mardi 12 décembre 2017

Les bienheureux de Sofia Djama

Il y a des films qui ne donnent pas spécialement envie de prendre un ticket de cinéma, sans doute par manque de curiosité ou d'appétence à certains thèmes, voire une petite overdose autour de certains sujets. Pour moi, "Les bienheureux " en faisait partie... En cette saison grise, un long- métrage autour de l'après guerre civile des années 90 en Algérie, n'entraîne pas un désir énorme de cinéma. Et pourtant... Je suis ressorti plus riche ( intellectuellement)  et plein d'enthousiasme pour un film diablement intelligent qui a su me passionner durant 1h40.
Nous sommes à Alger en 2008 et nous entrons dans l'intimité d'un couple de bourgeois locaux. Elle est prof de fac, lui médecin. Ils ont un ado de fils, un peu ingrat et loin d'être insensible aux sirènes d'un militantisme musulman intégriste. Le couple fait partie de cette bourgeoisie éclairée qui sent bien que l'Algérie, pays qu'ils aiment, déjà fort blessé après la dizaine d'années de guerre civile, sombre toujours plus dans l'extrémisme. Elle, souhaite que son fils parte pour l'Europe afin de  poursuivre ses études, lui, continue de croire à un avenir possible malgré une vie de plus en plus fliquée. Près d'eux, la jeunesse erre et se divise autour de la notion du danger des extrémismes. Autant la jeune Feriel voit bien cette lente montée qui va tous les anéantir, autant les garçons sont plus ou moins perméables à cette nouvelle donne.
"Les bienheureux" en mixant la vie de deux générations, parvient à nous dresser un portrait tout en finesse et en profondeur de cette Algérie où des combats nouveaux brisent les certitudes et les idéaux. Sans jamais appuyer le trait, en laissant un scénario fort bien agencé et construit, divulguer petit à petit des éléments marquants et éclairants, Sofia Djama rythme son récit presque comme un thriller, installant ses personnages dans une incertitude de plus en plus grande, tellement leur environnement semble vouloir les anéantir.
L'interprétation impeccable de toute la bande d'excellents acteurs participe aussi à la réussite du film. Si la jeune Lyna Khoudri a obtenu lors du dernier festival de Venise le prix Orizonti de l'interprète féminine ( Espoir féminin en somme), vous ne pourrez pas rester insensible au charme et à la formidable prestation de Nadia Kaci qui illumine ce film de sa force, de sa conviction mais aussi de sa rage et de son désespoir. Aidée par de magnifiques dialogues, elle donne au film une plus grande intensité!
PS : Petite remarque toute personnelle, peut être banale, mais, c'est encore un film ( ici un premier) réalisée par une femme et qui nous donne encore une fois une vision courageuse d'un pays de Maghreb. Il semblerait qu'elles seules en ce moment aient les couilles de s'emparer des sujets qui peuvent fâcher, avec courage, détermination et talent ! Et du coup, je suis d'accord avec Aragon : "La femme est l'avenir de l'homme " et dans les pays musulmans encore plus qu'ailleurs !






1 commentaire:

  1. La femme est l avenir de l homme,vous en doutiez encore avant hier?Il est important que je cours voir ce film si influent!

    RépondreSupprimer

Woman at war de Benedikt Erlingsson