mardi 20 décembre 2016

Légende de Sylvain Prudhomme


"Légende" pourrait être un roman de terroir tellement il nous ancre dans ce pays de Crau et cette ville d'Arles. Ecrasée de soleil ou balayée par le vent, la région vibre de mille sensations que les troupeaux en route ou de retour des estives ponctuent deux fois l'an, signaux d'une autre saison qui vient. Même si le roman est parcouru d'une intrigue romanesque autour de deux enfants terribles du pays, l'enjeu du roman se situe ailleurs.
Le roman débute dans l'envolée d'un homme, Nel, qui du haut d'une nacelle fixe dans son appareil photo un panoramique d'une région dont l'âme coule dans ses veines. Il  y est naît, fier descendant d'un de ses bergers qui autrefois s'isolait au milieu des troupeaux, loin dans les alpages. Cet amour du pays ne peut que lui faire rencontrer Matt, un documentariste d'origine anglaise qui désire tourner un film sur un des lieux mythiques du coin, un cabanon /boîte de nuit nommé La Chou. Au cours de leurs discussions vont se détacher deux frères qui ont marqué de leur personnalité ce lieu de fêtes durant les années 70/80 : Fabien et Christian. Or ces deux figures marquantes, aujourd'hui décédés, furent les cousins de Nel. Très vite, l'envie que le documentaire tourne autour d'eux se fait jour et petit à petit, les souvenirs vont resurgir pour l'enfant du pays tandis que Matt va lui découvrir profondément cette terre, cette région et les hommes qui la peuplent.
Avec une infinie tendresse et un grand sens du récit, Sylvain Prudhomme fait revivre l'effervescence des années 70 qu'une terrible maladie viendra stopper net. En dressant le portrait d'un jeunesse foudroyée, il mêle également toute l'essence d'une région agricole gagnée petit à petit par l'industrie puis par la crise et la prise de conscience écologique. Dans un style empreint de légèreté, il parcourt ces années avec cette touche de nostalgie que rien ne peut effacer. Sans jamais forcer le trait, avec une tendresse infinie, nous le suivons des estives jusqu'aux bars du cours des Lices où l'odeur du pastis n'est pas un cliché, de la cuisine de fermes isolées jusqu'aux pied des arènes d'Arles. L'émotion nous fouette autant que le mistral un jour d'hiver. "Légende ", malgré les histoires terribles qui nous sont contées, reste un livre dans lequel on se sent bien, où coule un verbe qui caresse les coeurs sans jugement. Et même si je reste un peu sur ma faim quant à l'impact de ces vieilles histoires sur les deux personnages principaux, il restera de cette lecture une balade subtile parmi des gens de bonne volonté, dont la vie, faite de riches rencontres et d'histoires d'hier et d 'aujourd'hui, les font filer vers un futur plus léger.
"Légende" doux et radieux comme la caresse du soleil du midi.
Merci à Carole F. pour m'avoir fait découvrir cet auteur et ce roman. 

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