mardi 3 septembre 2013

Le crépuscule d'un monde d'Yves Turbergue



Décrire au travers d'un roman la chute du monde ouvrier de 1968 à nos jours est un projet ambitieux. Dans "Le crépuscule d'un monde", Yves Turbergue s'y attelle sur plus de 400 pages dans un mélange quelquefois hasardeux de romanesque et d'étude sociologique et politique.
 J'ai lu ici ou là, qu'un livre publié en septembre en France, aux yeux des critiques noyés dans le maelström des parutions, pouvait voir son sort jeté dès la première phrase. Un peu plus persévérant tout de même, il a failli en être de même pour moi à cause du premier chapitre. Le livre s'ouvre en mai 68 pour nous décrire de façon âpre et désenchantée une manifestation dans laquelle se trouve Claude Martin, ouvrier métallurgiste, qui sera abattu par un CRS. Il deviendra dès lors la figure fantomatique  de ce roman. En plus d'un ton lucide mais un peu pontifiant, quand en page 16, l'auteur fait entonner aux manifestants "Le chiffon rouge " de Michel Fugain, chanson écrite en 1973, je n'étais plus dans les meilleures dispositions pour la suite.
C'est peut être pour ça, et malgré une conviction très forte de l'auteur et une analyse très précise de ce déclin, que j'ai eu un peu de mal à entrer dans ce roman. Mais la persévérance paye parfois, et malgré les considérations politiques, syndicales et sociologiques  pertinentes qui ont quand même un peu de mal à se mélanger avec l'intrigue qui du coup n'avance guère, une belle humanité se dégage de l'ensemble. Si l'on balaye les quelques clichés (Ah, le nombre de coups de foudre qui se sont produits le soir du 10 mai 1981 !) et certaines facilités romanesques, on retiendra tout même une très intense évocation du milieu ouvrier, ses doutes, ses galères, ses peurs, ses combats et cette lente descente vers un déclin inexorable de la classe laborieuse balayée par " les exigences ... toujours plus impérieuses des maîtres des forges et de leurs valets politicards". On trouve au fil des pages des paragraphes magnifiques sur ces vies balayées par l'argent roi.
Devant la conviction éminemment sympathique et l'implication profonde de l'auteur, "Le crépuscule d'un monde" reste un ouvrage digne d'intérêt dont on devrait surement pas mal parler, ne serait-ce que parce il empoigne un sujet bien peu traité dans notre littérature embourgeoisée à l'extrême.

Livre lu dans le cadre de l'opération "On vous lit tout", organisée par le site Libfly et le Furet du Nord. Qu'ils en soient ici remerciés !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Woman at war de Benedikt Erlingsson