jeudi 1 juin 2017

Winter is coming de Pierre Jourde

Il fait beau , on est en forme et passer un moment tranquille dans un transat avec un bon livre devient très tentant. Hélas, pour vous, en cette période de week-ends prolongés, je ne suis pas certain d'arriver à vous convaincre de passer deux ou trois heures avec le dernier ouvrage de Pierre Jourde.
"Winter is coming" n'est absolument pas un mauvais livre, loin de là, mais son sujet a tout du repoussoir, puisque l'auteur raconte les onze derniers mois de son fils Gabriel atteint d'un cancer aussi incurable que rapide. Pour se détendre, on peut trouver mieux. Je sais que beaucoup évitent ce genre de sujet. On peut les comprendre. Je défie quiconque de rester insensible à ce récit, nous renvoyant à la figure nos peurs, nos doutes et notre mort prochaine. Certains pourraient même aller jusqu'à dire que ce genre de peine, de chagrin, doivent rester personnels, que ce dévoilement de l'intime a quelque chose d'exhibitionniste. Je ne partage pas du tout ce point de vue. Il est même important, nécessaire, intéressant, que nos auteurs exercent aussi leur acuité sur ce terrain là.
Bien sûr, nous sommes loin de la lecture plaisir. Ce témoignage est rude, jamais exhibitionniste, juste le ressenti d'un père qui voit se produire sous ses yeux ce qui ne devrait jamais arriver, la mort de son enfant. Alors on lit ce texte teinté de colère devant un sort aussi injuste. On lit le désarroi d'un homme qui essaient de croire à une guérison tout en voyant son fils s'affaiblir, maigrir, passer d'un énergique et beau musicien prometteur à un malade affaibli et souffrant. On y trouve aussi la description impitoyable d'un milieu médical qui l'est tout autant avec ses pontes au-dessus de la souffrance humaine, froids techniciens de nos corps ou ses médecins empathiques aux discours rassurants quelque soit l'avancée de la maladie. Partagé entre l'envie de croire des paroles d'espoir et la colère que suscitent les moments d'attentes innombrables et les mots francs qui foudroient, Pierre Jourde creuse au plus profond de lui pour nous livrer ses pensées les plus intimes. Cela a le mérite de la franchise. L'homme blessé  n'a plus aucune pudeur. Chacun réagissant selon un parcours bien particulier, son histoire, très personnelle, ce partage de souffrance, d'incompréhension parfois, touche l'universel. Et tant pis si le père apparaît aussi avec quelques remords de moments violents, quelques regrets d'absence ou quelques réflexes de classe intellectuelle parisienne aisée avec amis bien placés, le récit nous touche par son absolue  sincérité.
Pas la peine d'en dire plus long sur ce texte admirablement écrit, sa lecture sera le fruit ou du hasard ( comme moi) ou d'un intérêt tout personnel pour ce genre de sujet. Je voudrai juste terminer par un dernier hommage au héros involontaire de ce livre, Gabriel Jourde ( pseudo Kid Atlaas), musicien en devenir, dont le morceau "Winter is coming " qu'il a composé donne le titre au livre.  Je vous invite à l'écouter.


1 commentaire:

  1. Comme tu l'as écrit, j'hésiterai beaucoup avant de le lire, peut-être parce que trop personnel

    RépondreSupprimer

Woman at war de Benedikt Erlingsson