samedi 9 septembre 2017

Agatha de Hans Peter Cloos


"Agatha" de Marguerite Duras, pièce écrite en 1981 et abordant le thème sulfureux de l'inceste entre un frère et une sœur, revient sur les planches, décortiquée et revisitée par Hans Peter Cloos. ( Au Café de la danse à Paris jusqu'au 7 octobre). 
La pièce ne m'est pas inconnue, pour l'avoir déjà vu il y a fort longtemps ( dans les eighties) dans une présentation très durassienne, c'est à dire un peu hiératique avec deux comédiens simplement assis dans un fauteuil et distillant les mots de l'auteur avec la fièvre adéquate, celle du temps suspendu et de la violence des passions nichée au coeur de phrases simples. Décor minimal pour une mise en scène sans doute toute en  subtilité... Et là, j'avais découvert cet échange, où jamais on ne savait si l'inceste avait été réellement  consommé. il ressortait surtout une sorte d'amour fatal, de passion assumée et brûlante. Nous étions au plus près du texte initial. 
En 2017, l'époque a changé, Duras a disparu et les gardiens du temple semblent moins présents, 
on peut donc s'emparer du texte et lui donner un bon coup de plumeau.
Lorsque l'on entre dans la salle, notre regard se pose sur un très beau décor genre hall d'un vieil hôtel abandonné et décrépi, avec un beau lustre posé au sol parmi quelques chaises et fauteuils disparates. On ressent la fuit, le temps qui a passé, on perçoit l'atmosphère Duras, celle d'India song... Pas pour longtemps ! Les comédiens entrent en scène, et si le texte est respecté à la lettre, le ton de la comédienne voulu par Hans Peter Cloos, entre colère et passion, surprend. tout comme par la suite ses propositions ou enfantines ou trashs qui dézinguent la retenue durassienne. Et là on assiste à une chose assez surprenante, une proposition de la pièce où tous les poncifs d'une pseudo modernité théâtrale se cognent avec un propos fleurant la bien pensance. Là où en 1981 Duras passait pour moderne ( voire scandaleuse pour certains) en parlant avec sobriété de l'inceste sœur/frère comme d'une possibilité pouvant même être belle, la vision 2017, voulue plus rock, la pousse vers la monstruosité et l'horreur mais aussi vers un politiquement correct étonnant .
Pourquoi pas ? Le théâtre adore revisiter les classiques et passionne par ses lectures toujours si différentes. De ce côté là, cette adaptation réussit un grand écart pas évident sur le papier. Sauf, qu'au final, je n'ai pas été du tout convaincu. Pourquoi appeler sur scène tous ces objets de l'enfance ( corde à sauter, déguisements, poupée, ...) alors que cet inceste a été vécu plutôt vers la fin de l'adolescence ? Pourquoi nous présenter ce même inceste vraiment consommé ( et d'une façon lourdement métaphorique avec poupée ensanglantée et poignardée ) alors que Duras laisse vraiment planer le doute dans la consommation réelle de l'acte, qui fait justement la force de ce texte ? La réponse est sans doute dans la mise en avant de certaines répliques, qui au troisième degré, peuvent effectivement passer pour être sexuellement implicites. Cela est entendable mais hélas noyé dans une scénographie surprenante voire grotesque, presque un catalogue des poncifs d'un théâtre pseudo moderne. On a bien entendu eu droit à la tarte à la crème technologique de la vidéo embarquée sur scène que les comédiens utilisent pour filmer quelques détails, au désormais habituel déshabillage de ces derniers, également au travestissement du personnage masculin qui apparaît soudain en robe bustier rose Barbie, avec volants et tulle, tenue qu'il agrémentera plus tard d'un nez de clown ( on a entendu quelques gloussements dans la salle !) et à quelques répliques murmurées derrière un micro sur pied. Seule l'idée de la vidéo projetée au dessus du décor sur un mur de pierre, représentant les moments de silence entre les personnages ( avec des plans de barque rappelant " La nuit du chasseur" !?!?) m'a paru pertinente.
Dans ce fatras, les deux jeunes comédiens essayent de surnager. Alexandra Larangot possède une belle présence et arrive à faire passer de l'émotion malgré une direction d'acteur voulue monocorde dans l'irascibilité. Florian Carove semble moins à l'aise avec son texte ( Remarquez, dire Duras habillée en tenue Barbie, avec un nez de clown et un accent autrichien, ce n'est pas évident) mais gageons qu'il prendra de l'assurance au fil des représentations.
Alors, au bout du compte, faut-il prendre son billet pour "Agatha" ?
Si vous aimez Duras, pas sûr ! Si vous êtes curieux des visions décoiffantes d'un metteur en scène qui ose ébouriffer Marguerite, courez-y ! Vous assisterez à un catalogue de tout ce qui permet de faire le ménage dans une pièce compassée. Mais un conseil, avant d'y aller, relisez le texte ( 60 pages, c'est vite fait !) et  vous aurez ainsi en sortant de la salle, matière à de longues discussions et c'est cela l'essentiel non ?


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