dimanche 8 septembre 2013

Tirez la langue, mademoiselle d'Axelle Ropert



La très jolie affiche de "Tirez la langue, mademoiselle" est sensée attirer le spectateur vers l'histoire de deux frères médecins amoureux de la même femme. 
Disons d'emblée c'est quand même un film raté mais quelque part sympathique.
La colonne "ratés" est très longue : 
- Un scénario accumulant des situations improbables comme la pratique en doublette des deux frères médecins ou une soupe partagée à 6 heures du mat' dans un restaurant chinois bondé (mais je ne suis pas parisien et je ne connais pas les coutumes du 13 ème arrondissement). Et je peux en citer d'autres comme la consultation sans ausculter le patient vomissant pourtant tripes et boyaux ou les nombreuses rencontres dues au hasard qui font avancer l'histoire de façon romanesque mais à la façon roman de gare du début du siècle dernier. (C'est dingue comme Paris est parfois un petit village, où l'on rencontre toujours les mêmes personnes surtout si celles-ci sont nécessaires au scénario...)
- Des dialogues lourdingues, très appuyés ou un peu décalés, placés sans finesse au hasard d'une scène.
- Des comédiens pas très bons (surtout les seconds rôles).
- Une symbolique lourdement cinématographique, un peu obscure, qui n'apporte pas grand chose à l'histoire, sauf à ce que le spectateur se demande pourquoi toutes ces portes qui s'ouvrent, se referment, se rouvrent, inlassablement durant tout le film ? Ou quand elle est évidente, en devient sursignifiante comme tous ces rideaux ou stores vénitiens qui montrent bien l'enfermement amoureux, familial dans lequel vivent les deux médecins. Je ne parlerai pas de la doublette des médecins ( en fait une seule et même personne ? ) mais je pourrai ajouter aussi le choix de la palette des couleurs pour chaque personnage. A Louise Bourgoin et sa fille, le rouge de la passion et du désir et aux deux frères, les tons froids dans les bleus/gris/verts. Mais à l'oeil, ce parti-pris est plutôt joli et réussi.
Cependant, malgré ces défauts, nombreux, qui viennent avec acharnement gêner la crédibilité du propos, j'ai éprouvé un certain attachement à ces personnages, surtout avec celui de Boris, interprété par Cédric Kahn, pourtant moyennement à l'aise dans son rôle. Je me l'explique difficilement et je ne sais si c'est dû à son interprétation malhabile et touchante ou à au talent de la réalisatrice ou tout simplement à une identification toute personnelle. 
Quoiqu'il en soit, ce film bourré de défauts n'est pas totalement désagréable, ni ne donne envie de fuir la salle dans lequel on le projette comme j'ai lu ici ou là... Il n'est pas pour autant le film du mois comme le claironnent quelques magazines branchouilles (connivence sûrement, Axelle Ropert la réalisatrice est par ailleurs critique...), juste une de ces productions françaises un peu fragile que l'on on arrive encore à produire, et c'est tant mieux.




5 commentaires:

  1. C'est marrant que vous regardiez ce film comme un film naturaliste, à chercher la vraisemblance alors que moi j'ai tout prix au second degré et tout m'a paru naturel. Un peu comme dans un film de Kaurismaki. J'ai trouvé les dialogues très fort car cash, franc. Le mec aime et il le dit. Elle n'aime pas le frère et elle le dit donc c'est déstabilisant. La femme qui regarde Dimitri comme un frère et donc ne lui dit pas les même choses que celui pour lequel elle a du désir. L'injustice de la vie, sa cruauté... C'est bourré de ce genre de détail et jamais je n'ai vu ces symboles dont vous parlé. Je crois qu'il faut pas analyser pour voir ce genre de film car c'est justement pas du tout cérébral. J'ai trouvé ce film très intense. Marie

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  2. Oui, il y avait bien de l'authenticité puisque j'ai été touché par ce deux frères. Après, les dialogues cashs je ne les ai pas trop vus. Comme le cinéma de Kaurismaki me laisse souvent de marbre, je comprends que ce film auquel vous l'apparentez, ne m'emballe pas. Question d'univers, de goût, (trop classique ) ou de moment. (étais-je bien disposer à recevoir ce film là, le jour où je l'ai vu ? ). Merci pour votre commentaire pertinent et sensible.

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    1. Oui je comprends mieux si vous n'êtes pas sensible à Kaurismaki ! (la cinéaste est fan de Rohmer mais je ne sais pas si on peut appeler ça du cinema classique). En fait j'ai trouvé son parti pris très courageux, de faire dans la subtilité. Mais bon tout cela n'est pas très important et merci beaucoup pour votre retour. Marie

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  3. J'avais un peu peur d'aller voir ce film vu les commentaires négatifs que j'avais survolés : peur de m'ennuyer, que ce soit trop bavard, ou une façon de jouer que je ne "comprendrais" pas, le titre qui ne me parlait pas, l'affiche très belle mais pas vendeuse... et puis la magie a opéré, j'ai adoré ce film ! Dès le début, j'ai été emporté par cette histoire de fraternité, par chaque personnage (ah cette fillette diabétique capable de tant dans ces regards !), la justesse de Louise Bourgoin (quel beau personnage féminin !), la beauté de ces deux médecins, par l'humour aussi car on sourit beaucoup. Les dialogues sont cash donc on ressent des émotions étranges. Effectivement les médecins consultent à deux, avec leur chien, mais comme tout fonctionne avec naturel et élégance, on se laisse emmener. Ils n'auscultent pas, mais si on aime être déstabilisé, cela permet à l'histoire d'aller à l'essentiel et d'avancer (il ne faut pas le voir comme un film naturaliste et c'est là son charme). Chaque scène ouvre des fenêtres sur nos expériences de vie car, difficile à expliquer, c'est un film simple en apparence mais chaque petits détails apportent aussi des nuances sur les liens entre les personnages. Il y a des moments d'une force incroyable dont je me souviendrais longtemps. Alors c'est sûr c'est pas le genre de films où je me prends une grosse bourrasque d'émotions dans la tête, c'est plus diffus, mais l'intensité est là. Mon ami m'a dit "t'as vu, ça fait du bien de voir ça au ciné !" mais moi carrément cela me donne du courage, alors merci infiniment !
    J'ai aimé la façon dont la musique a été utilisée, tout en subtilité, c'est si rare. Respect.
    J'ai noté la superbe chanson du générique pour ceux que ça intéresse : Tim Hardin, how can we hang on to a dream
    Apollonide

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    1. je suis heureux que ce film fragile trouve son public et que vous y ayez pris du plaisir. je ne devais pas être bien disposé à le recevoir, le jour où je l'ai vu...

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