jeudi 19 septembre 2013

Elle s'en va d'Emmanuelle Bercot


Quand une réalisatrice a du talent, un vrai regard, elle arrive à embarquer le spectateur, se jouant de tous les clichés ou des situations les plus probables d'un scénario très balisé. Quand cette même réalisatrice filme une icône du cinéma français, Catherine Deneuve, entourée d'une distribution hétéroclite et originale, on reste admiratif devant la vérité qu'elle arrive à insuffler à la plupart des scènes. Au final, on a enfin vu un film français, finalement original, drôle, émouvant, avec plein de sous couches pour ceux qui aiment décortiquer et du bonheur simple pour ceux qui aiment le premier degré. 
A la lecture du scénario de ce road-movie d'une restauratrice au bout du rouleau dans une France assez profonde, on pouvait craindre le pire tellement les situations convenues. Les rencontres successives que fait Bettie le personnage principal, ne sont pas des modèles d'inventivité. Le vieux monsieur attendrissant, le bar glauque rempli de beaufs, le jeune dragueur un peu fêlé, le veilleur de nuit noir, tous pouvaient faire sombrer le film dans la banalité et le déjà vu. La deuxième partie où on adjoint à l'héroïne un pré-ado, un rien tête à claques n'est scénaristiquement pas de première originalité, surtout se terminant par une histoire d'amour type Harlequin ( mais que cet homme est désagréable....pour finir par...mais que cet homme est séduisant et cachait bien sa belle âme sous une armure de dureté). 
Et pourtant quel film ! La caméra d'Emmanuelle Bercot, collée au plus près des acteurs, pointant légèrement quelques détails incongrus mais donnant ainsi un ton particulier, à la fois décalé et humain. Elle obtient de ses acteurs un jeu totalement naturel, libre, saisissant de vérité. Ils sont aidés en cela par des dialogues qui sonnent particulièrement justes. 
Et puis,il y a Catherine Deneuve. Elle est Bettie dans le film mais on ne voit que Catherine Deneuve, sa blondeur, ses rides, ses formes de femme vieillissante, sa bouche, son rire. Ce n'est jamais gênant car "Elle s'en va" est en fait une ode à la comédienne. On pouvait la croire lointaine, figée, refaite, elle est ici star bien sûr, mais infiniment belle, drôle, pathétique, réelle. Plongée dans des univers qui lui sont sans doute peu familiers, sa distance est comique, son regard amusé teinté de vraie sollicitude. Elle joue merveilleusement bien avec son image et la réalisatrice nous entraîne dans son jeu. 
Comme cette errance se termine par un happy end solaire et chaleureux, sur un mode "Téchiné léger", je suis ressorti de la projection joyeux. J'avais vu un film au charme certain, solidement interprété et magnifique hommage aux femmes vieillissantes pour qui la vie continue toujours et encore. 


3 commentaires:

  1. Bonsoir,
    je vais aller le voir à coup sur ! Merci pour cette chronique enchantée !
    Bises

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  2. mon programme de ce soir!!! je suis impatiente...

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  3. Il est rare que l'on voit un film de villages et de départementales (Une histoire vraie de Lynch ? mais c'était pas en France) si touchant et si réussi. Le meilleur film avec effet miroir (ou rétro) de Deneuve depuis Les temps qui changent !

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