mardi 18 avril 2017

La société du mystère de Dominique Fernandez


Par quel bout aborder cette passionnant psychobiographie de Dominique Fernandez ? Peut être déjà, en précisant que ce concept de "psychobiographie" dont il est l'un des principaux utilisateurs, voire, dit-on, l'inventeur, se définit comme une " biographie alliée à une étude psychique" ( selon le dictionnaire). J'en vois quelques uns froncer le sourcil. Le procédé est simple. En partant des archives d'un artiste et de sa production, de ce que l'on a écrit sur lui, de ses courriers aussi, un écrivain créé une vie, remplissant les zones d'ombres, les pensées, les dialogues supposés voire même, comme dans ce roman, des pans entiers de sa vie.
En prenant comme personnage principal, Agnolo Bronzino, peintre florentin du 16ème siècle, le jeu littéraire s'avère passionnant pour un romancier à l'imagination débordante et ...militante.
Le Bronzino, qualifié de maniériste, a été l'élève de Jacopo Pontormo, artiste qui a mieux traversé l'histoire picturale. De sa vie, on ne connaît pas grand chose à part ses oeuvres. En débutant le roman par une prétendue découverte de ses mémoires chez un antiquaire, Dominique Fernandez ouvre une large porte pour retracer, à sa façon, la vie de cet homme qui fut quand même le peintre officiel des Médicis pendant plus de trente ans.
L'érudition, la verve de l'auteur de "Porporino ou les mystères de Naples" nous emportent dans un romanesque flamboyant. En plus du fond historique précis ( la puissance de l'église romaine, l'arrivée d'Espagne de l'inquisition, la rivalité Florence /Venise), d'une galerie de portraits d'artistes mythiques ( Michel-Ange en tête), nous plongeons dans la vie intime de Bronzino et donc au coeur de la création. Nous assistons à l'élaboration de ses tableaux, aux codes qui régissent le genre mais aussi aux influences diverses qui président à leurs créations. C'est une véritable balade dans l'art florentin à laquelle nous sommes invités. Grâce au roman mais aussi à internet qui nous permet d'admirer les oeuvres en simultané, nous découvrons comment, dans un univers ultra formaté où l'église a regard sur tout, les artistes souvent hérétiques, glissent leurs pensées, leurs fantasmes, leur regard critique.
Pour Bronzino, et c'est là où l'on retrouve le militantisme de Dominique Fernandez, en plus d'être incroyant, il était homosexuel ( selon l'auteur). C'est aussi par ce prisme que l'on regarde sa peinture. Bien que d'une discrétion énorme, le peintre glisse dans ses tableaux, un peu comme l'a aussi fait Michel-Ange, qui un enfant nu aux jambes franchement écartées, qui un corps nu masculin incroyablement dévoilé, qui un infime détail dans un coin obscur  rendant un banal portrait un poil plus intéressant.
Je ne sais comment a procédé l'auteur pour écrire sa passionnante psychobiographie, si les oeuvres lui ont inspiré une vie intime ( la vie publique étant plus connue) ou si cette homosexualité était un fait réel, mais le résultat est passionnant même si l'on sent parfois une certaine gourmandise  de l'auteur à mettre dans le lit du peintre de très jeunes hommes. Je suis ressorti de cette "société du mystère" encore plus riche, nourri de la joyeuse et motivante érudition de l'auteur et de sa profonde réflexion sur l'art, et prêt à filer revoir toute cette peinture bien plus iconoclaste qu'il n'y paraît au premier abord.
Pour la fine bouche, voici le portrait du duc de Cosimo en Orphée par Bronzino.
Cette commande par le duc lui-même, fut offerte à son épouse le jour de son mariage en gage de sa fidélité conjugale. Celui-ci fut fort satisfait du résultat. Bronzino lui, eut quelques regrets et pense avoir laissé filer son pinceau, se reprochant, une cuisse trop sexy au premier plan, le téton trop en érection, la naissance des fesses trop visible. ( dixit Dominique Fernandez). Et vous qu'y voyez-vous ?



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