vendredi 20 septembre 2013

Le monde selon Cheng de Stéphane Reynaud


Cheng, un jeune résident du royaume de Camelote, s'endort dans un container rempli d'asperges en partance pour chez nous. Après avoir voyager plusieurs jours, il se retrouve dans un entrepôt aux règles étranges : pour éviter le vol, les employés y sont enfermés un mois entier. Quiconque osera sortir, sera renvoyé sur le champ...
Bienvenue dans le monde libéral du conte grinçant de Stéphane Reynaud. Le jeune héros ira de découverte en découverte. Le monde occidental, en proie à un libéralisme porté à son paroxysme, est au bord du gouffre, n'offrant plus qu'une vie régit par la consommation de produits low-costs. Les hôpitaux ne sont plus que des officines vendant des médicaments pas chers à profusion dans des installations clinquantes mais spartiates. Les habitants n'ont qu'une envie s'envoler avec Fricoule, au hasard du bon vouloir d'un ordinateur,  pour des destinations de rêves, dont le prix dérisoire cache de multiples traquenards. Cheng passera des mois et des mois à visiter avec un troupeau de voyageurs léthargiques et idiots, tous les lieux touristiques de la terre, dans l'espoir de revenir dans son royaume. 
Sympa et attirant non ? En fait pas du tout. En avançant avec quelques ornements du conte, Stéphane Reynaud déploie une théorie un peu facile, voire nauséeuse autour d'un futur prochain.
 Comme dans tout conte classique, son héros a un problème qu'il doit résoudre. Ici, il veut retrouver sa famille. Pour y arriver, il trouve bien sûr des embûches qui ralentissent sa route mais qu'il arrive à vaincre ou à contourner. Ici se sont, en plus des firmes citées plus haut,  les supermarchés hard-discounts, la nourriture totalement industrielle, la presse gratuite et de caniveau, les zones commerciales minables en périphérie, la religion.
Un héros de conte est souvent accompagné d'un accolyte drôle et sympa. Stéphane Reynaud nous en propose un, avatar de Jiminy Cricket, en plus rasoir et à l'apparence d'un Schtroumpf !!!
Souvent, dans les vrais contes, il y a un méchant, vraiment méchant... Et c'est ici que ça coince... Le méchant dans ce conte qui est-il ? Cheng, le héros (?!!!), qui incendie tous les lieux dans lesquels il se trouve dans le but de monnayer avec la presse people les photos des catastrophes qu'il a provoquées ? Ou bien, comme semble le laisser penser l'auteur, les gens, vivant comme des zombies, bêlant dans le troupeau, chair à consommer bêtement parce que devenus "un champ immense de bêtise et de vacuité" ? Là, je tique franchement. Il n'est jamais question de ceux qui ont provoqué cette vie de cauchemar, les riches, les puissants, les financiers sans scrupules et sans une once d'humanité. Il est seulement vaguement dit que le peuple n'a que ce qu'il mérite, puisqu'il est le partenaire consentant qui a laissé se propager cet abêtissement par la consommation effrénée. Cette théorie, certes en partie vraie, a un peu de mal à passer, un peu trop libérale en fait... Et quand je lis dans la biographie de l'auteur qu'il est journaliste au Figaro, ceci explique peut être cela... 

"Le monde selon Cheng" de Stéphane Reynaud est édité aux éditions Intervalles (pour ceux qui ont envie de lire un drôle de compte, heu conte pardon, aux relents de libéralisme).

Lu dans le cadre " La voie des indés", opération à l'initiative du site LIBFLY que je remercie quand même pour cette lecture. 

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