jeudi 15 décembre 2016

Cigarettes et chocolat chaud de Sophie Reine


"Cigarettes et chocolat chaud" est à l'image de la maison de la famille Patar : apparences modestes de l'extérieur et avec un intérieur un peu foutraque, mais gai, chaleureux , plein d'échanges et d'amour. Du coup, cela donne un film qui joue joyeusement à bricolo/bricolette dans sa mise en scène mais qui s'avère vraiment sympa, sans faire l'abstraction d'un sous-propos pas toujours drôle.
Au départ, la famille Patar, ou ce qu'il en reste puisque la mère a connu plus tôt que prévu son enterrement ( mais totalement émouvant et décalé), ne nage pas dans un bonheur béat. Le père pour pouvoir élever ses deux filles double ses journées de travail. Le jour, il s'acquitte de taches subalternes dans un magasin de bricolage et s'occupe d'un sex-shop la nuit. Ses deux filles, prénommées Mercredi et Janine en hommage à David Bowie ( pour les non fans, ce sont des titres de la star), vivent dans une grande liberté d'esprit et de désir. Si l'une adore la flûte, les animaux et le cirque, l'autre s'adonne au catch. Cependant, la cadette est régulièrement oubliée à l'école et même si les gendarmes du commissariat sont presque des copains, inévitablement ils adressent une IP  ( Information Préoccupante ) aux services sociaux. L'assistante sociale désignée, découvrant cette vie hors norme, pas loin de la douce anarchie, oblige le père à suivre un stage de remise à niveau parentale, avec menace de retirer les enfants si de sensibles résultats positifs ne sont pas constatés.
Un veuf qui a du mal à faire son deuil et à trouver du travail, des petites filles un peu livrées à elles-mêmes dont une atteinte du syndrome de Gilles de la Tourette ( tics accompagnées de grossièretés), une assistante sociale désireuse de faire bien son travail, autant de sujets qui pourraient tirer le film vers un océan de larmes et de bons sentiments. Il n'en est rien car Sophie Reine sait poser sur cette histoire aux relents autobiographiques de la poésie, de l'humour et beaucoup de tendresse. On craque littéralement pour le père que Gustave Kervern incarne avec une bonhomie imparable et pour Camille Cottin, ayant laissé sa "connasse" au vestiaire, qui nous apparaît lumineuse et subtile tout en gardant un soupçon de son humour décalé. On passera aisément sur les quelques ficelles d'un scénario qui, vers la fin, tirent le film vers une conclusion un peu guimauve, pour ne retenir que le bon moment que l'on passe avec cette folle équipe qui nous offre toute sa fraternité et son appréhension décalée de la vie. On retiendra aussi, ce joli plaidoyer sur la différence et le regard que l'on peut y porter. Oui, cette famille ne respecte pas les normes établies, mais au moins il y a de l'amour, du vrai, qui circule, tout le temps. Et quand on est devant une administration qui veut faire entrer tout le monde dans des cases, l'amour pèse peu face aux fourches caudines d'une société qui a horreur de ceux qui lui font de gentils pieds de nez.
Le premier film de Sophie Reine, vif et bien rythmé, fait autant de bien qu'un chocolat chaud pris une fin d'après-midi d'hiver et sans doute qu'une cigarette pour ceux qui résistent encore ou connaissent ce plaisir.




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