dimanche 1 novembre 2015

The lobster de Yorgos Lanthimos


Haro sur les célibataires dans le nouveau film de Yorgos Lanthimos. Le couple y'a que ça de vrai et fissa en plus. Vous divorcez, vous vous séparez ? Soit vous avez déjà quelqu'un et là, aucun souci, sinon, cachez-vous, l'arrestation est imminente. Dans ce cas là vous serez conduit dans un bel hôtel avec d'autres célibataires, mais vous aurez 45 jours pour trouver l'amour sinon vous serez transformé en animal, celui de votre choix quand même ! Attention, on parle de vrai amour, pas un partenaire de substitution pour assouvir quelques instincts que certains considèrent comme bas ou jouer les amoureux. Non, un vrai sentiment amoureux. Les idéologues de cette drôle d'institution ont une idée un peu schématique de l'amour dans le sens où ils vont trouver crédible que l'on s'assemble parce que l'on a des points communs, être sujet au saignement de nez par exemple. David, le héros du film, va avoir du mal à trouver chaussure à son pied et préférera prendre le maquis et rejoindre un groupe de  célibataires irréductibles. Mais là aussi, il y a des lois, toutes aussi étranges : tomber amoureux est interdit. Et bien sûr, ce qui ne doit pas arriver, arrive...
Point fort de ce long métrage qui a obtenu le prix du jury à Cannes, c'est son scénario créant un monde assez délirant, incompréhensible et aux personnages ayant de drôles de comportements. La scène d'ouverture de "The lobster" en est la parfaite illustration. La caméra placée dans une voiture filme en gros plan le visage d'une femme qui conduit. On devine une route isolée sous la pluie. La voiture s'arrête, la femme descend. La caméra pivote et filme au travers du pare-brise qu'un essuie-glace ne balaie que par intermittence. La femme s'avance vers trois ou quatre ânes en train de paître, sort un pistolet, en abat un et retourne dans la voiture. Générique.
Cette façon singulière d'entrer dans l'oeuvre du cinéaste grec enjoint le spectateur à laisser de côté sa rationalité et de se laisser gagner par l'interrogation. Ce sera un voyage étrange, difficile à percevoir parfois comme nous l'indique cette scène de présentation à l'écran envahi par les gouttes d'eau qui ne seront chassées que par moment. Tout le film j'ai navigué dans une zone où se mêlaient étonnement, perplexité, ravissement et étonnement.  Et c'est vrai que la première partie du film est assez emballante, avec cette sorte de fantastique humoristique grinçant un peu nonchalant mais plein du charme de l'inconnu. On suit Colin Farrell, méconnaissable avec ses lunettes, sa bedaine et son frère en laisse ( c'est un chien car il n'a pas réussi à trouver l'amour en jours lors de son séjour), mi amusé, mi intrigué. Puis, quand  le personnage central prend la fuite pour rejoindre dans la forêt humide des maquisards de l'amour, le film perd pas mal de son humour et s'enfonce dans un absurde façon cul de sac. Colin Farrell  patauge dans la boue en poncho de rando, Léa Seydoux, la cheftaine des rebelles, a un air dur et antipathique et ne donne nullement envie de tomber amoureux d'elle. Rachel Weisz, qui cumula lors de ce festival les rôles dans des films étranges  (Youth ), est très convaincante dans un rôle ingrat de myope en poncho elle aussi. Les amoureux s'inventent un langage avec leur bras, déambulent sur des routes au pas de charge, et le spectateur est un peu perdu. La grisaille ambiante et générale s'empare du film qui continue à égrener ses scènes de plus en plus étranges, noyant un éventuel propos. Je sais bien que Yorgos Lanthimos propose au spectateur de s'insérer dans les nombreux interstices qu'il laisse pour sa réflexion, mais le jeu m'est devenu vite un peu pouffant.
Il me restera toutefois cette sensation très agréable d'avoir été plongé dans un univers inédit, aux codes toujours surprenants. Le jeu était peut être un peu long pour moi et n'a pas déclenché de réflexion profonde sur le couple, l'amour, qui paraît être le thème de cet exercice cinématographique haut de gamme. Hermétique sans doute, "The lobster" a excité ma curiosité sans jamais parvenir à me  passionner complètement.


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