jeudi 8 juin 2017

La daronne de Hannelore Cayre


Ce polar est un véritable bonheur ! Mais d'ailleurs est-ce réellement un polar ? J'opterai plutôt pour une variation croustillante autour du trafic de drogue...et des EPAD. Oui vous avez bien lu, la maison de retraite, le mouroir, l'antichambre de la mort ou la résidence senior se retrouve au centre du roman mêlé avec toute une bande de petits dealers mous du bulbe mais à l'appétit pour le fric sans limite. Je vous rassure, nos foyers logements aux noms poétiques ne sont pas des plaques tournantes de cannabis directement reliés avec le Maroc ( pays au climat propice à la production d'herbes qui font rire). C'est juste notre héroïne, qui passant beaucoup de temps auprès de sa mère dans un de ces sinistres lieux, en profite pour nous dresser un état sans concession de ces autres machines à fric ! ( Mais qu'est-ce qui à notre époque ne doit pas être d'un bon rapport pour actionnaires toujours plus gourmands ? ). Le gros de l'histoire, une fois sortie de ces couloirs fleurant bon le vieux potage et le désinfectant, se déroule plutôt à Paris où notre brave traductrice pour la police judiciaire se retrouve à passer de l'autre côté de la route. A force de traduire des conversations de petites frappes parlant arabe, on accumule des connaissances , des renseignements, et des opportunités pour finir par cacher dans la cave du sous-sol de son immeuble plus d'une tonne de cannabis. En route pour devenir ce que ses "clients" vont nommer " La daronne" tellement avec sa cinquantaine mémère, elle en impose à ses petits jeunes avec sacoche Vuitton et Porsche.
Loin des petits Balzac du polar, dont les ouvrages font au minimum 350 pages, Hannelore Cayre continue à nous offrir de récits assez courts ( 170 pages pour celui-ci) mais à l'humour et à la densité peu communes dans ce milieu de plus en plus formaté. Dire que c'est un régal reste un peu en-dessous du plaisir énorme que l'on prend à découvrir cette histoire assez amorale mais ô combien réjouissante. Ne nous y trompons pas. En plus d'une intrigue parfaitement maîtrisée, c'est en creux un superbe et grinçant portrait d'une société où l'argent règne en tyran de nos vie. On sent que l'auteur connaît parfaitement ce qu'elle décrit et nous livre, sous couvert de ce roman, le fruit de son regard et de ses analyses, avec une subtile acidité doublée d'un humour ravageur.
Quand récit parfaitement agencé et écriture impertinente et drôle se marient de cette façon, on se retrouve réconcilier avec un genre qui se prend de plus en plus au sérieux et emballe de moins en moins. "La daronne" parvient à marier le côté sociétal noir du polar français et l'implacable drôlerie  des meilleurs pamphlétaires. Un régal ! 

7 commentaires:

  1. J'y ai pensé et j'ai pris Negra Soledad. Pour le mois prochain, mon quota est déjà épuisé pour juin

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  2. Bouquin à pécho auprès de son meilleur dealer de livres;-), vous ne serez pas déçu de la marchandise, elle se consomme très rapidement et les effets sont hilarants!

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  3. Ses précédents romans sont tout aussi bien, je vous les conseille.

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  4. Je fonce l'acheter: je ne vois que des critiques positives et j'en bave d'envie. J'y vais!

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  5. Tant de critiques positives ne peut que m'inciter à le lire !

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