lundi 10 avril 2017

Les Garçons de l'été de Rebecca Lighieri


Biarritz, la ville bourgeoise par excellence du Pays Basque. Focus sur Jérôme, un des pharmaciens de la riante cité, la petite cinquantaine, bien conservé, mari de la toujours pimpante Mylène, au blond de grand coiffeur et parfaite mère de famille. Ils sont les heureux parents de trois magnifiques enfants aussi beaux qu'intelligents, Thadée l'aîné, qui se prépare à entrer dans une grande école, Zach, étudiant en médecine et Izé, la plus jeune, une dizaine d'années mais déjà à la personnalité fascinante. Le tableau est idyllique sauf que, lors d'un séjour à La Réunion, Thadée, passionné de surf, va se faire dévorer une jambe par un requin bouledogue. Amputé le jeune-homme va rentrer en France et essayer d'assumer ce handicap foudroyant sa vie qui paraissait parfaitement balisée pour un avenir radieux.
Ce point de départ, en plus d'un titre solaire ( "Les Garçons de l'été") pourrait être l'introduction à un récit édifiant, sur la reconstruction difficile mais courageuse d'un garçon qui va lutter pour triompher de l'adversité. ( Une version surf de "Patients" de Grand Corps Malade). C'est mal connaître l'auteure dont il s'agit du deuxième roman signé sous ce pseudo ( et plus connue sous son autre nom Emmanuelle Bayamack-Tam), car quelque soit l'identité choisie, il ne faut pas compter sur elle pour emprunter la voie de l'histoire remplie de bons sentiments.Le récit va, au fil des pages, écorner cette famille parfaite, le vernis va être gratté impitoyablement et laisser apparaître une vérité assez sordide. De la plage ensoleillée jusqu'à cette villa basque délaissée et très très sombre, le dézingage en règle de cette si jolie bourgeoisie happe le lecteur pour ne plus le lâcher jusqu'à un final étonnant, mélange original de thriller et d'horreur subtile, particulièrement efficace.
En gardant ce côté incisif, en maniant le scalpel avec délice, Rebecca Lighieri continue son exploration de l'âme humaine, s'empare de thèmes clichés pour mieux les malaxer et les tirer dans des zones où peu d'auteurs osent aller. Dans un style fluide impeccable, arrivant à faire passer sans aucun ennui tout un tas de termes techniques en lien avec le surf, elle créé des personnages aussi ambiguës qu'attachants. Dans des décors magnifiques, et donc romanesques, les sentiments se révèlent, s'exacerbent, parfois jusqu'à la folie.
On referme " Les Garçons de l'été" avec l'évidente conviction d'avoir rencontré un vrai auteur, qui, en plus de savoir raconter une histoire sans ennuyer, parvient à faire une symbiose parfaite entre roman et thriller. Il y a peu dans la presse, on faisait grand cas de Philippe Djian et de sa soi-disant formidable inventivité... Lisez Rebecca Lighieri, qui dans un univers très proche, démontre toute sa différence. Disons, pour rester dans la thématique surf, que Djian barbote en frimant au bord de l'eau avec sa petite planche en plastique achetée au bazar du coin alors Lighieri s'enroule avec maestria dans les énormes rouleaux de l'océan et vainc la vague sous les yeux des lecteurs, ravis.

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