mardi 25 décembre 2012

Avant la chute de Fabrice Humbert


J'avoue avoir débuté la lecture d'"Avant la chute" de Fabrice Humbert en faisant la fine bouche. Trois histoires entremêlées, l'une narrant le destin de deux soeurs fuyant la Colombie et traversant l'Amérique Centrale, terre infiniment dangereuse, la deuxième brossant le portrait d'un cynique sénateur mexicain nommé Urribal et la dernière nous plongeant dans une banlieue française à suivre le parcours de trois frères, toutes terribles qu'elles soient, n'avaient, pour moi, rien d'emballant. La structure narrative, pas vraiment originale, laissait supposer un croisement de ces trois récits à un moment ou à un autre (en fait pas vraiment). L'écriture fluide, un peu lisse, contrastait un peu trop avec le sujet âpre et lourd de la gangrène des cartels de la drogue en Amérique et de ses résurgences sur l'économie mondiale.
Et puis au bout de quelques pages, l'intérêt grandit et le livre m'a encerclé pour ne plus me lâcher jusqu'à la fin, me laissant un peu groggy mais heureux de cette lecture. S'appuyant sur trois destinées très opposées, Fabrice Humbert, en bon moraliste, dresse un constat terrifiant de l'état du monde. Il montre finement comment le commerce de la drogue en Colombie peut aller jusqu'à déstabiliser nos propres sociétés européennes avec son cortège de crimes, de violence, de corruption. Comment aussi cette économie noire, cherchant le gris, anéantit des populations entières pour peu qu'elles soient pauvres, femmes ou jeunes en devenir.
Même si les trois histoires flirtent quelquefois avec les clichés, ces destins exemplaires nourrissent le propos humaniste de l'auteur et plonge le lecteur dans une réflexion très sombre de la réalité. Il nous conduit au bord du gouffre. Saura-t-on ou pourra-t-on faire demi-tour ? Terrible question dont la réponse n'est évidemment pas donnée, même si les plus pessimistes d'entre nous l'aperçoivent, hélas, sans peine. Fabrice Humbert, lui, laisse une lueur d'espoir. Elle est celle d'un adepte du siècle des Lumières, celle aussi des doux rêveurs gentiment utopistes : le livre et la culture !
Il est rassurant que dans ce monde de brute dans lequel nous vivons, il reste encore des humains pour avoir des idéaux aussi sages. Je me range sans hésitation à ses côtés, puisse-t-il avoir raison !.....



2 commentaires:

  1. C'est drôle de voir à quel point les réactions peuvent être différentes sur une même lecture... Pour ma part je n'ai pas trouvé de ton moraliste à ce roman, ni de clichés (d'ailleurs j'aurais été curieuse que tu développes ce point; clichés, sur quoi précisément?) même si je constate que tu as visiblement apprécié ce roman ;-)Bien à toi,
    Manou.

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    1. Pour répondre à ta question sur les clichés, il faut que je me rappelle un peu le livre...que je n'ai plus sous la main. Autant que je me souvienne, le voyage des deux soeurs innocentes rencontrant tour à tour des bons et des méchants, m'a paru un peu convenue et pas vraiment nuancée, tout comme les deux autres portraits d'ailleurs. Tu pourras me rétorquer que c'est normal dans un roman qui se veut une fable, il faut bien que les personnages soient des archétypes... Quoiqu'il en soit, la lecture de ce roman est intéressante et c'est déjà ça !

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