lundi 23 septembre 2013

Le divan de Staline de Jean-Daniel Baltassat


Ballet des grosses ZIS et autres Moskivtch (limousines russes) dans le parc du Palais Likani, car voici qu'arrive Iossif Vissarionovitch Staline et toute sa suite de militaires. Il est venu quelques jours dans cette ville de cure, pour se détendre un petit peu, retrouver sa maîtresse Lidia  Semoniova et accessoirement recevoir un artiste prodige, Valery Yakovlevitch Danilov, lequel compte lui présenter une fresque grandiose composée de plusieurs centaines de portraits du "petit père des peuples". Tout en jetant un oeil sur les différents conflits en Chine et en Corée qu'il dirige en sous-main dans la lutte contre l"empire du mal capitaliste, Staline, entre la projection de westerns US et quelques agapes, se piquera de psychanalyse. Enfin, disons, qu'il s"essaiera aux techniques freudiennes de manière sauvage. Ayant fait reconstituer soigneusement le cabinet de ce" charlatan de Freud" et aidé par sa maîtresse, il essaiera d'analyser ses rêves. Les souvenirs remonteront à sa mémoire, lui donnant fugacement un instant d'humanité.
Cette intrigue originale, mêlant avec talent le vrai et le faux, avait pas mal d'atouts pour me séduire. En consignant les personnages principaux dans un même lieu, hors des bâtiments officiels, l'écrivain a pu à la fois donner une description assez exacte de ce que pouvait être un dirigeant russe communiste et développer une intrigue romanesque. On ressent très bien l'idolâtrie évidente parce forcée pour ce tyran, des généraux jusqu'à la cuisinière, ainsi que l'extrême méfiance qui règne autour de lui, la peur du complot, de l'empoisonnement, de la trahison. On est au plus près du pouvoir, même si celui-ci est amené à s'intéresser à l'art et à ces nouvelles techniques psychanalytiques.
Cependant, je n'ai pas été tout à fait convaincu par tout ça. L'histoire avance lentement, peut être pour mieux se mettre au diapason de la marche de Staline dont le poids des ans commence à se faire vraiment sentir. Prenant le temps de décrire soigneusement, minutieusement, ce séjour, rien ne nous est épargné, des physiques des personnages jusqu'au plus petit élément de décor, grâce à des énumérations un tout petit peu rébarbatives car trop nombreuses, noyant le lecteur dans un luxe de détails. Difficile également de s'attacher à Staline, même décharné, pas loin de la mort, même nostalgique, ému par le suicide de sa femme, on a du mal à éprouver une quelconque compassion. Sa froide et manipulatrice maîtresse n'est guère plus sympathique. Il ne reste que ce pauvre artiste, le seul qui nous émeut. Malgré sa longue attente dans une grange doublée d'un interrogatoire assez inquiétant, il est hélas un peu sacrifié au profit de cette unique séance de psychanalyse qui n'apporte pas grand chose au récit, sinon à mieux nous montrer la mauvaise foi du dirigeant communiste.
Lecture en demi-teinte pour moi, à l'image du brouillard qui enveloppe le palais où réside Staline. Et malgré le sursaut horrifique de la dernière partie, je me suis allongé sur ce "divan de Staline" et ai presque failli m'endormir, peut être pour échapper la froideur et la sensation d"étouffement que l'auteur rend particulièrement palpable, mais surtout à cause d'une intrigue un peu trop diluée dans les détails de l'Histoire.


Livre lu dans le cadre de masse critique du site BABELIO

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