jeudi 14 janvier 2016

Carol de Todd Haynes


Hormis le consensus médiatique pour faire de "Carol" LE film du mois , c'est quoi au juste le nouveau film de Todd Haynes ?
"Carol", c'est tout d'abord l"histoire simple et émouvante de la rencontre amoureuse de deux femmes au début des années 50 où l'homosexualité était considérée comme la pire des perversions ...chez les garçons et chez les filles ( ah bon ça existe aussi chez les filles ?!?). L'Amérique de cette époque là se parait de modernité mais la morale chrétienne tellement chevillée dans les têtes et le corps que l'on avait plus besoin de ressortir du petit bois pour dresser des bûchers.
"Carol" est aussi un presque mélo aux lents et gracieux mouvements de caméras, qui balaient des actrices tirées à quatre épingles, et dont les regards enfiévrés en disent plus long que trois secondes d'une scène de sexe. L'élégance est de mise autant dans les tenues ajustées des héroïnes que dans le descriptif de la délicatesse et la force des sentiments.
"Carol" est sans conteste, un film militant pour le droit à vivre sa sexualité selon sa vraie nature et pour le droit à la femme de décider elle-même de la conduite de sa vie (financière, familiale, sexuelle). Derrière la passion des deux femmes apparaît en filigrane le descriptif d'un monde géré par les hommes et une stricte morale empesée.
"Carol" est aussi l'occasion de ressortir  Patricia Highsmith du purgatoire littéraire dans lequel elle se trouvait petit à petit reléguée au fil des années. Même si ce roman dont est tiré le film n'est pas vraiment représentatif des excellents  polars psychologiques qui ont fait sa réputation, force est de reconnaître que traiter ce sujet en 1952 était vraiment gonflé (il n'est d'ailleurs paru en France qu'en 1985!).
"Carol" est un film produit et interprété par Cate Blanchett et cela se voit. Absolument sublimée, presque de bout en bout ( je dis presque car dans une scène du début, la maquilleuse a sans doute trop forcé sur le rouge à lèvres. L'espace d'un instant j'ai cru que l'on avait utilisé un travelo en doublure, pendant que Mlle Blanchett était chez son chirurgien esthétique), amoureusement photographiée, elle caresse les spectateurs de son regard bleu océan et les tympans avec sa voix légèrement rauque et si sensuelle. C'est une ode aux charmes et aux talents de la star. Cependant, et ce n'est pas de chance pour elle, la jeune actrice qui lui sert de partenaire ( Rooney Mara, la Lisbeth Salander du "Millénium" de Fincher) crève aussi l'écran dans le registre plus intérieur et plus ingrat de la timide qui découvre le monde. D'ailleurs les jurés du festival de Cannes ne s'y sont pas trompés et lui ont décerné le prix d'interprétation féminine ( L'histoire ne dit pas si Mlle Blanchett est repartie illico noyer sa déception dans un nouveau lissage de peau ). Les Oscars ont cependant rétabli la hiérarchie en nominant Cate comme premier rôle et la jeune impudente comme second rôle !
"Carol" n'est pas aussi mélo qu'on le dit, car bien plus tranchant qu'une bluette de Douglas Sirk. Toutefois, il s'accorde quelques une des facilités du genre, de celles qui embellissent au cinéma la vie des héros. Ainsi, on s'apercevra que lorsque Carol veut chasser son blues en écoutant de la musique, l'autoradio qu'elle allume alors qu'elle passe sous un tunnel, lui distille immédiatement une douce mélodie ...la qualité américaine sans doute. Ou alors, Thérèse, la jeune vendeuse apprentie photographe, prend un magnifique portrait de la ravissante Carol ....à contre jour avec un petit appareil minable ! ( Mais Mlle Blanchett aurait été moins radieuse si elle avait été face la fenêtre recevant la lumière sur sa peau diaphane ). Il y a aussi la porte de la chambre d'un motel (donnant donc sur l'extérieur ) qui reste ouverte après le passage de Thérèse ( et donc de la caméra) alors qu'il fait moins 12 dehors et que Mlle Blanchett prend une douche !
Mais tout cela ne sont que des détails infimes face à un film absolument magnifique de grâce et d'élégance. La délicatesse de la mise en scène qui se joue avec talent d'un sujet au final fort et sans doute encore un peu dérangeant pour certains, fait entrer de plein pied le spectateur dans cette troublante passion et l'amène à ressentir les mêmes sentiments que les héroïnes à l'écran. Si ce n'est pas du grand cinéma, je retourne regarder la télévision !


2 commentaires:

  1. J'ai prévu d'aller le voir lundi soir. Après la lecture de votre avis, il est sûr que le mauvais temps ne m'empêchera pas de sortir... Par ailleurs, je découvre votre blog, je l'ai parcouru et j'apprécie beaucoup vos critiques toujours bien argumentées. Je le mets dans mes favoris.

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  2. Ma p'tite salle télé s est transformée en grand cinéma hier soir!clouée sur le canapé par autant de grâce et d élégance...et la beauté de Rooney Mara!

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