresse toute la journée bien en vue des quelques maisons qui se côtoient dans cette impasse. Qui est-il ? Que veut-il ? On finit par savoir qu'il recherche sa mère dont il possède un vague Polaroïd la représentant de dos, vêtue d'un manteau bleu électrique et pris apparemment dans cet endroit. Les coucous cherchent un nid, c'est bien connu, en trouvent toujours un, même si l'on doit déloger quelqu'un...
Roman de terroir avec un sujet tirant sur le polar psychologique, "Dans la forêt lointaine" essaie d'installer une petite musique provinciale, loin des drames bourgeois des grandes villes. Marie-Pierre Burtin s'efforce de restituer cette ambiance villageoise, amalgame de petites choses banales et de légère perfidie due à l'observation, l'épiage constant de ses voisins. Petit à petit, on flaire des dessous bien peu reluisants de ces habitants, les secrets bien gardés réapparaissent soudain, le drame couve...
Mais hélas, le choix d'une construction vaguement alambiquée ( à savoir des narrateurs différents à l'intérieur d'un même chapitre) n'apparaît pas ici convaincante. Les divers habitants de cette impasse qui prennent tour à tour la parole, sont insuffisamment caractérisés pour que les lecteurs se les approprie. La lecture perd en intérêt et en rythme. On se demande qui parle et on ne situe pas toujours  très bien les nombreux protagonistes assez facilement interchangeables. On suit quand même cette histoire pas trop compliquée qui, sur la fin, lorgne vers un célèbre roman de Sébastien Japrisot  ( je ne dis pas lequel... pour ne pas gâcher le suspens).
"Dans la forêt lointaine" permet de passer un agréable moment mais souffre sans doute d'un choix  narratif trop confus pour lui donner une vraie puissance.

vendredi 21 avril 2017

Sous le même toit de Dominique Faruggia


Dans le flot ininterrompu, semaine après semaine, de comédies françaises cherchant le succès comme certaines consoeurs récentes, "Sous le même toit" arrivera-t-elle à se hisser au sommet du box-office ? J'en doute ... car voyez-vous, j'ai vu ce film en avant-première il y a un bon mois et je dois faire appel à ma mémoire pour arriver à tracer quelques lignes dessus. L'exercice apparaît donc intéressant : que reste-t-il d'une comédie française dans le cerveau d'un spectateur de cinéma lambda un mois après sa vision ? 
Je me souviens ne pas m'être vraiment ennuyé, ce qui est déjà un bon point, signe qu'il devait y avoir quelques atouts. Alors je réfléchis et je revois le couple de comédiens vedettes, Gilles Lellouche et Louise Bourgoin, lui, jouant parfaitement le beauf un peu lourdingue et elle tout aussi impeccable dans la nana qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Oui, je me rappelle que le tandem fonctionne très bien à l'écran. 
Après, de cette histoire de cohabitation entre divorcés au pitch de départ attrayant, il ne me reste rien de plus. Il faut que je retourne voir le générique pour me rappeler que Manu Payet et Marilou Berry jouent des seconds rôles dont je suis incapable de parler. Seul reste dans mon souvenir, Julien Boisselier en nouvel amant un peu coincé qui réussit à s'imposer face aux deux monstres sacrés. 
Il faut que je relise le scénario pour que soudain vienne se rappeler à ma petite tête qu'il y a aussi une sombre histoire de joueur de foot qui ralentit sérieusement l'intrigue et n'offre aucun intérêt, ni comique, ni même dramatique sauf, je crois, pour une sorte de happy-end vaguement larmoyant qui déçoit pas mal. ( Non, ne cherchez pas un quelconque comique grinçant !)
"Sous le même toit" se range donc dans la catégorie comédie pour alimenter les chaînes de télévision dans quelques mois, , sans doute, comme souvent,  avec une bonne idée de départ mais mal exploitée. Reste le duo de comédiens principaux qui fait un joli boulot et qui peut faire passer la pilule. Alors, si vous êtes fans, vous pouvez y aller ....




jeudi 20 avril 2017

Cessez-le-feu de Emmanuel Courcol




L'après-guerre 14/18, le traumatisme d'après combat et deux frères qui vont vivre ces années de façon différentes. L'un Marcel,( Grégory Gadebois) devenu sourd reste terré dans la maison familiale auprès de se mère. L'autre, Georges ( Romain Duris), apparemment moins atteint par les suites du conflit, préfère voir du pays et file en Haute-Volta. Lorsque ce dernier reviendra au pays, il retrouvera une certaine paix, canalisée par l'envie de guérir son frère mais aussi par un fort sentiment amoureux envers la professeure de langue des signes de son frère ( Céline Sallette, toujours aussi juste)...
Pour un premier film, "Cessez-le-feu" épate par l'ampleur de la reconstitution historique et par une magnifique photographie. Cependant, au-delà de cette apparence parfaite, le scénario et l'intrigue n'ont pas un intérêt énorme comme si décors et costumes passaient  avant une bonne histoire. Du coup, ce bel emballage apparaît un peu vide. Les comédiens sont bien sûr impeccables, rendant leurs personnages attachants mais ne parviennent pas à sortir de l'ornière un film dont les enjeux ne vont guère plus loin qu'un banal téléfilm. Alors, le spectateur regarde comme un joli album d'images d'Epinal, savourant au passage l'agréable présence de bons comédiens caressés amoureusement par la caméra. C'est joli, pas désagréable mais tout cela manque sérieusement de piquant, de sel, de passion, de cinéma


mardi 18 avril 2017

La société du mystère de Dominique Fernandez


Par quel bout aborder cette passionnant psychobiographie de Dominique Fernandez ? Peut être déjà, en précisant que ce concept de "psychobiographie" dont il est l'un des principaux utilisateurs, voire, dit-on, l'inventeur, se définit comme une " biographie alliée à une étude psychique" ( selon le dictionnaire). J'en vois quelques uns froncer le sourcil. Le procédé est simple. En partant des archives d'un artiste et de sa production, de ce que l'on a écrit sur lui, de ses courriers aussi, un écrivain créé une vie, remplissant les zones d'ombres, les pensées, les dialogues supposés voire même, comme dans ce roman, des pans entiers de sa vie.
En prenant comme personnage principal, Agnolo Bronzino, peintre florentin du 16ème siècle, le jeu littéraire s'avère passionnant pour un romancier à l'imagination débordante et ...militante.
Le Bronzino, qualifié de maniériste, a été l'élève de Jacopo Pontormo, artiste qui a mieux traversé l'histoire picturale. De sa vie, on ne connaît pas grand chose à part ses oeuvres. En débutant le roman par une prétendue découverte de ses mémoires chez un antiquaire, Dominique Fernandez ouvre une large porte pour retracer, à sa façon, la vie de cet homme qui fut quand même le peintre officiel des Médicis pendant plus de trente ans.
L'érudition, la verve de l'auteur de "Porporino ou les mystères de Naples" nous emportent dans un romanesque flamboyant. En plus du fond historique précis ( la puissance de l'église romaine, l'arrivée d'Espagne de l'inquisition, la rivalité Florence /Venise), d'une galerie de portraits d'artistes mythiques ( Michel-Ange en tête), nous plongeons dans la vie intime de Bronzino et donc au coeur de la création. Nous assistons à l'élaboration de ses tableaux, aux codes qui régissent le genre mais aussi aux influences diverses qui président à leurs créations. C'est une véritable balade dans l'art florentin à laquelle nous sommes invités. Grâce au roman mais aussi à internet qui nous permet d'admirer les oeuvres en simultané, nous découvrons comment, dans un univers ultra formaté où l'église a regard sur tout, les artistes souvent hérétiques, glissent leurs pensées, leurs fantasmes, leur regard critique.
Pour Bronzino, et c'est là où l'on retrouve le militantisme de Dominique Fernandez, en plus d'être incroyant, il était homosexuel ( selon l'auteur). C'est aussi par ce prisme que l'on regarde sa peinture. Bien que d'une discrétion énorme, le peintre glisse dans ses tableaux, un peu comme l'a aussi fait Michel-Ange, qui un enfant nu aux jambes franchement écartées, qui un corps nu masculin incroyablement dévoilé, qui un infime détail dans un coin obscur  rendant un banal portrait un poil plus intéressant.
Je ne sais comment a procédé l'auteur pour écrire sa passionnante psychobiographie, si les oeuvres lui ont inspiré une vie intime ( la vie publique étant plus connue) ou si cette homosexualité était un fait réel, mais le résultat est passionnant même si l'on sent parfois une certaine gourmandise  de l'auteur à mettre dans le lit du peintre de très jeunes hommes. Je suis ressorti de cette "société du mystère" encore plus riche, nourri de la joyeuse et motivante érudition de l'auteur et de sa profonde réflexion sur l'art, et prêt à filer revoir toute cette peinture bien plus iconoclaste qu'il n'y paraît au premier abord.
Pour la fine bouche, voici le portrait du duc de Cosimo en Orphée par Bronzino.
Cette commande par le duc lui-même, fut offerte à son épouse le jour de son mariage en gage de sa fidélité conjugale. Celui-ci fut fort satisfait du résultat. Bronzino lui, eut quelques regrets et pense avoir laissé filer son pinceau, se reprochant, une cuisse trop sexy au premier plan, le téton trop en érection, la naissance des fesses trop visible. ( dixit Dominique Fernandez). Et vous qu'y voyez-vous ?



lundi 17 avril 2017

Petite amie de Juliette Armanet


J'ai testé pour vous le premier album de la nouvelle princesse de la chanson française, la fort médiatisée Juliette Armanet.
Nouvelle coqueluche des médias qui font l'opinion, elle a eu droit à un long article élogieux dans les Inrocks, a été la cible des douceâtres questions évaporées d'Augustin Trapenard ( en voie de druckérisation) sur Inter,  obtenu trois 3 F (seulement ) chez Télérama et même emballé Le Figaro ( moins branchouille quand même).
Alors, en amateur de chanson francophone, je n'allais pas passer à côté de l'événement. Je connaissais vaguement la dame, car, elle chantonne avec Julien Doré dans un duo sur son dernier album, signe d'une déjà bonne pénétration du milieu de la variété chic.
Dès le premier morceau, le déjà petit tube " L'amour en solitaire", la voix haut perchée, pas loin de rappeler celle de Véronique Sanson sans le vibrato, les subtils arrangements classieux et la présence en premier plan du piano nous renvoient plus de quarante ans en arrière, dans ces années 70 où William Sheller, Michel Berger, Gérard Manset, Christophe, imprimaient une trace indélébile dans la chanson française. On sent leur influence dans tout l'album de Juliette Armanet ( et même dans "Sous la pluie" un clin d'oeil à Danielle Licari et Saint Preux ...mais qui s'en souvient ?) Et je dois l'avouer, c'est loin, très loin d'être désagréable, de retrouver une variété classieuse qui caresse l'oreille dans le sens du poil. Certes on n'est pas étonné, c'est même confortable comme un bon vieux fauteuil et ce ne sont pas les quelques accords discos, signe d'un léger décalage moderne qui gâchent le plaisir. Les mélodies sont impeccables, imparables, les chansons piano/voix ont une vraie grâce ( "Alexandre"), les slows chaloupent agréablement ( " A la folie" ), l'album coule magnifiquement. Plus on avance et plus on se dit à l'écoute de chaque titre que ça  rappelle quelque chose, comme un air de déjà entendu, sensation confirmée avec le très beau dernier titre "L'accident", morceau lent au piano dont quelques accords rappellent énormément "Mi-maître, mi-esclave  " de Véronique Sanson.
Juliette Armanet nous offre un premier album dont l'écoute et la réécoute sont un réel plaisir. Tout est propre, hyper bien léché, et un formidable hommage aux aînés que l'on a tant aimés. Peut être manque-t-il un léger lâcher prise, une pointe de vraie originalité qui ferait que la chanteuse pourrait, en plus de sa belle voix et de sa capacité à aligner des mélodies imparables, imposer un univers bien personnel.




dimanche 16 avril 2017

Je danserai si je veux de Maysaloun Hamoud



"Je danserai si je veux ", produit en Israël par Shlomi Elkabetz, le frère de Ronit, ne peut qu'attirer la sympathie...du spectateur occidental. Ce portrait sans fard de trois jeunes femmes palestiniennes vivant à Tel Aviv, a valu à sa réalisatrice, palestinienne elle aussi, rien moins qu'une fatwa de la part des Tartuffe religieux du secteur ! Si l'on regarde bien le film, il est certain qu'il a de quoi ébranler sérieusement les mâles barbus amateurs de femmes soumises et/ou voilées.
Laïla et Salma, ont déjà fait un grand pas dans leur émancipation. L'une est avocate, l'autre DJ et la vie semble libre et facile en regard de leur troisième colocataire, Nour, tombée par hasard chez elles et qui, bien qu'étudiante en informatique, est empreinte de religion et de timidité. Autant cette dernière est empâtée, voilée et fiancée à un dénommé Wissam qui porte le coran en bandoulière, autant les deux autres fument, boivent, draguent et consomment quelques expédients qui donnent de l'énergie ou qui font rire. Le choc de cette cohabitation semble indubitable sauf que le film se révèle plus malin. Si l'oppression d'un système religieux forcément archaïque semble surtout se porter sur Nour, les apparences sont trompeuses. Bien sûr Nour va rencontrer un chemin bien plus abrupt que ses copines mais les deux autres, sous des airs affranchis, vont connaître aussi de sérieux déboires. La franche liberté de Laïla va se trouver confrontée à des hommes pas encore bien au fait avec l'indépendance féminine. Quant à Salma, libre certes, mais lesbienne, et là, c'est bingo pour l'incompréhension totale et la violence familiale.
Ce portrait, filmé avec honnêteté et une grande énergie, baigné d'une musique galvanisante plaide un militantisme politique net et sans fioriture. Il capte très bien l'hypocrisie de la religion, son refus de l'égalité des sexes qui arrange bien les hommes et son incapacité au respect des libertés individuelles. Film courageux, essentiel, engendré par l'espoir qu'ont porté les printemps arabes, il donne l'occasion de rencontrer  trois femmes fortes ( quatre avec la réalisatrice) qui, je l'espère, sèmeront espoir et changement dans les régions où il a été produit ( et ailleurs aussi...suivez mon regard ).




vendredi 14 avril 2017

Un profil pour deux de Stéphane Robelin


Comme en littérature, il existe dans le cinéma français des produits de niche "spécial troisième âge", retraités, tempes argentés, seniors, porteurs des couches Confiance ( au choix). Le créneau peut s'avérer juteux, la tranche d'âge ciblée portée sur les loisirs. Stéphane Robelin, déjà à la tête de " Et si on vivait tous ensemble ?" en 2012, semble se spécialiser dans le film qui fait du bien pour les matures.
Vu depuis cet angle, "Un profil pour deux" possède tous les atouts pour rencontrer le succès. Son mélange de technologie d'aujourd'hui dédiées à la drague par internet mêlé à une pièce de théâtre célèbre et connue de son public visé, à savoir Cyrano de Bergerac, offre une intrigue bien troussée. Sans avoir commis le scénario de l'année, il est indéniable que l'auteur ( Stéphane Robelin lui-même) manie avec maîtrise la construction d'une histoire à la fois romantique et humoristique. Tout l'attirail du parfait vaudeville est présent, des dialogues sympas et piquants jusqu'aux quiproquos au parfait fonctionnement comique. La mécanique avance sans fausse note, sans grincement. Nous sommes ravis de découvrir Yaniss Lespert ou de retrouver  Fanny Valette mais, et c'est sans doute le point essentiel de ce film, on est emballé par la prestation parfaite de Pierre Richard en veuf croyant encore à l'amour. A la fois drôle et émouvant, il retrouve là un premier rôle digne de son talent.
Bien sûr, l'ensemble accède au statut de film sympa qui ne restera pas dans les annales mais démontre la marque de fabrique d'un réalisateur qui apparaît comme un artisan scrupuleux, désirant offrir un bon divertissement aux spectateurs, certes avec sa dose de bons sentiments, mais le tout, dans un joli emballage. "Un profil pour deux" plaira sans problème, divertira, fera passer un bon moment. Au royaume de la comédie ultra formatée, celui-ci tire avec grâce son épingle du jeu, autant en profiter !



mardi 11 avril 2017

Ils me sont tombés des mains n°2 ( Le cas Malaussène et La téméraire )

Dans une vie de lecteur, malgré que l'on choisisse soigneusement ses livres, il arrive parfois que l'on tombe sur des ouvrages qui s'avèrent impossible à terminer. Peut être n'était-ce pas le bon moment pour les lire ? Peut être un style qui nous déplaît ? Une histoire mal fichue ? Allez savoir ! Pourtant, un éditeur a pris le risque de les publier....
Régulièrement, je vous ferai part de ces lectures récalcitrantes, de ces romans  pour lesquels je ne connaîtrai jamais la fin et qui, jusqu'à présent, n'accédaient pas à la chronique. Loin de moi l'idée de les railler, juste l'envie de partager quelques difficultés que certains d'entre vous ont peut être pu rencontrer sur ces mêmes titres. Il est parfois bon de ne pas se sentir seul...

Pour cette deuxième session, un premier roman ( encore !)  n'a pas réussi à m'embarquer et un auteur ultra connu et aimé m'a considérablement rasé. Commençons par celui-ci.... 





Oh comme il me faisait envie celui-là ! Voilà plus d'une vingtaine d'années, je m'étais passionné pour la famille Malaussène. " La fée carabine" m'avait emballé, les suivants aussi. C'était dans la série Noire, la première version, celle à pas cher et en format de poche. Depuis, Daniel Pennac, avait accédé à la collection blanche, la famille Malaussène aussi en 1995 pour ce qui semblait être le dernier épisode de leurs aventures  ....
Mais voici qu'en 2017, chic !, arrive le premier tome d'une nouvelle trilogie. C'est avec gourmandise que je me suis plongé dedans. Je le reconnais, j'ai fait un plat. Les décennies ont passé, j'avais un peu oublié les personnages. Le long glossaire fourni par l'auteur, sensé nous resitué tout le monde, surprend par la quantité de personnages et, rebute un peu. Qu'à cela ne tienne, commençons la lecture. Le va et vient incessant entre le récit et la liste des héros vire au pensum. Accrochons-nous, savourons le texte, l'intrigue.... Cette dernière apparaît bien pâle... En plus de vingt ans, le lecteur de polar en a vu d'autres et des bien plus originales. Mais l'intérêt est-il vraiment là ? N'est-ce pas plutôt l'écriture de Daniel Pennac qui va emporter le tout ? Même pas ! Là aussi de l'eau a coulé sous les ponts et l'humour qui faisait mouche à la fin des années quatre-vingts, devient en 2017 totalement démodé, une suite de pénibles blagues parigotes... Alors, lassé ... "Le cas Malaussène" est parti à la benne ! ( Je vous rassure, c'est juste pour la rime, je l'ai donné à qui en avait envie...)



Là, on va me trouver sans coeur ! C'est un premier roman et en plus, il conte les dernières moments terrible d'un amour de trente ans, un récit de fin de vie, le tout dans un magnifique paysage pyrénéen. Résumée, l'histoire est belle, de celles qui émeuvent. Hélas, la lecture ne m'a absolument pas troublé et même agacé. Jamais je n'ai réussi à entrer dans le récit, à être en empathie avec les personnages. Malgré une évidente envie de donner au texte une saveur vivifiante, Marine Westphal use et abuse de façon inconsidérée de la métaphore. Je me demande si une phrase du livre y échappe ! Du coup, cela part dans tous les sens. Certain(e)s y ont vu une écriture poétique ...moi j'y ai surtout eu l'impression de mise en distance et d'évitement. Alors, j'ai buté sur cette figure de style tant de fois utilisée, et ce récit de quitter la vie dans la dignité ne m'a ni ému, ni troublé, juste énervé. Et "La téméraire" n'aurait jamais du quitter les piles du libraire... 

lundi 10 avril 2017

Les Garçons de l'été de Rebecca Lighieri


Biarritz, la ville bourgeoise par excellence du Pays Basque. Focus sur Jérôme, un des pharmaciens de la riante cité, la petite cinquantaine, bien conservé, mari de la toujours pimpante Mylène, au blond de grand coiffeur et parfaite mère de famille. Ils sont les heureux parents de trois magnifiques enfants aussi beaux qu'intelligents, Thadée l'aîné, qui se prépare à entrer dans une grande école, Zach, étudiant en médecine et Izé, la plus jeune, une dizaine d'années mais déjà à la personnalité fascinante. Le tableau est idyllique sauf que, lors d'un séjour à La Réunion, Thadée, passionné de surf, va se faire dévorer une jambe par un requin bouledogue. Amputé le jeune-homme va rentrer en France et essayer d'assumer ce handicap foudroyant sa vie qui paraissait parfaitement balisée pour un avenir radieux.
Ce point de départ, en plus d'un titre solaire ( "Les Garçons de l'été") pourrait être l'introduction à un récit édifiant, sur la reconstruction difficile mais courageuse d'un garçon qui va lutter pour triompher de l'adversité. ( Une version surf de "Patients" de Grand Corps Malade). C'est mal connaître l'auteure dont il s'agit du deuxième roman signé sous ce pseudo ( et plus connue sous son autre nom Emmanuelle Bayamack-Tam), car quelque soit l'identité choisie, il ne faut pas compter sur elle pour emprunter la voie de l'histoire remplie de bons sentiments.Le récit va, au fil des pages, écorner cette famille parfaite, le vernis va être gratté impitoyablement et laisser apparaître une vérité assez sordide. De la plage ensoleillée jusqu'à cette villa basque délaissée et très très sombre, le dézingage en règle de cette si jolie bourgeoisie happe le lecteur pour ne plus le lâcher jusqu'à un final étonnant, mélange original de thriller et d'horreur subtile, particulièrement efficace.
En gardant ce côté incisif, en maniant le scalpel avec délice, Rebecca Lighieri continue son exploration de l'âme humaine, s'empare de thèmes clichés pour mieux les malaxer et les tirer dans des zones où peu d'auteurs osent aller. Dans un style fluide impeccable, arrivant à faire passer sans aucun ennui tout un tas de termes techniques en lien avec le surf, elle créé des personnages aussi ambiguës qu'attachants. Dans des décors magnifiques, et donc romanesques, les sentiments se révèlent, s'exacerbent, parfois jusqu'à la folie.
On referme " Les Garçons de l'été" avec l'évidente conviction d'avoir rencontré un vrai auteur, qui, en plus de savoir raconter une histoire sans ennuyer, parvient à faire une symbiose parfaite entre roman et thriller. Il y a peu dans la presse, on faisait grand cas de Philippe Djian et de sa soi-disant formidable inventivité... Lisez Rebecca Lighieri, qui dans un univers très proche, démontre toute sa différence. Disons, pour rester dans la thématique surf, que Djian barbote en frimant au bord de l'eau avec sa petite planche en plastique achetée au bazar du coin alors Lighieri s'enroule avec maestria dans les énormes rouleaux de l'océan et vainc la vague sous les yeux des lecteurs, ravis.

samedi 8 avril 2017

Ragdoll de Daniel Cole


Ne cherchez pas plus loin, le thriller que l'on commence et que l'on lâche qu'arrivé à la dernière page, c'est lui ! "Ragdoll" ( Poupée de chiffon en français) remplit parfaitement la fonction de tourne-pages.
Pour les âmes sensibles, ne soyez pas effrayés par la victime...enfin les victimes...disons par la découverte macabre du début qui annonce un serial-killer des plus sanguinaires et pervers. Le corps du délit qui flotte au centre d'un appartement londonien grâce à des fils transparents, est composé de morceaux de six cadavres différents qu'un esprit franchement dérangé s'est amusé à coudre ensemble pour former un nouvel être.
Avec cette découverte des plus atroces, on se dit que l'on file droit vers un de ces thrillers frôlant le malsain avec un tueur des plus tordus et des descriptions voyeuses et dégoûtantes. Hé bien, pas du tout.  Si vous avez supporté la phrase précédente, vous pouvez lire le premier roman de Daniel Cole. Sur les 450 pages qui suivent, il n'y aura rien de plus que la fabuleuse enquête d'une équipe de policiers de Scotland Yard. Et croyez-moi, on y entre très vite dans l'enquête car en plus du cadavre étrange, une liste de six personnes a été envoyée à la presse par le tueur sur laquelle il annonce la date de leur future mort. Un compte à rebours commence. Ce décompte macabre s'ajoute au suspens des recherches, donnant à l'intrigue une réelle tension. De rebondissements en découvertes, l'action file à cent à l'heure sans oublier de placer un peu d'humour et à donner de la profondeur aux divers enquêteurs. On se dit que l'auteur applique sans faille les meilleures recettes du genre et, cerise sur le gâteau,  parvient à nous éviter un final aux longues explications d'un tueur soudain devenu ultra bavard.
Avec "Ragdoll", Daniel Cole nous offrir un polar quasi sans faute qui plaira à tout le monde. Je comprends maintenant pourquoi il s'est vendu dans 35 pays avant même sa parution. Reste une question en suspend : saura-t-il rebondir après ce coup de maître et éviter de sombrer dans les pâles copies du premier succès, mettant en avant une recette qui s'évente toujours un peu plus à chaque nouvelle parution ? ( Suivez mon regard !)

vendredi 7 avril 2017

Ronce-Rose de Eric Chevillard


Derrière les mots qu'écrit Ronce-Rose la petite fille narratrice du dernier roman roman d'Eric Chevillard, la vie n'est pas vraiment rose. Mâchefer, la figure masculine à laquelle elle voue un énorme attachement l'aime assurément, lui apprend à regarder le monde avec le filtre des contes, du jeu et d'une certaine dérision à la fois innocente et merveilleuse. Cependant, ce brave Mâchefer ne l'envoie pas à l'école car il juge que cet endroit n'est pas pour les enfants, préférant la laisser observer le sureau du jardin dans lequel quatre mésanges lui chatouillent l'esprit. Ronce-Rose appréhende la vie avec une fraîcheur intacte, écarquille les yeux devant un monde presque absurde  dont elle relève les incohérences avec sa fantaisie poétique. La vie coulerait doucement si Mâchefer, souvent accompagné de son copain, l'énorme Bruce, ne devait pas parfois s'absenter pour travailler, souvent de nuit dans des banques ou des bijouteries. Ces nuits là, quelquefois augmentées de journées, la petite fille, bien mature, arrive à se débrouiller avec les tranches de jambon laissées dans le frigo et les culottes propres que pour rien au monde elle n'oublierait, la propreté étant la première des politesses. Mais un jour, Mâchefer ne revient pas. Inquiète et bravant toutes ses promesses, elle décide de mettre quelques affaires dans un petit sac et de partir à sa recherche...
Il est difficile de décrire le plaisir que l'on éprouve à la lecture de ce roman, ciselé par un orfèvre du mot, de la phrase. A la fois conte poétique, fable contemporaine et récit à tiroir, "Ronce-Rose " se dévore lentement, mais avec grande gourmandise, comme un bonbon dont on voudrait prolonger la dégustation mais que l'on ne peut s'empêcher de faire tourner dans sa bouche tellement il est délicieux. Véritable pochette surprise où les jeux de mots, les clins d'oeil au lecteur, les remarques innocentes souvent frappées de ce bon sens enfantin qui fait tant sourire mais aussi un récit imparable, le roman éblouit par sa puissance évocatrice. Entre un premier degré innocent et drôle et un sous texte beaucoup plus sombre, "Ronce-Rose" joue finement sur tous les tableaux et ce jusqu'à un final totalement bluffant qui en plus de surprendre le lecteur que j'ai été m'a tout de suite donné envie de tout relire ! A ce niveau là de maîtrise, c'est du grand art littéraire !
N'hésitez à donner la main à Ronce-Rose, vous y croiserez la candeur, l'humour, le jeu, un unijambiste, une sorcière, un car de touristes russes, tout une cavalcade de situations ou de personnages qui pourraient être sortis d'un inventaire à la Prévert mais qui sont le fruit de l'imagination d'un de nos meilleurs auteurs actuels !


jeudi 6 avril 2017

Corporate de Nicolas Silhol


Ah les ressources humaines d'une grande entreprise ! Voilà, bien un sujet important dans la vie de millions de salariés mais tellement peu cinématographique. Pourtant, à l'instar du théâtre ou de la littérature, le cinéma commence à s'y intéresser. Cet hiver, Louis-Julien Petit nous avait proposé " Carole Matthieu" de bien sinistre mémoire, le film se perdant à essayer de caser une Isabelle Adjani, statue spectrale, dans une intrigue fort tordue. Nicolas Silhol, pour son premier long-métrage, créé un scénario efficace ( avec son complice Nicolas Fleureau ), inspiré de la vague de suicides chez Orange et troque surtout le fantôme de la Reine Margot par une comédienne autrement plus présente, en la personne de l'excellente Céline Sallette.
Monté comme un thriller froid et glacial, le film nous projette d'emblée dans un univers chic et brillant de bureaux au design métallique, dans lequel évolue un personnel lisse et formaté. Dans cette entreprise  dont on ne perçoit d'ailleurs pas trop ce qu'elle peut bien produire...du tertiaire évidemment, mais lequel ? Du conseil ? De la gestion ? Peu importe, le principal, c'est que tout le monde doit bosser, y croire et si possible sans rechigner. Seulement, nous vivons dans un monde d'images et l'image, c'est important pour une entreprise. Tout doit être conforme au décor..et certains employés, sans doute présents depuis trop longtemps ( et ayant échappé aux charrettes de précédentes fusions ou rachats), dépareillent un peu. C'est pour pousser vers la sortie ces employés devenus obsolètes aux yeux d'un patron moderne lui aussi, ( on dit aussi libéral ou néolibéral...) que notre héroïne Emilie Tesson-Hansen est embauchée. Les méthodes qu'elle emploie sans barguigner, soufflées par un chef au cuir tanné par la bourse, possèdent une certaine radicalité, puisqu'elles poussent ce pauvre Dalmat, employé déjà mis finement à l'écart, à se suicider sur son lieu de travail.
Au-delà du scandale, de l'émoi provoqué et de l'image ( toujours elle ) qui écorne l'entreprise, une enquête sera conduite par une inspectrice du travail intransigeante.
Le film, très habile dans la construction de son récit, ménage suspens et rebondissements mais surtout passionne, car dresse en plus le portrait d'une femme ultra performante qui va progressivement prendre conscience du pouvoir abject de son boulot tout en s'apercevant que ce délicieux milieu qu'est l'entreprise, va essayer de se débrouiller pour qu'elle soit la seule à porter le chapeau. La réalisation, froide mais efficace, éclaire formidablement les ressorts ignobles qui règnent au sein de cette société et surtout met en avant Céline Sallette, absolument formidable dans son rôle de directrice des ressources humaines, passant avec subtilité de la femme froide et sûre d'elle, à la femme qui doute, puis en colère.
"Corporate", thriller sociétal très efficace, réussit à nous passionner mais aussi à questionner nos comportements et ceux d'une société gangrénée par des rouages libéraux intransigeants et pleins de roueries, dont les fameuses ressources humaines sont une des faces mielleuses et perfides.






mercredi 5 avril 2017

La descente de Tim Johnston


Le bandeau rouge qui accompagne "La descente" peut s'interpréter de plusieurs façons. A la première lecture, "La nouvelle voix du thriller américain ", on imagine soudain l'apparition d'un nouveau Michaël Connelly, voire Stephen King. Alors, on s'empare du roman et l'on plonge dedans. Au final, on nuance sa première pensée et l'on peut considérer que "La descente " est juste le premier roman vaguement policier de Tim Johnston.
L'intrigue n'est pas des plus originales. Une famille middle class américaine passe ses vacances d'été dans les Rocheuses. Caitlin, la fille aînée, 18 ans, part faire un jogging de bon matin, accompagnée de  Sean son jeune frère sur son VTT. Pendant ce temps, les parents profitent de cette absence pour s'adonner à quelques plaisirs charnels. Mais lorsque le portable de Grant, le père sonne et qu'au bout du fil on lui annonce son fils accidenté et sa fille disparue, le monde bascule sous ses pieds.
On ne retrouvera pas Caitlin, ni même son corps, aucune demande de rançon n'est parvenue. Un vide total laisse la famille dans l'incapacité à faire son deuil car l'espoir de la retrouver malgré le temps qui passe, continue à les maintenir debout.
A partir de cette trame, l'auteur choisit de décrire le mal être de ses trois personnages ( forte dépression pour la mère, solitude du père resté dans les Rocheuses, errances du frère qui parcourt les Etats-Unis), s'attardant longuement sur ces vies brisés et leur quotidien assez morne. Le livre prend donc le tournant d'un récit psychologique, aux nombreux personnages secondaires, pas franchement palpitant même si, intercalé, nous suivons un récit de la vie de Caitlin qui demeure toujours vivante. Hésitant constamment entre récit intimiste et sans doute le polar, "La descente" finit par prendre la direction du thriller dans une fin un peu téléphonée et là encore, pas des plus originales.
Si le regard porté sur cette famille désemparée, rongée par la culpabilité apparaît convaincante, la partie plus suspens reste toutefois bien banale, menée sans génie particulier. C'est un peu long, jamais surprenant, juste un peu attachant. "La nouvelle voix du thriller américain" va devoir choisir sa route et personnellement je lui conseillerai d'abandonner le polar pour le roman intimiste où il me semble plus pertinent.

mardi 4 avril 2017

Paris la blanche de Lidia Leber Terki


Attention film fragile mais plein de charmes ! Loin des récits de jeunes sur les banlieues, de cette deuxième voire troisième génération qui essaie d'envahir les écrans, Lidia Leber Terki se penche sur une figure plus humble, moins visible de nos périphéries. 
Le film démarre en Kabylie, où nous assistons au départ de Rekia qui, a 70 ans va entreprendre un premier voyage. Elle se rend à Paris où depuis 48 ans vit son mari. Sans nouvelles depuis quelques années sinon qu'il continue avec la régularité d'un métronome à lui envoyer de l'argent, elle décide de le rejoindre pour le faire rentrer au pays...
Il y a dans cette première réalisation un doux regard bienveillant mais jamais misérable sur ces deux époux qui n'ont guère vécu ensemble. Du chemin semé d'embûche de Rekia, qui découvre Paris, sa dure réalité, sa misère mais aussi la formidable solidarité de certains ( toujours si juste Karole Rocher) au foyer miteux pour travailleur où réside Nour, le mari, espace modeste à l'image de la vie menée durant presque un demi-siècle, tout fait délicatement sens. Quand les époux se retrouvent, scènes d'une pudeur et d'une justesse extrêmes, on sent à la fois la distance et la tendresse, l'impossibilité du dialogue, le fossé creusé, la honte devant la situation qui soudain apparaît absurde. 
Les deux comédiens, Tassadit Mandi et Zahir Bouzezar dégagent une réelle émotion et apportent au film la justesse nécessaire à une mise en scène qui ne tombe jamais dans l'anecdotique ni dans le voyeurisme. 
Bien sûr, on pourra reprocher au film une certaine lenteur et un grande retenue, mais cette histoire d'immigration faite de désillusion et de solitude nous émeut. Un joli premier film !




lundi 3 avril 2017

Splendeur de Margaret Mazzantini


Il s'agit d'une sorte de saga romanesque sur une trame énormément éprouvée, labourée. Deux enfants romains vivant dans un même immeuble, vont se croiser, aller à l'école ensemble, s'ignorer car de milieux radicalement opposés. L'un est le fils d'un dermatologue, l'autre du concierge. Mais lors d'un voyage scolaire en Grèce, ils se rapprocheront et s'aimeront, éperdument. Puis la vie les séparera. Tandis que l'un partira à Londres, l'autre restera en Italie. Ils ne vont jamais oublier cet amour fort, intense.  La vie suivra son cours, ils se marieront chacun de leur côté. Mais lorsque  le père de l'un épousera la soeur de l'autre, à l'occasion de ce mariage, ils se retrouveront, s'aimeront à nouveau brièvement et caresseront  le secret espoir de pouvoir vivre leur amour pleinement... Y parviendront-ils ?
Raconté comme cela, le roman frise la banalité et le déjà lu maintes fois. Là, où Margaret Mazzantini innove un peu, c'est que les deux protagonistes sont des hommes. Du coup, le romanesque à la "Nous deux" se trouve un poil décalé. On suit cette histoire avec un autre intérêt...
Très vite, on s'aperçoit que le texte est constamment recouvert d'un voile tragique. L'auteure suit Guido, le fils de médecin, devenu professeur d'art dans une université anglaise, semble en empathie avec lui tout en décrivant longuement le mal être qui l'habite, la  honte qu'il ressent, le tourment intérieur qui le brise et cet amour pour Costantino qui ne peut être vécu librement. L'homosexualité masculine, même vécue dans une Grande-Bretagne ouverte, reste pour Guido un lourd chemin de croix. Le lecteur compatit donc avec le personnage et le suit avec intérêt dans cette fresque personnelle qui s'étale sur presque cinquante ans. On imagine un peu, voire même espère, une fin heureuse pour ces deux hommes dont le roman semble prendre le chemin...
Et puis, alors que Guido, après quelques péripéties arrive à s'assumer enfin, le roman prend une drôle de tournure. J'avais bien senti, ici ou là dans la première partie, quelques petites annotations clichetonnes, mais dans le dernier tiers, c'est une déferlante. La description de de l'affirmation de la vraie personnalité de Guido, vire à l'enfilage de clichés. Il se met à tortiller du cul, porte de jolis foulards, s'habille avec des pantalons en cuir moulant, fait attention à la décoration de son intérieur, soigne sa peau avec des produits de beauté, j'en passe et des pires... Et quand enfin, les deux amoureux vont se retrouver, c'est pour mieux asséner une moralité assez douteuse.
Sans raconter la fin, disons que l'on sent bien que l'homophobie n'est pas prête de s'éteindre. Margaret Mazzantini avec son air de ne pas y toucher, juge l'homosexualité comme une maladie et ne propose que deux solutions pour y échapper : entrer béatement en religion ou le suicide. Nous avons échappé de peu au bûcher ou à la lobotomie ! ( Signe que ça progresse un peu... mais là, je ris jaune!)
Je ne voudrai pas être un(e) jeune italien(ne) isolé(e) dans une campagne que l'on sait encore assez peu ouverte, lisant "Splendeur". Nul doute qu'il n'y trouvera aucun réconfort mais peut être même pire...et là, la colère me gagne...
Un personnage dit dans la première partie du roman, alors que les deux hommes se sont retrouvés après quelques années : " Je n'étais plus très sûr de vouloir supporter son corps baptisé, dégoulinant de culpabilité, et qui semblait désormais laid." . Je l reprends volontiers cette citation à mon compte mais en la transformant un peu. Pour moi, cela devient : Je ne suis plus très sûr de vouloir supporter ce roman baptisé, dégoulinant de culpabilité et qui me semblait désormais laid ! 

dimanche 2 avril 2017

Pris de court de Emmanuelle Cuau


La vie de mère célibataire ( ou veuve comme dans le film) reste un parcours de la combattante pour beaucoup de femmes. Nathalie, l'héroïne de "Pris de court", après la mort de son mari, quitte tout pour venir s'installer à Paris, ravie de son embauche chez un grand joailler. Mais le monde du travail est implacable. Alors qu'elle s'apprêtait à entamer son job, on lui annonce au dernier moment que le patron a finalement pris quelqu'un d'autre. Désemparée, elle trouve un boulot de serveuse tout en cachant le vérité à ses enfants dont un ado de quinze ans. C'est le début d'un engrenage qui verra son aîné entrer en crise et livrer de la drogue. Les conséquences ne se font pas attendre, un piège infernal va petit à petit se refermer sur la famille...
Il faut que je sois juste. "Pris de court" est un petit film, sans trop de moyens, avec une histoire dans laquelle on peut trouver des invraisemblances et où Gilbert Melki fait pour la énième fois un malfrat doucereux. Et pourtant, j'ai été tenu en haleine de bout en bout, crispé sur mon fauteuil, le coeur serré en voyant l'héroïne s'enfoncer un peu plus à chaque scène, dans une situation qui la met hors la loi et dont on pressent qu'elle n'arrivera pas à sortir indemne. Le scénario habile joue avec notre obsession de l'honnêteté tout en laissant espérer que Nathalie ne commettra pas l'irréparable.
Cette empathie que nous avons pour ce personnage de veuve vient sans doute aussi du fait qu'il est interprété par Virginie Efira, qui, dans un rôle essentiellement dramatique, porte le film sur ses épaules de désormais comédienne indispensable du cinéma français. On suit ce manteau marron foncé et cette chevelure blonde sagement maintenue par des barrettes qui foncent dans les rues parisiennes, à la fois désemparés mais prêts à en découdre pour défendre une famille. C'est haletant, crispant. La tension monte crescendo ...
Avec presque rien, Emmanuelle Cuau réussit là un thriller impeccable, et prouve que sans fioritures, sans cascades, sans effets sanguinolents mais avec un bon scénario et un très bonne comédienne, on peut réussir un bon film sans prétention mais diablement efficace.



samedi 1 avril 2017

Odile ? de Marie Dorléans


Les enfants, c'est bien connu, connaissent des moments où être désagréables semble une seconde nature. Odile, la petite fille grincheuse du nouvel album de Marie Dorléans, ne connaît pas sa chance. Son perpétuel état ronchon qui  pourrait faire regretter à tout parent normalement constitué ce moment de douce folie qu'a été sa conception, n'arrive pas à les faire sortir de leurs gonds. Là où d'autres auraient montré leur capacité à être sévères, tyranniques, hurleurs, menaçants, eux préfèrent essayer une méthode plus pédagogique en emmenant cette affreuse petite fille au musée zoologique, histoire de la distraire et de lui faire passer un instant ses sempiternels caprices. Au milieu des animaux, la pestouille gambade à son gré, laissant ainsi un temps de répit au couple aux apparences si stoïques. Oui, mais l'affreuse Odile trouve ces animaux bien quelconques. Même le crocodile la laisse de marbre, bien peu impressionnant ! Mais quand celle-ci s'avise de le taquiner un peu en lui chatouillant le museau avec les franges de son écharpe, une chose impensable se produit, l'animal soi-disant empaillé, avale la pauvre enfant ! L'animal croque Odile ! ( Admirez au passage le jeu de mots, aussi célèbre dans l'univers de la petite enfance que l'inoxydable "Souris verte" ).
L'album soudain bascule dans un absurde souvent utilisé en littérature jeunesse : avalé n'est pas croqué. Vivant dans le ventre de l'animal pourvu d'un délicieux garde-manger composé de confitures et de cornichons, la jeune Odile va goûter à la tranquillité d'une vie sans parents, sans obligation d'obéissance, de rangement, de politesse. A l'extérieur, le monde des adultes organise en vain des secours...
Dans le monde de Marie Dorléans, la première chose que l'on remarque c'est cette ambiance délicieusement surannée créée par les illustrations très " ligne claire", un peu raides. Ici, c'est souligné par le propos un peu vieillot de cette histoire, qui ne brille pas spécialement par l'originalité. Et pourtant, l'album fonctionne bien, en grande partie grâce à ce décalage énorme entre une illustration très très sage et l'absurdité assumée du récit. Cette enveloppe classique plaît assurément aux enfants ( il n' y a pas pire conservateurs que le jeune public...) surtout qu'elle déploie en sous-texte une petite morale rassurante, tout à fait en accord avec l'ensemble. La fin de l'album nous offre une note un peu plus troublante, ouvrant la porte à une suite à inventer... l'imaginaire s'invitant subtilement dans un album aux apparences si rassurantes.
Plaira à toutes les Marie-Léopoldine, les Sixtine ou les Léon-Hugues à partir de trois ans. Pour les Dylan, Steffie ou Mary-Nabila, je ne sais... mais gageons que le pouvoir des crocodiles est toujours aussi grand auprès des enfants !

Merci aux éditions Seuil Jeunesse et au site BABELIO pour la lecture de cet album.