dimanche 11 novembre 2012

Augustine d'Alice Winocour


La passion quasi muette d'une bonne illettrée et hystérique prénommée Augustine et du célèbre professeur Charcot a-t-elle un potentiel assez intéressant pour passionner le spectateur ?A cette question ma réponse est oui, si derrière la caméra, il y a un réalisateur talentueux. Et c'est le cas pour "Augustine", le premier film sacrément maîtrisé d' Alice Winocour.
Enfin...le cas,...pas pour tout le monde si j'en juge par les réactions ennuyées des personnes assises derrière moi. Soupirs, discussions, "c'est long" ont accompagné la projection jusqu'à ce qu'un spectateur excédé leur intime de se taire en arguant que le film était moins bavard qu'eux mais bien plus intéressant.
C'est vrai "Augustine" n'est pas vraiment facile d'accès. Ce parti-pris de raconter cette histoire en peu de mots et en cadrant ostensiblement les acteurs au format portrait peut dérouter. Mais une fois que l'on est entré dans l'histoire, qu'est-ce que c'est efficace ! Chaque regard, chaque frémissement nous dispense de tout bavardage redondant. L'image, magnifique, joue avec la lumière du jour qui arrive à s'insinuer dans la pénombre glaciale des intérieurs, ajoutant ainsi beaucoup de douceur. Mais, ici, c'est une histoire d'éveil à la sexualité qui se trame avec la présence corsetée d'un grand ponte de la médecine dont la déontologie professionnelle est ébranlée par la  sensualité évidente de la jeune patiente qu'il prend sous sa coupe. Tout le poids de l'éthique médicale et les codes de la bonne bourgeoisie du 19ème siècle sont magnifiquement portés par Vincent Lindon, impressionnant de retenu et d'interrogations. Face à lui, Soko, réussit avec force à faire passer son désir, sa peur et cette sexualité qui ne demande qu'à s'exprimer.
Si je devais retenir un moment fort du film (oui, n'en déplaise à certains, il y en a !), je citerai la scène du jeu avec le singe que le professeur Charcot  a amené pour sa patiente dans son cabinet de consultation. L'animal passe de bras en bras, de l'un à l'autre. Comme c'est cadré en plan serré, le spectateur voit des bras se tendre, enlacer le singe, le reprendre, comme le porteur innocent de messages secrets. Au bout d'un moment, on ne sait plus qui enlace qui, l'ambiguïté règne, les corps semblent se rapprocher, se caresser, ... C'est sobre, sensuel, magnifiquement mis en scène, vraiment érotique...
Pour son premier long-métrage, Alice Winocour n'a pas choisi un sujet facile mais s'en sort remarquablement bien. Il y a bien longtemps que je n'avais vu un premier film aussi maîtrisé et porteur d'un vrai regard de cinéaste. A l'avenir, il faudra compter sur elle, j'en prends le pari.


1 commentaire:

  1. La scene du singe m'a procuré cette exacte sensation!! jolie critique !

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