jeudi 21 décembre 2017

Impérium de Christian Kracht



August Engelhardt était un idéaliste utopiste allemand, comme il en a beaucoup existé au début du 20 ème siècle. Il avait un vision particulière de la vie, romantique sans nul doute. Très tôt végétarien, il inventa une théorie un peu extrême où la noix de coco, à cause de sa forme rappelant le cerveau, pouvait suffire à la survie de l'homme. Totalement perdu dans une Allemagne froide et rigoriste, il décide de mettre sur le cap vers la Nouvelle Guinée, qui fut colonie allemande jusqu'à ce que les australiens la reprennent en 1914. Et c'est là qu'il mettra en place sa théorie. Il acheta une petite île plantée de cocotiers et peuplée de quelques habitants serviles, enleva ses vêtements et commença une vie de naturiste se nourrissant exclusivement de noix de coco. Son originalité fera d'abord sourire, puis le marginalisera au fur et à mesure que, souffrant de malnutrition, son cerveau commencera à dérailler complètement.
Christian Kracht fait donc revivre ce brave exalté dans un récit mordant et fort bien documenté. Pas vraiment en empathie avec son personnage principal ( il en fait un utopiste maladroit et un peu ridicule), on comprend très vite qu'Engelhardt n'est qu'un prétexte pour nous brosser une page de la colonisation allemande dans le Pacifique assez méconnue ( mais de courte durée ...) mais aussi de l'importance de toutes ses philosophies hygiénistes de cette époque. Exercer sa plume un peu acide sur ce pauvre malheureux nu et buvant son lait de coco ne fait pas un roman. Alors le texte digresse pas mal autour d'autres personnages censés avoir croisé l'illuminé.
Nous voguons donc sur les eaux turquoises du Pacifique, parmi tout un tas d'aventuriers pas tous poussés par un romantisme de saison, sous un soleil dont la rigueur allemande semble s'être bien acclimatée. C'est un joli voyage qui joue avec des styles soutenus différents au gré des escales et des anecdotes. L'auteur s'est fait plaisir, le lecteur, tout du moins moi, un peu moins. Cette volonté d'étirer l'histoire m'a un peu lassé parfois, m'étant quand même attaché à ce pauvre August que l'auteur abandonne trop souvent à son triste sort ...
"Impérium" séduira les amateurs de livre de voyage, les amateurs de Joseph Conrad ( souvent les mêmes !) car, si le personnage d'Engelhardt est un peu laissé de côté, le soleil, les bateaux et les aventuriers sont bien présents.

Il semblerait qu'August Engelhardt soit celui qui est debout... 

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