vendredi 7 avril 2017

Ronce-Rose de Eric Chevillard


Derrière les mots qu'écrit Ronce-Rose la petite fille narratrice du dernier roman roman d'Eric Chevillard, la vie n'est pas vraiment rose. Mâchefer, la figure masculine à laquelle elle voue un énorme attachement l'aime assurément, lui apprend à regarder le monde avec le filtre des contes, du jeu et d'une certaine dérision à la fois innocente et merveilleuse. Cependant, ce brave Mâchefer ne l'envoie pas à l'école car il juge que cet endroit n'est pas pour les enfants, préférant la laisser observer le sureau du jardin dans lequel quatre mésanges lui chatouillent l'esprit. Ronce-Rose appréhende la vie avec une fraîcheur intacte, écarquille les yeux devant un monde presque absurde  dont elle relève les incohérences avec sa fantaisie poétique. La vie coulerait doucement si Mâchefer, souvent accompagné de son copain, l'énorme Bruce, ne devait pas parfois s'absenter pour travailler, souvent de nuit dans des banques ou des bijouteries. Ces nuits là, quelquefois augmentées de journées, la petite fille, bien mature, arrive à se débrouiller avec les tranches de jambon laissées dans le frigo et les culottes propres que pour rien au monde elle n'oublierait, la propreté étant la première des politesses. Mais un jour, Mâchefer ne revient pas. Inquiète et bravant toutes ses promesses, elle décide de mettre quelques affaires dans un petit sac et de partir à sa recherche...
Il est difficile de décrire le plaisir que l'on éprouve à la lecture de ce roman, ciselé par un orfèvre du mot, de la phrase. A la fois conte poétique, fable contemporaine et récit à tiroir, "Ronce-Rose " se dévore lentement, mais avec grande gourmandise, comme un bonbon dont on voudrait prolonger la dégustation mais que l'on ne peut s'empêcher de faire tourner dans sa bouche tellement il est délicieux. Véritable pochette surprise où les jeux de mots, les clins d'oeil au lecteur, les remarques innocentes souvent frappées de ce bon sens enfantin qui fait tant sourire mais aussi un récit imparable, le roman éblouit par sa puissance évocatrice. Entre un premier degré innocent et drôle et un sous texte beaucoup plus sombre, "Ronce-Rose" joue finement sur tous les tableaux et ce jusqu'à un final totalement bluffant qui en plus de surprendre le lecteur que j'ai été m'a tout de suite donné envie de tout relire ! A ce niveau là de maîtrise, c'est du grand art littéraire !
N'hésitez à donner la main à Ronce-Rose, vous y croiserez la candeur, l'humour, le jeu, un unijambiste, une sorcière, un car de touristes russes, tout une cavalcade de situations ou de personnages qui pourraient être sortis d'un inventaire à la Prévert mais qui sont le fruit de l'imagination d'un de nos meilleurs auteurs actuels !


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